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Herminie . Par M. F. Delcroix

De
32 pages
Janet et Cotelle (Paris). 1811. 34 p. ; in-8.
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HERMINIE.
PAR
M. F. DELCROIX.
Dom prima novis adolescit frondibns œtaSj
Parcenduni tencris.
A PARIS,
Chez JANET et COTELLE, Libraires et Marchands de Musique,
rue Neuve-des-Petits-Cliamps, n° 17.
IMPRIMERIE DE CHAIGNIEAU A î N f.
.--..
18 1 î.
PRÉFACE.
J'AI choisi dans le Tasse, comme sujet d'imi-
tation, l'épisode d'Herminie. Au moyen de plu-
sieurs additions et d'un récit que le Tasse lui-
même a indiqué, ce personnage, le plus touchant
de la J érusalem, s'en trouve, pour ainsi dire,
détaché, et forme à lui seul un tableau séparée
Trop heureux si, dans le cadre où elle est placée,
mon Herminie peut offrir encore quelque souvenir
des graces du modèle.
SUJET.
HERMINIE, captive de Tancrède après que ses états furent
tombés au pouvoir des Chrétiens, trouva dans son vainqueur les
qualités les plus nobles, et reçut de lui les soins les plus généreux ;
rendue à la liberté, elle vint chercher un asyle à Solime, regret-
tant des fers chéris, et emportant pour toujours dans son cœur
l'image du héros qui l'avait charmée. Les Chrétiens ne tardèrent
pas à venir mettre le siège devant la ville sainte: elle revit son
amant; mais à l'espoir qu'elle sentit renaître dans son ame, suc-
cédèrent bientôt les plus vives inquiétudes. Tancrède fut blessé dans
un combat: brûlant d'aller lui prodiguer ses secours, elle revét
l'armure de Clorinde, guerrière du parti sarrasin, et sort de So-
lime pendant la nuit, à la faveur de ce déguisement. C'est au
moment où elle s'avance vers le camp des Chrétiens que commence
ma narration.
HERMINIE.
.,.
LA nuit régnait encore, et semés dans les cieux,
Mille astres poursuivaient leur cours silencieux :
La lune, à l'orient s'élèvant douce et pure,
De ses premiers rayons éclairait la nature.
QUILLE est cette beauté qui, dans les champs déserts,
Craintive, se confie à leurs sentiers divers ?
C'est toi, jeune Herminie : à ton dessein propice,
La nuit voile tes pas d'une ombre protectrice.
Un héros qui bannit le repos de tes jours,
Blessé dans les combats, appelle ton secours.
POUR sortir des remparts de Solime en alarmes,
De la fière Clorinde elle avait pris les armes.
Amour! tu t'applaudis de ce déguisement!
De son front plein de grâce un casque est l'ornement;
8 1 HERMINIE.
Un casque sur le front d'une timide amante
A remplacé des fleurs et répand l'épouvante.
Sa main guide un coursier : cet aspect belliqueux y
Cette armure connue, ont trompé tous les yeux.
Sun un coteau voisin à peine parvenue,
Tout le camp des Croisés se découvre à sa vue :
Sur les tentes au loin flottaiént les étendards.
« Que cet aspect, dit-elle, enchante mes regards!
De là souille un vent frais qui jusqu'à moi murmure,..
Et porte en tous mes sens une volupté pure !
0 tentes des Chrétiens ! séjour cher à mon cœur y
En approchant de vous je renais au bonheur!
Recevez Herminie et calmez ses alarmes.
Oui, le repos m'attend près du bruit et des armes:
Là bientôt, si le ciel daigne écouter mes vœux,
Pour moi vont luire enfin des jours moins malheureux.
0 Chrétiens! qui toujours avez fait mes misères,
Je ne demande point le sceptre de mes pères;
Je n'attends point, pour voir la fin de mes soucis,
HERMINIET. 9
Les états florissans que vous m'avez ravis ?
Heureuse si Tancrède, accueillant ma prière,
De nouveau sous ses lois reçoit sa prisonnière,
Et si je puis encor retrouver dans son cœur
Cette douce pitié qui charmait mon malheur, n
Ainsi cette beauté, livrée à l'espérance,
Du bonheur qu'elle attend semble jouir d'avance.
Hélas! elle ignorait par quel revers affreux
La fortune jalouse allait tromper ses vœux.
NON loin du camp , sans bruit et dans l'ombre placée.
Veillait, cette nuit même, une garde avancée.
De ces guerriers alors le chef infortuné
Pleurait la mort d'un père à ses yeux moissonné.
Mais il se livre en vain à sa douleur amère,
Polite, hélas! jamais ne reverra son pèré;
Son père à sa tendresse est ravi pour toujours:
Sous le fer de Clorinde il a fini ses jours.
Plus cruel, quand la nuit règne avec le silence)
Ce souvenir récent allumait sa vengeance.
Jo IIERMINIE.
«Barbare, disait-il en ses sombres fureurs,
Ce bras saura venger son trépas et mes pleurs.
Hâte ce jour, grand Dieu ! Qu'il tarde à mon courage!»
Il dit : l'astre des nuits sort d'un obscur nuage;
Dans les champs d'alentour sa lumière s'étend;
Sur un casque doré luit le tigre éclatant
Qui signale aux combats l'intrépide guerrière:
Et la fausse Clorinde apparaît toute entière.
A cet aspect subit qui vient frapper ses yeux,
A cette armure blanche, à ce tigre oclieux,
Polite, impatient, accourt, frémit, s'écrie:
« Tu n'échapperas pas , barbare, à ma furie.))
Et d'un bras égaré lançant un javelot,
Suivi de ses guerriers, il s'élance aussit&t.
