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Heures pensives...

De
321 pages
Dentu (Paris). 1865. In-18, 322 p..
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FOMAUD DE L'ESPAGNEUY.
LES
HEURES PENSIVES.
l'OME PREMIER
PARIS
CHEZ DENTU, LIBRAIRE,
Galerie d'Orléans, i3,Palaifa-Royal,
ET CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES
M Dcrc txv.
l\in*. — Impitmerifj de A. Laine et J. TUviinl, rue des Sainls-Pùrcs, 19.
FOUdAUD DE L'ESPAGNERY.
LES
HEURES PENSIVES.
TOME PREMIER.
PARIS
CHEZ DENTU, LIBRAIRE,
Galerie d'Orléans, 13,Palais-Royal,
ET CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES-
M ncix ij\v.
18G5
PREFACE.
Comme l'oiseau des champs chaque jour j'ai dû vivre,
Et le millet pour moi ne fut pas dans le nid :
Soyez donc indulgent quand vous aurez uni;
Car ce n'est qu'en courant que j'ai tracé ce livre.
Quant à l'arrangement, où j'ai mis mes sujets,
Je l'ai fait pour en mieux varier la lecture.
Je n'ai que trop peut-être imité la-nature,
Qui dès qu'elle le peut confond tous les objets.
LES
HEURES PENSIVES.
L'ESPÉRANCE.
I.
S'il envisage l'avenir,
L'homme, au matin de ses années,
Voit devant lui les destinées
Se prosterner pour le servir.
Plus au loin son esprit s'élance,
Imprudent et capricieux,
Plus vient luire devant ses yeux
L'auréole de l'espérance.
II.
Indociles à la raison,
Sur une route trop suivie
Nous laissons galoper la vie
Sans interroger l'horizon;
Et dans le bruit, dans le silence,
Dans la fortune ou l'insuccès
De nous ne s'éloigne jamais
Le sourire de l'espérance.
III.
Courbés sous le fardeau des jours
Quand la vieillesse nous domine
Et que notre corps ne chemine
Qu'entouré de mille secours,
Aveugles devant l'évidence,
Nous éloignons l'instant du deuil;
Le trépas frappe à noire seuil :
Nous gardons encor l'espérance !
9 —
IV.
Le matelot sur les débris
De ses mâts rompus par l'orage,
De mers en mers, de plage en plage
Roulé loin de ses bords chéris,
Soutient sa rame avec constance.
Les flots ne cessent de mugir,
L'abîme est près de l'engloutir,
Mais il conserve l'espérance.
V.
La mère au berceau de son fils,
Contemplant ce visage tendre
Où l'éclat candide du lis
Parmi les roses vient s'étendre,
Des brumes d'un obscur lointain
Sans peine franchit la dislance,
Son âme implore le destin,
Et son coeur nourrit l'espérance.
— 10 —
VI.
Tristesse amère, noir chagrin,
Fatalité, sombre présage !
Quand le jeune homme à son village
Entend pour lui sonner l'airain,
Il est brisé par la souffrance ;
A sa mère, il faut l'arracher.
11 dit : « Adieu, mon vieux clocher. »
Mais son coeur est plein d'espérance-
VIL
L'homme ne peut dire comment
A l'existence il participe;
Il ne connaît ni son principe,
Sa fin, ni son commencement;
Mais, enfant de la Providence, '
Et confiant dans sa bonté,
Mourant, il trouve à son côté
L'amour et la douce espérance.
11 —
VIII.
Don sacré descendu des cieux ,
0 vertu la plus salutaire,
Reçois l'hommage de la terre,
Tu brilles toujours à nos yeux.
Rien ne peut bannir ta présence,
Tout prend courage à les splendeurs;
Tu nourris, tu soutiens les coeurs :
Sois bénie, ô douce espérance.
LA CHARITE.
I.
Ah ! qu'il est doux dans la prière
Au ciel d'envoyer un soupir,
D'y rencontrer le coeur d'un père
Prêt à consoler et chérir !
La flamme sainte qui rayonne
Pour nous dans le sein paternel,
C'est la charilé qui la donne,
La charité, fille du ciel.
_ 13 —
IL
La charité, ce bien suprême,
Est un encens pur dans nos mains;
La charité, c'est Dieu lui-même,
Inspirant le coeur des humains.
