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Épître historique au roi , par le Mis de Chabannes

De
58 pages
Goetschy (Paris). 1830. 62 p. ; in-8.
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EPITRE HISTORIQUE
AU ROI.
EPITRE
HISTORIQUE
AU ROI,
PAR LE MARQUIS DE CHABANNES.
Il faut punir le crime, ou frapper la vertu.
PAGE 13.
PARIS.
IMPRIMERIE DE GOETSCHY, RUE LOUIS-LE-GRAND, N° 27.
1830.
AVIS PRÉLIMINAIRE.
SUBLIME poésie, art vraiment enchanteur,
De monter jusqu'à toi je suis loin de prétendre.
Excuse mon patois, et vois dans sa vigueur
Une force qu'en vain sans lui je voudrais rendre.
Et une concision, ainsi qu'une précision, que je ne pourrais
autrement obtenir.
Je garantis de plus la stricte exactitude des faits rapportés
dans cette épître et dans les notes qui en sont le développe-
ment.
INTRODUCTION.
VICTIME du complot le plus monstrueux, et de
persécutions sans exemple, il avait fallu envi-
ronner le Roi d'atroces calomnies et de faux rap-
ports , pour parvenir à étouffer ses souvenirs, et
égarer sa religion et sa justice au point où l'er-
reur en lui a fini par m'accabler.Sans nul doute,
le Roi ne sait pas même la centième partie des
indignités qu'on m'a fait et qu'on continue à me
faire éprouver. L'incroyabilité de tant de faits,
méfaits, et forfaits est le seul refuge des auteurs
de l'infernale machination dont je suis environné.
Leur récit remplirait aujourd'hui plusieurs vo-
lumes.
L'aperçu que j'en ai tracé dans cette épître par-
viendra, je l'espère, sous les yeux du Roi. Il ne
sera d'abord adressé qu'à SA MAJESTÉ; 2° à Mgr le
Dauphin; 3° à Mme la Dauphine; 4° à Mme la du-
chesse de Berry; 5° à Mgr le duc d'Orléans; 6° à
Mme la duchesse d'Orléans ; 7° à Mlle d'Orléans ;
8° à M. le duc de Bourbon ; 9° aux sept Ministres
composant le Conseil du Roi; 10° à M. le baron
de La Bouillerie et à M. le comte de Pradel ( y
étant accusés et inculpés, ils doivent en avoir les
premiers connaissance); 11° à M. le baron Sé-
guier; 12, 0 à M. Moreau, qui présidèrent en pre-
8
mière instance et à la cour royale le jugement et
l'arrêt accordant à une épouse égarée et trompée
sa séparation d'avec l'ami du cours de sa vie,
l'époux qu'elle avait juré devant Dieu de ne ja-
mais abandonner; 13° à M. le procureur du Roi,
qui daigna exercer sa bienveillante influence aux
fins de prévenir d'affreuses horreurs qui vont être
portées devant les tribunaux ; 14° à mon fils aîné;
15°à mon second fils, que son frère entraîne dans
sa conspiration; 16° et 17°à un ministre et à un
grand personnage à l'étranger; enfin, au bureau
de la librairie, conformément à la loi. N'en faisant
tirer que trente exemplaires, les cinq restans sont
entre mes mains : nul autre ne sera tiré pour le
moment. Puissé-je être dans le cas de briser la
planche, et ne point être forcé d'étendre plus
loin cette accablante publicité ! ! !
Destin par trop cruel, en vain tu me poursuis ;
Plus fort que toi je fus, plus fort que toi je suis.
Le malheur en ce jour est mon dieu tutélaire,
Il est mon seul rempart contre tout arbitraire.
Sans lui je ne serais qu'un faible individu;
Avec lui je deviens un pouvoir absolu.
Il faut, bon gré, malgré, que devant lui tout cède;
En géant le malheur en tout lieu me précède;
Devant lui l'injustice, en contemplant ses coups,
Frémit de ses excès, redoute son courroux;
Et pour cacher sa honte à l'horreur de la France,
Son seul refuge était sous l'ombre du silence.
