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EXPOSÉ COMMÉMORATIF
De la Vie, des Funérailles et des Bienfaits
DE
NÉE
ELISA HAUMONTÉ ,
MEMBRE DU CONGRÈS SCIENTIFIQUE DE FRANCE ET DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE
-D'ARCHÉOLOGIE,
ÉPOUSE DE M. PAILLOUX, DOCTEUR EN MÉDECINE DE LA FACULTÉ DE PARIS,
CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR,
MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES
ET MAIRE DE LA COMMUNE DE SAINT-AMBREUIL (SAÔNE-ET-LOIRE).
PARIS
IMPRIMERIE CENTRALE DES CHEMINS DE FER
DE NAPOLÉON CEAIX ET Ce,
Hue Bergère, 20 près du boulevard Montmartre,
1864
EXPOSÉ COMMÉMORATIF.
Le 5 juin 1864, Mme Pailloux, qui partageait avec
son mari son temps en voyages instructifs, en fréquents
séjours à Paris, et en longues stations à Saint-Ambreuil,
où elle aimait à venir goûter le repos champêtre, fut
surprise, dans cette commune, par une attaque d'apo-
plexie à laquelle elle succomba le lendemain à 4 heures 1/2
du soir, malgré les soins empressés de son époux et ceux
de deux médecins distingués. Assistée à ses derniers mo-
ments des secours de la religion dont elle était profondé-
ment imbue, elle a terminé avec calme sa vie comme
elle l'avait passée.
A la nouvelle de sa mort, le conseil municipal informé
de ses libéralités en faveur de la commune et de l'église
de Saint-Ambreuil, chargea spontanément son secrétaire,
M. Moindrot, instituteur, de faire des recherches sur sa
vie et de prononcer un discours sur sa tombe, à titre de
reconnaissance, et pour ne pas laisser dans l'oubli sa mé-
moire.
Le 9 juin, la population, on peut dire entière, du vil-
lage de Saint-Ambreuil assistait à ses funérailles ainsi
qu'une foule d'habitants des pays voisins. Les coins du
drap mortuaire étaient tenus par M. l'adjoint au maire,
— 6 —
deux membres du conseil municipal et un membre du
bureau de bienfaisance; venaient ensuite son mari, M. Pail-
loux frère avec sa dame et quelques parents, les curés de
Sennecey-le-Grand, de Varennes-le-Grand, de Saint-Cyr
et de Beaumont ; le conseil municipal tout entier, la
Société des Chevaliers-de-l'Arc de Saint-Ambreuil , la
Société de secours mutuels de Saint-Cyr, ayant à sa tête
son zélé président, M. Passerat; l'école du village pré-
cédée de son petit corps musical ; les jeunes tilles de
l'école des soeurs de Varennes, ainsi que celles de Saint-
Ambreuil, toutes vêtues de blanc; les indigents du bu-
reau de bienfaisance, qui se sont fait un devoir de veiller
son corps jour et nuit pendant trois jours. Cette cérémo-
nie, comme l'expose le Courrier de Saône-et-Loire, journal
de la localité, en reproduisant le discours prononcé sur sa
tombe, avait un caractère touchant et particulier : c'était
de voir une foule nombreuse, défilant par un temps ma-
gnifique, une couronne à la main, à travers le charmant
jardin de M. Pailloux, pour y accompagner le corps de
la défunte jusque dans une chapelle sépulcrale, admirable
crypte rustique ombragée qui fut après l'enterrement litté-
ralement jonchée de couronnes de fleurs.
L'oraison funèbre ci-après a été prononcée du haut
de la terrasse de ce monument, au nom du conseil mu-
nicipal, par le secrétaire dé la mairie :
« MESSIEURS, .
» Chargé par le conseil municipal de prendre la parole
» en son nom en cette triste circonstance, je ne me pré-
» sente à vous qu'avec timidité, convaincu de mon inha-
— 7 —
» bileté, et ce n'est qu'en sollicitant votre indulgence que
» je me décide à vous esquisser à grands traits la vie si
» digne, si exemplaire de la personne vénérée que nous
» pleurons.
