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Événement arrivé dans la nuit du 13 au 14 février, ou assassinat de S. A. R. monseigneur le duc de Berri, avec une notice historique sur Son Altesse Royale ; la vie de Louvel, son assassin ; les cérémonies funèbres ; les interrogatoires, tous les détails de l'événement et de ses suites ; des anecdotes sur le prince, sur Mme la duchesse de Berri ; des pièces et documents officiels ; des versions, détails, on dit, sur le meurtrier, etc., etc., etc. Ouvrage le plus complet en ce genre

213 pages
Lécrivain (Paris). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-18.
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ÉVÉNEMENT
ARRIVÉ
Dans la nuit du 13 au 14 Février,
ou
ASSASSINAT
DE S. A. R. MONSEIGNEUR
Le Duc de Berri.
E. - N. GOEETSCHY, Imprimeur ,
Rue du Faubourg St.-Martin ; N° 65.
ÉVÉNEMENT
ARRIVÉ
Dans la nuit du 13 au 14 Février,
OU
ASSISSINAT
DE S. A. R. MONSEIGNEUR
LE DUC DE BERRI
AVEC
Une Notice historique, sur Son Altesse Royale ,
la vie de Louvel, son assassin ; les cérémonie
funebres ; les interrogatoires , tous les détails de
l'événement et de ses suites : des anecdotes sur
le Prince , sur Madame la Duchesse de Berri ;
des pièces et documens officiels ; des versions ,
details , on dit sur le meurtrier, etc. etc. etc.
IVI LE PLUS COMPLET EN CE GENRE.
PARIS,
RIVAIN, LIBRAIRE,
vart des Capucines, Ne. Ier.
1820.
AVERTISSEMENT.
LA plus horrible catastrophe a
ravi à la famille royale un rejeton
illustre, peut-être son unique reje-
ton, plongé la France dans la dou-
leur, épouvanté tous les esprits
et jeté sur l'avenir un voile de
deuil, que la magnanimité d'un
grand Prince peut seule déchirer.
L'assassinat de S. A. R. Monsei-
gneur le duc de Berry sera vengé.
L'assassin est sous la main de la
justice, et les Français sont inté-
ressés à son juste châtiment.
Une instruction solemnelle se
prépare. Tous les yeux sont ou-
verts, tous les désirs sont portés
vers un seul but, celui, après la
punition du crime, de déverser
sur la mémoire du seul auteur,
car tel est notre espoir, tous les
mépris , toutes les malédictions
que peuvent inspirer aux coeurs
généreux un si grand attentat.
Les journaux, au nombre de
plus de vingt, rendent compte
chaque jour, de la marche de cette
déplorable affaire; mais on ne peut
pas lire tous les journaux : d'ail-
leurs des feuilles fugitives sont
sujettes à être égarées ; toutes
ne renferment pas, en outre, au
même degré d'intérêt, les détails
qui peuvent satisfaire l'avide eu-
i osité du lecteur.
Nous nous sommes proposé de
donner en un petit Recueil, l'ana-
lyse historique des différais jour-
naux de Paris, le texte des pièces
officielles, et les renseignemens
que nous aurons pu recueillir aux
meilleures sources.
Voici l'ordre que nous avons
établi, comme nous paraissant le
plus simple et le plus satisfaisant :
Coup-d'oeil moral et politique
sur l'assassinat de S. A. Royale
Monseigneur le duc de Berri.
Notice sur S. A. Royale.
Détail de l'assassinat.
Renseignemens sur assassin
Derniers momens du Prince,
et paroles mémorables ou tou-
chantes qu'il a prononcées.
Marche administrative et ju-
diciaire de la procédure , inter-
rogatoires rapportés par les jour-
naux, renseignemens sur l'assas-
sin, depuis son arrestation,etc.
Versions, on dit, anecdotes,
tant sur Son Altesse Royale,
que sur son assassin (1) , etc.
Nous avons pris des mesures
pour publier rapidement, afin de
faire suite à ce premier Recueil,
tout ce qui sera digne de fixer
l'attention générale.
(1) Voir la Table des matières.
HISTORIQUE
DE L'ASSASSINAT
DE
S. A. R. MONSEIGNEUR
LE DUC DE BERRT.
COUP-D'OEIL
MORAL ET POLITIQUE
Sur l'assassinat De S. A. R. Mgr. le
DUC DE BERRI.