Traçons donc le récit de mon sort trop affreux,
Dans l'espoir que de Charle il ouvre enfin les yeux !
EPITRE HISTORIQUE
AU ROI.
O nature, à ce point tu pus être trahie !
Et toi, fidélité, paraître autant haïe ! ! !
Mais lorsque l'erreur seule égara la vertu,
Dans Charles mon espoir ne peut être abattu.
De tous mes ennemis, au temple de mémoire,
L'histoire tracera la honte avec ma gloire;
Il ne leur reste plus qu'a me faire mourir,
Pour placer en mes mains la palme d'un martyr....
Rien ne peut égaler les tourmens que j'endure;
Ils font rougir le trône et frémir la nature (I) :
Par lui j'ai tout perdu, ma femme, mes enfans;
La douleur, la misère accablent mes vieux ans.
De ma fidélité voilà la récompense.
Je ne puis, à Paris, obtenir audience (2)
Quant, à Londres, j'ai vu, jusqu'à deux fois, le Roi
Condescendre à venir en personne chez moi (3);
10
Quand je puis remonter, du côté de mon père (4),
Et non moins hautement de celui de ma mère (5),
Aux temps où s'empara du trône Hugues Capet;
Ils étaient souverains, alors qu'il l'usurpait.
Quand Chabannes depuis de Bourbon fut beau-frère (6),
Quand Montpensier pensa, par le sang de sa mère,
N'avoir pas dérogé de remonter au mien (7),
Et que cinq fois Bourbon unit mon sang au sien;
Quand Chabannes fit mordre à Talbot la poussière,
Et délivra la France alors de l'Angleterre (8);
Quand Chabannes sauva Louis onze de la loi
Que Bourgogne voulait imposer à son Roi (9) ;
Quand Chabannes trouva dans les champs de Pavic
La mort qui couronna la plus brillante vie (10);
Et quand leur descendant, fidèle à son devoir,
Aux yeux de Charles dix n'aurait pas dû déchoir (11),
Quand à Constantinople, à Coblentz,à Bruxelie,
A Londres, en Hollande, à Ham, un même zèle
Me vit toujours voler à mes propres dépens,
Et qu'ainsi je l'ai fait pour lui dans tous les temps(12);
Quand , prêt à faire voile avec Abercombie,
Charle arriva soudain des côtes de Russie,
Et que j'abandonnai le plus grand intérêt :
Où commande l'honneur, tout alors disparaît (13);
Quand devant Noirmoutiers, trahi par l'Angleterre,
J'offris , dans mon canot, de le descendre à terre,
Et, s'échappant la nuit à l'insu des Anglais,
De voler à la gloire au camp royal français (14);
11
Quand, peu de temps après cette triste campagne,
Je fus fait prisonnier, conduit à Rochefort,
Et, pendant trente jours, pour unique compagne,
Ayant à mon réveil l'annonce de la mort (15);
Quand à Hartwell, enfin, souvenirs que j'implore,
Charle a vu tant de fois l'ardeur qui me dévore (16),
Et que rien ne saurait un instant ralentir.,
Pût-il, en m'accablant, hélas! se plus trahir!
Chaque jour j'en gémis, et ce n'est pour moi-même ;
Mais je me crois en droit auprès du diadème,
De me plaindre hautement des funestes erreurs
Qui font fondre aujourd'hui sur moi tant de malheurs.
La persécution porte à la résistance ;
L'injustice à la fin produit l'indépendance ;
Sous l'abus du pouvoir jamais je ne plirai;
On me rendra justice, ou je me la ferai.
Je le dis hautement, nul ne peut sur la terre
Anéantir les droits d'un Époux et d'un Père.
La nature et les lois seront mes protecteurs,
Et dans la vérité j'aurai mille vengeurs.
Les caprices du trône et les efforts de Rome
Ne sauraient arrêter le foudre de ma voix.
Quel que soit leur pouvoir, plus puissant, je suis homme
Imbu de mes devoirs, mais non moins de mes droits.
