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Histoire d'un royaliste dupe de sa crédulité, et hommage rendu à la délicatesse et aux vertus... de M. le major de Perronet,... [Par Pierre Sarrat.]

De
37 pages
impr. de C.-F. Patris (Paris). 1819. In-8° , 38 p..
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HISTOIRE
DUPE DE SA CRÉDULITÉ.
HISTOIRE
DUPE DE SA CRÉDULITÉ,
Et HOMMAGE rendu à la délicatesse et aux
vertus rigides de M. le major de PEROMNET,
chevalier de l'ordre royal et militaire de
Saint-Louis, et premier valet de chambre
du Roi *
PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE C.-F. PATEIS,
rue de la Colombe, n° 4, quai de la Cité.
( 1819. )
HISTOIRE
DUPE DE SA CRÉDULITÉ.
N faisant le récit de l'odieuse intrigué dont
je suis la triste victime, je montrerai la fidé-
lité sans appui, contrainte d'acheter d'un vil
Protée, constamment attaché aux divers gou-
vernements de la révolution, une protection
que ma seule conduite politique m'avait mé-
ritée. Je ferai voir un homme confiant et plein
de droiture, indignement trompé par un im-
posteur ingrat et sans foi que j'avais obligé si
généreusement (ï), dont j'avais payé les loyers
pour le soustraire à l'affront d'une saisie, et
à qui j'avais fourni du pain dans plusieurs oc-
casions où il manquait de tout. Je démas-
querai cet intrigant méprisable, afin de l'em-
pêcher de faire de nouvelles dupes . je dirai
enfin quelle est la récompense que recueille
un véritable royaliste, qui fut toujours attaché.
(i) Voir les pièces justificatives, N°S 3 et 5.
4
à la cause de ses Rois légitimes, malgré les
proscriptions et la hache révolutionnaire sus-
pendue pendant deux ans sur sa tête ( en 179?
et 1794), et qui n'avait rien demandé jus-
qu'à la réinstallation du petit fils de Henri IV
au trône de ses pères.
Je vais exposer au lecteur, avec la plus
exacte vérité, toutes les circonstances de cette
Jurpitude.
J'avais traversé notre infernale révolution ,
Bon-seulement sans y prendre aucune pari,
mais toujours; en butte, aux persécutions des
tyrans qu'elle avait enfantés; j'avais pourvu à
mou existence, pendant vingt-cinq ans, par un
travail assidu et pénible, lorsque je vins à
Paris au mois de mai 1814., pour solliciter
une recelte particulière dans les contributions
directes, où j'avais travaillé sept ans comme
caissier et chef, avec procuration de la recette
générale du même département, où cette re-
cette particulière venait de vaquer.
Un' jeune homme plus heureux et .mieux
protégé l'emporta sur moi, quoiqu'il n'eût
jamais rien fait dans cette partie. .
Après avoir essuyé cette préférence, je
m'étais mis sur' les rangs pour une des pre-
mières recettes qui viendraient à vaquer ;
5
mais j'appris, non sans une surprise extrême,
qu'une vie irréprochable, une moralité à toute
épreuve, une conduite politique digue d'élo-
ges, une longue expérience dans la partie ad-
ministrative où je voulais entrer, étaient fort
peu de chose, et qu'il fallait indispensable-
ment des protections puissantes pour obtenir
une place à laquelle tout Français peut pré-
tendre suivant l'article Ier de la Charte, que
j'étais capable de bien remplir et dont j'avais
besoin pour élever ma famille.
Par malheur pour moi, la révolution avait
moissonné toutes les personnes marquantes qui
auraient pu m'être utiles, et mon embarras
était extrême pour trouver des protecteurs.
Pendant que je me creusais l'imagination
pour m'en procurer , je rencontrai à Paris un
sieur Hostein, arracheur de dents par état, et
intrigant par spéculation, dont je m'étais servi
quelquefois à Strasbourg pour ma bouche.
