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Génie. Cours de construction pour les sous-officiers, rédigé à l'école régimentaire d'Arras, par MM. les capitaines Hallier et Rousset, sous la direction de Mr le chef de bataillon Noché,...

De
92 pages
impr. de Brissy (Arras). 1864. In-fol., 92 p..
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GÉNIE
G OU R S
DE.
CONSTRUCTIONS
POUR' LES SOUS-OFFICIERS
RÉDIGÉ A L'ÉCOLE RÉGIMENTAIRE D'ARRAS
PAR MM. LES CAPITAINES HALLiER ET ROUSSET
SOUS LA DIRECTION
DE M. LE CHEF DE BATAILLON NÔCHÉ
COMMANDANT DE L'ÉCOLE.
1864'
ARRAS
Typ. et Ijitli. d'A.lplioiise BEISSY, rue des Capucins, 33.
GÉNIE
f%TJRS N° ÎO'
CONSTRUCTIONS
POUR LES SOUS-OFFICIERS.
Ouvrages qui ont été consultés pour la rédaction de ce Cours :
TRAITE D'ARCHITECTURE, par • REYNAUD.
COURS DE CONSTRUCTION, par . . ■ SGANZIN.
COURS ÉLÉMENTAIRE DE MÉCANIQUE, par... . ■ • . DELAUiNAY.
AIDE-MÉMOIRE DES INGÉNIEURS, par CLAUDEL.
MÉMORIAL DE L'OFFICIER DU GÉNIE, etc., etc.
GÉNIE
COURS
DE
CONSTRUCTIONS
/^tg^-^LES SOUS-OFFICIERS
/.;;^'TRÉMGE A L'ECOLE RÉGIMENTAIRE D'ARRAS
PAR MM. LES CAPITAINES HALLIER ET ROUSSET
SOUS LA DIRECTION
DE M. LE CHEF DE BATAILLON NOCHÉ
COMMANDANT DE L'ÉCOLE.
1864 '
ARRAS
Typ. et Jjitli. d'Alphonse BEISSY, Rue des Capucins, 3 3.
1864;
1" LEÇON.
SOMMAIRE.
Matériaux employés dans les constructions.
Pierres. — Nomenclature des pierres employées dans les constructions. — Extraction
des pierres. — Qualités distinctives d'une bonne pierre à bâtir. — Pierres gelisses
ou gelives ; comment on peut les reconnaître. — Eau de carrière. — Pierres de
taille, blocs, libages, moellons bruts, smillés, piqués.
Briques. — Dimensions ordinaires. — Constructions auxquelles elles conviennent spé-
cialement.
Tuiles. — Carreaux. — Ardoises.
Chaux. — Caractères des pierres à chaux. — Classification des diverses espèces de
chaux. — Chaux hydrauliques artificielles. — Différents modes d'extinction. —
Leur influence sur les qualités de la chaux. — Conservation de la chaux.
MATERIAUX EMPLOYÉS DANS LES CONSTRUCTIONS.
Les matériaux dont l'emploi est le plus fréquent dans les constructions et dont il faut connaître les
propriétés principales sont : les pierres, les briques, les chaux, le plâtre, les sables, les pouzzo-
lanes, les bois (principalement le chêne et le sapin), et plusieurs métaux tels que le fer, le cuivre, le
zinc et le plomb.
DES PIERRES.
NOMENCLATURE DES PIERRES EMPLOYÉES DANS LES CONSTRUCTIONS. .— Les
pierres sont des substances minérales solides, incombustibles, non malléables, dont la densité est le
plus généralement supérieure à celle de l'eau.
Au point de vue de la composition, elles se divisent :
En pierres calcaires, — siliceuses, — argileuses, — gypseuses, — volcaniques.
Les pierres calcaires (pesanteur spécifique de 1,50 à 2,84) sont essentiellement composées de
— 6 —
chaux et d'acide carbonique, tantôt sans mélange, tantôt mélangées de silice et d'alumine. Elles font
effervescence avec les acides, ne donnent point d'étincelles sous le choc du briquet et se convertissent
en chaux sous l'action d'une chaleur suffisamment intense. On appréciera, en étudiant les chaux et les
mortiers, le rôle important des pierres calcaires dans les constructions. La plupart de nos grandes villes
sont établies à proximité de puissants dépôts calcaires.
Les pierres calcaires sont en général déposées par couches dans le sein de la terre.
Ce sont les pierres qui se rencontrent le plus abondamment à la surface du globe et qui sont le plus
utiles à l'art de bâtir. Ce sont elles qui, à dureté égale, présentent le plus de résistance à la rupture et à
l'écrasement. Presque toujours homogènes, elles sont en général faciles à tailler, se prêtent mieux que
toutes les autres aux formes les plus délicates de l'architecture et conservent sous le ciseau ces arêtes
vives et nettes qui contribuent à la beauté des édifices. Quelques-unes sont trop dures pour être em-
ployées dans les constructions ordinaires ; d'autres, au contraire, comme la craie, sont souvent trop tendres.
Les pierres siliceuses (pesanteur spécifique : grès 2,30, granit 2,60 à 2,90) ne font point efferves-
cence avec les acides et donnent en général des étincelles sous le choc du briquet. Ce sont, après les
calcaires, les pierres le plus fréquemment employées dans nos constructions.
Les granits, les grès et les meulières, en sont les plus utiles.
Le granit est composé de cristaux accolés de quartz, de feldsphath et de mica. Il s'emploie dans les
constructions auxquelles on veut donner de la durée et qui ont à subir des chocs : constructions à la
mer, murs de quai, dallages, etc. Les granits ne sont point déposés par couches dans le sein de la
terre. Presque tous cependant offrent deux directions, suivant lesquelles le débit en est plus facile.
Les grès sont des pierres composées de grains de sable siliceux réunis par un ciment siliceux /argi-
leux ou calcaire. Ils prennent le nom de poudings ou de brèches quand les grains en sont de fortes
dimensions, arrondis ou anguleux.Quelques grès peuvent être employés dans les constructions, mais ils
sont en général inférieurs aux calcaires.
Les grès durs fournissent d'excellents pavés:
Les meulières , ainsi nommées à cause de leur principal emploi, sont des pierres à structure trôs-
irrégulière. Elles ne peuvent être employées comme pierres de taille , mais elles donnent des moellons
très-durs, très-résistants, inaltérables à l'air, en un mot, de la meilleure qualité.
Les pierres siliceuses pures, quartz et silex, connues de tout le monde, ne sont employées qu'en cas
de nécessité, vu leur peu d'adhérence avec le mortier.
Les pierres argileuses ne font pas ordinairement effervescence avec les acides, ne donnent point
d'étincelles sous le choc du briquet et affectent souvent la texture schisteuse. Elles fournissent en général
d'assez médiocres moellons et s'emploient principalement sous formes de dalles pour, le pavage ou les
couvertures. Les ardoises sont des schistes argileux. Les carrières les plus importantes se trouvent aux
environs d'Angers. Nous verrons, au chapitre des couvertures, les conditions qu'elles doivent remplir.
Les pierres gypseuses (pesanteur spécifique de -1,90 à 2,30 ; chaux sulfatée de la minéralogie) ne
font point en général effervescence avec les acides et se laissent rayer par l'ongle. Ces pierres, tendres,
friables et déliquescentes pour la plupart, sont impropres aux constructions. Elles rendent cependant de
grands services à l'art de bâtir, car ce sont elles qui fournissent le plâtre dont nous parlerons plus tard.
Quelques-unes contiennent une petite quantité de carbonate de chaux et donnent ordinairement de meil-
leur plâtre que les autres ; telle est la pierre de Montmartre, près Paris.
-r 7 — .
Sous le nom de pierres volcaniques (pesanteur spécifique 4,22 à 2,85), sont comprises des pierres
de qualités et d'usage fort divers. ■
.Les unes, telles que le basalte et le porphyre, sont très-compactes, très-résistantes, mais trop dures
pour être employées comme pierres d'appareil, vu le haut prix de la taille. On peut en faire des pavés et
des moellons, mais de médiocre qualité, parce qu'ils, n'adhèrent qu'imparfaitement au mortier.
D'autres sont poreuses, résistantes, faciles à tailler, adhèrent bien au mortier et sont utilement em-
ployées comme moellons et comme pierres de taille, mais leur couleur sombre n'est pas d'un bon effet;
telles sont les laves d'Agde.
Une autre espèce de pierre volcanique, la pierre ponce, dont la densité n'est que de 0,65, est émi-
nemment propre à la construction des voûtes.
EXTRACTION DES PIERRES. — L'extraction des pierres se fait par des procédés qui varient
avec la nature, et surtout avec la consistance de la pierre.
On emploie tantôt la poudre, tantôt des coins en fer qu'on enfonce à petits coups dans des rainures pra-
tiquées à l'avance de manière à donner aux blocs les dimensions voulues. Quelquefois on se sert simple-
ment de coins en bois blanc qu'on mouille après les avoir enfoncés dans les rainures et dont le gonfle-
ment suffit pour faire éclater la pierre dans les directions déterminées par les rainures.
QUALITÉS DISTINCTIVES D'UNE RONNE. PIERRE A RATIR. — Les qualités distinctives
d'une bonne pierre à bâtir sont : la finesse et l'homogénéité du grain, la compacité de la texture, la faci-
lité du travail, l'adhérence au mortier, la résistance àl'écrasement et à la rupture, et l'inaltérabilité sous
l'influence des diverses actions atmosphériques.
PIERRES GELISSES OU GELIVES. —COMMENT ON PEUT LES RECONNAITRE.—EAU
DE CARRIÈRE. — Les pierres qui ne peuvent résister à l'action de la gelée sont dites gelisses ou
gelives. Elles doivent être rejetées, au moins pour les parties extérieures, de la maçonnerie. Lorsqu'on
manque des renseignements plus sûrs de l'expérience directe, on peut, au moyen du procédé suivant,
reconnaître assez bien si une pierre est gelive : On fait bouillir de petits cubes d'essai de 0,05 de côté
pendant une demi-heure, dans une solution de sulfate de soude saturée à froid; on les suspend ensuite
dans une chambre à la température de -I50s environ, jusqu'à ce qu'ils soient couverts d'efflorescenccs
salines ; on les réplonge dans la dissolution, puis on les expose de nouveau à l'air et on continue ainsi
pendant quatre à cinq jours. Lapierre n'est pas gelisses'il nes'en estdétaché aucun fragment. Ce procédé,
comme on le Voit, substitue la force d'expansion due à la cristallisation d'un sel à celle qui résulte de la
congélation de l'eau.
Certaines pierres, gelisses au moment de l'extraction, ne le sont plus lorsqu'ayant subi quelque temps
l'influence de l'air, elles ont.perdu ce qu'on appelle leur eau de carrière. Cette circonstance est de celles
qu'il importe essentiellement de connaître.
La dureté, les dimensions et la mise en oeuvre .fournissent encore pour les pierres d'autres caractères
distinctifs d'un intérêt capital.
On comprend, sous la désignation générale de pierres dures, toutes celles qui ne peuvent être débi-
tées qu'à la scie sans dents, à l'eau et au grès ; et de pierres tendres, celles qui se débitent-àla scie dentée.
PIERRES DE TAILLE, —BLOCS, — LIBAGES,— MOELLONS BRUTS, SMILLÉS, PIQUES.
—Les pierres de fortes dimensions prennent le nom de pierres de taille lorsqu'elles sont taillées; de
blocs, lorsqu'elles ne le sont point; de libages, lorsqu'elles sont grossièrement dressées sur leur lit.
Les pierres de petites dimensions s'appellent moellons bruts quand elles ne sont point travaillées ;
— 8 -r-
moellons smillés quand elles sont grossièrement équarries ; moellons piqués quand elles sont misés
en oeuvre à la façon des pierres de taille.
On désigne sous le nom de parpaing une pierre faisant toute l'épaisseur d'un mur et ayant ainsi deux
parements opposés. On dit que les pierres sont bouiisses ou panneresses suivant qu'elles ont leur plus
petite ou leur plus grande dimension en parement.
Les carrières présentent ordinairement des couches ou lits parallèles. Il importe que les pierres qui
en proviennent soient posées sur leur lit de carrière, car c'est dans le sens perpendiculaire à ce lit qu'elles
présentent la plus grande résistance. Quand cette condition n'est pas remplie, on dit que la'pierre est
posée en délit. Disons encore que fréquemment, au sortir de la carrière, les pierres sont dans certaines
parties recouvertes de matières terreuses constituant le beusin. Il est indispensable d'enlever ces ma-
tières, c'est-à-dire i'ébousiner la pierre avant de la mettre en oeuvre.
Les pierres de taille se paient au mètre cube, suivant leurs dimensions quand elles sont brutes. Quand
elles sont taillées, on les paie généralement en prenant pour volume celui du plus petit parallélipipède
circonscrit.
Les moellons bruts, après avoir été empilés, se paient au mètre cube. Les moellons smillés ou piqués
se paient au mètre carré, suivant leur longueur ou épaisseur de queue.
DES BRIQUES.
Les briques sont des pierres artificielles, composées d'argile mêlée en général avec une faible quan-
tité de sable. On pétrit ce mélange de manière à en faire une pâte, qu'on façonne dans des moules.
