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ESSAI
SUR L'ÉTAX DES ESPRITS EN MATIÈRE SOCIALE
OU LE
PROCES CiSTITlITIONNIl
DE LA FRANCE
PAtt
M. A. LAPHALANGE
PWX î 1 FRANC 50 CENTIMES
TOULOUSE
EDOUARD PRIVAT, LIBRAIRE-ÉDITEUR
RUE DES TOURNEURS, 45
ESSAI
SUR L'ÉTAT DES ESPRITS EN MATIÈRE SOCIALE
OD
LE PROCÈS CONSTITUTIONNEL
DE LA FRANCE
AUX AMIS DU VRAI
ESSAI
SUR L'ÉTAT DES ESPRITS EN MATIERE SOCIALE
OU LE
PUS tOJSTITUIIflfflEL
;,Ôp LA FRANCE
l'AK
-M. A. LAPHALANGE
PRIX ! 1 FRANC 50 CENTIMES
TOULOUSE
EDOUARD PRIVAT, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
RUK DUS TOURNEURS, 45
INTRODUCTION
Quelques mois à peine nous séparent de la plus
terrible situation qui se soit jamais présentée dans
le cours de notre histoire. Deux faits ou plutôt
deux dangers caractéristiques ont menacé tour à
tour notre existence de nation guerrière et civi-
lisée. Le Prussien et le Communeux ont été les
instruments de cette trame épouvantable, le pre-
mier en insultant à nos armes vaincues, le second
en nous terrorisant par le pillage, l'incendie et
l'effusion du sang.
A la guerre la plus effroyablement critique que
nous ayons traversée a succédé la plus mons-
trueuse insurrection sociale. Des angoisses palpi-
tantes de la défaite, nous sommes tombés dans les
horreurs d'une noire anarchie. La plume tremble
au vivant souvenir de ce revers immense, qui,
rapide comme la foudre, a failli nous ravir sans
retour l'honneur d'être la première des nations
par les armes et la civilisation.
— 6 —
L'envahissement ruineux de trente-six dépar-
tements, la perte de cent mille soldats, la cession
de cinq milliards et de deux provinces, l'Alsace-
Lorraine, voilà le bilan du conflit franco-prus-
sien.
L egorgement des hommes les plus éminents et
les plus respectés de la société, la destruction des
monuments les plus admirés de l'univers, les lar-
mes, le deuil, la misère, la honte, voilà le bilan
de l'insurrection parisienne.
Enfin, la guerre et la Commune ne sont plus
et malgré l'étendue de leurs désastres, il est en-
core permis de répéter avec le poète :
Celui qui met un frein à la fureur des flots
Sait aussi des méchants arrêter les complots.
Il règne aujourd'hui à la suite de ces deux
phases du plus affreux cataclysme déchaîné sur
un peuple, un de ces repos qui suivent dans la
nature la lutte des éléments bouleversés : c'est le
calme des ruines. En présence de ce silencieux
tableau qui emprunte quelque chose de la mort et
de la résurrection tout ensemble, involontaire-
ment lame tombe dans un recueillement mêlé de
tristesse et d'espérance.
Hélas! c'est bien là l'image de la France dé-
solée et des sentiments qu'elle suggère. Mais
quelque déchirant que soit l'adieu de nos frères
morts, quelque profond et imprévu que soit le
vide des édifices de la capitale, ces merveilles du
temps et du génie français, ne pensons plus aux
malheurs irréparables du passé que pour préser-
ver le présent et l'avenir de leurs trop funestes
conséquences.
Dans ce biit restreint, essayons de découvrir
les maux particuliers de la situation actuelle et
leur remède propre.
Que voyons-nous au lendemain de nos crises?
La crainte se lit sur tous les visages; le com-
merce reprend avec des alternatives de suspen-
sion douteuse; la justice cherche son prestige et
sa force perdues ; l'autorité publique use ou de
faiblesse ou de rigueur; l'instabilité, l'inquiétude
se reflètent partout, jusqu'au pouvoir suprême
provisoirement établi. Nous vivons dans l'attente,
dans l'impatience même de voir une fondation
quelconque, mais définitive et durable, remplacer
le statu quo du relatif et de l'incertain. Nous sen-
tons enfin que nous sommes en mal de constitu-
tion, et la conscience que nous avons de cet état
nécessairement transitoire nous empêche de nous
livrer avec une persévérante ardeur au labeur de
réformation nationale. Chacun se fait ce raison-
nement parfaitement circonstancié : « Pourquoi
— 8 —
travaillerais-je aujourd'hui, si demain mon ou-
vrage est à refaire. » C'est que personne ne "veut
ni ne peut honnêtement agir s'il n'a l'assurance
de la durée et de la solidité de son oeuvre. Or,
cette assurance, stimulant obligé de toute en-
treprise féconde, qui peut se la promettre sous
l'ordre de choses existant?
Donc, l'ajournement de la solution de la ques-
tion constitutionnelle est une entrave à la reprise
des affaires et du travail réorganisateur du pays.
Je ne suis point un détracteur ni de M. Thiers
ni de l'Assemblée nationale. Je tiens en honneur
les talents et les services de M. le Président de la
République et en respect les votes de la Chambre.
J'ai confiance à leurs communes conventions par-
lementaires.- Toutefois, il m'est conviction que les
pactes de Bordeaux et de Versailles prolongés
sont de nature à dégénérer en utopies aussi per-
nicieuses qu'elles peuvent être désintéressées et
patriotiques.
Le programme qui nous régit se résume en ces
mots : conciliation des partis ; réorganiser avant
de constituer. Sans doute, ce programme, quelque
inconséquent qu'il paraisse dans les termes, avait
à l'issue de la guerre et à la disparition de tout
gouvernement, de sérieuses raisons d'opportunité.
Il fallait une pause, une trêve qui favorisât une
— 9 —
primordiale coordination des éléments égarés;
cette trêve, appelée pacte de Bordeaux et plus
tard de Versailles, fut loyalement souscrite sous
l'instigation habile de M. Thiers par toutes les
fractions de la nouvelle Assemblée ; respectée du
pays, des députés et de son promoteur, elle a déjà
produit de beaux effets de réparation.
Mais il convient, à vouloir conserver ses fruits,
de ne pas étendre outre mesure sa portée limita-
tive. A cet effet, il faut se bien pénétrer de cette
double vérité : savoir que toute conciliation de
partis opposés s'évanouit bientôt, et qu'ensuite le
fait de constituer précède logiquement et néces-
sairement tout essai réorganisateur ; d'où il suit
que la mission définie de nos gouvernants est res-
trictive dans sa durée et dans son effet : dans sa
durée que menace sans cesse la rupture de l'ac-
cord des partis ; dans son effet, incompatible avec
les lois de vraie réorganisation.
Cela posé, les pactes en vigueur, entachés de
fragilité et d'inconséquence, ont-ils fait leur cours?
L'heure de leur fin a-t-elle sonné? Je ne suis pas
éloigné de le penser et, chose bizarre! j'inclinerais
à croire que leurs plus zélés défenseurs en appa-
rence sont au fond leurs ennemis les plus achar-
nés; car il me paraît qu'ils profitent de ce relâche
— 10 —
pour le faire tourner à leur profit particulier ou
au malheur général.