Envers et contre tous je saurai les défendre;
L'injustice jamais ne m'en verra descendre.
Que pourrait m'importer la rigueur de mon sort?
Innocent, moi, fléchir! plutôt cent fois la mort ! ! !
12
J'ai bu par trop long-temps jusqu'au fond du calice;
Qui tolère le crime en paraîtrait complice (17).
Je demande des dus, je réclame des droits ;
L'horrible ingratitude est l'opprobre des Rois.
Quand j'offris à Bourbon et ma bourse et ma vie,
Aurais-je pu penser qu'un vil La Bouillerie(18),
Par un rapport trompeur pourrait auprès du Roi
Prévaloir un instant sur lui-même et sur moi (18 bis)?
Aux souvenirs de Charle hautement j'en appelé;
Le Roi m'a vu partout, à mon devoir fidèle,
En tout temps, en tous lieux, accourir près de lui,
Et dans sa conscience est mon plus ferme appui.
En vain on se flatta m'accablant de souffrance,
De pouvoir me forcer à garder le silence;
Tout en moi se soulève à de semblables traits,
Et rien ne saurait plus m'arrêter désormais (19).
Ou j'ai tort ou raison : si l'un , qu'on me le dise;
Si l'autre, qui pourrait excuser la méprise
D'avoir contre un époux, un père, un homme enfin,
Approuvé la révolte , indiqué le larcin (20) !
De ces faits que j'avance en mains je tiens la preuve;
Devant les tribunaux qu'on me mette à l'épreuve;
Je viens le provoquer, et bientôt on verra
Dans le temple des lois qui de lui rougira.
Je suis loin d'accuser Charles dix du délire
Qui m'a fait endurer le plus affreux martyre :
De mauvais prêtres seuls en furent les auteurs,
Et sont auprès du Roi mes calomniateurs.
13
Mais Charle aurait-il dû, j'en appelle à sa gloire,
Les voir, les écouter, s'abaisser à les croire ?
Ces fourbes, en tout temps, n'ont-ils pas près des Rois,
Lorsqu'on les écouta, renversé jusqu'aux lois?
Ne sont-ils pas partout le fléau de la terre?
Leur langue est-elle moins la langue de vipère?
Et l'enfer déchaîné serait-il moins hideux,
Que l'infernal esprit de prêtres vicieux?
De la religion, du trône , de la France,
De tout le genre humain , voilà les ennemis.
Charles auprès de toi leur funeste influence
Étonne la raison, égare les esprits.
Par les plus faux rapports que te fait le faux prêtre,
Tu ne saurais sans doute apprendre à les connaître ;
Ouvre les yeux sur eux, où trop tôt tu verras
Le précipice affreux qu'ils creusent sous tes pas!
Eux seuls ont suggéré cette indigne réponse (21),
Qu'à mon sujet tu fis, et que je te dénonce;
Injuste autant qu'inique et contraire à nos lois;
D'un père et d'un époux violant tous les droits.
Mon épouse égarée apprenant cet exemple (22), .
Se laissa dans le crime entraîner sans efforts;
Et le juge, en ce jour, avec effroi contemple
D'avoir pu se méprendre à d'aussi faux rapports.
Un fils ambitieux, pour immoler son père (23),
Seconda contre lui les écarts de sa mère;
Devoir, honneur, nature, ont en lui disparus;
Au coeur qui nie un père, il n'est plus de vertus
14
Tel est l'horrible effet d'un effroyable crime,
Qu'il rend l'homme insensible aux cris de sa victime,
Et que rien ne peut plus à lui le rappeler ;
L'effroi qui le poursuit l'entraîne à l'immoler;
De même à chaque trait dont frémit la nature (24),
L'âme d'un fils cruel n'en devint que plus dure;
Et mes pleurs, comme l'eau tombant sur un rocher (25),
Dans son coeur desséché ne purent pénétrer.
