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F. Aubry, au peuple français et à ses collègues composant le Corps législatif

De
32 pages
impr. de Lacroix (Paris). 1795. France -- 1792-1795 (Convention nationale). 32 p. ; in-4.
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A
F. A U B R Y,
ÀU PEUPLE FRANÇAIS
4
E - ES COLLÈGUES
- ':. E S.. COL L E GUE S
-.tJ d
a lt- -
T LE CORPS LÉGISLATIF.
C IT OYENS,
J'ÉTOIS loin de prévoir que j'aurois un jour à dtf.'nJ re
- ma conduite , et mes opérations comme Membre du Comité
de Salut Public.
J'avols toujours cru qu'il devoir sufifre de tout soumettre au
Comité, de ne rien arrêter sans son assentiment, de donner à mon
travail cette publicité rassurante qui - disïîppe tout soupçon ,
( 2 )
d'admettre sans. distinction aux secours de mes recherches le
demandeur timide et sans pouvoir , comme le Solliciteur in- -
triguant qui uni; HpUe ses prétentions eu raison deses succès, pour
ne pas redouter dans l'enceinte des loix tes eJFbrts de ces hommes
pour qui la dén-onGiation est un besoin , la destruction une
ha bitude., et la perte de leurs égaux le seul triomphe auquel
ils Mais puisqu'enfin ma cruelle destinée trompe mes
espérances , et que je. me vois une seconde fois au nombre
de ces victimes qu'on met en avant pour donner le change
sur les évé nemens , je vais prouver que si, par la logique des
ty rans , je pouvois être coupable de-tout ce que la calomnie
et la fureur de nos derniers dominateurs mettent sur mon
com pte , le Comité tout entier le seroit comme moi. Je devois
m'attendre à cette justice de sa part , lorsque par la prus
insigne mauvaise foi , on a dénaturé et mes attributions , et
mes opérations comme membre du Comité ; lorsque pendant
le tourbill-on de la réaction dans laquelle nous avons passé , on
ne cessoit de venir à la tribune faire des rapports méchamment,
et artificieusement dirigés contre tout ce qui s'est fait dans la
partie militaire avant le génie qui plane aujourd'hui sur tous
ses meuvemens , et l'esprit régulateur qui instrumente son
organisation. Nous verrons dans peu ce qu'aura produit l'esprit
de changement qui domine dans cette partie : nous examinerons
à notre tour les détails et les résultats de tout ce qu'il aura fait,
et par un exact rapprochement , je mettrai le Public à même
de juger de quel côté est la bonne foi. *
En attendant , je vais me défendre du passé et du présent
avec les armes de la vérité toute entière ; on trouvera peut-
être que j'en dis trop , mais tyrannisé comme je le suis pair
(3)
A 2
les plus absurdes dénonciations , mes malheurs me font une
loi de tout dire , pour ne laisser aucune trace de l'odieux
qu'on a jeté sur mes opérations.
Je suis entré le i5 Germinal au Comité de Salut public ; j'y ai
remplacé Dubois-Crancé,qui n'étoit chargé que du personnel de
la guerre, c'est-à-dire >des nominations , des remplacemens, des
permissions , des congés et de la partie administrative. A cette
époque nous avions huit armées en pleine activité; on en confia
les mouvemens, les approvisionnemens et la surveillance à quatre
de mes Collègues , membres du même Comité - les armées du
Nord , de Sambre et Meuse et du Rhin furent le partage de
Gillet; l'armée des Alpes et celles d'Italie furent confiées à
Laporte" ; celles des Pyrénées Orientales et Occidentales à
Lacombe-Saint-Miehel ; enfin toutes nos forces dans la Vendée
à Lesage. Cette organisation dura un lnois', au bout duquel
Threilhard remplaça Lesage pour la Vendée , et Gillet fut
-chargé de toutes les armées. Pour moi , mon attribution fut
toujours la même. Ainsi , pour être juste à mon égard , il
faut examiner ce qui s'est fait dans cette partie ,s et- c'est
ce dont je vais vous entretenir, sans pour cela n'omettra rien
de ce qui peut tendre à ma justification.