Au reste, toutes ces considérations seraient dé-
nuées de valeur qu'il n'en resterait pas moins cer-
tain que le régime actuel, par cela seul qu'il ex-
clut toute constitution, doit finir. Or, devant finir,
il importe qu'il finisse bien, c'est-à-dire qu'il cède
immédiatement la place à une constitution défi-
nitive j non pas la plus théoriquement parfaite
possible, mais la plus pratiquement propre au
bonheur de la nation ; car la vraie perfection, en
matière politique, consiste dans l'accord effectif
et non idéal des attributs gouvernementaux et
des aptitudes populaires. Autre n'est pas mon but
que de fixer cet accord, base unique des gou-
vernements et raison dernière des volontés du
peuple. Je suis intimement persuadé que l'établis-
sement d'un pouvoir correspondant â cet accord
judicieusement marqué est la panacée de nos ca-
lamités tant présentes que passées et futures. S'il
en est ainsi, différer plus longtemps l'application
de ce remède efficace est une maladresse ou un
crime. Les auteurs de cette maladresse ou de ce
crime, réalisés n'échapperont pas au blâme flétris-
sant de l'histoire et de la postérité.
Dans son dernier message, M. ïliiers lui-même
n'a pu s'empêcher de toucher à ce qu'il a appelé
— 11 —
très - exactement l'évidente nécessité d'opter en
faveur de l'une ou de l'autre des deux formes
gouvernementales le plus justement en renom : la
monarchie ou la république.
Eh bien ! je viens me livrer à l'étude investiga-
trice de ce problème tant agité, sous l'influence
de ce principe que cette forme doit être préférée
à l'autre qui est en plus parfaite conformité avec
le peuple, de sorte que le choix est toujours la
mesure proportionnelle des perfections récipro-
ques du gouvernement et de la nation.
En ce temps de dispute et de confusion, mes
jugements sur un sujet aussi important froisseront
bien des esprits, j'en ai la conviction et le regret
anticipés. Mon intention toutefois n'est pas d'a-
jouter une note discordante à la mêlée des polé-
miques. Je ne professe aucun culte que le culte
évangélique ou l'amour du vrai et du bien, de la
charité et de la paix, du pardon et de l'espé-
rance.
Dieu veuille écarter de ma plume, comme je
sens qu'il écarte de mon âme, toute parole d'er-
reur, tout esprit d'incrimination, toute pensée
déplaisante, toute atteinte à la foi, mère du prin-
cipe religieux et moral qui engendre l'ordre social
ici-bas et là-haut le céleste bonheur. Puisse ma
- 12 -
faible voix, que je voudrais savoir aussi persuasive
que convaincue, faire écho au sein du tumulte dé-
lirant qui entraîne la société contre les écueils et
ressembler au cri sauveur de la vigie en éveil!
PREMIERE PARTIE
DU POUVOIR SOCIAL
CHAPITRE PREMIER
Notions du Pouvoir social.
Origine, définition et légitimité du pouvoir social. — L'ordre. —
Raison d'être du pouvoir. — Preuves de l'ordr.e. — Souveraineté
et suffrage populaires.
Le pouvoir social émane de Dieu, source de
toutes choses. Effectivement, rien n'existe ni ne
peut exister en dehors de l'idée nécessaire et
universelle d'une première individualité. C'est
pourquoi ces deux idées .de Dieu et de pouvoir
humain sont inséparablement unies, et la néga-
tion de leur connexité indestructible n'est autre
chose que l'affirmation du scepticisme absolu, en
matière sociale.
D'après ces assertions, il est évident que, déta-
chée de son principe générateur, Dieu, l'autorité
n'est plus qu'une force brutale, entièrement dé-
pourvue d'obligation morale, son essence même.
— u —
Au reste, cette vérité théoriquement certaine
à la première application de l'esprit, est confirmée
par le cours des événements et l'exécution paral-
lèle des règles immuables de la justice. Des hor-
reurs qui ont marqué, à certaines époques mémo-
rables, la mise en pratique de lois exclusives de
l'interprétation divine, est né chez tous un dégoût
profond pour les essais de constitution athéis-
tique.
Donc, à raison de son évidence palpable, de
son éclatante démonstration par les faits, et de
sa haute utilité, ce principe que l'autorité dérive
de Dieu, mérite de passer à l'état de dogme social
et de générale conviction. Seule, la foi à ce dogme
fondamental, doublement explicatif de l'origine et
de la destination de l'homme, nous sauvera d'un
entier dépérissement et nous préparera les voies
de la réhabilitation.
Issu de Dieu, le pouvoir se définit : le custoû
ou gardien de l'ordre, d'où l'on comprend que la
notion de pouvoir implique, outre l'idée de Dieu,
les idées de société et d'ordre.
Il est impossible, en. effet, de concevoir le
pouvoir autrement que dans un milieu réel, la
société. Cette société se compose de deux parties :
l'une exerçant l'autorité, ou gouvernante, et l'autre
sujette ou gouvernée. Les hommes sont seuls ca-
— 15 —
pables de cette dépendance mutuelle ; par là, l'on
juge qu'il n'y a point de société ni de pouvoir
sans réunion d'hommes gouvernants, ou princes^
et d'hommes gouvernés, ou sujets.
Mais cet être collectif, appelé société, a^-t-il
besoin d'ordre? Oui, puisqu'il ne peut exister
que dans l'ordre et par l'ordre.
La nature humaine se sent douée' dé deux
forces contraires qui la poussent l'une au- bien
et l'autre au mal. La meilleure et la plus opé-
rante c'est, sans contredit, la, force dit bien. Il
ne peut en être autrement. Remontons pour le
prouver à l'origine même de l'humanité.
La déchéance de nos premiers parents, créés
à l'état de perfection relative, ne fut que le triom-
phe du mal sur le bien, l'abaissement du "niveau
supérieur au-dessous du niveau inférieur. Mais
Dieu, touché dans sa miséricorde inépuisable du
malheur éternel devenu le partage de l'humanité
coupable, rétablit la prépondérance du bien sur'
le mal, de l'ordre Sûr le désordre, et ainsi de
grand acte désigné sous le nom de réhabilitation.
Toutefois l'état qui suivit la chute et la répa-
ration ne fut plus l'état précédent, puisqu'il se
compliqua d'une force primitivement inconnue,
la force du mal. Hostiles, rivales, la force du
bien et du mal luttent sans relâche : heureuse-
— 16 —
ment que le maintien de l'homme dans l'existence
et à fortiori dans le bonheur, exige que ce combat
finisse par la victoire plus générale que partielle
du bien.
Car où le désordre domine, dominent aussi le
malaise et je ne sais quoi de bouleversé, de pré-
caire et d'intolérable.
L'histoire des individus et des peuples policés
confirme cette vérité première, qu'il existe une
exacte proportion entre le bonheur et l'ordre, le
malheur et le désordre.
