Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Examen critique, ou Réfutation du Livre des moeurs [l'"Essai sur les moeurs", de Voltaire] / [par l'abbé Claude François Nonnotte]

De
106 pages
chez la vve Bordelet (A Paris). 1757. IV-95-IV p. ; in-12.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

EX AMEN
CRITIQ UE
,0 u
REFUTATION
DU LI V R E
DES MŒURS.
Deum time & mandata eftts obfcrva
Hoc eft cnim omnis homo. Ecde£ 20.
EXAMEN
CRITIQUE
c
E U L IV R E:
De= mandata oè/hrva-,
Hoc- e/£tmm-emnif4v7it». Ecde£ ti.
A PARIS;
Qiezk Veuve Bordelet, rue Saint
jacques, vis-à-vis les Jéfaites
à S. Ignace.
M. DCC. LV1L
T 'Auteur de petit Ouvrage
propofé d'examiner & de réfuter
la plupart de ceux qui ont été faits con-
tre la Religion dans ce Liécle, & fur-
toue ceux qui font les plus communs &
les plus répandus. Quelques amis lui ont
confêillé de donner d'abord au Public
ce premier morceau. C'eft par déféren-
ce pour leur avis qu'il a remis à l'Im-
primeur, l'Examen critique du Livre-
des Moeurs en continuant toujours à
examiner & à réfuter d'-autres ouvrages
où la Religion neft pas. moins iatév.
reffée.
DES ARTICLES
contenues en ce Livre.
làét ta.
ARTICLE PREMIER.
JDe f impiété des çriadpes établi» "dans
X teneur de Z2
Conjféquences abjurâtes de ceprin».
cipe.
pour étayer ce
principe..
avantage du fttlte ex-
térieur de la Religion.
Tdéeiaïjonnahleàela révélation,
'impiété dans la dérj/zon des corr-
jfèils Evangéliques.
^Réfutation de cette imfiétê*
TABLÉ.
^Sentiment affreux fur .le déréglez
ment des pqjjions.
ARTICLE II.
De la Morale indécents qu'enseigne. le
livre des Mœurs. page z?
Vanterie de l Auteur fzzr la con-
noïffance qu'il a des .,?Amour,
II ne Je contente pas de conféiller
r amour il en fait un précepte.
Comparai/on indécente de t amour
pro fan2 avec l'amour divin.
Déclamations déraifonnables
contre Pindijjblubilité du Ma-
Eloge que fait ¡: Auteur, du con-
Réfutation de ces Principes inde'-
cens.
Principes naturels neceffité ê£
avantages de tindijfoluhilité
du Mariage.
T A' BL E. iîj
ARTICLE III.
Des Maximes fëditieufês, qui fe trou^
vent dans le Livre des Mœurs, p.
Principe horrible fur les de-
voirs des enfans envers leur.
Père,
Oppojîtion de la Morale chréz
1 tienne%' Principes.
Principes fèditieux JurT autorité
des Rois.
Confèquence de ces Principes Je-,
ditieux.
ARTICLE IV.
Des calomnies contre la Religion;.
répandues dans le Livre des Moeurs.
ARTICLE V.
Des idées peu refpeétables que le Li-
vre des Mœurs donne de la vertu.
67
$<- TABLE.
.AXTICt JE ¥l.
Des
h. Z6.
Fin de la Table..
A
EXAMEN
DU LIVRE
DES
M OE U R S
ARMI les Ouvrages qui
ont été faits depuis quel-
ques années conrre la Reli-
gion,, il n'en efr gucres de
plus dangereux & de plis impie que
le Livre dés Mœurs. L'Auteur ne fe
contenre pas d'atraquer quelques points
de la Religion en particulier mais
fous prétexte de donner des régles de
Mœurs il s'en prend au corps entier de
la Religion même. H ne connoît ni
révélation ni autorité nipuiiïànçe Ic-
giflativè. Selon Con fyftême la raison doit
tenir lieu de taut & pourvu qu'on s'en
tienne à la raifon, peu importe de quel-
Examen DU LIVRE
le Religion on foit. Déifie, Cbrétien
.Juif, Mahometan, &c. tout eft bon de-
vant Dieu. -Dès que ces différentes Re-
ligions feront entées fur la Loi naturelle,
Dieu les agréra toutes également. Il
fidlok les précautions les plus attenti-
ves pour présenter un pareil lyftême
fans en tailler appercevoir trop claire-
ment toute l'impiété. Aufïi l'Auteur
n'oublie-t-il rien pour déguiier fes monf
trueux fendmens, fans en laiffer cepen-
dant rien ignorer.. Il ne ies développe
que peu à peu, pour fùrprendre plus ai-
Cément les efprits inattentifs & pour
les féduire plus durement:. Il prépare
de loin ce qu'il a à dire de plus har-
di & de plus impie & quand il a
avancé quelques maximes en ce genre
il s'efforce d'arrêter la défiance qu'on
pourroit concevoir de fa doctrine par
les éloges qu'il fait de quelques vertus,
& par les couleurs dont il peint certains
vices.
Son Ouvrage eft divife en trois par-
ties pour expliquer trois fortes de
devoirs auxquels l'homme eft tenu. Ses
devoirs envers Dieu fes devoirs en-
vers lui-même fes devoirs envers fes
̃ (èmblables. La premiere Parde traite
A ij
des devoirs auxquels nous fommes te-
nus envers Dieu & que l'Auteur ren-
ferme dans l'amour la reconnoifran-
ce & les hommages que l'homme doit à
l'Erre fuprcme. La feconde explique ce
que nous devons faire pour être véri-
rablement heureux qui efr de confor-
mer ncs moeurs à la Loi divine.
