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ISSâll
SUR DIVERS SUJETS,
|3ar £. 21.***, h QLateasstmnt.
Cet ouvrage se vend an Profit des Pauvres.
Prix : 2 francs.
CARCASSONNE,
IMPRIMERIE I)E P. LABAU, GRAND'IUJB , K.° 21.
ESSAIS
DE
SUR DIVERS SUJETS,
CARCASSONNE,
IMPRIMERIE DE P. LABAU, GRAND'RUE , 21.
A853.
INTRODUCTION.
Ma Iyi"e ae se plait qu'au milieu des cyprès !
Elle aime à résonner sous leur ombrage épais.
De ce monde trompeur dédaignant l'allégresse,
Et murmurant toujours les chants de la tristesse,
Elle peignit, tantôt un jeune homme expirant
Dans les bras de sa mère;
Tantôt elle montra Mélanie exhalant
Une douleur amère,
Sur un tombeau sacré, digne objet de ses pleurs;
Et là, de l'orphelin retraça les douleurs,
L'abattement et la misère!...
1
(2)
Quelquefois, elle osa, même avec Jérémie,
Soupirer ses douleurs ;
Des enfants de Juda, chassés de leur patrie,
Déplorer les malheurs ;
Et souvent, répandant des guirlandes de fleurs
Sur un drap mortuaire,
Elle exhala mon coeur de tristesse abattu !...
PREMIÈRE PARTIE.
A peine au sortir de l'enfance,
Je vais te quitter, ô Quillan !
• Adieu, pays, pays charmant,'
Adieu ! de te revoir je n'ai plus l'espérance !
Je vais quitter ma tendre mère,
Ma mère, elle qui m'aime tant !
Elle qui me disait souvent :
« Sans toi, mon fils, la vie est pour moi bien amère ! »
Je vais abandonner mon père,
Noble vieillard aux cheveux blancs !
Quel sort ! Et pourquoi les enfants
Sont-ils forcés d'aller dans la terre étrangère ?
(4 )
Et vous, amis de mon jeune âge,
Je vais vous quitter ! quel malheur !
Mes chers amis, tout mon bonheur
S'enfuit en vous quittant, comme un léger nuage !
Adieu donc, collines charmantes,
Riants coteaux, où le chasseur
Souvent poursuit avec ardeur
Les perdreaux effrayés et les grives tremblantes !
Adieu, forêts majestueuses,
Arbres géants qui, dans les airs,
Comme pour braver les éclairs ,
Levez altièrement vos têtes orgueilleuses !
Mais en partant, ô ma patrie,
Séjour de paix, lieu de bonheur,
Quillan, je te laisse mon coeur !
Toujours à toi mon coeur, ô ma ville chérie !...
« Tu viendras bientôt, je l'espère ;
Bientôt tu seras parmi nous ;
Tu viendras, ma mère, ma mère !
Oh ! que mon destin sera doux ! »
Bondissante de joie, heureuse d'espérance,
Au lever de l'aurore, Anaïs chaque jour
Montait sur un rocher, et vers la mer immense
Fixant l'oeil, de sa mère attendait le retour.
Un matin sur l'onde paisible,
Un point commence à se mouvoir ,
Sombre, indécis , presqu'invisible ;
Anaïs seule peut le voir.
' (6) ■ ■
Cependant il augmente, on le voit, il s'avance ;
C'est le vaisseau chéri, l'on n'en peut plus douter;
Tous les coeurs sont remplis d'une douce espérance ;
La joyeuse Anaïs reste sur le rocher.
Mais tout-à-coup l'onde agitée
Murmure, gronde avec fureur;
Une nue épaisse, embrasée,
Dans l'âme imprime la terreur.
Le vaisseau retentit de cris tristes, funèbres ;
Le rivage répond par un gémissement ;
Le ciel bientôt se couvre, et d'épaisses ténèbres
Dérobent aux mortels le vaste firmament.
Le vent siffle avec violence,
La foudre gronde dans les airs;
Un flot amoncelé s'avance...
Du vaisseau les flancs sont ouverts !.
