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Arthur- BRETON
LE GARDE FORESTIER
EStiicle monographique
a- ÉDITION
1867
Arthur- BRETON
LE GARDE FORESTIER
Etude monographique
2" EDITION
1867
PREFACE
SONNET
J'ai voulu, pour faire une étude
Du Garde avec conviction,
Pénétrer dans la solitude
Où s'exerce son action.
J'y vis, loin de la multitude,
Cet homme à l'humble mission
Prendre aux chênes une attitude
De force et d'élévation ;
Et tremper son gai caractère
Dans la philosophie austère
De la forêt, chère aux croyants.
C'est là que prenant mon modèle,
J'en ai peint le portrait fidèle,
Sur un fond d'arbres verdoyants.
LE GARDE FORESTIER
Tityre, tu patuloe recubans sub tegmine fagi,
Silvestrem lenui musam meditaris avenà.
VIRGILE.»
I.
Le jour, la nuit, toute l'année,
Hiver, été, par tous les temps,
Garde actif, toujours en tournée,
Je fais la guerre aux délinquants.
Sergent au premier de zouaves,
Médaillé pour un fait d'éclat,
Je fus admis parmi les braves
Gardes forestiers de l'Etat.
J'habite au milieu d'une gorge,
Loin du monde aux regards jaloux,
Un délicieux coupe-gorge,
Dans le voisinage des loups;
_ 6 —
Si l'un d'eux trop près de ma loge
Par les grands froids rôde en hurlant,
Le plomb qu'en plein coeur je lui loge
L'abat sur la neige, sanglant.
Aux abords en carré s'aligne
Mon jardin, vrai champ du bon Dieu,
Produisant blé, légumes, vigne,
Des fruits, des fleurs, — de tout un peu.
J'obtiens cent fagots, chaque année,
Plus huit stères de bois ; aussi
Gare les feux de cheminée
Quand l'hiver je rentre transi !
Le chapitre Herbes, glands, litières,
S'ajoute à mon budget direct;
J'en nourris trois vaches laitières
Et deux porcs — sous votre respect.
— 7 —
Ma liste civile est connue :
Réglée en douze mois courants,
Elle monte, après retenue,
A cinq cent soixante et dix francs.
Ni plus, ni moins. Que vous en semble?
Que j'ai grand'peine assurément
A mettre les deux bouts ensemble,
Grâce à tout renchérissement.
Or, la table étant peu fournie,
Ma femme, émule de Berchoux,
Qui voit confiner son génie
Dans l'éternelle soupe aux choux,
Me dit: — « Ta solde est si légère,
Qu'en dépit du roi Béarnais
Je fricasse, humble ménagère,
Au lieu de poules, des panais. »
— 8 —
— C'est une autre paire de manches ;
Mais comment mordre au mets d'Henri ?
Cette Poule-au-pot des dimanches :
Voeu touchant et sublime... au riz !
— « Quand de votre honnête existence
Le côté besoigneux ressort,
Vos chefs devraient avec instance
Tendre à vous adoucir le sort. »
— Dans leur sollicitude extrême,
Ils voudraient nous voir mieux dotés,
Mais le budget subit lui-même
D'implacables nécessités.
— « Tandis que chacun se soucie
Des courtisans et des cagots.
Vous, Gardes que nul n'apprécie,
Restez derrière les lugôls. »
— 9 — ■
— Juifs, vantards, faquins : beaux modèles!
Je dédaigne leur faux bonheur ;
Et, pauvres, nous restons fidèles
Aux lois rigides de l'honneur!
— « Oui, mais abstrait de sa nature,
L'honneur n'est pas un gagne-pain ;
L'honneur, c'est de la confiture
Qu'il faut tartiner sur du pain. »
— Quoi ! que notre dignité plie
Pareille à l'échiné d'un gueux?
Le chêne a la tête ennoblie
Du choc des aquilons fougueux !
— « Calme-loi... Je souhaite, en somme,
Que bientôt le Gouvernement
Puisse et daigne augmenter la somme
De voire faible traitement. »
2
— 10 —
— lion espoir, femme, et sers la soupe !
La soupe aux choux jamais ne nuit;
A table, enfants ; il faut qu'on soupe :
Je passe en forêt cette nuit.
II.
Contre une vieille au bois surprise
Coupant sa charge de brins morts
Passivement je verbalise,
Ferme, mais presque avec remords.
Rude forestier que captive
Le devoir sourd, impartial,
Je sens une larme furtive
Absoudre mon procès-verbal...
— H —
Mais au délinquant qui me brave
Je fais, morbleu ! baisser le ton,
En emmanchant, ancien zouave,
La baïonnette au mousqueton !
Pourtant mon arme peu brutale
Et d'assez doux tempérament
Cause au mutin, qui tôt détale,
Plus de peur que de mal, vraiment.
Il vient s'abriter sous le frêne
Bien des petits coeurs en délit,
Vers l'heure où Philomèle égrène
Ses perles dont le bois s'emplit :
0 lune, soupirs, feuille épaisse,
Baisers ! — Hum ! la répression
Des contrevenants de l'espèce
Sort de ma juridiction !