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Essai historique sur Robert d'Arbrissel,... par M. de Feydel

De
44 pages
P. Elmesly (London). 1788. In-8° , 45 p..
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ESSAI
HISTORIQUE
SUR
ROBERT D'ARBRISSEL,
Fondateur de l'Ordre de Fontevraut
Par M. DE FEYDEL.
Quando se trata un assuato tan delicado, por non decí
tan sospechoso, non se ha de citar autor ò libro alguano,
fin una perfecta segurídad. FEYJOO.
LONDON
At P. ELMESLY , in the Strand,
M. DCC. LXXXVIII
A
M. D. S. T. R. XX I. O. D. F.
MADAM E,
Je n'ai pas oublié combien vous fûtes
surprise, lorsque je vous citai ces vers:
Dunois ressemble à Robert d'Arbrisselle,
A ce grand saint qui se plut à coucher
Entre les bras de deux nonnes feffues,
A caresser quatre cuisses dodues,
Quatre tetons, & le tout sans pécher.
A ij
4
Vous defirates savoir au juste si Robert
couchoit avec ses religieuses. La disserta-
tion que j'ai l'honneur de vous offrir,
dissipera les doutes qui vous restent.
Je suis avec un profond respect,
M A D A M E ,
Votre très humble & très-
obéissant serviteur,
FEYDEL.
ESSAI
H I S T O R I Q U E
S U R
ROBERT D'ARBRISSEL.
V ERS l'an mille quatrevingt-quinze, le pape
Urbain II, chassé d'Italie & refugié en Fran-
ce , entendit parler d'un saint homme dont
le public admiroit les sermons. Il lui fît pro-
noncer en sa présence un discours dont il fut
satisfait , & lui donna aussi-tôt le brevet de
prédicateur apostolique , c'est-à-dire, la per-
mission de prêcher par tous les lieux de la
terre où le porteroit son zèle. »
Ce saint homme , nommé Robert & sur-
nommé d'Arbrissel, étoit un docteur de l'uni-
versité de Paris, âgé d'environ quarante-
huit ans. Il avoit d'abord été chanoine-ré-
gulier ; puis il avoit prêché à Rennes à l'in-
vitation de Silvestre évêque de cette ville»
A ii j
6
Après la mort de Silvestre, il s'etoit vu con-
traint de fuir pour échapper aux ennemis que
lui avoient attirés ses apostrophes. Devenu
professeur de théologie à Angers , il s'étoit
bientôt dégoûté de cet état. Les historiens
s'accordent assez à dire qu'il étoit né dans
un village de Bretagne appelle aujourd'hui
Arbrefec.
Renaud seigneur de Craon , fut tellement
édifié du discours que Robert prononça de-
vant le pape , qu'il fonda le lendemain une
abbaye, & la lui donna. Mais Robert, poussé
par son génie ou par son zèle , s'en démit
peu après, & alla évangéliser dans les villes
& dans les campagnes. Une foule nombreuse
suivit ses pas.
Au bout de deux ans , il s'arrêta au milieu
de la forêt de Fontevraut, en Anjou, & cons-
truisit des cellules aux pénitens & aux péni-
tentes qui l'avoient suivi. Voilà l'origine du
noble institut qui porte ce nom. Tandis que
Robert élevoit un monastère qui devoit en
être la métropole , trois de ses compagnons
en élevoient d'autres en diverses provinces.
7
Aucun de ces fondateurs ne fut en peine de
trouver les sommes nécessaires à l'exécution
du dessein commun. Le public s'empressa de
fournir aux dépenses. On vit des souverains
se dépouiller d'une partie de leurs héritages
pour en revêtir l'ordre naissant. Robert voulut
que tout cet ordre, tant mâle que femelle, fût
soumis à une femme, afin d'honorer l'obéissan-
ce de Jésus envers sa mère. C'est ainsi que trois
siécles après,, la Princesse Brigida,ou Brigitte,
ordonna que les hommes seroient soumis à
une femme dans celui qu'elle institua pour ho-
norer l'obéissance de saint Jean envers Marie.
L'ordre de sainte Brigitte, qui n'est pas encore
anéanti, florissoit dans le siécle dernier; &
Bayle s'est trompé quand il a cru que le régi-
me de Fontevraut étoit un régime unique.