L'ÉPOQUE de l'année consacrée plus
particulièrement aux plaisirs, avait
( 10 )
commencé sous les plus heureux aus-
pices; les esprits fatigués des dissentions
politiques, repoussaient toutes discus-
sions nouvelles ; le commerce , frappé
d'inactivité, résultat inévitable de l'in-
quiétude qui se fait encore long-tems
sentir après la fin des révolutions , al-
lait reprendre un mouvement propice;
toutes les sociétés particulières rendues
en quelque sorte à elles-mêmes, depuis
les palais de la grandeur et de la for-
tune jusqu'au toît du citoyen aisé , du
simple artisan, se préparaient à celé-
brer avec la plus franche gaîté, le tems
vivement désiré des folies agréables,
quoique peu avouées par la raison sévère,
tems pendant lequel l'homme oublie
les chagrins et toutes les tribulations
de la vie, quelque soit la situation où
il se trouve. La joie animait tous les
coeurs ; elle était peinte sur tous les
( 11 )
visages : ses éclats communicatifs s'é-
taient déjà bruyamment manifestés pen-
dant une journée et une soirée, que le
plus beau tems et la plus parfaite har-
monie favorisaient. Tout-à-coup un
bruit sinistre se répand; on frémit, on
doute, on repousse une nouvelle qui
ne paraît ni possible, ni même vrai-
semblable : la nuit se passe dans les
plus cruelles anxiétés ; le jour, que l'on
désire et que l'on redoute, paraît, et
bientôt voit confirmer les' funestes
annonces de la veille. Un attentat af-
freux a été commis ; un Prince fran-
çais, l'espoir, l'amour, l'honneur du ,
trône et de la nation entière, l'héri-
tier de la puissance et des vertus des
Bourbons, le petit-fils du grand Henri,
a été assassiné ! ! !
Mais toutes les espérances ne sont
point éteintes : le Prince respire ; le
( 12 )
coup peut n'être pas mortel ; tous les
secours humains sont prodigués pour
conserver une vie chère à tous les
coeurs , et leur dernière espérance,
hélas ! l'illusion est détruite.... Sept
heures après le coup fatal, le Prince
n'était plus. La famille royale gémis-
sait; Paris était dans la douleur et dans
l'effroi. Encore quelques jours , et
la France sera couverte d'un crêpe
funèbre. Tous les coeurs seront brisés,
tous les yeux verseront des larmes de
sang. Pour pleurer la vertu, la bonté ,
tous les partis se confondent, tous les
sentimens se réunissent en un seul,
celui du cuisant regret. Prince trop
infortuné , amour à ton souvenir ! hon-
neur ! honneur à jamais à ta mémoire !
Quelle fureur à la fois insensée et sa-
crilège , s'est donc emparée du monstre
qui a immolé l'héritier des Rois, un
( 13 )
Prince, un homme qui n'avait offensé
personne, qui multipliait ses bienfaits,
qui possédait les plus grandes vertus,
qui, sur les premiers degrés du trône,
partageait les sentimens de son auguste
famille pour un peuple illustre, brave,
généreux, sensible, éclairé et fidèle ! ! !
Ce lâche assassin n'avait, ni lui, ni les
siens, à se plaindre d'une injustice,
même volontaire. Aucun motif ne le
portait à commettre un crime épou-
vantable , inutile à ses intérêts. Il n'é-
tait subjugué par aucune passion, par
aucun pouvoir , par aucune influence :
le fanatisme hideux n'armait pas son
bras.
Mais ne devançons point, par des.
suppositions qui pourreient être témé-
raires , une instruction criminelle, qui
va bientôt porter son flambleau dans
l'affreuse obscurité où nous sommes
( 14 )
plongés, et qui produira une clarté
pure, que les Français, frappés d'épou-
vante , appelent de tous leurs voeux.
Faut-il, grand Dieu ! que sous un
Roi qui a rendu à la France , si long-
tems malheureuse et agitée, la paix
et la tranquillité, que sous son gou-
vernement paternel, que sous ses lois,
auxquelles lui-même a mis des bornes
si sages, que dans un tems où le com-
merce et l'industrie recevaient tant
d'encouragemens et d'honneurs, où la
liberté d'exprimer sa pensée avait toute
l'extension que les lois peuvent donner,
faut-il que la plus effroyable catas-
trophe vienne abreuver un grand coeur
d'amertumes mortelles , changer les
sentimens de l'amour et de la bonté
en une sombre défiance, charger l'a-
venir d'inquiétudes et de terreurs, et
par un contre-coup non moins violent,
(15)
flétrir l'allégresse publique, tarir mo-
mentanément les sources du commerce,
effrayer la liberté , fille d'un pacte
immortel, et charger de nuages sans
nombre l'horizon politique, qui était
déjà si brillant et si pur.
GRAND ROI d'un grand peuple, sur-
monte , pour notre bonheur, ta dou-
leur profonde ! Tu as perdu, il est
vrai , le noble espoir... de ta maison ;
mais tu ne restes pas sans appui , sans
consolations , et tes autres enfans , les
Français , armés ou prêts à s'armer
pour ta gloire et pour ta défense, dé-
voués à ta personne et à ton trône ,
saisiront cette douloureuse occasion
pour t'exprimer leur parfait et inalté-
rable attachement : leur amour ne
connoîtra jamais de bornes !