On fait ensuite sécher ces briques crues sous des hangars. Enfin on les soumet, pour les faire durcir, à
l'action d'une haute température. Cette dernière opération peut se faire soit dans un four, soit en plein
air. Dans ce dernier cas, on dispose les briques par rangées horizontales et de champ, alternant avec des
couches de quelques centimètres de houillemenue. FIG. \, 2,3,4,5,6 et 7. (Voir la leçon spéciale con-
cernant ces divers procédés de fabrication.)
DIMENSIONS ORDINAIRES. — Les dimensions les plus ordinaires des briques sont : longueur
0m22 , largeur 0mH , épaisseur O^Oyo. Elles varient d'ailleurs sensiblement suivant les localités; ainsi,
à Perpignan, les briques dites grands cairous, ont 0m44 de longueur sur 0m-l I de largeur et 0m0o4
d'épaisseur. Dans chaque espèce, les longueurs et les largeurs sont multiples de l'épaisseur. Les
briques sont d'une bonne qualité quand sous le choc elles rendent un son clair et qu'elles sont de
forme régulière, sans gerçures, cavités, boursoufflures ni vitrification ; d'une teinte uniforme et généra-
lement rouge-brun, happant fortement à la langue, dures et donnant quelques étincelles sous le choc du
briquet. Une bonne brique doit, en outre, présenter un grain compact et luisant dans une texture
homogène et parsemée de points vitreux. Les briques gelives doivent être entièrement rejetées.
CONSTRUCTIONS AUXQUELLES ELLES CONVIENNENT SPÉCIALEMENT. — La brique
remplace avantageusement le moellon et même la pierre de taille. Elle s'emploie particulièrement dans
les cloisons, dans les jambages des portes et des fenêtres, dans les voûtes et dans toutes les maçonneries
qui doivent subir l'action du feu, comme les fours, fourneaux et tuyaux de cheminées. Dans ce dernier
cas, la brique ordinaire ne saurait, sans se vitrifier, subir une température élevée. Certaines argiles
donnent des briques qui peuvent résister aux feux les plus violents que l'industrie ait besoin de produire.
Ces briques sont dites réfractairës. ,
— 9 —
DÉS TUILES.
En usage dans les couvertures, les tuiles ont à peu près la même composition que les briques ; elles
exigent seulement une pâte plus fine, plus homogène et une cuisson plus parfaite. Elles varient beau-
coup de formes. Celles qu'on emploie le plussouvent sont :
-1° Les tuiles plates, ayant pour dimension habituelles 0m30 de longueur, 0m24 de largeur et 0m0l 6
d'épaisseur ; elles sont munies d'un talon propre à les fixer au lattis.
2° Les tuiles creuses, qui varient suivant les localités de formes et de dimensions. Elles ne descendent
guère au-dessous de 0m35 pour la longueur et de 0m014 pour l'épaisseur. Elles sont disposées par rangées
alternativement concaves et convexes et souvent posées sur mortier.
3° Les tuiles flamandes, qui ont la forme d'une S aplatie. Elles portent par le haut un talon comme
les tuiles plates.
~ Quelle qu'en soit la forme,les tuiles, pour être bonnes, doivent être bien cuites, sonores et de forme
régulière.
DES CARREAUX.
Les carreaux, qu'on emploie pour former le sol des rez-de-chaussées et aussi quelquefois des
étages, se fabriquent à peuprèscomme les briques et doivent avoir les mêmes qualités. Ils varient de formes
et de dimensions; ceux dont l'usage est le plus fréquent ont de 0ml 6 à 0m20 de côté sur 0m025 d'épaisseur.
DES ARDOISES.
Les ardoises sont des schistes argileux, d'un gris bleuâtre, habituellement foncé, qui se divisent avec
une grande facilité en feuillets minces et unis.
Les ardoises de bonne qualité sont dures, légères, planes et d'une épaisseur uniforme; elles n'ab-
sorbent point d'eau et elles se laissent tailler et percer sans se rompre. Elles se divisent en fortes et
fines, suivant leur épaisseur, et en grandes carrées et cartelettes, suivant leurs dimensions. Les
grandes carrées ont 0m22 sur 0m32, ayant Cm003 à 0m004 d'épaisseur pour les fortes, et 0m00l à 0m002
pour les fines. Les cartelettes ont 0m22 sur 0ml6 et les mêmes épaisseurs. On reviendra sur leur
emploi au chapitre des couvertures.
DES CHAUX.
CARACTÈRES DES PIERRES A CHAUX. —On a déjà indiqué les caractères des pierres à chaux.
Il ne sera parlé ici que des propriétés des chaux dont la fabrication fait d'ailleurs l'objet d'une leçon
spéciale.
La chaux pure est une substance de couleur blanche alcaline, caustique, infusible (pesanteur spécifique
de2,3 0). Mais les chaux employées, dans les constructions se trouvent, le plus souvent, mélangées de subs-
tances étrangères, car elles résultent de la cuisson de calcaires ou carbonates de chaux rarement
purs. (Fie. 8 et 9.) On appelle chaux vive toute espèce de chaux quand elle sort du.four et qu'elle
ne contient point d'eau. Mise en contact avec l'eau, elle en absorbe une grande quantité avec dégagement
3
— 10-
dc chaleur et se réduit en poudre impalpable ou en pâte plus ou moins épaisse. Dans cet état elle est dite
chaux éteinte.
CLASSIFICATION DES DIVERSES ESPÈCES DE CHAUX. — Quand la chaux est pure ou
presque pure, elle augmente considérablement de volume lors de l'extinction; le foisonnement en est
tel que le volume en est souvent doublé, quelquefois même triplé. On appelle chaux grasses,
celles qui jouissent de cette propriété. Les chaux grasses, réduites en pâte épaisse et exposées à l'air,
acquièrent une grande dureté. Placées sous l'eau ou seulement dans un vase clos, elles restent indéfini-
ment molles.
Quand la chaux contient de 0ml0 à 0m30 de matières étrangères, elle ne foisonne pas ou presque pas
lors de l'extinction, c'est une chaux maigre.
Il est des chaux maigres qui jouissent de la faculté remarquable de durcir non-seulement à l'air, mais
aussi et mieux encore sous l'eau. Elles prennent alors le nom de chaux hydrauliques. Ce sont les
calcaires argileux qui les fournissent. Cette propriété leur vient de la présence de la silice, dont l'action
est augmentée cependant par l'adjonction d'une certaine quantité d'alumine et de magnésie.
CHAUX HYDRAULIQUES ARTIFICIELLES. — La connaissance de la composition des chaux
hydrauliques naturelles a conduit à la fabrication de chaux hydrauliques artificielles qui jouissent des
mêmes propriétés. Deux procédés sont employés pour cette fabrication.
Us consistent : le premier, à faire cuire un mélange, en proportions convenables, d'argile et de chaux
éteinte; le second, à mélanger avec l'argile, au lieu de chaux, un calcaire très-tendre (de la craie, par
exemple) réduit en poudre fine. Ce dernier procédé est le moins dispendieux, ce qui le fait préférer dans
la plupart des circonstances, quoique les produits en semblent moins parfaits.
L'ingénieur Vicat, auquel on doit les principales découvertes en cette matière, divise les chaux hydrau-
liques en trois classes, suivant leur promptitude à durcir, sous les noms de chaux moyennement
hydrauliques, chaux hydrauliques, et chaux éminemment hydrauliques.
Les chaux de la première classe font prise au bout de quinze à vingt jours d'immersion ; celles de la
seconde, au bout de six à huit jours; celles de la troisième, entre le deuxième et le quatrième jour. On
dit que la chaux a faitprise lorsqu'elle résiste à la pression du doigt poussé avec la force ordinaire du
bras et qu'elle ne peut pas changer de forme sans se briser.
DIFFÉRENTS MODES D'EXTINCTION.— Les chaux se comportent diversement suivant le pro-
cédé dont on s'est servi pour les éteindre. On compte trois modes d'extinction :
L'extinction ordinaire, la plus usitée ainsi que l'indique son nom, consiste à placer la chaux
vive dans un bassin en bois, à la délayer avec de l'eau de manière à la réduire en bouillie ; puis à la faire
couler dans un second bassin creusé en terre ou construit en maçonnerie, où elle s'affermit et se conserve.
Il importe dans ce procédé : I ° de ne pas noyer la chaux en mettant une trop grande quantité d'eau ;
2» de verser immédiatement dans le bassin l'eau nécessaire à l'extinction, ou, si une addition d'eau est
indispensable, d'attendre que le refroidissement ait eu lieu.
Dans l'extinction par immersion, la chaux vive est immergée dans des paniers pendant quelques
secondes et retirée avant qu'elle ne fuse. Elle s'éteint alors en se réduisant en poudre.
L'extinction spontanée est le résultat de l'exposition de la chaux vive à l'action lente de
l'humidité contenue dans l'air.
LEUR INFLUENCE SUR LES QUALITÉS DE CHAUX. - Le premier procédé est celui qui
-11 -
procure pour toutes les 'chaux le foisonnement le plus considérable, et qui leur assure, lorsqu'elles ne
sont mélangées d'aucune matière étrangère, le plus grand degré de dureté.
Le second est fréquemment employé pour les chaux hydrauliques, avec lesquelles il donne à peu près
les mêmes résultats que le premier, tout en facilitant de plus la conservation et le transport de la chaux
éteinte.
Le troisième procédé offre l'avantage de communiquer plus de dureté à la chaux grasse quand elle est
mélangée avec du sable, et c'est dans ce cas que l'emploi peut en être avantageux.
CONSERVATION DE LA CHAUX.— La chaux éteinte en pâte se conserve dans les bassins mêmes
où elle a été coulée. On la préserve de la gelée et de l'air en la recouvrant d'une forte couche de sable. La
chaux éteinte en poudre par l'un des deux derniers procédés est conservée dans des barils ou dans des
sacs. Elle peut ainsi rester longtemps sans rien perdre de ses qualités.
2e LEÇON,
SOMMAIRE.
Ciments naturels et artificiels.
Sables et pouzzolanes. — Sables de rivières; fossiles; arènes. — Pouzzolanes natu-
relles et artificielles.
Mortiers. —Composition; proportion des ingrédients.—Procédés divers de fabrication.
Bétons. — Leur composition ; leur fabrication et leur emploi.
Plâtre. — Cuisson, préparation et emploi du plâtre.
Bitume et mastics bitumeux.
DES CIMENTS NATURELS ET ARTIFICIELS.
CIMENTS NATURELS.—Lorsqu'une pierre calcaire contient de 30 à 65 % d'argile et le reste en car-
bonate, le résidu de la calcination ne fuse point au contact de l'eau et ne peut pas être considéré comme '
une chaux ; mais s'il est gâché après avoir été réduit mécaniquement en poudre fine, il fait prise très-promp-
tement à l'eau ou à l'air et il acquiert en peu de temps une grande dureté. Cette matière est d'une
grande utilité pour les travaux hydrauliques, et elle y est fort employée sous les divers noms de plâtre
ciment, ciment romain, ciment parker, ciment de pouilly, ciment de vassy. Vicat la désigne sous
le nom de ciment naturel.
CIMENTS ARTIFICIELS. — On a essayé de fabriquer des ciments artificiels en soumettant à l'action
du feu des mélanges d'argile et de chaux en proportions convenables : ces essais ont donné des résul-
tats satisfaisants ; le ciment dit de Portland en est un exemple.
DES SABLES ET DES POUZZOLANES.
SABLES DE RIVIÈRES, FOSSILES, ARÈNES.— Les sables proviennent de la désagrégation
des différentes roches. De cette origine résulte une grande variété dans la forme, dans les dimensions et
dans la composition de leur grains.
Outre les sables que fournissent abondamment les rivages de la mer et les lits de la plupart de nos
— 13 —
rivières, il est dessables fossiles, produits d'anciennes révolutions du globe, formant de vastes dépôts
en un grand nombre de points où ils ont été transportés par les eaux, et des sables vierges ou arènes,
qui n'ont point été charriés et qui résultent de la décomposition spontanée de roches diverses. Quel-
ques-uns sont mélangés d'argile en proportions variables.
En général, les grains de sables fossiles sont plus anguleux que ceux des sables de mer ou de rivières,
et ces derniers le sont d'autant moins qu'ils sont plus éloignés des roches qui leur ont donné naissance.
Ajoutons que la plupart des sables sont quartzeux, attendu que dans le transport par les eaux les autres
matières sont promptement converties en poussière ou en boue par le frottement.
Un sable est regardé comme fin lorsque ses grains n'ont pas plus d'un millimètre de diamètre, et comme
gros lorsque ce diamètre s'élève de un à trois millimètres ; au delà, c'est du gravier. Ces sables se
trouvent tantôt séparés, tantôt réunis.
Les sables s'emploient dans les constructions pour former des mortiers, pour établir le lit et remplir
les interstices de la plupart des pavés, et, en quelques circonstances, pour asseoir des fondations.
Mélangés avec de la chaux, ils modèrent son retrait; ils augmentent la dureté des chaux hydrauliques
et ils diminuent celle des chaux grasses ; ils se comportent diversement avec les ciments, mais en re-
tardent toujours la prise.
Les sables arènes ont la propriété remarquable de former avec les chaux grasses des mortiers hydrau-
liques. Us en sont redevables à l'argile qu'ils contiennent'; ce sont des pouzzolanes naturelles, mais peu
énergiques.