Que tous ceux qui ont épuisé les jouissances
de la vie disent de bonne foi où ils ont trouvé
le plus vrai et le plus profond sentiment de bon-
heur. Evidemment, à moins qu'ils aient perdu
jusqu'au dernier reste de conscience morale, ils
ne répondront pas qu'ils doivent leurs joies les
plus chères et les plus pures à la satisfaction
des désirs et des passions mauvais. Le remords
crierait au mensonge, à l'impudence. Donc, chez
l'individu, l'ordre et le bonheur, le désordre et le
malheur, se tiennent à l'égal de la cause et de
l'effet.
Dans la société, la rupture de l'équilibre du
bien et du mal est le signal d'explosions dange-
reuses. Aux jours lugubres des révolutions poli-
tiques où le désordre, armé de la force brutale,
— 17 —
a primé l'ordre vaincu, on a vu l'horrible déchaî-
nement des passions et l'exécution des plus noirs<
. attentats.
Mais en vertu de ce principe immuable révélé
au monde régénéré par le Rédempteur, le mal
ne prévaudra pas sur le bien, principe sans l'exis-
tence duquel l'homme et la société seraient fata -
lement destinés à périr, la puissance du mal ne
verra jamais son trône inébranlablement et défi-
nitivement assis : ses ravages sont limités par
Dieu même au temporaire et au partiel. Ainsi le
veut impérieusement la constitution actuelle de
l'humanité faite pour l'ordre et le bonheur, son
unique fin.
Indépendamment de tous ces arguments irré-
cusables, pris dans les naturelles dispositions de
l'espèce humaine, peut-on douter que l'ordre n'est
pas le premier et l'unique besoin des hommes,
lorsque tout sans exception sur terre, sur mer, au
firmament, obéit à des lois admirables de précision
et de continuité ? Quoi ! au milieu de ce concert
universel d'êtres animés et inanimés, marchant
sous de communes et d'irrésistibles impulsions,
vers un même but, l'ordre, l'homme supérieur à
tout dans la création, si ce n'est à son créateur,
n'éprouverait aucun besoin de règle et d'organi-
sation !
— 18 —
Singulière anomalie qui ferait de letre le plus
'parfait par ses dotations natives, 1 être le plus
défectueux et le plus hébété par le dérèglement
de ses facultés et de leurs opérations.
Non, non, l'homme possède la puissance de
comprendre l'ordre qui règne autour de lui* et
Celui qui doit présider en lui-même ; de là, ce
double sentiment d'admiration pour l'ordre exté-
rieur des phénomènes de la nature et d'amour
pour l'ordre de ses facultés.
Si donc le pouvoir est la garantie de l'ordre et
que l'ordre soit nécessaire, je ne dis pas au bon-
heur mais à l'existence même des hommes, qui
voudra dès lors contester la légitimité, la néces-
sité de ce pouvoir, ou mieux s'il en est ainsi, qui
refusera d'y croire et d'y faire croire en vue du
plus grand bien? Il est établi que la possibilité
du pouvoir est uniquement conciliable avec la
triple existence d'un Dieu pour base, d'une société
pour milieu, de l'ordre pour but. Tel est le pou-
voir théoriquement envisagé. Mais il s'agit de
dégager cette abstraction de la sphère spécula-
tive et de la réaliser dans un milieu pratique.
Cette réelle représentation du pouvoir passant
de l'état d'idée a l'état de fait, soulève une grave
question; la question de savoir à qui revient le
droit d'établir en fait le pouvoir. Est-ce à Dieu
— 19 —
ou à la société elle-même? « J'écarte sans discus-
sion le hasard, la force, un seul homme, donnés 1
par certains esprits dévoyés comme fondements
du pouvoir. Il reste à opter entre Dieu et la
société. Lequel a mission expresse de constituer
le pouvoir? Selon moi, Dieu a donné au peuple le
libre choix de sa constitution sociale ; il a voulu
que l'établissement du pouvoir fût basé sur la
souveraineté populaire. Mais il est une réserve
aux attributs divins, c'est que l'exercice de cette
souveraineté soit subordonné à une souveraineté
supérieure : la souveraineté du vrai et du bien :
de là découle pour le peuple, avec la liberté cons-
tituante, la responsabilité ejusmodi.
Oui, de par Dieu, le peuple est libre de se
constituer socialement, pourvu que la constitution
de son choix réponde aux lois naturelles d'ordre
et de bon sens. La nation qui, usant du droit
constituant, opte en faveur d'un pouvoir, fruit de
l'injustice et auteur de désorganisation, cette
nation prévarique et attire sur elle les malheurs
inséparables d'une libre et immorale conduite.
Posé la souveraineté du peuple, dépendante de la
souveraineté de la raison, surgit la question de
trouver le moyen le plus convenable a l'expres-
sion de cette souveraineté en jeu. Le moyen qui
sert à exprimer la volonté constituante du peuple
— 20 —
c'est le suffrage universel. Ce mode d'élection
gouvernementale mérite un examen long et sé-
rieux que nous renvoyons plus bas. Dans le
domaine de la pratique, les difficultés qui s'atta-
chent au fonctionnement du suffrage sont si nom-
breuses et si grandes qu'il importe de ne pas les
taire pour l'intérêt commun.
Le pouvoir émane de Dieu à qui il emprunte
fixité, moralité, autorité; il est la sauvegarde
de l'ordre, résultat de l'usage, de la force, du
bien et premier besoin de la société, ainsi que
le prouve l'examen des dispositions constitution-
nelles de l'humanité et de l'ordre extérieur de la
nature; il prend naissance, pratiquement parlant,
dans la souveraineté populaire, exprimée par le
suffrage.
CHAPITRE II
Triomphe-du Christianisme sur la Révolution.
La Révolution : sa fausseté. — Le Christianisme : sa vérité. —
Origine de la Révolution : sa division en deux courants : libé-
ralisme de 89 et anarchismc de 93. — Ruines de la Révolution.
— Bienfaits du Christianisme. — Appel patriotique.
Ces notions générales sur le pouvoir, analysées
dans ce cadre étroit, sont trop méconnues de nos
jours. On ne croit plus aux intimes et mystérieux
rapports du créateur et de la créature, de ce
monde et de l'autre, de la spéculation et de la
pratique. On est devenu -positif à ce point que
toute idée non revêtue d'un caractère exclusive-
ment humain est taxée de superstition et de faus-
seté. Il n'y a de bon que tout jugement, expres-
sion du plus sec rationalisme ; une opinion qui
ne porte pas sur un besoin sensible, sur une
réalité vivante est réputée illusoire. On raisonne,
on juge dans un sens strictement rationaliste;
aussi est-on facilement amené à nier la liaison
nécessaire existant entre Dieu et le pouvoir, le
pouvoir et l'ordre, l'ordre et le bonheur. Dieu
supprimé, le pouvoir n'est plus qu'une pure, hu-
— 22 —
maine et mobile force au service de l'ordre ; mais
de quel ordre, d'un ordre apparent, matériel,
factice, aussi éloigné de produire la tranquillité
et l'abondance que le désordre qui lui succède
bientôt est sûr de produire l'agitation et les
calamités : témoin, la société contemporaine qui
offre le triste spectacle de l'incrédulité et de la
démoralisation, de l'irréligion et de la licence, de
l'immoralité et de l'injustice. En effet, les mani-
festations de la pensée publique se divisent en
classes incroyantes et forcément immorales :
telles que l'athéisme, le rationalisme, le matéria-
lisme, le positivisme, l'indifférentisme, etc. Aussi,
voyez la secrète affinité de ces erreurs philoso-
phiques et politiques : elles conduisent isolément
ou collectivement à la révolution, pire que la
sauvagerie elle-même, parce qu'elle implique, ou-
tre la scélératesse des fins, une plus ou moins
grande perfection de moyens. La Révolution, c'est
la civilisation tournée contre elle-même; c'est
l'abus en révolte raisonnée contre la cause occa-
sionnelle, parfaitement innocente de cet abus; c'est
le crime qui prétend porter le nom de vertu ; c'est
enfin quelque chose d'absurde, de féroce et d'impie,
inconnu des peuplades les plus barbares. 93, 48,
70, et 71 surtout disent ce qu'est la Révolution :
un produit bâtard du vice et de l'ignorance !