(16)
NOTICE
SUR S. A. R. MONSEIGNEUR
LE DUC DE BERRI.
CHARLES FERDINAND, Duc DE BERRI,
second fils de S. A. R. M. le Comte
d'Artois, aujourd'hui, MONSIEUR, frère
du Roi, naquit à Versailles le 24 janvier
1778.
Forcé de quitter la France avec son
auguste père au commencement de la
révolution, il reprit à Turin, sous la
direction de M. le Duc de Sérent,
son gouverneur, les études qu'il avait
commencées à Paris.
Il montra de bonne heure les heureux
dons qu'il avait reçu de la nature et de
l'illustre sang à qui il devait la vie. Sa
( 17 )
première jeunesse se passa au milieu des
camps; il apprit le métier des armes
sous le père de l'infortuné duc d'En-
ghien, avec qui il fut lié. Mais les succès
militaires de Bonaparte , ayant déter-
miné les princes à se retirer en Angle-
terre, M. le duc de Berri passa plusieurs
années à Londres, qu'il ne quittait que
pour se rendre à Hartwel, près de Sa
Majesté Louis XVIII.
Les événemens de 1814, ayant ré-
tabli la maison de Bourbon dans ses
antiques droits, M. le duc de Berri
débarqua à Cherbourg, le 13 avril de
cette même année. En posant le pied sur
le sol natal, il s'écria les yeux mouillés
de larmes d'allégresse : France ! ô
France, je te salue ! et il embrassa le
premier français qu'il rencontra sur le
port.
S. A. R., depuis Cherbourg jusqu'à
( 18 )
Bayeux, recueillit les plus touchant
témoignages d'affection et de dévoué-
ment.
Ce fut près de cette dernière ville
que le Prince alla trouver un régiment
qui avait refusé de reconnaître l'au-
torité du Roi. Braves soldats, dit-il, je
suis le Duc de Berri. Vous êtes le
premier régiment français que je ren-
contre, je suis heureux de me trouver
au milieu de vous. Je viens au nom du
Roi, mon oncle, recevoir votre ser-
ment de fidélité. Crions ensemble : vive
le Roi ! tous répondirent au désir du
Prince, hors un seul qui cria : vive
l'Empereur ! ce n'est rien , reprit
S. A. R., c'est le reste d'une vieille,
habitude. Répétons encore une fois,
vive le Roi ! et alors il y eut unani-
mité.
Arrivé à Caen, Mgr le duc de Berri,
( 19 )
fit mettre en liberté plusieurs prison-
niers détenus depuis deux ans, à la
suite d'une, révolte causée par la di-
sette. Ce ne furent pas là les seuls
traits d'humanité et de bonté qui si-
gnalèrent la marche du Prince, jusqu'à
Paris.
Aussitôt qu'il fut entré aux Tuil-
leries, il courut se jeter dans les bras
de son auguste père, puis se tournant
du côté des maréchaux qui étaient
présens à cette touchante entrevue :
Permettez, messieurs, que je vous em-
brasse aussi, et que je vous fasse par-
tager tous mes sentimens.
Mgr. le duc de Berri s'attacha, dès
son arrivée à Paris, à gagner le coeur
des militaires; il visitait les casernes
parlait avec bonté aux soldats, honorait
de son intérêt et de sa protection les
officiers. Nous commençons à nous
connaître, disait-il, alors, au général
Maison; quand nous aurons fait quel-
ques campagnes, nous nons connaîtrons
mieux.
Passant en revue, à Versailles, un
régiment de cavalerie, il dit à plusieurs
soldats qui exprimaient avec franchise
le regret de ne plus combattre sous
Napoléon : que faisait-il donc de si
merveilleux? Ils nous menait à la vic-
toire, répondent les soldats. Cela était
bien; difficile, répliqua le Prince, avec
des hommes tels que vous !
Le retour de Napoléon., força la
famille royale à se retirer en Belgique.
M. le Duc de Berri donna plusieurs
fois dans cette fuite des preuves de la
grandeur de sou ame. Lorsqu'il entra
à Béthune, sa troupe, composée de
quatre mille hommes, eut pu exter-
miner jusqu'au dernier, trois cents sol-
( 21 )
dats qui criaient avec une persévérance
que rien ne pouvait arrêter : vive l'Em-
pereur ! Mgr. le duc de Berri s'avance
seul au milieu d'eux. Vous voyez ce que
nous pourrions contre vous, leur dit-
il, mais criez : vive le Roi ! et retirez-
vous. L'un d'eux cria : vive l'Empereur
et le Duc de Berry ! et les autres ré-
pétèrent ce cri extraordinaire, où se
peignaient la révolte et la gratitude.
