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La Cellule

de les_archives_du_savoir

La Cellule

de les_archives_du_savoir

ÉTUDES
HYDROTOMIQUES ET MICROGRAPMQUES.
l'
IMPRIMÉ CHEZ PAUL RENQUARD,
Rne Garancière. n. 5.
ÉTUDES
HYDROTOÏIQCES M MICROGRAPÏIQM,
PAR
A. E. LACAUCHIÈ, D. M. P.,
Chirurgien-major de première classe,
- Professeur d'analomle à Hôpital militaire de perfectionnement ( Val-de-Grâoe J,
Professeur agrégé près la Faculté de médecine de Strasbourg.
PREMIER MÉMOIRE
Structure du canal alimentaire dans sa portion abdominale. -
— De ses glandes- Des agens de l'absorption à sa surface. -De la structure et du mode d'action
des villosités intestinales. — Des membranes tégumentaires de leur identité de nature,
— Des particularités qui constituent les yéritables différences qui existent entre elles.
.— Sources et nature du liquide que l'on trouve après la mort dans ,
les grandes cavités closes du corps.
AVEC QUATRE PLANCHES.
PARIS,
CHEZ J.-B. BAILLIÈRE,
LIBRAIRE DE x'AÇADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE,
RUE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE, 17.
A LONDRES, CHEZ H. BAILLIÈRE, 219, REGENT-STHEET.
1844,
A MESSIEURS
LES MEMBRES DU CONSEIL DE SANTÉ DES ARMEES.
MESSIEURS LES INSPECTEURS,
Encouragé par l'intérêt que vous accordez à tous les travaux de notre
corps, et reconnaissant de la bienveillance empressée que vous avez
daigné mettre à assister aux expériences dont j'expose ici les principaux
résultats, j'ose vous offrir ce Mémoire comme un témoignage de la gra-
titude et du profond respect,
De votre très humble et très obéissant serviteur,
LACAUCHIE.
Val-de-Grâce, 10 août 1844.
1
ÉTUDES
UIDROIOHlOIieS ET IIICROGRAPHIQUES.
DE L'HYDROTOMIE.
§ 1. Si les hommes d'un mérite éminent qui , à toutes
les époques, se sont voués à l'étude de l'anatomie, attestent
l'importance et le charme de cette science, la lenteur de
sa marche et la rareté de ses découvertes n'en démontrent
pas moins les difficultés. Aussi, c'est avec un véritable empres-
sement que l'on accueille, dans tous les temps , les instru-
mens ou les procédés offerts comme propres à faciliter, ou à
multiplier les recherches. Chacun sait ce que nous devons au
microscope , aux injections, à la dessiccation , à la coclion,
à la macération, cet auxiliaire préféré de Malpighi, auquel
donneront bientôt une nouvelle vogue les résultats remar-
quables qu'a su en obtenir le savant M. Flourens par son habi-
leté et sa patience. Je ne doute pas qu'aujourd'hui, comme par
le passé, les anatomistes ne reçoivent avec intérêt un moyen
qui ne demanderait que de faciles expériences, pour les con-
vaincre que de nouvelles voies peuvent s'ouvrir devant eux; tel
est celui que je viens indiquer, et que je dois au hasard, cette
providence des investigateurs ; moyen, dont la puissance seule
égale la simplicité , que plusieurs années viennent d'éprouver,
et qu'ont mieux éprouvé encore l'examen et l'appréciation de
beaucoup de personnes compétentes.
Dans ce mémoire, je traiterai d'abord tout ce qui est relatif à
ce moyen, en faisant connaître les circonstances de sa décou-
-2-
verte, les conditions essentielles à son application, et ses effets
les plus remarquables sur les principaux tissus; puis j'expose-
rai les résultats que je lui dois, soit directement, soit indirecte-
ment ; et je terminerai par l'examen de quelques questions qui
lui sont étrangères.
§ 2. L'eau, qui fut probablement la première substance que
l'on poussa dans les vaisseaux, lorsqu'on voulut connaître
leurs usages et leur trajet, ne joua cependant qu'un rôle très
secondaire dans les injections. Sans couleur, et incoagulable,
dans l'état ordinaire de notre température, on lui préféra de
bonne heure des mélanges artificiels , réunissant, à différens
degrés, toutes les qualités qui lui manquent. Dès-lors, elle
ne fut plus employée que d'une manière accessoire et excep-
tionnelle, pour chasser le sang, et préparer la voie aux matières
propres d'injection ; encore, ce rôle tout secondaire lui a-t-il
été retiré, il y a déjà long-temps , lorsque des anatomistes
aussi expérimentés que MM. Duméril, Marjolin et A. Lauth,
l'eurent proscrite dans leurs écrits, lui reprochant d'aban-
donner trop facilement les conduits qu'elle devait débarrasser,
et de s'épancher dans le tissu cellulaire qu'elle infiltre.
§3. Répétant, en 1838, le lavage de certains viscères, à
l'aide de l'eau, poussée , tantôt par les artères , tantôt par les
veines, je n'oubliai pas les reins , dont l'appareil vasculaire
se prête si bien à ces expériences. Chaque fois j'avais la
précaution d'isoler avec soin l'organe objet de mon étude,
et de bonne heure j'avais substitué un réservoir, élevé de
trois à quatre mètres, à la seringue, qui exigeait une ma-
nœuvre fatigante. Il m'arriva une fois , étant très pressé ,
de soumettre au lavage un rein encore tout enveloppé de sa
couche cellulo-graisseuse. L'examinant une demi-heure ou
trois quarts d'heure après, je fus surpris de l'aspect tout nou-
veau qu'il présentait, et, en l'envisageant avec attention, je
crus entrevoir qu'il y avait autant d'intérêt que de nouveauté
dans l'effet qui s'était produit. La pièce en injection avait pris
un développement extraordinaire, et dû, pour la plus grande
-3-
1.
partie , à la distension du tissu cellulaire, dans lequel l'eau
s'était épanchée. Celle-ci donnait à la trame organique, dont
elle occupait toutes les aréoles, une transparence comparable,
dans quelques points, à celle du corps hyaloïde; et, au milieu
de cette masse diaphane, l'œil découvrait et suivait, dans leurs
moindres détails, les grappes adipeuses, les filets nerveux, les
ganglions lymphatiques et les vaisseaux dont ils sont les cen-
tres, etc.
§ 4. Le phénomène dont je venais d'être témoin était assez
curieux pour que je cherchasse à le reproduire, en me plaçant
dans les conditions où le hasard venait d'agir. Plusieurs tenta-
tives donnèrent invariablement les mêmes effets, et la réflexion
me démontra qu'il n'y avait là que cet épanchèrent de l'eau
hors des vaisseaux dans lesquels on la pousse, qui lui avait
valu la proscription. Je me demandai, alors, si le résultat qu'on
n'avait qu'entrevu, pour en signaler les inconvéniens, n'avait
pas une importance réelle, et n'était pas de nature, dans des
circonstances que je ne pouvais encore déterminer, à aider les
anatomistes dans leurs recherches. Mu par cette pensée, j'ap-
pliquai successivement les injections d'eau à la masse gastro-
intestinale, aux viscères pelviens, à la tête, à tous les membres
isolémeut, et enfin à un corps entier et intact. Chaque tenta-
tive nouvelle vint confirmer les résultats précédens, et en aug-
menter le nombre ; et en peu de temps je fus convaincu que la
science aurait désormais, dans les injections continues d'eau,
un moyen d'une grande efficacité, et ma conviction s'est for-
tifiée de plus en plus, lorsque que j'ai montré ces expériences
aux anatomistes qu'elles pouvaient intéresser.
S 5. Le besoin de désigner cette nouvelle méthode, par
un nom qui caractérisât sa nature, m'a conduit à l'appeler
hydrotomie.—C'est bien, en effet, une dissection par l'eau ; et
celle-ci,sans aide ni guide, exécute, en peu d'instans, des pré-
parations qui dépassent de beaucoup tout ce qu'ont jamais pro-
duit après beaucoup de temps et de soin les hommes les plus
habiles.
— u —
§ 6. Ce qui précède peut suffire pour permettre à chacun
d'employer ces injections, et de constater, dès un premier essai,
l'exactitude de ce que je viens d'avancer. Cependant j'ajouterai
quelques renseignernens, qui ne seront qu'un résumé de ce que
l'expérience m'a appris ; peut-être abrégerai-je, pour les ana-
tomistes, les tâtonnemens inséparables de l'emploi de tout in-
strument nouveau.- J'ai déjà dit que je m'étais servi d'un ré-
servoir laissant tomber l'eau d'une hauteur de trois à quatre
mètres. Cet appareil est celui que l'on établira facilement dans
tous les amphithéâtres, et même dans les plus petits cabinets.
- Le réservoir ne doit pas alimenter moins de deux tubes; il
peut en desservir quatre, six, huit, si l'on veut agir sur plusieurs
pièces à-la-fois. - Au Val-de-Grâce j'ai pu me servir directe-
ment des conduits qui apportent l'eau pour les besoins com-
muns : dans beaucoup d'établissemens on fera de même, et on
aura alors l'appareil le plus simple et le plus commode que l'on
puisse désirer.
§ 7. J'ai déjà injecté des corps entiers d'homme s, de chiens,
de chats, de lapins et de gros oiseaux; en général, cependant,
surtout lorsqu'on veut examiner des parties de corps assez
volumineux, il y a avantage à limiter l'injection aux points que
l'on doit étudier. - Les artères sont les vaisseaux que j'em-
ploie le plus souvent; ils sont les seuls dont on puisse se servir
dans beaucoup de cas.—Toutefois, les veines donnent égale-
ment les résultats hydrotomiques lorsque l'absence des valvules
permet, dans leur intérieur, la marche de l'eau du centre à la
périphérie.-Il est presque superflu de dire qu'on doit lier les
vaisseaux d'un certain volume, qui ayant été ouverts dans la
coupe des pièces sont en communication directe avec ceux
dans lesquels l'eau arrive: cette précaution n'est pas nécessaire
pour les autres.
§ 8. Le liquide injecté ne s'épanche pas en totalité dans le
tissu cellulaire; une partie revient par les vaisseaux béants;
une autre partie traverse facilement toutes les membranes té-
gumentaires pour suinter à leur surface.-L'eau, dont le cours
-5-
est une fois établi, repousse le sang partout, l'atteint dans les
parenchymes les plus denses, l'entraîne en se mêlant à lui,
et produit, de la sorte, la décoloration de tout ce qui devait
sa teinte particulière à la présence du liquide sanguin. Celte
décoloration ne se fait pas avec la même promptitude partout.
— Cependant elle devient complète dans tous les organes si
l'injection se prolonge suffisamment. — Du reste, il n'est pas
toujours nécessaire que cette décoloration soit entière ; dans
beaucoup de circonstances il est préférable que l'appareil mus-
culaire conserve une partie de sa teinte rouge.
§ 9. L'infiltration, qui constitue le phénomène capital de
l'hydrotomie, se produit toujours avec une grande promptitude.
C'est elle qui dissocie, vraiment avec méthode, des organes
que le scalpel n'avait jamais séparés, et qui permet à l'œil,
plongeant dans l'épaisseur des parties, de reconnaître leur
existence, leur position, leur forme, leurs rapports, etc. — Le
développement dû à l'infiltration ne dépasse jamais certaines
bornes ; il y a plus, dans quelques organes il diminue, loin d'aug-
menter, lorsque l'injection dure depuis trop long-temps ; cet
effet est dû à l'accroissement de la perméabilité des tissus,
sous l'influence même du passage prolongé de l'eau.
§ 10. L'injection des vaisseaux lymphatiques est l'un des
résultats les plus constans et les plus remarquables de l'hydro-
tomie ; et je ne doute pas que la science ne doive, avant peu,
à cette dernière, des notions intéressantes sur la structure,
presque encore inconnue, des ganglions du système absorbant.
§ 11. L'hydrotomie n'est pas seulement une méthode nou-
velle par l'agent qu'elle emploie, elle l'est encore par la ma-
nière dont l'observateur doit procéder pour tirer parti du tra-
vail de l'eau. En effet, aux dissections minutieuses et longues,
par la pince et le scalpel, se substituent de simples coupes
dans l'épaisseur des pièces infiltrées, qui dévoilent un ensem-
ble de détails bien différent des aspects auxquels nous sommes
habitués par la pratique ordinaire. Ces coupes, en se multi-
pliant, suivant un certain nombre de plans, dont on se rend
— 6 —
compte, donnent une idée, aussi prompte que complète, de la
disposition des organes envisagés sous tous les rapports ana-
tomiques.
§ 12. Je finirai par indiquer quelques préparations, qui
sont plus particulièrement de nature à frapper les observateurs,
et à mettre hors de doute la valeur incontestable de l'hy-
drotomie. - La tite peut être infiltrée, entière et intacte ; ou
après certaines dispositions préalables ; ou dans quelques-unes
de ses parties isolées de la masse. — Dans le premier cas,
après avoir détaché la tête par une section du cou, à sa partie
la plus inférieure , on fait arriver l'eau par les deux caroti-
des primitives à-la-fois. —Dans le second cas, on sépare de
la tête, coupée d'ailleurs de la même manière, le maxillaire
tout entier, à l'aide d'une section de la lèvre inférieure sur la
ligne médiane, et d'une division de la symphyse génienne. Le
scalpel en suivant l'os, en dehors et en dedans, le détache
facilement des parties molles, sans intéresser de branches ar-
térielles assez importantes pour compromettre l'action de l'eau.
§ 13. On sépare facilement la langue de toutes les parties
auxquelles elle s'attache pour la soumettre isolément à l'injec-
tion. Il est essentiel de toujours détacher la pièce de telle sorte
que l'eau puisse être poussée par les carotides primitives; de
toute autre manièreon n'obtiendrait qu'un résultat insignifiant.
—Si on applique l'hydrotomie à la langue de l'homme, on devra
l'appliquer comparativement à celle de plusieurs animaux: du
cheval ? du bœuf, du mouton , du chien , du chat, et on sera
certainement émerveillé de ces effets dans tous ces cas.
§ lû. Choque memhre du corps peut être l'objet d'une injec-
tion particulière. Les vaisseaux artériels, d'autant plus consi-
dérables et moins nombreux, qu'on les prend plus près du
tronc, rendent l'opération très facile.
§ 15. Il en est de même pour les viscères thoraciques pris
ensemble ou séparément.— Les deux artères cardiaques facili-
tent beaucoup les expériences nombreuses qu'on ne manquera
pas de faire sur le coeur*
- 7 -
§ 16. Mais c'est surtout dans l'ahdomen que l'action hydro-
tomique se produit avec un grand intérêt. Elle sépare tous les
élémens des parois intestinales, et met en évidence les vais-
seaux et les nerfs de toute sorte, placés en si grand nombre en
avant du rachis et dans l'épaisseur des mésentères,
§ 17. Enfin , il est une préparation qui m'a paru la plus ex-
traordinaire entre toutes, c'est celle du cordon spermatique.
On peut prendre la pièce sur un cadavre d'homme, mais mieux
encore sur un cadavre de cheval, de taureau ou de bélier; on
la sépare de manière à diviser les vaisseaux le plus haut pos-
sible, et on place sa canule dans l'artère testiculaire. L'injection
des lymphatiques, qui se produit alors, ne peut être comparée à
rien de ce qu'on a vu jusqu'à présent.
§ 18. L'hydnotomie, appelée à jouer par elle-même un rôle
important, provoquera, en outre, un grand nombre d'expé-
riences nouvelles qui profileront à la science. Ainsi, après avoir
constaté l'action de l'eau, beaucoup d'anatomistes ne man-
queront pas d'employer, de la même manière, d'autres liqui-
des, colorés, alcooliques, salins, acides, etc. Moi-même j'ai
déjà tenté plusieurs essais, dont les résultats ne méritent pas
encore d'être mentionnés, et j'ai fait construire, uniquement
pour cela, un appareil, qui permet de se servir, sans les perdre
tout-à-fait, de ces liquides qui sont toujours d'un certain prix.
Je donne la figure de cet appareil.—Tant d'efforts simultanés et
variés à l'infini ne sauraient être stériles; ils ajouteront certai-
nement à nos richesses, et je serai le premier à me réjouir des
découvertes qui seront dues à une méthode dont la fortune
m'avait réservé la rencontre.
§ 19. L'hydrotomie ne restera pas un instrument exclusivement
anatomique ; la médecine opératoire , l'appliquera à ses études
sur le cadavre , et leur donnera ainsi un caractère de vraisem-
blance dont elles sont trop souvent dépourvues. En effet, dans les
opérations sur le vivant, la lésion volontaire ou involontaire des
vaisseaux constitue l'événement le plus fréquent, quelquefois
le plus grave, et toujours celui qui cause au chirurgien le plus
— 8 —
de surprise, d'embarras, et souvent de terreur. Cet incident
manque tout-à-fait dans les manœuvres sur les corps morts;
de là toute la distance qui sépare la dextérité de l'amphithéâtre,
de l'habileté et du sang froid du véritable opérateur. L'hydroto-
mie, en rétablissant une circulation artificielle, met presque
les vaisseaux dans les conditions de la vie et, dès que l'instru-
ment chirurgical les blesse, l'eau qui s'en échappe donne une
idée très exacte de l'écoulement du sang, de la gêne qu'il cause,
des moyens qu'il réclame, et des difficultés qu'il oppose souvent
aux manœuvres les plus méthodiques. C'est ainsi que l'étude de
la saignée sur le cadavre sera vraiment profitable à la pratique
de cette opération, plus délicate et, surtout, plus dangereuse
qu'on ne le pense généralement; il en sera de même pour les
ligatures et les torsions de vaisseaux, inséparables de la plu-
part des grandes opérations.
I.
DIS TUNIQUES DE L'ESTOMAC ET DE L'INTESTIN. — DES GLANDES DIGESTIVES ET DES
AUTRES GLANDES DE CES ORGANES.—CONSIDERATIONS GENERALES SUR LES GLANDES.
— DES GLANDES PAR DEPRESSION ET DES GLANDES PAR PROJECTION. — DE LA
GRAISSE ET DE SON RÔLE DANS LA NUTRITION ET LES SÉCRÉTIONS.
§ 20. Dès mes premiers essais hydrotomiques, mon attention
s'arrêta sur le tube alimentaire, et je pressentis que cet impor-
tant appareil recevrait une nouvelle lumière de l'action de l'eau.
Aucune partie, en effet, n'est plus promptement, plus complè-
tement préparée; aucune ne démontre mieux tout ce qu'il y a
de spontanément régulier dans cette méthode qui fait pres-
sentir la déchirure des tissus, et ne donne jamais qu'une
dissection entière et remarquable.- On peut infiltrer la portion
abdominale du tube digestif, soit en la laissant en place, soit
après l'avoir retirée du ventre; dans le premier cas, on fait
-9-
arriver l'eau par l'aorte thoracique ou par l'un des troncs
iliaques ; dans le second, on place les canules dans les artères
cœliaque et mésentériques.— On peut aussi hydrotomier sépa-
rément toutes les parties de cet appareil. L'infiltration des
plus petites anses intestinales se produit ainsi avec un plein
succès.
§ 21. A mesure que l'infiltration s'opère dans l'estomac et
dans l'intestin, ces organes se distendent peu-à-peu ; cette dis-
tension est due à deux causes : à l'infiltration des tuniques, et
à l'accumulation, dans la cavité de ces viscères, de la portion
d'eau qui s'y épanche à travers la membrane muqueuse. En peu
d'instans cette distension a atteint son plus haut degré; l'on ob-
serve alors que les faisceaux circulaires de la tunique char-
nue des intestins grêles, deviennent très apparens au-dessous
du péritoine ; ils sont régulièrement séparés les uns des autres,
et on s'assure facilement que chaque faisceau est un cercle ou
une portion de cercle, et que rien ne justifie l'opinion émise par
quelques anatomistes d'une disposition en spirale.—Les fibres
longitudinales de la même tunique se montrent aussi assez
distinctement, et disposées d'une manière un peu différente de
ce qu'on admet généralement. Dans toute l'étendue du jéjunum,
et dans le premier tiers de l'iléon, cette portion de l'appareil
musculaire ne forme pas une couche régulière autour du cylindre
intestinal, de manière à représenter un tube excentrique à celui
qu'ont formé les fibres circulaires. Les fibres longitudinales
constituent, sur le bord libre de l'intestin, une véritable bande,
large d'un centimètre à un centimètre et demi, et dont l'épais-
seur diminue de son milieu vers ses côtés; ceux-ci sont vague-
ment indiqués, et les faisceaux charnus, qui en dépendent,
gagnent irrégulièrement le bord mésentérique de l'organe.
Dans les deux derniers tiers de l'iléon, cette couche musculaire
devient plus épaisse, plus régulièrement cylindrique, et masque
davantage les fibres circulaires que l'on ne voit plus qu'impar-
faitement.-Dans toute la longueur des intestins grêles du che-
val, du chien, du chat, etc., les fibres musculaires longi-
-10 -
tudinales enveloppent complètement ces organes et ont une
épaisseur qui ne laisse pas apercevoir les faisceaux circu-
laires.
§ 22. Si, après avoir examiné ces détails, on ouvre l'intestin
infiltré au moyen d'un instrument très tranchant, soit par une
seclion longitudinale, soit par une section transversale, on est
frappé de l'épaisseur considérable qu'ont acquise les tuniques
liydrotomiées, et on reconnaît bientôt que cette infiltration
porte plus particulièrement, ou mieux exclusivement, sur la
tunique celluleuse sous-muqueuse. Celle tunique, alors, a une
épaisseur moyenne de cinq à six millimètres, et on distingue
sans peine sa propre nature, ses rapports avec les deux mem-
branes qu'elle sépare, la disposition de l'appareil vasculaire
qu'elle contient, et la place qu'occupe la graisse dans son épais-
seur.
§ 23. Nature de la tunique celluleuse. Cette tunique est
toute celluleuse, et nulle part, sur un sujet déterminé, on ne
la trouve plus lâche ou plus dense, dans tel ou tel point. Par-
tout où la tunique muqueuse marche parallèlement à la mem-
brane musculeuse, l'épaisseur de la tunique celluleuse reste la
même, quels que soient les contours des deux autres membranes;
dans les points, au contraire, où la membrane muqueuse forme
seule dans la cavité intestinale, certains replis, la couche cellu-
leuse se prolonge entre les deux feuillets membraneux qui s'a-
dossent pour constituer les valvules, mais elle se prolonge ainsi
sans que sa nature soit en rien modifiée. C'est ce qu'on voit
mieux que partout ailleurs là où les valvules conniventes de
l'intestin grêle sont très développées et très nombreuses. — Cet
effet des injections d'eau est l'un des plus curieux que l'on puisse
observer. Il donne une haute idée de ce qu'on doit en attendre,
et à lui seul il suffirait pour rendre désormais l'hydrotomie
indispensable.
§ 24. Placée entre les membranes musculeuse et muqueuse,
la tunique celluleuse les unit, mais assez lâchement, pOlir
leur permettre de jouer l'une sur l'autre. Du côté de la mem-
— 11 —
brane charnue, cette couche celluleuse ne s'enfonce pas di-
rectement entre les faisceaux musculaires; ceux-ci, en dedans,
sont recouverts par une lame fibreuse, véritable aponévrose
d'enveloppe, dont une face répond au muscle, et l'autre à la
couche celluleuse qui nous occupe, et qui lui est continue. Une
disposition analogue existe entre la couche celluleuse et la mem-
brane muqueuse, la première ne jette pas directement ses fila-
mens dans la seconde ; entre ces deux parties si différentes s'in-
terpose, chez l'homme en particulier, une lame fibreuse mince,
ou mieux, une lame celluleuse condensée, sur laquelle est ap-
pliquée la membrane muqueuse, ou ce qu'on nomme générale-
ment ainsi. Ces particularités peuvent être bien démontrées sur
l'intestin de l'homme, mais il suffit de jeter les yeux sur les in-
testins infiltrés de quelques animaux pour ne plusavoirde doutes
sur cette disposition, et être convaincu qu'il n'existe que des
différences de proportion dans le développement de ces parties
dans les divers genres zoologiques.
§ 25. Ainsi, le tube digestif des carnivores, dont toutes les
parties constituantes sont très manifestes, et qu'il faut par
conséquent toujours étudier dans ces recherches , nous montre
ces feuillets fibreux très épais, le feuillet sous-muqueux en
particulier. — Celui-ci ne saurait être confondu avec les par-
ties plus externes , et qui constituent la membrane muqueuse
dans l'état actuel de nos connaissances, non plus qu'avec la cou-
che celluleuse. Il est essentiellement fibreux, et présente, au ni-
veau des glandes de Pechlin et des follicules muqueux, des
dépressions symétriques et régulières, sur lesquelles j'aurai à
revenir. — La grande épaisseur de cette lame fibreuse rendait
difficile , chez tous les animaux où elle existe ainsi, les replis
semblables à ceux qui constituent les valvules conniventes de
l'homme et de quelques autres espèces ; aussi ne les trouve-
t-on pas , et il en résulte une perte de surface que nous ver-
rons compensée par un autre artifice.
§ 26. Disposition de l'appareil vasculaire dans la couche
celluleuse sorn-muqueuse. On n'est pas surpris de trouver un
—12—
grand nombre de vaisseaux dans cette couche celluleuse ; elle
est la voie obligée des canaux sanguins qui se rendent à la
membrane muqueuse; mais, dans cette couche, développée
par l'infiltration, on a une idée exacte de leur nombre infini
et de leur arrangement. Celui-ci est tel que les vaisseaux ne
traversent pas directement l'espace qui sépare la tunique mus-
culeuse de la tunique muqueuse ; en arrivant dans la couche
celluleuse, ils forment, en avant de l'aponévrose musculaire
dont j'ai déjà parlé, un réseau anastomotique, duquel partent
ensuite les branches plus petites qui se portent à la membrane
muqueuse.
§ 27. Il est bien difficile, dans les circonstances ordi-
naires , de distinguer les vaisseaux chylifères dans cette
couche, et je ne connais ni description, ni planche qui les
ait indiqués. On les admet toutefois, et avec raison, sans
les démontrer. Le cadavre d'un suicidé nous ayant été ap-
porté dans le mois d'avril dernier, je soumis ses viscères
abdominaux à l'hydrotomie, dans le but d'examiner des organes
dont je parlerai tout-à-l'heure. Pendant mes recherches, je
remarquai, dans la couche celluleuse , les ramifications les
plus remarquables de vaisseaux lactés: le chyle, d'un beau
blanc , avait été arrêté et coagulé par la mort survenant tout-
à-coup, peu de temps après un repas copieux, alors que l'ab-
sorption dans l'intestin grêle avait toute son activité. Ce fait
mérite d'être reproduit expérimentalement sur un cheval, Un
chien ou un chat seraient peu propres à cette expérience, à
cause même du peu d'épaisseur de la couche celluleuse de leurs
intestins.
§ 28. Position de la graisse dans la couche celluleuse
sous-muqueuse. S'il est un fait bien établi aujourd'hui, c'est
l'absence de la graisse dans l'épaisseur des parois gastro-intes-
tinales, et personne n'ignore les inconvéniens qui ont été signa-
lés comme la conséquence inévitable de l'accumulation de
cette matière dans ces parties. — Mes recherches m'ont dé-
montré que la graisse existe normalement et constamment dans
- 13 -
l'épaisseur des parois de l'estomac et des intestins; par con-
séquent, on s'était préoccupé d'un danger imaginaire. La graisse
est placée dans la tunique celluleuse ; elle forme une couche,
qui se confond en quelque sorte avec le réseau vasculaire dont
j'ai parlé plus haut ; et, dans les sujets très gras, non-seule-
ment cette couche devient plus considérable, mais des colonnes
adipeuses s'en détachent et accompagnent les vaisseaux jusqu'à
la membrane muqueuse. Examinant un jour ce point d'anatomie
sur le cadavre d'un sous-ouicier vétéran , je trouvai ces pro-
jections de graisse très marquées à l'estomac ; dans plusieurs
points elles en faisaient saillir la membrane interne. J'ai pu
rendre M. C. Broussais témoin de cette disposition.— Ordinai-
rement cette substance organique est loin de se rencontrer en
aussi grande quantité, et l'mil seul ne suffit pas pour l'aper-
cevoir; mais, si on enlève avec des ciseaux déliés une petite
portion de la couche celluleuse, en la prenant plus près de la
membrane charnue que la membrane muqueuse, le microscope
y démontre tout aussitôt les vésicules graisseuses.
§ 29. J'ai déjà dit que pendant l'injection continue d'eau,
dans les vaisseaux de l'estomac et des intestins, une grande
partie de ce liquide s'épanche à la surface interne de ces orga-
nes, et entraîne, après l'avoir délayé, tout ce qui était contenu,
avant l'expérience, dans leur cavité.— Lorsque les choses sont
dans cet état, si on incise dans un point du gros intestin, sa mem-
brane muqueuse, il suffît, ensuite, de la repousser doucement,
avec le tranchant d'un scalpel, pour la détacher de la tunique à
laquelle elle est accolée. Ayant fait cela une première fois, j'exa-
minai au microscope les lambeaux que je venais de détacher, et
je fus frappé d'un aspect que je n'avais trouvé signalé par per-
sonne, et qui me sembla cependant bien digne d'être mentionné :
la membrane que j'avais sous les yeux était percée d'un grand
nombre de petites ouvertures circulaires, toutes du même dia-
mètre, disséminées avec beaucoup de régularité, occupant à-
peu-près la moitié de la surface, dont elles faisaient partie et
représentant le crible le plus parfait. Toutes les autres por-
- 14-
tions de la même membrane, prises dans différens points du
gros intestin, m'offrirent une disposition semblable.
§ 30. Quelles étaient ces ouvertures? Étaient-ce les pores
signalés par Ruysch, et après lui, par plusieurs auteurs qui se
sont demandé s'ils étaient absorbans ou exhalans? Je ne pou-
vais croire que des ouvertures organiques de la nature de celles
dontparlent les anatomistes fussent aussi grandes.- Je répétai
la même recherche sur des gros intestins d'autres sujets, et
sur ceux du cheval ; toujours je retrouvai ce qui m'avait frappé
d'abord, mais sans que rien fixât mon esprit sur la véritable
nature de ces ouvertures.- Le hasard, plutôt que la réflexion,
m'amena à infiltrer le tube digestif d'un chien. Lorsque je dé-
tachai sa membrane muqueuse dans l'un des points du gros
intestin, je la trouvai beaucoup plus épaisse que celle de
l'homme et du cheval ; puis, lorsque je l'examinai au micros-
cope, cette épaisseur même ne me permit pas d'en reconnaître
tous les détails comme je l'avais fait précédemment ; cependant
je voyais çà et là quelques-uns des orifices dont j'ai parlé plus
haut. En prolongeant davantage cet examen, toute cette mem-
brane me sembla formée d'un nombre considérable de petits
tubes fermés et arrondis à une de leurs extrémités, ouverts à
l'autre, et dont l'ouverture me parut répondre à l'un des orifi-
ces que j'avais aperçus, ou plutôt constituer cet orifice. -
Toutes les observations que je répétai sur les mêmes pièces,
me donnèrent le même résultat. Je me familiarisai bientôt avec
l'aspect de ces organes, et je me pénétrai de leur forme, de
leurs rapports entre eux, et avec la membrane, dont ils font
partie. En regardant celle-ci par sa face libre, je vis distincte-
ment tous les orifices de ces tubes; en la regardant par sa face
adhérente , j'aperçus leur fond arrondi , se présentant alors
comme autant de petites sphères d'un même diamètre, placées
sur un même plan, et à une égale distance les un°s des autres.
Enfin, par des coupes faites d'une manière convenable, et le plus
souvent en tirant parti d'effets dus au hasard des préparations,
je vis bien ces tubes dans toute leur longueur. — Comment
-15 -
donc se faisait-il que sur la membrane muqueuse de l'homme
et du cheval je n'avais aperçu que des orifices et pas de tubes?
Je revins à des gros intestins d'homme, je m'adressai sur tout
à des cadavres dont l'appareil abdominal était exempt d'alté-
ration, et j'arrivai à constater, que les orifices de la membrane
muqueuse des gros intestins de l'homme et du cheval sont aussi
ceux de tubes, mais seulement de tubes ayant moins de lon-
gueur que sur le chien.
§ 31. Ce premier fait bien établi me conduisait naturelle-
ment à examiner, sous le même point de vue, la membrane
muqueuse de l'intestin grêle et de l'estomac. Ici encore toute
la lumière me fut apportée par les organes du chien, dont la
membrane muqueuse conserve la même épaisseur que dans le
gros intestin, et je vis distinctement sur lui, dans toute la
longueur de l'intestin grêle, que cette tunique muqueuse est
formée de deux ordres de parties superposées : les unes libres
et flottantes à sa surface, ce sont les villosités ; les autres, la
constituant véritablement, telle que nous le comprenons au-
jourd'hui, sont des tubes comme ceux du gros intestin, et n'en
différant que par un diamètre plus petit, et une longueur plus
grande.
Dans l'homme et le cheval, la même organisation existe,
seulement le peu de longueur des tubes, dont les orifices,
du reste, sont très visibles, en rend l'observation plus
difficile.
Dans l'estomac de l'homme, du chien et du cheval, on re-
trouve les mêmes tubes; ils se rapprochent de ceux du gros
intestin, quoiqu'ils soient beaucoup plus longs et plus étroits,
et leurs rapports avec l'appareil absorbant sont les mêmes.
§ 32. Je pensai, après un examen attentif, que ces tubes
étaient des glandes, très différentes de celles que l'on connaît
déjà sous les noms de glandes de Peyer et de follicules mu-
queux, et je les regardai comme la source du liquide, qui, suc
gastrique dans l'estomac et liquide intestinal au-delà du py-
lore, est chargé de la dissolution des matières alimentaires.
-16 -
Contiguës les unes nux autres, depuis l'instant où on les aper-
çoit, jusqu'à l'ouverture anale, elles ne diffèrent entre elles que
par les proportions de leur forme extérieure, ayant leur plus
grande longueur et leur plus petit diamètre transversal dans
l'estomac, pour perdre dans le premier sens, et gagner dans
le second, d'abord dans l'intestin grêle, et davantage, ensuite,
dans le gros intestin. - Ces glandes pourront être facilement
comptées; lorsqu'on en donnera le nombre, il paraîtra imagi-
naire.
§ 33. Ces organes me semblaient tout nouveaux, et vaine-
ment j'en cherchais la trace dans les livres, qui sont, de-
puis un demi-siècle , les guides, justement acceptés, dans nos
écoles. Cependant je ne pouvais croire qu'ils eussent échappé
à l'attention de tous les observateurs, qui chaque jour fouillent
les cadavres avec tant de soin. Cette pensée me détermina à
consulter de nouveau les auteurs. C'est alors que je trouvai
dans Haller, exposant la structure du gros intestin (t. vu,
p. 155 ) , le passage suivant: Intima tunica pertusa est undi-
que poris mucosis. Folliculos minimos his poris respondere
lego, mihi non visos. — Je ne doutais plus que l'anatomiste ,
si rapidement cité, n'eut vu les organes dont je m'occupais
depuis plusieurs mois, et je lus tout aussitôt dans le Tome Ier
des Comm. Soc. Bononp. 359, le Mémoire de Galeati indi-
qué par Haller, et ayant pour titre de Cribriformi intestino-
rum tunicâ, 1737. — L'auteur raconte qu'ayant entrepris d'é-
tudier les villosités intestinales, dans l'espérance d'arriver à
une opinion exacte à travers la foule des assertions toujours
différentes et souvent contradictoires qui étaient émises et ac-
ceptées de son temps, il n'obtint rien sur ce point, tandis
qu'ainsi qu'on l'observe fréquemment, d'autres objets fixèrent
son attention, et devinrent la matière de l'opuscule dont je vais
extraire ce qui suit.
§ 34. « Pendant que Galeati regardait attentivement les vil-
losités, il remarqua plusieurs petits trous, non à la surface des
villosités, mais à la surface de la membrane qui les porte. Il
-17 -
pensa d'abord qu'ils étaient les orifices des glandes découvertes
par Pechlin, puis par Peyer, et, comme une des plaques que
forment ces dernières était sur l'autre face de l'intestin , il diri-
gea sa loupe sur elle, et reconnut promptement que les orifices
des follicules agminés étaient dix fois plus grands que les au-
tres, et séparés entre eux par un intervalle six fois plus consi-
dérable ; bien plus , dans les espaces qui séparaient les trous
plus grands, il aperçut trois ou quatre des trous plus petits ;
il en conclut que ces derniers étaient d'une autre espèce. Dès ce
moment, Galeati ne s'occupa plus des villosités, et concentra
toute son attention sur les petites ouvertures qu'il venait de dé-
couvrir. Il constata d'abord que la membrane muqueuse intesti-
nale était percée de ces trous dans tous les points de son éten-
due ; il reconnut la même disposition dans les intestins de la
poule , puis dans ceux du chien, du chat, de la brebis , du co-
chon; et, quoique, suivant l'épaisseur variable des tuniques in-
testinales, les trous fussent plus ou moins visibles, cependant
la tunique interne apparaissait percée de toutes parts, comme
le crible le plus régulier.
§ 35. « Passant à la nature et aux usages de ces trous, l'auteur
les regarde comme n'étant pas autre chose que la série conti-
nue des orifices par lesquels Malpighi, le premier, a observé
que des conduits sous-jacens venaient s'ouvrir à la surface in-
terne du ventricule, conduits qu'il désigna dans leur ensemble
sous le nom de réseau, et qu'il décrivit avec soin dans une lettre
sur la structure des glandes conglobées. Dans les intestins grê-
les, quoique leur membrane ait été appelée villeuse par suite
de la présence des villosités, elle n'est pas moins percée de trous
innombrables de la même manière que celle du ventricule.
Dans les gros intestins, où il n'existe pas de villosités ni chez
l'homme, ni chez les autres animaux, la structure de la tunique
interne se rapproche davantage de la disposition rétiforme du
ventricule, de telle sorte que , si une portion de cette tunique
interne est séparée de la tunique nerveuse, et étendue sur une
lame de verre (ce qui se fait sans trop de difficultés sur les gros
2
- 18-
intestins, macérés pendant quelque temps), elle présente, vue
avec une lentille, un crible parfait. — Ceci est dû aux siphons
ou à ces tubes que Malpighi a observés se continuer dans le
ventricule avec les trous précités, et qu'il a dit être reçus et
fixés en partie par la tunique nerveuse, comme par une base,
en partie par la membrane interne, comme par une sorte de
réseau. — Comme les conduits sont plus nombreux que les
trous, et de plus qu'à eux seuls ils paraissent égaler en nombre
et ceux-ci et les villosités, Galeati soupçonne que plusieurs
d'entre eux s'ouvrent dans les trous, mais que d'autres se con-
tinuent dans les villosités.— Après que Malpighi eut observé
cet assemblage de tubes, entre la tunique nerveuse et la tuni-
que rétiforme du ventricule, il admit qu'on devait les trouver
dans les intestins, mais disposés différemment, de telle sorte
que les tubes, qui, surtout dans la tunique nerveuse sont liés
par un réseau , puissent s'incliner librement dans toutes les
parties de l'intestin, pensant peut-être que les tubes du ventri-
cule répondaient aux villosités flottantes à la surface de la
membrane interne des intestins grêles. — Mais il semble ré-
sulter des observations précédentes, que l'agglomération de
tubes qui existe dans le ventricule, entre les membranes ner-
veuse et rétiforme, doit être disposée de la même manière dans
les intestins, avec cette seule différence, que, dans le premier,
fa tunique interne, qui, comme une sorte de réseau, rassemble
et tixe les petits tubes sous-jacens, ne contient que les seules
ouvertures de cette espèce de tubes ; tandis que, dans les se-
conds, la même membrane, outre ces ouvertures, a et soutient
d'autres siphons libres, les villosités. Et si, dans l'homme, les
petits tubes existans entre la nerveuse et la villeuse sont difli-
ciles à voir, c'est un effet de leur peu de longueur et non pas de
leur absence, puisque leur présence et leur attroupement consi-
dérable dans les gros intestins du même individu, et leur lon-
gueur, dans les intestins grêles des autres animaux , semblent
les démontrer partout.
§ 36. « Cherchant quel peut être le rôle de ces tubes et de
- 19 -
2.
leurs orifices, Galeati les avait d'abord regardés comme les voies
propres des vaisseaux lactés ; mais un nouvel examen et d'autres
réflexions lui firent abandonner cette opinion pour considérer
ces tubes comme des glandes sécrétant le mucus qui lubrifie les
surfaces intestinales; et alors il pensa que les glandes solitaires
du gros intestin sécrétaient une humeur toute différente t à
l'égard de laquelle toutefois il ne précise rien. »
5 37. Galeati ne dissimule pas la part qu'ont eue sur ses re*
cherches et sur leurs résultats les travaux de Malpighi; il fait
remarquer que Brunner semble avoir entrevu la disposition im-
portante qu'il décrit; que Wepfer a connu ces tubes dans l'in-
testin cœcum du lièvre ; que Ruysch a conjecturé l'existence de
pores visibles ou non visibles à la surface de tous les intestins.
C'est qu'en effet, pendant la seconde moitié du XVIIe siècle,
une grande partie des travaux s'était concentrée sur l'appareil
digestif, ainsi que le fait remarquer Peyer qui occupe une place
si élevée parmi les anatomistes de cette époque. Personne ne
méconnaissait qu'une quantité considérable de liquide est versée
dans l'estomac et les intestins par les surfaces de ces organes,
pour les besoins de la digestion, et beaucoup voulaient décoth-
vrir ses sources et le mécanisme de sa production. La doctrine
de l'exhalation, admise de tout temps, partout où l'examen le
plus rapide ne montrait pas de glandes, ne satisfaisait pas les
esprits rigoureux, et nous voyons, dans le même moment,
Glisson, Malpighi et Pechlin, admettre que tout liquide versé à
la surface des membranes organiques est le produit de glandes.
— Aussi, le premier croyait rationnellement aux glandes de
J'estomac et de l'intestin ; — Malpighi fit plus de recherches,
et la science lui doit beaucoup sur cette matière ; mais il com-
mit une erreur qui plus tard fut fatale aux idées qu'il défen-
dait. — Pechlin de son côté demanda des preuves à la vivisec-
tion; il découvrit les glandes agminées de l'intestin grêle du
chien, et les regarda comme l'unique appareil sécréteur de ces
parties. — Presqu'en même temps Peyer trouvait les mêmes
organes chez l'homme; — et Brnnner voyait pour la première
- 20-
fois les glandes qui portent son nom.— Cependant tous ces tra-
vaux, il faut le reconnaître, laissaient beaucoup à désirer: on
était dans la bonne voie, mais encore loin du but.
§ 38. Dans cet état de choses, le travail de Galeati est d'une
grande valeur: il démontre bien tout ce système de glandes
qui commencent avec l'estomac et finissent à l'anus, organes très
différens de ceux de Pechlin et de Brunner. Malheureusement
son auteur ne peut s'affranchir du pouvoir qu'exerce sur lui
l'opinion de Malpighi, et, ayant cru remarquer qu'il y a plus
de tubes que d'orifices, il suppose que chaque orifice est l'a-
boutissant d'un tube, et que tous les tubes qui excèdent le
nombre des orifices se continuent dans les villosités. Galeati
se trompe encore lorsqu'il croit que ces tubes fournissent
exclusivement le mucus, tandis que le liquide dissolvant serait
produit par les follicules.
Quoi qu'il en soit, je le répète, ce mémoire jette une vive lu-
mière sur la nature de la membrane muqueuse gastro-intesti-
nale, et on est en droit d'espérer, après l'avoir lu, que le siècle
qui s'est écoulé depuis aura terminé cette étude en ajoutant ce
qui manquait encore, et surtout en redressant quelques inexac-
titudes.
§ 39. Mais il est loin d'en être ainsi; et, à partir de Galeati,
personne ne reprend sérieusement ces travaux: chaque auteur
accommode à sa fantaisie ce qu'il trouve dans ses prédéces-
seurs, et peu-à-peu on voit revenir le vague, l'obscurité, et, il
faut l'avouer, une ignorance presque complète de cette intéres-
sante question.
§ 40. Winslow dit que la qualification de tunique fongueuse,
donnée par les anciens à la membrane interne de l'estomac,
s'accorde bien avec sa structure ; du reste, ajoute-t-il , on y
découvre un grand nombre de petits trous qui répondent à une
quantité de petits grains glanduleux logés dans la troisième
tunique , principalement du côté de la petite courbure et autour
de l'extrémité pylorique de l'estomac.—Lorsque le même anato-
miste s'occupe de la tunique interne des intestins, il ne dit rien
- 21-
non plus des glandes en tubes, et ne cite nulle part Galeati.
5 41. Lieberkuhn, pendant ses recherches sur les villosités
intestinales, vit les glandes en tubes de l'intestin grêle, et
il s'exprime ainsi à ce sujet : « Mais , à la surface de ces intes-
« tins, il est facile de voir, en examinant avec soin, un grand
« nombre d'orifices ouverts de follicules. Au fond de ces folli-
« cules, on voit de petits corps ronds et blanchâtres, qui y
« sont placés. Ces derniers sont-ils des glandes? » A cela se
borne tout ce qu'a dit Lieberkuhn des organes qui ont reçu son
nom. Cependant, je reproduirai la planche de cet auteur : elle est
exacte ; et si les objets qui se présentèrent ainsi au microscope
de cet observateur ne l'ont pas arrêté plus long-temps, on peut
supposer, ou qu'il connaissait le mémoire de Galeati, dont il
ne parle pas toutefois, ou que son esprit était absorbé par l'é-
tude des villosités.
§ 42. Haller ne mentionne comme glandes de l'estomac de
l'homme que des cryptes simples, ronds, lenticulaires, membra-
neux, creux, placés dans la tunique celluleuse, et arrivant à la
surface de la membrane villeuse par un canal court.-Dans l'in-
testin grêle, ce g and physiologiste admet de petits follicules,
des glandes simples plus volumineuses, et des glandes agmi-
nées.- Dans le gros intestin , Haller ne parle que d'une seule
espèce de glandes, les solitaires; mais il y admet aussi, et
d'après Ruysch, un grand nombre de pores par lesquels s'écoule
le mucus intestinal. C'est là qu'on trouve ce passage: « Je lis
« dans Galeati, que ces pores répondent à de petits follicules
a que je n'ai pas vus. »
§ 43. Portal admet bien les follicules dans l'estomac ; mais il
ajoute que d'autres glandes, indiquées par quelques auteurs,
ne sont pas démontrées.- Parlant de la membrane interne des
intestins, il cite Galeati moins parce qu'il l'a lu , que d'après
ce qu'en a dit Haller.
§44. Pour Sœmmerring, le suc gastrique et le liquide in-
testinal sont fournis, partie par les vaisseaux exhalans des ar-
tères, partie par les conduits des cryptes muqueux particu-
—22—
liers. Ce savant anatomiste ne connaît pas le travail de Galeati.
§ 45. Bichat reproduit les opinions de Sœmmerring : il ne
paraît pas non plus avoir connu le mémoire de Galeati. — Cu-
vier ne croit pas à l'existence des glandes de Lieberkuhn.
§ 46. Meckel ( J.-F.) cite à plusieurs reprises le travail de
l'anatomiste italien; mais, n'ayant pas répété ses recherches,
il n'en comprend ni la nature ni l'importance.
§ 47. La nouvelle édition des OEuvres anatomiques de Bi-
chat (1829) n'ajoute rien aux opinions émises par cet auteur au
commencement du siècle.
§ 48. M. le professeur Cruveilhier adopte entièrement la
manière de voir de Haller, quant à la membrane muqueuse de
l'estomac, Dans les intestins grêles, ce savant auteur cite les
glandes duodénales de Brunner, les follicules solitaires et les
follicules agminés ; puis il mentionne les organes de Luber-
kuhn, mais pour les repousser, à l'exemple de Cuvier, disant
qu'ils doivent être rapportés aux globules que les instrumens
grossjssans démontrent dans tous les tissus.- Le même anato-
miste indique les follicules solitaires du gros intestin, et parle,
comme Ruysch et Haller, des pores innombrables de la mem-
brane interne de cet organe, se demandant, comme l'avait fait
Meckel, s'ils sont à-la-fois exhalans et absorbans?
§ 49. En faut-il davantage pour mettre hors de doute sur ce
point la marche vraiment rétrograde de la science depuis Ga-
leati ? Un pareil jétat de choses est trop grave pour ne pas en
chercher la cause, et l'examen des principaux travaux des deux
derniers siècles démontre qu'elle existe dans les difficultés in-
hérentes à l'étude de ces détails, mais surtout dans l'absence
d'une doctrine des sécrétions méthodiquement établie et ac-
ceptée par tout le monde.- Jusque vers 1650, les physiologistes
avaient admis la sécrétion et l'exhalation comme deux actes vi-
taux très distincts: le premier, plus compliqué et toujours dû
à des organes appréciables, les glandes ; le second, plus simple,
sans instrumens propres, résultait d'un pouvoir particulier des
vaisseaux. Quel était le véritable mécanisme de la sécrétion et
— 23 —
de l'exhalation? C'est ce que personne ne pouvait dire. La
matière produite entraînait la nécessité de l'une ou de l'autre :
c'était une sécrétion lorsque l'on apercevait la glande ; dans
tous les autres cas, c'était uue exhalation. On comprend ce
qu'avait de commode et d'élastique une pareille doctrine.
§ 50. C'est alors que Malpighi, Glisson, Pecklin et quelques
autres anatomistes se refusèrent à reconnaître l'existence si-
multanée de la sécrétion et de l'exhalation, disant qu'entre
le liquide vivant de l'économie et le dehors, il y a toujours une
trame organique, un appareil d'élaboration, une glande en
un mot; que cette glande peut nous échapper par sa posi-
tion, et surtout par sa ténuité, mais que toujours elle existe,
et que la théorie de l'exhalation a le double tort de n'avoir ni
vérité ni nécessité. Ces habiles observateurs, et tous ceux qui
partagèrent leur opinion sur ce point, cherchèrent les glandes
avec un nouveau soin, les trouvèrent souvent, et les admirent
rationnellement partout où il y avait une matière normalement
produite, malgré qu'elles leur échappassent. — Malpighi alla
plus loin, et ses belles recherches sur le foie, la rate, le cer-
veau, etc., le conduisirent à admettre que toute glande, la
plus grosse comme la moins volumineuse, n'est qu'une agglo-
mération de glandes simples qui peuvent être définies des
membranules caves.- Glandula simplicixsima est memhra-
nula cava, cum emissario.- Ces membranules, il les vit bien
dans le foie, la rate et quelques autres parties ; il crut même
les voir dans les membranes séreuses, dans celle du péricarde
en particulier.
§ 51. Cette doctrine, qui arriva si près de la vérité, comme
nous le verrons bientôt, fut promptement attaquée par Ruysch.
Revenant aux idées anciennes avec tout le prestige de ses mer-
veilleuses injections il professa « que l'involucre des glandes
« est une partie passive dans l'acte sécrétoire, tandis que les
a vaisseaux sont les parties agissantes, en vertu d'une force
« inexplicable qui leur a été donnée par la nature ; que la dis-
« position des vaisseaux varie d'une manière incroyable dans
- 24 -
« les diverses parties, et qu'elle est appropriée à des actions
« différentes. » Ce passage résume clairement les idées de l'a-
natomiste hollandais. Malpighi étant mort, Ruysch, qui lui
survécut beaucoup, fit triompher son opinion pour laquelle plai-
dait si puissamment ses admirables pièces. Son triomphe ne
fut troublé qu'un instant, mais par un de ces hommes dont les
objections ne peuvent rester sans réplique; et lorsque Boerhaave
prend la défense de Malpighi, on reconnaît la conviction, en
même temps que l'on voit le professeur de Leyde incapable de
dissimuler toute la faiblesse de sa doctrine.
§ 52. Pour Malpighi, la glande est un organe particulier,
distinct, unique, invariable dans sa nature et dans sa forme ;
tandis que, pour échapper à l'argument de Boerhaave, qui lui
disait : mais le follicule ne justifie-t-il pas l'opinion de Mal-
pighi ? Ruysch a recours à des distinctions de glandes vérita-
bles et non véritables, qui restent dans la science, et vont se
fécondant, de manière à produire le chaos qui existe aujour-
d'hui.- En effet, après Ruysch on revient, non-seulement à la
sécrétion et à l'exhalation comme avant Malpighi, mais, de
plus, on admet plusieurs formes de celle-ci, en même temps
que l'on professe que la première est faite par des glandes vraies
et fausses , parfaites et imparfaites, et que l'on apporte un véri-
table soin à ne pas confondre entre eux la glande et le follicule.
§ 53. Plus nos auteurs s'éloignent de la nature par le luxe
de leurs classifications, et plus aussi on devait espérer que quel-
que observateur apporterait l'ordre et la simplicité, là où tout
est confusion et complication ; et je n'ai pas vu sans plaisir le
professeur J. Müller faire un grand pas dans ce sens, lorsqu'il
définit la glande, « une dépression de la membrane mu-
queuse. » Je dis que le professeur Mïiller a fait un grand pas,
mais c'est un pas en arrière, un pas qui le mène à Malpighi
dont il est loin encore. #
§ 54. Malpighi, après avoir pensé qu'il n'y avait pas de sé-
crétion sans glande, et avoir défini celle-ci une membranule
cave, crut voir ces membranules dans le péricarde. C'est une
—25—
erreur; et au moment où elle échappe à ce grand anatomiste,
on regrette que son attention ne se soit pas arrêtée sur les ca-
vités articulaires; on le regrette d'autant plus que Clopton-
Havers, qui s'occupe des organes synoviaux peu de temps après,
compromet, par une méprise plus grave encore, la doctrine du
maître dont il s'inspire, alors qu'il croit fournir une nouvelle
preuve de sa vérité.
En effet Clopton, après avoir bien indiqué le nombre, la forme
et la position des franches synoviales, cherche la glande, la glande
simple de cet appareil, et il prend pour telle les vésicules grais-
seuses qui existent toujours en si grande quantité dans ces par-
ties. Cet observateur, en multipliant ses recherches, rencontra
partout, mais surtout autour des muscles et dans leur épaisseur,
les mêmes organes ; et, loin d'être désabusé par cette circon-
stance, il admet que leur grand nombre est dans un rapport
naturel ,avec le besoin du liquide onctueux qu'ils produisent,
et qui favorise le mouvement des muscles comme celui des ar-
ticulations: aussi, logique dans son erreur, il comprend la né-
cessité de leur donner un nom qui les caractérise, quelle que
soit leur position dans le corps, et ils les appelle, non pas glan-
des synoviales, mais glandes mucilagineuses.
§55. Le mémoire d'Havers se termine par l'exposition très
complète d'une théorie qui fait venir la synovie de la rate, et
qui ne le cède en rien à tout ce que la physiologie a produit de
plus puérilement bizarre, par l'intervention des esprits qui pré-
fèrent l'extravagance des hypothèses inutiles, à l'aveu et surtout
à la recherche de ce qu'ils ignorent.
§ 56. Après avoir lu le travail d'Havers, on est surpris de la
place qu'il a occupée dans la science, et de la grande distinc-
tion qui fut accordée à l'auteur dont le nom resta pendant assez
long-temps attaché à ces glandes. Morgagni, lui-même, ne
èombat pas les opinions de l'anatomiste anglais, et il n'attaque
Clopton que pour lui contester le mérite d'avoir, le premier,
connu et étudié les glandes synoviales. — Cependant, à la fin
du dernier siècle, on parle des glandes d'Havers comme d'un
- 26-
fait douteux; puis vient Bichat dont la puissante argumenta-
tion détruit facilement des croyances mal assises; et à partir
de cette époque, il n'y a plus eu de glandes synoviales pour
personne.
5 57. Il n'est pas sans intérêt de rappeler que bien avant Ha-
vers d'autres anatomistes avaient regardé la synovie comme le
produit d'une sécrétion, et d'autres, comme de la graisse trans-
sudée; que Plater, dans ses tables anatomiques, qualifie demem-
brane muqueuse la tunique interne des articulations.- Je ne
puis quitter cet ouvrage, dont il ne sera plus question, je crois,
dans le cours de ce travail, sans dire qu'il est de ceux qu'on de-
vrait réimprimer, pour apprendre à nos élèves que la véritable
science, clairement et méthodiquement exposée, est plus vieille
qu'on ne le pense généralement.
§ 58. La définition que Malpighi nous donne des glandes est
applicable à tous les organes admis aujourd'hui comme agens des
sécrétions : chacun d'eux, en effet, est constitué par la réunion,
en nombre variable, de sphères creuses ,'de tubes plus ou moins
allongés, droits ou repliés sur eux-mêmes : c'est bien là la
membranule cave de cet auteur; mais, s'il est toujours fa-
cile de voir ces vésicules et ces tubes avec le secours du
microscope ; il ne l'est plus de découvrir la nature particu-
lière de la membranule. Les instrumcns les plus grossissans
ne nous montrent qu'une substance granuleuse, très mince,
et dans laquelle on ne découvre ni vaisseaux, ni nerfs, ni
vésicules graisseuses.— C'est cependant dans cette membra-
nule que réside la faculté sécrétante. — Cette membranule
n'est-elle qu'un filtre qui se borne à laisser passer les élémens
du sang , dont l'association directe produit la matière sécrétée ;
ou, par une action organique sur ces élémens, en changea-t-
elle la constitution, pour donner naissance à la sécrétion ? Ce
sont là les deux hypothèses qui se sont toujours présentées à
l'esprit des physiologistes; mais il ne faut pas oublier qu'elles
ne sont que des hypothèses. Ce que je tiens à bien préciser ici,
et ce qui me semble incontestable, c'est que la membranule de
- 27 -
Malpighi est bien l'agent sécréteur; que, dans chaque glande,
toutes les portions de cette membranule ont une puissance
égale, et par conséquent que, dans toute glande formée d'un
nombre plus ou moins considérable de vésicules ou de tubes,
chaque vésicule et chaque tube sont une glande. Ce fait n'a
pas échappé à Malpighi.
§59. Il est indispensable, avant de faire un pas dans la
question des glandes, de se bien pénétrerdes idées de Malpighi,
parce que, en effet, le premier, et le seul jusqu'à présent, il a
dit vrai, sans avoir été compris par la plupart des anatomistes,
pas plus par ceux qui l'ont défendu que par ceux qui l'ont
attaqué. Lorsque Ruysch écrit que l'involucre des glandes
est passif dans la sécrétion et que les vaisseaux seuls, etc.,
il entend parler évidemment de l'enveloppe cellulo-fibreuse
du plus grand nombre des glandes , et semble croire que
c'est là ce que Malpighi a désigné sous le nom de mem-
hranula cava. Jamais erreur ne fut plus grande. Si Ruysch
n'a jamais vu les membranules caves de Malpighi, c'est qu'il ne
les a jamais cherchées que sur des pièces soumises préalable-
ment à l'injection. Celle-ci ne rend manifestes les vaisseaux
que par une distension exagérée, et aux dépens de parties plus
délicates , qui disparaissent affaissées et masquées. Ces incon-
véniens trop réels ne pouvaient échapper à tout le monde, et
Boerhaave ne manque pas de les signaler à son illustre compa-
triote , qui ne voulut jamais les reconnaître.
§ 60. La définition de M. Müller semble, au premier abord,
une répétition involontaire de celle de Malpighi, et on penserait
aisément qu'il n'y a pas loin de la dépression de la memhrane
muqueuse du premier à la membranula cava du second. Il
n'en est pas ainsi cependant, et nous verrons par la suite que la
membranule cave fait souvent partie des membranes mu-
queuses, mais qu'une membrane muqueuse ne constituejamail
une glande.
§ 61. Il résulte de ce qui précède, que les nombreuses classi-
fications de glandes en complètes et incomplètes, en glandes
—28—
et en follicules, ne sont non-seulement justifiées par rien, mais
encore qu'elles donnent une idée inexacte et fausse des organes
parmi lesquels elles veulent mettre de l'ordre.
§ 62. Les glandes admises aujourd'hui ne diffèrent que par
un caractère essentiel : c'est le produit qu'elles donnent. Il y
a certainement la glande qui fait l'urine, celle qui sécrète la
salive, etc. Tout ce qui a été dit au-delà est devenu la source
de toutes les erreurs qui ont cours. Je ne nie pas qu'il y ait des
glandes de volumes divers ; mais je repousse de toutes mes
forces les qualifications de complètes et d'incomplètes, de
parfaites et d'imparfaites, qui ont été appliquées aux glandes.
Quoi ! parce que tel liquide sécrété sera moins compliqué par
sa densité, sa couleur, sa transparence et les élémens qu'il
tient en dissolution, on veut établir qu'il est l'œuvre d'une
glande moins parfaite que telle autre qui est la source de la
bile et de l'urine ! Et qui a démontré que le travail qui fait
la sueur n'est pas aussi compliqué que celui qui engendre
le lait?
§ 63. La présence ou l'absence de l'appareil excréteur, lors-
qu'il existe, ses dispositions plus ou moins compliquées n'auto-
risent pas davantage les distinctions dont il est devenu le motif.
L'appareil excréteur est un fait tout secondaire dans la consti-
tution physique de la glande ; il est un fait nul dans sa con-
stitution organique. Les glandes de Malpighi ne sont jamais
dépourvues d'appareil excréteur. — Membranula cava cum
emùsario — Le tube le plus simple se constitue en réservoir
pour son produit, et son extrémité ouverte en est l'orifice
d'excrétion. Le canal cellulo-fibreux, qui s'adapte quelquefois
à cet orifice, pour porter assez loin la matière sécrétée qui
se réunit à d'autres, ayant et la même organisation et les
mêmes usages, ne change rien à la nature du tube sécré-
teur, et, partant, à la matière dont il est l'agent producteur.
Les foies, dépourvus de vésicule biliaire, ne diffèrent pas,
dans leur essence organique, des foies, qui ont cette complication
de l'appareil excréteur. Ce sont là des considérations sur les-
- 29-
quelles on ne saurait trop insister, parce qu'elles sont les élé-
mens indispensables à d'exactes notions sur les glandes.
§ 64. Si, comme je le pense , la membranule cave de Mal-
pighi est bien l'instrument sécréteur, il reste à examiner si cette
disposition cave est une condition inhérente à la glande; et,
dans la négative, à chercher quel motif a pu la faire adopter
d'une manière qui paraît absolue à l'anatomiste italien. J'ai
déjà rappelé que l'on n'avait encore rien découvert dans la
membranule qui la caractérisât comme glande en général, et
comme glande de telle ou telle espèce en particulier. On n'a
encore vu que des vésicules et des tubes de dimensions et de
proportions différentes. Cela étant, il n'y a pour nous, dans la
disposition cave, qu'un artifice qui produit l'agrandissement
infini de la membranule sécrétante, en même temps qu'il la
met à l'abri du contact irritant des corps étrangers qui sont dans
un rapport constant avec la surface à laquelle est réservée la
matière sécrétée.
§ 65. Si, prenant un des tubes sécréteurs les plus simples,
nous supposons qu'il soit possible, sans lésion , de l'ouvrir d'a-
bord, puis d'étendre complètement la membrane qui le con-
stitue, aura-t-on modifié la nature de cette dernière et détruit
ses propriétés organiques? Non sans doute, la forme seule de
l'organe sera changée. Il est dès-lors facile de concevoir un cas
où, la somme de sécrétion pouvant être fournie par une étendue
de membranule secrétante égale à la surface qui reçoit la ma-
tière sécrétée, cette membranule sera étendue sans rétraction
sur elle-même, et, par conséquent, sans former ni vésicules ni
tubes. Eh bien ! c'est ce qui existe souvent lorsqu'avec une sé-
crétion incontestable on n'aperçoit ni vésicule ni tube, et que
l'on dit : il n'y a pas de glande, donc il n'y a pas de sécrétion,
mais seulement exhalation. Pour moi, il y a glande et sécrétion,
parce qu'il y a glande toutes les fois qu'il y a membranule sécré-
tante. Si je n'avais que cet argument à faire valoir je me serais
abstenir; mais, d'une part, si cela est vrai, et, de l'autre, si la
dépression vésiculeuse et tubuleuse de la membranule est seu-
—30—
lement destinée à agrandir l'étendue de sa surface, n'est-il pas
facile de concevoir que la nature arriverait au même résultat en
repliant la membranule en saillie? Eh bien! cette disposition,
que l'esprit admet facilement, l'observation la démontre, et il
existe dans l'économie un nombre considérable de glandes de
cette espèce, glandes que j'appellerai par projection, qui avaient
échappé à l'attention des anatomistes. -- Tout dans ces orga-
nes explique comment ils ont été méconnus : leur peu de dé-
veloppement éloignait de la voie de leur découverte les obser-
vateurs anciens, qui pensaient que les glandes avaient toujours
un volume très appréciable; et l'absence de tout appareil ex
créteur en éloignait plus encore les anatomistes qui croyaient,
après Malpighi, que toutes les glandes devaient êtrecum emis-
sario. En effet dans les glandes par projection non-seulement
l'appareil excréteur n'existe pas plus ou moins compliqué, mais
il est impossible, quelque simple qu'on puisse le supposer.
S 66. Nulle part ces glandes ne sont plus nettement caracté-
risées que dans les cavités articulaires, où elles se présentent
suivant trois types très distincts: le mamelon, la frange, et la
lamelle.- Si quelque chose peut donner une idée de la puissance
que Bichal a exercée sur l'opinion depuis le commencement du
siècle, c'est la confiance avec laquelle on a accepté son juge-
ment sur ces organes, et l'abandon dans lequel ils ont été laissés
depuis ; personne ne s'est plus donné la peine de submerger une
membrane synoviale ne fusse que pour en examiner la curieuse
physionomie sous l'eau.— Les anatomistes vétérinaires nous ont
imité, malgré que le développement extraordinaire de ces ap-
pareils, dans les grands animaux, dût les rendre moins dociles
à accepter sur ce point, les idées du grand anatomiste français.
§ 67. C'est après une longue étude des membranes synoviales
que je suis arrivé à comprendre les glandes projetées; je crus
d'abord que ces organes appartenaient exclusivement aux ca-
vités articulaires et tendineuses, et que, dans les autres cavités
clauses, l'étendue de leur surface sultisait au développement
de la membranule sécrétante, sans dépression ni projection,
SI —
pour fournir le liquide que l'on trouve dans chacune d'elles;
mais j'ai reconnu de bonne heure qu'il n'en était rien; et tandis
qu'on chercherait en vain dans l'épaisseur des séreuses cardia-
que et pulmonaires les follicules qu'avait cru voir Malpighi, on
y trouve, au contraire, facilement et constamment, un grand
nombre de glandes projetées. Les plexus choroïdes, que beau-
coup d'observateurs ont regardés comme des organes sécré-
teurs, sont bien en effet des glandes, mais des glandes de ce
nouveau genre, des glandes par projection. Il en est de même
des franges qui garnissent le pavillon des trompes utérines et
l'extrémité antérieure de chaque testicule.—J'en dirai autant,
quelle que soit l'incrédulité qui puisse accueillir cette assertion,
des replis séreux qui forment dans l'abdomen l'épiploon et les
appendices épiploïques; et les personnes qui se donneront la
peine d'examiner ces faits avec soin, reconnaîtront qu'il y a
identité absolue entre ces organes abdominaux et la frange
synoviale. Quant à la distance que met entre eux la différence
de volume, elle n'est pas plus grande que celle qui existe entre
un follicule glandulaire de l'intestin, et le foie ou le pancréas.
Dans ce dernier cas, et malgré des dimensions si éloignées, on
ne nie pas que ce ne soient des glandes, et des glandes du même
genre, par dépression. Pourquoi n'y aurait-il pas des glandes
par projection de dimensions très variées? L'épiploon, et même
les appendices épiploïques paraissent-ils monstrueux? Mais
il existe sur les deux faces du ligament hépato-gastrique un
grand nombre d'appendices dont le volume dépasse à peine celui
de beaucoup de franges synoviales; l'infiltration les rend facile-
ment apercevables.
§ 68. Après avoir reconnu que toutes les cavités séreuses de
l'économie contiennent des glandes projetées, tandis qu'on n'y
trouve jamais de glandes par dépression, je supposai un in-
stant que ce fait allait constituer un caractère qui établirait une
différence organique bien nette entre l'espèce de membrane
qui les tapisse et les enveloppes tégumentaires proprement dites ;
mais il n'en est rien, et je rencontrai promptement des glandes
—32—
projetées sur divers points des membranes muqueuses. — J'y
reviendrai ailleurs.
S 69. Je ne veux point entrer dans de minutieux détails sur
la position, le nombre et la forme des glandes synoviales;
Ch. Havers a presque tout dit à cet égard : et l'attention étant
appelé sur ces organes, chacun les examinera avec soin, et on
sera justement étonné qu'ils aient été si complétement délais-
sés à une époque qui recherche surtout les infiniment petits.
Je dois cependant signaler quelques particularités essentiel-
les : les glandes synoviales revêtent trois formes principales :
la frange, le mamelon et la lamelle. La première est la plus
commune: on la trouve dans toutes les articulations, posée le
plus souvent sur la membrane articulaire, quelquefois sur les
mamelons; mais plus souvent encore elle se détache du bord
des lamelles, de la même manière que la frange de nos étoffes
tombe du tissu qu'elle termine. Le mamelon constitué par
quatre ou cinq granulations existe sur différens points de la
membrane interne de toutes les grandes jointures. La lamelle
forme, en se multipliant, les masses considérables que l'on
voit, dans l'arrière-cavité cotyloïde, sur les côtés du col du fé-
mur, au-dessus et au-dessous de la rotule, au-dessus du calca-
néum, en avant du tendon d'Achille, etc., etc. Ce sont ces mas-
ses que l'on présentait autrefois comme glandes articulaires, et
que W. Cowper indique dans ses planches. Il n'y a pas d'exa-
men complet des surfaces synoviales si on ne les observe sous
l'eau: alors, seulement, on aperçoit bien toutes les parties si
nombreuses que le liquide isole et ballotte. Ces organes sont tou-
jours placés dans les parties élevées des articulations, circon-
stance dont on comprend les avantages ; comme aussi ils sont
toujours protégés par des saillies osseuses qui les garantissent
des pressions douloureuses.
§ 70. Revêtu d'un épithélium très apparent, l'organe synovial,
intérieurement, contient beaucoup de vaisseaux et de graisse.
Les premiers présentent, dans plusieurs points, de remar-
quables entortillemens, que la loupe montre sans peine ; ail-
OO —
3
leurs, on ne voit plus qu'une masse confuse où l'on ne peut rien
suivre. La graisse n'est pas en moindre quantité, et presque
toujours quelques-unes de ses vésicules s'avancent jusqu'au
sommet des franges les plus déliées. Ces organes, observés sur
les animaux, n'ont pas moins d'intérêt : lorsqu'on submergera,
soit le coude, soit le genou ouvert d'un cheval ou d'un bœuf, on
sera convaincu que Bichat n'avait point examiné ces jointures
lorsqu'il rédigeait son brillant réquisitoire au profit de l'exha-
lation ; et on s'étonnera que les anatomistes vétérinaires aient
accepté, pour eux comme pour nous, le jugement de notre il-
lustre compatriote. Dans le chien, le chat, et beaucoup d'autres
animaux, sans doute, la proportion des élémens vasculaires et
graisseux qui doublent les organes synoviaux est trop différente
de ce qu'on voit chez l'homme, le cheval et le bœuf, pour ne
pas être signalée ; tandis que chez ceux-ci les vaisseaux et la
graisse sont associés d'une manière à-peu-près égale: chez les
premiers la graisse prédomine à ce point, qu'on pourrait croire
à l'absence des vaisseaux sanguins. C'est là un fait qui me sem-
ble digne d'attention et sur lequel je reviendrai.
§ 71. La viscosité de la synovie donne à la membrane interne
des articulations, et aux organes desquels elle s'écoule, un ca-
ractère gras et onctueux, tout semblable à ce que nous obser.
vous à la base de la langue, à la surface du bassinet et des ure-
tères, et on reconnaît combien était fondée la dénomination
de membrane muqueuse employée par les anatomistes du sei-
zième siècle. C'est qu'en effet la synovie n'est qu'un mucus, ce
que les anciens encore avaient reconnu et nettement exprimé;
c'est un mucus dont les follicules sont retournés. La maladie
de ces organes détermine le plus souvent un engorgement et
une tuméfaction qui sont les mêmes que ce qu'on observe dans
les glandes par dépression: il suffit, pour s'en convaincre,
d'examiner d'une manière comparative, extérieurement et dans
leur épaisseur, les glandes du pharynx, du voile du palais, les
amygdales, gonflées par l'inflammation, et les organes syno-
viales d'une jointure atteinte d'arthrocace.
— 3 h —
§ 72. Dans les autres cavités closes, les glandes projetées
peuvent prendre le nom de glandes séreuses: en effet, leur pro-
duit, tout en se rapprochant beaucoup de la synovie, est moins
dense et moins onctueux. Les glandes p-rojetées des cavités
splanchniques diffèrent sensiblement entre elles par leur forme
et la nature des élémens qu'elles renferment intérieurement.
Sous le rapport de la forme, les glandes du péricarde, des
plèvres et de l'abdomen sont identiques à celles des cavités arti-
culaires , tandis que le froncement des plexus choroïdes consti-
tue un type tbut-à-fait à part. Sous le rapport des élémens qui
les doublent, on trouve des vaisseaux et de la graisse dans les
glandes du péricarde et de l'abdomen, tandis qu'il n'existe que
des vaisseaux , et jamais de graisse, dans les glandes arachnoï-
diennes et dans celles des plèvres. C'est encore sous l'eau qu'il
convient d'examiner les glandes des cavités splanchniques :
c'est là que, pour la première fois, j'ai vu les glandes du péri-
carde qu'on avait tant cherchées par d'autres moyens, et qu'on
n'avait pas trouvées. J'ai déjà rappelé que Malpighi avait cru à
l'existence de follicules dans la membrane du péricarde; d'au-
tres, avant et après lui, indiquèrent comme source de la séro-
sité qui humecte le cœur, les petits ganglions lymphatiques qui
existent toujours dans le sillon circulaire de cet organe. Les
glandes de la cavité du péricarde se trouvent sur différens points
des artères aorte et pulmonaire et le long du bord antérieur de
chaque oreillette; celles des cavités pleurales existent au som-
met de chaque poumon et sur leurs bords.
§ 73. L'étude que j'ai du faire des glandes pour arriver aux
résultats que je viens d'indiquer, m'a conduit plusieurs fois
à l'examen des vaisseaux sanguins de ces organes, mais sans y
voir autre chose que des enlacemens nombreux et variés à
l'infini. L'appareil adipeux m'a plus frappé par ses rapports tout
intimes et presque constans avec les organes sécréteurs: et je
pense aujourd'hui que la graisse n'est pas seulement mise en
dépôt dans différens points du corps pour être reprise par les
agens de l'absorption, qui la ramèneraient dans la circulation