Tous les autres sables ne conviennent à la fabrication des mortiers que lorsqu'ils sont parfaitement
purs. On reconnaît cette qualité à ce que, même humides, ils ne font pas pelotte sous la pression de la
main. Ceux qui sont terreux ou argileux doivent être, avant leur emploi, débarrassés par le lavage des
matières étrangères. Il en est de même des sables de mer qui ne peuvent être employés dans les cons-
tructions où l'on doit éviter l'humidité ; avant de les mettre en oeuvre , on doit les laver à grande eau
ou les exposer pendant une année au moins et par couches minces à l'action des eaux pluviales.
Pour l'emploi dans les fondations, les meilleurs sont les sables quartzeux purs en grains arrondis.
POUZZOLANES NATURELLES ET ARTIFICIELLES.,— Les pouzzolanes sont des substances
qui, mélangées avec de la chaux grasse, donnent des mortiers capables de durcir sous l'eau. On les
divise en pouzzolanes naturelles et pouzzolanes artificielles.
Les plus estimées sont des matières volcaniques, pulvérulentes (silice et alumine combinés avec quel-
ques oxides de chaux, de potasse,de soude et de fer). Leur couleur, généralement brune, passe quelque-
fois au rouge, au jaune ou au gris.
Les meilleures pouzzolanes sont celles qui donnent des mortiers faisant prise en moins de trois joursd'im-
mérsion. Quand la prise exige plus de quinze jours, la pouzzolane est considérée comme peu énergique.
Les arènes dont on a déjà parlé ne sont en réalité que des pouzzolanes peu énergiques; Elles gagnent
beaucoup par une torréfaction convenable, mais elles doivent alors être rangées parmi les pouzzolanes
artificielles.
De même que les pouzzolanes volcaniques, les pouzzolanes artificielles sont le produit de l'action du feu
sur certaines matières argileuses (silice et alumine).
Les matières le plus généralement employées à leur fabrication sont les argiles, certaines vases qu'on
trouve dans la plupart de nos bassins et,de nos ports, les arènes de toute sorte et certains schistes argi-
4
— 14 —
leux. On les fait cuire soit en fragments irréguliers, soit sous forme de briques et à la manière des chaux,
soit pulvérisées, dans des fours à réverbère.
On emploie fréquemment comme pouzzolanes les débris concassés de tuileaux et de briques, mais
ces matières sont de médiocre qualité, vu le peu de régularité de la cuisson, et l'expérience a prouvé que
pour fabriquer de bonne pouzzolane, il ne faut point dépasser un certain degré de chaleur.
Quelques cendres de houille et de tourbes, les cendres de bois surtout, donnent encore de bonnes
pouzzolanes,
DES MORTIERS.
COMPOSITION.— Le mélange d'une chaux éteinte réduite en pâte molle avec du sable ou de la pouz-
zolane , quelquefois avec l'un et l'autre, constitue un mortier. Les mortiers se divisent en mortiers
hydrauliques et mortiers non hydrauliques.
Quand on mélange, avec du sable, de la chaux non hydraulique, grasse ou maigre, on obtient un mor-
tier qui durcit assez promptement à l'air, mais sans cependant atteindre autant de cohésion que la chaux ,
elle-même. Immergé, ce mortier reste indéfiniment mou; enfoui, il conserve la même consistance pen-
dant un grand nombre d'années. L'introduction du sable dans la chaux grasse , n'a d'autre but que de
modérer le retrait et de réduire la consommation de la chaux. D'après l'expérience, le gros sable est d'un
meilleur effet que le sable fin.
Si, au lieu de sable, on emploie de la pouzzolane,le mortier devient hydraulique, et lorsque la pouzzo-
lane est de bonne qualité, il fait prise en fort peu de temps et il acquiert sous l'eau, hors du contact de
l'air, une dureté, supérieure à celle de beaucoup de pierres de construction. II a, en outre, sur beaucoup
de mortiers à chaux hydraulique, l'avantage d'être formé de matières inaltérables à l'eau.
Il réussit bien moins à l'air, où il devient pulvérulent plus ou moins rapidement, suivant la nature de
la pouzzolane, -et où il est facilement attaqué par les gelées. L'addition du sable en ralentit la prise, mais
le rend en retour moins gelif et plus économique.
Les chaux hydrauliques mélangées de sable, donnent des mortiers durcissant sous l'eau et hors dû
contact de l'air, de la même manière et jusqu'au même degré que la chaux hydraulique. Exposés à l'air,
ces mortiers deviennent beaucoup plus durs, et d'autant plus, que la chaux est plus hydraulique. Il n'en
est point de meilleur pour les constructions élevées au-dessus du sol. En outre de l'économie, le sable
offre dans ces mortiers l'avantage de faciliter beaucoup le durcissement du mélange, d'en modérer le
retrait et d'augmenter sa résistance à l'action de la pluie ou de l'air humide. Les sables fins sont préférés
pour les chaux éminemment hydrauliques ; les sables mélangés, pour les chaux simplement hydrauliques.
Si la chaux à employer est peu hydraulique, on peut obtenir ; par l'addition au sable d'une certaine
quantité de pouzzolane, un mortier qui résiste mieux à l'air que celui de chaux grasse et de pouzzo-
lane seulement.
Ainsi, les meilleurs mortiers, pour les ouvrages placés sous l'eau, sont ceux de chaux non hydraulique
avec pouzzolane, ou de chaux peu hydraulique avec sable et pouzzolane; et les plus convenables pour
les constructions exposées à l'air, sont ceux de chaux hydraulique et sable. Les chaux changent de
rôle, par suite de leur transformation en mortier.
PROPORTIONS DES INGRÉDIENTS. - Les proportions des ingrédients exercent une grande
influence sur la qualité du mortier. Celles qui donnent les meilleurs résultats ne sont point constantes ;
elles dépendent de l'usage auquel on destine le mortier et de la nature des matières employées ; elles
— 15 — .
doivent être déterminées, pour chaque cas particulier, par des expériences. On peut dire cependant qu'en
général on doit prendre avec les chaux grasses, éteintes suivant le procédé ordinaire, 200 à 250 parties
de sable pour \ 00 de chaux en pâte ferme ; et, avec les chaux hydrauliques de divers degrés, -180 à 200
parties de sable pour -100 de chaux éteinte : toutes ces mesures étant prises au volume.
Dans les mortiers de chaux grasse et pouzzolane, il est essentiel que le poids de la chaux, évaluée avant
l'extinction, nedépasse pas le cinquièmedu poids de la pouzzolane.
Pour qu'un mortier présente toutes les qualités que comporte sa composition, il ne faut pas le délayer
dans une trop grande quantité d'eau, suivant la pratique habituelle des maçons; il faut, au contraire,
le gâcher en pâte ferme. Il n'importe pas moins de s'opposer à une trop prompte dessication lors-
qu'il a été employé, car il devient pulvérulent si l'eau qu'il contient lui est brusquement soustraite,
soit par une température élevée, soit par les pierres avec lesquelles il est mis en contact. On prévient cet
■effet en abritant le mortier des rayons solaires pendant les fortes chaleurs, et en arrosant lespierres, en
abreuvant même celles qui sont poreuses, comme les briques, avant de les mettre en place.
Les gelées exercent une action désastreuse sur tous les mortiers qui n'ont pas acquis un certain degré
de dureté. Un mortier n'est à l'abri de cette action que six mois environ après l'emploi, un peu plus pour
ceux de chaux grasse , un peu moins pour ceux de chaux hydraulique, et d'autant moins qu'ils renfer 1
ment plus de sable.
Tous les mortiers se vitrifient lorsqu'ils sont exposés à une haute température.
PROCÉDÉS DIVERS DE FABRICATION. — Quant aux procédés de manipulation , ils doivent
tendre à mélanger intimement les matières , sans introduire une trop grande quantité d'eaù. Des ins*
truments et des machines dedifférentes sortes s'emploient à cet effet.
Lorsqu'on n'a que depetites quantités de mortier à préparer, comme il arrive le plus souvent, lemélange
se fait à bras d'hommes au moyen de rabots en bois ou en fer, de pilons ou de fléaux en fer. Ces der-
niers instruments donnent le meilleur résultat, mais leur emploi est rendu fort dispendieux par la main
d'oeuvre qu'ils exigent. •
Quand la consommation du mortier doit être considérable, il convient, par raison d'économie, d'avoir
recours à l'emploi de machines mises en mouvement par des chevaux ou par la vapeur. On se sert
fréquemment de roues mues par un manège, dans une auge circulaire qui contient le mortier. L'une
des roues tourne contre le bord extérieur de l'auge , l'autre contre le bord intérieur ; elles broient et
mélangent les matières qui sont incessamment ramenées sur leur passage par des rabots fixés à l'arbre
du manège. (Fie 14, \S et 16.) .
On emploie aussi quelquefois, sur de grands travaux, un tonneau cylindrique, placé verticalement;
dans lequel sont fixés horizontalement et à divers étages des râteaux en fer à dents verticales. Ce tonneau
est traversé en son milieu par un axe vertical armé de râteaux semblablement disposés et dont les dents
se croisent avec celles des premiers; des chevaux ou une machine à vapeur impriment un mouvement
de rotation à celte dernière partie du système; les matières sont versées dans le tonneau par en haut
et sortent par une ouverture pratiquée à la partie inférieure. (FIG. \ 0, M, \ 2 et -13.)
Quelqu'en soit le mode de fabrication, le volume du mortier est toujours moindre que celui des matières
avant le mélange. L'importance de cette réduction dépend à la fois de la nature et des proportions
de ces matières, et elle ne peut être évaluée que par des expériences directes.
La solidification des mortiers s'accroît sans, cesse, mais ses progrès se ralentissent avecl'âge. Dix-huit
mois ou deux ans après leur fabrication, les mortiers ne durcissent plus que d'une manière insensible.
— 16 —
DES BÉTONS.
LEUR COMPOSITION, LEUR FABRICATION ET LEUR EMPLOI. — Les bétons sont des
mélanges de mortiers hydrauliques avec des cailloux ou de menus éclats de pierres. Ils sont plus écono-
miques que les mortiers et offrent plus de résistance.
On en fait un grand usage dans l'établissement des fondations, .surtout lorsqu'elles sont submergées ;
on les emploie aussi, mais plus rarement, en maçonneries de remplissage.
Leur promptitude à faire prise et leur résistance à l'écrasement dépendent de la nature du mortier,
de son adhérence aux pierres et des proportions des matières employées. Ces proportions doivent varier
avec la nature de ces matières et.aussi avec la destination du béton. On mélange assez habituellement
une et demie à deux parties de cailloux, de 0,05 et 0,06 de grosseur, avec une partie de mortier.
Le béton se place sous l'eau à l'aide de trémies ou caisses de différentes formes qui se vident en arrivant
au fond, soit en se renversant, soit en s'ouvrant par la paroi inférieure. On le régale uniformément au
moyen de rouleaux , mais il faut se garder de le pilonner de crainte d'en faire partir le mortier et sur-
tout la chaux qui serait ensuite entraînée par les eaux.
Quand on verse le béton sous l'eau, il se forme à sa surface une sorte de laitance, qui n'est au're chose
que de la chaux excessivement délayée; il importe de l'expulser, car elle empêcherait l'adhérence des
diverses couches. Cette opération se fait à l'aide de balais dans une eau tranquille. Dans une eau
courante, la laitance est entraînée par la force du courant lui-même.
On fait en béton des pierres artificielles, tantôt à défaut de pierres naturelles, tantôt pour obtenir des
blocs de très-fortes dimensions. Pour la construction du môle d'Alger, il s'est construit ainsi des
blocs cubant jusqu'à 50 mètres.
On appelle béton de sable, un mortier très-maigre, ordinairement composé de 100 parties de sable pour
13 parties de chaux. D'un prix relativement peu élevé, il s'emploieavec avantages dans les cas oùla maçon-
nerie n'a pas besoin d'une grande consistance, pour l'établissement des aires en asphalte, par exemple.
DU PLATRE.
CUISSON, PRÉPARATION ET EMPLOI DU PLATRE. — Le plâtre s'extrait, par la calcina-
tion, du gypse ou sulfate de chaux hydraté. Cette opération doit être conduite de manière à faire déga-
ger toute l'eau de cristallisation : une température de 100°s environ (eau bouillante) suffit à cet effet;
une chaleur plus intense donnerait une matière inerte. On reconnaît qu'un plâtre a été convenablement
cuit lorsqu'il est très-onctueux après avoir été gâché.
. Le plâtre ainsi calciné est très-avide d'eau, ce qui le rend difficile à conserver et oblige à ne le pulvé-
riser qu'au moment de le mettre en oeuvre.
Réduit en poudre, puis gâché avec la quantité d'eau suffisante pour former une bouillie , il cristallise'
aussitôt et fait prise en masse au bout de quelques instants. Pour être convenablement gâché, il exige à
peu près un égal volume d'eau ; on dit alors qu'il est gâché serré. Il est gâché clair, lorsqu'on y emploie
une plus grande quantité d'eau; il prend alors moins promptement et n'acquiert pas non plus une aussi
grande dureté.
Le plâtre adhère fortement aux pierres, aux briques et au fer, mais fort mal au bois. Il perd de sa
- 17 r-
dureté en vieillissant, et, comme il estsoluble, il fait un fort mauvais usage dans les lieux humides.
Le plâtre augmente de volume en faisant prise. Cette propriété, favorable aux travaux descellements
et de moulage, serait d'ailleurs très-nuisible dans les constructions si l'on négligeait d'en tenir compte.