La France rendue une seconde fois
au gouvernement de ses Rois, porte
ses regards pleins de tendresse et de
sollicitude sur le duc de Berri, l'appui
et la consolation de son avenir. Un
mariage fait sous de favorables aus-
pices, donna des espérances qui ne
furent qu'en partie réalisées.
En attendant du tems un gage hé-
réditaire d'une nouvelle alliance entre
la France et l'auguste famille des Bour-
( 22 )
bons, M. le duc de Berri chercha à
se rendre digue de plus en plus de la
confiance et de l'amour du peuple;
les hospices, tous les établissemens de
bienfaisance étaient sous sa protection
immédiate ou recevaient de nombreux
bienfaits; tous les genres de malheurs
furent secourus ou consolés par lui ;
les arts, les sciences, les lettres, se'
louaient de sa protection ou de sa
bonté ; ses hautes vertus promettaient à
la France un prince digne d'elle...
Un monstre n'a donné qu'un coup,
et tous les coeurs ont saigné !
( 23 )
DÉTAILS
DE L'ASSASSINAT.
LE dimanche 13 Février 1820, on
donnait, par extraordinaire, à l'Aca-
démie royale de Musique, le Rossignol,
les Noces de Gamache et le Carnaval
de Venise. LL. AA. RR. Mgr. et Ma-
dame la duchesse de Berri assistaient
à ce spectacle. Quelques instans avant la
fin du premier ballet, Mad. la Duchesse
témoigna le désir de se retirer. Le Duc
l'accompagna jusqu'à sa voiture, lui
donna la main pour y monter, et un
valet dé pied ferma la portière. Le
Prince se disposait à rentier dans sa
loge, et il était déjà retourné pour
remonter l'escalier, lorsqu'un indi-
vidu y qui avait dépassé le factionnaire
(24)
de la garde royale ! préposé à la sur-
veillance de la porte , et qui, suivant
l'usage présentait les armes, s'élance
sur lui, le saisit avec force par l'épaule
gauche, et élevant le bras au-dessus de
l'épaule droite, lui enfonce au-dessous
du sein droit, entre la septième et la
huitième côte, un instrument aigu à
deux tranchans, de la longueur de sept
à huit pouces, attaché à une poignée
de bois grossièrement travaillée. Le coup
pénétra de toute la longueur de l'ins-
trument. Les parois de la poitrine, le
poumon droit, le péricarde, l'oreillette
droite du coeur, et le centre nerveux
du diaphragme, furent traversés.
Au moment où le Prince se sentit
frappé, il porta la main à sa blessure,
et en retirant lui-même, le fer meur-
trier, il s'épria : je suis mort.
Le cri du Prince, et le mouvement
( 25 )
qui se fit, avertirent Madame la Du-
chesse, qui s'élança hors de la voiture,
et soutint dans ses faibles bras, son
époux chancelant, dont le sang re-
jaillit sur elle. Ce spectacle affreux lui
fit perdre connaissance, pendant ce
tems, on coupa la partie de sa robe qui
avait été ensanglantée.
On transporta le Prince dans la salle
de l'administration de l'Opéra, ou l'on
dressa à la hâte une espèce de lit de
camp, formé de banquettes et de ma-
telats appartenans à l'administration.
On courut chercher des secours ; quel-
ques hommes de; l'art, qui habitent dans
le voisinage, furent bientôt auprès du
Prince, ce sont MM. Bougon, Blan-
cheton, Thérin, Lacroix, Caseneuve
et Drogart. Ce furent eux qui don-
nèrent les premiers soins ; les docteurs
( 26 )
Dupuytren, D'abois et Roux, arri-
vèrent ensuite.
Après avoir consommé son forfait,
l'assassin avait cherché à s'évader, et
il y serait peut-être parvenu sans le
chasseur Desbiez, du 4°. de la garde,
et le sieur Pommier garçon de café,
qui atteignirent l'assassin au moment
où il allait s'élancer sous l'arcade Col-
bert. Ils le tramèrent sous le vestibule
de la salle. Là, M. le comte dé Cler-
mont, aide-de-camp du Prince, lui
adressa le premier la parole. Monstre,
lui dit-il, qui a pu te porter à com-
mettre un pareil attentat ?
— J'ai voulu délivrer la France de
ses plus cruels ennemis.
— Par qui as-tu été paye pour te
rendre coupable d'un tel crime ?
— Je n'ai été payé par personne.
( 27 )
Conduit au corps-de-garde de la gen-
darmerie , il fut fouillé, et on trouva
sur lui la gaîne du poignard dont il
s'était servi, et un autre poignard égale-
ment tranchant et très-aigu.