Et si ma faible voix entonne
Ici cet hymne solennel,
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
III.
Le frère doit aimer son frère :
Ce devoir est le cri du sang;
C'est un contrat héréditaire
Qui doit tenir le premier rang.
Tu le peux; on a besoin, donne;
Donne le denier fraternel,
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
— a
IV.
Si le méchant, le téméraire,
Blessant ton honneur ou tes droits,
Chez toi font naître la colère,
Calme ton coeur, calme ta voix.
On t'offense, on te nuit; pardonne.
Pardonne le tort fraternel;
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
V.
Si l'homme qui passe en la rue
Par sa pauvreté, sa laideur,
Ses difformités, sa tenue,
Reçoit plus d'un regard moqueur,
Plains l'ennui que le sort lui donne;
Défends-le du railleur cruel;
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
15 —
VI.
Dans le monde, alors qu'on déchire
De la plus indigne façon
Un absent, garde-toi d'en rire ;
Le silence est une leçon.
Au médisant même pardonne ;
' Plains Caïn en pleurant Abel ;
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
VII
Si, dans le cours de la journée,
Tu rencontres sur ton chemin
De la vieillesse abandonnée
La pâle et suppliante main;
Sois heureux si ton coeur frissonne;
De sa misère entends l'appel ;
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
16 —
VIII
Si tu connais qu'en la mansarde
La misère livre l'assaut,
Monte, et fais que l'on te regarde
Comme le messager d'en haut.
Que la prudence t'environne ;
Ménage l'orgueil.fraternel :
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel,
IX.
Cet enfant que la pondre inonde,
Et qui, devant son atelier,
Regarde passer tout le monde
En mangeant son repas grossier,
Qui prend pitié de lui? Personne.
Prête-lui l'appui fraternel;
C'est la charité qui l'ordonne, i
La charité, fille du ciel. ;
-17- .
X.
Quand il fait froid et que la bise
Roule la neige et souffle aux champs,
Songe à la veuve qui s'épuise
En durs labeurs, en soins touchants;
De l'espoir, sois l'heure qui sonne;
Relève ce coeur maternel; !
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
XL
S'il t'est donné pendant ta vie ■
De voir sur un sol étranger
L'exilé pleurer sa patrie
Ej; prier Dieu de le venger;
Rends-lui l'espoir qui l'abandonne ,
Relève son coeur plein de fiel ;
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
18 —
XII.
Lorsque dans la foule dorée
Tu vois s'avancer tristement
La bière du pauvre entourée
D'un ou deux amis seulement,
A celui que le temps moissonne
Donne le salut éternel ;
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
XIII.
Tu jeûnes, tu dis le rosaire,
Tu te signes vingt fois le jour;
Et ton orgueil atrabilaire
Déchire chacun à son tour!...
Ta maxime seule est la bonne ;
Hors toi, tout est péché mortel ! !.
Ce n'est pas ainsi que raisonne
La charité, fille du ciel.
- 19
XIV.
Chez autruit ta langue s'efforce
De mettre en relief mille torts,
Et derrière une mince écorce,
Chez toi, l'on en voit de plus forts !
Ménage donc mieux ta personne,
Et parmi les tiens, tel et tel;
C'est la charité qui l'ordonne,
La charité, fille du ciel.
DIEU.
Nuit éternelle, ombre sublime,
Profondeur, gouffre, espace, époques, jours confus !
Dieu pense la matière, il en sème l'abîme,
Et le vide n'est plus.
Partout sont jetés dans l'espace,
Pour la nuit et le jour des astres radieux ;
Et d'autres feux sans nombre accourent prendre place
Autour de chacun d'eux.
— 21 —
Ensemble, gardant leur dislance,
Ils attendaient, instruits d'irrévocables lois.
« Allez, » dit le grand Être, et le monde s'élance
A cette grande voix.
Depuis cette heure solennelle
Où cessa le repos, où le temps commença,
Tout marche sans sortir de la route si belle
Que le maître traça.
Un monde suit un autre monde; ''
Comme un vaste réseau tout l'univers s'étend;
C'est un immense lustre où la richesse abonde,
Que le Très-Haut suspend. • '
Sable en ce tout qui. nous surpasse,
Et brillant de^clartés qui né sont point en lui,
Notre globe en sa roule uniformément passe,
Demain comme aujourd'hui !