— 23 —
Un conflit de tous ces systèmes opposés au
christianisme doit précéder et préparer le retour
de nos croyances et de nos moeurs primitives
épurées. Périssent toutes ces opinions destruc-
tives qui ont jusqu'à, présent brutalisé et révolu-
tionné les peuples, et triomphe le système de
l'ordre chrétien ! Sans cet ordre, le plus vérita-
blement pacificateur et civilisateur qui ait été em-
ployé, toute reconstitution sociale est impossible.
L'ordre chrétien, en effet, est représenté par
Dieu créateur; par Jésus-Christ sauveur; par
l'Evangile réparateur. Si Dieu n'existe pas, qu'pn
explique l'univers et l'homme ; si Jésus-Christ n'a
point paru, qu'on explique la déchéance et la
rédemption de la créature, sa naissance, sa vie et
sa mort; si l'Evangile n'est qu'un code apocryphe,
qu'on explique la religion et la moralité, fonde-
ments de la société. Ni l'univers, ni l'homme, en
sa vie, en sa mort, ni la société, ni les principes
religieux et moraux sur lesquels elle repose,
rien n'est explicable que par Dieu, par le Christ
et son Evangile.
Quel merveilleux enchaînement de faits et de
principes, et quelle application plus merveilleuse
encore ! Dieu crée ; l'homme pèche ; Dieu par-
donne ; Jésus-Christ sauve et le moyen de salut
accordé, c'est l'expiation ou la pratique de l'Evan-
— 24 — ■
gile. Or il arrive, chose inévitable, que ce
moyen expiatoire établi par le Christ rédempteur
est le mode de conduite le plus convenablement
adapté, le mieux harmonisé aux bonnes inclina-
tions de l'homme; il arrive qu'en dehors de cet
Evangile, règle de penser et d'agir souveraine-
ment sage, tout est mensonge, contradiction,
trouble et désastres.
Donc, avant toute discussion de la forme pure-
ment gouvernementale, il faut trancher la ques-
tion sociale et se déclarer ou pour la Révolution
ou pour le Christianisme : il n'y a pas de milieu.
Afin que votre option ne soit pas douteuse,
j'achèverai de vous convaincre de la fausseté de la
Révolution et de la vérité du Christianisme, non
plus par des raisonnements abstraits, mais par le
tableau, plein de réalité et de contraste, des temps
présents et passés.
La Révolution ou la rébellion disciplinée contre
la.vérité et la justice, est une conséquence illégi-
time du grand mouvement de 89. Ce mouvement
social, opéré par le peuple le plus initiateur du
monde, a eu deux phases et deux conséquences
respectives bien distinctes.
A ce que l'on a appelé la pacifique Révolution
de 89 a succédé la Terreur de 93. De légitimes
— 25 —
et glorieuses revendications ont été souillées
d'excès coupables et honteux.
La proclamation des droits de l'homme a été
immédiatement suivie de la violation de ces droits ;
la restauration de la liberté a eu pour contre-
coup l'avènement de la dictature, la naissance du
progrès a été faite par un baptême de sang. Ces
deux phases de la Révolution française qui se
rattachent à 89 et à 93, dates particulièrement
significatives, ont donné naissance à deux partis
rivaux qui ne cessent de se combattre l'un dans
un sens honnêtement libéral et l'autre dans un
sens anarchiquement révolutionnaire.
Or, il n'est point d'autres causes de nos mal-
heurs que le croissant empiétement de l'esprit
démagogique sur l'élément religieux et libéral.
L'Europe et la France en particulier sont en tra-
vail de transformation révolutionnaire ; il s'est
glissé dans les moeurs un levain de révolte contre la
saine idée et l'honnête conduite. Est-il étonnant
que sous l'action de ce démagogisme subversif et
ravageur, la société européenne se gangrène et que
le plus vital de ses membres, la France, étale
déjà des plaies grandement ouvertes et enveni-
mées? Est-il étonnant que d'intervalle en inter-
valle elle menace de s'effondrer, cette France,
essieu de l'équilibre européen, dans des crises
1.
— 26 —
qui lui causent des pertes et des douleurs épou-
vantables! Est-il étonnant qu'elle ait perdu sa so-
lidité, son calme, son repos, sa gloire !
Non, tout cela n'est pas étonnant; car hors
le christianisme point de salut ni d'une manière
ni d'une autre. C'est la voix des quatorze siècles
de notre histoire qui parle ainsi. Serions-nous
encore sourds à ses leçons infaillibles et résiste-
rions-nous à l'évidence d'une longue et doulou-
reuse expérience ?
L'ordre chrétien, fondé sur la plus noble vertu,
la charité, est opposé au choc des intelligences et
des coeurs ; il n'existe que dans l'apaisement des
passions, dans la concorde, dans l'usage licite de
la liberté, dans l'amitié mutuelle, dans la charité,
pour tout dire en un seul mot. Aussi, honneur
guerrier, gloire littéraire, initiative des décou-
vertes scientifiques, pei'fection progressive des
institutions, nous devons tout au génie chrétien,
cet ange tutélaire de la moralité, de la liberté et
de la civilisation.
11 est l'heure, l'heure passée peut-être, de re-
venir sur le bord de notre tombe béante, à la
pratique du principe qui a fait, à travers les âges,
notre unité, notre force et nos grandeurs. Conser-
vons de notre passé non plus les abus d'un ré-
gime absolutiste et illibéral, mais ce qui, malgré
— 27 —
ces abus mêmes, nous éleva toujours au-dessus
de l'Europe éclipsée. À l'exemple de nos frères
plus sages que nous, quoique moins éclairés , ne
formons plus qu'un seul et vaste parti national,
travaillant sous la bannière de 89 à la réalisation
d'un programme unique : le programme chrétien.
Alors, gouvernement et société auront foi à l'a-
venir, et l'avenir se montrera à l'horizon, serein,
éclatant.
Ah ! si le christianisme était plus en honneur,
plus en crédit, plus en majorité ; s'il comptait plus
de pratiquants et de défenseurs ; s'il était plus loué
de coeur que de bouche ; s'il avait plus d'influence
que de sympathies, d'avance j'engagerais ma
parole à prophétiser une ère nouvelle, d'union
d'ordre et de progrès.
