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Examen du mémoire adressé à l'Assemblée nationale, par le premier ministre des finances, contre l'émission des assignats : prononcé à la séance du 3 septembre 1790, de la Société des amis de la Constitutione ([Reprod.]) / par M. Gouget-Deslandres,... ; impr. par ordre des Amis de la Constitution

De
36 pages
[impr. de l'Assemblée nationale] (Paris). 1790. Assignats -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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A-;
PU MÉMOIRE
ADRESSÉ
FINANCES
DES ASSIGNATS,
Prononcé- la Séance du 3 -Septembre '790 la
Veslandres j Membre de cette Société m 'fi.
qualité- d'affilié t Subjîitut de M. le Procureur-Général
̃ du -Bellement de Bourgogne Electeur & Confédéré du
Département de la Côte-d'Or 3 imprimé par ordre des
MESSIEURS,)
Lorfque j'ai été inftruit que le premier Mâïfti-e
(t) Ce I>ifcours fen de faite iL celui cjue le Stetif" Gouget a fm^
nonce à la Séance du 1 Août de la même Société Se à celte du i*-
du même mois de la Société de 1789. Ce Difcours fe vend chez
Weberd Marchand de Nouve^utis fous les boutiques en bois au
̃̃ ï
des Finances avoit àdrêffé rAflembîée Natîoriaîé
un Mémoire qui fe ditigeoit contre Témiffion des
affignats j'ai craint que nous n'ayons tous ptofeffi:
une grande erreur » je m'acculbis perfonncllemcnc
d'en avoir aidé la circulation. Mais, après avoir tu la
Diiïcrtarion du premier Minrftre des Finances &
le développement de fon opinion fur une difpofitioa
à laquelle. il ne veut donner aucun affemiment 3 qu'il
çonfidère comme infiniment àangerwfe & qu'il frappe
de fon improbation tris- dédiée (r), je me fuis ce-,
pendant raCuré.
il ne faut qu'un pcu de courage pour réfifler
aux premières inquiétudes que peut- caufer le fenti-
ment du premier Miniftre des Finances en parlant
à TAflemblée Nationale il s'eft adreffé à l'opinion pu-
blique &. fon Mémoire circule déjà dans toutes les
mains.
De fon côté, l'Aflemblée Nationale en éloignant
foa opération dernière fur la liquidation de la dette,
a appelé l'opinion publique fon fecours. Il y a
déjà cette différence entre Ia conduite du Corps Lé-
giflateur & celle du Minière des Finances, que l'un
defire connoître l'opinion du Peuple fur une difpofitioa
qui doit embraflèr les intérêts de tous, & que l'autre
femble avàir efpéré d'éloigner la confiance d'une
{i) PâgeprtaiikiE au Mémoire de*.Fin«aees.
3
A a
opération qui doit protéger les intérêts de tous !e«
Citoyens, en tranfportanc fur des realifésdes créan-
ces qui n'ont encore aucun point d'appui.
Le langage du premier Miniftre des Finances eft,
tellement extraordinaire qu'à moins de le regarder
comme infigaifknt on doit croire qu'il n'a voulu.
offrir que le préambule d'un plan vaftfr qui deliiné
maîtrifer les réfultats d'une grande révolution,
doit commander & donner le même mouvement
aux intérêts divers» & faire enfin forcir la Na-
tion plus triomphante de tous les combats que l'on ofe:
encore lui livrer.
Le Miniftre des Finances nous annonce une nou-
vdle lutte contre des difficultés probables ou imprévues;
,une a_fte frayeur fe répandra l'argent effectif fe cachera
davantage fon prix s'écarte,ra de plus en plus da pair
avec les alignais & j&on ne peut déterminer quel
feroit T effet dangereux de cette première inquiétude.
Ce font là les expreffions du premier Miniftre des
Un peu plus loin il neps dit qu'une femme im~
mznfe de papier-monnoie doit mettre en caufe dans les
mécontentement les plaintes & les réclamations de /'«•
nivcrfalité des Citoyens doit oppofer entr'eux tous
les individus j non pas d'une manière pajfagère mais
(i) Page 4 du Mémoire du Miaifce du Finances.
tous les injlans • doit
mettre en
fùitté des transports
d'argent tout le
monde enfin doit augmenter lé trouble & mettre le
Royaume dans un rapporte
dont s'eft fervi le
y pour dcflîner le tableau
de nos niifcrcs réelles ou prcjuniées pour troubler
la. foi publique pour ébranler la Société dans tous
fes rapports j ppur donner des fecouffes aux confeien-
ces & fi je puis le dire, pour ne laiiîer abiolument
aucun doute fur Icdiicrédit total de l.i Nation Fraa-
çoife.