Nous ne connaissons que la terre
Où notre être se meut l'espace d'un moment, '
Où tout marche, naît, meurt, se gouverne , s'éclaire,
Nous ne savons comment.
Qui nous dira d'où vient la vie,
Comment peuvent au ciel les ouragans mugir,
Comment la graine pousse, et par quel art servie,
L'abeille sait bâtir??...
Qui nous peut signaler la cause
Qui donne les pensers, qui fait naître la voix?.
L'homme n'en sait pas plus que l'oiseau qui se pose
Sur la cime des bois.
Loin du sol la plante s'élance ;
Pour garder ses petits l'animal est subtil;
Mais, en tout, de plus qu'eux, l'homme raisonne et pense,
D'où'cela lui vienl-il?
Que dire de ces mers profondes
Où se meut et pâture un monde tout entier,
Sur lesquelles, bravant les vagues furibondes,
L'homme trouve un sentier?
Et ce chef-d'oeuvre de merveilles,
Cet auguste concert par lequel à la fois
Nous arrivent la vie et cent choses pareilles,
Qui m'en dira les lois?...
Pour qui voit, compare et médite,
D'un même entraînement tout court vers l'avenir;
L'homme comme le monde a sa règle prescrite,
C'est à lui d'obéir.
Dieu pensa l'ordre et fit le monde;
Et, quand il départit la vie au genre humain,
Du bien comme du mal, en sa bonté profonde,
Il montra le chemin.
— 24 _
J'adore ton pouvoir suprême,
Dieu par qui l'univers se meut avec splendeur.
Puisse avec mes accents monter jusqu'à toi-même
L'hommage de mon coeur ! !...
LA PRIÈRE DU MATIN.
L'aurore a brillé dans les airs :
L'orient laisse poindre une clarté plus pure;
Unissons nos concerts à ceux de la nature,
Chantons le Dieu de l'univers! ,
I.
La goutte de rosée au brin d'herbe appendue,
Et l'humble primevère en la forêt perdue,
Et le chant du bouvreuil en les bois d'aliziers,
Et ces parfums qu'au loin jettent les peupliers,
— 20 —
Tout ce qui végète ou respire
Se joint à mon âme pour dire :
« Dieu qui de ta main
As créé le monde,
Gloire à ta sagesse profonde !
Gloire à ton pouvoir souverain ! »
IL
Astre brillant du jour, qui nous rends la lumière,
Et de tes feux naissants charmes notre paupière,
Dans tes rayons divins apporte-nous du ciel
Les biens qu'à ses enfants réserve l'Éternel.
Saintes vertus, troupe chérie,
Venez, la terre vous en prie'!
Brillez, comme aux monts d'alentour,
Pour le bonheur de la nature
Et celui de la créature,
Brillent les nouveaux feux du jour !
LA PRIÈRE DU SOIR.
Auteur sacré de la nature,
Dieu par qui nous vient tout espoir,
Entends la faible créature,
Entends ma prière du soir !
Donne de longs jours à mon père,
Que leur cours soit semé de fleurs,
Et pour orner ceux de ma mère,
Prépare toutes tes faveurs !
— 28 -
Console la veuve qui pleure,
De l'orphelin deviens l'appui,
Que chaque homme à sa dernière heure
Te trouve propice pour lui !
Prête ton aide souveraine
Au marin près de s'engloutir;
Du guerrier qui meurt dans la plaine
Sois l'espérance et l'avenir!
A ceux que chérit ma pensée
Comme à ceux qui ne lui sont rien.
Que de toi ma voix exaucée
Obtienne le souverain bien !
Accepte ma reconnaissance
Pour le jour qui vient de finir ;
Protège ma nuit qui commence
Et tous mes instants à venir !
L'HYMNE DES MOISSONNEURS.
Dieu, qui fis le ciel et la terre,
Qui fis les saisons et les jours,
Sur nous jette un regard de père,
Nous n'avons foi qu'en ton secours.
Que par tes plus douces rosées
Nos collines fertilisées
Donnent la vigne et le froment !
Sur tes enfants veille à toute heure,
Que ta main garde la demeure
Où l'homme ne vit qu'un moment !
_ 30 —
Tu règles la voûte étoilée,
De fleurs tu sèmes les coteaux ;
Et pour embellir la vallée
Tu fais jaillir mille ruisseaux.