Ce misérable, qui avait constamment tourné
avec la girouette révolutionnaire, affichait en
1814 le royalisme le plus pur, se vantait de la
faveur des princes de la famille royale dont il
était le dentiste, notamment de celle de Mon-
seigneur le prince de Condé auquel il était
particulièrement attaché, et offrait ses service
6
à quiconque voudrait les payer ou lui fournir
les moyens de subsister à Paris où.il était sans
un sou.
Ce fut avec cet étalage de charlatanisme
qu'il parvint à me persuader que, moyennant
cent louis, il me procurerait la protection de
Monseigneur le prince de Condé pour arriver
à la recette que je sollicitais, et que sous tous
les rapports je méritais d'obtenir.
J'avais accepté sa proposition depuis quel-
ques jours, lorsqu'il vint chez moi pour me
prévenir qu'il avait dans sa main la ressource
la plus sûre qu'il fût, possible de trouver ;
« J'ai à ma disposition, me dit-il, un des quatre
« premiers valets de chambre de Sa Majesté,
» parce que je donne des soins et que je fais
» des rateliers à une dame L.... son amie in-
» time, logée à l'hôtel de Courlande, rue
» Sainte-Anne.
» Mon plan est bien dressé, ajoutait-il ; je
» ne demanderai point d'argent à monsieur
» de Péronnet qui doit me payer pour cette
» dame, et qui se libérera envers moi en vous
» faisant obtenir votre place, ce qui,est pour-
» lui la chose du monde la plus facile (i). »
(i) Voir la pièce N° 4.
7
En conséquence de ce projet, il me demanda
nue pétition pour le, ministre des finances, qui
fut transmise à son Excellence, je ne sais par
qui, et dont les événements de I8I5 ne nous
permirent pas d'attendre le résultat.
Après le retour du Roi, et au mois d'août
I8I5, ledit Hostein m'écrivit qu'il était allé
chez le ministre des finances de la part de
M. de Péronnet, et que son Excellence exi-
geait des certificats de royalisme bien authen-
tiques , parce qu'après tout ce qui venait de
se passer on voulait être sûr de toutes les
personnes qu'on placerait à l'avenir (i).
Le Protée Hostein, croyant que j'avais
fait, comme lui et tant d'autres, la girouette
pendant la révolution, espérait peut-être m'em-
barrasser parla demande de ces certificats; mais,
de Nancy où j'étais alors, je fis venir de suite,
soit de Montauban ma ville natale, où j'avais
essuyé toute la tourmente révolutionnaire,
soit de plusieurs autres endroits, des certificats
dignes de foi, qui prouvent que, royaliste cons-
tant et fidèle, non seulement je n'ai jamais
dévié de mes principes, mais encore que
pendant le régime de la terreur j'ai été en cor-
(i) Voir la pièce N° ».
8
respondance avec des émigrés, malgré les lois
atroces de la convention qui prononçaient la
peine de mort pour ce fait, et qu'en outre j'ai
fait rayer plusieurs personnes de la liste des émi-
grés sous la convention et sous le directoire.
Muai de ces certificats et d'une nouvelle
pétition, Hostein les apporta à M. de Péronnet
qui les expédia au ministère des finances le i5
novembre 1815, où ces pièces sont enregistrées
sous le numéro 1449 (1)
Deux ou trois jours après, Hostein vint me,
dire que cet envoi avait été fait par une dé-
pêche particulière ; que ma demande était ac-
compagnée de la recommandation spéciale de
Sa Majesté, et que notre affaire serait bientôt
terminée heureusement : mais il me confia en,
même-temps que je ne devais jamais paraître
au ministère des finances, parce que M. le
chevalier, qui avait beaucoup de ménage-
ments à garder, ne voulait d'autre intermé-
diaire que lui Hostein, qu'il avait chargé d'aller
voir souvent de sa partie ministre, ainsi que
M. Legrand premier commis chargé du travail
des nominations, tandis que de son côté M. de
Péronnet harcelerait son Excellence (c'est son
expression) toutes les fois qu'elle viendrait
(i) Voir la pièce N9 II.