» Mme Pailloux est née en Champagne. Un grand malheur
» vint la frapper dès les premiers moments de son exis-
» tence; elle ne connut jamais les douces caresses d'une
» mère, car elle perdit la sienne en naissant. Mais, comme
» compensation, la Providence lui avait donné le père le
» plus tendre, le plus affectionné, le plus dévoué.
» Placée par lui dans un des premiers pensionnats
» de Paris, elle y acquit bientôt des connaissances éten-
» dues et variées ; elle y puisa les qualités précieuses et
» les solides principes de vertu qui la rendirent si chère
» à son époux, et la firent estimer et aimer de tous ceux
» qui vécurent dans son intimité.
» De riches prétendants briguèrent sa main, mais son
» bon jugement et son inclination lui firent préférer un
» homme de science.
» Plus tard, avec ce mari de son choix, toujours avide
» d'apprendre, elle parcourait à peu près toute l'Europe,
» visitant les capitales, les villes manufacturières et les
» sites remarquables, pour agrandir la sphère de ses con-
» naissances à cette grande école des voyages.
» C'est ainsi que nous la trouvons en Espagne, en Ir -
» lande, dans l'Ecosse aux sites pittoresques ; que nous
» la voyons visiter les antiquités de Rome, les ruines de
» Pompeïa et d'Herculanum, les cascades de Tivoli, etc.
» Vous dirai-je qu'elle était courageuse, je pourrais dire
» intrépide, jusqu'à, suivre son mari sur les plus hautes
» montagnes, sur les sommets les plus inaccessibles, sur
» les glaciers, jusqu'à descendre dans les mines pro-
— 8 —
» fondes de Hallein et de Berchtesgaaen en Allemagne,
» où elle fit un véritable voyage souterrain à travers
» mille difficultés singulières pour explorer l'intérieur de
» la terre comme sa superficie, jusqu'à descendre dans le
. » cratère du Vésuve, non pas sans périls dans le mo-
» ment.
» Et ce courage admirable ne s'est jamais démenti,
» même dans ses indispositions les plus graves.
» Pour être appréciée, elle avait besoin d'être vue, pra-
» tiquée dans l'intimité, tant sa modestie était grande.
«Elle cachait son esprit et ses connaissances avec le
» même soin que, d'autres mettent à les faire paraître.
» Il suffira de vous dire, pour vous donner une juste
» idée de son mérite, que le congrès scientifique de
» France et la Société française d'archéologie l'avaient
» admise au nombre de leurs membres.
» Enfin, cette noble dame a couronné sa vie par de
» grandes et belles oeuvres qui éterniseront sa mémoire
» et celle de son mari, dont elle était fière de porter et
» d'honorer le nom, aux goûts duquel elle s'efforçait de
» se conformer, en suivant des cours de botanique, d'ar-
» chéologie, etc., dès le lendemain de son mariage.
» Vivement frappée des besoins et des misères du
« pauvre, elle a, par ses dispositions testamentaires, légué
» des sommes considérables destinées à subventionner et
à fixer un médecin dans notre commune; à fonder une
» école de filles qui sera dirigée par des soeurs ; à fonder
-» un asile pour les invalides de l'agriculture.
» Enfin, elle a assuré à notre église une rente annuelle
» importante.
» D'autres, mieux que moi, vous diront ce qu'elle a
—9 —
» été à Paris pendant les temps de révolution et d'épi-
» démies.
» Tant de générosité ne pouvait manquer de toucher
» vivement les habitants de ce'village; aussi 'voyez
» comme ils se pressent autour du tombeau dé leur bieii-
» fàitrice; voyez comme ils le" jonchent de couronnes de
» fleurs, comme leur reconnaissance éclate et aspire à
» s'élever à la hauteur dés bienfaits.
» N'oublions pas, Messieurs, son digne époux, qui l'a
» amenée parmi nous. Tâchons de calmer sa douleur en
» l'entourant de toute notre affection. Ne l'avons-nous
» pas déjà jugé à l'oeuvre, comme maire de notre com-
» mune? Par là, nous remplirons, n'en doutons pas, tous
» les voeux de notre bienfaitrice.