De tes bienfaits nos mains sont pleines !
Béni soit le Dieu de nos plaines,
Béni soit le Dieu des moissons !
Et toi, soleil, qui nous éclaire,
Porte jusqu'à son sanctuaire
Le parfum de nos oraisons !
LA PAIX DU COEUR.
Foulez sous vos lambris le velours et la plume,
Hommes, dont le néant absorbe tous les jours;
Que dans sa nullité votre être se consume
A parer de hochets ses puérils alentours !
Les honneurs, les trésors, l'éclat du diadème,
Ont souvent, bien souvent laissé dire autour d'eux :
« L'homme ne saurait être heureux,
« Que lorsqu'il est en paix, en paix avec lui-même. »
— 32 —
En vain vous vous couvrez des plus saintes reiiques,
Et partagez votre or avec les indigents ; **
Ou, prosternés au seuil de nos pieux portiques,
Vous tentez chaque jour d'édifier les gens,
Vous n'en direz pas moins à votre heure suprême
S'il reste en votre esprit quelque souci fâcheux :
« L'homme ne saurait être heureux ,
« Que lorsqu'il est en paix, en paix avec lui-même. »
Le haillon qui du pauvre abrite la misère,
Le pain noir,que souvent il baigne de ses pleurs,
La guimpe du couvent, le froc du monastère,
La retraite, le jeûne et toutes ses rigueurs
Aux yeux de la raison ne sont qu'un vain emblème,
Si le poids du remords n'est pas banni loin d'eux;
« Car l'homme ne peut être heureux,' ■■
« Que lorsqu'il est en paix, en paix avec lui-même. »
— 3.3 -
Ministre qu'à son culte a voué la nature,
J'ai vu sur son lit d'or expirer l'opulent;
J'ai vu sans feu, sans lit, sans pain, sans couverture,
Le pauvre au désespoir, vers la tombe croulant;
Et là, consultant l'homme à sa limite extrême,
J'ai souvent reconnu triste et silencieux :
« Que l'homme ne peut être heureux,
« Que lorsqu'il est en paix, en paix avec lui-même. »
DIEU ET L'HOMME.
Que Dieu traite l'homme en bon père !
Le monde n'offre que splendeur ;
Le jour nous donne la lumière;
La nuit sombre à notre paupière
Offre un sommeil réparateur.
Les saisons, de merveilles pleines,
Enrichissent vallons et plaines,
Portent l'abondance en tout lieu ;
Et, comblé de tant de largesse,
L'homme donne à croire sans cesse
Qu'il ne voit pas le doigt de Dieu !
Au premier rang dans la nature,
Habile à voir, prompt à saisir,
Témoin de tant d'architecture
Dans un espace sans mesure
Depuis le zénith au nadir,
L'homme, en sa durée éphémère,
A parfois traité de chimère
L'ouvrier par lui méconnu !...
Nuit et jour en lui s'exécute
Un combat, une horrible lutle
Entre le vice et la vertu.
Que notre raison est débile
Devant l'éternelle raison !
Hardie, éloquente, facile,
La vérité partout distille,
Et commande notre oraison ;
Et l'homme, audacieux, coupable,
Dans son orgueil impardonnable,
Ose pour lui, pauvre insensé ! ...
Prendre l'encens qui de la terre
_ 36 —
S'élance vers le sanctuaire
Où le créateur s'est placé !...
Pardon, mon Dieu, de tant d'outrage !
Je suis le premier des ingrats.
Partout je connais ton ouvrage;
Dans le calme, comme en l'orage,
Je sens la force de ton bras;
Et souvent quand l'aube m'éveille,
Oublieux des biens de la veille,
Pour toi j'ai péché de tiédeur.
Fais que toujours juste et sincère,
Docile à ta voix salutaire,
Mon âme soit selon ton coeur !
LA VIE.
Comme le temps la vie est incertaine ; ■
Rien n'est moins sûr que notre lendemain
Le jour finit, et nous songeons à peine
Aux mille écueils qui bordent le chemin !...
Chaque matin dans l'azur et les roses
L'aurore naît sur les monts d'alentour ;
Mais sur nos fronts que de métamorphoses
Dans l'espace d'un jour !
