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PAR
CH. GEORGEOT.
1873.
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A US MEMOIRE
1
Bii&ïiwrÈD DE MUSSET
~'VA.
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i.
C'était en une nuit d'été; l'ombre limpide
Butinait des parfums dans les buissons fleuris ;
Sur les prés voltigeait un zéphyre timide
Et l'herbe se penchait à son haleine humide
Comme un feuillage vert incliné sur les nids.
Tout se taisait au loin; la nature endormie
N'a\ait plus qu'une voix de tranquille harmonie ;
C'était l'heure où l'esprit prend son suprême essor
Vers les champs éthérés du sublime génie,
Où, peuplant de désirs sa rêveuse insomnie
La Vierge tend les bras vers les étoiles d'or.
Sur son balcon la jeune Eva s'était assise.
Elle était belle, Èva ; l'azur de ses grands yeux
Semblait comme une glace où se miraient les cicux :
— 4 —
Ses cheveux blonds flollaient au souffle de la brise, -
Son visage était pâle, et sa distraite main
Effeuillait une fleur sur sa robe de lin.
Elle rêvait.
A quoi?
Demandez ce que rêve
L'oisillon qui s'élance à l'horizon vermeil,
La rose épanouie aux rayons du soleil,
La feuille du lilas lorsque le vent l'enlève,
L'insecte qui s'endort et bourdonne au réveil;
Mais ne demandez point ce que rêve une femme.
Son cœur est un mystère insondé : tour à tour
Abîme de débauche ou d'innocent amour,
Virginale retraite ou lupanar infâme ;
L'idole de sa nuit est son jouet du jour.
A quoi rêvait Êva? Peut-être à sa toilette,
Peut-être au prochain bal, peut-être à sa levrette;
J'oublie; elle attendait quelqu'un dans ce moment.
A quoi rêvait Êva? Sans doute à son amant.
Il vint, enveloppé dans son grand manteau sombre,
Amortissant ses pas sur le gazon touffu,
Léger comme un seigneur dès longtemps attendu
Ou comme un criminel qui se glisse dans l'ombre;
Ils s'étaient salués par des transports sans nombre.
Sur son sein frémissant Êva l'avait reçu,
Il y resta longtemps.
Certes c'est douce chose
De plaider au palais et de gagner sa cause,
De fêter Épicure au milieu d'un festin,
— 5 —
D'embrasser longuement un ami de jeunesse,
De s'entendre appeler modèle de sagesse,
De chercher le bonheur dans les flots d'un vieux vin ;
Moi, malgré ce qu'en dit l'impuissante vieillesse,
J'aime par-dessus tout une bonne maitresse;
Je jouis d'aujourd'hui sans penser à demain.
Je hais tous ces barbons, censeurs à tête chauve,
Cuirassés de flanelle et mâchant la guimauve,
Qui, parce qu'ils sont laids, moroses et goutteux,
N'aiment que les poussifs, les sots et les boiteux;
Je les laisse enrager au fond de leur alcôve
Comme on laisse au chenil grogner les chiens hargneux.
Pour les jésuites seuls l'amour est un scandale.
Ainsi pensait Ulric et le faisait bien voir.
Ils étaient là tous deux, dans la nuit du boudoir,
Elle, les yeux ardents, pareille à la cavale
Qui bondit au désert quand le brun Africain
Enfonce dans ses flancs son éperon d'airain ,
Et lui, le sein bouillant, s'enivrant sur sa bouche ,
S'abreuvant de baisers, l'entrelaçant, farouche,
Comme un tigre altéré qui lèche en rugissant
Le cadavre encor chaud dont il a bu le sang.
L'Aurore les surprit enlacés comme un lierre
Au chêne.
Et rabaissant sa timide paupière,
Sur l'épaule d'Ulric courbant son front rêveur
Èva lui dit adieu.
N'as-tu jamais, lecteur,
Quand des feux de Phébus l'Orient se colore,
En quittant une tva, maudit cent fois ! Aurore,
— G —
Et la main dans la main , assis à son côlé,
Détesté du soleil l'importune clarté?
Vous vous parliez gaiement, la veilleuse discrète
Éclairait sombrement la chambre, quand soudain
La veilleuse ptllit. Quoi ! déjà le matin !
« Partez, monsieur, partez : hâtez-vous, l'alouette
Chante, la nuit n'est plus. 11 — Tu luttes, la coquette
Te pousse en l'embrassant, s'enfuit. — « C'est singulier,
Où suis-je? » te dis-tu? — Parbleu ! sur l'escalier.
Eva fit ses adieux plus tendres, son sourire
Fut triste, et ses beaux yeux se mouillèrent; sa voix,
En répétant adieu, tremblait comme une lyre
Qui vibre en soupirant pour la dernière fois.
Pauvre enfant !
Il se mit à genoux devant elle,
Comme devant l'idole un prêtre : 11 Chère Eva ,
Pourquoi pleurer, dit-il, n'es-tu pas toujours belle,
L'avenir n'a-t-il pas de volupté nouvelle,
Pour regretter ainsi le passé qui s'en va?
Vois, devant nos désirs l'horizon se déroule
Immense, et nos deux cœurs isolés dans la foule,
Poursuivant sans repos leur vol mystérieux,
Unissent leur essor en s'élançant aux cieux.
Pourquoi ce mot d'adieu qui sur ta lèvre passe
Comme un glas funéraire? Aimons avec audace ,
Levons un regard fier sur le livre du sort;
La page des douleurs sous tes baisers s'efface,
Et ton seul souvenir suffit à rendre fort ;
Notre amour n'est point l'ait pour se voiler d'alarmes, »

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