Le plâtre s'emploie le plus souvent dans la construction des cloisons,, des plafonds et des corniches.
Gâché avec une solution de colle de Flandre et mélangé avec diverses substances colorantes, suivant l'effet
qu'on veut obtenir ,'il donne des stucs imitant très-bien le marbre, mais ne résistant pas à l'humidité.
Le plâtre et l'alun mélangés donnent aussi un stuc très-dur, très-fin et très-consistant. (Brevet pris
vers 1850.)
DU BITUME ET DES MASTICS BITUMEUX.
On comprend sous la dénomination générale de bitume, des substances composées de carbone et
d'hydrogène, qui sont, les unes liquides, les autressolides à la température ordinaire, et qui brûlent avec
flamme en répandant une fumée épaisse. Nous ne parlerons ici que de l'asphalte, qui est la seule
variété en usage dans les constructions en raison de sa consistance. .
On emploie actuellement deux espèces de mastics bitumeux. Les premiers sont composés de calcaire
et de bitume; les seconds de brai provenant de la décomposition de la houille mélangé avec des calcaires
tendres, des terres ou de la chaux.
Le mastic d'asphalte de Seyssel, le plus répandu des mastics naturels, s'obtient en combinant à
cliàud 7 parties d'asphalte avec 93 parties de roche asphaltique de Seyssel, roche qui est un calcaire
bitumeux.
Parmi les mastics artificiels, celui qui s'emploie le plus habituellement à Paris, s'obtient par la combi-
naison à chaud de 75 parties de craie de Meudon avec 25 parties de brai.
Ce qu'il importe d'obtenir, dans la composition de ces mastics, c'est un degré de ductilité telle que,
sans se ramollir dans les grandes chaleurs, ils ne deviennent pas cassants pendant les gelées. Le mastic-
de Seyssel ne laisse rien à désirer sous ce rapport : il est plus gras, plus ferme et moins cassant que les.
mastics artificiels, mais il est aussi plus dispendieux.
Les applications de ces mastics ont pris depuis quelques années une extension très-considérable; ils
s'emploient pour les chapes de voûtes, pour les terrasses, pour les dallages et surtout pour les trottoirs.
Pour les mettre en oeuvre, on les fait fondre en y ajoutant un à deux centièmes de bitume ou de brai.
Quand la matière est en fusion, on y ajoute une quantité de sable quartzeux , variable suivant qu'on
veut obtenir une aire imperméable ou résistante. Pour les trottoirs, la proportion de sable est d'environ
. 25 pour 75 de mastic. Dans les aires ainsi formées, le mastic agit comme gangue pour la réunion des
arakfê^iïpus, qui résistent par leur dureté et donnent au mélange la consistance nécessaire.
3e LEÇON.
SOMMAIRE.
Des bois de constructions. — Structure des arbres. — Epoque de l'abattage.—
Maladies et vices des bois; moyens de les reconnaître. — Nomenclature des princi-
paux bois employés dans les constructions. — Qualités des bois propres aux travaux.
— Conservation et emmagasinement des bois, — Mesurage des bois. — Poids de
quelques bois. .
Des métaux. — Fer. — Fonte de fer. — Tôle. — Ferblanc. — Cuivre. — Bronze.
— Etain. — Zinc. — Laiton. — Plomb.
DES BOIS DE CONSTRUCTIONS.
STRUCTURE DES ARBRES. —Quand on coupe un corpsd'arbreperpendiculairementàsalongueur,
on reconnaît immédiatement, qu'il est composé de trois parties : la moelle, le corps ligneux et l'éçorce.
La moelle, substance molle, sèche et sans ténacité, n'occupe dans les arbres propres aux construc-
tions, qu'un espace central fort restreint, un tube cylindrique de quelques millimètres de diamètre.
L'éçorce est une substance peu résistante remplie de cavités et de gerçures, qui n'ajoute rien à la
force du bois, dont la présence favorise la pourriture des charpentes et qu'il importe en conséquence
d'enlever avec soin ; elle se compose de deux parties : Xépidémie, au dehors ; la liber aii dedans.
Le corps ligneux présente une série de couches concentriques. Les unes forment le bois proprement
dit: ce sont les plus rapprochées du centre et les plus dures; et, elles sont d'autant plus nombreuses, que
l'arbre est plus âgé ; les autres constituent l'aubier, qui se reconnaît à sa couleur blanche, à sa texture
spongieuse et à son manque de dureté.
Bien que l'aubier ne soit autre chose qu'un bois imparfait, on est obligé d'en purger avec soin toutes
les pièces de charpente, non-seulement parce qu'il manque de ténacité, mais surtout parce qu'il est faci-
lement attaqué, .soit par l'humidité, soit par les insectes, qui étendent ensuite leurs ravages jusque dans
le bois lui-même.
Les couches successives diminuent en général d'épaisseur à mesure qu'elles s'éloignent de leur centre
— 19 —
commun et le tissu n'est pas homogène dans chacune d'elles ; c'est à l'extérieur qu'il est le plus compact.
Ajoutons que ces différentes couches ne se prolongent pas dans toute la hauteur du tronc de l'arbre ; elles
se recouvrent à leur partie supérieure, de manière à former des enveloppes coniques qui s'emboîtent les
unes dans les autres.
Enfin l'homogénéité du bois est encore altérée par des espèces de lames verticales composées de fibres
horizontales assez serrées et qui semblent relier les couches concentriques ; ce sont les parties du bois
sur lesquelles l'humidité exerce le plus d'influence. Les ouvriers les désignent sous le nom de mailles;
ce sont elles qui forment ces petites surfaces miroitantes qu'on remarque surtout dans le chêne.
C'est dans la direction des fibres longitudinales que le bois présente le plus de résistance, et cette
résistance est d'autant plus grande que les couches sont plus épaisses.
ÉPOQUE DE L'ABATTAGE. — L'époque à laquelle l'arbre est sur le point d'atteindre toute sa crois-
sance est celle qu'on doit choisir pour l'abattre, parce qu'alors son bois offre le plus de force et de densité.
Quant à la saison dans laquelle il faut abattre les arbres, elle paraît exercer quelque influence sur les
qualités^et surtout sur la durée du bois; mais elle est l'objet des opinions les plus contradictoires.
Les uns veulent que les arbres soient abattus pendant l'été, et c'est ce qui se pratique en Italie et en
Espagne ; d'autres préfèrent la fin de l'automne ou le commencement de l'hiver, et tel est le système
suivi en France, ainsi que dans la plupart des contrées du Nord de l'Europe. Ce qui paraît le plus impor-
tant, c'est de faciliter l'écoulement de la sève, attendu que cette matière peut exercer une action très-
fâcheuse sur, le bois abattu.
Lorsqu'on place dans une construction des bois verts ou nouvellement abattus, si l'évaporation de la
sève est arrêtée, la fermentation ne tarde pas à déterminer la pourriture ; si rien ne s'oppose à l'évapo-
ration, les bois diminuent de volume, se déjettent et les assemblages s'ouvrent ou se resserrent. Ces
mouvements sont d'ailleurs bien plus sensibles dans les bois de sciage, que dans les bois de brin.
MALADIES ET VICES DES BOIS ; MOYENS DE LES RECONNAITRE. — Les défauts qu'on
rencontre le plus souvent dans les bois et qui doivent être des motifs de rebut sont : les noeuds vicieux
le rebours, le double aubier, les roulures, les gelivures, les gerçures, le retour, l'échauffé-
ment, la carie et la vermoulure.
On appelle noeuds vicieux, ceux qui sont formés de bois mort, dont la pourriture se prononce rapi-
dement et s'étend dans le bois environnant. On les reconnaît aisément à la couleur.
Le bois rebours ou tordu est celui dans lequel les fibres sont tordues et seraient par conséquent
plusieurs fois tranchées par les plans d'équarrissage. Il en résulte une perte de force et un surcroît de
difficulté pour la mise en oeuvre. Ce défaut provient habituellement de l'action du vent.
On donne le nom de double aubier à une couche d'aubier interposée entre les couches de bois partait :
ce défaut est très-grave, attendu que l'aubier intérieur offre les mêmes inconvénients que l'autre ; ce défau t
semble d'ailleurs résulter de l'action de fortes gelées.
Le bois roulé est celui dans lequel une ou plusieurs couches sont séparées par des fentes concentriques
s'étendant plus ou moins sur le pourtour de l'arbre. Ce défaut est extrêmement grave, attendu qu'il
rompt la solidarité des fibres et que les intervalles entre les couches étant des réceptacles d'humidité,
sont par conséquent des causes de pourriture. La roulure est l'effet de vents violents ou de gelées très-
intenses.
Les gelivures sont encore produites par de fortes gelées, lorsqu'elles sont suivies de brusques dégels ;
elles se manifestent par des fentes qui se dirigent du centre à la circonférence. Lès gelivures présentent
— 20 —
les mêmes inconvénients que les roulures. Il ne faut pas les confondre avec des fentes dirigées dans le,
même sens et que peut amener une dessication trop prompte. Ces dernières sont beaucoup moins dom-
mageables.
Les gerçures sont des fentes perpendiculaires aux fibres du bois. Elles sont ordinairement très-mulli^
plïécs et pou profondes. Elles proviennent souvent d'une dessication trop rapide, et il suffit d'enlever
la surface attaquée pour pouvoir employer en toute sécurité la pièce qu'elles recouvraient. Quand ces
fentes sont profondes, le défaut est capital, il indique un bois sur le retour,
Un arbre est sur le retour, lorsqu'il a dépassé le terme de sa maturité. La cime se couronne, le bois
s'altère, et l'altération se poursuit même après la mise en oeuvre. Cette sorte de défaut se reconnaît fort
difficilement sur les bois abattus, lorsqu'il n'est pas très-prononcé. Les seuls indices en sont des fibres
moins élastiques, moins dures, surtout au centre de la pièce, des gerçures très-multipliées, et une couleur
terne.
Le bois mort sur pied est beaucoup plus défectueux encore que le bois sur le retour ; mais il est plus
facile à reconnaître à son défaut essentiel de ténacité.
L'échauffement est un commencement de pourriture, facile à constater, quand il est suffisamment
développé. On l'attribue à la fermentation delà sève. Les bois-enfermés dans les maçonneries humides
y sont très-exposés.
La carie est un échauffcment très-prononcé ; elle se manifeste ordinairement par des moisissures qui
conduisent rapidement à la pourriture complète. La carie sèche, est une espèce particulière de carie
qui se reconnaît aussi à la présence de petits champignons ; elle paraît due à l'action d'un air chaud et
non renouvelé. L'arrosage des bois peut avantageusement combattre cette maladie.
La vermoulure est le résultat du travail de vers qui s'introduisent dans le bois et l'attaquent sans
altérer la surface autrement que par les petits trous nécessaires à leur entrée ou à leur sortie. Elle s'ob-
serve particulièrement dans les bois très-vieux et dans les parties peu résistantes, comme l'aubier.
■ Les pièces de bois renferment souvent des défauts qu'une inspection extérieure ne pourrait pas révéler
eî qu'on ne peut découvrir que par l'auscultation. Lorsqu'une pièce est saine, elle rend sous le choc
un son d'autant plus clair que le bois en est plus homogène et plus dur ; quand elle est altérée intérieu-
rement, un son sourd, étouffé, indique nettement les défauts qu'elle recèle.
NOMENCLATURE DES PRINCIPAUX BOIS EMPLOYÉS DANS LES CONSTRUCTIONS.
— Les bois le plus habituellement employés dans les constructions se divisent en bois durs et bois
tendres. Le chêne, le châtaignier, l'orme, font partie de la 1»catég0rie; les sapins, les pins et le
peuplier appartiennent à la seconde.
Bu Chêne. — Le bois de chêne est excellent pour la construction ; il est dur, résistant et susceptible
d'assez fortes dimensions. Exposé à l'air et dans des circonstances convenables, il se conserve pendant .
plusieurs siècles; sous l'eau, il augmente encore de consistance et se conserve indéfiniment. Son inconvé-
nient est d'avoir ordinairement un aubier fort épais, qui se reconnaît d'ailleurs aisément à sa couleur pâle.
Du Châtaignier. - Le bois de châtaignier s'emploie quelquefois à défaut de chêne, dont il a
l'apparence et certaines qualités. Sous l'influence de l'air, il est sujet à la vermoulure et devient cassant.
De l'Orme. - L'orme peut aussi se substituer au chêne dans les constructions n'exigeant par une
grande durée. Il est compact et résistant, mais il est difficile à travailler et sujet à se tourmenter. L'ORME
IOUTILLAUD, qui a une grande ténacité, est souvent employé avec avantage pour les poinçons de
combles qui doivent être percés d'un grand nombre de mortaises.
— 21 —
Du Sapin. — Le sapin est un arbre résineux dont le tronc est droit et élevé. La partie interne de
ses couches annuelles est très-molle et de couleur claire '; l'autre est, au contraire, dure, serrée, de couleur
jaune, c'est elle qui renferme la résine. Son bois est élastique, tendre, facile àtravailler, sujet à réchauffe-
ment et à la vermoulure. Les meilleures espèces nous viennent de Riga (Russie). Leur grande longueur
et leur élasticité les rendent propres aux charpentes;à grande portée, et leur belle couleur rouge à la
menuiserie de décoration.