Si les théories ici émises sur le pouvoir et ses
relations intrinsèques avec Dieu et la religion
chrétienne étaient unanimement acceptées ; si un
accord sincère, sorte de pacte national, était con-
clu, touchant l'adoption de ces doctrines, l'oeuvre
tant désirée de réorganisation serait singulière-
ment aisée. Les difficultés que soulève la solution
du procès constitutionnel s'aplaniraient d'elles-
mêmes; tout marcherait à souhait sous les aus-
pices de cette union des esprits et des coeurs tour-
nés vers le même but.
— 28 -
Hélas ! où est chez nous cette entente primor-
diale, essentielle, si féconde et si vitale ! nous
professons le culte égoïste de nos intérêts parti-
culiers, de nos opinions, de nos entreprises ; la
foi est personnelle ; l'orgueil et l'ambition sont
souveraines. Comme personne ne veut faire au-
cun sacrifice, ni on ne s'entend, ni on ne s'aime,
ni on ne s'aide ; aussi cette opposition va généra-
lisant le mépris et la désunion.
Il est à craindre que roulés par ces vices dans
le chaos des insurrections armées, nous n'y trou-
vions la mort finalement.
Si nous n'y prenons garde, un jour viendra où
sous l'empire de l'esprit de vertige que donne
1 eloignement de Dieu, nous formulerons en masse
'un acte de publique et complète renonciation au
christianisme : ce jour-là nous aurons abdiqué le
rôle providentiellement distinctif échu à notre
nationalité. Nous ne serons plus l'apôtre de la
civilisation, l'instrument de Dieu, la fille aînée de
l'Eglise, le génie des sciences, des arts et des let-
tres. Ce n'est point là une prédiction vaine, puis-
que à toute époque et aujourd'hui plus que jamais,
l'abandon des idées et des pratiques chrétiennes
a provoqué dans notre pays le déshonneur de la
défaite et les horreurs de l'anarchie. Bien des fois
déjà cette menace patrictiquement rappelée a
— 29 —
reçu un commencement d'exécution, et on ne
peut se défendre, si haut que l'on place sa foi et
ses espérances, d'un cruel pressentiment en voyant
la satanique fureur des méchants et l'indifférence
désolante des bons.
Chers lecteurs, mes amis, je vous en conjure au
nom de notre malheureuse patrie qui chancelle
sur ses bases quinze fois séculaires, inspirez-vous
de tout ce qu'a de beau, de profond, de lumineux
le plus pur esprit patriotique, et dans la plénitude
des conseils de votre intelligence, de la bonne foi
de votre conscience et des ardeurs de votre âme,
soumettez à un examen sérieux et impartial les
réflexions que je vous ai livrées sur la nécessité
absolue d'admettre l'ordre chrétien comme l'agent
le plus sûr et le plus rapide de rénovation na-
tionale.
RESUME
Dans cette première partie, j'ai étudié le pou-
voir social sous le rapport de son origine, de sa
définition et de sa légitimité. Cet examen a donné
lieu à la triple affirmation de l'existence de Dieu,
source du pouvoir, de l'existence de la société,
théâtre de l'exercice du pouvoir, et de l'existence
— SO-
de l'ordre, besoin de l'homme garanti par le pou-
voir.
En fait, le pouvoir émane de la souveraineté
populaire, dépendante de la souveraineté de la
raison. Le suffrage universel est la voie légale
par laquelle s'affirme la souveraineté du peuple.
Une courte esquisse de l'état des esprits suit ces
notions préliminaires du pouvoir. On y voit la
Révolution, ce chancre contagieux et dévorant,
chasser du corps social qu'il affecte, qu'il corrompt
et qu'il ruine, l'influence salutaire et conserva-
trice du Christianisme. Elle s'aide de l'athéisme,
du rationalisme, du matérialisme, du positivisme,
de l'indifférentisme, systèmes impuissants à tout,
si ce n'est à détourner les âmes de leurs fins
naturelles et à plonger les sociétés dans les abî-
mes, comme on peut le constater par la Terreur,
les Journées de Juin, la Commune, ces événe-
ments célèbres revêtus de l'évidence la plus claire
et la plus effrayante.
Le Christianisme, à l'encontre de ces opinions
d'origine suspecte, fait le jour sur tous les mystè-
res qui n'échappent point à la contingente compé-
tence de la raison humaine. Il explique tout, l'uni-
vers, l'homme, la société et les principes religieux
et moraux qui lui servent d'appui indispensable.
Fondé sur la charité, mère de toutes les vertus
— 31 —
et de toutes les perfections, il est l'élément connu
le plus éminemment compatible avec le bonheur
et la civilisation. Je prends à témoin de l'exacti-
tude de cette assertion : notre antique renommée,
notre prépondérance souveraine, notre progressif
mouvement d'initiative universelle.
-La conclusion est qu'il faut socialement renier
la Révolution et embrasser le Christianisme. Le
rejet de l'une se motive par la relation de ses
inconséquences et de ses maux, et le choix de
l'autre se motive par la relation contraire de sa
vérité et de ses bienfaits.
Ces théories admises et la nécessité de l'ordre
chrétien reconnue, nous allons étudier les deux
principales formes du pouvoir, qui ' sont la Répu-
blique et la Monarchie.
DEUXIÈME PARTIE
DE LA REPUBLIQUE
CHAPITRE III
Notions de la République.
Définition et comparaison de la République et de la Monarchie.
— L'accord réel des attributs gouvernementaux et des aptitudes
populaires. — Fondement du choix constitutionnel.
La République est un gouvernement électif et
temporaire, exercé par plusieurs mandataires
réunis en Chambre sous une présidence prépon-
dérante.
La Monarchie est un gouvernement héréditaire
et permanent exercé par un seul, avec le secours
de ministres, sous le contrôle d'une Chambre
représentative.
Telle est la double différence de ces deux
systèmes de gouvernement, que l'un est tempo-
raire et oligarchique, et l'autre permanent et
autocratique. Dans l'ordre idéal, la République
est le meilleur gouvernement, d'abord parce
— 34 — .
qu'elle met en exercice immédiat et constant la
souveraineté du peuple, fondement du droit poli-
tico-social , et qu'ensuite elle est susceptible, ce
semble, d'un perfectionnement continu.
Mais cette supériorité incontestable generis sui
suffit-elle à l'établissement républicain? Non; car
il y a une corrélation' nécessaire entre la perfec-
tion d'un système gouvernemental et du peuple
qui veut en faire l'essai. Or, je tire un argument
décisif contre la République, de la disproportion
même de perfection qui existe entre cette forme
du pouvoir et le peuple français. Plus encore :
non-seulement il y a des proportions démesurées
de perfection entre la République et le peuple
français, mais il semble qu'il y ait opposition,
antipathie. Ce n'est pas qu'on ne puisse venir à
bout de cette opposition, née d'instincts nationaux
et de quatorze siècles de monarchie qui se dresse
comme un obstacle invincible à l'inauguration
immédiate du régime républicain. On s'accorde a
attribuer a la République la supériorité sur toute
autre forme de gouvernement dans le domaine de
la raison pure ; mais s'il s'agit de réaliser dans la
sphère pratique les principes républicains, les
difficultés naissent en un si grand nombre et à un
degré tel qu'on est forcé, malgré l'intensité de
ses préférences, à renoncer momentanément a la
— 35 —
jouissance de ses droits et à confier à une autorité
moins parfaite mais plus puissante, ses intérêts
sociaux.
