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Épître à madame la comtesse de Salm ; par un antique membre de l'Académie des antiquités de Hesse-Cassel

De
21 pages
impr. de Lefebvre (Paris). 1812. 23 p. ; in-8.
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ÉPITRE
A
MADAME LA COMTESSE DE SALM.
ÉPITRE
A
MADAME LA COMTESSE DE SALM;
PAR UN ANTIQUE MEMBRE DE L ACADEMIE DES
ANTIQUITES DE HESSE-CASSEL.
Vivuntque Commissi Calores
Eolise fidibus puelloe.
HORACE.
----- - -----
P R 1 X : 75 centimes.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE 1 DE LEFEBVRE, RUE DE LILLE , NO. 11.
1, 1812.
l8t2.
PRÉFACE.
M
A DAM E la comtesse de Salm, ci-devant
Constance Pipelet, est auteur d'un Recueil de
poésies , en un volume Ïtz-So. , de l'imprimerie
de Firmin Didot, 1 8 11. Elle a donné au
théâtre de Louvois la tragédie lyrique de Sapho9
qui a eu plus de cent représentations, et son
Recueil renferme plusieurs Epîtres et Poèmes
qui, tous en vers alexandrins, annoncent que
cette Dame a un talent véritable pour le rithme
le plus difficile à manier dans la versification
française; elle a donné au Theâtre Français un
drame en cinq actes, en vers, intitulé : Camille,
ou Amitié et Imprudence, drame où il y
avait des beautés du premier ordre, mais que
le public n'a point voulu entendre par une
suite de ses préjugés contre le genre le plus
naturel et le plus vrai qu'il y ait au théâtre.
Elle s'est dégoûtée de cette carrière vraiment
dégoûtante, ne voulant pas attendre !e jour de
la justice qui tôt ou tard serait arrivé pour
elle , et a repris le flageolet d'Erato qu'elle
avait quille un moment pour le poignard de
MeI pomène.
Son Epitre aux femmes, lue au Lycée de
Paris, et publiée en 1797, a eu le plus grand
succès, parce qu'elle rappelle aux femmes des
droits sacrés qu elles ont eu tort d'abandonner
aux hommes; et son Epitresur l'Indépendance
des gens de lettres n'a pas eu moins de succès,
( 6 )
parce qu'elle y rend aux hommes les droits
qu'elle leur avait ôtés dans son ÉpUre aux
femmes.
Madame la comtesse de Salm est encore
auteur de plusieurs poésies fugitives qui ont été
insérées dans les Almanachs des Aluses, des
Dames, des Grâces, etc, et qu'on pourrait
comparer à des fleurs écloses dans ses propres
domaines. On y remarque enlr'aulres la jolie
chanson intitulée : Bouton de rose, qu'elle
a composée dans sa jeunesse, parce qu'alors,
comme aujourd'hui, elle portait son sujet avec
elle.
Elle est auteur de plusieurs Romances dont
elle a fait la musique, parce qu'elle est aussi
bonne musicienne que bon poète : et sa no-
tice sur Gavinie's , qu'elle a prononcée elle-
même à l'Athénée des Arts ; ses Eloges de
Lalande et de Sedaine, qu'elle a prononcés et
lus dans le même Athénée, prouvent qu'elle sait
joindre les fruits de l'érudition aux fleurs de la
poésie.
Madame la comtesse de Salm, enfin, a eu
l'extrême bonté de m'envoyer le Recueil de ses
œuvres, et j'ai cru devoir lui en témoigner ma
reconnaissance par cette faible Epître. Il est si
doux de célébrer ce qu'on admire et ce qu'on
aimet
ÉPITRE
*
A MADAME LA COMTESSE DE SALM.
J
n }
E suis un vieux auteur que soixante printemps
Ont courbé sous Je poids de l'étude et du temps :
Et vous, belle Constance, à la fleur de votre âge,
Vous daignez m'envoyer votre charmant ouvrage f
Ah ! pour me rajeunir, quel secret merveilleux !
Quand je lis vos beaux vers, je crois voir vos beaux yeux,
Et je remonte aux jours de ma jeunesse ardente.
Audace infructueuse et sur-tout imprudente !
Voit-on fleurir deux fois la saison des amours ?
La passion de l'homme est bornée en son cours,
Et jamais on n'a vu, chaussât-il le cothurne ,
A la jeune Cypris plaire le vieux Saturne.
Ainsi laissons dans l'air s'exhaler mes soupirs ;
Occupons-nous de gloire au défaut de plaisirs;
Et que mes vers, dictés par la simple nature, ,,
De mes vrais sentimens vous offrent la peinture. y
Du rithme alexandrin connaissant les secrets (i) ,
Votre muse souvent d'un style plein d'attraits
Emprunta la magie et captiva les ames,
Lorsque d'un sot mépris elle vengea les Dames.
Pourquoi ne veut-on pas qu'un sexe aimable et doux,
Et plus que nous aimant, rime aussi bien que nous ?
(8)
Qu'une mère , une épouse, une sœur , une fille,
En vers ingénieux célèbrent leur famille?
Pourquoi leur refuser les palmes du talent?