La tremblante Anaïs, éperdue, éplorée,
Et poussant vers le Ciel de lamentables cris ,
A perdu tout espoir... La carène est brisée ,
Et du vaisseau déjà flottent tous les débris.
(7)
Mais à la lueur incertaine
Des éclairs vifs et répétés,
Une femme lutte avec peine
Contre les flots précipités.
De la jeune Anaïs c'était la tendre mère,
Que la vague en courroux lance contre un rocher...
Hélas ! le lendemain dans l'enclos funéraire,
Et la mère et l'enfant venaient se reposer !
« Le vent souffle, la feuille tombe;
Tout gémit, tout est désolé !
Et moi, si jeune encor, dans une noire tombe,
Bientôt, demain peut-être, hélas! je descendrai.
» Mourir au printemps de la vie !
Mourir ! et je n'ai pas vingt ans !
Mourir seul, inconnu, sans qu'une voix amie
Vienne me consoler dans mes derniers moments. !
» Oh ! quelle affreuse destinée !
Loin de moi s'envole l'espoir...
La rose vit un jour avant d'être fanée,
Et je ne puis comme elle arriver jusqu'au soir !
• . (9)
» Mais pourquoi regretter la vie,
Où tous les jours sont nébuleux?
Oh ! ce monde n'est pas pour nous une patrie !
Ce n'est qu'un lieu d'exil où l'homme est malheureux.
» Et que faire sur cette terre,
Séjour du vice triomphant?
Où la vertu ne peut briller de sa lumière,
Où le juste est souvent victime du méchant.
» Ah ! mourons dans notre innocence
Et dans notre simplicité !
Que désormais mes voeux, toute mon espérance,
Se portent vers le Ciel, pour lequel je suis né !... »
(EMUS.
Je vis Cloris à son heure dernière ;
Son triste état vivement me toucha ;
Pâle et livide, elle ouvrit la paupière,
, Puis expira.
Elle expira malgré ses vertus, son jeune âge;
L'impitoyable Mort, insensible aux attraits
De la douce Cloris, la perça'dans sa rage
Du plus terrible de ses traits.
Elle n'est plus, cependant son image
Vivra toujours dans notre souvenir ;
A sa vertu nous rendrons tous hommage
Par un soupir.
Paraphrase du Psaume 136me
(Super flumina Babylonis, etc. )
Fleuve de Babylone, oui je me suis assis
A l'ombre des ormeaux qui couronnent tes rives ;
Et là, mes paroles plaintives
Ont redit nos malheurs aux rochers attendris.
Là, j'ai souvent versé des larmes abondantes;
Là, mon coeur palpitait en pensant à Sion :
Et pour comble d'affliction ,
J'ai vu périr mon fils entre mes mains tremblantes !
Hélas ! j'ai suspendu mon luth harmonieux
Aux saules verdoyants qui bordent la prairie;
Ah ! nos harpes n'ont plus de vie !..
Désormais plus de ris et plus de chants joyeux !
(13)
Et le vainqueur m'a dit, enflé de sa victoire :
« Chante, chante un cantique en l'honneur de Sion I
Quoi ! déjà de ta nation
As-tu donc oublié la puissance et la gloire ? »
L'ennemi souriait en m'adressant ces mots ;
Et moi j'ai dévoré ces affronts en silence :
Attends, ai-je dit, patience !
Un jour tes maux affreux égaleront mes maux !...
Ah ! comment pourrions-nous sur la terre étrangère,
Chanter l'hymne de joie au Dieu de l'univers?
Peut-on moduler des concerts,
Quand le coeur est navré d'une douleur amère?
Que ma droite, Seigneur, reste sans mouvement;
Que pour toujours mon oeil se ferme à la lumière,
Ou que l'enfer dans sa colère
Invente contre moi quelque nouveau tourment,
Si jamais de Sion je perdais la mémoire !
Puisse, puisse mon nom n'inspirer que l'horreur,
Si je ne mets tout mon bonheur,
Chère Jérusalem , à parler de ta gloire !
( M )
Oh ! des enfants d'Edom, souvenez-vous, Seigneur ,
Au moment où Sion, sortant de la poussière
Et vous adressant sa prière,
Fléchira pour toujours votre juste fureur !