Mais l'Etre qui voit tout a voulu que le vice (26)
Se soit pris de nouveau dans son propre artifice;
Car, par inadvertance, on remit.en mes mains
La preuve, par écrit, des faits les plus certains.
Un crime que la loi ne peut manquer d'atteindre,
Et. que la fourberie en vain voudrait dépeindre
N'avoir,été le fruit que d'une simple erreur,
Du plus affreux complot va dévoiler l'horreur.
Pour me priver du don de la munificence (27),
Dont m'honora Louis, à sa rentrée en France,
Un faux paraît d'accord avoir été commis,
Secondé par ma femme, ainsi que par mon fils;
Et ce qui rend ce faux encor plus condamnable (28),
Le Roi, devant la loi, paraîtrait le coupable,
Si le contresignant qui porta l'impudeur
Jusqu'à trahir son seing, n'en était seul l'auteur.
Avant de recourir à ma légale plainte (29),
Je viens,Charle,en ce jour, sans audace et sanscrainte,
Présenter à tes pieds cet affreux aperçu.
Il faut punir le crime, ou frapper la vertu.
15
Mais j'implore, avant tout, ta directe influence
Pour réparer les maux que ton erreur m'a fait;
Rends une femme, un fils a leur obéissance,
Et ton coeur jouira de ce premier bienfait.
A tes pieds j'oserai le répéter sans feinte,
Parlant à la vertu, l'innocence est sans crainte:
Ton exemple égara ma femme et mes enfans (30);
Qu'il les guide en ce jour à tarir mes tourmens.
Daigne donc m'accorder une prompte audience,
Fùs-tu même irrité par mon langage altier,
La gloire du pouvoir est d'oublier l'offense.
Que serais-je à tes yeux, si j'eusse pu plier ,
Lorsque, par ton erreur, accablé d'injustice,
Je fus, depuis dix ans, offert en sacrifice
Aux monstres forcenés qui percèrent mon coeur
Des traits les plus aigus que connût la douleur?
Me fussé-je égaré, j'oserai te le dire :
Est-ce à toi, qui causas le plus affreux martyre
D'un époux et d'un père accablé sous tes coups,
Qu'appartient d'écouter un injuste courroux?
0 Charles! à ton coeur hautement j'en appelle;
Nul plus que moi ne fut à ta gloire fidèle,
Et nul ne peut peut-être encor plus la servir,
Que celui qui demande à t'en entretenir.
Je le répète ici, nul obstacle à tes voeux
Ne saurait t'empêcher de rendre l'homme heureux;
Tout égaré qu'il est, ce siècle de lumière
A préparé pour toi, la plus belle carrière;
16
Mais il faut se hâter d'en prendre le chemin,
Ou ton règne pourrait approcher de sa fin.
Que je puisse un instant, j'en ai la confiance,
Etre admis près de toi; lé salut de la France,
Du trône, de l'autel; ta gloire, ton bonheur
Peut-être dépendront d'entendre un serviteur.
17
NOTES.
NOTE (1).
Rien ne peut égaler les tourmens que j'endure ,
Ils font rougir le trône et frémir la nature.
Le Roi, sans doute, ignore toutes les horreurs qui
ont été et sont journellement commises à mon égard;
rien ne peut justifier les ministres qui ont été assez faibles
pour ne pas éclairer sa justice ; ni la bassesse ou la four-
berie du présent Intendant-Général de sa maison, avec
lequel j'ai eu une longue entrevue, et à qui j'ai déclaré
que je le rendais personnellement responsable de tout
rapport contraire à la justice qui m'est due.
Quant aux souffrances morales que j'endure, elles
surpassent hélas! tout ce que le Roi, ni qui que ce soit,
pourrait se figurer. O ! nature, nature! avais-tu jamais
formé deux fils plus traîtres et plus barbares envers leur
malheureux père !
18
NOTE (2).
Je ne puis, à Paris, obtenir audience.
J'ai eu l'honneur de solliciter, le 11 août dernier,
une audience de Sa Majesté ; elle m'a été refusée;
la preuve à la note 18 dans une lettre de M. de
Blacas.