Et pourquoi le Français, autrefois si galant,
A-t-il dégénéré de ses nobles ancêtres ?
Dans l'art de plaire encor ne sont-ils pas nos maîtres,
Ces braves chevaliers qui, brûlant d'être époux,
Servaient, quoique vainqueurs, leurs dames à genoux?
Et la belle Valois (2) en ces temps mémorables,
Na-t-elle point brillé par des écrits durables ?
Jadis Cléobuline (3) , oubliant ses appas,
Comme vous vers le Pinde avançait à grands pas :
Elle égala, dit-on , les sages de la Grèce.
Et la jeune Corine (4), avec délicatesse,
N'a-t-elle pas souvent exprimé ses transports ?
De la docte Euplirosine on connaît les efforts (5);
Fille d'Appollodore et d'un sexe fragile ,
Quoique très-jeune encor, d'Homère et de Virgile
Elle savait les vers, et son génie enfant
De ces hommes divins fut presque triomphant.
Mais pourquoi rappeler ces Dames qu'on renomme,
Qui brillèrent jadis dans Athène et dans Rome,
Et dont je vois en vous renaître le talent?
En érudition je ne suis point brillant;
Ce que l'on sait par-tout, mon Apollon l'ignore.
Cette Sapho pourtant, que j'aime, que j'honore ,
Je ne l'ignorais point, j'avais lu ses écrits,
Et quoique peu savant j'en connaissais le prix.
Mais comme sous vos doigts sa lyre harmonieuse,
Malgré ses détracteurs, devient mélodieuse !
( 9 )
Comme vous ranimez Stésichore et Cleïs !
Jeune encor, vous portiez le doux nom de Théis (6) :
Quittez, quittez ce nom, soyez Sapho vous-même;
Vos vers, comme les siens, ont un charme suprême.
Un charme que les sots, prompts à vous insulter,
Critiquent lourdement, ne pouvant l'imiter.
J'ai vu dans ma jeunesse, à l'aspect de nos belles,
Les mortels les plus froids , cessant d'être rebelles,
Célébrer leurs appas ainsi que leurs vertus :
J'ai vu des Céladons rimant des impromptus,
Heureux d'être soumis, vanter leur esclavage,
Et faire de leurs chants retentir le rivage.
Comme tout est changé ! les amans d'aujourd'hui,
Sitôt qu'en se levant le soleil leur a lui,
Ne songeant qu'à rimer d'insipides sornettes
Et se moquant sur-tout des muses en cornettes,
S'en vont dîner en ville, et, pour donner le ton ,
Se placent à côté de monsieur Feuilleton,
Qui leur dit : « Vous aimez les œuvres de Voltaire,
Au lieu de les prôner, vous devriez vous taire :
Je n'y vois que sottise et qu'incongruité:
Chaque jour je le prouve et sans difficulté ».
Un autre leur dira : « La femme a tort d'écrire,
De quitter le fuseau pour manier la lyre :
L'attention lui manque; et, papillon léger,
Sur les diverses Heurs elle aime à voltiger ;
Mais rien d'approfondi, ne fut-ce qu'un volume ,
Ne peut en aucun temps rejaillir de sa plume.
Eh ! messieurs, quelle erreur vous fascine les yeux!
Vous,croyez du Parnasse être les demi-dieux,
Parce qu'un sot journal admet vos sots articles;
*
( 10 )
Soyez plus clairvoyans ou mettez vos besicles :
Les femmes, plus que vous , ont de sagacité,
Plus d'esprit, plus de grâce et de simplicité.
N'est-ce pas Sevigué, qui, sans chercher à plaire,
Excella, malgré vous, dans l'art épistolaire?
Ecrivez-vous comme elle, et malgré votre emploi,
Avez-vous surpassé la naïve Daulnoy (7),
Dont le style ennemi de votre en tortillage,
Pourroit être appelé sublime enfantillage?
Avez-vous le savoir de Maria Schurman (8)?
Comme Riccoboni faites-vous un roman (9) ?
Avez-vous lu jamais la noble Stéphanie,
Ouvrage où le bon goût règne avec le génie?
En feriez-vous autant, et pourriez-vous jamais ,
Soit en vers , soit en prose, égaler Beauharnais ?
Etes-vous inspirés par cette aimable muse ?
Non, votre luth, messieurs, n'est qu'une cornemuse ;
Et de Bourdic-Vict, de la tendre Verdier (*o)
Vous espérez en vain conquérir le laurier.
Vous critiquez Genlis, j'admire votre audace.
Genlis a plus que vous de talent et de grâce :
Elle signe, du moins, et vous ne signez pas.
Jeune encor, j'ai connu le sage Maurepas.
Tout libelle anonyme était loin de lui plaire ,
Et le brillant Pezai ressentit sa colère.
Ce Pezai, toutefois, plus honnête que vous,
Du beau sexe amoureux tombait à ses genoux ,
Il ne l'insultait point par des pamphlets imfâmes ;
Au Parnasse on n'est rien si l'on n'aime les femmes.
Apollon les aima. Coronis et Daphné
Vous disent qu'un zoïle au fouet est condamné.
Le soir et le malin vous dites vos prières :

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