On fit bientôt monter l'assassin dans
une pièce voisine de celle où était
étendue sa victime. M. le comte De-
cazes, ministre de l'intérieur, président
du conseil des ministres, et M. le
comte Angles, ministre d'Etat, préfet
de police, interrogèrent ce misérable,
en présence de M. le baron Pasquier,
ministre des affaires étrangères, et de
M. le comte Siméon, sous-secrétaire
d'Etat au département de la justice.
Voici le précis de cet interrogatoire :
— Qui vous a porté au crime que
vous venez de commettre?
— Mes sentimens et mes opinions :
les Bourbons sont des tyrans.
( 28 )
— Pourquoi, dans cette supposition,
avez VOUS attaqué de préférence Mgr. le
duc de Berri.
— Parce que c'est le Prince le plus
jeune de la famille Royale, et celui
qui semble destiné à perpétuer cette
race ennemie de la France.
— Avez-vous quelque repentir de
votre action?
—Aucun.
— Avez-vous quelque instigateur ,
quelque complice?
— Aucun.
(29)
RENSEIGNEMENT
SUR L'ASSASSIN.
L'IMAGINATION, qui n'a pas de bornes,
est ici forcée de s'arrêter devant les
causes secrètes qui ont porté l'assassin
à commettre un crime dont les exem-
ples, quoique rares, sont encore trop
nombreux dans notre histoire.
Jacques Clément, Jean Châtel, Ra-
vaillac, Damien, furent des fanatiques et
des insensés dont le motif était apparent.
Ils étaient trompés, séduits, exaltés; et si
on s'arrête aux premiers aveux de l'assas-
sin, du moins à ceux qu'on nous a révé-
lés jusqu'à ce jour, il n'est l'instrument
d'aucun parti ; il n'avait aucune raison
personnelle de haine ou d'inimitié
(30)
contre sa victime ; son attentat est
isolé, sans objet ; l'espoir d'une ré-
compense n'était point le mobile de
son action infâme ; il n'avait rien
perdu ; il n'avait rien à attendre.
Criminel ou non, sa position ne chan-
geait pas. Tout restait immobile pour
lui, et cependant il frappe et se dévoue
à une affreuse immortalité, sans pou-
voir expliquer son intention, ses résul-
tats et ses suites. Il parle, dit-on, de ses
sentimens , de ses opinions politiques.
Eh quoi! une simple opinion peut-elle
troubler, dénaturer l'esprit, le juge-
ment, le coeur, jusqu'à prescrire, jus-
qu'à faire exécuter un pareil crime?
Un homme qui n'appartient point par
sa naissance, son éducation, ses talens
naturels et ses travaux journaliers, à
l'une des classes de la société, qui ont
des droits ou des privilèges à regretter.
(31)
des possessions à conserver, des espé-
rances ou des prétentions à faire va-
loir, un homme qui n'est, sous aucun
rapport, appelé à prendre une part
quelconque aux affaires publiques, un
tel homme, disons-nous, peut-il avoir
une opinion, et peut-il se ranger sous
telles ou telles bannières, que la sagesse
du souverain s'efforce chaque jour de
réunir?
Désintéressé sous tant de rapports ,
l'assassin d'un prince fiançais montre
cependant un caractère tellement ex-
traordinaire, qu'il semble devoir fixer
l'attention du physiologiste, et ajouter
aux exemples monstrueux que les pas-
sions humaines produisent lorsqu'elles
sont portées aux derniers excès.
Louis-Pierre Louvel est né à Ver-
sailles, ville où sa victime reçut le jour.
Il est âgé d'environ trente-sept ans. Sa
(32)
taille est moyenne, ses cheveux et sa
barbe sont bruns, sa figure, est pâle,
son regard est sombre.
Fils d'un ancien sellier du Roi,
Louis-Pierre Louvel exerça cette pro-
fession comme simple ouvrier, et fut
employé pendant long-tems dans la
sellerie impériale. En 1814, il se ren-
dit à l'île d'Elbe, pour y travailler de
son état. Il n'a jamais appartenu à l'ar-
mée en qualité de militaire. De retour
en France, il obtint de l'ouvrage chez
le sellier du Roi, et logea aux Ecuries
de Sa Majesté, rue Saint-Thomas-du-
Louvre. Il prenait ses repas dans une
petite auberge de cette rue, et l'on a
remarqué qu'il ne mangeait jamais-
avec ses camarades, et qu'il gardait
un profond silence lorsqu'on s'occu-
pait de discussions politiques. Il paraît
que toutes les recherches faites dans
( 33 )
son domicile n'ont rien produit qui
pût éclairer la justice.