Je combattis dans le temps ce partage des armées comme
contraire à la centralisation des pouvoirs si nécessaire à
l'activité , à l'uniformité et à l'ensemble de leurs mouvemens,
d J ,. ,1 l *
- de leurs opérations et de leurs approvisionnemens en tout
genre. Je fis remarquer que chaque partie s'isoleroit et forme-
roit des prétentions tout-à-fait indépendantes les unes des
autres ; j'ajoutai que par la marche naturelle de l'esprit hu-
mdin, chacun voudroit primer dans sa partie, sans s'inquiéter
(4)
Qd. sort , ni des besoins Ge.) autres, et qu'al ors l'unité d'inten-
tion deviendroit nulle , par le défaut d'unité d'action. Pavois
le droit , je pense , el:. faire- ces observations; elles- n'eurent
pas de succès , et je cédai à la majorité.
Le plan de campagne avoit été définitivement arrêté par nos
prédécesseurs ; il a ppartenoit sans doute à mes quatre Colle-
gues qui t c,, les armées de se faire rendre compte,
HHicua dans sa partie-, de tout ce qui devoit s'y exécuter. Je
présume que cela a été fait, mais ce que je puis affirmer, c'est
que j\.i été trois mois au Comité sans en entendre parler. J'en
excepte, cependant les opérations de la Vendée, sur lesquelles
l .-.., h d 1. > » d" ",
: le Comité HIe- c hargea de lui présenter un projet d'arrêté-
Ce fut le iei. Prairial que je fis cet arrêté au milieu du
tumulte des factieux qui assiégoient et menaçoient l'Assemblée.
Cet arrêté existe en original dans les cartons du Comité ; on
C~~t tifl'êté exi~te en original dans les .cartan;:; du COlnité; on
peut l'examiner , et on y recopnoîtra de nouvelles dispositions
(jfti pendant long-temps nous ont fait marcher de succès en
succès dans cette partie.
Je reviens à mon attribuiion particulière. Vos principes alors
étoient de régulariser toutes vos mesures , de réparer les injus-
tices , et de faire oublier tout ce qu'on pouvoit reprocher à la
tyrannie qui vous avoit dominé. La partie qui m' étoit coniiée,
étoit peut-être de toutes les branches du" Gouvernement celle
qui fournis soit le plus de victimes , c'étoit celle aussi sur
laquelle s'étoient encombrés tous les abus de l'anarchie. Des
milliers d'officiers avoient été jetés dans les prisons; on les
avoit livrés sans pitié aux tourmens et aux horreurs de la plus
affreuse misère. On leur avoit pris leurs malles , leurs che-
vaux et leur équipage qui faisoient toute leur fortune j dans
(5)
le- nombre;, il. y en avoit beaucoup qui avoient fait les cam-
pagnes de 1792 et 1793. Leurs emplois avoient été donnés
sans mesure pour le nombre , sans égard pour les services ,
sans distinction pour les talens , sans intérêt pour l'économie
de nos finances) sans calcul pour le succès de nos armées
et de leurs iiuuveiiiens : je pourrois prouver qu'il j a npmbre
d'officiers qui dans un mois , et même huit jours, ont franchis
jusqu'à deux ou trois grades pour arriver à celui de Général
de brigade , ou Général de division. C'est ce torrent d'abus
qu'il falloit arrêter avec précaution"; plusieurs décrets m'en
ont fait un devoir , et je l'ai rempli , comme je le prouverai,
avec tous les ménagemens que les circonstances pouvoient exi-
ger. Je me suis d'abord occupé des victimes , et c'étoit dans
vos intentions , car a cette époque vous vouliez rendre à la
République les talens qu'on avoit écartés ; vous vouliez être
justes , et c'étoit l'être que de rendre la liberté et à leur état
des Citojens dont les tyrans avoient redouté les lumières, et
méconnu les services.
La loi du i3 Prairial sur les officiers réintégrés vous fut
présentée par mon organe ; elle conciiioit et la justice que vous
leur deviez, et la juste économie que vous devez apporter dans
la dispensation des récompenses militaires. Ce fut à peu-près
à cette époque que vous renvoyâtes au Comité le travail sur
les états majors qui vous avoient été présentés par Dubois-
Crancé. C'est-là la source de toutes les persécutions que
j'éprouve j c'est le talisman de mes lâches dénonciateurs ,
c'est dans ce travail qu'ils puisent à longs traits le venin de la
calomnie et des plus absurdes dénonciations ; c'est sur ce
tableau , où leur nom ne figure pas , qu'ils ne voient que d'an-
(6)
ciens valets de cour , des nobles, des royalistes, des chouans
-
etc. etc., c'est parce qu'on en avoit fait disparoître quelques
créatures de ces anciens prôneurs de la tyrannie , qu'ôn déli-
gure sans vérité et sans mesure ce que la loyauté, la franchise
et les meilleures intentions ont cherché pour composer les
*
état-majors. :
J'aurai à vous prouver, d'abord , si ce qu'on vous a dit sur
ce choix est vrai ; j'aurai à vous faire connoître la part que
j'ai eue à ce travail si calomnié ; j'aurai enfin à vous convaincre
que si Un gran d nombre d'officiers se sont trouv é s sans em p lo i ,
que SI ún gran l ü. t)IHClcrs se sont t~ouves S3ns elnp 01",
c'est parce que les loix en limitaient le nombre sur les besoins
réels de nos armées , et non sur l'ambition de quelques indi-
vidus'qui tournent au gré du parti qui domine.