L'Auteur ne fait que fuivze la divi-
Con ordinaire des anciens Moraliftes
en parlant de la Providence, delà For-
ce, de la Juftice de la Tempérance, &
ne fe distingue d'eux que par les maxi-
mes d'impiété de lubricité & d'in-
dépendance qu'il mtle à fes préceptes.
La troificme eft pour les vertus focia-
les, & traite de l'amour de l'amitié
de l'humanité & de tout ce qui con-
cerne ces trois différens genres de de-
voirs cu de vertus.
Il y. a de l'ordre & de la clarté dans
cet Ouvrage. Mais cela ne fait pas un
grand mérite aujourd'hui. Le ftyle en
eft ferme & énergique. Les caractère
y font généralement foré iàillans quel-
quefois trop chargés & même faux,
comme celui de Philothée dans le dis-
cours préliminaire,Softxate dans l'article
4 Examsn du Livre
de l'Amour Filial Sec. Et ri ces carac-
tères font copies d'après nature com-
me le dit l'Auteur, ce font des phéno-
mènes fi monflxueux qu'ils ne tirent
pas à confëquence & qu'ils devien-
nent inutiles p.our infpirer des mœurs.
Les Maximes dont l'Ouvrage eft rem-1,
pli fe fentent toujours de l'homme qui
voudroit annéantir la Religion. C'eft
pour cela qu'il y en a un fi grand nnm-
bres d'impies de téméraires de fédi-
ti.eufes, &c. L'Auteur malgré tout fbn
efprit faît foavent des raifonnemens
fort gauches. Mais il n'eft pas furpre-
nant qu'on ne raifoune pas jufte quand
on combat la vérité & ce qui manque
au rayonnement:, .ce n'eft pas fur le dé-
faut de lumières, mais fur le défaut de
croiture qu'il faut le rejetter. Bien des
gens ont fort gaûté ce Livre. Cela ne.
prouve autre chofe Linon que la dépra-
vation efl bien générale. S'il eft bon à
certains égards il eft innnimenr dan-
gereux & fuîiefte à certains autres. il
eft des perfonnes qui fcavenc préparer
les poilons & les déguifè avec tant
d'adreue, que non-feulement on ne
s'en m'éfie pas ,mais qu'on les prend
DES M <E XJ K S.
Aïï)
même avec goût & avec plaifir toet
mortels qu'ils font. Il faut les décom-
poser pour les faire connoître, & pour
mettre les perfonnes en garde. C'eft ce
que nous allons faire pour cet Ouvra-
ge. Nous ferons voir en difféFens arti-
ticles l'impiété des principes qu'il éta-
blit, l'indécence de la morale qu'if en-
feigne, les féditieufes maximes qu'il
inspire, les calcmnies dont il charge
la Religion les idées peu refpeétables
qu'il donne de la vertu,les contradictions
où il tombe & nous finirons par un
paralelle des maximes de la Religion
chrétienne avec les maximes de la pré-
tendue Religion de l'Auteur. Nous
parlerons à la raifon & nous et.:
pérons de la fàtïsfaïre & de faire
voir que la raifon de ce Maître
des Moeurs eft très-Couvent en défaur.
On auroit pu faire un très-ben Livre
felon le plan de l'Auteur. Mais feipric
d'irréligion & d'impiété, eft fi fort ré-
pandu dans celui ci que fi on en
retranchoit tout ce qu'il y a de mauvais
&de dangereux, iln*y presque
plus rien.
"6 EXAMEN
ARTICLE PREMIER.
De £ impiété des Principes établis dans
le Livre des Moeurs.
C'EST dans le chapitre des hom-
mages qu'on doit à Dieu, que ton
voit plus à découvert Tafireux deflèin
qu'a 1 Auteur de détruire & de renver-
fer toute Religion. Tout ce qu'il a dit
auparavant prépare & tout ce
qu'il dit après y confirme. Cependant
c'eft toujours avec des précautions 'Se
des détours fi artificieufèment em..
ployés qu'il détruit entièrement d'une
rnaiu ce qu'il paroît édifier de l'autre, &
qu'il fait toujours marcher l'impiété
fous le mafque de la piété même. On ne
peut pas réunir plus d'abfurdité, d'im-
piété & de mauvaife foi qu'il y en a
dans ce Chapitre.
L'Auteur commence par faire un
grand éloge du cute" intérieur qu'il
dit être le feul d'obligation, parce qu'il
eft le fèul qui foit pur faint di-
gne de la divine Majefié. Il s'expri-
me même d'une rnaniere fort dé-
vote fur ce point la. Mais pour le
DEsMoEtTRS.
Aiv
culte, extérieur, il déclare qu'il n'eft
que de bienféance,qu'il eft purement ar-
bitraire, & qu'il ne dépend que du tems
& des mœurs. Si cette efpcce de culte a
quelque utilité dit- encore l' Auteur, il a
auffi fes inconvéveniens & ces inconve-
niens font infiniment plus grands que fozz
utilité. S'il y avoit quelque néceffité que
les hommes rendirent cette efpéce de
culte à Dieu, il n'auroit pas manqué de
les en informer tous & il n'auroit pas
attendu après nos Prêtres & nos Doc-
teurs, pour nous donner dejuftes idées
en matière de Religion. Ainû" le devoir
du Sage eit de ne s'attacher qu'au culte
intérieur. Quant au culte extérieur dans
lequel il eft ne, il doit Ce faire une loi
de n'y donner jamais atteinte ni en
le rroublant ni en l'abjurant. Ainfi fe-
ion l'efprit de l'Auteur, il faut que le
Turc refte avec fan Alcoran le Juif
avec Con Talmud le Chrétien avecfbn
Evangile fon Baptême fa Meflè; tout
cela efl bon Dieu n'y regarde pas deiî
près. Il s'accommode également de
tout. Il y auroit pis que du Fanatiïme à
penfer autrement. Voilà la doctrine de
la Religion naturelle. Je ne fais que co-
8 Examen DU Livre
pier les fênrimens & les expreflïons du
Doreur des Mœurs.
