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Grande conversion de Buonaparte, entreprise et exécutée par le gardien des malfaiteurs et des fous qui doivent être envoyés à l'île Sainte-Hélène

38 pages
Darnault-Maurant (Orléans). 1815. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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GRANDE
CONVERSION
DE
BUONAPARTE.
INTERLOCUTEURS.
BUONAPARTE.
Le gardieu des Brigands et des Foux de la maison
de Bedlam.
Sa femme.
Madame LAETITIA, mère de Buonaparie.
Le Sieur BERTRAND, défenseur de Buouaparte,
Le maréchal NE Y.
Plusieurs Voyageurs des différentes contrées d'Europe ,
d'Afrique , d'Asie et d'Amérique.
La Scène se passe à bord du Vaisseau
BELLEROPHON,
GRANDE
CONVERSION
DE
BUONAPARTE
ENTREPRISE et exécutée par le gardien?
des malfaiteurs et des foux qui doivent
être envoyés à l'île Sainte-Hélène.
A ORLÉANS,
Chez DARNAULT - M A U R A N T , Imprimeur-Libraire,
rue des Basses-Couttières , n°. 2°.
AOUT I8I5.
GRANDE
CONVERSION
DE
BUONAPARTE
ENTREPRISE et exécutée par le gardien
des malfaiteurs et des foux qui doivent
être envoyés à l'île Sainte-Hélène.
SCÈNE PREMIÈRE.
BUONAPARTE.
CIEUX et terre ne frémissez-vous pas en voyant
l'étal humiliant où je me trouve réduit aujourd'hui! Quoi,
regarder comme un brigand et un fou celui qui a étonné
toute la terre par la grandeur et l'immensité de ses
projets ! celui dont le nom, les actions et les exploits
retentissent, depuis vingt ans , dans toutes les parties du
globe ; celui devant qui toutes les nations se taisaient
d'admiration ou d'effroi; celui dont les Princes et les Rois
recherchaient, avec tant d'empressement, la faveur et
la protection; celui qui, d'un seul acte de sa volonté/
■avait renversé et récréé tant d'Etats, de Gouvernemens
I
(2)
et de Tloyaumes ; celui qui, semblable au tout-puissant,
était sur Je point de donner une nouvelle existence au
inonde , et de le retirer du cahos où il était retombé ;
celui , enfin . que les philosophes , les orateurs , les aca-
démies , et l'auguste sénat avaient publiquement proclamé
comme le plus grand génie qui jamais eut paru dans
l'univers!.... Eh bien, c'est moi qui suis maintenant
rassasié d'opprobres et relégué avec ce tas de misérables
regardés comme le rebut de la nature , et l'exécration
de la terre!... Oh, s'il est une providence, s'il est un
Dieu qui daigne «'intéresser à ce qui se passe ici bas,
comment peut-il souffrir qu'on outrage si indignement
celui, oui je le dis sans vanité, celui qui est incontes-
tablement sa plus parfaite image.... O vous témoins de
mes grandes et sublimes actions, n'êtes-vous pas épou-
vantes de voir le héros du siècle assimilé à cette foule
impure d'insensés et de scélérats qui sont le fléau de la
société! ... Oh que ne puis-je lever ces bras si honteu-
sement chargés de fers, ces bras qui ont porté tant de
coups si redoutables ! Que ne puis-je les décharger sur
mes ennemis , sur les ennemis de la France ! Que ne
puis-je encore paraître à la tète de mes légions invin-
cibles, et que j'ai si souvent cenduites à la victoire !....
O toi infame Albion , et vous barbares échappés des
glaces du nord, bientôt vous vous cacheriez dans la
poussière , et je pourrais encore vous faire entendre çeltp
parole foudroyante : VOTRE RÈGNE A CESSÉ.
Le gardien des foux. Quel diable de vacarme vient
donc de frapper mes oreilles?... Quoi, c'est cet énergu-
mène qui après avoir troublé le repos du monde entier,
jose encore faire entendre sa voix infernale dans ces
sombres demeures !
Buonaparte. Sac... mille .morts. .. nom d'un tonnerre,
ainsi outragé par la plus vile canaille, moi devant
(3)
qui n'aguères rampait humblement tout ce qu'il y avait
de plus grand sur la terre !... N'est-ce pas recevoir et*
mourant le coup de pied de l'âne , et par conséquent
mourir deux fois pour une .'
La femme du geolier. Comment misérable aven-
turier, tu oses traiter not' homme de canaille , et le
comparer au plus vil des animaux, lui qui pendant
trente ans a combattu , sans lâcher pied sur terre et
sur mer ; lui qui a versé tout son sang et reçu tant de
blessures mortelles sur son pauvre corps; lui qui a mérité ,
par ses services, d'être le gardien de tous les foux , de
tous les furieux et l'honneur de leur donner de la
raison , s'il est possible ; lui qui n'a jamais donné une;
chiquenaude à qui que ce soit, si ce n'est pour obéir x
son Roi et défendre sa pairie. . . Tu oses lui parler ainsi ,
loi qui sans rime ni raison , a fait pleurer le monde
entier ; toi qui as l'ame plus noire que tous les diables
de l'enfer ; toi qui a commis plus de crimes qu'il y a dp
poils dans ta chienne de crinière ; toi qui as envoyé plus
de cent mille millions de monde dans la marmite de
Lucifer ; toi qui ....
Le geôlier. Tais-toi, ma femme , ce n'est pas par la'
colère qu'on peut ramener les foux à la raison , c'est
par des bains froids et de bons bouillon; mais quand
ils sont furieux , alors le Stick et le Bulls-pizzle vont
leur train, et tu sais comme je m'en acquitte , ma femme j
aussitôt qu'il aura quelques momens lucides , je me servirai
alors de toute ma raison , pour lui prouver qu'il est le
plus grand de tous les chenapans , le plus redoutable de;
tous les rascals et des monstres qui ait jamais affligé
la terre.
Madame Laetitia. Grand Dieu ! mon fils, mon cher fils y
un fléau , un scélérat, un monstre ! moi qui en le mettant
au monde avais crus faire à la terre un présent d'un
(4)
prix inestimable ! Moi qui m'enorgueillissais d'avoir pro-
duit un chef-d'oeuvre unique en son genre, un être
extraordinaire et dont les vertus et les hauts faits, en
le conduisant à l'immortalité , devaient me rendre immor-
telle comme lui !
La femme du geôlier. Taisez-vous chienne de carogne ,
ne me forcez pas à dire tout ce qu'on m'a appris sur
votre compte. Oui , Madame l'Oisiveté , ou autrement
la mère de tous les vices. vous serez vous et voire (ils
immortels , comme le diable le sera lui-même dans l'enfer,
belle immortalité !
Le Sieur Bertrand. Laissez-moi prendre moi-même CH
main la défense de mon ami , de mon maître , de mon
Empereur ; c'est à moi à faire valoir se:, talens , ses
vertus , ses services ; on sait qu'il en coûterait trop à sa
modestie, pour parler avantageusement de lui-même.
Le geolier. Oh , pour le coup , c'est bien la première
fois qu'on s'est avisé de parler de la modestie de Buonaparte.
Au reste, commencez votre panégyrique, en attendant
que dame justice fasse publiquement votre éloge cl celui
de votre illustre ami.
La femme du geolier. Ah , pardi rien de plus aisé que
de mentir ; il n'a qu'à répéter mot à mot tout ce tas
de sottises , de pourritures que ces journalistes fiançais
Vendaient à tant la page, à tous ceux qui avaient la
bêtise de les lire et de les croire.
Bertrand. Qu'on interroge tout l'univers et tout l'uni-
vers se joindra à moi pour parler en sa faveur ; et il
n'appartient pas à des ignorans comme vous de contre-
dire la voix du monde entier.
La femme du geolier. Comment not' mari tu souffres
que ce gredin ose nous parler ainsi. Comment traiter
d'ignorant un homme comme toi ! un homme qui a
étudié jusqu'en philosophie ; un homme qui lit tout les
( 5 )
jours tant de beaux papiers, comme le Times , Té
Morning-Chronicle, et une kirielle de je ne sais combien
de milliers d'autres dont je ne peux pas déchiffrer le
nom ; loi qui a fait ton tour du monde , et qui saie
mieux le français que ceux qui l'ont composé... Allons,
courage , mon ami, sois aujourd'hui le convertisseur de
ce pauvre diable de défunt Empereur et. de sou amo
damnée , qui apparemment a fait jusqu'ici le métier
d'avocat des causes perdues. Si lu as besoin de ma langue
pour l'aider un tant soit peu, elle esta ton service.
Tu sais que je l'ai assez ben pendue , je m'en vante.
Et toi ( en s'adressant. à Bertrand ) parles donc maraud ,
et voyons comment tu t'y prendras pour défendre la
chienne de cause. Mais prends ben garde à ce que tu.
vas dire , car l'as affaire à bonne partie. C'est un fin
merle que not' mari , vas.
Bertrand. Ce ne sont pas seulement les écrivains
français , mais ceux de l'Angleterre même , l'éternelle
rivale de la France , qui ont rendu hommage aux sciions
héroïques et au génie du l'incomparable Buouaparte ; et
tous les jours ne voyez-vous pas une multitude d'Anglais
qui ne cessent de se présenter ici pour voir ce prodige
de la nature ?
Le geolier. Si votre Buonaparte a trouvé des louangeurs
en Angleterre , ce n'est que dans le parti de l'opposition ,
et parmi les ennemis de notre bon Roi, de la religion
et de l'humanité. Il avait grand soin de soudoyer quantité
de mauvais garnemens , dans tous les états de l'Europe,
pour y exciter la révolte , et s'y faire des partisans.
C'est pour cela qu'il a pressuré la France comme une ,
éponge , et qu'il l'a accablée de dettes immenses dont
elle lie se relèvera pas d'ici à cinquante ans. Si d'ailleurs
il se présente toujours une si grande foule autour de
votre prétendu, grand homme , c'est qu'on est toujours
(6)
curieux de voir des monstres ; et c'est précisément pour
jouir d'un pareil spectacle , qu'il vient d'arriver ici des
étrangers de tous les pays. Français , Italiens , Espagnols ,
Allemands , Russes , Afriquains , etc. Il n'y a qu'à le»
appeller , ce seront autant de témoins qui déposeront pour
ou contre cet admirable prodige de la nature. A demain
donc la continuation de notre conférence.
SCÈNE SECONDE.
Tous les étrangers ci-dessus nommés se rendent au lieu
de la conférence.
Le Sieur Bertrand, Messieurs, je suis charmé de vous
Voir tons assemblés ici. J'espère qu'il n'y en aura pas
un seul parmi vous qui ne rende hommage aux talens ,
au courage , à la bonne conduite à l'humanité , à toutes
les vertus, en un mot, de l'incomparable Buonaparte,
et aux services immenses qu'il a rendus à tous les peuples,
à tous les pays ou il a porté ses pas. Et comme la
religion est le plus ferme appui des Empires , il est
nécessaire de vous rappeller d'abord tout ce qu'il a fait
pour elle , et dans la France et dan* tous les autres
états de l'Europe.
La femme du geolier. Ah oui , c'est un fier chrétien
que ton Buonaporte , lui qui arrivant en Egypte, pro-
mettait de se faire Turc, et de faire circoncire toute son
armée. Ah, le vilain gueux d'apostat qui voulait ainsi
ranoncer à notre bon Jésus-Christ, et à s» part dan*
le ciel, pour avoir snr la terre un sérail tout composé
d'un tas de g .. . et de p !
Bertrand. Ne parlons pas de ce qu'il a fait en Egypte.
C'était uniquement pont-gagner les Turcs qu'il en agissait
ainsi. Mais pouvez-vous oublier ce qu'il a fait dans la
(?)
France en faveur de l'église? N'est-ce pas lui qui à ouvert
les temples, rétabli la religion, et doté les évêques ét-
les curés? N'est-ce pas lui qui,-pour donner dés preuve»
de sa foi , a voulu être sacré par le chef de l'église,
et a promis publiquement de rester toujours attaché à
la chaire de St-Pierre?
Un Français. Oui, il a bien ténu sa parole, le mal-
heureux hypocrite. S'il a fait semblant de vouloir rétablir
en France le culte catholique, c'est par le même motif
qui l'engeait à se faire Turc en Egypte, c'est-à-dire ,
pour attirer à lui la grande majorité des Français qu'il
savait être encore attachés à leur antique religion. Mais
il n'avait que trop manifeste ses sentiment perfides dans
la lettre qu'il avait écrite, au directoire , en disant qu'il
fallait insensiblement étouffer la religion, en faisant sent
blant de la caresser. Et ses sentimens n'on-tils pas paru
avec la plus grande évidence, depuis qu'il a été revêts.