Des Pins. — On en connaît un grand nombre d'espèces différentes ; nous nous bornerons à men-
tionner celles qui sont le plus fréquemment employées.
Le MÉLÈZE, dont les fibres sont dures et serrées. C'est le plus beau et peut-être le meilleur de tous
nos bois de construction. Plus grand, plus droit, moins dur que le. chêne, il a plus de ténacité et est plus
facile à travailler. Nulbois ne résiste mieux à l'effet des intempéries : sous l'eau, il acquiert une grande
consistance et devient impérissable; enfin il brûle très-difficilement,
Les bois de mélèze nous viennent du nord de l'Europe et des Alpes,
Le ris DE CORSE a beaucoup de rapports avec le précédent.
Le riK SAUVAGE est fort connu dans quelques parties de la France': dans les Alpes, les Pyrénées,
l'Auvergne, la Bourgogne et les Vosges.
Le riK MARITIME, dont on fait un grand usage sur tout le littoral de l'Océan, depuis Bayonne jusqu'aux
côtes de Bretagne, est de qualité inférieure et ne s'emploie que dans les constructions de peu
d'importance.
Du Peuplier. — On compte plusieurs espèces de peupliers, mais aucune ne convient pour les
charpentes de quelque importance. Tendre, homogène, léger, facile à travailler, ce bois n'est guère
employé qu'en menuiserie, où ces qualités le font souvent préférer au sapin ; il est peu résistant et peu
durable.
QUALITÉS DES BOIS PROPRES AUX TRAVAUX. — Quels que soient les bois employés dans
les constructions, on aura soin avant tout de s'assurer qu'ils sont parfaitement secs; c'est dans ce but .
que la plupart des devis exigent que les bois de charpente aient été abattus trois années et ceux de
menuiserie cinq années avant leur emploi.
Les bois de construction doivent, en outre, être durs, tenaces, élastiques, sains, à fibres rectilignes et à
structure aussi uniforme que le comporte leur nature.
CONSERVATION ET EMMAGASINEMENT DU BOIS. —La conservation des bois, soit depuis
le moment où ils ont été abattus jusqu'à l'époque de leur mise en oeuvre, soit après cette époque, exige
des soins tout particuliers. Après l'abattage, il faut d'abord enlever toutes les parties altérées, puis vider
complètement tous les noeuds pourris et les remplir de goudron afin de prévenir les atteintes de l'humi-
dité, enfin placer les pièces de bois de manière à favoriser la dessication sans altérer leurs qualités.
Deux systèmes sont employés à cet effet : l'exposition à l'air et l'immersion.
Le premier, qui est le plus ancien et le plus répandu, consiste à déposer les bois sous des hangars, à
l'abri des gelées, des alternatives de sécheresse et d'humidité, en évitant tout ce qui pourrait déterminer
une dessication trop rapide et en facilitant cependant le renouvellement de l'air. Le second a la propriété
d'activer l'écoulement de la sève, de rendre les bois moins sujets à se corrompre et à se fendre; mais, en
retour, il a l'inconvénient de leur enlever une partie de leur force.
Quant aux bois mis en oeuvre, la "peinture à l'huile ou au goudron est le moyen considéré jusqu'à
présent comme le plus efficace pour en assurer la conservation, pourvu qu'ils aient été employés dans
^- 22 —
un état de siccité convenable. Il est bon d'appliquer une couche de peinture même dans les assemblages.
Lorsque les bois sont soumis à des alternatives de sécheresse et d'humidité, il devient fort difficile de
les conserver malgré le renouvellement de la peinture; on estime que dans notre climat il faut renou-
veler au bout de trente ans toutes les pièces d'un pont en bois.
Quand les bois restent constamment immergés, ils se conservent bien, surtout le chêne, et il est inutile
de leur appliquer aucun enduit.
Il faut cependant en excepter les bois plongés dans la mer, qui sont exposés aux attaques du ver marin,
ou taret, qu'on rencontre dans la plupart de nos ports.
Le seul moyen trouvé jusqu'à ce jour pour éloigner ce ver, consiste en enveloppes métalliques formées
de feuilles ou de petits clous à larges têtes, tels que les clous d'ardoises, posés tant plein que vide.
M. le docteur Boucherie a imaginé un procédé dont tous les effets observés jusqu'à ce jour tendent à
démontrer l'efficacité pour la conservation des bois tant avant qu'après leur mise en oeuvre. Ce procédé
consiste à introduire dans les canaux séveux un liquide capable de convertir les substances solubles,
fermentescibles et attaquables aux insectes, en substances insolubles, à l'abri de la fermentation et des
attaques. Celte introduction se fait en opérant soit sur l'arbre debout, en pratiquant au pied de fortes
entailles qui permettent au liquide de pénétrer dans les canaux séveux, soit sur l'arbre abattu, en
mettant le pied en communication avec un réservoir placé à une certaine hauteur.
Le liquide le moins coûteux de tous est une dissolution de pyrolignite de fer qui s'obtient en mettant
des morceaux de fer en contact avec l'acide acétique brut, l'un des produits de la distillation du bois.
Dans plusieurs constructions de chemins de fer, on a eu recours au sulfate de cuivre.
MESURAGE DES BOIS. — Les bois en grume ou équarris sont mesurés et payés au mètre cube, et
les madriers et planches au mètre carré.
Pour les bois en grume, on peut employer la formule ^- L, dans laquelle C représente la circonfé-
rencemoyenne et L la longueur dé la pièce. Cette formule est sensiblement exacte pour les bois non équarris.
Si la pièce est écorcée et sensiblement cylindrique, on se sert de la formule j^- L ; si les deux circonfé-
rences extrêmes sont notablement différentes, il faut recourir à la formule — L C2+C'+CC donnant
5 4 rr
le volume du tronc de cône.
Les pesanteurs spécifiques des bois dont il vient d'être parlé sont :
(Chêne 0,760
Châtaignier 0,6S5
Orme 0,700
1 Sapin. ...... 0,342 à 637
! Mélèze ...... o,6CO
y Peuplier o,400 environ •
DES METAUX.
DU FER. — Le fer est le métal le plus tenace, le plus utile à l'art de bâtir, et le plus fréquemment
employé dans les constructions.
Les fers de commerce ne sont jamais purs, ils contiennent une petite quantité de carbone, un peu
de soufre ou de phosphore, et ces matières, bien qu'en très-faible proportion, suffisent pour leur donner
des qualités fort diverses.
— 23 —
Lorsqu'il est de bonne qualité, le fer a une texture grenue; sa cassure fait voir un grain fin, serré,
à pointes déliées; ilprend une texture nerveuse, aux fibres allongées et blanchâtres, quand, après avoir
été chauffé au rouge blanc, il est forgé en barres minces, mais seulement alors, car le meilleur fer forgé
en grosses barres reste grenu. Lorsque la cassure présente de gros grains ou des lamelles, on peut en
conclure que le fer est de mauvaise qualité.
Les constructeurs distinguent cinq espèces principales de fer :
-1 ° Le fer doux, c'est le plus pur, le plus ductile et le plus malléable de tous ; sa texture est grenue et
elle devient promptement fibreuse sous l'action du marteau ou du laminoir. Ce fer se polit assez mal et
s'oxide très-facilement.
2° Le fer dur, fer fort ou fer de roche, le plus résistant de tous, supporte des charges considérables
sans allongement sensible. Cette espèce de fer est susceptible de prendre un très-beau poli, faculté qui
tient à la finesse et à l'homogénéité de son grain.
3° Le fer cassant à froid. Ce fer présente habituellement une texture lamelleuse, et il s'en trouve
de dur et de mou ; son défaut est dû à la présence du phosphore.
4° Le fer rouverain ou cassant à chaud. Il se comporte fort bien à froid, mais il est extrêmement
difficile à forger et souvent insoudable. Ce fer contient du soufre.
5° Le fer aigre ou cassant à froid et à chaud, qui doit être proscrit dans toutes les coustructions.
Le fer présente une qualité extrêmement remarquable et qui n'a été reconnue jusqu'à présent que dans
un seul autre métal, dans le platine, il peut se souder à lui-même, quand on le porte à la chaleur blanche.
Le fer s'oxide facilement à l'air humide, surtout aux bords de la mer. Il se conserve bien dans les
maçonneries à la chaux, mais se détériore promptement au contact du plâtre.
Les meilleurs moyens d'empêcher cette oxidation, sont : la peinturé à l'huile au minium, ou au
goudron, l'étamage à l'étain ou au zinc. Ce dernier procédé est connu sous le nom de galvanisation. .
La pesanteur spécifique du fer de commerce est d'environ 7,70 ; sa dilatation linéaire est de 0,0012
depuis 0° jusqu'à \ 00° 3.
Il est à remarquer que 1'épiderme d'une barre de fer est toujours plus compacte et plus dure que
l'intérieur, et il en résulte qu'à qualité et à section égales, les barres sont d'autant plus tenaces et plus
élastiques qu'elles ont une plus grande surface extérieure. Ainsi le fer méplat est plus tenace que le fer
carré et le fil de fer plus que lé fer en barre, à section égale.
FONTE DE FER. — C'est à l'état de fonte que le fer s'écoule des hauts fourneaux dans lesquels on
traite le minerai qui le renferme. Il est alors associé à du carbone, du silicium, souvent aune petite
quantité de phosphore et quelquefois à un peu de soufre.
Les propriétés qui distinguent le plus nettement la fonte du fer forgé sont d'être plus fusible, moins
malléable, plus cassante; de ne pouvoir se forger ni à chaud, ni à froid et de ne pouvoir se souder. Elle
est moins tenace, mais elle résiste mieux à l'écrasement.
Il en résulte, qu'on ne peut donner à la fonte une forme déterminée qu'en la coulant dans un moule,
et que par conséquent il y a avantage à substituer la fonte au fer, toutes les fois qu'il s'agit d'objets
compliqués et qui doivent être multipliés, parce qu'alors chacun d'eux a une moindre fraction de frais de
modèle à supporter. Le prix de la fonte est d'ailleurs beaucoup moins élevé que celui du fer.
On distingue deux espèces principales de fontes : la fonte grise et la fonte blanche. Elles diffèrent
ordinairement, plutôt par l'état de combinaison de leurs éléments que par leur composition chimique.
La fonte grise est douce, grenue et légèrement malléable; sa couleur, qui est d'un gris noirâtre quand ses
— 24 — .
grains sont très-prononcés, passe au gris clair à mesure qu'ils se resserrent d'avantage. La fonte blanche
est dure, non malléable et très-cassante; sa cassure est très-brillante. Sa couleur est d'un blanc d'argent
qui passe quelquefois au gris clair.
Il est quelques fontes dont la cassure présente des taches grises sur un fond blanc, on leur a donné le
nom de fontes truitées. Elles semblent être un mélange des deux autres et se rapprochent des fontes
blanches par leurs propriétés.
La fonte grise reçoit l'empreinte du marteau, et se laisse entamer assez facilement par la lime, le
ciseau et le foret; la fonte blanche ne présente aucune de ces qualités. La première est plus tenace, la
seconde résiste mieux à l'écrasement.
Toutes les fontes jouissent de la propriété singulière, qu'elles partagent avec l'eau et le bismuth, de se
dilater en se solidifiant; cette dilatation est d'environ —-. La pesanteur spécifique-de la fonte grise est
d'environ 7,20; celle de la fonte blanche peut être fixée moyennement à 7,50.
Ajoutons que la fonte grise étant moins sujette à s'altérer par la fusion, plus facile à mouler et à
travailler, moins cassante que là fonte blanche, doit lui être préférée dans la plupart des circonstances.
La fonte blanche est presque exclusivement employée à la fabrication du fer.
Une combinaison de fer avec le carbone, dans laquelle ce dernier entre en moindre quantité que dans
la fonte, donne l'acier, qui, dans les travaux de construction, ne s'emploie guère que pour la fabrication
des outils.
TOLE. — La tôle s'obtient en laminant le fer ; elle s'emploie à la confection des tuyaux, et à la
garniture des objets de bois qu'on veut préserver des lésions.
FERBLANC. —Le ferblanc n'est autre chose que la tôle étamée; il résiste assez bien à l'oxidation ;
son usage dans les constructions se restreint de jour en jour par l'emploi du zinc dont nous parlerons
tout-à-l'heure.
Le FIL DE FER s'obtient en passant à la filière des barres de fer d'un faible équarrissage.
CUIVRE. —Le cuivre est, après'le fer, le métal le plus tenace et le plus utile à l'art des constructions.
Il est malléable à froid et à chaud et jouit d'une grande ductilité. Sa pesanteur spécifique est de 8 78
quand il est fondu, et de 8,87 quand il est écroui. Sa dilatation linéaire totale de 0» à -I00os est de
0,0017. Pur, il n'est guère utilisé que pour la couverture des terrasses ou des combles, et même, par
économie, on y emploie plutôt le zinc. C'est après avoir été converti en bronze ou en laiton, par son alliage
avec le zinc ou l'étain, que le cuivre entre le plus souvent dans les constructions.
BROA'ZE. — Le bronze est un alliage de 8 à H parties d'étain pour 100 de cuivre, la dernière
proportion donne le bronze des canons.
Cet alliage, d'un jaune rosé, est plus tenace, plus dur, plus fusible et moins oxidable que le cuivre.
Lorsqu'il a été refroidi lentement, il est très-peu malléable ; mais il le devient par la trempe et augmente
en même temps de ténacité, Sa pesanteur spécifique est de 8,00 environ.