Mais pour classer les objets comme ils doivent l'être , je dois
auparavant vous entretenir de mes opérations dans les journées
des 3 et 4 Prairial, et jours suivans, journées que les factieux
* "">
de toutes les époques dénaturent aujourd'hui pour corrompre
l'opinion publique , et par ce moyen qui leur est familier ,
trouver des bras prêts à exercer leurs vengeances particulières,
à servir leur dangereuse ambition, et à insurger au besoin le crime
contre la vertu. Le triomphe de l'imposture disparoîtra sans doute
par degrés devant la Constitution à laquelle le Peuple français
vient de se soumettre. Il appartient âmes persécutions - de me
donner le courage d'être nn des premiers à porter un trait de
lumière s.ur ses derniers progrès , et je vais le faire avec le
sentiment du devoir que m'impose le caractère que j'ai dans
votre enceinte.
Le 2 Prairial à midi , cinq ou six sections du nombre de
celles qui étoient restées fidèles à la Convention le 12 Germi-
( 7 )
nal et le Ier. Prairial , vinrent entourer l'Assemblée pour la
garantir -et la défendre. Instruit que les faubourgs s'assem-
bloient pour venir faire de nouvelles tentatives contre la re-
présentation nationale , je proposai au Comité de profiter du
zèle et du courage des sections qui nous entouroient pour les
faire marcher, à l'effet d'empêcher ce' nouveau rassemblement
et s'opposer à leur approche, enfin de procéder de suite à leur
désarmement ; on ne crut pas au danger tel qu'il étoit, et on
rejeta ces propositions comme trop violentes. A trois heures
les faubourgs arrivèrent , et à l'instant tout fut pêle-mêle,
avec le caractère de la fureur peinte sur toutes les figures..
Jamais danger pour l'assemblée ne fut plus évident , et son
salut n'est dû qu'à des hazards que fournit la multiiude miie
sans ordre-et avec un mélange de craintes et de vengeances.
Tout se passa en provocations , en menaces , en bravades)
et enfin sur les dix licures du soir tout se retira de lassitude.
Le lendemain 3 , à deux heures , je fus nommé directeur
de la force armée avec Delmas et Gitlet.
La journée du 12 Germinal qui failli coûter si cher à la
Convention , m'avoit démontré la nécessité d'avoir au besoin
des troupes prêtes à seconder le zèle et le courage des sec-
tions qui l'avoient défendue. Je vins au nom du Comité, de
Salut public proposer un décret tendant à lui permettre de
faire approcher les troupes dans un ravon moindre de dix
lieues. Il fut adopté , et dès-lors j'expédiai par des courriers
extraordinaires l'ordre de faire marcher sur les environs de
Paris les forces disponibles- , je les cantonnai par échelons
de manière à avoir ici dans deux heures à peu près douze
cents hommes de cavalerie, et dans deux: jours , plus ou moins,
quatre à cinq mille hommes d'infanterie.