Souvenez'vous alors de ces peuples perfides
Qui sur nous font peser un pesant joug de fer ;
Et qu'aussi prompte que l'éclair,
S'échappe leur splendeur de leurs mains homicides !
Car ils ont dit, Seigneur, ivres d'un fol orgueil :
« Anéantissons-la !... qu'altendons-nous encore ?
Il faut qu'à la première aurore,
Jérusalem ne soit qu'un immense cercueil !.. »
Trois fois malheur à toi, fille de Babylone !
Heureux qui te rendra les maux que tu nous fais ,
Qui renversera tes palais
Et réduira ton peuple à demander l'aumône !
Heureux qui percera le sein de tes vieillards,
Massacrera le fils en présence du père,
Et qui, sous les yeux de la mère,
Jettera sur l'enfant de sinistres regards !
A UNE MERE,
SUR LA MORT DE SON ENFANT.
Pleure, pleure, ô pauvre mère !
Pleure, pleure ton enfant !
Si ta douleur est amère ,
Souviens-toi que Dieu l'entend.
Il est mort, ô douce mère !
Il est mort, ton jeune enfant !
Tendre fleur, fleur éphémère,
Il n'a vécu qu'un instant !
II est mort;, pieuse mère !
Il est mort, ton cher enfant !
Il vient de quitter la terre
Pour monter au firmament.
(17)
Ne pleure pas, bonne mère,
Ne pleure pas ton enfant!
Comme un ange de lumière,
Il est déjà tout brillant !
Il n'est pas mort, tendre mère ,
Il n'est pas mort ton enfant!
Au ciel, près de Dieu son père,
Je le vois tout éclatant !
Réjouis-toi, sainte mère,
En pensant que ton enfant
Vient d'offrir une prière
Pour sa mère au Tout-Puissant!.
SOTx LÏ.S YWO&M.S M, "L'WOTSÏMY, k\J \\\e SYECA.Ï,.
Siècle géant, salut ! devant ton auréole,
Oui, les siècles passés doivent tous s'incliner;
Et les siècles futurs, à ton illustre école,
Viendront s'instruire et s'inspirer !
Grand était l'homme un jour, quand Dieu dans sa puissance
Souffla sur son chef-d'oeuvre un souffle tout divin ;
Quand il lui départit pour dot l'intelligence,
Qui fait tout homme souverain.
(19)
Ah ! l'homme était encor plus grand, plus magnifique -,
Au suprême moment, à l'instant solennel,
Où dans les flancs sacrés d'une Vierge pudique
S'incarna le Verbe éternel !
Mais l'homme semble encore ajouter à sa gloire,
Lorsque, par sa raison subjuguant l'univers,
Conquérant pacifique , il veut que sa victoire
Brille de lauriers toujours verts.
Car en ce monde, hélas ! toutes choses périssent;
Les richesses ne sont qu'un futile joyau ;
Dans la main des Césars les palmes se flétrissent,
Et le plaisir traîne au tombeau !
Mais lorsque, méditant l'emploi de son génie,
L'homme de bien désire un nom pur, immortel,
Il ne balance point, et dit : « A l'Industrie
Faisons faire un pas solennel. »
(20)
Et soudain, déployant de son intelligence
Les immenses trésors, les instincts merveilleux,
II commande et réduit sous son obéissance
L'océan, la terre et les cieux !
Oh ! tu mérites bien notre reconnaissance ,
Toi qui, de l'Industrie excitant les progrès,
Consacres t'es travaux et ton intelligence
A semer ainsi des bienfaits !
Mais pourquoi m'essayer à peindre du génie
Les magiques travaux, les étonnants bienfaits?
Pourquoi donc ai-je osé parler de l'Industrie
Et de ses immenses progrès?
ï,I\10M.\.m SCm Ï\LS k Lk MA'OUÏÏ..
Vivre et mourir au sein de l'esclavage,
D'un maître dur essuyer les rigueurs ;
Toujours souffrir, voilà notre partage !
Ah ! mon cher fils, il faut sécher nos pleurs !