Mais ce grand Docteur y a-t-il bien
penfë, en avançant que Dieu étoit
fort indifférent pour ce qui concerne
le culte extérieur, & qu'il fe mettoic
bien peu en peine qu'on l'hônnorât de
telle ou de telle maniere extérieure-
roentîCet homme qui s'annonce comme
un Philosophe n'a-t-il donc pas vu les
conséquences abfurdes & extravagantes
qui s'enfuivent naturellement des prin-
cipes qu'il donne 2 Et peut-il en effet y
avoir une extravagance & une abfur-
dité plus grande, que de dire qu'il eft
indifférent à Dieu, qu'on l'adore uni-
quement ou qu'on le blafphême qu'oa
mêle au culte extérieur qu'on lui
,rend, des hommages dignes de lui, ou
des impiétés Sacrilèges qu'on refpecce,
qu'on lire, qu'on écoute comme l'ou-
vrage de fa Sagetfe un Livre qui ne fe-
roit qu'un tiffu de menfonges, d'impop
tures & d'impertiences, comme l'Alco-
ran, ou qu'on meprife comme use fa-
ble ce qu'il auroit lui-même inspire,
comme l'Evangile.
(i)If. f%-3-
desMsu&î. 9
Or tout cela s'enfuit néceflàiiement
des principes de ce grand Plïilofophe.Ce
font-là autant de vérités inconteftables
fi Dieu eft indïfférent pour le culte
extérieur & ri on peut l'honorer éga-
lement par le culte Judaïque» Chrétien
ou. Mahomecaa. &c. Car fi Jefus-Chrifi:
que les Chrétiens adorent n'eft pas
Dieu ni Fils de Dieu le culte qu'ils lui
rendent eft donc une idolâtrie abomi-
nable ? Et s'il eft Dieu les Juifs & les
Mahometans font donc des impies, en
ne le regardant que comme un hom-
me? Les Chrétiéns adorent la Croix &
les Juifs Font en horreur fi elle eft
rinttrument du Salut du monde Dieu
ne peut pas approuver les blasphèmes
des Juifs & fi elle ne Teft pas, il ne
peut pas tolérer la fuperilition idolâ-
trique des Chrétiens. Les Mahometans
regardent r Alcoran comme un ouvra-
ge inspiré de Dieu, & les Chrétiens s'en
moquent, comme d'un ramas de Coû-
fes groffieres. Si les Chrétiens ont rai-
son, les Mahometans deshonorent Dieu
en lui arrribuant un pareil ouvrage.
S'ils ont tort, c'eft eux-mêmes qui
manquent de refped à l'Ouvrage de
îo Examen DU Litre
Dieu. Comment le Philosophe Fanage
accordera-t-il tout cela eniemble î On-
voit bien dans ce fyftême tous les plus
ridicules écarts d'une Phiiofbpliie ex-
travagante y voit-on aucune trace de
la Sageflè & de la fâinterc de Dieu
Il n'eft pas furprenant qu'un pareil
Même entraîne dans l'impiété mais-
il eft lurprenant qu'un homme qui
été baprife l'en feigne fi hautement. Le
premier principe qu'il donne en ma-
tière de culte, c'eft que chacun doit
refter dans celui où il eft ne, & qu'il
ne lui eft pas permis d'y donner aucune
atteinre, ibit en le troublant foit en
l'abjurant. Et pour quoi donc a-t-il ab-«
juré lui-même le Chrifhanifme ? Sa re-
nonciation il la déclare atfez par la
profefïïon ouverte qu'il fait de ne s'en
tenir plus qu'à fa raifon & de ne re-
garder que comme de mépriïàbles rêve-
ries les dogmes de FEglitè & de la So-
ciété Chrétienne où il avoit cté formê
avec cette faine raifon, dont il fe vante,
erre Chrétien Juif. Déifte Mahome-
tan, c'eft tout un pour lui. Jefus-Chrift,
Socrate Moyfe, Mahomet, il les mec
roue au même niveau il ne fait pas
DES il
plus de cas des uns que des autres. Il
pardonne à un Turc d'être Turc, il ne
pardonneroit pas à un Chrétien de le
devenir. Par le-mcme principe il doit
pardonner à un Chrétien d'être Chré-
tien, il ne devroit pas pardonner à
un Turc de le devenir.
Chacun doit refter dans le culte où
il eft né. Il n'eft pas fort Surprenant
que 'Fanage penfe ainfi. Une telle Reli-
gion ou une relle autre, celle-ci ou celle-
là, tout cela eft aiïèz indifrérent à celui
qui n'en a aucune qui les méprife
toures qui voudroit les toutes bannir
c'eft-là fon deffèin & fon but, il fe cache
avec foin; mais fon fecret lui échappe.
( I ) Qu'on me donne dit-il des
hommes fortant des mains de la na-
rare qu'on les aflêmble de tous les
coins de la terre pour conférer
en commun fur l'hommage qu'on doit
à Dieu leurs jugemens n'étant pas
encore dépravés par l'aveugle pré-
,) vention, mais éclairés par les pures
lumières de îaraifon ou ils rejette-
ront tous les cultes crablis ou s'il en
"efl un qui mérite d'être affermi fur
les ruines des autres ce fera celui-là
(i) 1. P. chaj. 3.
Il Ex AMEN DELIVRE
t, qu'ils choieront unanimement.
Mais y ena-t-il un qui le mérite; Ohl
» ::il y en aveït un Dieu n'auroir pas
r, manque de nous en informer mais
il ne faut pas s'en 6er à nos Prctrès
» fur ces matières.