9
chez le Roi; en cpnséquence, que je n'avais qu'à
les laisser faire l'un et l'autre et me tenir bien,
tranquille.
En effet, ledit Hostein, sous les auspices de
M. de Péronnet, obtint plusieurs audiences
de Son Excellence ainsi que de M. Legrand :
il écrivit plusieurs fois à l'un et à l'autre, de la
part de M. le chevalier, afin de leur rappeler
ma demande, et il eut grand soin de me com-
muniquer régulièrement cette correspondance
ainsi que le résultat de ses visites au ministère,
et les réponses qu'il en recevait, (i)
Cependant , après une année d'attente ,
voyant que, malgré toutes les démarches dudit
Hostein, le ministre n'avait eu aucun égard à
une pétition aussi puissamment recommandée,
je soupçonnai que cet intrigant m'avait trom-
pé, et avec ma franchise ordinaire je lui fis part
de mes soupçons, en le menaçant de le pour-
suivre en justice s'ils venaient à se réaliser.
Mais par mille protestations verbales il s'ef-
força de me rassurer et de me montrer toute
sa candeur et sa bonnefoi ; et peur achever
de me convaincre, il me conduisit chez M.de
Péronnet qui nous reçut avec cette urbanité.
(i) Voir les pièces N°S 5, 6 et 7.
10
et cette politesse exquises qui le distinguent,
et que l'on ne trouve que chez les gens de
cour.... Ce n'est pas tout : M. le chevalier
poussait alors la complaisance jusqu'à faire
prévenir ledit Hostein, lorsque des affaires
imprévues, ou un voyage, l'empêchaient de
nous recevoir, (i)
Cependant mon esprit était toujours rebelle
à ces marques apparentes de bonnefoi, et je
ne me gênais pas pour le faire sentir audit Hos-
tein, qui, ayant alors recours à sa féconde char»
latanerie, se démenait comme un beau diable
pour me persuader par paroles , par actions
et par écrit, que je ne pouvais être servi avec
plus de zèle et de franchise : « Ne croyez pas,
» me disait-il dans sa lettre du 23 juin 1816, à
» une mauvaise volonté qui ne peut entrer dans
» mon coeur; car, je vous le réitère , je ferai
» tout ce qui vous sera agréable, si toutefois
» vous voulez me rendre justice et ne pas vous
» laisser emporter par cette imagination vive
» qui vous fait prendre l'ombre pour la réalité.
» Je vous souhaite une bonne nuit, vous às-
» suraut d'une amitié inaltérable, malgré vos
» injustices; et comptez sur. moi à la vie et à
« la mort. »
( 1 ) Voir les pièces N°s 8 et 9.
11
Deux jours après, il me protestait que s'il
n'eût été occupe' toute la journée dehors, il au-
rait eu le plaisir de me voir et de me consoler,
» Bonne nuit, ajoutait-il, prenez patience
» jusqu'à demain, en usant de quelque indul-
» gence envers celui qui ne cessera d'être
» votre dévoué ami .toute sa vie. — Signé
» Hostein.
» P. S. J'ai eu la visite de M. P. ( M. Pé-
» ronnet ) et de madame L...... Nous nous
» sommes long-temps entretenus de vos af-
» faires. Je vous rendrai compte à la première
» visite de notre conversation. »
Je patientai encore deux ou trois mois, non
pas que j'eusse plus de confiance en ce misé-
rable , mais pour le mettre encore plus dans
son tort. Ce délai passé , je lui déclarai que,
sans plus de remise ni de miséricorde, j'allais
lui faire appliquer la peine portée en l'article
405 du Code pénal.