NOTE (3).
Quand, à Londres, j'ai vu jusqu'à deux fois le Roi
Condescendre à venir en personne chez moi!
Saisi d'un rhumatisme très violent, le Roi daigna
venir me faire part d'une réponse de lord Liverpool et
de l'opposition qu'il mettait à son départ. Cette indispo-
sition se prolongeant, le Roi voulut bien me demander
de recevoir M. de Blacas Que les temps sont
changés ! ! !
NOTE (4).
Quand je puis remonter du côté de mon père.
Mes ancêtres furent autrefois souverains du comté
de Bigorre, qui passa ensuite à la maison de Roche-
chouart, par un mariage faute d'enfant mâle; et ma
branche descend de la ligne collatérale, telle que
la branche d'Orléans descend d'un . frère de
Louis XIII.
NOTE (5)..
Et non moins hautement du côté de ma mère.
Ma mère était Talleyrand. Tout le monde sait la
19
réponse que le comte de Perigord fit à Hugues Capet
dans un conseil des grands, lorsque, dans un moment
d'humeur, il lui demanda : qui t'a fait Comte? Et toi,
qui t'a fait Roi ? lui répondit le Comte de Perigord.
NOTE (6).
Quand Chabannes depuis de Bourbon fut beau-frère.
Gilbert de Chabannes épousa en secondes noces
Catherine de Bourbon Vendôme, soeur unique de Jean
de Vendôme, dont descendent toutes les branches ré-
gnantes des Bombons. Le contrat de mariage fut passé
dans des ternies égaux. Il est imprimé dans l'histoire de
Charles VIII, par Guillaume de Jaligny, édition du
Louvre, folio 446, où chacun peut le vérifier.
Ce même Gilbert de Chabannes avait épousé en pre-
mières noces Anne de Boulogne, soeur aînée du dernier
comte d'Auvergne, par laquelle nous avions des droits
incontestables aux souverainetés des comtés d'Auvergne
et de Boulogne, qui ont passé à la Couronne de France,
par la donation qu'en fit Marguerite de Valois à
Henri IV, et sur la tête de laquelle la substitution se
trouvait transmise, quoique ne représentant que la
ligne de la troisième soeur dudit dernier comte d'Au-
vergne; la seconde ayant été mariée à un roi d'Ecosse,
et l'aînée audit Gilbert de Chabannes.
NOTE (7).
Quand Montpensier pensa, par le sang de sa mère,
N'avoir pas dérogé à remonter au mien.
Mémoires de mademoiselle de Montpensier.
2.
-20-
NOTES (8, 9, 10).
Bataille de Castilion. -Réponse du comte de Dam-
martin aux envoyés du duc de Bourgogne. —Mort du
maréchal de La Palisse à la bataille de Pavie.
NOTE (11).
Et quand leur descendant, fidèle à son devoir,
Aux yeux de Charles dix n'aurait pas dû déchoir.
Eu lisant cette longue tirade sur ma famille et divers
traits historiques de mes ancêtres, je crains que le lec-
teur ne me taxe d'avoir écouté un sot et méprisable
orgueil ; mais je le prie d'observer que je ne puis me
permettre de parler comme je le fais, que fondé sur
quelques droits ; et comme aujourd'hui tout est con-
fondu à la Cour de France, j'ai espéré que le Roi dai-
gnerait excuser que je rappelasse à ses ministres et nom-
mément à M. de La Bouillerie, mes droits anciens et mes
titres personnels à la justice Royale. Quant à mes opi-
nions sur quiconque se targue de sa haute naissance ,
je les exposerai ici en peu de mots dans mon patois
usité.
Noble par mes aïeux, peut-être autant qu'un autre,
D'ignobles vanités je ne suis point épris;
Mais je puis être fier d'avoir été l'apôtre
De tous les sentimens empreints dans mes écrits.
D'un méprisable orgueil, loin de moi la chimère !....
Dans chaque homme je vois l'égale oeuvre des Cieux,
Dans l'être vertueux, j'aime à chérir un frère;
Je plains et sers celui que je crois malheureux.