Si Fanage eût été un peu plus Philo-
f.ophe ou un peu moins impie, il auroit
dit i o. Que les hommes éclairés paz
les plus pures lumières de la raifon, au-
roient d'abord rejette tous les cultes
où ils auroient reconnu quelque chofe
de contraire à la fainteté de la Loi na-
turelle, comme tous les cultes ido-
Iâtriques Qu'inftruits par cette pu-
re raifon que Dieu pouvoir -bien pref
crire aux hommes la manière dont il
vouloit être honoré ils auroient exa-
mïné fi Dieu en eeet n'avoir rien
prefcrit là-deflus: j°. Que fi on leur
eût annoncé un culte établi par l'auto-
.rite divine ils auroient exigé qu'on
leur donnât les preuves- de cette vo-
lonté du Seigneur les auroient exami-
nées, & s'y fercient rendus, fi ces preu-
ves étoient capables de perfuader. Voilà
ce qu'auroient- fait des hommes éclaircs
par les plus pures lumieres de la raifon.
J>SS M <E V S. S.
Cette maniere de procéder eft celle
qu.e la plus pure raifon confeilleroit,
& félon laquelle je confenrirois bien
qu'on examinât le culte des Chrétiens.
Mais .elle feroit trop favorable au
Chrifiianiime. 'On aime mieux s'étour-
dir foi-mcme & rejeter tout fans iè
donner la peine de rien examiner.
Chacun doit refter dans le culte
-où il eft né. Cela étant, il ctoit fort
inutile que jefùs-Chrift vint fur la terre,
•Je fais que le Déferteur du ChriftianiC-
zne n'aura point de peine d'en conve-
nir mais ce n'eft que pour rendre
plus fenfible fon impiété que je fais
cette remarque. Toute la Société Chré-
tienne y eft intérefTée. Ce furent ces
impiétés qui intérefrerent auffi la reli-
gion du Parlement & lui firent con-
damner au feu un Ouvrage fi déteftable.
L'Arrêt eft de 1-748-
C'eft dans les mêmes vûes & pour
etayer fon miférable fifteme d'anéantir
toute Religion que Fanage avance har-
Æment que (i) La Religion dégénéra
cheç toutes les Natinns en de vains
fpeSacles. Voilà ce qui s'appelle pro-
I. P. chap. g.
*4 Examen du Litre
noncer d'un ton bien dccifif. Mais eft-ce
prononcer felon la vérité ? Connoît-il
parfaitement l'Hiftoire de toutes les
Nations ? Efh-ïl afïuré & en état de
prouver qu'il n'y en a aucune qui ait
conserve la Religion pure ? Les Juifs,
par exemple avoient la Religion la
plus ancienne que nous connoiulons fu-_
rement puisque fon code eft le plus an-
cien Livre du monde. Cette Religion,
comme toute Religion vraie, avoi trous
les préceptes de la Loi naturelle &
outre cela les cérémonies & le culte le
plus majeftuenx. Qu'il nous dite donc
en quel rems cette Religion dégénéra en
rle vains ipecïacles Qu'il aiïigne s'il
le peut le tems où elle cefla d'être
une Religion véritable. Il ne Peignera
point puisqu'il veut qu'encore aujour-
d'hui chacun refte dans le culte où il
eft né dès qu'il eft compatible avec les
principes de la Loi naturelle. Or la Re-
ligion des Juifs eft très-compatible avec
les principes de la Loi naturelle. Elle eft
donc encore aujourd'hui une Religion
véritable. Que Panabe cherche dans fi
Philosophie à accorder ce qu'il dit de
ces Religions qui font toutes mauvai-
DES Mt VUS.
Ces parce qu'elles ont toutes dégénéré
en de vains fpeétacles & qui font tou-
res bonnes dès qu'elles for.t compatibles
avec les principes de la Loi naturelle.
Mais qu'entend-t-il par ces vains fpec-
tacles, dans lesquels dégénéra IiTReli-
gion ? Ente nd-t-il les Sacrifices qu'on fai-
iôit à Dieu ? Mais il convient qu'on en
faifoit légitimement dans la Loi na-
turelle. Entend-t-il les aflemblées où
ron inflxuifoit le. peuple & où on iè
réunifîôit pour chanter les louanges
du Seigneur & pour lui rendre
de publiques actions de grâces de les
bienfaits ? Mais il avoue lui même
que tout cela eft jufte & raitonnable.
Entend-t-il toutes les extravagances
les jeux les indécences des Fêtes
Payennes ? Mais il fait combien la Reli-
gion Chrétienne les a. en horreur, avec
quelle févérité elle les a toujours con-
damnces. Pourquoi donc ces vagues
déclamations Pourquoi dire en géné-
ral que la Religion dégénéra en de vains
Spectacles? Pourquoi envelopper les Re-
Iigions fàintes & innocentes dans le cri-
me de celles qui ne le font pas ? N'eft-ce
pas pour condamner également toutes
16 EXAMEN Du LIVRE
les Religions $c proicrire également
tous les ulages & pratiques du culte ex-
teneur quelque iaint quelque néceP-
faire & quelque raiibnnable qu'il puifre
être. Avec un peu de réflexion on dé-
couvrira bien de l'impiété dans ces pa-
roles de l'Auteur mais y verra-t-on
quelque lueur de raifon ou quelque
marque de droiture & de bonne foi ?