Me voyant définitivement arrêté à cette ré-
solution , et ne pouvant plus gagner du temps,
il prit une attitude fière avec laquelle il espé-
rait sans doute m'intimider, et un langage tout
différent de celui qu'il avait tenu jusqu'alors,
» Je ne me vante pas } me disait-il dans sa
12
» lettre du 10 octobre 1816, du bien que j'ai
» fait; il paraît que je serai obligé de l'exposer
» pour me faire connaître au tribunal, non à
» celui de la police correctionnelle, ce ne
» pourra jamais être sur moi que ce tribunal
» aura droit de s'appesantir , etc.
» J'ai les preuves de votre propre main, et
» vous la conviction intime, que je ne vous en
» ai jamais imposé, M. le chevalier est prêt à
» confirmer tout ce que j'ai écrit de sa part à
» M. Legrand , et ce dernier saura prononcer
» entré nous : je produirai au tribunal copie de
» la lettre de M. le chevalier faisant envoi de
» votre pétition, l'accusé de réception de son
» Excellence le ministre des finances, où se
» trouvent contenues les expressions de l'in-
» térêt qu'il prendra à votre demande : le tout
» sera certifié conforme aux originaux déposés
» au secrétariat de sa Majesté par M. le cheva-
» lier , mon protecteur, et par conséquent le
» vôtre , jusqu'à présent .........
» Je me bornerai à vous observer que M. le
» chevalier vous donnera lui-même les preuves
» qui semblent être l'ultimatum de vos dé-
» marches ultérieures à mon égard: vous pou-
» vez le voir quand bon vous semblera ; mais
», en attendant; etc.
13
» Votre réponse, ou l'effet dé vos menaces,
» me dirigeront sur ce que j'aurai à dire à M. le
» chevalier ; il ignore encore vos menaces,
» et j'attendrai pour l'en instruire que vous
» m'y ayez mis dans la nécessité. »
Sa lettre du 12 du même mois finissait ainsi :
« Conclusion; M. le chevalier vous a permis
» d'aller le voir quand bon vous semblerait : il
» n'est donc pas nécessaire que je vous y ac-
» compagne : vous saurez de lui ce que vous
» semblez exiger que je vous certifie; il se
» fera un plaisir de vous répéter ce qu'il vous à
» si souvent dit : qu'à ma considération il est
» disposé à vous accorder sa protection et à
» continuer ses démarches : que si vous pou-
» vez prendre sur vous d'être bienséant dans
» votre correspondance, je suivrai la pour"
» suite de votre affaire sans que vous ayez be-
» soin de paraître. »
Fatigué du jargon imposteur de ce misé-
rable, j'allais l'assigner au tribunal de police
correctionnelle pour lui faire subir la peine
que les lois réservent aux gens de son espèce;
mais, sur le; conseil de l'avocat que j'avais con-
sulté à cet effet, je me décidai à écrire, le 14
octobre 1816, à M. de Péronnet, pour lui
faire part de la conduite, dudit Hostein, que
14
je lui détaillai avec toutes ses circonstances,
notamment celle du payement des cent louis
que ce charlatan avait reçus, sous prétexte de
se dédommager de ce qui lui était dû; à raison
des soins donnés et des râteliers fournis à ma-:
dame L..... , et pour lesquels, suivant lui,
M. de Péronnet devait, d'après leurs conven-
tions, faire des démarches en ma faveur au-
près du ministre des finances.
Dans cette lettre je fis observer à M. de
Péronnet qu'il était impossible de poursuivre
Hostein en police correctionnelle sans faire
retentir les voûtes du temple de Themis et de
son nom, et de celui de madame L....
Frappé sans doute de cette coufidence, et
vraisemblablement pour éclaircir un mystère
d'iniquité qu'il ignorait, M. de Péronnet m'as-
signa un rendez-vous le lendemain i5 novem-
bre , pour le surlendemain 16, à une heure
après midi, (i)
Dans ce rendez-vous , après quelques pro-
pos insignifiants et quelques épithètes de men-
teur , d'intrigant et autres plus énergiques
encore, débitées en l'honneur dudit Hostein,
M. de Péronnet me pioposa d'adresser une
(I) Voir la pièce N° 10.