(8)
Il y avoit plusieurs jours que ces dispositions étoient exé-
cutées , lorsque l'insurrection du ier. Prairial se manifesta ,
- ,
aussi fut-on très-effrayé et très-étonné de voir arriver de toute
part dans la nuit la cavalerie dont nous avons tiré un si bon
parti. -
Je reviens à mes fonctions , comme directeur de la force
armée : nommé à deux heures , a trois j'expédiai des courriers
extraordinaires pour faire arriver les troupes à la Plaine des
Sablons j à huit je conçus le projet d'un coup de main sur ta
faubourg Saint-Antoine, pour enlever les canons des sections
qui le composent. Comme je m'occupois des moyens d'exécu- ,
tion , plusieurs de mes Collègues ardens , méfians et soup- -
conneux: dans le danger , gênoient et traversoient la célérité
de mes mesures , les uns par des menaces , les autres par de
fausses terreurs,, ou d'infidèles renseignemens , quelques-uns
par des propositions inadmissibles , un autre en me mettant
brusquement le tranchant de sa main sur le col, me dit : « lu
» auras le cou coupé pour avoir fait venir des troupes ». -
C'est à travers de toutes ces contra dictions que dans la nuit
C'est à travers de toutes ces contradicliqns qu~ dan¿ ~a Duit
du 3 au 4 je suis parvenu à faire faire aux Commissions exe-
cutives des prodiges d'aefiviié : hommes , chevaux , canons ,
fusils , cartouches > subsistances , tout fut prêt à marcher entre
deux et trois heures du matin. La jeunesse , dite de Fréron à
cette époque , se signala par son zèle , son courage , sa sou-
mission et sa persévérance. C'étoit un spectacle bien rassurant
pour la chose publique et pour moi, que de la voir sans cesse
encouragée et animée tantôt par Talien , tantôt par Fréron ,
l'un et l'autre passant dans les rangs et regardant le zcle de ces
fidèles défernseurs de la représentation nationale , comme le
produit ,
( 9 )
D
produit de leurs moyens et l'effet de leur influence. Que ne Ici
avez-vous entendu comme moi s'écrier dans mon bureau avec
un respectueux enthousiasme ; « Voila cependant les hommes
1 » qu'on -dit royalsstes , cela fait pitre , quand la, jQonyention
9 saura s'y prendre , elle fera de cette jeunesse ce qu'elle
» voudra ».
■ Que les temps sont changés ! ou pour mieux dire les hommes.
Si ce qui s'est passé ne sufrit pas pour expliquer cette énigrne,
l'avenir achèvera de convaincre les incrédules.
Toutes les mesures prises , tou; les moyens d'exécution
arrêtés avec le général Kilmaine , qui commandoit l'expédi-
tion , je signai vers les trois heures du matin l'ordre de mettre,
la (olonne en marche } - mon Collègue Gillet venoit de monter
au Comité; il y avoit trouvé notre Collègue Rabaut-Pommier
qui lui avait dit que le Comité n'approuveroit point notre>
ex.pédition ; il étoit en cet instant séparé , et le décret de notre
création portoit qu'il fallpit lui rendre compte de nos mesures
Gillet refusa de donner sa signature avant d'avoir consulté le
Comité ; j'insistai en vain auprès de lui pour le décider , il
fallut envoyer chez les membres du Comité , ét ce fut Tallien
qui se chargea de cette ambassade ; il revint une heure après
nous rapporter que plusieurs membres du Comité lui avoient
dit qu'en effet ils n'approuvoient point nos mesures : Gillet
persiste dans son refus , le temps se perd , la colonne s'agite
d'impatience et se lasse par l'incertitude ; nous avions déjà
perdu près' de deux heures , et ce retard compromettoit le
succès de notre expédition. Cependant les circonstances étoient
telles qu'il falloit ou marcher ou voir s'évanouir et no, forces
et leur zèle : dans ce cruel embarrasse me décidai à prendre
(-10 )
tdnt sur moi, et ce f!lt alors seulement que Gilléf se décida
à signer ; la colonne partit vers le-s cinq heures du malin, ih^Is
le faubourg a voit eu le temps d'être averti, et cette première
tentative n'eut ïii succès ni suite fâcheuse. Je. fm instruit vers
les sept heures que la colonne se replioit , je lui donnai
ordre de s'arrêter sur le boulevard à la hauteur de la rue
Montmartre , pour empêcher l'approche du faubourg , et en
même temps je fis occuper le Pont-Marie par une autre colonne v
pour s'opposer à la jonction du faubourg Saint-Marceau avec le
faubourg Saint - Antoine ; j'envoyai successivement dans le jour
d'autres petites colonnes pour renforcer ces deux points. A di£
heures je me décidai à l'attaque générale du faubourg Saint-
Antoine y car il falloit en finir , et cela ne pouvoit se faire
qu'en extirpant ses moyens de force et de résistance que les
factieux remuoient à leur gré; je me concertai aussi-tôt avec
le Général en chef pour que cette grande -opération s'obtint.,
autant que passible, sans effusion de sang , car la vie des
Citoyens égarés , et même révoltés 1 est un dépôt de la
société t qu'on ne doit violer qu'avec les ménagemens- qu'im-
posent la justice et l'humanité. J'ordonnai tous les préparasifs
d'un grand appareil de force, -espérant obtenir par la crainte"
ce que je répugnois d'avoir par la violence. Vers les six
heures du soir , je mis en marche environ quarante mille
hommes sur quatre colonnes , et dans une heure tout le fau-
bourg Saint-Antoine fut investi et bloqué.
