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Histoire des campagnes de France en 1814 et 1815, par M. Mortonval. Troisième édition

De
437 pages
A. Dupont (Paris). 1827. In-18, 438 p..
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HISTOIRE
DES CAMPAGNES
DE FRAN
EN 1814 ET 181.5.
v , im: .mn i ii. jiii 1 ni !
HISTOI RE
DES CAMP A G "NI. S
DE FRAIS Cl'.,
EN 1814 ET 181::,
l'Ali M. MORTO^V.U,
r._-iciii ï- < -■
1 1,
: t'A RI.S.
AMBKOÎSE. DUl'OM' ET C" , LIBRURe,
RLE \1VIIX5F, , N° lG.
1827.
CAMPAGNES
DE FRANCE,
1814 ET 1815.
CHAPITRE PREMIER.
Etat de la France à l'époque du retour de Napo-
léon à Paris, après la campagne de 1813.-
Proclamation des alliés. — Mouvement des
royalistes. — Levées d'hommes , impôts ar-
bitraires. — Ouvertures de pàix. - Conaitions
imposées par le congrès de Francfort. - Con-
tinuation des hostilités. -Embarras intérieurs.
— Le corps législatif est dissous. — Plan d'in-
vasiom des alliés. — Emplacement de leurs ar-
mées. — Forces del'Empereur et leur situation.
— L'inyasion s'étend.-Plan de oampagne de
l'Empereur. - il part pour l'armée. ( Du q no-
vembre 1813 au 25 janvier 1814.)
LES désastres de la campagne de Russie
avaient frappé la France, sans l'abattre.
( G )
Affaiblie par ce grand coup, elle n'était
cependant épuisée ni de sang, ni de res-
sources , lorsque Napoléon revint seul de-
mander encore des hommes et des muni-
tions pour continuer laguerre en Allemagne ;
l'empire répondit à cet appel avec empres-
sement. Mais à la fin de- I8I3 , d.e nouvelles
pertes venaient de ranimer le sentiment des
premiers malheurs; et, cette fois , le retour
de l'Empereur trouva les esprits autrement
disposés.
Les circonstances étaient aussi bien dif-
férentes ; l'ennemi pressait nos armées sur
la ligne des frontières, au nord et au midi,
et les ferçait à en repasser les limites- Le
trésor était vide; tous les services languis-
saient ; les bias manquaient à l'agriculture
et à l'industrie; le commerce achevait de
s'anéantir ; la patience enfin était lassée
et la confiance évanouie , quand Napo-
léon , vaincu de nouveau , vint s'exroser
aux regards de la capitale , dépouillé die
( ? )
prestige dont l'avait entouré jusque-là tanï
de gloire.
Ses premières paroles ne furent pas de
nature à relever le courage du peuple :
« Toute l'Europe, dit-il au sé nat, marchait
avec nous il y a un an; toute l'Europe
marche aujourd'hui contre nous. »
Ce langage supposait que l'union de la
France et de son chef n'était pas encore al-
térée ; mais l'infortune avait déjà relâché
leurs liens; et les rois ennemis., dans le des-
sein de les rompre tout-à-fait, déclaraient,
par une proclamation datée de Francfort,
qu^ils ne faisaient point la guerre à la.
France, mais à l'Empereur , ou plutôt à la
prépondérance exercée par Napoléon , au-
delà des hornes de son empire.
Les termes de ce manifeste étaient cal-
culés de manière à séparer la cause des su-
jets de celle du souverain , en attribuant
à sa seigle ambition tous les maux de
l'Europe^ Ces provocations à la révolte
( 8 )
trouvèrent des échos nombreux dans l'in-
térieur ; ce n'est pas qu'il s'y mêlât déjà
des vœux pour le rappel de l'ancienne
dynastie ; il suffisait, pour les propager ,
du mécontentement né de tant de sacri-
fices devenus infructueux ; et il s'y joignait
l'inquiétude générale , à l'approche des
nuées de barbares qui menaçaient le ter-
ritoire.
Les partisans des Bourbons ne se mon-
traient pas encore à découvert. Il est vrai
- qu'au printemps de 1813 , un petit nombre
de-royalistes, qui jusqu'alors avaient semblé
rêver isolément le retour de ces princes,
S'étaient rapprochés et entendus , après la
première défaite de Napoléon. Les revers de
la campagne suivante grossirent ensuite ce
parti, qui forma des liaisons dans l'ouest et
le midi ; et tous travaillaient avec ardeur,
mais sourdement, au rétablissement de la
royauté. Le château d'Ussé T en Ton-
raine , était le centre de leurs opérations,
( 9 )
1*
au succès desquelles concouraient des pré-
fets , des maires et jusqu'à des députés au
corps législatif.