Il ne faut ,pas craindre cependant Que le Peuple
fc laifle allarmcr par cette énurneration prophéieiîc
de malheurs qui ne peuvent pas exiger; il faut qu'il
s'applique au détail de h qncition. Le Peuple a fort
& il doit ctre préféré à celui du pre-
̃ mier Miuiltre des Finances (i).
La Nation, a déclaré qu'elle vouloit payer cette dette
iinmenfc qu'elle n'a pas contraciéc: pourroit-on retarder,
(l)Pages4&5 du même Mémoire.
(i)M. N.ecfccï a-t-il eu le projet de dégoûter ^'aTance le* pieufîç
«j'entrer dans l'examen approfondi de taqueftion ou de t'y inviter*:
Je laifle .ce problème à rôlondïe à ceux qui connoiflènt paiFaitemcnc
en s'attachant à illuminer ^ma'
ainïï dite, uj dtiafite. '•'̃.
A3 3
empêcher les effets de fa loyauté? La Nation ne
'petit plus violer cette pronieflè publique fans la-
quelle la révolution tic ie ferait pasktite fans exé-
cution- de laquellc la Conftitutiou ne s'achève-'
Il eft impoffible de payqr âa dette en argent; elle
ne peut être acquittée que par l'abandon le par-
& le Peuple a dfyt cette foi que l'étniffion des affi-
gnats n'eft autre choie que ce partage néceflàire. dans
les mains de tous les Créanciers, Le Peuple fait qu'il
faut fuppîécr d'une manière quelconque à l'argent:
que l'on n'a pas il fait que nous pofledous une
propriété immcnfc, dont remploi fufiit à acquitter
la dette, Pourquoi ne pas nous aider du feul fi2;ne
qui puiile tout- à la- rois repréfènrer cette propriété,
& en garantir une fois la difpofition effeaïve Le
Peuple François peut- il craindre, peut-il même ne pas
appeler de toute l'ardeur de lès vceux le {eu! moyeu
méchaniqoe qui exirtc de faire entrer en circulation
cette valeur réfervée pour le iaiut des Finances &c delà
Révolution?
Chez tous les Peuples c'cfl l'opinion qui a donne
à la monnaie fon crédir & la mefure de fa circu-
lation. Le métal d'argent a dû dans les -commeuçe-
mens du monde' fervir au luxe avant de fervir pour
les échanges; le befoln d'échanger nous a indiqué
pour figne cette matière que l'opinion avoit déjà placée
à un certain rang; la commodité que les Peuples
̃̃
ont trouvée dans i'argent-jîgne pour les échanges;
a rchataé dans l'opinion & dans l'exercice dç la.
penfée t l'argent -métal. Mais fi l'on, veut chercher
dans la nature même de cet argent-métal la caufê
de cette faveur on ne rencontre que des abftrac-
tiôns ou, tout au plus, la préférence purement phy-
fique '&. non- év-aluàtrice -d'une niaticre à une autre;
& qnand on s'appuie fur cette idée quand on tacon-
temple philofophiqaement on a honte de voir les
hommes préférer l'argent au fol ,6c céd de la terre
pour du métal.
Ce n'eft pas le métal qui a obtenu par lui-même
fon crédit & fa valeur fpécifique 5 c'eft l'opinien
arbitraire des hommes qui a tout fait pour lui
en lui donnant un mcrire & une valeur qu'il
ne tient absolument que de l'objet de fon infti«
tution.
Ce n'eft donc point le mérnl qui nous fert par lui-
nome & qui pourvoit à tous nos befoins mais
uniquement la décifion qui a arrêté qu'il feroit choiû
pour y pourvoir.
Chez certains Peuples vous le favez 3 Meffieurs
Cette même opinion & une fcmbîable conventioa
ont fiiffi pour donner à de vils coquillages la vale ur
que chez nous l'on attache à l'argent.
Il fuit de-là qu'il ne vaut que par cette conven-
tion il luit de-là que la feule & véritable richefle eft
attachée au fol parce que le fol s'accroît par lui*
""f ̃'
A 4
même parce qu'il reproduit tons les jours Se pro-
cure continuellement des jouiiûnces 'des, produits
que la muunoie ne fait que rendre plus tranfmiflî-
blcs. Ainfi, l'argent comparé à la terre, n'eft qu'une
fiction la terre e(t une réalité détruit
par l\ifa<$e qu'on en fait; tk la terre refte furvit
& furvivra toujours à tout ce qu'on icroic tenté
de lui préférer.