La qualité qui le recommande surtout dans les constructions, est la résistance à l'action oxidante de
l'air humide; aussi, malgré son prix élevé, doit-on le préférer au fer pour tous.les ouvrages un peu
importants devant subir l'influence de l'air de la mer.
ETAIN. - L'étain n'a guère d'utilité pour les constructions que dans son alliage avec le cuivre et avec
le plomb. Avec ce dernier, il est employé comme soudure. L'étain pur a peu de ténacité, il s'étend assez
bien en lames, mais sans pouvoir être écroui. Plié en différents sens, il fait entendre un bruit particulier
— 25 —
qu'on désigne sous le nom de cri de. l'étain. La pesanteur spécifique de l'étain est de 7,30. Il est
fusible à 24 O 03.
ZINC. — Le zinc, plus dur que l'étain, mais d'une faible ténacité, est très-malléable lorsqu'il a été
chauffé à I00°s environ ; il redevient cassant à 20 0OS. Il est fusible à 360osetentre en ébullition à la chaleur
blanche. Exposé en ébullition au contact de l'air, il émet des vapeurs qui brûlent avec une flamme éclatante
en produisant des flocons blancs et légers d'oxide de zinc. Exposé à l'air- sec, il ne s'altère pas; à l'air
humide, il se couvre d'une couche mince d'oxide qui forme une sorte de vernis et qui préserve l'intérieur.
Le zinc se lamine en feuilles minces, et c'est dans cet état qu'il est employé dans les constructions pour
former des couvertures et divers objets de ferblanterie, tels que chéneaux et tuyaux de descente.
La pesanteur spécifique du zinc fondu est de 6,86, celle du zinc laminé est de 7,19.
Depuis quelques années l'oxide de zinc ou blanc de zinc, tend à se substituer dans la peinture au
blanc de céruse dont on connaît les dangers pour la santé des ouvriers.
LAITON. — Le laiton est un alliage de cuivre et de zinc dans lequel le cuivre entre pour 70 et le zinc
pour 30 parties sur -100. Cet alliage est très-ductile et très-malléable. Le principal avantage qu'il présente
sur le cuivre est d'être moins dispendieux.
La densité du laiton varie de 8,20 à 8,95, suivant la nature des éléments.
PLOMB. -^ Le plomb est un métal très-malléable, peu ductile et peu tenace. Il a de l'éclat quand il
vient d'être coupé, mais il se ternit promptement à l'air. Il entre en fusion à 260oS centigrades. Sa
pesanteur spécifique est de-1-1,35.
On distingue deux sortes de plomb : le plomb mou et le plomb aigre. Ce dernier, recherché par les
fabricants de plomb de chasse, est repoussé par les constructeurs.
Le plomb s'emploie principalement à la couverture des terrasses, pour les tuyaux de conduite, les
noues, arêtiers, scellements, etc.
La soudure des plombiers, qui est un alliage de plomb et-d'étain, contient deux parties du premier
métal pour une du second.
4e LEÇON.
SOMMAIRE.
Travaux de terrassement — Déblais. — Classification des terres. — Mesurage des
déblais. — Transport des terres. — Différents modes de transport. — Organisation
"des ateliers tant pour les déblais que pour les transports, dans les diverses hypo-
thèses. — Estimation du prix des travaux de terrassement. — Exécution des rem-
blais. — Façon des talus.
TRAVAUX DE TERRASSEMENT. . * ■
Tout travail de terrassement doit commencer par le tracé de l'ouvrage. Il est très-important, pour
éviter les fausses manoeuvres, de bien déterminer la partie à excaver ou le déblai, ainsi que la forme à
donner aux terres qui en sortent, c'est-à-dire au remblai. Le cahier d'instruction pratique pour la
fortification de campagne donne, àlalre leçon, les moyens d'exécuter le tracé ainsi que le profilement des
ouvrages.de campagne. Ces moyens peuvent s'appliquer à tous les ouvrages de terrassement avec les
modifications que réclament les circonstances ; nous n'en dirons donc rien ici.
DÉBLAIS. — Les déblais se font, autant que possible, par couches égales de im60 de hauteur:
les terres sont coupées d'aplomb, en talus ou en banquettes, suivant les circonstances. On observe
d'ailleurs de ne pas asseoir immédiatement les banquettes sur le plan des talus à conserver, mais un peu
au-dessus pour en faciliter l'exécution.
Lorsque les déblais doivent avoir une grande profondeur et qu'on ne peut les faire sous les inclinaisons
suivant lesquelles les terres se soutiennent naturellement, soit à cause de la dépense, soit parce qu'on
manque d'espace, on creuse les déblais entre des plans verticaux, et comme les talus de la plupart des
espèces de terre ne pourraient pas se maintenir à pic, on les soutient par des étais. Lorsque la tranchée
ouverte dans le terrain est étroite, on se sert d'étrésillons qui, disposés horizontalement d'une paroi à
l'autre, maintiennent des montants appliqués verticalement contre les terres. A mesure que les déblais
deviennent plus-profonds, on ajoute de nouveaux montants et de nouveaux étrésillons. On doit même
substituer aux premiers montants provisoires partiels des montants définitifs et complets qui s'étendent
du fond au sommet des déblais.
— 27 —
Lorsque le terrain est de mauvaise qualité, on multiplie les montants et les élrésillons, évitant toutefois
de gêner le travail des terrassiers. Souvent, à cet effet, on garnit les parois de planches horizontales qu'on
retient au moyen de montants verticaux.
Si les déblais ont trop de largeur pour qu'en en puisse étrésillonner les parois, on soutient les terres
par des arcs-boutants inclinés dont on assembleles pieds dans des semelles de bois retenues elles-
mêmes par des pieux ou par tout autre obstacle.
CLASSIFICATION DES TERRES. — Pour distinguer les différentes espèces de terres, on a pris
comme terme de comparaison la terre la plus facile à fouiller : celle qui, sans le secours de la pioche, peut
être immédiatement déblayée à la pelle ou au louchet, et qu'on appelle terre à un homme.
■ »
Celte catégorie comprend la tourbe,la terre de marais, la terre franche très-légère, lesable et même
le gravier non consistant. Toutesles autres terres, quelle qu'en soit la ténacité, fussent-elles de la classe des
tufs, peuvent aisément être ramenées à l'état de terre à un homme par un travail antécédent, et alors le
terrassier muni de la pelle en exécutera l'extraction comme celle de la terre à un homme. Il suffit donc
d'évaluer ce travail antécédent, opération facile dès qu'on a reconnu le temps nécessaire à un piocheur
pour suffire au travail d'un pelleteur pendant un temps donné. Celte évaluation se fait de la manière
suivante : •
L'officier du génie charge un homme de confiance, fort et habitué au travail de la terre, de piocher
dans le terrain pendant un temps déterminé; l'entrepreneur amène ensuite un ouvrier de son choix
pour charger à la pelle dans des brouettes toute la terre piochée. On observe également la durée du
travail de ce second ouvrier, et le nombre de fois que le temps employé par le piocheur contient le temps
employé par le pelleteur, fait connaître le nombre de piocheurs nécessaire dans la terre à l'essai pour
permettre au chargeur de travailler sans interruption. Il suffit ensuite d'ajouter un à ce rapport pour
tenir compte du chargeur, et l'on a l'expression de la nature de la terre.
En effet, si ce rapport est égal à l'unité, c'est-à-dire si le piocheur a employé le même temps que le
chargeur, c'est que le chargeur a besoin d'un piocheur pour pouvoir travailler sans interruption ; la terre
est donc à deux hommes. Si ce rapport est égal à deux, c'est-à-dire si le piocheur a employé deux
fois autant de temps que le chargeur, c'est une preuve qu'il faut deux piocheurs pour un chargeur, et dès
lors )a terre est à trois hommes.
Ce rapport peut donner des terres à un homme un quart, à un homme et demi, etc. Il est d'usage
de ne tenir compte que de la fraction d'un demi-homme.
MESURAGE DES DÉBLAIS. — Le mesurage des terres se fait toujours sur le vide des déblais, et
jamais sur le volume des remblais.
Il s'effectue d'après des attachements pris au commencement du travail.
Pour établir les attachements dans les grands ateliers, on place à quelque distance l'un de l'autre, en
forme de triangle, trois repères ayant leurs sommets dans un même plan horizontal destiné à servir de
plan de comparaison pour le nivellement à faire avant et après le déblaiement.
Ces repères sont des pieux enfoncés en terre avec un clou fixé au-dessus, des dés en pierre ou des
massifs en maçonnerie surmontés d'une pierre plane.
Dans les ateliers de peu d'étendue, on se borne à laisser de distance en distance, dans l'emplacement
du déblai, des témoins disposés de façon à ne point gêner l'exécution du terrassement.
Les nivellements faits avant et après le travail et rapportés à ces repères et témoins, donnent tous lés
éléments nécessaires aux mesurages.
— 28 —
Quelle que soit la forme du déblai, il pourra presque toujours se décomposer en prismes ayant pour
base un triangle.
Lorsque le terrain présente des ressauts brusques, il convient de le diviser en triangles ayant leurs
sommets sur les limites des parties qu'on peut considérer comme planes. On cote les sommets de ces
triangles.
Si la surface du déblai, sans être tout-à-fait plaiie, est cependant peu ondulée, ces sommets sont
répartis uniformément et plus ou moins rapprochés entre eux, suivant que les ondulations du terrain
sont plus ou moins prononcées. Us sont pris aux intersections de profils parallèles équidistants menés
dans deux directions rectangulaires.
Les différences entre les cotes du fond du déblai et celles de la surface donnent les hauteurs des arêtes
des prismes triangulaires constituant le volume à mesurer.
Le volume du prisme est donné par la formule V= B h+h +* 1 aans laquelle B est la base du
prisme et h h'h" les longueurs des trois arêtes résultant des différences de niveau présentées entre les
points du terrain primitif et les points correspondants du fond du déblai.
Le volume total du déblai est égal à la somme des volumes de tous les prismes.
La méthode centrobarique ou règle de Guldin-offre aussi dans certains cas un moyen assez facile
de mesurer certains solides ; en voici l'énoncé :
Le solide engendré par le mouvement d'une surface plane dont les éléments sont perpendiculaires à
chaque instant aux espaces qu'ils parcourent dans le même sens, est égal au produit de cette surface par
le chemin que décrit son centre de gravité.
On peut aussi dans beaucoup de circonstances employer la formule très-simple et très-commode de
Thomas Simpson. Elle est particulièrement applicable au mesurage de toute face d'ouvrage pouvant
être considérée (du moins approximativement) comme formée d'un ou de plusieurs troncs de pyramide,
ayant pour base les sections faites par des plans verticaux perpendiculaires à la projection horizontale
des crêtes et pour qrêtes les différentes crêtes de l'ouvrage.
Si le terrain est assez uni pour qu'on puisse regarder tout une face comme un seul tronc de pyramides
et qu'on représente par S' et S'" la surface des profils extrêmes et par 2 L la longueur horizontale de la
face, on aura pour le volume à mesurer :
V= -y- {S'+VS^+S'") (I)
Qu'on peut mettre sous la forme. (Voir la note A.)
■ :; y= -|- (S'+4S"-|-S'") (2)
Dans laquelle S" représente la surface d'un profil fait à égale distance entre les deux profils extrêmes
et L la distance entre deux profils consécutifs.
Lorsque le terrain est très-varié et qu'on ne peut pas considérer toute la face.comme un seul tronc de
pyramide, on en partage la longueur en un nombre pair N de parties égales et on fait à chaque division
développant et tirant la valeur de Ys 7? 77 on sVsrs"=2s"L.JL si
qui, mise dans la formule (ij donne 7- I (s' + * S'" + s").
— 29 ^
un profil qui joint aux deux profils extrêmes, en porte le nombre àN +1. En représentant les surfaces
de ces profils par S', S", S'"... Sn Sa+ 1 et par L, leur intervalle constant, on aura l'expression : -
V='-|- (s' + 4S" + 2S"'+4Siv + 2Sv+ 4-4S" + S"+') (3.)
Dans laquelle les S à indicé pair sont multipliés par 4 et tous ceux à indices impairs (à l'exception
des deux extrêmes) par 2.
Telle est la formulé générale dont la démonstration est facile, car, pour chaque tronc compris entre
trois profils consécutifs, on a la formule (2), et la somme de tous ces troncs partiels donne immédiate-
ment la formule (3)'.
TRANSPORT DES TERRES. — DIFFÉRENTS MODES DE TRANSPORTS. — ORGANE
SATION DES ATELIERS TANT POUR LES DÉBLAIS QUE POUR LES TRANSPORTS
DANS LES DIVERSES HYPOTHÈSES. — Lorsque les déblais doivent être déposés à une distance
horizontale qui n'excède pas 4 mètres, ou à une distance verticale qui n'excède pas -l"»60, ils sont jetés
à la pelle de première main ; ils peuvent être repris ensuite de deuxième ou troisième main, ce qui cons-
titue autant de relais àia pelle.
Mais quand la distance excède 8m horizontalement ou 3m20 verticalement, c'est-à-dire deux relais à
la pelle, il convient d'employer un autre mode de transport.
Suivant les moyens dont on dispose et les circonstances locales, le transport peut s'exécuter à la
brouette, au camion, au tombereau, à la hotte, au panier, à dos d'âne ou de mulet, au bourriquet,
à l'écoperche ou par la machine Coignet.