Le culte extérieur de Religion eu:
auffi ancien que le monde, puifque tous
les plus refpectables monumens nous ap-
prennent que dès les premiers âges on
étroit des Sacrifices à la Diviniré. Il a
toujours été univerîel puifque ainfi que
l'a remarqué le plus beau génie de l'an-
cienne Rome on trouveroit plutôt
une Terre iàns Soleil qu'un peuple ou
une fociété d'hommes tans culte de Re-
ligion, & que tout ce qu'on dit quel-
quefois de quelques Sauvages épars, eft
fort incertain & de nulle conféguen-
ce. Car on concoit bien que ceux cui
fe piquent de Philofophie & de iàgelîei
n'iront pas prendre des leçons de moeurs
auprès des Sauvages ils lêroient plutôt
obligés de leur en aller donner.Ce culte
extérieur eftjufte & raifonnable parce
que
DES Mœurs. y
B
que nos fens nos corps nos biens
étant des préfens du Seigneur, doivent
être auffi des inftrumens de notre re-
connoifrance envers lui.
Il eft néceflaire parce que rien ne
fait fur nous des impreffions plus fortes
que les chofes extérieures & que bien
des hommes ne pourroient pas faifir
plusieurs vérités de la ReliEion., fans le
fecaurs des images & des iymboles. II
eft trés-utile parceque l'exemple eu
Pinftruftion la plus vive, la plus forte,
la plus periûafive.
Voilà ce que la raison auroit dit au
Doéteur des Moeurs, s'il ravoir confulté.
Mais quand on veut détruire la Reli-
gion, on parle beaucoup de la fainteté
du culte purement intérieur, quoiqu'au
fond on ne s'en foucie pas plus &
qu'on ne le pratique pas plus que l'ex-
térieur que l'on condamne. Ce n'eft là
qu'un voile dont on prétend couvrir
fon impiété.
C'eft après avoir débité tous ces
beaux principes que l'Auteur, comme
s'iI' avoit bien fujet d'être content de
Inr-mcme donne hardiment le défi aux
Théologiens, de lui prouver qu'il y a
ïS EXAMEN DU Livre
une Religion & un culte révélé. C'efl:
Goiiath qui infulte les armées du Dieu
vivant & qui de retour dans fon camp
de PhilifHns, leur dit en vrai fanfaron
je viens de braver encore les bataillons
d'Ifraël & il n'eft aucun de leurs fol-
dats qui ait ofè fe mefurer avec moi. Pa-
nage déclare qu'il s'en tient à fa raiforç,
juiqu'àce qu'un Théologien le convain-
que de fexiflence d'une révélation. Mais
les preuves de la révélation font toutes
données, & elles font portées au degré
d'évidence le plus clair & le plus con-
vaincant. Ainfi ou il blasphème ce qu'il
ienore, ou il combat la vérité contre
tes lumieres & fa propre confcience.
Qu'il choififlè entre ces deux qualités
d'ignorant téméraire, ou de leducleur
de mauvaiie foi. il en: néceflairement
l'un ou l'autre.
La révélation eft une manifeftation
que Dieu nous fait de quelques vérités
auxquelles notre raifon ne pourroit pas
atteindre, par elle-même, ou de quel-
ques Ioix que la raifon feule ne pour-
roit pas découvrir. Cette manifefta-
tionnous découvre donc non-feulement
des chofes que nous devons croire,
des Moeurs^
B ij
mais elle nous donne encore,une entiere
certitude de la vérité des choies que
nous croyons. On ne réfutera pas appa-
remment à Dieu le pouvoir de nous ma-
nifefter quelques vérités ou de nous
donner quelques loix de cette efpece.
Il faut donc convenir que la révélation
eft poffible & qu'elle ne donne aucune
atteinte aux droits de la raifon. Mainte-
nânt s'il plaît à Dieu de révéler quelque
vérité c eft un devoir indifpenfable
pour l'homme de s3/ foumettre c'eft
même un devoir indifpenfable pour lui
de s'en informer. L'Auteur en convient,
l'homme eft obligé d'aimer Dieu, dit-il
or un devoir de cet amour eft de s'in-
former fbigneufèment de fes volontés
pour s'y conformer,& s'y foumettre. (a)
La raifon nous fait donc un devoir de
chercher s'il y a véritablement une ré-
vélation. S'il plaît à Dieu de nous ré-
véler quelque vérité, il faut que cette
révélation foit autorifée par des preu-
ves d'un caractère fï divin que toute
la puiflànce les forces l'habileté hu-
( a ) 1. P. Cfc. f.
xo ExAMEK DU LlVK.B
maine ne puiilê pas les égaler & que
tout efprit raifonnable, toit forcé d'y
reconnaître le doigt de Dieu. Ainîî la
railon doit toujours être reçue à de-
mander des preuves de la révélation &
à les examiner. Les principales de ces
preuves font les Prophéties les mira-
des, la fainreté de la morale, des fuc-
cès miraculeux & tels que toure la poli-
tique, la puifiance & l'habileté des
hommes n'aient jamais pu & ne puiffe
jamais rien opérer de Semblable. Si je
trouve une Religion qui fournilîè toutes
ces preuves & qui les réunifie toutes
dans le degré le plus haut & le plus
propre à convaincre l'hornme qui exa-
mine de bonne foi, & à forcer l'opi-
niâtreté de celui qui refofêroit de fe
rendre, je dois dès lors laregarder com-
me une Religion révélée comme une
Religion que Dieu a voulu donner lui-
même aux hommes. Or tout cela fe
trouve réuni en faveur du chriftianifine.