Les moeurs de Louvel sont diverse-
ment appréciées. On assure, d'un côté,
que ses maîtres rendent les témoignages
les plus favorables de sa conduite ; de
l'autre, que c'est un mauvais sujet ren-
voyé par suite de fainéantise et de dé-
bauches.
Bientôt, sans doute, nous serons à
même de juger sur des données sûres
les antécédens d'une action qui ne
peut être que le résultat de la plus
affreuse perversité ou de la plus dé-
plorable démence.
Louvel paraît conserver un grand
calme, et répondre avec fermeté, sim-
plicité, précision, moins comme un
homme que réprouve la nature et
que l'échafaud attend, que comme
un homme au-dessus de sa situation.
(34 )
maître de lui et de tous les événe-
mens dont il est l'objet.
Le courage de cet homme est ef-
frayant. S'il est des hommes qui bou-
leversent le monde, il en est qui l'é-
pouvantent, et Louvel est du nombre
de ces derniers.
Nous avons rapporté plus haut que
Louvel n'avait point appartenu à l'ar-
mée en qualité de soldat. Des rensei-
gnemens recueillis au ministère de la
guerre établiraient le contraire.
Louis-Pierre Louvel est fils de Jean-
Pierre Louvel et de Louise Mosnier ;
il est né à Versailles, le 7 octobre
17-83. Conscrit de l'an XII, il entra
le 12 Vendémiaire an XIV dans le
bataillon principal du train d'artillerie
dé l'ex-garde. ; il fut réformé le 19
Mai 1806.
(35)
Son signalement paraîtrait devoir
être ainsi rectifié. Louvel avait, lorsqu'il
partit comme conscrit, les cheveux,
la barbe et les sourcils blonds au lieu
de bruns.
Nous supléerons à ce qui manque
au portrait précédemment tracé, en
ajoutant, que la taille. de Louvel est
d'un mètre soixante - un centimètres;
ses yeux sont bleus, son nez petit, son
menton rond, sa bonche petite et son
visage ovale.
( 36 )
DERNIERS MOMENS DU PRINCE,
ET PAROLES -MEMORABLES
Ou touchantes qu'il a prononcées.
LE Prince gisait depuis peu de tems
sur le lit de douleur, lorsque Son Al-
tesse Royale MONSIEUR arriva, et quel-
ques minutes après, LL. A A. RR. MA-
DAME et Mgr. le duc d'Angoulême.
Mgr. le duc et Madame la duchesse
d'Orléans, qui étaient au spectacle avec
le Prince, et Mgr. le duc de Bourbon,
se réunirent à l'illustre et infortunée
famille.
Les premières paroles que Mgr. le
duc de Berri prononça, furent pour
demander sa fille et M. l'évêque d'A-
( 37 )
myclée. MADEMOISELLE lui fut pré-
sentée , et le vertueux prélat se hâta
de venir offrir les secours de son saint
ministère à la royale victime.
Les secours de l'art, dirigés et appli-
qués par les plus célèbres praticiens de
la capitale, apportèrent quelque adou-
cissement aux douleurs du Prince ; les
saignées à l'un des bras et aux deux
pieds avaient eu du succès; à l'aide de
ventouses on avait extrait de la poi-
trine plusieurs verres du sang qui y
était épanché. La plaie extérieure, que
l'on avait cessé de comprimer, laissait
un libre passage à l'écoulement du
sang. Vains efforts! le mal était au-
dessus de toutes les ressources, et le
Prince en était lui-même si convaincu,
qu'il répéta plusieurs fois au docteur
Dupuytren : « Je suis bien touché de
» vos soins, mais ils ne sauraient pro-
4
(38)
» longer mon existence : ma blessure
" est mortelle. »
Dans cette persuasion, Son Altesse
Royale tourna toutes ses pensées vers
la religion. Il confessa à haute voix, en
présence de sa famille et de tous les
assistans, les fautes dont il se recon-
naissait coupable, et en demanda par-
don à Dieu et aux hommes. M. le curé
de Saint-Roch, qui survint, lui admi-
nistra les sacremens de l'Eglise.
Après cet acte d'humilité chrétienne,
le Prince reporta toutes ses pensées sur
les plus chers objets de son affection. Il
conjura son épouse, qui paraissait prête
à s'abandonner à son désespoir, de « se
» ménager pour l'enfant qu'elle por-
» tait dans son sein. »
Le Prince pressa de nouveau sa fille
sur son coeur. Il l'embrassa plusieurs fois
et lui donna sa bénédiction, en lui di-
( 39 )
sant : « Pauvre enfant! je souhaite que
» tu sois moins malheureuse que ceux
" de ma famille.
Un jeune homme toucha le sang
qui coulait de sa blessure :
« Que faites-vous, lui dit le Prince,
» en le repoussant doucement, ma
» blessure est peut-être empoisonnée. »
Dans un autre moment, il dit avec
une émotion profonde :
« Qu'il est cruel pour moi de mou-
» rir de la main d'un Français ! Ah !