Les trois derniers modes s'emploient pour les transports verticaux.
Le relais, ou unité de distance, conserve la même valeur pour tous les moyens de transport.
Le relais vertical est de -lm80 ; le relais horizontal est de 30 mètres en plaine, en descente ou sur un
terrain moins incliné .que le dix-huitième et d'une longueur correspondante à une montée de 4 m60, lorsque
le roulage se fait sur des rampes dont l'inclinaison est égale ou supérieure à —.(Ecole de Fortification
de Campagne, page 17).
Ces distances sont celles que le rouleur peut parcourir (aller et retour) pendant que le pelleteur
charge une brouette contenant-0m033 de terre.
Quel que soit le mode de transport adopté, on doit, dans l'organisation des ateliers, faire en sorte que
tous les ouvriers qui en font partie, piocheurs, chargeurs, rouleurs ou porteurs soient tous occupés
sans interruption.
S'il s'agit du transport à la brouette, le nombre des travailleurs est réglé de là manière suivante
(Ecole de Fortification de Campagne, page 17) .-
Au déblai : un chargeur, avec le nombre de piocheurs nécessaire, suivant la nature du terrain, pour
assurer au chargeur une occupation continue. .
Au roulage : un rouleur, soit pour chaque relai de 30 mètres, lorsque le parcours a lieu de niveau ou
.i
sur des pentes inférieures a — ; soit, pour chaque distance correspondante à une montée de -tm60
lorsque le roulage se fait sur des rampes dont l'inclinaison est égale ou supérieure à ~ .
AU remblai : un régaleur et un dameur pour deux ou trois ateliers.
Quand le transport de la terre a lieu à moins de 30 mètres, le rouleur fait l'office de chargeur pendant
une partie du temps.
Chaque atelier doit avoir une brouette de plus qu'il n'y a de rouleurs, afin qu'il y en ait toujours une
auprès du chargeur.
8-
— 30 —
Lorsque le terrain l'exige, on garnit le chemin des brouettes de planches dites de roulage. Un prix est
inséré dans les bordereaux pour tenir compte de cette circonstance.
On estime qu'un terrassier peut pelleter ou charger dans une brouette -15 mètres cubes de terre à un
homme en dix heures de travail effectif. Chaque rouleur transporte la même quantité.
La civière est une sorte de brancard, portée par deux hommes, dont on se sert fréquemment pour le
transport des pierres de taille. Lorsqu'on veut l'employer pour le transport des terres, on la dis-
pose en coffre pouvant contenir 0mS055 et du poids de -100 kilog. environ. On compte qu'en dix heures
de travail deux hommes peuvent transporter à la civière 22 mètres cubes de terre à un relais. Ce moyen
est, comme on le voit, moins avantageux que la brouette qui permet à deux hommes un transport de
30 mètres cubes.
L'organisation des relais se fait d'une manière analogue à celle qu'on a déjà indiquée pour la brouette.
Le transport à dos, dans des hottes, s'emploie volontiers pour le déchargement des bateaux, et, en
général, quand la voie à parcourir ne permet pas l'usage des brouettes et des civières. La hotte contient
environ 0m 3033 (réduit à 0m 3027 pour le transport vertical). On estime que le travail journalier de dix
heures d'un homme transportant à dos des déblais à un relais se réduit à dix mètres cubes.
Ce moyen de transport comporte une disposition par relais comme le transport à la brouette. Il faut
seulement observer que le travailleur ou chargeur de la hotte ne peut y charger que 42mS000 environ
par journée de dix heures. (Analyse modèle, art. 85, page 21.)
Les paniers s'emploient pour les transports à peu près verticaux ou de médiocre importance. Chargés
de 0m 3041 environ de déblai, ils sont passés de main en main par les ouvriers debout sur des gradins de
4 m60 environ de hauteur. Un atelier peut ainsi élever -I 1 m 3000 par journée de dix heures. On remarquera
qu'il faut sur le gradin supérieur un ouvrier uniquement employé au déchargement des paniers, soit un
travailleur de plus que le nombre des relais : le premier relais doit donc être compté double. Quelques
ouvriers même peuvent être, en outre, nécessaires pour faire revenir les paniers à la charge.
Nous citerons encore comme moyen de transport l'âne ou le mulet de bât. Il s'emploie sur les fortes
pentes et dans des chemins difficiles.
Le camion est une petite voiture d'un mètre à peine de hauteur, pouvant contenir 0m 3200 environ de
déblai. Il est traîné par deux hommes et poussé par un.troisième ; sa vitesse moyenne est de 50m00 par
minute; il faut, en outre, deux minutes pour le décharger et pour le replacer à portée des chargeurs.
.Dans ce mode de-transport, on doit, comme pour la brouette, disposer l'atelier de telle sorte qu'il n'y
ait jamais de chômage, ni pour les rouleurs ni pour les chargeurs. Si cependant on ne peut éviter
quelque perle de temps, il vaut mieux dans tous les cas qu'elle porte sur les chargeurs que sur les rouleurs ;
mais, il est toujours facile de combiner le nombre des ateliers de chargeurs avec celui des voitures, de
manière à éviter toute interruption dans le travail. On met ordinairement deux chargeurs par atelier, en
admettant qu'un pelleteur peut charger sur un camion 42m 3000 de terre par journée-de dix heures.
(Analyse modèle.)
Le chargement par deuxhommes d'un camion cubant 0">200 exige moyennement cinq minutes. Si l'on
en déduit les deux minutes nécessaires pour le déchargement, il en reste trois pendant lesquelles le camion
peut parcourir 450 mètres, aller et retour. Il suit de là que l'emploi n'en saurait être avantageux pour le '
transport à moins de deux relais et demi, car autrement les deux chargeurs n'auraient pas le temps de
faire un second chargement pendant le transport du premier. Il y aurait donc perte de temps pour les
— 31 -
routeurs, à moins qu'ils ne chargeassent eux-mêmes le camion ; mais cette combinaison est inadmissible
comme opposée à la division du travail, c'est-à-dire à l'économie.
Les ateliers de transport doivent s'organiser pour le camion comme pour la brouette, lorsque la distance
à parcourir sera un multiple de 75 mètres.
Dans ce cas on aura :
Au déblai, deux chargeurs avec le nombre de piocheurs nécessaire, suivant la nature du terrain.
Au roulage : trois rouleurs, soit pour chaque distance de 75 mètres, lorsque le parcours aura lieu de
niveau ou sur des pentes inférieures à -^-, soit pour chaque distance correspondante à une montée de
4 mètres (lm60 X 2, 5), lorsque le roulage se fera sur des rampes dont l'inclinaison sera égale ou supé-
rieure à -^-.
Au remblai, un régaleur et un dameur par atelier.
Chaque atelier complet aura un nombre de camions égal au nombre des brigades de rouleurs plus un,
afin qu'il y en ait toujours un auprès des chargeurs.
Lorsque ladistance à parcourir ne sera pas un multiple de 75m00, on pourra encore éviter des pertes de
temps en modifiant le nombre des chargeurs.
Pour un transport à quatre relais ou 420 mètres, par exemple, la distance totale à parcourir sera de
240 mètres (aller et retour), lesquels, à raison de une minute ou 60 secondes par 50 mètres, exigeront 288
secondes, plus deux minutes ou 420 secondes, pour le déchargement, soit au total 408".
Les deux chargeurs n'ayant besoin que de 300", si l'on veut qu'ils emploient le même temps que les
rouleurs, il faudra les réduire dans le rapport de 4 à 3, c'est-à-dire mettre par camion ou par atelier
-|- X 2 ou ~ chargeurs ; en d'autres termes, trois chargeurs pour deux ateliers.
Il est à observer que deux ateliers de 2 chargeurs etGrouleurs, ou 4 6 hommes, pourront charger et trans-
porter au camion à 5 relais 48m 3000 de terre à un homme, tandis qu'à la brouette trois ateliers de un char-
geur et5 rouleurs, ou -18hommes, ne peuvent charger et transporter que 45m 3000 seulement ; ce qui montre
l'avantage du camion sur la brouette pour des distances de quelque importance, malgré l'augmentation
de travail qu'il entraîne au chargements
Pour les transports à grandes distances, le tombereau est encore plus, économique. L'avantage qu'il
offre sur la brouette et sur le camion, sensible déjà à trois relais, augmente beaucoup avec la distance.
Jusqu'à 20 relais, il convient d'employer le tombereau à un collier, et au-delà, le tombereau à deux
colliers ou même à trois colliers, dont les prix diffèrent peu jusqu'à 25 relais. {Analyse modèle.) Ces
résultats dépendent d'ailleurs des prix relatifs des journées de tombereaux et de terrassiers, ainsi que
delà capacité des tombereaux.
En résumé : d'après les prix ordinaires des journées de terrassier, de voiture, etc., on admet générale-
ment que le mode de transport le plus avantageux en plaine, jusqu'à 60m00 de distance, est la brouette,
puis la civière, la hotte et le panier ; de 00m00 à 90m00, c'est le camion ; de 90m00 à 600m00, le tombereau
à un cheval; de 600m00 à 2000m00, le tombereau à trois chevaux, et au-delà enfin la voiture à quatre
chevaux.
Pour simplifier ce qu'on va dire de ce mode de transport, on se bornera au tombereau à un cheval,
dont la contenance peut être évaluée à 0m 3400. La vitesse du tombereau est d'ailleurs en moyenne de
50 mètres par minute, et l'on met ordinairement trois hommes à la charge de façon qu'ils ne se gênent
point.
Voyons, dans celte hypothèse, quelle distance un tombereau pourra parcourir, aller et retour, pendant
le chargement d'un second tombereau destiné au même attelage.
On admet qu'un terrassier peut charger sur un tombereau 42ra 3000 en une journée de dix heures,
ou-lm 3 en 50'.—Le temps nécessaire pour le chargement du tombereau par un seul homme, serait
donc de. 0m 3 400 X 50,
et avec trois chargeurs de 0 ~ X 50, ou 6'40, soit 7'.
Pendant ce temps, le tombereau chargé devra aller au remblai, en revenir et être remis en place
devant les chargeurs ; on estime à 4' les pertes de temps pour le déchargement et la remise en place, i!
reste donc 3' pour l'aller et le retour. La vitesse du tombereau étant de 50ffi00 par minute, il pourra par-
courir pendant ce temps 150 mètres dont la moitié est 75 mètres ou deux relais et demi. Le tombereau
ne saurait donc être employé pour une distance inférieure à deux relais et demi sans perte de temps pour
l'attelage. Il n'est même vraiment avantageux qu'à la distance de trois relais.
Ainsi, pour transporter des terres à deux relais et demi avec un tombereau à un cheval, il faudrait : au
déblai, trois chargeurs avec le nombre de piocheurs nécessaire pour l'occupation continue des chargeurs; -
— au roulage, deux tombereaux, un attelage avec son conducteur; — au remblai, des régaleurs et
dameurs en nombre variable suivant les circonstances.
On trouvera de la même manière que pour transporter au tombereau à un cheval, de la terre à un
homme à 250 mètres, il faudra un atelier de trois chargeurs, deux attelages et trois tombereaux.
Une distance de 425 mètres exigerait trois attelages et quatre tombereaux avec trois hommes à la
charge. (Voir la note B.)
Le bourriquet se compose d'une caisse ou d'un panier et d'un treuil pour l'élever ; ses dimensions
ordinaires sont:
Circonférence de l'arbre du treuil 0,60
Longueur de id 4,30
Rayon delà manivelle 0,40
Longueur de . . id. 0,50
La capacité de la caisse est d'environ 0m 3033.
' On se sert du bourriquet pour extraire les déblais du fond des puits, pour élever les terres du pied au
sommet des revêtements et en général pour les remblais verticaux assez importants qui, par des raisons
de localité ou d'économie, ne peuvent pas se faire au moyen de rampes.
Dans le cas le plus favorable, c'est-à-dire lorsque lé déblai se fait au lieu même où se trouve la caisse
B. En général : soit C la contenance du tombereau, H le nombre d'hommes employés à la charge ■? i0ah ou — 50' sera le
temps nécessaire pour le chargement; Si l'on désigne par A le nombre des attelages — 50 X A sera le" temps dont disposeront
les chargeurs entre deux retours successifs d'un même attelage. Ce temps doit être égal à celui que mettra cet attelage à faire le
parcours.
Or, si D est la distance fadéhlai au remblai, la vitesse des chevaux étant de 50 mètres par minute, ~ sera le temps employé
pour l'aller et le retour et ~ +4' le temps total, y compris les pertes au remblai et au déblai ; on aura donc — 50' X A
- W + 4'; Equalion qui donnera une ** quatre quantités A, C, H ou D, lorsque les trois autres seront connues et qui permettra
d'organiser un atelier. Il est aisé de voir qu'on peut généraliser cette formule et l'appliquer aux divers modes de transports déjà décrits,
en modifiant le chiffre correspondant aux pertes de temps pour le déchargement.
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du bourriquet et le remblai au point où arrive cette caisse, on trouve que le bourriquet ne devient écono-
mique relativement à la brouette que pour une hauteur de sept ou huit relais.
Pour la bonne marche du travail, il faut cinq hommes à un bourriquet, savoir : un à remplir le panier,
deux à tourner la manivelle, et deux autres à décrocher le panier et le vider.