» Et maintenant, avant de quitter cette tombe vénérée,
» je m'écrierai, certain d'exprimer les sentiments de la
» multitude qui se presse ici :
» Adieu ! noble et généreuse femme qui avez si bien
» su discerner ce qui manque à notre laborieuse et pauvre
» population, et dont le coeur compatissant s'est ému à
» la vue de ses besoins et de ses misères! Votre mé-
» moire ne s'effacera jamais de notre esprit; nous la
» transmettrons à nos descendants, qui vous béniront à
» leur tour. Nous viendrons souvent visiter ces* lieux où
» reposent vos restes vénérés !... Adieu... adieu !»
Le dimanche suivant, M. Bourdon, vénérable curé de
la paroisse, a su faire partager à son auditoire sa pro-
fonde émotion en lui exposant les pensées suivantes :
— 10 —
« Mes très-chers frères,
» Veuillez un instant me donner votre bienveillante
» attention.
« Je ne viens point vous faire un discours; je veux
» tout simplement vous communiquer quelques pensées
» que je crois de mon devoir de vous exposer comme
» pasteur de l'église de Saint-Ambreuil, reconnaissante
» d'un grand bienfait qui se continuera dans la suite
» des âges.
» Ce que je- vais vous dire ravivera sans doute une
» douleur profonde. Je le regrette de tout coeur, mais la
» bonne intention viendra la tempérer.
» Les belles paroles que vous avez entendues sur
» Mme Pailloux, jeudi dernier, à la suite de ses funé-
» railles auxquelles vous avez assisté, sont encore pré-
» sentes à votre souvenir. Vous les avez goûtées, vous
» les avez renfermées dans votre âme; qu'elles n'en sor-
» tent jamais ! Ces paroles, je ne veux point les répéter,
» ce n'est pas ma tâche. Elles ont eu et elles auront
» leur écho. Je viens seulement comme pasteur, comme
» directeur des bons sentiments, en tirer les conséquences
» pratiques.
» Un immense bienfait, mes chers frères, appelle une
» immense reconnaissance. Vous l'avez ainsi compris;
» ne l'oubliez jamais! Vous l'avez compris : aussi, je
» m'empresse de vous dire que j'ai vu avec une douce
» satisfaction toute la population venir avec empresse-
» ment donner à Mmo Pailloux, pendant qu'elle a été
» exposée dans son habitation, un souvenir, une larme,
» une prière. Il nous faut des moyens pour rendre nos
- 11 -
» pensées, nos sentiments. Le parfum des fleurs que
» vous avez déposées sur sa couche funèbre était bien,
» n'est-il pas vrai, mes chers frères, l'expression ou
» plutôt le symbole de vos coeurs émus et reconnais-
» sants?
» L'empressement du mardi et du mercredi a redoublé
» le jeudi. Vous étiez tous à la sainte messe, célébrée
» pour le repos de son âme, aux dernières prières épan-
» chées sur sa tombe : c'était votre devoir ; vous l'avez
» compris, vous l'avez accompli; la reconnaissance
» mêlée à l'affection vous a conduits. Je vous en félicite.
» Vous l'avez vu dans votre vie : la fleur s'ouvre à la
» rosée, à la chaleur du soleil; ces jours passés, c'est-à-
» dire mardi, mercredi, jeudi, vos âmes se sont ouvertes
» à cette grande pensée, qu'un immense bienfait appelle
» une immense gratitude. Ne n'oubliez jamais! non, ja-
» mais !
» On aime, mes chers frères, à posséder les restes des
» personnes qui se sont fait un nom ; c'est une satisfac-
» tion, à mon avis, et ainsi l'ont toujours pensé les
» grandes âmes. Les personnes les plus dignes d'admira-
» tion, de sympathie, d'affectueux souvenirs, sont celles
» qui consacrent leur vie au bien-être de l'humanité :
» telle est Mme Pailloux, que nous appellerons désormais
» la bienfaitrice de la paroisse. Ce sera désormais son
» nom.