Ce n'est l'affaire de personne, sinon des gens
malintentionnés, de vivre en souffrance, de mou-
rir même sous l'idéal des gouvernements.
En effet, qu'on veuille bien se donner la peine
d'examiner quel milieu et quelles conditions ren-
contre l'exercice de la République dans l'état
présent de la société française, et qu'on juge
d'après les résultats impartialement obtenus, s'il
n'est point vrai qu'il existe plus qu'une dispropor-
tion de perfection entre la République et la
France : une opposition radicale.
CHAPITRE IV
Le Vote.
Définition du \ole. — Motifs du vote. — Trois exemples d'élec-
tion : le plébiscite, l'Assemblée nationale, élections complé-
mentaires du 2 juillet. — Conclusion.
■»
Le vote est l'expression de la souveraineté
populaire.
Or nous avons dit précédemment que la sou-
veraineté populaire est subordonnée à la souve-
raineté de la raison ; d'où il résulte que le vote
est ou doit être en définitive l'expression de la
raison par la voix du peuple. Est-ce bien là tou-
tefois le résultat habituel du suffrage d'assurer la
majorité, le succès à la souveraineté du bon sens?
Il est tout à fait facile de démontrer le contraire,
au point qu'on prenne pour utopique, visrà-vis
de son but, tout procédé électoral.
Il ne faut point être un profond politique pour
s'apercevoir que les foules, tant des villes que des
campagnes, n'ont pas une conviction mais un in-
térêt personnel. Le suffrage subit généralement
une pression qui le défigure. Loin de représenter
_ 37 —
une opinion concourant à l'utilité générale, il ex-
prime d'égoïstes convoitises. La passion, l'igno-
rance, l'indifférence même se disputent la plura-
lité des bulletins. On vote par calcul, par respect
humain, par complaisance, par amitié, par haine,
par toute sortes de mobiles, sauf par le seul sen-
timent du devoir.
Vous croyez que le dépouillement du scrutin,
au temps où nous sommes, forme une majorité
électorale libre, éclairée, convaincue, honnête;
vous croyez que le triomphe de cette majorité,
plus ou moins contestée, est le triomphe d'un parti
foncièrement conservateur; vous croyez que le
vote, interrogé à plusieurs reprises, suit le même
courant en un sens ou en un autre? On n'aurait
jamais fait d'essai électoral qui pût matériellement
désabuser de cette illusion, qu'un colloque d'une
heure avec dix individus pris au hasard suffirait
pour guérir de telles préventions. Vous êtes prêta
à vous récrier ; j'éprouve le même besoin ; mais
imposons un frein aux aveuglements de notre
amour-propre et tâchons ensemble de nous prou-
ver notre réelle incapacité.
Nous venons d'assister, dans un laps de temps
rapide autant que douloureux, aux plus solen-
nelles démonstrations du suffrage populaire.
Qu'est-il sorti de l'urne plébiscitaire?
2
— 38 -
Un verdict frappant la Révolution et mainte-
nant l'Empire.
Quelle inconséquence! L'Empereur, à tout
prendre, n'était-il pas plus révolutionnaire que la
Révolution même? Durant vingt années n'avait-il
pas, sous le voile de l'hypocrisie, favorisé, pré-
paré, ourdi les défaites de la guerre et les atro-
cités de la Commune? Et cependant par le fait
d'une ignorance, d'une faiblesse ou si l'on veut
d'une habileté également imputable, le vote sem-
bla à cette époque raffermir le pouvoir ébranlé et
ranimer les espérances dynastiques de celui qui,
sous des apparences passagères de richesse, pour-
suivait au vu et su de tous une oeuvre de destruc-
tion totale.
Où est la puissance électorale préservatrice du
mal, en cette occurrence historique?
Le plébiscite, dira-t-on, fut un piège tendu à
l'honnêteté du peuple, au profit de l'Empire. C'est
précisément ce qu'on essaie de prouver, qu'en
matière électorale le peuple se trompe ou est
trompé.
Autre exemple remarquable.
La guerre contre la Prusse commencée sous
l'Empire, poursuivie sous la République du 4 sep-
tembre, durait depuis six mois chaque jour plus
humiliante et plus désastreuse. Les défaites, les
— 39 —
capitulations, les plus poignantes nouvelles se
succédaient avec une rapidité inouïe. Jamais dé-
tresse plus grande ; le coeur se brise à l'évocation
de ces épreuves sans précédent. Enfin la prise de
Paris, aussi héroïquement qu'inutilement défendu,
donna le signal suprême de notre dernière dé-
faite : force fut de courber la tète, cette tête au-
trefois si belle, si pure, si glorieuse, sous le joug
d'un vainqueur farouche.
Un armistice fut conclu, pendant lequel la na-
tion réunie en ses comices élut, le 8 février, une
Assemblée qui devait prendre les rênes du gou-
vernement usurpé et traiter de la paix ou de la
guerre.
Eh bien! en ce jour de mécontentement lugu-
bre , j'ai vu, spectacle inénarrable ! le peuple le
front à terre et la rage du désespoir au coeur,
jeter dans l'urne tardivement ouverte un bulletin
sincère. La profondeur de son abaissement l'avait
placé au-dessus des agissements électoraux, de la
pression administrative et de l'influence particu-
lière. Il faut se figurer qu'il n'y avait plus alors
que des débris soit d'armée, soit d'administration,
soit de gouvernement. L'action électorale n'était
pas même ^possible.
Aussi que vit-on? Les populations soudainement
éclairées et mues par leur instinct de conservation
— 4.0 —
accoururent en masse, et leur nombre et leur
empressement et leur tristesse redisent encore la
sincérité de ce vote exceptionnel. Ce spectacle est
d'hier; le récit est exact et l'enseignement le sera
aussi. Sur qui porta ce vote le plus libre et le plus
solennel qu'on ait à enregistrer dans les annales
électorales? Il porta sur la représentation monar-
chique, sur la légitimité. Le peuple avait parlé
cette fois avec indépendance, conviction et auto-
rité.
Lui a-t-on obéi? Non. Lui obéira-t-on? Je ne
sais.
0 frauduleux détournement ! 0. perpétuel abus !
0 illusion du suffrage!
Un troisième exemple, à propos de l'Assemblée.
Au 8 février, l'Assemblée ne comptait pas tous
ses membres. Néanmoins elle affirma son exis-
tence par la proclamation 'de la République pro-
visoire et la nomination de M. Thiers au pouvoir
exécutif. Ce fut là de la part des monarchistes un
fait arbitraire, illégal, violateur de la souveraineté
populaire qui marquait un commencement d'abdi-
cation. La présidence de la Chambre, le pouvoir
exécutif dévolus à des républicains ou à des
pseudo-républicains influencèrent les esprits dans
ce sens et lorsque, au 2 juillet de la même année,
on procéda aux élections complémentaires, on ne
— 41 —
fut point surpris de voir trionipher toutes les can-
didatures républicaines modérées ou radicales.
Ainsi sont les choses sur le terrain électoral.