L'écoperche simple sert à transporter du pied au sommet des escarpes les brouettes toutes chargées.
Elle se compose d'un seul arbre de sapin, ayant environ ) 5 mètres de hauteur sur 0,25 à 0,27 d'équar-
rissage en bas, et 0,45 à 0,20 en haut, dressé à peu près verticalement au pied du mur et maintenu par
trois haubans. Une grande poulie placée à la partie supérieure et une poulie plus petite à la partie inférieure,
reçoivent un câble destiné à l'enlèvement de la brouette. Un cheval est employé à cette manoeuvre.
(FIG. 49, 20, 21,22, 23, et 24.) *.
-L'écoperche double s'emploie de préférence pour les terrassements importants. Elle est composée
(FIG. 47 et48) de deux arbres verticaux de 47 à 18m00 de hauteur sur 0,30 et 0,45d'équarrissage, par-
tant du pied de l'escarpement et maintenus dans leur position verticale par trois haubans. Ces arbres
sont espacés de 20m à 24m, suivant la hauteur à laquelle on doit élever les terres ; ils supportent chacun,
à leur partie supérieure, une roue à gorge ou grande poulie de 4m40 de diamètre, et à leur partie inférieure
une poulie de renvoi plus petite.
Les deux poulies de renvoi sont placées de manière à se trouver entre les deux arbres. Un câble de
80m environ de longueur et de 0m035 de diamètre s'enroule sur les quatre poulies, de manière que les
quatre cordons correspondant aux grandes poulies aient une position.verticale, et les cordons joignant
les poulies de renvoi, une position horizontale; à celte partie horizontale du câble est fixé un point
d'attache sur lequel s'exerce la traction du cheval cheminant au fond du fossé. La longueur du câble est
déterminée de telle sorte que l'une des extrémités étant amenée à la partie inférieure de la machine
pour recevoir le fardeau à élever, l'autre extrémité, correspondant à la seconde écoperche, se trouve, à
la partie supérieure, à la hauteur convenable pour qu'on puisse en détacher le fardeau déjà enlevé. Par
cette disposition, le cheval, dans son mouvement de va-et-vient, fait toujours monter un fardeau. La
brouette s'emploie aisément à l'ascension des terres ; à cet effet, on fixe à chaque extrémité du grand câble
trois petites cordes de4m40 de longueur : l'une est armée d'un crochet qu'on engage dans la roue d'une
brouette, les deux autres reçoivent à leurs extrémités un petit bâton d'une longueur un peu plus grande
que la largeur de la brouette, et qu'on place au-dessous des bras, contre les pieds.
Pour prévenir le ballottement du fardeau pendant le mouvement ascensionnel, on le maintient au moyen
d'un-plat-bord planté parallèlement à l'écoperche. et qui doit, concurremment avec elle, le guider dans
sa marche.
Les ouvriers employés en bas et en haut de la machine à accrocher et à décrocher les brouettes, ont
le temps, sans arrêter le travail, de les conduire à un demi-relais de distance.
Par ce procédé, un bon cheval bien nourri peut élever, dans une journée de dix heures, 70 mètres
cubes de terre à 42 mètres de hauteur, dans des brouettes pouvant contenir un dixième de mètre cube.
Le prix d'une écoperche double avec ses agrès est de 500 fr. environ.
Pour compléter ce qui concerne les moyens de transports verticaux, il nous reste à parler d'une
machine connue sous le nom de machine Coignet, du nom du capitaine du Génie qui l'a employée
le premier.
Coulomb établit par l'expérience, d'une part, que le travail utile d'un homme montant un escalier
avec une charge de 53 kilog., est, en dix heures, de 56 kilog., élevés à 4,000 mètres; et, d'une autre
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part, que l'action journalière d'un homme du poids de 70 kilog., montant un escalier commode sans
aucun fardeau, peut être évaluée à 205 kilog., élevés à \ ,000 mètres. 11 en conclut que, dans le premier
cas, l'homme consomme inutilement les 3/4 de son action et qu'il trouverait avantage à monter l'esca-
lier sans aucune charge, pour se laisser ensuite retomber par un moyen quelconque, de manière à
élever un poids à peu près égal à celui de son corps.
Cette observation a servi de base à l'établissement de la machine Coignet. (FIG. 25, 26, 27 et 28.) (Voir
les notes sur l'Analyse modèle, pages 42 et 44 ). Voici en quoi consiste cette machine :
Dans la gorge d'une poulie de grand rayon, soutenue en saillie au-dessus du remblai, passe une corde
portant deux plateaux. L'un de ces plateaux, reposant sur le sol du déblai, se charge d'une brouette
pleine, tandis que l'autre, à la hauteur du remblai, reçoit un homme assis dans une brouette vide.
L'équilibre étant ainsi à peu près établi, un autre homme parvient aisément à faire monter le plateau
inférieur au niveau du remblai. On peut alors substituer une brouette pleine à la brouette vide, pendant
que l'homme qu'elle contenait remonte par une échelle pour venir de nouveau servir de contre-poids.
Comme dans l'écoperche, on prend les moyens propres à empêcher l'oscillation des plateaux.
Cette machine est très-avantageuse pour l'exécution de transports verticaux importants à exécuter
sur un même point.
L'Analyse modèle estime, par aperçu, à 0 fr. 025 le prix du relais vertical, pour un mètre cube de terre,
au moyen d'un appareil de ce genre, tous frais compris; et la machine étant évaluée à 4,200 francs ; tandis
que pour le transport à la hotte, sur une échelle, ce prix varie de 0,20 à 0,45 entre deux et dix relais.
Dans ce qui précède, les divers modes de transport ont été examinés, principalement au point de vue
de leur mise en oeuvre. Le choix à en faire dépend des circonstances, de la nature des chemins, du
nombre d'hommes, du temps dont on dispose, et surtout des frais qu'entraîne leur emploi.
Cette dernière circonstance, étant la plus importante, les prix de tous les bordereaux sont établis sur les
principes de la plus grande économie, combinée avec le meilleur mode de travail. Au reste, dans les
travaux à l'entreprise, la disposition à donner aux ateliers est l'affaire de l'entrepreneur, auquel on indique
seulement de quelle nature de prix on fera l'application parmi ceux du transport à la brouette, au
camion, au tombereau, etc., qui figurent au bordereau.
ESTIMATION DU PRIX DES TRAVAUX DE TERRASSEMENT. — Les terrassements se
paient au mètre cube. Le prix du mètre se compose de ceux de la fouille, de la charge, du transport,
du régalage et du damage.
Pour la fouille, on admet qu'un pelleteur peut, dans une journée de dix heures, pelleter à longueur
de bras 15 mètres cubes de terre; de sorte qu'en divisant le prix de la journée d'un terrassier par 45, on
a le prix de la fouille du mètre cube de terre à un homme, auquel il faut toutefois ajouter les frais
d'outils et le bénéfice de l'entrepreneur. C'est le prix ainsi complété qui figure au bordereau.
Ayant le prix de la fouille du mètre cube de terre à un homme, on aura, en le doublant, celui du mètre
cube de terre à deux hommes. Cela est évident, puisque le piocheur et le pelleteur sont occupés en même
temps. Le prix du mètre cube de terre à trois hommes sera, par la même raison, le triple du premier.
Pour la charge, s'il s'agit de terre chargée dans une brouette, un panier ou une civière, il n'est rien
ajouté au prix de la fouille, et la terre à un homme est payée au même prix, soit qu'elle doive être sim-
plement déposée à longueur de bras, ou bien chargée dans une brouette, un panier ou une civière.
Il est établi un prix particulier pour le mètre cube de terre à un homme à la fouille chargée dans un
tombereau, un camion ou une hotte. Ce travail est assimilé au jet de la terre à la pelle, à la distance de
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deux à quatre mètres, et déposée sur une berge de 4m60 de hauteur au-dessus du terrain en excavation.
Pour en calculer le prix, on part de ce fait d'expérience, qu'en pareilles circonstances, un terrassier ne
peut pelleter que \ 2 mètres cubes par jour.
En ce qui concerne le transport des déblais, on a déjà dit que les bordereaux contiennent les prix par
relais du mètre cube, suivant les différents procédés employés. Le prix du transport à la brouette, à un
relais, en terrain ferme, est le même que le prix de la fouille, puisqu'il faut au rouleur pour parcourir
un relais, allée et retour, le même temps qu'au chargeur pour remplir une brouette.
Il suffira donc, dans tous les cas, pour avoir le prix du transport du mètre cube de déblai, d'évaluer le
nombre des relais et de lemultiplier par le prix élémentaire correspondant au procédé employé.
Pour évaluer le nombre des relais, on divisera par 30 1a distance entre les centres de gravité du remblai
et du déblai, si le transport s'est fait en plaine ou sur des rampes moins inclinées que le -jg- .
S'il existe dans le parcours des rampes d'une pente égale ou supérieure à — , on divisera par 1,60
la différence de hauteur entre les centres de gravité du déblai et du remblai, et le quotient sera le nombre
de relais verticaux auquel on ajoutera le nombre de relais horizontaux comptés séparément, comme il
a été dit ci-dessus.
Dans certains cas particuliers, il faut, au lieu de considérer à la fois tout le déblai et tout le remblai,
décomposer ce déblai et ce remblai en parties correspondantes, que l'on comparera séparément. Ainsi,
dans le cas indiqué figure 29, on cherchera le centre de gravité de la pa-tie cb, et la distance a g
sera à peu près celle qui devra représenter le nombre de relais à compter.
. Pour le cas de la figure 30, on cherchera les centres de gravité du triangle et du trapèze élémentaire
o g h et g f e h, et la distance c d de ces centres de gravité, indiquera le nombre de relais.
Dans le cas de la figure 31, on comparera le triangle a b o, avec le triangle de remblai b pe, et
le triangle obc avec le triangle bp d. On peut, dans l'évaluation des relais,-regarder la distance
des centres de gravité des deux premiers triangles comme horizontale, c'est un usage adopté quand le
rouleur descend avec la brouette pleine ; mais quant au déblai du triangle obc, il "faudra, pour évaluer
le nombre de relais, prendre la distance et la différence de niveau des centres de gravité r et s.
On ne compte pas d'autre fraction que le demi-relais.
Le régalage et le damage se font ordinairement à la journée, et c'est le mode qu'on doit préférer. S'il
en était autrement, il faudrait ajouter aux autres prix élémentaires celui qui se rapporte à ce travail.
EXÉCUTION DES REMBLAIS. — Les remblais doivent toujours être menés uniformément par
assises réglées de 0m20 de hauteur et de manière.que le versement soit fait à la naissance du remblai,
afin que les rouleurs passent successivement sur les terres déjà remblayées. On doit d'ailleurs suivre
exactement les niveaux, pentes et talus qui ont été fixés.
FAÇON DES TALUS. — Les talus des remblais se font au fur et à mesure que les remblais s'élèvent,
avec les terres les plus douces, passées à la claie s'il est néessaire, assises, par couches de 0ml 5 à 0m20 de
hauteur, bien menées de niveau, damées et dressées suivant les surfaces indiquées par les profils et de
manière à n'exiger aucune recharge. On doit avoir la précaution d'arroser les terres, quand elles sont
sèches, pour mieux les lier.
Les talus sont quelquefois revêtus en gazons ou en pisé. Les détails d'exécution de ce genre de revê-
tement sont suffisamment expliqués dans la 3e leçon du cahier d'instruction de la fortication de
campagne, pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y rien ajouter. On pourra consulter aussi la 2e leçon du
même cahier pour tout ce qui concerne l'exécution des remblais.
5e LEÇON.
SOMMAIRE.
Travaux de maçonnerie.
Murs de clôture et de bâtiment. — Forme de leur profil. — Détails d'exécution
des maçonneries : en moellons, en. pierres de taille, en briques, en pierres
sèches. — Crépis et enduits. — Jointoiements.
Ouvertures pratiquées dans les murs de bâtiments.— Nomenclature des diverses
parties d'une porte et d'une fenêtre. — Précautions qu'exige leur construction.
Voûtes cylindriques.—Nomenclature de leurs diverses parties.—Construction d'une
voûte. — Précautions essentielles qu'exige le décintrement. — Chapes des
voûtes. ' ' -
TRAVAUX DE MAÇONNERIE.
Les pierres sont les matériaux les plus utiles à l'art de bâtir. Les constructions exécutées en pierres
sont celles qui nous offrent l'abri le plus sûr contre toutes les influences extérieures et qui présentent le
plus de garantie de durée.
Le principe général des constructions en pierres consiste à en disposer les éléments de telle sorte
qu'ils se maintiennent par leur pression réciproque et à leur donner les formes les plus favorables à la
.résistance. Les pierres sont employées à l'état de pierres de taille, de moellons ou de briques, et pour
ajouter à la stabilité qui résulte de leur pesanteur et de leur disposition, on les relie par du mortier, du
plâtre ou du ciment.
Les murs sont des ouvrages de maçonnerie qui prennent des noms différents suivant leur destination :
MURS DE CLOTURE.
Les murs de clôture sont ceux qui servent à renfermer une cour, un jardin, ou un terrain quelconque.
Us peuvent être construits en pierres sèches, en moellons maçonnés avec du mortier de terre oude
chaux et sable. Les plus solides se font en moellons piqués avec chaînes en pierre de taille
espacées de quatre en quatre mètres et larges de 0m70 environ.