» Nous devons donc nous estimer heureux de posséder
» les restes mortels de celle qui a pensé à notre église, à
» nos pauvres, à tout Saint-Ambreuil. .
» Cette dame pouvait demander à être inhumée à
» Paris. Il n'en a pas été ainsi; poussée par une pensée
» d'affection délicate, elle a voulu rester parmi nous,
- 12-
» parce qu'on n'est jamais mieux qu'au milieu de ses
» enfants, et elle a adopté l'église et les pauvres. Elle a
» voulu par la présence de ses restes mortels vivre plus
«profondément dans nos, coeurs, et par là avoir nos
» .prières, l'arôme des chrétiens.
» Mes chers frères, nos prières ne lui. feront point dé-
» faut , elles s'élèveront pour elle vers le ciel. Nous ferons
» plus : nous apprendrons aux enfants son nom, qui
» maintenant est synonyme de'bienfaisance, de charité;
» nous apprendrons aux enfants ce qu'elle a fait pour
» nous, et de génération en génération, un souvenir de-
» vant Dieu, une gratitude affectueuse, se perpétueront
» pour elle à Saint-Ambreuil. Oh ! il en sera ainsi, mes
» chers frères, votre bon coeur m'en donne la certi-
» tude.
» Je vous engage tous, vous surtout qu'elle a adoptés
» plus spécialement, à vous rendre de temps à autre
» près de sa tombe pour y prier. Vous y serez toujours
» bien accueillis. Cette démarche ravivera votre recon-
» naissance, elle sera comme un printemps pour votre
» âme ; l'âme, comme la nature a besoin de se revivi-
» fier.
» Les dispositions de Mme Pailloux, mes,chers frères,
» ont été élaborées, mûries , décidées conjointement avec
» M. Pailloux; l'oeuvre de Mffie Pailloux est l'oeuvre de
» M. Pailloux. Il la continuera et la perfectionnera, je le
» sais ; je dirai plus, je le sens, dans' l'intimité de ! mon
» âme, et je vous l'annonce avec joie.'Accueillez cette
» bonne nouvelle! qu'elle dilaté votre coeur.
» Vous comprenez toutes:ces choses. Aussi, mes,chers
» frères, j'en suis convaincu, nous nous.montrerons.tous,
» à l'égard du respectable chef de notre autorité civile,
— 13 —
» reconnaissants du bien que nous a fait madame son
» épouse, bien auquel il a participé et dont, il est h'eù-
» reux ; et par notre affection, notre respect, nos attén-
» tions, nos prévenances, nous allégerons sa douleur,
» nous soutiendrons les ans (puissent-ils être nombreux !)
» les ans.que la divine Providence voudra bien nous le
» conserver. Prions tous Dieu à cette intention.
» Un grand bien se fera dans notre localité : n'en
» oublions jamais la source !
» Que Dieu, dans sa bonté, donne la paix, à la bien-
» faitrice de notre église, de nos pauvres, de toute la
» paroisse!
» Que Dieu soutienne et.console celui qu'elle laisse dé-
» sole dans l'exil d'ici, bas !.
» Telles sont, mes, chers frères, les pensées que je de-
» vais vous manifester; faites-les connaître dans vos
» familles, et qu'il n'y ait qu'un cri parmi nous : bon
» souvenir, affection, reconnaissance aux bienfaiteurs de
» Saint-Ambreuil.
» Saint-Ambreuil, 12 juin 1864. »
En outre, le bon curé, par les charmants vers acrostiches
qui suivent et qu'on peut lire dans la chapelle sépulcrale,
a célébré, au nom de la commune, les vertus et les bien-
faits de la défunte :
SAINT-AMBREUIL A Mme PAILLOUX.
M Elisa, parmi nous régnera ta mémoire:
_ Le temps qui détruit tout, respectera ta gloire.
_ Il n'y a rien de stable ici-bas que le bien :
Sa bonté vit toujours, sa force ne craint rien :
Ainsi tu l'as compris, du Seigneur inspirée.