TELLE, près d'un torrent, une biche altérée
Vient s'abreuver en paix dans l'onde desirée;
Si la voix du chasseur, les sons du cor lointain,
Ont frappé son oreille, on la verra soudain,
Oubliant sa fatigue et l'onde qui l'amène,
HERMINIE. Il
Fuir, s'élancer, bondir et voler dans la plaine :
Telle Herminie, au sein d'un espoir consolant,
Touche au moment si doux de revoir un amant,
Se fait de son bonheur une image charmante;
Mais sitôt qu'elle entend cette voix foudroyante,
L'acier sifflant, les cris de ces soldats fougueux,
Elle fuit, oubliant son espoir et ses vœux.
DAPTS l'ombre de la nuit, éperdue et craintive,
Elle précipitait sa course fugitive.
Le frein n'est plus guidé par ses doigts défaillans s
Son rapide coursier, plus léger que les vents,
L'entraîne dans le fond d'une forêt sauvage
Qui la dérobe aux yeux sous son antique ombrage.
DES chasseurs fatigués, quand la biche aux abois
A trompé la poursuite, en fuyant dans les bois,
Confus, pleins de dépit, ils regagnent la plaine.
Tels les Chrétiens, lassés d'une recheche vaine,
Le matin, dans leur camp , sont enfin revenus.
'2 HERMINIE.
Mais, sans guide, Herminie, en des lieux inconnus)
Fuit tout le jour, et n'ose, en sa frayeur mortelle,
Jeter même en courant un regard derrière elle.
De la forêt profonde elle suit les détours ;
Et lorsque le soleil eut terminé son cours,.
Au rivage fameux que le Jourdain arrose
L'infortunée enfin s'arrête, et se repose.
Là cette amante, en proie aux maux les plus amers „
De sa voix gémissante attriste ces déserts.
Nul abri; nul secours aux besoins qu'elle endure.
La nuit depuis long-temps a couvert la nature,
Quand le sommeil enfin, ce doux consolateur,
Vient, en fermant ses yeux, suspendre sa douleur.
LES oiseaux, éveillés au lever de l'aurore,
Saluaient le matin d'une voix faible encore;
Les plantes répandaient leurs suaves odeurs;
Zéphyre, en se jouant sur l'onde et sur les fleurs y
Murmurait, et son souffle éveille la guerrière.
Elle ouvre au jour naissant une humide paupière;
HERMINIE. il
Et dans son cœur ému retrouvant son amour,
Hélas! elle gémit d'avoir revu le jour.
Mais bientôt, par degrés, la douce rêverie
Succède à la douleur dans son ame attendrie.
Près de là, dans ces bois frais et mystérieux,
Elle entend tout-à-coup des sons harmonieux ;
Une flûte soupire, et l'air par intervalle
Retentit des accens d'une voix matinale,
Elle croit reconnaître, en ce concert flatteur,
Et la voix des bergers et les chants du bonheur.
Elle se lève, approche, et de quelques chaumières,
Ses yeux ont aperçu les abris solitaires.
Un vieillard vénérable, à l'ombre d'un palmier,
En légère corbeille entrelaçait l'osier.
Ses trois enfans paissaient un troupeau sur la rive,
Et charmaient de leurs chants son oreille attentive.
EN voyant la guerrière , ils se troublent soudain;
Mais bientôt l'amazone , en dépouillant l'airain,
Découvre-ses beaux yeux, l'or de sa chevelure f
]4 IIERMINIE.
Et par sa douce voix les calme et les rassure :
« Mortels chéris des cieux, ô bergers innocens !
Je ne viens point troubler vos travaux ni vos chants;
Mais autant qu'il me plaît votre bonheur m'étonne:
Mon père, dans ces bois que la guerre environne,
Lorsque de la Syrie elle embrase les tours,
Comment, seuls, coulez-vous d'aussi paisibles jours
« MON fils, ditle vieillard, aux cham ps onne voit guère
Sur de faibles roseaux éclater le tonnerre:
Il écrase plutôt les cèdres orgueilleux.
Nos biens, vils pour autrui, mais si doux à nos yeux,
Des avides soldats n'excitent point l'envie. J
Le ciel toujours protège une innocente vie.
Près de nous la discorde en vain gronde en fureur,
D'une profonde paix nous goûtons la douceur.
Ces enfans forment seuls ma famille chérie :
De ce petit troupeau qui pait l'herbe fleurie
Ils sont auprès de moi les pasteurs fortunés.
Ainsi que nos desirs nos besoins sont bornés :
HERMINIE. )J
Les fruits délicieux que mes soins ont fait naître,
Le soir couvrent ma table en mon réduit champêtre.
Mon troupeau, mon jardin m'offrent leurs doux présens;
Et sans craindre en ces lieux les poisons malfaisans
D'un ennemi barbare ou d'une main parjure,
Pour me désaltérer je trouve une onde pure.
Le ciel encor, mon fils, prit soin de nos plaisirs.
Fuyant l'ardeur du jour, et cherchant les zéphyrs,
Souvent je viens m'asseoir sous ce riant feuillage :
Les oiseaux dans les airs déployant leur plumage,
Leurs ébats innocens et leurs tendres concerts;
Le chevreuil qui bondit parcourant ces déserts,
Mes agneaux répandus dans la vaste prairie,
Tout charme le repos où s'écoule ma vie;
Et de tous ses bienfaits pénétré chaque jour,
J'adresse au Créateur mes vœux et mon amour.
0 ma noble indigence 1 ô modeste héritage!
Par vous j'ai retrouvé ce bonheur sans nuage.
HÉLAS ! il s'en faut bien, poursuivit le pasteur,

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