On a prétendu que Pétronille, surnommée
Chemillé, étoit jeune encore, quoique veuve
de quatre maris, lorsque Robert la préféra à sa
concurrente Andegarde, pour lui conférer la
double dignité d'Abbesse de Fontevraut & de
supérieure générale de l'ordre. Si cette préten-
tion étoit fondée, Robert seroit contrevenu
A iv
au décret de Grégoire I, lequel défend de
nommer des abbesses qui n'ayent pas atteint
l'âge de soixante ans, Quoi qu'il en soit, il
paroît qu'en renonçant lui-même à la dignité
de chef pour la céder à une femme, il se ré-
serva du moins la qualité de procureur de la
maison de Fontevraut.
Dès que l'autorité de l'abbesse fut affermie,
Robert se remit à parcourir l'Anjou & les
provinces voisines , fondant de nouveaux
monastères, & faisant des conversions tou-
jours nombreuses, quelquefois étonnantes. A
Rouen, il n'eut besoin que d'une demi-journée
pour transformer en religieuses des courti-
fanes qui habitoient une maison commune;
conversion d'autant plus délicate, qu'il étoit
allé lui-même les chercher au fond de cette
maison, & qu'il les avoit trouvées disposées à
écouter de tout autres propositions que celle
de prendre le voile,
Il mourut l'an onze cent dix-sept, dans
une abbaye du diocèse de Bourges. Ses funé-
railles furent faites à Fontevraut. L'évêque
de Bourges accompagna le convois & pro-
9
nonça un discours funèbre en présence d'im
nombreux auditoire. Ce discours est parvenu
jusqu'à nous, & un historien du saint homme a
observé avec raison que l'orateur n'avoit touché
que bien légèrement quelques-unes de ses vertus.
Robert d'Arbrissel est du petit nombre de
docteurs qui n'ont point fait de livres , & du
petit nombre de saints qui n'ont point fait de
miracles. Mais ce qui le distingue de presque
tous les fondateurs, c'est la conduite impru-
dente qu'on l'a accusé d'avoir tenue avec ses re-
ligieuses ; car afin de combattre les tentations
d'aussi près qu'il étoit possible , il leur faisoit,
dit-on, partager sa couche. Un poëte illustre a
même prétendu qu'il avoit soin de choisir
les plus jolies : sans doute le sacrifice eût été
plus méritoire ; mais cette circonstance n'est
pas prouvée.
Quant aux preuves qu'on croit avoir de l'ac-
cusation principale, elles se réduisent à deux
lettres qui lui furent écrites par deux person-
nages distingués de son siécle : Marbol ou
Marbod, évêque de Rennes , & Godefroi ou
Geoffroi, abbé de Vendôme,
10
L'une & l'autre de ces lettres font demeu-
rées long-tems ignorées. On disputa beaucoup
dans le siécle dernier, & fur leur authenticité
& sur le sens qu'elles présentoient. Le révé-
rend père Mainferme, se signala par un gros
livre latin qu'il appelloit le Bouclier de Fon-
tevraut. Les injures n'y font pas épargnées
contre ceux des lecteurs qui les ont crues
authentiques. II est vrai qu'aux injures le
révérend père joint des raisons. Seulement
on pourroit lui reprocher d'avoir oublié de
transcrire les lettres qui fesoient le sujet de
la dispute.
Le pere Mainferme s'attache à démontrer
que les deux lettres sont apocryphes : & quand
elles seroient authentiques, ou même auto-
graphes , ajoute-t-il, elles ne prouveroient
rien contre la sagesse de Robert d'Arbrissel.
Ensuite il porte la pénétration jusqu'à devi-
ner le faussaire qui peut les avoir fabriquées
il y a sept cents ans.
Une preuve convaincante que ces lettres
font supposées , disoit le père Mainferme,
c'est qu'on ne les trouve pas dans tous, les
11
manuscrits qui contiennent les oeuvres des
écrivains à qui on les attribue. Celle qu'on
attribue à Godefroi, abbé de Vendôme ,
par' exemple, ne se trouve point dans le ma-
nuscrit des oeuvres de Godefroi que l'on
conserve de temps immémorial à l'abbaye de
Vendôme.