I. 3
— 38 —
O jeune enfant que berce la tendresse
Sur des coussins à grands frais préparés,
Bénis, bénis le ciel qui pour toi laisse
Tant de revers, tant de maux ignorés !
Souris, enfant, aux baisers de ta mère;
Poursuis aux champs les papillons légers !
Trop tôt pour toi s'ouvrira la carrière
De la tristesse et des dangers.
Dans le.cours de la vie il est bien des nuages
Qui pour nous dans l'espace ont mis leur voile obscur;
Que de soucis, d'écueils, de pertes, de naufrages,
Par les vents les meilleurs, dans le port le plus sûr !
L'homme le plus heureux est celui qui sans crainte
Et rempli d'un espoir, qui de tout lui tient lieu,
Du cercle des vivants abandonne l'enceinte
Pour retourner à Dieu.
LE SOMMEIL.
I.
Dormez, mortels,
Astres des nuits, bondissez sur vos plaines ;
De l'univers celui qui tient les rênes
Embrasse tout dans ses soins paternels ;
Gardés par son amour et ses mains souveraines,
Dormez, mortels.
— 40 —
II.
Dormez, mortels,
La volonté sur vous est sans empire;
L'homme n'est plus qu'un livre où l'on peut lire
Avec respect des secrets éternels ;
Mais celui qui fit tout garde tout sans rien dire :
Dormez, mortels.
III.
Dormez, mortels,
Du haut des airs s'abaisse la rosée;
Bientôt pour nous la colline arrosée
Présentera ses tributs annuels.
En attendant qu'aux cieux vienne l'aube irisée,
Dormez, mortels.
41
IV.
Dormez, mortels,
Des rêves d'or dont la nuit vous caresse
Suivez les jeux , goûlez la douce ivresse,
Pour qu'au réveil, dans les objets réels,
Tout ce bonheur fictif subitement ne cesse,
Dormez, moi tels.
V.
Dormez, mortels,
Dans le sommeil votre esprit se repose;
Pour lui la nuit. ainsi que pour la rose,
Dans l'ombre a mis des baumes solennels.
Vous éprouvez l'effet, Dieu seul connaît la cause.
Dormez, mortels.
L'AMITIÉ.
I.
L'homme ne fut pas mis sur terre
Pour être isolé, sans appui :
Enfant, il dort près de sa mère,
Homme, il a l'amitié pour lui.
Sans amitié toute la vie
N'est qu'une pause en lieu d'exil;
Mais si l'amitié nous appuie, * '
A notre bonheur que faut-il ?
— 43 —
II.
L'amitié, c'est l'ombre propice
Où peut s'abriter l'orphelin ;
C'est la fontaine bienfaitrice
Qui donne son flot cristallin ;
Viennent les jours remplis d'orage,
Viennent la tristesse, les pleurs!
L'amitié parle, et les nuages
Ont fui comme aussi les douleurs.
III.
Qu'il soit ou non vrai, le proverbe
Qui fait les princes des ingrats,
L'amitié, c'est l'élan superbe
Qui ne les abandonne pas.
Quand le sort brisant leur fortune
Les jette à l'exil sans pitié,
Est-il en si grande infortune
Rien de plus grand que l'amitié!
— 44 —
IV.
L'amitié, c'est la blanche rose
Qui charme la brise du soir;
C'est le rocher où se repose
Le voyageur au désespoir;
Celui que l'amitié caresse
En est plus homme de moitié ;
Après l'ùonneur et la sagesse
Le premier bien c'est l'amitié.
LA MUSIQUE.
D'où vient cette auguste puissance
Qui charme les sens des mortels?
Qui nous dira de son essence
La fin, les secrets éternels ?
0 sainte harmonie,
Puissance infinie,
Qui partout bénie
Sèmes des attraits,
Apporte à la terre
_ 46 ~
Ce feu salutaire
Dont toi, la première,
Donnas les bienfaits.
Sois partout propice !
Que sous ton auspice
S'éloigne le vice,
Comme au sein des champs,
La bise glacée
Dissipe, empressée,
L'herbe délaissée
Sur quelques penchants.
Qu'à ta lueur souveraine
S'évanouissent honteux
De notre famille 'humaine
La sombre envie et la haine
Et le mensonge odieux !