Mon objer n'eft pas de donner ici les
preuves de la Religion mais de réfuter
les impiétés des incrédules. Qu'on lice
l'excellent Traité de Monfieur Abbadie
fur la vérité de la Religion Chrétienne,
DES Mœurs. il
& la féconde partie du magnifique Dit-
cours fur f Hiftoire uuverfelle de Moa-
fieur Boflùet il eft irapoffibe de n'être
pas entraîné par la force de ces preu-
ves viclorieufês de n'être pas intime-
ment convaincu de la vérité de la révé-
lation Se de ne pas regarder enfùite
avec mépris & avec indignation les mi-
fcrables obje&ions des incrédules. Je ne
parle pas de quantité d'autres ouvrages
trcs-fçavans & très beaux que nous
avons, dans le même genre & j'aban-
donnerois fans peine la Religion au ju-
gement des incrédules même s'ils vou-
foient en lire quelques-uns de bonne
foi, & dans la résolution de rendre té-
moignage à la vérité.
L'Auteur ne montre pas moins d'im-
piété & ne fuit pas mieux la raifon lors
qu'il parle des confeils Evangéliques. Il
eft vrai que les vertus qu'ils enfeignent
font bien «iufteres mais elles font fù-
blimes. On les admire & on les redou-
te, on ne peur s'empêcher de les re£-
pecter & en même tems de les craindre.
Eftre fur la terre & en dédaigner tous
les avantages pour ne s'occuper que
du ciel; vivre dans un corps & s'inter-
il Examen d v Livre
dire les plaifirs ïènfibles, parce qu'ils
peuvent blefrer la confidence & féduire
la raifon renoncer aux biens de la ter-
re, parce que fouvent ils fervent d'ali-
ment à l'orgueif& à la volupté mor-
tifier le corps parce que c'eft dans le
corps que font les priticipes du déré-
glement des pâmons porter dans le
commerce des hommes, l'innocence,
la candeur, la finccrkc d'un enfant. En
un mot montrer des vertus véritable-
ment pures véritablement dignes de
Dieu, des vertus fans aucun mélange
de foibleflë ou de défaut des vertus
toutes bienfaisantes pour les hommes
parmi lefquels on vit, des vertus indé-
pendantes de tout intérêt ou avantage
humain, dont Dieu feul eft le motif &
pour lesquelles on ne veut d'autre ré-
compense que lui voilà le plus grand
effort dont l'homme Coît capable, & le
plus digne de notre admiration. Vcilà
ce qu'enseignent les confeils évangéli-
ques.
Cependant à entendre Panage, il n'y
rien de plus méprifable que ces con-
feils. Auflî ceux qui fe mortifiéntpour
tenir leurs paffiaas dans la
DES Mœurs.
2
& qui font pénitence pour expier les
péchés que les paliions auroierit fait
commettre il ne les regarde que com-
me des (̃») phrélletiques qui fervent Dieu
comme on ferviroit le diable. Ceux qui
vivent dans la continence ne font à fes
yeux que des imbéciles qui n'entendent
ieulement pasleur Evangile & qui ont été
maudits par leur Maître,dans la parabole
du figuier flérfle. Ceux qui renoncent
à leurs biens pour imiter le fils de Dieu
fait homme & vivant dans la pauvreté
par amour pour nous ils ne les regar-
dent que comme des fors qui ne peuvent
réparer la Cotife qu'ils ont faite qu'en
devenant eniuite des frelons incommo-
des au refte du genre humain. Voilà
comment cet habile Do&eur traveftit
l'Evangile les épitlietes honorables
dont il décore ceux qui prariquent les
confeils évangéliques, & qui font con-
sacrés au fervice & au culte de la Re-
ligion.
Mais de toutes les maximes évangc-
Iiques, il n'en eft aucune qui le mette
de plus mauvaife humeur, que celle par
Çtjl.P. Cb.u
2»4 Ex a mîn dît Livre
laquelle Jefûs-Chrift nous dit que nous
devons nous renoncer nous mêmes
nous haïr nous-mêmes. Panage ne la
peut pas digérer. Il veut s'aimer & fe
procurer dans ce monde tout le bien
& tous les plaifirs qu'il pourra. La
loi naturelle, dit-il, veut que nous
traitions nos femblables comme
nous voulons qu'on nous traite. Le
Lcgifkteur n'entend pas fans doute
par-là que nous maltraitions nos
femblables. Concluons qu'il n'entend
,3 pas non-plus, que nous nousmaltrai-
1:, rions nous-mêmes. Non-feulement
on peut aimer Dieu fans fe hair, mais
"il n'eft pas vrai qu'on l'aime -quand-
on fe hait. Devons nous avoir des
fentimens contraires aux fiens. N^ef-
perons pas de lui plaire en- nous
haïflânt Voilà un des plus beaux
efforts de la Logique du Dofteur anti-
évangélique.
Examinons dcnc mzintenant lequel
des deux Maîtres à raiion de J. C. ou
de Panage. Celui qui hait fon ame en
ce monde la fauve pour la vie éter-
nelle^
DES M SUR S. If
c
neHe, dit J. C. & celui qui 1 aime en ce
monde la perdra pour l'autre. La hai-
ne que commande ici Jefus-Chriit eft
donc un véritable amour, puilqu'il af-
fûte à l'âme une éternité de bon-
heur, & l'amour qu'il défend eft donc
une véritable haine, puisqu'il perd l'a-
me pour l'éternité. Or comme il nly a
que le crime & ce qui porte au crime,
qui puifïè perdre rame pour l'éternité
ce n'eft donc que le crime & ce qui por-
te au crime c'eu-à-dire les [inclinations
qué nous devons
lhair dans nous. Ce foin de combattre
les penchans funeftes qui nous portent
au mal, de nous remuer ce qui nous fe-
roit pîaifir mais qui blefferoit la con-
fcience, de nous arrachera ce qui nous
tiendroit le plus au crcur mais que
nous ne pourrions retenir fans que la
pureté en fût altérée ,voilâ la haine que
Jeius-Chrift nous commande d'avoir
pour nous-meme.