Si la Nation donne donc en circulation par une
1 l'on d'affignats fa richétfe rcrritorkils clic
donne au delà de l'argent, au-delà de l'opinion
qui s'eft attachée à l'argent elle donne des réalités.
Le peuple imbu de cette vérité, qu'aucun fophif-
me ne peut altérer reportera donc fon choix fur
les affignats ou tout,au moins la partagera entre le
métal & le figne nouveau deftiné à lui livrer une
nouvelle mafle de propriétés réeiles.
Il peuple François pourrait- il, Mefîîeurs, douter:
de l'utilité des aflignats îorfque tout lui dit que
c'eft kle fèul moyen mechanique d'appliquer les
fonds dont il eft reJcv'enu 'poffed'cus à l'extinclioa
d'une dette meurtricre, torique i ur^toiit l'exerûple
d'une nation voiiine & exercée depuis long temps à
une recherche éclairée de tout ce qui peut aiigmea-
ter fa richefle, lui prouve que pour de bien moin-
tîres motifs j pour des motifs, non de falut, mais
de fimpie amélioration on peut recourir avec avan-
cage à des moyens tout pareils & cependant, Mef-.
fleurs la nation Angloilc n'a rien pour alFurer le 'crédit'.
'&
de' Ion 'papier oatîbnal;, elle
rien quel eftime qu'elle- fait elk-inême .de .(on papier
de banque. Cette cftime que le peuple Angiois à conà-
le mouvement d'une circulation intérieure & exté-
rieure au'- delà peut-être de fes forces & tih~££$to\-
Kcmcnr dn. moifis .air- delà de fes reiroùrees directes.
& phyiiq.uc5..Ce papier, on ne peut trop le répéter
-n'a. pour affigiut qu'une efpcrance grande & yafte'
fi l'on veut, mais enfin une -fini pie .fur la,
balance du commerce t< fur le caprice des autres
nations q,;c le peuple lait rendre tributaires
En France nous n'aurons pas b2foin de
le» Cribiits certains que les aurres peuples paieront ̃'
¡\ notre intelligence pourobter.ir l'effet de notre papier
̃territorial. Nos regards nJont beioinque d'être fixés fur
les pro-priétts jmiiienfes .& ditponibles qui appartiennent
à la Nation, Du moment où ce papier fera émis? decc mo-
ment même & par le feul Se' im'médiat effet de fo-fi
éraiffijn, tout propriétaire d'action fur le tréfor pu-
bîic., tout -particulier même dont les intérêts feront
le moins du monde arteints parle mouvement -de fx
circulation pourra regarder la propriété nationale
comme choie à lui propre & appartenante.
En Angleterre, le papier national ne repréfente
donc que d'heureufès de belles fuppofiuons que des.
efpéranccs France, il repréfen-
tera desrcalités il'jiiolidKés.deifonds territoriaux. Frc
Angleterre le papier
à. une plus forte mefiire qu'il r.e fera
France &: s'y cil répan-
due l'argent prix
de
n'ont pas
été froiflei :'i); les man-:ficL.rcs n'ont pas celle de s'clc-
ver à leur perfection les villes ont continue d'être
alimentées les tranl'ports d'argent n'ont jamais cri
retardes; !es Maires des ouvriers de toute cfpèce y font
acquittés, &rTintéiicur de ce Royaume n'a jamais
«té troublé ni mis en combujlïon par l'ôniflion de Ion
papier national.
En France nous avons une population immense une
richeffè territoriale incalculable des reflources con-
tinuelles dans les productions delà terre; &: ncan-
moins une agriculture qui dépérit &• néanmoiffs beau-
coup de richeflès récites tous' les jours
par le défaut des riolieifes fidives ( car l'argent lui-
même, Meflleurs, vous l'avez vu eH atiiîî. une ri-
chefîe ficlive) ik. î'oia veut nous faire craindre qu'et-
les ne dépériirent encore plus en leur donnant préci-
fément ce dont î'abfence les fait languiri
Le Miniitre des Finances nous dit que les abjlrac*-
(i) Exrreffioiis du Miniftre des Finances.
13
ttoni en affaires publiques lui parotjfent 'chaque jour plus
uédoutabks [i)\ mais c'eft lui qui les emploie, ces
abftraâions ik qui combat des faits c'elt hû feul qui
oppoledes probabilités, & des inquiétudes aufli peucal-
culées que mal réfléchies à un grand exemple j c'eft lui.
qui voudrait engager un peuple immenfe, témoin de
la dijeuffion qui eu: ouverte à préférer à ce qu'il
voit à -ce qu'il entend, à ce que les mains pal-
pent déjà fi j'ofe, le dire la fimple follicitude d'un
Miniftre leul inquiet encore au milieu des amis de là
chofe publique.