21
Voilà les parchemins dont je me glorifie :
Eux seuls sont vraiment faits pour honorer la vie.
Qui nous fait naître noble ? Un simple hasard heureux.
Mais naître noble ou l'être est tout autre à mes yeux.
Ce sont les sentimens qui prouvent la noblesse ;
Sans eux toute fierté montre en nous leur bassesse;
Et celui qui, pour lui, n'aurait que ses aïeux,
N'est, s'il est sans vertus, qu'un reptile orgueilleux.
Rois, princes, riches, grands, jouissez sur la terre;
Mais n'oubliez jamais, quelque soit votre sphère,
Qu'en créant les humains, Dieu les fit tous égaux ;
Qu'ils le seront encore au sortir des tombeaux;
Qu'à l'heure de la mort, l'enveloppe du prêtre,
Du prince et du sujet, de l'esclave et du maître ,
Retourne dans la terre où tout est confondu ;
Qu'au Ciel il n'est de rang que ceux de la vertu !
. NOTE ( 12 ).
Quand à Constantinople, à Coblentz, à Bruxelle,
A Londres, en Hollande, à Ham, un même zèle
Me vit toujours voler à mes propres dépens;
Toutes commissions, dont je fus chargé par Mgr le
comte d'Artois et par M. de Calonne, au nom du Prince,
et pour lesquelles je ne réclamai jamais, pas même
mes frais de poste.
NOTE (l3).
Quand, prêt à faire voile avec Abercombie,
Charle arriva soudain des côtes de Russie,
Et que j'abandonnai le plus grand intérêt ;
En allant à Saint-Domingue avec le général Aber-
22
combie, qui commandait cette expédition., une place
principale m'avait été promise; j'y avais, en outre, quatre
habitations, qui, sans la révolution, m'eussent produit
plus de 400,000 fr. de rente. Mais aussitôt que j'appris
l'arrivée de Mgr le comte d'Artois à Portsmouth , je quit-
tai tout pour le suivre à la baie de Quiberon, et je
donnai ma procuration à M. le chevalier de Balon , que
je fis placer capitaine pay-master dans la légion de Mon-
talembert.
NOTE ( l4).
Quand, devant Noirmoutier, trahi par l'Angleterre,
J'offris dans mon canot de le descendre à terre,
Et, s'échappant la nuit à l'insu des Anglais,
De voler à la gloire, au camp royal français.
Lorsque l'attaque de Noirmoutier fut décidée, le
général d'Oyle , qui commandait les troupes anglaises,
donna communication au conseil de la défense secrète
qu'il avait de ne pas mettre à terre un seul soldat
anglais, à moins que Charette ne fût maître de la côte.
Il est aisé de comprendre la douleur et de désappoin-
tement que le comte d'Artois éprouva à cette décla-
ration.
J'avais un canot à mes ordres, par ma place d'aide-
maréchal-général-des-logis. Je présentai une note au
Prince, dans laquelle j'exposai qu'il était évidemment le
jouet de l'Angleterre, qui n'avait fait Cette frime d'ex-
pédition que pour complaire à l'impératrice de Russie,
et je proposai de le conduire à l'armée de Charette,
avec le marquis de Rivière, qui en connaissait le che
23
min, ayant porté deux fois à ce général les dépêches de
S. A. R. En cas d'accidens, nous eussions couvert le
Prince de nos corps, et si nous eussions succombe, c'eût
été, tous trois, par une mort glorieuse.
NOTE ( l5).
Et, pendant trente jours, pour unique compagne
Ayant à mon réveil l'annonce de la mort.
En revenant de l'Ile-Dien , en Angleterre, à bord
d'un cutter, je fus fais prisonnier par une frégate fran-
çaise , et conduit dans les prisons de Rochefort, d'où je
ne suis échappé que par miracle, en sautant par-dessus
les murs, etc., etc.
NOTE (l6).
Quand à Hartwell enfin, souvenirs que j'implore,
Charle a vu tant de fois l'ardeur qui me dévore.
