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Essais poétiques / , par A. Guichon de Grandpont

De
44 pages
impr. de Duplessis Ollivault (Toulon). 1829. 45 p. ; in-8.
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ESSAIS
POÉTIQUES,
PAR
A. - GUICHON DE GRANDPONT.
TOULON.
IMPRIMERIE DE DUPLESSIS OLLIVAULT.
1829.
A'
MES AMIS.
Je redoute, il est vrai, les critiques amers;
Mais ô vous qui m'aimez, lisez, lisez mes vers!
Vous m'avez vu parfois, ivre de ma jeunesse ,
Saluer du printemps la pompe enchanteresse,
Au bosquet, en passant, dérober une fleur,
Un baiser à l'amour, un espoir au bonheur.
Douce erreur d'un moment, hélas ! erreur funeste !
Bientôt après, ces jours, dont je maudis le reste,
Me pèsent; je les pleure, et voudrais que ma voix
Soupirât dans mes pleurs pour la dernière fois.
6
Pleurer ! c'est le seul droit de l'homme sur la terre;
Le seul qui ne soit pas envié du vulgaire,
Et puisse désarmer les critiques amers.
Mais à vous qui m'aimez, je consacre mes vers.
LE
LABYRINTHE.
« O mighty maze »
Pope , Essay on man.
Dans cet immense labyrinthe
Comment et pourquoi suis-je entré?
Depuis quand mes pas ont erré ?
Comment retrouver leur empreinte?
Pour sortir du dédale humain
Quel fil doit être ma ressource ?
Faut-il remonter à la source?
Faut-il poursuivre mon chemin ?
8
Faut-il mourir ou faut-il vivre?
Mais si je meurs, je renaîtrai ;
Et si je vis, je finirai
Par mourir, et puis par revivre.
Mourir, vivre, ou plutôt changer,
C'est la loi de toute existence;
Et moi-même, ce moi qui pense,
Ne lui reste pas étranger.
Je suis arrivé sur la terre
Comme n'ayant jamais été :
Un sein fertile m'a porte ;
Je n'ai souvenir d'autre mère.
Mais la matière m'a formé;
Je suis sorti du sang d'un père ;
Je n'ai pas senti le mystère
Qui m'a fait homme, être animé:
9
2
Car le sentiment de la vie
N'est pas né brusquement en moi;
Avant que d'en subir la loi
Je suivais une autre harmonie.
Je la suivais aveuglément,
Comme l'eau qui coule ou qui tombe,
Ou comme l'œuf de la colombe,
Ou les astres du firmament ;
Jusqu'à l'instant où ma paupière
D'elle même s'ouvrant au jour,
S'étonna d'un nouveau séjour,
De moi, de la nature entière.
Ainsi la trace de mes pas
Sur le sable du labyrinthe,
N'aura fait que changer d'empreinte,
Et je ne la reconnais pas.
10
Tant d'autres ont passé!. je passe
Avec l'atome et l'univers,
Avec les changemens divers
Qu'un siècle sur un siècle entasse.
Promenant à peine les yeux
Autour de mon étroite sphère,
Saluant à peine la terre,
Je prévois le jour des adieux (i):
Des adieux sitôt la venue!
Sitôt la naissance, la mort !
Sitôt un sort. un autre sort!
Et ce dédale est sans issue 11
(I) « Since life can little more supply,
Than just to look about us, and to die.
( Pope, Essay on man).
PENSÉE
DE
LA MORT,
ou
LES DEUX CONVIVES,
» Qui sait si nous serons demain ? »
Racine, Ch. d'Athalie.
Plus l'homme dans sa vie a souffert de l'orage,
Plus il souffre encor pour mourir;
Comme le pèlerin, lassé d'un grand voyage,
A de la peine à s'endormir.
Mais d'où me vient cette pensée?
12
Si plein de jours, d'où vient que jesongeau trépas?
Le convive s'assied à la table dressée,
Sans prévoir la fin du repas.
n n'a devant les yeux que le bonheur de vivre
Dans un facile et doux repos;
Et les mets qu'on lui sert, les vins dont on l'enivre,
Lui portent l'oubli de ses maux.
» Jetons-nous le myrthe et la rose,
» Et le lierre, dit-il, ornement d'amitié;
» Cueillons, prodiguons sans pitié
» Toute fleur au matin éclose;
» Rendons grace au maître du temps
» D'avoir créé des jours de fête;
» Jamais plus beau jour de printemps
» N'aura brillé sur la tempête. »
Non loin de lui pourtant, devant la même table,
13
Un autre convive sans faim
Parcourt d'un œil distrait la foule insatiable
Qui prolonge exprès le festin,
Et ne vide jamais la coupe inépuisable
Qu'un ami lui prodigue en vain.
S'il faut chanter, sa voix brillante
N'ose pas réveiller les lyres d'autrefois ;
Elles ne diront pas, muettes sous ses doigts,
Ni le premier baiser d'une première amante,
Ni la fraîcheur du vin à l'ombrage des bois.
Mais peut-être qu'involontaire,
Un chant à demi funéraire
Sur sa lèvre ira se placer;
Et la mort, souvenir fidèle,
D'un seul battement de son aile
Viendra de près les menacer.
i4
Alors ils souriront ensemble,
Mais d'un froid sourire, qui semble
Fils de la peur, non de l'espoir;
Comme, au conte qui la rassemble,
Sourit parfois, niais toujours tremble,
La famille d'un vieux manoir.
Riez, enfans; je suis ce malheureux convive
Au banquet de la vie à regret enchaîné ;
Ou, pauvre pèlerin, je vais longeant la rive,
Et j'attends, mon voyage une fois terminé,
Qu'un sommeil paisible m'arrive.
LE JEUNE
ASTROLOGUE,
OU
L'ÉTOILE TOMBANTE.
Ce n'est qu'une étoile qui file,
Qui file, file et disparaît.
BÉRENGER.
Beau ciel, voûte d'azur, sainte nuit que j'admire,
Astre de la fortune, étoile de la lyre,
Etoile du guerrier vainqueur,
Dans les chœurs radieux dont vous peuplez l'espace,
La main du Tout-Puissant marqua-t-elle une place
Pour un astre ami du bonheur ?
)()
Ah! si je puis trouver sa sphère éblouissante,
La suivre pas à pas, et d'une main savante
Décrire les lois de son cours !
Si je puis, éclairé de ses rayons célestes,
De mes frères d'exil changer les maux funestes,
Pour des biens qui durent toujours!..
Combien je rendrai grâce à l'artisan suprême !
Comme je m'écrierai dans de soudains transports :
L'hommea franchi son but.. et l'Éternel lui-même
Ouvre à son cœur ravi l'urne de ses trésors !
L'homme a de grands destins, l'homme a de grands oracles ;
La nature n'a point de sublimes miracles
Qu'il n'en surmonte la hauteur;
Qui sait si le Très-Haut, dans sa bonté profonde,
Ne m'a point réservé pour découvrir au monde
L'astre et les lois du vrai bonheur ?
I
17
Ainsi parlait JNéos, fils de l'Astrologie,
Plein d'orgueil, de désirs, de foi dans sa magie,
De son œil inquiet il consultait les cieux.
Mais l'astre désiré ne frappait point ses yeux.
Tout-à-coup de la voûte une étoile tombante,
Météore enflammé, glisse vers l'Occident ;
L'Astrologue frémit, et d'une voix tremblante,
Maudit avec son art son orgueil imprudent.
Voilà donc le bonheur que le ciel garde à l'homme;
Une ombre, un météore, une erreur, un fantôme,
Rien, dit-il, non, rien ici-bas!
Dieu vient de m'en instruire et j'en crois son emblème.
—O Néos!. Et l'amour!.. Si Myrté dit: je t'aime!
Au bonheur ne croiras-tu pas ?
C'est ce que lui soufflait un reste d'espérance ;
Mais au lieu d'exprimer un peu de confiance ,
18
Pour la seconde fois son front pâlit soudain ;
Soit qu'un fatal amour alors troublât son âme,
Ou soit qu'il eût appris, en éprouvant la femme,
A se défier du destin.
ELEGEIA.
—Quarefleas, juvenis? Fletus ne sternere virum
[gnoras? Flentem tua amans si neimpè videret,
Pro vili tu deinceps sub pedibusque jaceres.
—Non equidem ignoro mi non fas fundere fletus
Ante homines : quid verò sunt mihi inania virûm
Arbitria? Atqueoculos spernat si femina moestos
Quid refert ? viri nequeunt solatia ferre
Questibus, et quos fert mulier ridere dolores
Sœpius, heu! solita est! hoc verò culpa deorum!
20
Ast ea quâ querulo timidus complector amore ,
Nobilis, ô nimium, cordis perprædita , nunquàm
De miseris ridet. Si non mi auferre dolorem
Illa potest, sopit saltem sua amicitia aegrum:
Nec plus. Si leges vereor, tu condita cordi.