Sans doute, l'histoire ne donnera pas-
le nom de conspiration à cette intrigue
d'hommes , en général médiocres..,. qu'on
ne vit alors. nulle part agir , ou seulement
parler haut, en faveur de la cause royale.
Mais, s'ils ne donnèrent pas l'impulsion ,
ils surent du moins accélérer, sur plusieurs
points, le mouvement des esprits vers un
changement quelconque, et profiter ensuite
avec bonheur, pour leur parti, de circons-
tances qu'ils n'avaient pas fait naître.
Dans ces temps difficiles, tout semblait
tourner contre Napoléon ; et chacun de
ses actes, en aggravant nécessairement le
poids des maux publics , devait achever de
le dépopulariser et d'ébranler sa puissance.
Il fallait des soldats ; l'Empereur dicta un
sénatus-consulte, qui lui livrait trois cent
mille conscrits. Déjà cependant, deux an-
( 10 )
nées de cette moisson d'hommes étaient
dévorées à l'avance, et. toutes les réserves
appelées. Son décret, violant la loi, enle-
vait à la population épuisée des adolescens
de dix-huit ans.
L'argent manquait partout, excepté dans
son épargne , de laquelle il tira trente
millions pour les services publics ; mais ce
secours était loin de suffire ; l'Emperur ne
pouvait pas attendre le vote des députés
pour en obtenir par des voies légales ; il
créa donc des impôts arbitrairement , par
un simple décret (1) , et l'ordre fut donné
de les mettre à l'instant même en recou-
vrement.
Cependant, quelques tentatives auprès
des souverains alliés ayant été faites au
(1) Du Il novembre i8i3. 3o cent. ajoutés à
la contribution des portes et fenêtres ; 3o cent.
à celle des patentes ; 20 cent. par kilogramm-e
au prix du sel. -
( » )
*om de Napoléon, par le comte de Merfeidt
(i), des paroles de paix se mêlèreijt au, bruij;
des armes. En réponse à cette ouverture ,
M. de Saint-Aignan apporta de Francfort t
vers le milieu de novembre , une note dictée
par le prince de Mtternich. Les rois de
l'Europe demandaient pour préliminaire,
que k France , bornée désormais à ses
limites naturelles, du Rhin, des Alpes et
des Pyrénées y fît l'abandon de toutes ses
conquêtes. Les négociations ne devaien t
pas suspendre le çours des hostilités.
Le duc 4e Bassano , accusé par l'opinion
d'être contraire à la paix, fut alors le,""
placé aux relations- extérieures par le dup
de Yicence , estimé peïaonaellçment dy
I'eçagereur Alexandre. Aussitôt le nouyeay.
(1) Général autrichien fait ptisopaier à la
bataille de Leipsick, le 18 octobre i8i3 , uL
rendu à la liberté pqur cette négociation.
( 12 )
ministre fit connaître aux alliés par une
dépêche du a décembre , que Napoléon.
adhérait aux bases proposées. Mais la ré-
panse du prince de Melternich dissipa,
en partie, l'espoir d'un rapprochement ;
il annonçait que les puissances coalisées
avaient consulté l'Angleterre et que leur
décision dépendait. de celle du Cabinet de
Londres.
De ce moment, les dispositions pacifiques
des alliés T réelles ou simulées, firent place
à des desseins évidemment hostiles; et
bientôt après ils reprirent l'offensive- Cette
résolution parut être l'effet des excitations
de larigleterre ; d'autres Tattribuent aux
conseils d'un Français : Bernadotte aurait
vivement représenté aux rois coalisée, que
l'inaction leur allait enlever le fruit de la
victoire ; qu'à l'exemple de l'Empereur lui-
même , il fallait poursuivre le vaincu ,
sans lui laisser le temps de se reconnaître, et
de former une autre armée ; c'était tourner
( *3 y
contre Napoléon les armes dont il se servait
depuis vingt ans avec tant d'avantages : à la
voix du soldat couronné , les rois , dit-on ,
s'encouragèrent à tenter immédiatement, et
avec les forces présentes , une guerre d'in-
vasion T pour laquelle le développement de
toutes leurs ressources semblait d'abord à
peine suffisant. Quoi qn?il en ait été, tout
se disposa sans délai pour l'envahissement
du territoire français.