Ce nouvel exemple d'une haute importance ca-
ractéristique, suggère sur le jeu du suffrage de -
sévères et tristes réflexions.
Ce qui ressort le plus clairement du monde de
ces trois expressions de la souveraineté du peuple;
c'est que le vote est toujours frappé à l'effigie de
l'état de choses existant, qu'il subit l'influence de
l'opinion régnante.
Ainsi, sous l'Empire, le vote a été impérial,
sous la guerre, il a été monarchique ; soùë là Ré-
publique provisoire, il a été républicain. Ne res-
semble4-il pas au miroir qui reflète indistincte-
ment les différentes couleurs qu'on lui présente?
Sans doute, il conserve dans l'infinité de ses
nuances et de ses fluctuations un sens général
conservateur ; mais cela né suffit pas pour qu'il
puisse convenablement servir de base a un régime
purement électif. Car il n'est pas de repus pos-
sible, de calmé Vrai; de sûre prospérité, si le gou-
vernement, quel qu'il soit, d'où qu'il vienne, n'est
pas stable dans sa durée, respecté dans ses actes,
inattaquable dans sa source. En France, c'est
dans les moeurs, le vote d'hier n'est pas celui de
demain. Qui peut se vanter,* en effet, d'après les
— 42 —
trois successives consultations rappelées tout à
l'heure, de déterminer d'une manière précisera
volonté populaire sur le choix du gouvernement?
Or, profitant de ce vague qui enveloppe tous
les résultats électoraux, tous les partis, bonapar-
tiste, légitimiste, orléaniste, républicain, reven-
diquent, au nom du suffrage trompé en tous sens,
le triomphe de leur système particulier. Notez
qu'ils auraient tous raison s'ils n'avaient parfaite-
ment tort au préalable.
A quelque opinion politique que l'on appar-
tienne, on ne peut de bonne foi se refuser à l'évi-
dence de l'impossibilité d'établir en France un
bon gouvernement électif. Pourquoi cela? Parce
que nous nous n'avons pas l'usage de bien voter,
usage qu'il nous sera très-difficile d'acquérir, vu
la légèreté de notre caractère, la puissance de
nos longues habitudes monarchiques et le nouvel
esprit du siècle, antidémocratique au possible.
Il est si vrai que nous ne savons pas voter, je
ne dis plus avec franchise, honnêteté, continuité,
mais avec liberté, avec tranquillité, que chaque
élection, outre qu'elle manque son but, amène
des désordres, fait éclore des haines, répand le
trouble où elle ne répand pas le sang. L'annonce
d'une nouvelle élection, pour ce qui me touche,
me fait mal. Les expériences, j'en conviens, sont
— 43 —
nécessaires et ne se font pas sans difficultés,
mais transformées en état normal, ces expériences
sur la société contemporaine, incomplètement
préparée, créeraient une situation intolérable et
périlleuse.
L'heure n'est pas venue pour notre pays inexpé-
rimenté d'inaugurer le système républicain.
S'il était possible, comme l'implique un fonc-
tionnement électif régulier, de reconnaître au vote
un caractère d'ordre permanent et triomphant,
oh! alors, il serait injuste de ne pas adhérer à la
République, symbolique image de la perfection
gouvernementale. Mais que nous sommes loin, il
ne faut qu'ouvrir les yeux à demi pour le voir,
de la possession des vertus et des lumières, ga-
ranties nécessaires de la sincérité et de l'excel-
lence du suffrage !
Quoi! nous avons perdu le culte généreux de
Dieu, du prochain et de nous-mêmes ; la foi, la
religion, la moralité, le respect de l'autorité ont
disparu d'entre nous, et nous prétendons, en fils
dégénérés d'une noble race, vivre sous la Répu-
blique, l'idéal des gouvernements!
Plus de vertu nous siérait mieux que tant de
prétention ! Plus de vertu ferait l'affaire de la
République véritable qui réside dans une sphère
inaccessible à nos passions et à nos égoïsmes !
CHAPITRE V
Tendances démagogiques.
État des diverses classes de la société au point de vue démocra-
tique.—Causes de la naissance et de la mort de la République,
trois exemples historiques : 89, 48 et le 4 septembre 1870.
Les brèves appréciations qui ont précédé et
suivi les trois exemples de suffrage précités, dé-
montrent plus que suffisamment notre inexpé-
rience électorale.
Mais en pénétrant jusqu'aux plus profondes ra-
.cines du mal, on arrive à découvrir que notre
inexpérience intrinsèquement est le fruit de nos
tendances démagogiques. Cela étant, notre édu-
cation électorale, plus matériellement que morale-
ment négligée sous l'ancienne monarchie, devient
d'autant plus difficile que les principes antirépu-
blicains sont plus répandus. Personne n'ignore
que ces principes croissent partout et nulle part
mieux que dans le camp soi-disant républicain.
Le malheur est que chacun se refuse à prendre
conscience de ce qu'il est, de ses qualités et de ses
défauts, qu'il confond souvent. Il importe peu
— 45 —
qu'on ait tort ou raison, pourvu que l'événement
favorise et que la fortune sourie.
Les partis s'ils luttent et se dévorent, ce n'est
qu'en vue de leur bien-être particulier et exclusif;
ils songent peu au repos et au bonheur du peuplé 1,
lorsqu'ils sont au pinacle de la faveur. Jouir* telle
est la devise moderne.
Voyons donc s'il est raisonnablement possible
de bâtir sur ces aspirations et par ces aspirations
nouvelles la République qui a toujours eu jusqu'à
présent la Révolution pour soeur puînée. Un be-
soin immodéré de supériorité individuelle a envahi
toutes les classes de la société, de la société
naissante surtout. Le paysan n'aspire plus qu'à
changer son instrument. de labour en un outil
d'atelier : de là la dépopulation des campagnes.
Ouvrier, le cultivateur ou fait fausse route et se
confond avec la lie démagogique des villes, ou il
prospère et capitalise et devient bourgeois' par-
venu. C'est le sort d'un petit nombre.
L'ouvrier, lui, perd un temps précieux' dû au'
travail et à sa famille, à comploter contre son
patron, à couver des grèves et à rêver, au milieu
de bouleversements prémédités, le partage ou
mieux le pillage des propriétés particulières.
Hélas ! fruit amer de l'expérience, le triomphe
enivrant de l'ouvrier est sans lendemain ! "Un long
— 46 —
désenchantement succède à l'assouvissement éphé-
mère de ses appétits déréglés. A agir ainsi,- l'ou-
vrier passe rarement patron.
Le bourgeois, plongé dans les molles délices
d'une vie végétative, sert de sa fortune et de son
influence la cause d'un libéralisme voisin de la
révolution. Il est généralement affilié à quelque
société secrète où, sous de fallacieux prétextes
d'abolition de la guerre, du fanatisme religieux
et de la servitude sociale, il poursuit l'esclavage
du reste des hommes et son propre affranchisse-
ment.
Les nobles, ou ennuyés de leur longue impuis-
sance perdent toute |énergie dans la dissipation
de leurs biens, ou par un sacrifice louable s'élè-
lèvent au culte de la science et du progrès.