Et le père Mainferme s'appuyoit d'un cer-
tificat latin, dont voici l'extrait en français:
« Nous, Vincent Marsolle, humble prieur
» du monastère de Vendôme, certifions à
» tous présens & à venir, que dans le vieux
»» manuscrit original des oeuvres du vénéra-
is ble dom Godefroi, autrefois abbé dudit
» monastère, dans la bibliotèque duquel le-
» dit manuscrit est conservé , on ne trouve
» point une certaine lettre insérée dans l'édi-
» tion de ses oeuvres , laquelle lettre com-
» mence ainsi , Godefroi, humble serviteur du
» monastère de Vendôme, à Robert, son frère
" très chéri en Christ. Il faut observer une juste
" mesure , si ne point p asser les limites que les
" peres ont posées. Ce que nous attestons ,
» après avoir feuilleté & examiné trois ou
12
" quatre fois ledit manuscrit. Donné à Ven-
» dôme, sous notre signature, & le cachet
" de notre monastère, & la signature deno-
» tre bibliotécaire, l'an mille six cent cin-
» quante-deux, le trois février. »
Mais voici ce qu'on répondoit au père
Mainferme :
La lettre étoit dans le manuscrit de l'ab-
baye de Vendôme, & c'est à la recomman-
dation de Jeanne de Bourbon, abbesse de
Fontevraut, qu'elle en a été arrachée. C'est
à sa recommandation que des savans qui
crurent d'abord à l'authenticité des deux let-
tres, ont fini par dire qu'ils n'y croyoient
plus, ou se sont tenus dans un silence res-
pectueux. Cest a sa recommandation qu'on a
supprimé un écrit d'un moine de Saumur'
autre contemporain de Robert, où se trou-
voient les mêmes accusations que dans les
lettres de Marbol & de Godefroi. Enfin c'est
à la recommandation de l'abbesse de Fonte-
vraut , que l'infatigable Théophile Renaud,
à qui la façon d'un livre ne coûtoit guéres
plus qu'au grand Albert. ( * ) en fabriqua un
tout exprès pour se rétracter comme par oc-
casion de ce qu'il avoit écrit précédemment
sur le compte de Robert d'Arbrissel.
Le plus essenciel de ces faits n'est malheu-
reusement que trop prouvé ; savoir, que la
lettre a été arrachée du manuscrit de l'ab-
baye de Vendôme. Il reste des traces de cette
suppression, d'autant plus évidentes, que la fin
de la lettre qui fait l'objet du certificat, se voit
encore dans le manuscrit, sur le même feuil-
let où commence une autre lettre. La com-
mission de l'abbesse de Bourbon ne fut pas
exécutée loyalement , peut-être parce que
ceux qu'elle eh avoit chargés pensèrent qu'il
valoit mieux ne gâter qu'une moitié de lettre
que de gâter une lettre & demie.
Les partisans du père Mainferme ont fini
par se diviser. Les uns ont dit que la lettre de
Godefroi étoit authentique, mais que celle
( * ) Il nous reste da Jacobin Albertus , dit le grand,
vingt-un volumes in-folio , comme on fait ; au lieu que le
Jésuite Theophilus Renaudus n'en a fait que vingt.
14
de Marbol ne l'étoit pas ; les autres ont dit
que les deux lettres étoient authentiques, mais
qu'elles ne prouvoient rien : quelques-uns ont
continué de soutenir que l'une & l'autre
étoient supposées.
Les auteurs, du gros dictionnaire qui porte
le nom de Moréri, ont eu la négligence d'a-
dopter toutes ces opinions à la fois. Ils di-
sent dans leur tome troisième que les deux
lettres sont de Marbol & de Godefroi ; &
dans leur tome cinquième ils assurent que
Roscelin a calomnié Robert d'Arbrissel.
Ce Roscelin est un chanoine de Tours, ou,
de Compiegne, contemporain de Roberts
le même écrivain que le révérend père Main-
ferme a le premier accusé, au bout de six cents
ans, d'avoir fuppofé des lettres. Ses ouvrages
ne subsistent plus. Il fut, dit-on, dépouillé
de sa prébende , pour avoir soutenu des opi-
nions erronées sur la nature de Dieu ; mais
il ne suffit pas d'être hérétique pour être
faussaire.
Avant de mettre le public à portée de ju-
ger si Roscelin ou quelque autre novateur
15
pu fabriquer ces lettres, je vais rassembler le»
faits & les raisonnemens que le père Main-
ferme appelle à son aide pour nous con-
vaincre qu'elles ne. prouveroient rien ,
quand même elles ne seroient pas supposées.