C'eftde la même maniere qu'on doit
entendre ces autres paroles de ce divin
Légiflateur. Celui qui ne hait pas fbn
pere fa mere &c fon anxe encore ne
.peut être mon difciple. Certainement
z6 Examen DU Livre
on ne peut pas dire que Jefîis-Chrifl:
nous ait commande de hair nos parens,
puifque jamais Légiflateur ne recom-
mande fi fortement & ne porta fi loin
les devoirs & les tendres foins de la
charité. C'eft donc comme s'il nous
difoit Dieu eft votre premier maîcre,
la vertu votre premier devoir le.fàlut
votre plus grand intérêt. Si donc vos
parens ou vos*propres inclinations vous
demandoient quelque chofe qui ne pût
pas s'accorder avec la volonté de Dieu,
votre devoir votre intérêt éternel
vous devez tout facrifier & n'écouter
ni la voix de vos parens ni celle de vos
inclinations. Voilà le vérïtable fens des
paroles de J efus-Chrift.
Maintenanc je demande à Panage ce
qu'il y a donc dans ces confeils & ces
maximes de fi méprisable pour ofer
traiter de phrénétiques & d'imbéciles
ceux qui s'efforcent d'y conformer leur
vie & leurs mceurs. Je voudrois bien
qu'il eflèiât lui-même de nous en don-
ner de plus fages & de plus rîifonna-
bles, que celles que Jefùs-Chriftnoosa
données & qu'il regarde avec tant de
dédain; ceft apparemment ce qu'û a
DES M <E W R, S.
17
prétendu faire, » lorfque prenant le ton
d'un dévot Directeur il dit à ion difei-
ple Soumettez la chair à l'efprir
mais ne l'annéantiflèzpas;foyez chafr
te, (..) mais ne vous abftenèz pas d'un
commerce licite élevez fréquem-
ment votre cœur vers Dieu mais
3, tendez la main au malheureux qui
"'vous implore «. Ne le prendroit-
on pas là pour un bon béat, qurne fait
que prier Dieu, & qui ne lit que fari
Grenade Mais attendez il ne reliera
pas long-rems fous ce perfonnage qui
ne lui convient gueres & dont ap-
paremment il ne s'accommoderoit pas.
s S'il vous dit ici qu'il faut Soumettre la
chair à l'efprit vous avertit ail-
leurs que les appétits corporels font in-
nocens, & qu il eft juhe de les fatisfai-
re. Il veut qu'on fait ehafte mais le
concubinage eft felon lui une unïozz
plus eftimable & plus fàinte (-c ) que le
mariage.Ilveut qu'on éléve fbncœurverï
Dieu mais il permet de regardet avec
indifférence toute pratique & tout culte
extérieur de Religion Enfin il va jufqu'à
(a)I. P. Ch.u ( b ) Ù. P. Ch. u
(c) ji. p. a. t v.
1.S ExAMEN DU Livre
dire que pour être faim il fuffit de fai-
re tous les jours fes quatre repas de
mangeur indifféremment chair ou poiP
ion de coucher fur le duvet &c. Oh
que la fàintetc de Panageeft admirable
& respectable Voilà les hautes ma-
ximes du cenfeur & du réformateur du
Chriftianifme. Voilà ce que lui a décou-
vert cette faine raifon qui doit felon
lui remporter fur l'Evangile.
Je pafle fousfîlence biend'autres im-
piétés répandues dans ce Livre parce
que je n'entreprens de combattre que
les principes & non pas toutes les pro-
poiîtions en détail. Je ne réfute pas
non plus ce qu'il dit fur les peines de
l'autre vie parce que je traiterai ce
point-là dans l'examen d'un autre ou-
vrage qui eft à peu près fur les mêmes
principes que celui-ci. Il y a une pro-
pofition cependant que je ne puis pas
m'empêcher de faire remarquer. L'Au-
teur demande fî » la raifon n'eft pas
;» quelquefois incapable de tenir la bri-
de aux paflïons & fi l'ame n'eft pas
alors dans un état d'imperfecHon
qu'on peut fans injustice imputer à.
M Dieu ? î (a) Oui fans doute répond-il,
SES Meurs.
29
C iij
j, je ne contefte ni l'un ni l'autre Il
avoue donc d'abord que la raifon feule
peut régler nos paillons: enfiiite qu'elle
eft fouvent incapable de le faire enfla
qn'on peut fans' façon imputer à Dieu
ce qui s'enfuit du dérèglement des paf-
fions. Voilà comment le Maître des
moeurs infpire la vigilance fur foi-mê-
me, le remord du crime y& le respect
pour la divinité.
ARTICLE SECOND.
De la Morale indécente qttenjeigne
le Livre des Moeurs.
L n'étoit pas fort nccefïàire que l'Au-
teur fe vantât de içavoir mieux fa car-
te d'amour que la mappemonde. Il pa-
roît affez par fon Livre, qu'il eft beau-
coup mieux inflxuit Cur ce point-là que
fur bien d'autres. Une bonne partie de
fon Livre n'en: employée qu'à prouver
l'amour, à en vanter les douceurs, à
montrer la néceffité ou eft tout le mon-
de d'obéir à l'amour. Malgré toute fa
philofophie, il ne débite en mille en-
EXAMEN Du L IVRÏ
droits de fon Livre, point d'autres ma-
ximes que celles du Galant Quinaut.