Depuis dix ans sur la rive étrangère,
Nous voilà donc condamnés aux malheurs,
Longtemps encor jouets de la colère !...
Oh ! mon enfant, il faut sécher nos pleurs !
( 23 )
Chaque matin nous voyons l'hirondelle
Par ses doux chants épanouir nos coeurs;
Libre, elle chante, et nous, moins heureux qu'elle,
Nous, mon cher fils, sommes livrés aux pleurs !
Nos bras toujours seront-ils dans les chaînes ,
Nos corps toujours condamnés aux douleurs?
Et le rotin, le travail et les peines
Feront-ils donc toujours couler nos pleurs?
Souffrirons-nous ce maître impitoyable ,
Monstre qui rit en affligeant nos coeurs?
II faut qu'un jour ce tigre insatiable
Pleure d'avoir fait couler tant de pleurs !
Vois, mon enfant, ces champs, cette montagne,
La liberté si pleine de douceurs ;
Vois dans les fers ta mère, ma compagne !..,
Ah ! Yengeons-nous, séchons, séchons nos pleurs !
(.24)
Lime ces fers... cet anneau de ma chaîne
Presque brisé... Qu'entends-je? des clameurs,
Des cris joyeux... je le vois hors d'haleine,
Pâle et défait... Mon fils, séchons nos pleurs !
Le ciel enfin a puni notre maître ,
Nous n'aurons plus à craindre ses fureurs ;
Nos compagnons ont enchaîné le traître ;
Sa mort bientôt expîra tous nos pleurs !
es 32» ^^ E$ca. sa»
Claire, ne vois-tu pas ta mère qui s'incline,
Te baise et regarde le ciel?
Pourquoi, comme autrefois, ta parole enfantine
Ne répond-elle pas au baiser maternel?
Pourquoi n'étends-tu pas, au-dessus de ta couche,
Tes petits bras pour embrasser
Une mère si bonne? et pourquoi donc ta bouche
Ne s'ouvre-t-elle pas pour lui rendre un baiser?
( 26 )
Enfant, dormirais-tu de ce sommeil suprême
Qu'on appelle le long sommeil,
Sommeil qui de l'esclave au monarque lui-même
S'étend jusques au jour du solennel réveil ?...
Oh ! tanière a pâli ! ses yeux versent des larmes,
Elle succombe à sa douleur !...
Hélas ! ils n'étaient point de trompeuses alarmes
Les noirs pressentiments qui contristaient son coeur!
Qui la consolera, ta douce et tendre mère?
Qui pourra lui faire oublier
Que son unique enfant, sa gracieuse Claire,
N'a pu, si jeune encore, au trépas échapper?
Lorsque sur ses genoux te berçait ton grand-père,
Quand tu lui donnais un baiser,
Aurait-il cru qu'au bout de sa longue carrière,
Sur ta tombe il irait un jour se lamenter?...
IL ©TM.
Abraham prosterné devant le Tout-Puissant :
« Hélas ! dans ta colère ,
Seigneur, confondras-tu le sage et le méchant?
N'épargnerais-tu point eette ville adultère,
Si ses murs renfermaient quelques hommes pieux
Dont les coeurs .fussent purs, les jours pleins à tes yeux?'
» Non , tu ne perdras point le juste avec l'impie ;
La justice est à loi ! »
Et Jéhova lui dit : « Fils de Tharé, j'oublie
Les horreurs de Sodôme et ses cris contre moi,
Si tu peux rencontrer dans celte ville immense
Des hommes qui n'aient pas souillé leur innocence. »
(28)
Abraham triomphait : « Je ne suis qu'un pécheur,
Je suis né dans le crime ,
S'écria-l-il alors ; mais écoutez , Seigneur !
Votre miséricorde est un profond abîme ;
Epargneriez-vous donc la coupable cité,
Si cinquante habitants sont pleins de piété? »
a Oui, je pardonnerais, oui, je ferais clémence-,
Dit alors l'Eternel. »
Abraham , tout joyeux et rempli d'espérance :
« Hélas ! vous le savez , je ne suis qu'un mortel,
Et j'ose vous prier ! Excusez mon audace ,
Pour quarante habitants, Seigneur,.feriez-vous grâce? »
« Je suspendrais les flots de mon juste courroux. »
« Je ne suis que poussière ,
Et néanmoins, Seigneur, oui, je m'adresse à vous,
Dit alors Abraham ; votre grande colère
Est-elle inexorable , et pour.trente habitants,
N'épargneriez-vous pas les pécheurs, les méchants? »
( 29 )
« J'éteindrais aussitôt les feux de ma vengeance ! »
« Vous êtes bon, Seigneur,
Continue Abraham; votre grande clémence
De l'homme criminel fait l'espoir, le bonheur.
Pour vingt justes, Seigneur, cette ville adultère
Serait-elle à l'abri d'une ruine entière? »
« J'étendrais sur Sodôme, en signe de. pardon ,
Ma droite redoutable ! »
Abraham se recueille : « O Dieu puissant et bon ,
Des pécheurs je ne suis que le plus misérable !
Et cependant, Seigneur, permettez que ma voix
S'élève encore à vous une dernière fois :
» Dix hommes vertueux, amis delà justice ,
Peuvent-ils vous fléchir? »
r
« Oui, répond Jéhova ; sinon, qu'elle périsse,
L'orgueilleuse cité ! » Le saint fit un soupir;
Mais il ne put, hélas ! contre son espérance ,
Trouver dix coeurs pieux dans cette ville immense.
( s'o. ) .
L'orgueil, la cruauté, la folle ambition',
La luxure effrontée,
La.jalousie ardente à verser son poison,
L'avarice sans cesse à compter occupée,
Dans Sodôme avaient fait de nombreux partisans
Et régnaient sur les coeurs comme autant de tyrans.
Le fils ne craignait point d'assassiner son père ^
L'épouse, son époux ;
Et la fille, marchant sur les pas de sa mère ,
Osait braver du ciel le terrible courroux.
La licence partout, partout l'idolâtrie
Marchaient, le front levé, dans cette ville impie.
Souvent le cèdre seul, pendant un ouragan,
Ne courbe point la tête;
II brave avec fierté la fureur de l'autan,
Tandis qu'autour de lui tout cède à la tempête.
Ainsi le fils d'Aran seul avait résisté
Au torrent du désordre et de l'iniquité.
(31 )
11 n'avait point offert un encens sacrilège
A des dieux mensongers;
Jamais à l'innocence il ne tendit un piège,
Et l'arracha souvent aux plus graves dangers;
Son coeur ne tenait point à de viles richesses,
Et l'indigent toujours eut part à ses largesses.
Le matin, il disait un hymne à l'Eternel,
Chant pur, inénarrable,
Chant de joie et d'amour qui s'élevait au ciel,
De même qu'un encens d'un parfum agréable;
Et chaque jour aussi, sur un rustique autel,
Il offrait quelques dons, comme le juste Abel.
Ah ! dans lui l'orphelin trouva toujours un père,
La veuve un protecteur,
Le vieillard un soutien, un ange tutélaire ;
L'affligé , le malade un doux consolateur !
Il répandait ainsi, comme un fleuve fertile,
Ses trésors, ses bienfaits, au sein de cette ville.
( 32 ï
. Celui qui d'un seul mot a créé l'univers,
Fécondé nos campagnes ;
Qui déchaîne les vents, qui lance les éclairs,
Bouleverse la mer, abaisse les montagnes,
Fut. touché des vertus de son serviteur Lot.h ;
Il appelle Azarim et l'archange Ezaoth.
« Fidèles messagers, volez jusqu'à Sodôme,
Aux superbes palais;
Dans cette ville impie, un homme seul, un homme
N'a point livré son coeur à d'infâmes excès.
Qu'il parte ! car bientôt je vais lancer la foudre,
Et Sodôme en trois jours sera réduite en poudre ! »
L'archange s'inclina devant le Tout-Puissant,
Et, se voilant la face,
Il adora trois fois l'Eternel en tremblant;
Puis, prenant leur essor et traversant l'espace,
Le brillant Azarim , l'éclatant Ezaoth
Arrivent promptcmonf près du vertueux Loth.
( 33 )
Le Saint des saints a dit, s'écrie alors l'archange :
« Longtemps l'impiété
A régné dans Sodôme ; il faut que je me venge I
Donnons une leçon à la postérité,
Mais terrible leçon ! que cette ville altière
Dans troisjours nesoit plus que cendre etque poussière ! »
« Partez donc dès demain, fuyez celte cité,
Ce repaire du crime,
Ce cloaque du luxe et de l'impureté !
Gravissez le Moab, montez jusqu'à sa cime";
Partez, car le Seigneur est tout prêt à frapper.
Et sa justice enfin va bientôt éclater !
» Le jour fixé par Dieu va faire place aux ombres ;
Oh ! pour l'impiété,
C'est le commencement de ces nuages sombres,
Qui doivent l'éclairer toute l'éternité I
Serviteur du Très-Haut, fuyes donc de la ville,
Et cherchez promptement dans Ségor un agile. »
3
iâilltll
Mère de Dieu, Sainte Marie,
Reçois les voeux de tes enfants ;
Entends celte troupe chérie,
Montre-toi sensible à nos chants !
Vierge Marie,
Mère chérie,
Toujours, toujours,
Nous implorerons ton secours !
(35)
P>eine du ciel, espoir du monde,
Entends la voix de tes enfants,
Et fais qu'à cette nuit profonde
Succède un jour des plus brillants !
Vierge Marie, etc.
Daigne prier, douce Marie,
Pour des enfants respectueux ;
Fais que cette troupe bénie
Te contemple un jour dans les deux!
Vierge Marie, etc.
Nous nous rassemblons sous ton aile
Pour être à l'abri du danger;
Que ta tendresse maternelle
Sur nous ne cesse de veiller I
Vierge Marie, etc.
(36)
Nous t'offrons des fleurs, des couronnes,
Des coeurs brûlant d'un vif amour ;
Mais pour toi, ce seront des trônes
Que tu nous offriras un jour!
Vierge Marie,
Mère chérie,
Toujours, toujours,
Nous implorerons ton secours 1
«C3 ~ML** J9L-3E&. ^3HL~
Tendre fleur qu'un seul jour vit naître et vit mourir,
Clara n'est plus ! La Mort cruelle, -
Comme un serpent fondant sur elle,
A notre amour vint la ravir !
Ah ! telle qu'un bouton qui vient de s'entr'ouvrir
Aux clartés de l'aube naissante,
Mais que l'haleine dévorante
Des vents du sud vient de flétrir;
Hélas ! telle on t'a vue, ô gracieuse enfant !
A peine briller une aurore ;
Le trépas vient, te décolore,
Et te flétrit en un instant !
( 38 )
Oserais-je, ô Clara! déplorer ton destin?
Ah ! ton sort est digne d'envie,
Car lu ne parus à la vie
Que pour jouir d'un jour serein !
Le vice n'infecta jamais ton jeune coeur; .
Et, pure comme la rosée,
Ton âme s'est vite envolée
Dans le séjour du vrai bonheur.
Aux rayons du soleil, brillante de fraîcheur,
Dans une région plus belle ,
Et sur une tige nouvelle
Tu refleuriras, tendre fleur.
Mais pour nous, la douleur aiguisera ses traits;
Les pleurs, voilà notre héritage !
Et nous n'aurons plus en partage
Que des jours tissus de regrets !...
LA PETITE ORPHELINE.
Je suis une pauvre orpheline,
Hélas ! que vais-je devenir ?
Vainement j'ai crié : famine!
Nul n'a voulu me secourir!
Ayez pitié de ma misère;
Un peu de pain pour me nourrir !
Songez que je n'ai plus de mère,
Et que bientôt je vais mourir !
Passants, vous que ma voix implore,
Soyez touchés de mes malheurs !
Demain, au lever de l'aurore,
La mort finira mes douleurs !
( 41 )
Secourez-moi dans ma misère,
Je prîrai Dieu de vous bénir;
Secourez-moi, comm'e une mère
Secourt l'enfant qui va périr !