L'armée, si fidèle jusqu'à nos jours à son double
devoir de gardienne de l'honneur sur le champ de
bataille et de l'ordre sur le terrain social, n'a pas
échappé à l'action dissolvante des idées révolu-
tionnaires. Ce n'est point un mystère aujourd'hui
que tel parti connu par ses preuves de violence
et de dictature fonde sur la fraction corrompue
de l'armée d'iniques espérances.
Reste une cinquième classe, le clergé, qui ne
s'ingère' pas, autant qu'on se plaît a le dire, dans
la direction des affaires publiques. Son rôle, divin
— m —
. d'institution, est de réagir contre les inclinations
anti sociales et particulièrement antirépublicaines
qui s'insinuent chaque jour davantage dans tous
les rangs de la société. Le clergé, sauf de très-
rares et très-déplorables exceptions, ne manque
pas aux sévères devoirs de sa vocation sacrée. Il
fait peu de cette politique réactionnaire, tapa-
geuse, pratiquée dans une certaine presse, au
club, au café; il vit en dehors de ces agitations
burlesques. S'il est par caractère plus sympathique
à la monarchie qu'à la république, c'est qu'il croit,
non sans apparence de raison, que la monarchie
est le gouvernement le plus sûrement protecteur
des intérêts religieux inséparablement liés aux
intérêts politiques. Ce par quoi il pèche, c'est par
défaut d'indépendance et d'initiative.
Qu'on ne dise pas que le paysan déserteur du
village, l'ouvrier gréviste, le bourgeois libre-pen-
seur, le noble gueux, le soldat clubiste, le prêtre
infidèle, prouvent contre ma thèse, que la démo-
cratie a jeté des racines profondes dans le pays.
Par eux, elle n'y a semé qu'un besoin insatiable
de fortune, qu'un désir excessif de jouissance,
qu'un germe de paresse, de corruption, de haine
et de désordre. Est-ce donc là toute cette démo-
cratie tant vantée dont presque tous les Français
raffolent et s'enorgueillissent? Est-ce là la vertu
— 48 —
de cette république qui s'impose si fièrement à.
l'admiration universelle, par la bouche de ses
indignes partisans? Quel mensonge et quelle con-
tradiction !
Scrutateur du fond, à travers des apparences
tranchantes et insolentes, je découvre clairement
et j'affirme hardiment que ces côtés défectueux,
démocratiques jusqu'au démagogisme, de chaque
classe sociale passée en revue, n'ont pas le carac-
tère d'une entière généralisation. A Dieu ne plaise
que tous les riches et tous les pauvres, tous les
bourgeois et tous les ouvriers, l'armée et le
clergé soient dévorés de la soif des richesses, de
plaisir et de domination. Au contraire, la fraction
libérale de la noblesse, la bourgeoisie modérée,
l'honnête classe ouvrière, les paisibles populations
des campagnes, le noyau incorruptible de l'armée,
l'élite cléricale, constituent l'immense majorité du
peuple français:. Or, lame de cette majorité, c'est
la, monarchie dont la sagesse et la puissance s'al-
lient ppur protéger et accroître les conquêtes
libérales, contre les attentats révolutionnaires.
En- somme, ce qui porterait à croire à' pre-
mière vue aux tendances démocratiques de la.
France est. ce qui, réflexion faite, détourne de
ce jugement. En effet, peu d'hommes sincères et
clairvoyants se laissent prendre à cet artifice de
— 49 —
la Révolution qui se déguise en République et de
la démocratie qui dégénère en démagogisme.
Toutefois quelque grossier que soit ce piège,
il n'en a pas moins un fond de gravité qui ne
perd rien à mesure que nous vivons. Il va gran-
dissant le désir de changement respectif et non
de successive amélioration chez le laboureur,
l'ouvrier et le patron ! Ils prennent un cachet de
forte accentuation les vices, soit d'énervement,
soit de faiblesse, soit, d'insubordination, qui ont
entamé ces trois grands corps appelés la noblesse,
le clergé et l'armée ! Elle s'envenime l'envie qui
ronge le coeur de la France entière !
Ce n'est point là une opinion pessimiste. La
constatation de la diffusion de ces vices est chose
aisée en ces époques troublées sans pouvoir et
sans ordre. Ce qui monte à la surface des couches
sociales remuées, c'est le flot menaçant du besoin
d'injuste élévation et d'affranchissement radical.
Le mal a l'audace, s'il n'a pas la for.ce du nombre,
à laquelle il aspire avec une persévérance éton-
nante. On le voit lutter contre le bien sous les
formes les- plus agressives : le mépris de Dieu,
la haine- du prochain, la convoitise de ses pro-
priétés et l'amour du plaisir matériel, amour
moqueur de la vertu et du sacrifice. Voilà la
peinture des passions démagogiques qui travail-
— 50 —
lent la société avec un succès d'une alarmante
rapidité. Or donc, si tout ce qui est entaché d'il-
légitimes désirs, de besoins malsains, appelle à
grands cris la République, n'est-il pas sage de
conclure contre la République, qu'elle contient
dans son origine pratique des germes de mort
prompte et sanglante !
Tout gouvernement repose sur la religion et la
morale. Comment la République, née de ce qu'il y
a de moins moral et de moins religieux, pourra-
t-elle espérer une longue existence? Comment
pourra-t-elle restreindre les ravages des passions
destructives de la tranquillité, si elle-même doit
le jour à ces passions? C'est le propre de la pas-
sion d'engendrer le désordre, le remords et la
peine. Et qu'ont engendré jusqu'à nos jours toutes
les Républiques sinon des châtiments qui donnent
encore le frisson !
Est-il nécessaire d'évoquer le passé et de donner
la parole à l'histoire dont la voix autorisée ne se
fait jamais entendre en vain?
La République de 89 a dégénéré en Révolution
de 91 a 93 ; la République de 48 s'est souillée du
sang des journées de juin; le 4 septembre 70 a
abouti à la Commune de 71.
De plus 93 nous a jetés clans l'absolutisme im-
— 51 —
périal; 48 en a fait autant; le provisoire de 71
n'a pas encore trouvé sa solution définitive.
Ces trois états République, Révolution et Des-
potisme sont nés l'un de l'autre", jusqu'à trois fois,
avec d'affreuses douleurs d'enfantement social.
Cela tient à l'effet désastreux qu'a le nom de
République de réveiller les passions et aussi à la
fausse interprétation de sa devise fameuse : Liberté,
Fraternité, Egalité. Oui, liberté de tout faire pour
les uns, exclusive de la vraie liberté des autres;
fraternité des amis de désordre, impliquant la
haine des gens de bien; égalité ou jouissance
abusive de tous les droits emportant la négation
de tous les devoirs.
Oh ! la belle façon démocratique de comprendre
et de pratiquer des préceptes empruntés au code
du divin fondateur du Christianisme.
D'après ces données, il me semble permis de
tirer contre la possibilité actuelle de l'établisse-
ment républicain, cette conclusion inductive : que
de nouveaux essais hasardés produiront des effets
identiques aux effets connus.
Sans doute, ce jugement pourrait et devrait
être mitigé, si la masse était entrée, sous l'in-
fluence salutaire de ces terribles leçons répétées,
clans une voie d'apaisement et d'union.
Il n'en est rien ; les récents désastres de Paris,