Mais moins réfervé que ce Chantre de
Tamour il lui arrive Couvent de ne pas
· même jetter une gaze légère fur des ob-
jets qui devroient être entièrement ca-
chés. Cependant comme il craint que
fa morale ne paroifïè un peu trop lu-
brique il la déguife il la met fous la
plus belle enveloppe, il s'efforce même
d'en faire la plus belle des vertus
a, Qu'on aime véritablement dit-il, &
) l'amour ne fera jamais commetue de
fautes qui bleffènt la canfcience ou
l'honneur. (•:) Car quiconque eft capa-
,ble d'aimer eft vertueux; & quiconque
eft vertueux eft capable d'aimer. L'a-
mour interdit même à lapenfee toute
idée Cenfuelle, il eft chafle jufques
s> dans fes Conges. Il n'y a rien à crain-
s, dre pour les mœurs de la part de l'a-
j, mour, il ne peut que les perfêdion-
ner ci. Je ne crois pas que les peres &
les mères Mène fort contens qu'on
prêchât cette morale à leurs enfans. Ils
craindroient qu'ils ne devinrent trop
( a ) 2ZÎ,F.Cft. 1. A.
DES M <£ V S, S.
JI
Cir
vertueux, & qu'ils ne votlluifent don-
ner trop de preuves de leur verm.
Il n'y a rien cependant que le tendre
Moralifie confeille davantage que
d'être amoureux. Il en fait même une
espèce de précepte. ( a ) » La fin de l'a-
mour, dit-il, n'a rien que de conforme
au voeu de la nature. Il rend à l'union
s> d'un fexe avec l'autre. Cette union eft
légitime > & ce n'eft point ce goût
« qu'il s'agit de réprimer. Quiconque,
ajoute-t-il, eft conformé de manière
à pouvoir procréer fon femblable a
droit de le faire & il le doit c'eft
la voix de la nature. (t ) Cette voix
mérite plus d'égards que les inftitu-
tions humaines, qui femblent la con-
3, trader «. Après cela les Peres Se les
Mères auraient -ils droit d'empêcher
leurs enfans de pratiquer, quand ils- le
pourront, les belles vertus de la reli-
gion naturelle ? Et comment les enfans
devront-ils regarder des ordres, des re-
montrances & des loix oppofés au droit
naturel ? le Docteur des mceors leur
apprend qu'ils ne doivent y avoiraucun
(a) 1. P. Ch. z. (h) IL P. Ch. z. A. U
DU LIVRE
égard. C'eft pour faire encore mieux
goûter fes tendres maximes qu'il par-
le en mille endroits de fon Livre,
avec tant de complaifance & fi peu de
décence des douceurs de l'amour c'eft
pour cela qu'il avoue qu'il ne connoîr
rien de plus heureux au monde que les
amans & les maîtreflès & qu" enfin il
ne croit pas pouvoir mieux apprendre
à aimer Dieu qu'en disant que c'eft
comme une maîtreiîè qu'on le doit ai-
mer.
On peut remarquer en pafîànt la juf-
teflè& la décence de cette comparaison.
Lesfentimens qui élevent uneame vers le
fouverain Erre qu'elle adore, Se qu'elle
contemple comme le principe & la fin
de toutes choses l'Auteur de tous les
biens le centre de toutes les perfec-
tions ces fentimens ne font-ils pas heu-
.reufèmentmis en parallèle avec ce que
iènt un amant quand il eft auprès de
.fa maîtrefle Mais ne nous arrêtons
pas à cela. On voit affez que l'Auteur
.fait bien mieux ce que c'eft qu'aimer
une maîtrefle qu'il ne fait ce que ce
qu'aimer Dieu.
Mais ce n'eft pas encore affez d'avoir
DtsMmxjKs.
donné ces beaux confeils & ces fàges
préceptes, il faut encore établir la cho-
ie comme un principe inconteftable.
» Nous femmes dit-il, compotes d'un
corps & d'une ame. Rien n'eft donc
plus conforme de notre parr que de
veiller à leur bonheur. ( a ) Pour la
conservation de nos corps Dieu nous
« a fait précent de finfHncT: qui veille
à leur fûreté qui lesyarentit de ce
qui leur eft préjudiciable & les
avertir de leurs besoins Mais qu'en-
tend-t'il par cet infdnift & par ces be-
foins? î Oh il n'étoit pas de la prudence
de tout dire à la fois de peur que la
modeftie & la pudeur n'en rufïènt of-
fenfees. Mais ce qui paroît fùpprimé
dans un endroit ne manquera pas de re-
trouver fa place dans un autre.
Uinflanét, dit-il ailleurs fuit le
M mal & cherche le bien. \b) Or
comme deux chofès concourent à la
félicité qu'il eft jufte & naturel de fe
procurer fçavoir rexemption de
la peiae, & la jouiflânee du plaifir
« tout fentiment qui naît en nous de
(a) IL P. (fr) I. Part. C&. z. §.
EXAMEN DU Livre
ces deux vues eft un fenument légî-
time «. Tout fentiment qui nous por-
te au plaifr eft légitime ielon Panage.
La conclufîon la plus naturelle qu'on
puiffe tirer de-là c'eft qu'il eft légiti-
me & permis d'obéir à ce fentiment.
Pour cacher ce qu'il y a de honteux
dans un pareil principe, il dit bien que
la raifon doit conduire l'inâinct, mais
pour raffurer fes difciples, il ajoute auffi
que c'eft à quoi elle manque couvent,
& que l'infimcT: étant un préfent du
Créateur ce Dieu bon ne fait pas à fes
créatures des préfens empoifonnés.
Après cela pourroit-on avoir quelque
icrupule de fe livrer à Fiaftincl: & de
profiter des préfens du Créateur ? Ce
qu'il' dit des befoins confirme encore
bien mieux cette belle morale. » Par~
mi- ces besoins, un des plus preflkns,
( a ) c'eft cette pente infurmonrable
» qui,entraîne un fexe vers l'autre. C'eft
un préjugé fol & bizarre, de fe per.
fùader qu'il eft beau d'y refifter. Con-
fènrez à farisfaire ce besoin qui vous
preflèj c'eft Ie feui moyen raitonnable
(a) h P. Cb.z.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin