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Grands services rendus à la France par Napoléon, ou Considérations politiques sur l'art de la guerre et du gouvernement , Ouvrage utile aux princes, aux généraux et à tous les officiers militaires. Par F. M*****

De
61 pages
marchands de nouveautés (Paris). 1815. France (1815, Cent-Jours). 59 p. ; in-8.
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GRANDS SERVICES
RENDUS A LA FRANCE
PAR NAPOLEON,
ou
CONSIDÉRATIONS POLITIQUES
SUR L'ART DE LA GUERRE
ET DU GOUVERNEMENT.
GRANDS SERVICES
RENDUS A LA FRANCE
£ > PAR NAPOLÉON,
, ou
CONSIDÉRATIONS POLITIQUES
SUR L'ART DE LA GUERRE
ET DU GOUVERNEMENT,
Ouvrage utile aux Princes, aux Généraux et à tous les
Officiers militaires.
PAR F. M * * * *
PAKIS,
Chez BÉCHET, Libraire, quai des Augustins, n0. 63;
et tous les marchands de nouveautés.
1815.
1
GRANDS SERVICES
RENDUS A LA FRANCE
PAR NAPOLEON,
OU CONSIDÉRATIONS POLITIQUES SUR L'ART DE
LA GUERRE ET DU GOUVERNEMENT.
WWV\A"WMW\^WVW^nWWW\VWWVV>W>W\WVWW\V\\WW\W* VWAAAWWV*
PREMIÈRE PARTIE.
ART DE LA GUERRE.
Tel est le monarque, tel est le gouverne-
ment, telle est la nation. Tout s'élève sous les
yeux d'un chef illustre ; tout s'abaisse sous
ceux d'un prince obscur. Un grand souverain
donne la puissance à sa nation ; un souverain
.foible la lui ôte. Une monarchie s'élève ou
tombe avec le monarque qui la gouverne.
Leurs mouvemens sont inséparables. L'his-
toire de France, d'Espagne, d'Angleterre, les
histoires de chaque nation démontrent ces
vérités.
Sans l'heureux retour que nous célébrons,
( 2 )
la Françç eûjt bientôt dégénéré de sa haute ré-
putafeiem Des peapies n'ont des souverains que
pour veiller à leur conservation. C'est cette
convention, cette confiance des peuples qui
donnent le jîus grand éclat au trône. Un mo-
narque doit réunir les fonctions du généralat
: et do geuvefnénient. comme un grànd général
doit réunir$i'-art de çoii^laayre et de v-aincre,
celui de négocier et de gouverner. L'un et
l'autre doivent savoir la, gi^er^e, savoir quand
il faut la faire, savoir où il faut la faire, savoir
comment il faut la faire , savoir quand il faut
cesser de la faire, savoir enfin comment il faut
rester en paix, comment et-qusmd il faut cesser
d'être en paix. Avons-nous pu admirer ces con-
noissances dans le prince que la trahison dvuit
placé pendant une année sur un trône qii?ti"ajj-
vpârtefioit érelleûient qu'au grand Niipoféon ?
Dans Créroi et toute sa famille, quelle ignorante
profohde de rart mifitairè, de cette adroite po-
litique qui doit diriger la conduite d'une ma-
nière analcjgue aux beftips, aux lieux , ati cà-
ractère dtrp-eupte, -à ses mcènrs et à ses ôpr-
nions ! Que penser d'un prince qui se fait vltir
1>lus sonvelfrt avec des moines et des prêtres,
qu'à la tête de ses bataillons et du gotfrerne-
ment de ses peuples, loï^tr'-fl- règne sur -des
( 5 )
i.
peuples belliqueux tels que les Français ? Qu'on
voie en lui de la religion ; mais elle ne doit pas
couvrir le monarque et le général. Quelle con-
fiance peuvent inspirer de tels chefs à des ar-*
mées! C'est la confiance portée jusqu'à l'en-
thousiasme qui fait le sort des combats. ,,'opi-
nion qu'une troupe a d'elle-même dépend sur-
tout de l'idée qu'elle a de son chef.
Le souverain d'un Etat militaire doit donc
être le premier des soldats qui le soutiennent.
Dans ses goûts, ses études, ses occupations et
ses plaisirs mêmes, il doit faire connoître qu'il
est soldat. S'il ne peut point le paroître, ses
soldats le mépriseront ou l'imiteront. Français,
ce prince incomparable qui règne à présent
sur vous, a fait parbïlte dans ses entreprises
militaires plus d'intrépidité, plus de grandeur
d'ânte qu'aucun des Grecs et des Romains les
plus célèbres. Le Ciel pouvoit-il vous donner
un modèle plus beau , plus puissant , plus
digne de vous, plus capable de AOUS déter-
miner à marcher toujours sous ses drapeaux
dans le chemin de la gloire? Pour le bonheur
du genre humain, des hommes aussi braves ,
aussi bien faisans, aussi précieux d( troient être
souverains d'un empire aussi vaste que le
monde, et être immortels.
(4 )
Nous serons pleinement convaincus -de la
grandeur du bienfait que la Providence nous
a accordé dans la personne auguste de rEm->
pereur' Napoléon, en réfléchissant que le bon:-
heur et la gloire d'une nation exigent que son
chef soit un habile guerrier et un grand poli-
tique. Dieu seul peut subsister par lui-même,
par la nécessité,de son être. Tout ce qui existe,
après lui doit son existence et sa conservation
à des ca y ses connues , à des causes secrètes.
Ces causes remontent à d'autres causes, et
ainsi de spite jusqu'au premier principe de
toutes choses. Les empires sont souirtis à la
même loi. Ils ne se foadent, ne se soutien-
nent, ne se, conservent que par la force des
armes. Un,léger tableawçle l'histoire du monde
jusqu'à nos jours , nous prouvera le malheur
des pays gouvernés par des princes foibles, et
la prospérité de ceux régis par des héros ca-
pables de maîtriser et de repousser les fléaux
des guerres les plus menaçantes.
Les hommes habitant les mêmes cantons
ont .pu se réunir, se lier d'amitié , former des
sociétés et fonder des empires ; mais sans nous
arrêter à çette possibilité, consultons l'his-
toire, pénétrons par son .secours dans les
temps les plus reculés et dans les pays les plus
( 5 )
éloignés. Nous verrons que tous les royaumes
se sont formés par les armes ; que la guerre a
commencé aussitôt que la terre a été peuplée,
et qu'on peut présumer hardiment qu'elle du-
rera autant de temps que la terre continuera à
être habitée.
La vertu a fait des hommes souverains, la
fortune en a élevé quelques-uns à ce haut rang,
la naissance en a placé grand nombre sur le
.trône. Mais le nombre des hommes faits mo-
narques par les armes est le plus grand ; et
aucuns ne se sont maintenus que par les armes.
Les preuves de ceci sont très-multipliées dans
l'histoire. Un coup-d'œil sur le précis de l'his-
toire nous en convaincra.
ARTICLE PREMIER.
En quoi consiste la force d'un État?
La force des armes constitue la force d'un
Etat. Seule elle fonde, élève, soutient et ren-
verse les empires.
-Il est vraisemblable que la plupart des socié-
tés naissantes subsistèrent long-temps avant
que de mettre la guerre au rang des arts.
Dans le premier âge, on étoit sans doute
bien éloigné de songer à réduire en règles le
(6)
malheur de détruire son semblable. Si l'on for-
geoit des armes , ce n'étoit que.pour s'en ser-
vif contre les animaux. Si quelque particulier
les tournoit contre un citoyen, c'étoit l'effet
d'une fureur et d'une vengeance subites, bientôt
réprimées par les lois contre ceux qui man-
quoient à l'union et à la bienfaisance, sans les-
quelles nulle société ne peut se former.
Ces temps heureux n'ont pas duré. Ils ont
à peine protégé le berceau du genre humain.
Les loups , les tigres , ni les lions n'eurent
point de férocité envers leur espèce ; et l'homme
persécute son semblable, au point qu'il y a
plus à craindre pour lui dans la ville la plus
peuplée , qu'au milieu des sombres forêts de
la Sibérie. Et par une nécessité bien humi-
liante pour l'homme, le plus meurtrier des
arts est devenu le plus essentiel. La nation qui
en reconnait une autre plus instruite qu'elle
dans cette science, est. une nation perdue ; de
quelqu'avantage elle, ait d'ailleurs à se glori-
fier, soit de sa population, de son or, de son
commerce, de ses manufactures ; elle devien-
dra la proie de la puissance belliqueuse. Aucun
empire ne s'est formé, aucun ne s'est maintenu
que par les armes. Nous allçms, par des faits
constaos ? nous convaincre de cette vérité.
(-71)
L L'an avant J. C,, Nelprod, arrière.,
petit fils de Noé, et qui régna le premier à,
Babylone , fut un grand chasseur, Ce prince
s'attira l'amitié des peuples qu'il protégea
contre l'attaque des bêtes. Il prouva dans ses
compagnons de chasse des soldats apcoutymés.
à la fatigue et à une certaine discipline, Il se,
crut le plus fort, et s'empara de la sçuveraine
autorité.
Belus, fils de jNemrod, fut le premier qui
fit la guerre, C'çst 4e là qu'elle a été * appelée
bellum. Diodore de Sicile croit que Belus est^
le même que Mars , qui, forma les premiers
soldats. ;
Codorlahomor, roi d'Eclam, est le plus
ancien conquérant dont il soit parlé dans l'his-
toire après Belus.
Après lui Ninus, Sémirainis, Zapeis mon-
tent sur le trône , et s'y affermissent par les-
armes. De plus de trente rois qui commandè-
rent ensuite, un seul ne fit point la guerre,
laissa respirer l'Asie, et gouverna en sage,.
L'an 785 avant J.-C., Sardanapale enfin
termine cette longue suite de rois, dont le,
nombre est incertain. Ennemi du tumulte, du:
désordre et de la guerre, il s'çn ferme dans son
palais et s'endort dans Ja molesse. Alors deux
( 8 )
de ses lieûtenans, pensant être seuls dignes de
régner, parce que seuls ils savent l'art mili-
taire et respirent la guerre au milieu de la tran-
quillité publique, ils attaquent et détrônent
leur monarque efféminé. L'ayant contraint de
se donner la mort, ils envahissent el partagent
ses domaines.
Ainsi se démembre l'empire des Assyriens,
après avoir tenu FAsie pendant plus de qua-
torze cents ans; et c'est sous le seul prince qui
ne veut pas s'appliquer à la science des armes,
qu'il s'anéantit.
De nouveaux rois se succèdent tant à Ni-
nive qu'à Babylone. Tous s'élevèrent et se
rendirent célèbres par leurs armes.
L'an 556 avant J. C. Cyrus paroit. Par sa
vertu et par ses armes, il réunit la Syrie et la
Médie à la Perse, et fut le fondateur du plus
,vaste empire qui eut jamais existé.
Ses successeurs trouvent encore leurs li-
mites trop étroites. Ils envoyent dans la Grèce,
qui se distinguoit alors en Europe, des ar-
mées innombrables qui périssent. L'esprit de
conquête eut en cette occasion le sort que mal-
heureusement il n'a pas toujours.
Les Grecs, délivrés de ces puissans ennemis,
tournent leurs armes contre eux-mêmes. La ja-
(9)
lôusie les anime, l'ardente et-dangereuse élo-
quence de leurs orateurs les enflaïnme ; ils sé
déchirent par des guerres civilès. 'La Perse
tomba dans les mêmes convulsions. Lorsque
tout alloit s'apaiser, Alexandre parut, et tout
se brouilla plus que jamais.
A peine Alexandre, élevé par son père, un
des plus habiles souverains et guerriers qu'il y
eut jamais, est-il monté sur le trône, qu'il as-
servit la Grèce, la Perse et les Indes. La terre
manque à ses progrès meurtriers. Il meurt
maître d'un empire immense ; et il ne se trouve
aucun successeur assez puissant par les armes
pour occuper et conserver son empire.
Pendant que les successeurs d'Alexandre se
soutiennent et se détruisent par les armes, déjà
se montroit au centre, d'Italie une poignée
d'hommes qui, soumis successivement à des
rois, des consuls, des décemvirs, des tribuns
militaires, se fixe enfin un gouvernement,
s'applique aux armes, etentamela conquête de
l'univers.
Rome militaire dirige ses forces contre ses
voisins. En vain les difFérens peuples qui haï
bitent l'Italie luttent pendant cinq cents
ans , tantôt soumis , tantôt révoltés, tantôt
rainqueurs tantôt vaincus. La science (des
( 10 )
armes l'emporte. Ils subissent enfin le joug*.
L'Italie domptée, les Romains passent les,
mers et vont en Afrique chercher de nouveaux
ennemis et d'autres dépouilles. Carthage,
malgré son ambition et sa puissance , suc-
combe sous leurs armes. Corinthe et Numance-,
subissent le même sort.
L'Asie s'ouvrit bientôt à leurs talens mili-
taires. L'empire romain s'étend de jour en
jour, et range enfin sous sa domination toutes
les terres et les mers alors connues.
Rome étoit la maîtresse de la terre, il parut
beau de devenirmaître de Rome. Sylla, Marius,
et quelques autres grands guerriers osèrent
entreprendre ce vaste projet. César, le plus
habile homme de guerre qui fut jamais, l'exé-
cuta. En vain la république romaine employa
toutes ses forces pour sauver sa liberté expi-
rante. Elle s'épuisa , le reconnut pour maître ,
et le plus grand guerrier fut le plus grand des
rois. César, par les armes , fut le roi de la
terre entière.
Quand Rome n'eut plus de royaumes à con-
quérir , elle eut des rebelles à soumettre. Dif-
férentes nations, imaginant une grande félicité
ou unegrande gloire à se séparer du ctvps de
1 empire, se révoltèrent en Europe, tu Asiej
( ■» )
en Afrique ; toutes furent contenues. Ainsi la
plupart des peuples jadis attaqués et défaits,
alors aggresseurs et réprimés, continuèrent
d'être précipités de malheurs en malheurs. Les
momens les plus glorieux des empereurs con-
tinuèrent d'offrir des spectacles sanglans.
Tandis que l'empire romain tenoit l'univers
sous ses lois, vers le Nord, dans ces climats
glacés où la nature ne semble parvenir qu'en
expirant, s'élevoient des nations qui devoient
abattre un jour l'orgueil de ces maîtres super-
bes. Du tems de Valérien, les voilà qui sortent
de leurs repaires, s'assemblent en tumulte,
marchent en désordre et montrent le chemin
aux effroyables multitudes qui les suivirent de
siècle en siècle.
Cependant trois règnes , celui de Titus, ce-
lui d'Antonin , celui de Marc-Antoine, furent
trois beaux jours dans un hiver rigoureux.
Les Romains, trop riches, dégénérèrent, et
les ennemis de Rome s'aguerrirent. Un siècle
et demi après leurs premières courses, les
barbares commencèrent à faire des progrès
réels, et à démembrer l'occident de l'empire.
Ces ennemis survenus aux rebellions internes
qui déchiroient l'Etat, ébranlèrent le colosse.
Il résista quelque tems au poids qui l'entral-
( 12 )
noit vers sa chute; et tantôt menaçant ruine,
tantôt relevé, il sembloit quelquefois s'affermir
de nouveau. Les efforts des barbares redou-
blèrent, et le sang continua de couler. Au mi-
lieu de ces troubles s'établirent des royaumes
qui subsistent encore aujourd'hui..
Les Goths, après avoir traversé, les armes
à la main, une partie de l'Asie et toute l'Eu-
rope, s'établissent en Espagne.
Les Anglais, peuples de la Germanie, pas-
sent dans la Grande-Bretagne pour la secou-
rir, et l'envahissent.
Les Français, autres Germains, délivrent
la Gaule du joug des Romains, et s'en empa-
rent.
Enfin dans ce temps où toute la terre étoit
en armes, Rome , déchue de ses vertus guer-
rières , subit elle-même le sort qu'elle avoit fait
éprouver à tant d'autres villes : elle est pillée et
saccagée à diverses reprises.
Attila paroît ; son armée formidable parcourt
le monde; sa course effrayante offre de toutes
parts des régions dévastées, des campagnes
arrosées de sang, des villes en cendres. La Ma-
cédoine, la Mysie, la Thrace, l'Italie et pres-
que tous les pays connus fléchissent sous ce
guerrier, ou périssent dans la course de ce tor-
rent,
( '3 )
Pendant les ravages.d'Attila, quelques habi-
tans d'Italie, fuyant sa fureur, se réfugient sur
les bords de la mer Adriatique. Les hommes
pâles, les femmes échevelées, les enfans éplo-
rés se cachent, les uns entre les rochers, les
autres dans des retraites souterraines; quel-
ques-uns montent sur des hauteurs, et dans
toute l'étendue de leur horison , ils regardent
si cet impitoyable conquérant, dont le nom
seul les fait frémir, ne les poursuit pas encore
dans ces plages si peu faites pour servir d'asile
aux hommes. Bientôt pourtant sur ces tristes
lieux va naître et s'élever, par la force des armes,
la superbe Venise.
Peu de temps après, le dernier coup est porté
à l'empire d'Occident. Tyrannisé par ses chefs,
déchiré par ses factions, affoibli par ses pertes
continuelles, n'ayant plus que des armes foi-
bles, il chancelle sous quelques empereurs, et
tombe enfin sous Augustule.
Rome et l'Italie, successivement en proie à
deux conquérans, sont ensuite réunies à l'em-
pire d'Orient, dont bientôt de nouvelles guer-
res les détachèrent.
Deux siècles s'écoulèrent dans ces vicissi-
tudes, lorsque Mahomet parut du côté de
l'Orient. Ou ne le regarda d'abord que comme
( i4 )
ud. fourbe digne de mépris. Mais il avoit une
intelligence capable des plus grandes choses
et une audace qui le portoit aux plus hautes
entreprises. On .reconnut jusqu'ou il pouvoit
aller, lorsqu'il ne fut plus temps de s'opposer
à ses progrès, Il dévasta une partie de VOrient
fet sur ses-débris, fonda te royaume des Califes.
Les peuples qu'il soumit par la force, il se les
fetttttba par la sédúcÜpfj. Fies funeste encore à
Humanité que tous ces héros dont le premier
éclat pârsSé avec eux, il s'assujétit une partie des
hommes à l'esclavage, et souilla le genï-e hu-
main d'une tache qui, probablement, ne s'effa-
cera jamais.
; En Occident le malheur s'attache de même
à poursuivre les Romains. Les Lombards déso-
lent l'Italie; lies Maures s'établissent en Espa-
gne ,-d'où- ils menacent les Français et les plus
belles -contrées de l'Europe.
En ce temps, du sein de la France sortit
Chartejnagne, prince plein de génie, de talens
et-de cette ardtelir militaire qui, dans le calme,
eûtatoenéla tempête; mtus qui, trouvant fo-
rage formé , comme un vent impétueux le
dissipa. n. réprirna les Sarrazins ; il subjugua
FAIIe-magne ; il éteignit en Italie la domination
&I,es LotfibUrds. Il fonda la puissance temporelle
( »$')
-des papes, et reçut la couronne de-l'empirt
d'Occident. tl.,
L'eulpire de Charlemagne ne tarda pas à se
délabrer. Le partage des princes et l'ambition
de quelques chefs en détachèrent des peuples
entiers. Des empereurs foibles t avares:, iiido,
lens donnent, vendent, ou laissent envahir
leurs possessions : le souverain garde à peine
le titre et l'ombre de l'autorité.
Tandis que le nouvel empire d'Occident se
déchire, celui d'Orient s'éteint. Du fond de
l'Asie, le dèrnier essaim dîè barbare^ qui devoit
fondre sur l'Europe s'avance , et, semblable à
ces. masses énormes qui acquièrent plus! de
force à proportion qu'elles se précipitent de
loin, il accable Constantinopleet envahib ren»-
pircd Orienta qu'il occupe encore au jourd'huh
., Je m'brrête: à ce derwier événement; Jfoswj-i-
rois pu entrer dans de plus grands détails^ e £
-arriver jusqu'à la révolution qui vieirt d'atoir
lieu chez1 nous. J'aurois fourni de' nouvelles
preuves à mon assertion. Personne; b'ig-lŒOre
que, «ans la force des' armes, nous succom-
bions sous le poids des maux qui nrous oiit
accablés pendant tant dTannées. Mais je' n'bu-
rois mis sous les yeux qu'une suite «nàauyeuse
d'actioiis-, et de combats. TeL est la tissu de
( z6 )
1 histoire abrégée du genre humain : tel est le
tableau politique du inonde. A chaque instant
la scène change, des empires s'élèvent, d'au-
tres disparoissent; des souverains s'anéantis-
sent, d'autres les remplacent. C'est la force
des armes qui est toujours le ressort de ces
grands événemens.
ARTICLE II.
Les États et leurs ch efs périssent nécessairement
aussitôt que la force des armes leur manque.
Les trou bles, les divisions, la tyrannie, la
mauvaise administration, le luxe, la inolesse,
sont des causes qui ont préparé le renverse-
ment des empires. Mais cette loi établie dans
l'ordre de la nature, que. le plus fort doit et
veut dominer le foible, a été le vrai principe
de leur chute. Et parce que la force du gou-
vernement est dans les armes, et parce qu'ils
n'en ont point d'autre, sitôt que cette force
leur a manqué , ils ont été attaqués, vaincus
et détruits.
Rome, agitée par des divisions intérieures,
persécutée par des tyrans, mal gouvernée,
se soutient tant qu'elle conserve ses vertus
( 17 )
militaires. Rome néglige enfin les armes. On
remarque sa foiblesse; les forts paroissent,
ils l'attaquent, ils la dépouillent, et Rome
n'est plus.
Darius étoit un roi d'un vaste empire. Il
avoit des millions d'hommes. Il avoit des tré-
sors immenses. Mais il n'étoit pas fort. Il n'a-
voit point de guerriers. Alexandre , sans tré-
sor, avec peu d'hommes , mais avec la force
des armes, paroît: Darius et le royaume de
Perse disparoissent.
La maison de Charlemagne eut toute la fleur
de la jeunesse sous Pépin, la force de la viri-
lité sous Charlemagne, toute la caducité de la
vieillesse sous Louis-le-Débonnaire. Elle per-
dit enfin son lustre, sa gloire et son être sous
Louis V, surnommé le Fainéant. Les premiers
princes de cette maison sont forts par les ar-
mes, et ils s'élèvent; les derniers sont foibles,
et ils tombent.
Enfin de toutes parts l'histoire nous donne
des preuves que le fort domine le foible, que
les empires se soutiennent et s'élèvent au plus
haut point de splendeur par la force des armes ;
qu'ils n'ont point d'autre sûreté, et qu'ils ne
man q uent iajï«ôrd«4omber lors q ue cette force
leur écha * ', y v^N
-» l --. .11 ~.,
2
( 18 )
ARTICLE Ill.
<
Le grand nombre d'hommes ne fait pas la
force des Etats, si ces hommes ne sont point
arméset s'il ne savent pas faire la guerre.
- Nous avons vu dans le premier article que
la force des Etats consistoit dans la force des
armes. Les hommësqui soutiennent véritable-
ment l'Etat. sont donc les hommes armés. Nous
allons prouver que la multitude d'hommes
dans les armées n'en fait pas la force.
L'avantage du grand nombre, tant sur terre
que sur mer , est détruit et surpassé par les
inconvéniens des mouvemens nécessairement
lents , des positions très-rares à trouver, du
bon ordre fort difficile à établir et presqu'im-
pôssible à maintenir. Les Turenne, les Alexan-
dre ne se sentent pas capables de conduire des
armées bien nombreuses: ils n'en veulent que
- de petites. Mais, à leur tête, ils détruisent les
généraux téméraires qui osent lutter contr'eux
avec des armées innombrables. Une grosse ar-
mée est tous les jours à la veille de mourir de
faim. La crainte qu'elle ne manque de vivres
retarde sa marche; ses opérations, et souvent
les divulgue et les empêche. D'ailleurs on ren-
contre très-peu de terrains où une grosse ar-
( 19 )
2.
mee puisse développer toutes ses forces et les
faire agir. D'un autre côté, il est très-facile à un
général ennemi, même médiocre, d'altiner le
combat ou de l'accepter souvent dans une si-
tuation de terrain où on ne peut lui opposer
que des forces égales aux siennes. -
- Que sont Jévenües les plus grosses armées
dont l'histoire fasse. n-iention ? Leur propre
poids les a toutelécrasées, plus eucore que le
pelitnombre d'ennemis qui lésa attaqpées.Que
nous montre encore l'histoire? Que les chefs
les moins habiles ont toujours voulu avoir de
grosses armées,.et qu'ils n'ont presque jamais
trouvé dans ces forces incommodes, Jes res-
sources qu'ils s'en promettoient; que ceux qui
commandoient de petites armées, ont rarement
-été vaincus; que la défaite des premiers a tou-
jours été une déroute affreuse et des pertes
- prcsqu'irréparables. Qu'au contraire lorsque
-la yict'oire-s'estéçhappée des m^ins des derniers,
.elle les. a communément laissés presqu'aussi
- entiers qu'avant le combat, et en état de se re-
lever subitement de leurs pertes.
Alexandre eut infiniment plus de. peine à
vaiticré Poru s, qui' n"avoit que vingt mille hom-
mes de pied et deux mille chevaux, que Darius,
qui îÇyoit dés armées innombrables. Les sol-
(20)
dats de ce grand conquérant furent rebutés
d'une victoire si difficile et si chèrement achetée.
- César, avec trente Gaulois, mit en fuite deux
mille Numides.
En 1611, mille Suédois, qui savoient faire la
guerre, défirent cent mille Moscovites. Et lors-
que ces mêmes Moscovites assiégèrent Azoph
au commencement du règne de Pierre - Ic-
Grand, un chat qui sauta du jempartdans leurs
travaux leur causa une si grande terreur, que
plusieurs milliers d'entr'eux prirent la fuite hon-
teusement, et ne revinrent de leur terreur que
lorsque le chat fut pris, et qu'on se fut con-
vaincu que c'étoit le seul ennemi qui fût sorti
de la ville.
L'armée la plus nombreuse et la plus bril-
lante dont on ait jamais ouï parler, fut celle
que l'Empereur du Mogol Mohamed schah
opposa, dans le dernier siècle, à Thamas Kouli-
Kan, roi de Perse. Elle étoit composée de qua-
tre cent mille mousquetaires, de trois cent
mille soldats armés de lances, de flèches et de
zagayes, de dix mille pièces de canons, de
trente mille chameaux et de deux mille élé-
phans armés en guerre. Cette formidable ar-
mée étoit campée avantaneusement,et elleavoit
fait de bons retranchemens de six lieues d'éten-
( 21 )
due du côté le plus foible. Cependant Thamas
Kouli-Kan, qui n'avoit dans son armée que
soixante mille hommes, tant infanterie que ca-
valerie , la détruisit.
Nous avons vu toutes les forces ottomanes
arrêtées par la république de Venise, insultées
continuellement par l'ordre de Malte, et se
briser contre la maison d'Autriche.
Le prince de Condé, avec six à sept mille
hommes, qui étoient les débris de la dernière
èampagne de 1648, entreprit d'assiéger Paris,
la plus grande ville de l'Europe, la plus peu-
plée, et où une armée plus forte que la sienne
étoit renfermée. Il falloit se saisir de Lagny,
de Corbeii, de Saint-Cloud, de Saint-Denis ;
il le fit. Et ne lui restant plus qu'une poignée
de soldats, il défia la multitude innombrable
renfermée dans les murailles de Paris.
Les Romains faisoient si peu de cas du nom-
bre d'hommes, qu'ils abandonnoient ceux de
leurs soldats qui s'étoient laissés prendre par
l'ennemi, et qu'ils mettoient à mort ceux qui
avoient été lâches. Ils dédaignoieut de con-
server des hommes qui faisoient mal la
guerre.
Les Romains, les Lacédémouiens, les Alexan-
dre, et tons ceux qui ont su faire la guerre, ont
( 22 )
toujours méprisé la multitude. Ils Fqnt affron-
tée ; ils l'ont renversée.
L'histoire démontre donc que plus les na-
tions ont été ignorantes et grossières, plus
leurs armées ont été nombreuses; que c'est
avec de petites armées que les généraux les
plus habiles ont fait leurs conquêtes et jes ont
maintenues. De tout temps on a suppléé à la
connoissance de l'art de la guerre par le grand
nombre; et de tout temps l'art a été supérieur
au nombre. On - peut juger de la science mili-
taire d'une nation par la grandeur de ses ar-
mées, et de l'habilité de ses généraux par le
nombre de soldats qu'ils comiran den t.Turenn e,
général français qui ne veut qu'une armée
forte au plus de cinquante mille hommes, étoit
certainement plus habile que bien des géné-
raux qui l'ont suivi, qui veulentêtre à la tête de
cent cinquante mille hqmmes. Ug des plus
beaux spectacles dans ce genre qu'offre l'his-
toire moderne est celui d Alexandre Farnèze,
assailli à la fois ou successivement par la
France, l'Angleterre , la Hollande et les prin-
ces protestaps de l'JSmpire. Il et. face à cette
fouie d'ennemis avec moins de vingt mille hom-
mes, leur arracha dix provinces, gagna des
batailles, et marcha à l'immortalité sur les pas

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