Apprends au fils de l'homme attentif à tes charmes
A n'encenser d'autels que ceux du créateur,
Chez son frère à tarir la tristesse et les larmes,
A rendre grâce aux cieux de leur moindre faveur.
— 47 —
Qu'il puise en tes concerts cette intrépide audace
Qui fait pâlir le lâche et trembler le félon ! ~
Prends tes accents guerriers quand le danger menace ,
Au hameau sois naïve, et joyeuse au salon !
Que sous la bénigne influence
Le boeuf pressé par l'aiguillon
Dès le malin aux champs s'avance
Traçant son pénible sillon.
Sois toujours présente,
Douce et consolante,
Quand la main ardente,
Du vieux laboureur,
Après sa prière,
Confie à la terre
Le blé qui doit faire
Un jour son bonheur!
Anime, folâtre, .
Le soir, près de l'âtre,
La foule idolâtre
Qu'arme le fuseau !
Dès l'aube rieuse,
Près la source creuse,
Reparais joyeuse
A tout le hameau !
Deviens l'âme de la fête
Qui voit unir deux époux;
Le doux son de la musette,
Fredonnant son ariette
Prélude aux jours les plus doux.
Entre dans les palais, fais retentir ces dômes
Dont une antique gloire a rempli les vitraux.
Rends le bruit des combats, la chute des royaumes,
La douleur des vaincus, la clameur des héros.
Chante imitant les flots, le maître des tempêtes ;
Chante celui qui tient la foudre dans ses mains.
Dans les temples, redis les hymnes des poêles;
Intéresse le ciel au bonheur des humains.
— 49 —
Ces accoçds qui font ta richesse,
Tous ces sons si prompts, si divers,
Dont la mesure est la maîtresse,
Tous ces mélanges, tous ces airs,
Devant notre oreillle,
Sont une merveille,
Qui n'a de pareille
En rien ici-bas.
On tremble, on admire,
On rit, on soupire';
Jusques au délire
Courent les ébats.
Qu'au loin quelque chasse
Haletante passe
Suivant à la trace
Le cerf en les bois,
La fanfare exprime
L'heure où la victime
Se lasse ou s'anime,
Ou tombe aux abois.
— 30 —
Sur le bord de la rivière,
Qui vaut le chant des faneurs
Couronnés d'herbe et de lierre,
Et. fêtant à leur manière
L'été, l'amour et les fleurs?
Et quand, au soir, l'on court à ces vastes enceintes
Où luttent de splendeur et le luxe et les arts,
Où les supports dorés vacillent fur leurs plinthes
Du poids des spectateurs pressés de toutes paris,
Qui n'aime, grâce au bras qui les guide sans cesse,
Voir qu'ensemble mêlés les voix, les instruments
Rendent du coeur humain la force ou la faiblesse,
Font parler la nature et tous les éléments!
LE DROIT DES GENS.
Peuples qui, vous levant à ces plages du monde
Où l'aurore à son front met le bandeau vermeil,
Qui, dès votre berceau, dans une nuit profonde,
Ne connûtes longtemps pour Dieu que le soleil ;
Hommes qui, recevant le jour quand il nous laisse,
Aux champs de l'Orénoque épuisez vos labeurs,
Et qui, n'ayant pour toit que la verdure épaisse,
Goûtez dans vos forêts des jours pleins de douceurs;
Africains au teint noir, aux formes anguleuses,
Qui du brûlant tropique affrontez les ardeurs ;
Lapons aux pieds de neige, aux grottes ténébreuses,
Qui de l'astre polaire empruntez les lueurs,
Qui vousa dit que tous vous n'étiez pas des frères,
Et que, basant vos droits sur le droit du plus fort,
Vous pouviez, par la ruse et des traits sanguinaires,
L'un chez l'autre porter la rapine et la mort?...
En faisant tout si bien dans la nature humaine,
Dieu n'a pu nous créer que pour des jours heureux;
Lui qui punit le mal, peut-il aimer la haine?
Sa voix maudit Caïn de son meurtre odieux :
Et qui donc le premier, méchant et téméraire,
Osa s'armer d'un glaive, et, conquérant cruel,
Après avoir semé le deuil et la misère,
S'en revint la main pleine et le coeur criminel?
« Retiens tes pas, guerrier, dont la fougue insensée
« A rêvé des lauriers sans en peser le prix.

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