de la souveraine puissance ? Ne s'est-il pas montré effec-
tivement l'ennemi le plus déclaré de la religion , en
accablant d'humiliations ses ministres, en ne leur donnant
qu'une misérable pension qui souvent Htéme ne leur
était pas payée, et qui d'aileurs ne les empêchait pas de
vivre dans la misère, tandis qu'il accablait de trésors
ceux qui favorisaient son ambition , on qui avaient la
Bassesse d'encenser ses forfaits ?... Il s'est fait sacrer par
le Souverain Pontife, il est vrai; mais n'a-t-il pas traité de-
la manière la plus humiliante et la plus barbare ce Pontife
respectable qui, accablé d'infirmités et d'années, avait
consenti à faire un si long voyage, afin d'adoucir, par
ce moyen, l'esprit du tyran , et de le rendre plus favo—
rable à la religion? Et comment à-t-il- payé sa com-
plaisance ? En violant indignement toutes les promesses
qu'il lui avait faites; en exigeant de lui des sacrifiées aux
quels il ne pouvait consentir sang trahir sa couscience
(8)
en le retenant pendant plusieurs années lui et les rardf-
tiaux dans la plus dure captivité, en les privant nvéme-
des choses les plus nécessaire à la vie , ( 1 ) en osant
le dirai-je , oui, en osant même lever la main sur ce
vieillard vénérable qui était l'objet du respect et de l'ad-
miration de toute l'Europe. ( 2 ) En peuplant les cachots
de Vinccnnes de prélats illustres qu'il savait être attachés
au St.-Siège; en voulant établir un schisme qui,, si son
règne eut duré plus longtems , aurait totalement anéanti
la religion dans la France, etc., etc., etc,
L'Italien. Oh ! je n'oublierez jamais la manière dont
ses infâmes satellites se sont conduits envers cet auguste
Pontife en qui l'on pouvait admirer autant de vertus
que l'on compte de vices dans sou cruel ennemi. Oui,
je l'ai vu ce respectable vieillard arraché avec violenter
de son palais, entouré de gendarmes et de soldats dont
plusieurs frémissaient eux-mêmes d'être obligés d'exécuter
un ordre si barbare ; j'ai vu. tous les habitans de la ville
de Rome fondre en larmes à son départ. J'ai vu ....
La femme du geolier. Oh , la larme m'en vient aussi à
l' oeil, à moi; eu entendant toute celle épouvantable kirielle.
Je ne suis pourtant pas de la religion de ce bon Pape. Eh
bien , je ne peux m'empêcher d'en avoir le coeur tent
transi. Oh pourquoi n'esl-il pas venu dans notre pays,.
au lieu d'aller dans celle chienne de France ? comme
(i) Nous connaisons plusieurs personnes qui se sont fait un
devoir d'offrir des secours considérables , tant an pape qu'aux cardi-
naux. Mais ils n'ont voulu accepter que ce qui leur était absolu
ment incompensable pour ne pas succomber sous le poids dé la
misère où les avait réduite leur barbare persécuteur qui s'était ,
sans pudeur , emparé de tous leurs biens.
(2) Nous tenons ce fait du cardinal même qui a détourné le
coup, dont voulait le frapper le doux et bienfaisant Buonaparte.
( 9 )
je l'aurions embrassé de tout notre coeur, ainsi que ce»
bons prêtres Français à qui cette damnée de convention
avait donné une si vilaine chasse. Eh bien , je ne les
aurions pas changé pour toute la convention ensemble-,
quand elle nous aurait donné encore son vilain Buonaparte
de retour.
Le Français. Mais ce n'était pas seulement l'église
romaine qu'il voulait détruire en France , c'était, dans
la réalité, toute espèce de religion. Tous ses misérables
journaux n'étaient-ils pas souillés de calomnies et de
diatribes atroces contre ce qu'il y a de plus sacré dans le
ciel et sur la terre, sans qu'il fut permis d'écrire un
seul mot en faveur de l'évangile et de Dieu même ? Son
infame Pommeruil , qui voulait que tout le monde fut
athée comme lui , n'empêchait il pas d'approcher du
temple de la vérité, avec autant de vigilance et de
fureur, que Cerbère défendait autrefois l'entrée des
-enfers ?
Bernand. Mais si l'on ne peut faire un saint de mon
héros, au moins ne peut-on nier qu'il ne soit un des
plus grands conquérans qui ail paru dans le monde. Toute
la terre a retenti du bruit dé ses exploits; partout où
il a porté ses pas, ils ont été marqués par autant de
prodiges; et il n'a fallu rien moins que l'union de toute
l'Europe, pour mettre des bornes à ses victoires.