Mais je dois. observer auparavant , que le
père Mainferme & les écrivains de son parti
perdent souvent de vue l'état de la question ;
comme quand ils disent que puisque les apô-
tres ont été áppellés ivrognes, & sainte Cu-
nénonde impudique , il ne faut pas s'étonner
que Robert ait été accusé de débauche. On
n'a pas accusé Robert de débauche : on l'a ac-
cusé d'un excès de zèle , d'un excès de con-
fiance dans sa vertu & dans la vertu de ses
religieuses : on a dit qu'il avoit exposé lui &
ses compagnes à succomber aux tentations,
mais on n'a point dit qu'ils aient succombé.
« Les rois de France , d'Angleterre & d'Es-
pagne , dit le révérend père Mainferme, les
ducs de Bretagne , d'Anjou & de Poitou,
quantité de seigneurs de ces trois provinces,
les personnages les plus distingués du siécle
où vivoit Robert, lui ont donné des marques
16
d'estime non équivoques, soit en enrichiffant
son ordre-, soit en se recommandant à ses
prières.
» La hardiesse de Robert à démasquer en
public les vices des grands de la terre, a dû
lui susciter beaucoup d'ennemis & de calom-
niateurs.
» Robert a retiré de la débauche une quan-
tité innombrable de courtisanes ; ce qu'il
n'auroit pu faire s'il eût été. débauché lui-
même : car on ne peut prêcher la chasteté
sans être chasse.
«Robert ne buvoit que de l'eau & cou-
choit sur la dure.
» L'évêque de Rennes. & l'abbé de Ven-
dôme terminentles lettres qu'on leur attribué
par la formule du tems, qui consistoit à se
recommander aux prières des gens à qui on
écrivoit. Or si Robert eût été coupable, ses
correspondans auroient-ils employé la for-
mule ?
" Saint Ignace de Loyola disoit ordinai-
rement qu'il y á trois signes infaillibles aux-
quels on peut reconnoître si une communauté
religieuse
religieuse est bien réglée. La première , si la
porte de la basse-cour est fermée ; la seconde,
fi les femmes parlent peu ; la troisième, si
les latrines sont propres. Or, on n'a jamais
oui dire, du vivant de Robert, que ces trois
signes d'une communauté bien réglée avent
manqué de se trouver à Fontevraut, ni
dans les autres maisons de l'ordre : donc l'or-
dre entier étoit bien réglé : donc Robert n'a
pas couché avec ses religieuses,
» Sur la fin de la vie de Robert d'Arbrissel,
Godefroi abbé de Vendôme , se lia d'une
étroite amitié avec lui, & sit à son ordre dés
donations considérables. Donc Godefroi ne
croyoit point aux mauvais bruits qu'on fesoit
courir sur le compte de Robert : donc la let-
tre qu'on attribue à Godefroi , ne prou-
veroit rien, quand même elle ne seroit pas
supposée ».
On voit que le révérend père Mainferme
n'a dédaigné aucune classe de lecteurs, & que
chacun peut choisir parmi ses argumens ceux
qui lui conviendront le mieux. L'intérêt de la
vérité me force néanmoins d'observer que
B
l'abbé de Vendôme ne pouvoit point faire de
donation, puisqu'en embrassant l'état mo-
nastique , il avoit renoncé à toute propriété:
aussi n'est-ce pas Godefroi abbé de Vendô-
me, qui fit les donations dont il s'agit, mais
Godefroi de Fulcré , Seigneur des Ponton-
naires, comme on peut s'en convaincre en
recourant au cartulaire de Fontevraut.
Les raisonnemens qu'on vient de lire sons
communs au révérend pere Mainferme & à
ses partisans. Tous ont employé la même dé-
fense contre la même accusation. C'est se créer
des fantômes pour les combattre. Je le répète,
on n'a point accufé d'incontinence Robert
d'Arbrissel ; on a dit que, par un excès de
confiance dans sa vertu , il s'étoit exposé à
des tentations épouvantables, pour avoir le
mérite de les surmonter , & on lui a repro-
ché de n'avoir pas reculé d'horreur à la vue
d'un gouffre où tout autre que lui se seroit
enfoncé peut-être.
Mais ce reproche n'est pas fondé , disoit le
pere Mainferme : Robert se tint toujours
éloigné du gouffre. Ouvrez l'histoire de sa

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