Charles X n'a pu oublier l'ardeur avec laquelle, jour
et nuit, je pressais le départ des Princes , et présentais
les moyens de surmonter les obstacles que le ministère
anglais ne cessait d'y opposer. Que n'ai-je eu le bon-
heur d'être plus persuasif, alors et depuis, auprès de
Louis XVIII ! Que tout eût été différent ! Que tout le
serait aujourd'hui !
NOTE (17).
J'ai bu par trop long-temps jusqu'au fond du calice;
Qui tolère le crime en paraîtrait complice.
Paris, 26 avril 1825.
« J'ai parlé de vous, comme vous le désiriez, M. le
» marquis, au grand personnage que vous m'indiquiez.
24
" Mécontent depuis long-temps de vos écrits, et pensant
» que vous n'emploieriez qu'à les publier, ce qui pourrait
» vous être accordé, il a cru devoir tout refuser. «
« Quant aux démarches que vous aurez à faire en
» France pour vos réclamations d'indemnités, vous avez,
» a-t-il ajouté, une femme respectable et des enfanses-
» timables qui s'en occuperont avec soin et avec succès.
» J'ai fait, comme vous voyez, ce que j'ai pu, ce que
» vous me priez de faire. Je ne peux vous offrir que
» l'assurance de mes regrets avec celle de mes anciens
« sentimens. »
Signé, le duc DE DOUDEAUVILLE.
Qui a causé la séparation que madame de Chabannes
a demandée et obtenue en justice? Qui a occasionné
l'insubordination et la conspiration de mes fils contre
leur malheureux père ? Qui a servi à accréditer les plus
horribles calomnies, et à répandre des préventions jusque
sur des juges ? Si ce n'est, non certes, l'intention, la vo-
lonté, ni la participation du Roi ; mais les injustices dont
on m'a vu accablé, et les persécutions dont personne ne
put deviner la source ?
M. le duc de Doudeauville fut. sans doute bien faible
en ce moment de ne pas avoir fait au Roi les observa
tions que lui eussent dicté les sentimens honorables dont
il a donné, toute sa vie, un Constant exemple. Il est de
ces hommes qu'on ne peut se permettre d'accuser-
je ne saurais néanmoins l'en justifier. Je me bornerai
25
donc à plaindre le Roi et le Ministre de l'erreur dans
laquelle ils sont évidemment tous les deux tombés.
Je le demande au Roi : Quel acte, sur la terre,
De l'abus du pouvoir marqua plus l'arbitraire?
Quels étaient à ses yeux les sermens et les lois ;
D'un père et d'un époux les plus sacrés des droits,
Lorqu'il put s'oublier à faire une réponse
Que devant ses vertus sans crainte je dénonce ?
En y réfléchissant, sera-t-il moins surpris
De l'effroi que sur lui causèrent mes écrits ?
Ma plume a tant d'honneur n'avait lieu de prétendre :
Faire trembler les rois fut le sort d'Alexandre.
Le mien est d'aspirer au plus à les servir;
Et pour Charles je fus et suis prêt à mourir;
Pour sa gloire s'entend, mais non pour la faiblesse
Qui pourrait l'entraîner à s'entourer sans cesse
Des fourbes dont ma voix, tonnant dans l'univers,
A jamais foudroira les horribles travers.
NOTE (l8).
Quand j'offris à Bourbon et ma bourse et ma vie,
Aurais-je pu penser qu'un vil La Bouillerie,
Par un rapport trompeur, pourrait auprès du Roi,
Prévaloir un instant sur lui-même et sur moi ?
La lettre qui suit prouve que les pièces qu'on va lire
, ci-après furent renvoyées par Sa Majesté, à M. de La
Bouillerie.
Saint-Cloud, ce 14 août 1829.
« J'ai reçu, M. le marquis , avec votre lettre du onze
» de ce mois, celle que vous m'avez adressée pour le
» Roi. J'ai eu l'honneur de la remettre à Sa Majesté, qui,