Le geôlier. Eh, que sert un conquérant pour le bon-
heur des peuples? Les Alexandre, les César, les Gen-
giskan, les Tamerlan ont-ils rendu plus heureux et
leurs peuples et ceux qu'ils ont conquis ? Ceux qui osent
louer un conquérant, a dit un orateur français, mérite-
raient de l'avoir pour maître. La France a eu ce malheur ;
et pendant un siècle, elle et toutes les nations de l'Europe
se ressentiront d'un pareil fléau.
Tous les étrangers se lèvent ensemble. Oui toutes les
nations de l'Europe entière, toutes celles même de»-
autres parties du monde ne pardonneront jamais à la
France d'avoir vomi sur leur terrain un si épouvantable
fléau....
La femme du geôlier. Ali, Madame la Mère-la-Joio,
avouez donc que vous devriez bien changer voire nom.
en celui de la Mère-des-Douleurs, puisque vous en avez
tant causé à toute la terre, en mettant au monde ce
vilain mangeur d'hommes, cet enragé buveur de sang
humain.
lie geôlier. Examinons, d'ailleurs, quels sont les exploits-
de votre prétendu héros , et si le talent, le vrai courage,
la justice , l'humanité et l'amour de la patrie les ont
accompagné.
Le Français. Oh, pour l'amour de la patrie, je crois-
qu'il ne se trouvera personne assez téméraire pour mettre
cette qualité au nombre de celles qui doivent former
la couronne de Buonaparte. Un homme qui, pour satis-
faire son ambition démésnrée et exécuter ses projets
gigantesques, a imaginé cette affreuse conscription mili-
taire qui a transforma en soldats tout ce qu'il y a
d'habitans dans la France; un homme qui, par cette
invention diabolique, a ruiné les arts, l'agriculture, le
commerce , les bonnes moeurs , et dépeuple le plus beau
royaume de l'Europe; un homme qui a porté la désolation
dans toutes les familles ; un homme qui a rendu notre
nation l'horreur et l'exécration de toute la terre, de
telle sorte qu'un Français n'oserait maintenant voyager
dans aucun pays de l'Europe, sans être exposé à là
vengeance et à la fureur des peuples presque tous dévastés
par les calamités affreuses que la guerre a portées dans
leur sein ! Un tel homme n'est-il donc pas le plus grand
ennemi de sa patrie, et même du monde entier ?
Bertrand. Mais si le monde ne peut aimer Buonaparte,
(11)
au moins a-t-il appris a redouter la France, à connaîtra
sa puissance , l'immensité de ses ressources-, et à admirer
celui qui la gouvernait.
Le geôlier. Mais quel est le royaume qui ne parvien-
drait pas également à se faire redouter , s'il vomissait
sa population entière sur les états qui l'environnent ?
Si la Russie et l'Autriche eussent voulu employer des!
moyens aussi dévastateurs, ne fussent-ils pas devenues
la terreur de la France , comme la France l'a été de toute
l'Europe Vous vantez les talens et les ressources dur
génie, de votre Buonaparte. Je n'ai pas , je l'avoue , des.
connaissances assez étendues sur l'art militaire pour ap-
précier les talens des généraux ; mais tout le monde ne
sait-il pas que c'est presque toujours par la trahison f en
achetant le secret des cours, en gagnant à force d'argent
les chefs des troupes ennemies, qu'il est parvenu à réussir
dans ses projets ? Ne sait-on pas , surtout, que lorsqu'il
remportait la victoire , c'est qu'il avait des armées trois
ou quatre fois plus nombreuses que celles qu'il avait à
combattre , et que ce n'est qu'à force de sacrifier des
hommes, qu'il Venait a. bout de triompher ? Aussi est-il
certain que son malheureux règne a coûté plus de monde?
à la France, que ne l'avait fait jusqu'ici un siècle entier
de guerres les plus désastreuses. Non , il n'est pas une
seule famille qui n'ait à gémir sur les pertes les plus dou-
loureuses et les plus sensibles. En un mot , quatre ou
cinq millions d'hommes ou massacrés ou morts 1 de misère,
voilà le fruit de l'ambition diabolique de. celui que vous
osez appeller un héros.
Bertrand. Mais tels sont les malheurs qu'entraînent
après sot toutes lés guerres. Et ces malheurs n'auraient pas
existé, si les états voisins n'eussent pas voulu se mêler
dés affairés de la France. Buonaparte à cru devoir son"
venir son indépendance et les droits qu'elle lui avait con-

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