J'ai avancé, Meilleurs que le papier national étoit
déjà, porté en Angleterre à une plus confi-
dcrable qu'il ne s'agira jamais de l'élever en France:
il faet juflifter cette propofition qui a le rapport le
plus immédiat pour combattre l'enfemble de toutes
les probabilités d'inquiétude par lesquelles on veut
nous effrayer,
Il cli de principe indubitable j vous le [avez) 3 MeC-
fieurs que le numéraire ou que les lignes des échan-
ges doivent être fournis à une Nation dans le rapport
dirccl: mais compose de fit population & de fa ri-
chefl'e tcrritoriale fi le numéraire réel ce le nu-
méraire ficlif ne font pas dans ce double rapport il
jn'y a plus d'équilibre, Il les fignes dcs échanges ne
correspondent pas en nombre &: en valeur avec les
(T, Page 14.
If
produdions de là terre & le nombre des bras qui la
cultivent la chofe publique n'eu plus aflîiréc par
elle-même elle n'eft plus parfaitement nivelée, clic"
pert fon affife & peut le ruiner
par la chute des contre poids.
La richeiïc territoriale de
comparée'^ celle de l'empire François; elle
fousde plus d'une moitié; la richeflè en population
de ce même Royaume eft encore au délions de la
nôtre à peu-près des deux tiers; cependant en Ain-
gleterre il exifte une fomme de numéraire qui fe rap-
proche du nôtre il y exifte de plus près de cinq
niilliards, tant en papier national, (que la nation An-
ne pourra jamais éteindre par aucune afligna-
tion pôfitive) qu'en divers papiers âe banque qui font-
les mêmes fondions que l'argent.
Nous pourrions donc avoir en France un papier natio-
nal qui, d'après la comparaifon que; je viens d'offrir
pourroit s'élever fans aucune inquiçtôdc à une tomme
de deux milliards. Il n'y auroit même à redouter de
fon inextinâ:ion aucune probabilité funefte ni défaf-
treufe. L'exemple de l'Angleterre, encore une fois,
ne permet pas d'en douter cet exemple prouve même,
que nous rie courrions peut-être à l'imiter, d'attiré
ri(quo que celui de voir accroître & profpcrcr nos
richeflès pofitives & induftriellcs. Quel rifqxic je le
demande) pourrions-nous donc craindre,d'un papier
national qui ne fera entre nos mains qu'un pafl"age.
rapide, & qui pourra s'éteindre à j'inftant même où
on le vomdra, dans la vente des biens nationaux?
Le Miniftredes Finances craintdansla circulation l'effet
des affignats; pourquoi ne s'eftil jamais. avifé de c'rain-»
dre la circulation des papiers ordinaires de commerce
L'une des fondions palïàgères de
évidemment d'exiler du commerce quantité
de lettres-dé change, foit en nombre, foit en valeur
(i): or, fait-on julqu'à queue fomme s'élève dans
rftus les porte-feuilles les dettes actives & pafiîves de
tous les Citoyens ? Ce papier marchand en faifane
depuis des ficelés les mêmes fondions que, l'argent, a«
t-il introduit un jeu effréné de la part des agioteurs*
li-non celui qui a toujours refuite des époques & des
places où ce papier étoitacquittablc (z) ? A-t-il ébranlé
tomes les fortunes ? Eil il devenu le 'principe d'une corn»
motion dangereufe (3) dans l'Etat; Ainfi puifqueles
ailig-iats ne représenteront dans la circulation & juf-
qu'à ieurcxtin&ion, que les lettres-de-change qu'ils y
remplaceront, l'on doit refter raflliré.fur les effets de
ce papier; ils ne pourront en effet donner dans toutes
les probabilités-calculables que les mêmes réfultats qui
ont déjà été les produits de toutes les lettres-de-change
auxquelles l'on va fubftirner momentanément les affi-
gnats.
(1) Voyez le Difconrs du Sieur Gouget, du 13 Août, pages i
t-j Se. 18.
y a cette différence entre l'afTignat &
que l'époque & la place où cette dernière eft acquittable font encore
Il la merci de certaines chances & de certaines craintes au lieu cvu'il
n'en eïiite aucune dans l'acquittement des aflîgnats.
(3) Page i du Mémoire du Miniftre des Finances,

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