» pourquoi n'ai-je pas trouvé la mort
» dans les combats ! »
Il demanda à voir M. le comte de
Nantouillet, qui depuis trente ans est
le premier officier de sa maison; en
le voyant entrer, il dit :
« Venez, mon vieil ami, je veux
» vous embrasser avant de mourir. »
S. A. R. fit quelques dispositions ver-
( 40 )
baies en faveur de plusieurs personnes
qu'elle affectionnait tendrement.
MONSIEUR, MADAME, Mgr. le duc
d'Angoulême, étaient à genoux au pied
du lit de l'infortuné prince, qui, au mi-
lieu des plus cruelles souffrances, ne
cessait de demander la grâce de son
assassin.
Sa Majesté, avertie lorsqu'il ne res-
tait plus aucune lueur d'espérance, ar-
riva : il était cinq heures et demie du
matin. S. A. R., qui touchait au mo-
ment suprême, réunit toutes ses forces
pour demander la grâce de Louvel.
« Sire, disait - il, d'une voix expi-
» rante, Sire, grace pour l'homme
» qui m'a frappé..... Grâce pour
» l'homme : ( c'est ainsi qu'il dési-
gna toujours son assassin). Sans doute
» c'est quelqu'un que j'aurai offensé
» sans le vouloir. »
(41)
« Mon fils, lui répondit SA MAJESTÉ ,
» vous survivrez, je l'espère, à ce cruel
" événement; nous en reparlerons. »
Quelques instans après, SA MAJESTÉ,
voulant épargner à madame la duchesse
de Berri de nouvelles émotions doulou-
reuses, lui ordonna de se retirer ; le
Prince lui dit :
« Pour mourir heureux, il faut que
» je meure dans tes bras, chère Ca-
» roline. »
Madame la duchesse fondait en
larmes ; elle ne sortit que sur l'ordre
réitéré du Roi.
Les médecins , qui voyaient de mi-
nute en minute le moment fatal ap-
procher, pressaient avec les plus vives
instances SA MAJESTÉ de s'épargner la
douloureuse fin qui se préparait.
« Je ne crains pas le spectacle de
» la mort, dit le Roi ; j'ai un der-
( 42 )
» nier devoir à rendre à mon fils. »
Ce fut dans cet instant que le Prince
expira. Le Roi prenant alors le bras
de M. Dupuytren, s'approcha du lit,
et ferma les paupières de son trop
malheureux neveu.
A sept heures et demie, le corps du
Prince fut transporté au Louvre, et
déposé dans l'une des pièces de l'appar-
tement de M. le marquis d'Autichamp,
gouverneur du palais. Les Gardes-du-
Corps de MONSIEUR prirent dès ce
moment le service intérieur de ce gou-
vernement.
(43)
EXTRAIT
Des registres de l'état civil
DE LA MAISON ROYALE.
Du lundi quatorzième jour de Fé-
vrier l'an mil huit, cent vingt, à midi
et demi.
ACTE DE DÉCES de très-haut et très-
puissant prince Charles - Ferdinand
d'Artois, duc de Berri, fils de France,
colonel-général des chasseurs et che-
veau-legers-lanciers, né à Vesailles, le 24
janvier 1778, de très-haut et très-puis-
sant prince Charles-Philippe de Fran-
ce, comte d'Artois, MONSIEUR, frère du
Roi, et de très-haute et très-puissante
princesse Marie-Thérèse de Savoye,
(44)
princesse de Sardaigne son épouse, ma-
rié le 17 juin 1816 à très-haute et
très-puissante princesse Caroline-Fer-
dinande-Louise, princesse des Deux-
Siciles ; décédé cejourd'hui à six heures
et demie du matin, victime d'un atten-
tat commis sur sa personne hier à ouze
heures moins dix minutes du soir, au
moment où il sortait, avec la princesse
son épouse, d'un spectacle donné à l'A-
cadémie royale de musique.
Le présent acte dressé par nous,
Charles-Henri Dambray, chevalier ,
chancelier de France, président de la
chambre des pairs, chancelier et com-
mandeur des ordres du Roi, remplis-
sant, aux termes de l'ordonnance de
S. M. du 28 mars 1816, les fonctions
d'officier de l'état civil de la Maison
Royale, accompagné de Charles-Louis
Huguet, marquis de Sémonville, pair de
( 45 )
France, grand référendaire de la cham-
bre des pairs, et de Louis-François
Ceuchy, garde des archives de ladite
chambre, et à ce titre dépositaire des
registres dudit état civil.