Donnez à ma voix qui vous prie ,
Dieu vous rendra votre bienfait;
Car dans le ciel, notre patrie,
Il inscrit l'aumône qu'on fait.
Déjà la faim, la faim cruelle,
Comme un serpent me mord au coeur;
Jetez un sou dans l'écuelle,
Donnez une obole au malheur.
Pas un beau jour pour moi n'a lui sur cette terre,
Depuis que je suis né !
J'ai vécu dans les pleurs , le deuil et la misère ,
Au malheur toujours condamné !
Enfant, je n'ai jamais partagé de l'enfance
Les jeux et les plaisirs ;
J'ai passé ce beau temps triste et sans espérance ,
Toujours au milieu des soupirs !
Quand les autres riaient, mes yeux versaient des larmes ;
Ils chantaient... je pleurais !
Et quand pour tous la vie est un tissu de charmes,
La mort fixait tous mes souhaits !
( 43 )
Adolescent, j'ai vu de mon adolescence-
S'écouler les longs jours;
Au milieu des chagrins, au sein de la souffrance,
Le bonheur me fuyait toujours !
La jeunesse est venue, avec ses plus beaux rêves,
Me bercer un instant;
Insensé que j'étais !... Les, plaisirs sont des glaives
Qui blessent un coeur innocent !
Je suis dan» l'âge mûr, et toujours la tristesse
Fait tressaillir mon coeur;
Comment puis-je espérer que pendant ma vieillesse
Luira pour moi le vrai bonheur?
Le bonheur ! il n'est pas pour nous sur cette terre ,
Et l'homme vertueux
Ne peut que dans le ciel, auprès de Dieu son père,
Espérer un jour d'être heureux !
I1E
SUR. X.A 33ESTIVUCTION 3>E SODOME.
L'Eternel avait dit : « Tes blasphèmes , Sodôme ,
Sont montés jusqu'à moi !
Le crime multiplie, et c'est ainsi que l'homme
Pense qu'impunément l'on transgresse ma loi !
Trop longtemps cette ville a lassé ma justice ;
Plus de pardon pour elle, il faut qu'elle périsse ! »
Et déjà Jéhova frappait l'impiété,
Confondue, effrayée;
Des abîmes profonds, ouverts de tout côté,
Vomissaient des torrents de flamme et de fumée ;
Le tonnerre grondait, mais d'un horrible bruit,
Et d'effrayants éclairs éclairaient cette nuit.
( 45)
Un vent impétueux, fils d'un affreux orage,
Sifflait avec fureur,
Brisait, renversait tout, broyait tout dans sa rage,
Et partout répandait une fétide odeur.
Le ciel était en feu, la terre était brûlante ;
Sodôme n'était plus qu'une fournaise ardente !
Grande, était la terreur, la consternation,
A ce moment suprême !
L'orgueilleux gémissait de sa présomption,
Et l'impie à genoux rétractait son blasphème ;
L'avare maudissait ses coupables trafics,
Et le vieux libertin, ses scandales publics.
Car des cieux s'échappaient comme du fond d'un gouffre,
D'un immense volcan,
Des torrents enflammés de bitume et de soufre.
Le ciel était alors semblable à l'Océan,
Mais Océan de feu qui soulève son onde,
Et menace en grondant de consumer le monde.
( 46 )
Nuit où les flots amers de l'ire du Seigneur'
S'épanchaient sur l'impie;
Nuit d'un affreux réveil, nuit de deuil, de douleur*
Où Sodôme abattue, en pleurs, à l'agonie ,
Demandait, mais en vain, pardon pour ses forfaits,
Déplorait, mais trop tard , tant d'horribles excès !
On n'entendait partout que des accents de rage
El des cris de douleur ;
Tels que dans un combat, au milieu du carnage ,
Brisés et mutilés, broyés avec fureur,
Cent mille hommes mourants, mais d'une mort affreuse,
En poussent vers le ciel d'une voix douloureuse.
L'un quitte son palais, que le bitume ardent
N'a pas atteint encore;
Mais un gouffre de feu qui, sous son pied tremblant,
Naît, s'ouvre, s'élargit, l'arrête et le dévore.
