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HPIT13E
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(Scmile de £/ = (o/bu,
Mon Qbtxfoxt.
PAR LE COMTE D'ETALLEVILLE.
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PARIS.
IMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT,
RUE JACOB, H° 24.
1827.
MON PROCÈS.
(oÂtôre a, ^£e<m,
COMTE DE SVCLOU.
LOIN du bruyant séjour d'un monde ambitieux ,
J'habitais, en rêvant, mes bois silencieux;
Nul voisin n'accusait ma meute ou ma charrue
D'avoir de ses guérets oublié l'étendue.
Je me croyais aimé, du moins sans ennemis,
Seul espoir qu'aux vieillards la nature ait permis:
Léon ! je m'abusais. Découvrant ma demeure,
Le Cauchois dépêchait à l'habitant de l'Eure
Un de ces chevaliers au cornet portatif,
A la plume en arrêt, au palefroi rétif,
Errants de leur métier, craignant les aventures,
2 EPITfiE
Et faisant leurs défis en très-humbles postures (i).
Je relève le gant que me jetait Cujas;
Et, ne prisant bientôt que les grands avocats,
J'abandonne Milton, Le Tasse, Iffland, Delille,
Et quitte, pour Barthole, et Racine et Virgile.
Il est, je vous l'ai dit dans un petit livret (2),
Un art pour tout charmer. Cet art est mon secret.
Me voilà, tout le jour, et même à la lumière,
Consultant les auteurs savants sur la matière ,
Enchanté quand, au prix d'insipides travaux,
Je trouvais un arrêt fatal à mes rivaux.
Me voilà feuilletant, lisant des paperasses,
De titres découverts embrochant des liasses ;
Me voilà déchiffrant des parchemins poudreux.
Alors qu'après des jours d'essais infructueux,
Je rencontrais enfin une phrase propice,
Transporté, j'en armais ma cause et la justice.
Ainsi se sont passés des jours, des mois, des ans;
Et lorsque mon procès, bien mûri par le temps,
Eut près du tribunal réclamé ma présence,
Pour vingt livres tournois (3) je pris la diligence.
(1) L'huissier.
(2) Mes Pensées. N
(3) On donne encore le Iiard pour franc dans le pays de
Caux.
AU COMTE DE SAINT-CLOU. 3
C'est là que, sans porter le bonnet de docteur,
On exerce à loisir son talent d'orateur.
On y peut sans danger défendre le jésuite,
Mettre Montrouge en jeu, Saint-Acheul et sa suite.
S'il échappe au rhéteur un propos indiscret,
Tout s'oublie en soupant gaiement au cabaret.
Enfin nous arrivons. J'emporte mon bagage ,
De îinge, des papier fraternel assemblage,
Qu'un tendre souvenir d'antique parenté (i)
Avait fait vivre en paix dans le cachot voûté (2).
Mais par un doux sommeil ma force est réparée.
Je cours de Cicéron réveiller la livrée :
Elle ronflait encore. Engraissés de procès,
Des terreurs du client s'étonnent ces valets.
J'enfonce le marteau, je brise la sonnette;
Et vois paraître enfin la gentille soubrette,
Qui me dit « Attendez. Par son zèle conduit,
« Mon bon maître a pour vous travaillé cette nuit. »
Je ris de sa finesse, et me dis: la friponne
Sait bien qu'il a veillé pour un autre personne.
Dans le petit salon, assis sur un fauteuil,
De mes puissants moyens je relus le recueil ;
(1) Le papier est fait de vieux linge.
(2) La malle, au couvercle bombé.
4 EPITRE
Et, remplissant mon coeur d'espérance nouvelle,
L'ennui n'eut point d'accès. A la fin on m'appelle.
Le patronale client unissent leurs esprits.
L'éloquence resserre et pare mes écrits ;
Et lorsque un jour encore eut poli ma défense,
Me ■fiant au bon droit, j'appelai l'audience.
Le plaideur dégagé de cet utile soin,
Espère du repos ; hélas ! il en est loin.
Il faut au magistrat présenter son hommage,
Chercher- à démêler sur l'austère visage
Si dans la vaste tête ont germé nos raisons ;
Eviter la redite et les discours trop longs.
S'ils plaisent au client, qui dans son sens abonde,
Ils vexent le docteur, qu'une étude profonde-,
Un esprit juste et sain, le zèle du devoir,
Rendent prompt à juger et vif à concevoir.
Enfin, le jour donné', s'annonce la bataille.
Un lambris de trois pieds, salutaire muraille,
Couvre les champions. Ils sont prêts au combat,
Vrai combat de serpents, de langues pugilat (i),
(i) Je sais , comme un autre, que pugilat veut dire : combat
à coups ,de poing; mais mon expression fausse a quelque chose
du goût du jour. Pour faire passer mes vers, je mets du roman-
tique, et cela de dessein prémédité, car je ne manquais pas
de rimes : assassinat, etc., etc.

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