J'avois remis au Général en chef une sommation ferme et
menaçante pour être communiquée aux Comités civils ; tous les -
développement faits , toutes les positions prises , elle leur fut J
signifiée avec ordre de s'y soumettre dans un quart - d'heure ,
( II )
B 2
sous peine de voir agir contre les habitans du faubourg les
forces qui l'entouroient. Aussi-tôt les habitans se soumirent ,et
li vrèrent les principaux chefs de la révolte qui dur oit depuis
trois jours ; j'ordonnai sur-le-champ le désarmement général,
et je laissai une forte garnison pour observer le faubourg, et
lui rendre la tranquillité.
Ainsi se termina cette journée qui, quoi qu'on en dise, fera
époque dans la révolution , car c'est à elle que nous devons là
disparution totale de la Constitution de 1793 , ouvrage de vos
tyrans , pour lequel , quelques jours auparavant, on étoit venu
signifier à la Convention l'impérieuse obligation de produire
des loix organiques pour le 21 Prairial.
- Je ne vous rappelle ce service rendu à mon pays que pour
mieux caractériser les débris de l'ilnposture dont on se sert pour
attaquer mes opérations.
- Cette victoire étoit donc grande pour la liberté ; elle l'étoit
également pour l'humanité , puisqu'elle n'avoit pas coûté une
goutte de sang. C'étoit à notre prévoyance à en tirer tout l'avan-
tage dont elle étoit susceptible ; aussi le lendemain nous fîmes -
disparoître toutés les piques , nous sommames les sections re-
belles de li vrer leurs canons, et successivement toute les sec-
tions remirent les leurs. La Gendarmerie des tribunaux, ainsi
que la vingt-neuvième division vous furent infidèles, et elles
furent licenciées sur notre proposition : nous ordonnâmes sur-
le-cnamp l'évacuation de l'Arsenal de Paris , enfin tout fut prévu
pour ne plus éprouver de secousses dangereuses , ou tout au
moins pour a-voir à notre disposition une force réprimante, capa-
ble de triompher de toutes les tentatives : c'est pourquoi je for-
mai le camp sous Paris, pour balancer les forces qui s'y orga-
( 12 )
nisoient par l'effet de la victoire que nous venions d'obtenir.
Ainsi, tout ep fortifiant la garde nationale de Paris par une-
organisation régulière , nous lui extirpions ses principaux
moyens, en lui retirant ses canons, et nous fixions à une dis-
tance très-ranprociiée de Paris , un noyau d'armée prêt à faire-
contre-poids dans la balance.
J'en appelle ici , non à mes /dénonciateurs de mauvaise foi,
doat je dédaigne les suffrages, mais à vous tous mes Collègues v
hommes de bien qui ne cherchez que la vérité, que l'enthousiasme
peut égarer, que l'irritation peut agiter , mais que la justice ra-
mène ; j'en appelle, dis-je, à votre mémoire, à vos consciences,
et je leur demande , si toutes ces prévoyances , si toutes ces me-
sur escalculées sur des événemens qui étoient dans l'ordre pos-
sible, n'ont pas décidé le triomphe de la Convention du 13 Ven-
demiaire. Eh ! si cette justice pouvoit in être refusée dans cette
enceinte , je la retrouverois sans doute au tribunal de l'huma-
nité ; car si les moyens de force avoient été partagés , que de victi-
- mes de plus offertes à la ré volution , que de hazards dangereux
la- li',)ert-. eut courrus , que de. sacrifices Nouveaux il eût fallu
faire , et pour dire-tout enfin vous ne seriez peut-être pas ici.
Je viens de soulever un coin du voile dont on couvre mes
.opérations 3 il me reste à le déchirer tout entier, en ache--
vant de parcourir mon travail comme membre du Comité
de Salut public.
Citoyens, quelque soit le dégoût que vous éprouviez en fixant
encore votre attention sur le travail des états-majors dont,
depuis quelque temps , on vous a entretenus jusqu'à la satiété.,
vous me devez ce sacrifice, puisque c'est-là qu'on apperçoit
toutes les vues contre-révolutionnaires qu'on me soupçonne.

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