En présence, 1° d'Elie, comte De-
cazes , pair de France , ministre de
l'intérieur, président du conseil des
ministres, et en cette dernière qualité
tenant, à défaut du ministre de la mai-
son du Roi, les registres de l'état civil
de la Maison Royale, accompagné de
Jules-Jean-Baptiste-François de Char-
deboeuf, comte de Pradel , directeur-
général du ministère de la maison du
Roi ; 2° de Henri-Evrard de Dreux,
marquis de Brézé, pair de France,
grand-maître des cérémonies de France.
Sur la déclaration à nous faite par
Marie-Victor-Nicolas Defay, marquis
de Latour-Maubourg, pair de France,
(46)
ministre de la guerre, âgé de cinquante
et un ans, demeurant à l'hôtel du mi-
nistère de la guerre, et par Edouard,
duc de Fitz-James, pair de France,
premier gentilhomme dé la chambre
de MONSIEUR, âgé de quarante-quatre
ans, demeurant rue de Bourgogne, n°.
34, lesquels, instruits de l'affreux évé-
nement dont le prince a été victime,
se sont rendus de suite auprès de sa
personne, et y sont restés jusqu'au mo-
ment de son décès.
Fait à Paris, au château du L'ouvre,
où nous nous sommes transportés en
vertu d'ordres du Roi, et où le corps
du prince, placé dans un des salons
dudit château, nous a été représenté
par Alexandre-Marie-Louis -Charles
1'Allemant, comte de Nantouillet, lieu-
tenant-général des armées du Roi,
premier écuyer de Mgr. le duc de
(47)
Berri, faisant les fonctions de premier
gentilhomme de sa chambre.
Et ont, toutes les personnes ci-dessus
dénommées, signé avec nous, après
lecture faite.
Signé, le comte DECAZES, le comte -
de PRADEL , le marquis de DREUX-
BRÉZÉ , le marquis VICTOR DE LA-
TOUR-MAUBOURG, le duc de FITZ-
JAMES , le comte de NANTOUILLET,
DAMBRAY , le marquis de SEMON-
VILLE, CAUCHY.
(48 )
MARCHE ADMINISTRATIVE
ET JUDICIAIRE
De la procédure , interrogatoires ,
renseignement sur l'assassin depuis
son arrestation, etc.
A peine Louvel eut-il été conduit
dans la pièce où il subit son premier
interrogatoire, que la porte d'un cor-
ridor assez éloigné, fut fermée avec
force, et le bruit sourd et prolongé
qui en résulta, fit tressaillir l'assassin.
« je crois, dit-il brusquement, qu'on
» tire le canon ? »
Cette question rapprochée d'un mot
qui lui était échappé précédemment,
donna matière à toutes sortes de ré-
( 49 )
flexions. On voulut lui persuader qu'il
avait manqué son coup.
" Oh ! répondit-il, je suis bien tran-
» quille, il mourra avant moi ; et si
" vous voulez que je meure, faites-moi
" euécuter avant les vingt - quatre
» heures : vous ne savez pas ce qui
» peut arriver. »
Le premier interrogatoire que subit
Louvel, a été rapporté dans un cha-
pitre précédent. Voici le précis de celui
qu'il a subi, en présence du corps de sa
victime, de M. le comte Angles, ma-
gistrat interrogateur, et de M. Jac-
quinot-Pampelune, procureur du roi.
— Reconnaissez-vous le prince que
vous avez assassiné?
— Je le reconnais.
— Je vous somme encore une fois de
révéler le nom de vos complices.
— Je n'en ai pas.
5
( 50 )
— Si la justice des hommes ne peut
vous engagera dire la vérité, songez
à la justice de Dieu.
— Dieu n'est qu'un mot; il n'est
jamais venu sur la terre.
— Qui a pu vous porter à commettre
une action si criminelle?
— J'aurais voulu me retenu, que je
n'aurais pas pu.
—Quel a été votre motif.
— Cela servira de leçon aux grands
de mon pays.
— Persistez-vous à dire que personne
ne vous a inspiré l'idée de ce crime.
— Oui : au reste la justice est là;
qu'elle fasse son devoir et qu'elle dé-
couvre ceux qu'elle croit mes com-
plices.
Louvel a été conduit, le 15 Février,
à la prison dite de la Conciergerie, où il
est gardé à vue par deux gendarmes et
( 51 )
un officier de paix. On lui a mis la
camisole ( espèce de gilet de force, tel
que ceux dont on se sert pour les fous ),
pour lui ôter tout moyen d'attenter à
sa vie ou même de se blesser.
Le premier jour, Louvel a refusé de
prendre aucune nourriture : cependant
le lendemain il s'est déterminé à accep-
ter la ration des prisonniers-. Ou a amé-
lioré sa situation, en lui donnant les
vivres de l'infirmerie et en établissant
un poêle dans son cachot.

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