L'autre , désespéré, prend un fer meurtrier,
Et dans son coeur impur l'enfonce tout entier.
( 47 ) '
[ci.- le père ému voit périr sa famille
Sans pouvoir la sauver ;
Et là , la mère en pleurs redemande sa fille,
Qu'un tourbillon de feu vient de lui dérober.
Ici croule un palais... Dieu ! quel bruit effroyable!
El plus loin s'engloutit un temple abominable.
Le ciel vomit sans cesse et du soufre et du feu;
Et comme d'un cratère,
Mais cratère entr'ouvert par le courroux de Dieu,
S'échappe encor du soufre et du feu de la terre;
Et le feu de la terre et les flammes des cieux
Semblent lutter de rage en ce jour malheureux.
Seigneur, que ta justice est funeste et terrible
Pour qui l'ose braver!
Que la mort du pécheur, Dieu puissant,est horrible!...
Comblé de tes bienfaits, il t'osait blasphémer
Le matin ; mais le soir, ta droite frappe et tonne ;
Il est mort ! Le voilà, seul au pied de ton trône...
(48 )
« Livrons-nous aux festins, contentons nos désirs,
Ceignons-nous de guirlandes;
Qu'heureusement nos jours s'écoulent en plaisirs ;
Aux autels de la joie apportons nos offrandes.
Jouissons aujourd'hui ! car peut-être demain
Le hasard viendra-t-il finir notre destin !
» Non, il n'est point de Dieu ! le plaisir, voilà l'homme;
A sa mort, le néant !... »
C'est là ce qu'avaient dit les pécheurs dans Sodôme.
Insensés, arrêtez ! Craignez le Tout-Puissant !
Son glaive s'est levé flamboyant, formidable,
Et votre dernier jour sera bien lamentable !
Et les tours s'écroulaient avec un bruit affreux ;
Et les remparts superbes,
Dans ce brasier immense , effrayant, furieux ,
Plus vite se brûlaient qu'un mince faisceau d'herbes;
Et tout s'engloutissait sous le sol enflammé,
Comme pour enfouir l'orgueil, l'impureté.
(49)
Et quand le jour parut, le plus profond silence,
Un silence de mort,
Planait et pour toujours sur cette plaine immense.
Malheureuse cité, qu'il fut affreux ton sort !...
C'est ainsi que de Dieu l'éternelle justice
Sait punir les méchants , confondre leur malice.
Oui, telle qu'un géant frappé d'un trait au front,
Ou comme un pin superbe
Que la foudre en grondant enlace, brise et rompt,
Sodôme s'abattit et gît encor sous l'herbe...
L'Arabe place au loin sa tente et ses chameaux,
Et le pâtre craindrait d'y mener ses troupeaux.
A SA MÈRE.
Console-toi, ma bonne mère,
Ton deuil ne peut être éternel ;
En quittant si jeune la terre,
Ton enfant va monter au ciel.
Tu me disais un jour, ma mère :
« La vie est pleine de douleurs,
O mon cher fils ! et sur la terre
L'homme souvent répand des pleurs !
( 51 ) .
» Suis les exemples de ta mère,
Des faux plaisirs fuis les douceurs;
Enfant, crois-moi, sur cette terre
L'aspic se cache sous les fleurs ! »
Et depuis lors , ô tendre mère,
Ce monde me parut bien vil ;
Et depuis lors , pour moi, la terre
N'a plus été qu'un lieu d'exil !
Et depuis lors, ma douce mère ,
Je désirais ce jour heureux
Où, pour jamais quittant la terre,
J'irais me reposer aux cieux.
Ce jour a lui, pieuse mère,
Ce jour a lui pour, ton enfant;
Je sens que j'échappe à la terre
Pour m'envoler au firmament!
(52)
Console-toi, ma bonne mère,
Je vois le ciel s'ouvrir pour moi !
Si je te laisse sur la terre,
Là-haut je prîrai Dieu pour toi.
Réjouis-toi, ma tendre mère!
Un archange descend du ciel, -
Il m'enlève de cette terre !
Je vole au séjour éternel !...

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