Cependant, les embarras croissent et se
compliquent au dedans. Napoléon avait
convoqué le corps législatif pour le 2 dé-
cembre p il recula l'époque de cette solen-
nité jusqu'au ig , dans l'espoir qu'alors.
les négociations pour la paix seraient ve-
nues à un point de maturité, qui per-
mettrait d'en parler à la nation avec
certitude. C'était l'attente publique; elle
fut trompée.
Ce jour venu , Napoléon ne peut encore
exprimer que des vœux, et le découra-
( 14 )
gement est le fruit de son discours. Ûi1
le voit s'attacher à repousser., avec effort lç
reproche de vouloir continuer la guerre ;
il multiplie les preuves, il produit des
témoignages. Lui', dont le langage avait
tant de hauteur , le voilà donc réduit à
démontrer qu'une autre volonté que la
sienne- maîtrise désormais les hommes et
les événemens ! A ce premier symptôme de
décadence, ses adversaires de Pintérieur
s'animent iL le braver. Le sénat luj-méme
trouve un peu de force ; il ose çéclamef
un, dernier effort pour obtenir la paix ; ce
qui implique le reproche de n'avojr pas
tout tenté pour l'obtenir. Le sénat était
tombé si bas , qu'on, lui tint compte de
cette intention comme d'une hardiesse.
Les députés, s'apprêtaient & tenir un lan-
gage plus ferme ; sur le rapport 4e M. Laîné ,
la Chambre avait délibéré une adresse ,
où l'on remarquait, avec étonnement x la
demande de garanti r enfin la liberté, Ig.
( t5 )
sâretë, la propriété et le libre- exercice
des droits politiques.
L'Empereur averti éclate en pcproches,
et dissout le corps législatif, avant qu'il
m'ait énoncé pabliqueme*t ce vœu. Il
suffit de parler de liberté pour irriter les
souverains, et cependant quel esprit droit
peut mettre en doute aujourd'hui , que
si Napoléon, satisfait de tant d'autres op-
pressions, eût du moins désenchaîné de-
puis deux ans le corps législatif y il auraijt
entendu des conseils dont l'effet pouvait
prévenir sa chutef Mais, roi d'un jour,
il s'était plu à composer sa cour éphémère ,
de tous les élémens de corruption qui
minent, en les dégradant, les appuis des
anciens trônes; il savourait l'adulation
comme un vieux potentat : elle porta son
fruits
Le peuple, en général, ne parut pas
désapprouver ce coup d'Etat. La crainte
de l'invasion, l'agitait uniquement ; il' ne
( i6)
voyait dans l'Empereur qu'un général sur
qui reposait tout l'espoir de la défense,
et dont les mesures étaient entravées par
une faction : il prit donc d'abord parti
contre les députés dans ce débat. Mais la
portion réfléchissante de la nation les
hommes qui forment et dirigent la vérita-
ble opinion publique , ramenèrent bientôt
les esprits à un jugement plus sain de cette
action violente. Elle décelait à leurs yeux
une habitudé enracinée de despotisme,
d'autant plus effrayante qu'elle avait per-
verti son esprit supérieur , au point de
lui faire croire que la France pouvait se
passer de liberté. Il croyait nous satisfaire
avec de la gloire , de la richesse et autant
de bonheur intérieur qu'en peuven com-
porter les exigences du pouvoir absolu.
Il se trompait et même, quan d tous ces
avantages eussent été assurés par une pai-
sible et longue jouissance, la nation qui
âvait versé tant de sang pour obtenir des
( )
institutions libérales aurait encore demandé
cette noble récompensé de ses sacrifices.
La grande erreur du règne de Napoléon fut
dans FIgnorance de cette vérité.
C'est sous ces funestes auspices, et parmi
ces présages de convulsions intérieures ,
que s'ouvrit la campagne de 1814.
Déjà le plan de l'invasion était arrêté
définitivement. L'ennemi, précédé de pro-
clamations insidieuses, s'avançait pour fran-
chir nos frontières , et pénétrer dans
l'intérieur de la France , par cinq côtés
principaux à la fois.
La grande armée autrichienne, sous les
ordres du prince Schwartzenberg , occu-
pait la Suisse au mépris des protestations
de la république helvétique , et se -prépa-
rait à faire irruption dans l'Alsace et la
Franche-Comté. L'empereur Alexandre ,
le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche ?
suivaient en personne ce corps principal.
Blucher et ses Prussiens formaient, avec
z 48 )
des divisions russes et saxonnes, la e-
conde armée, dite de Silésie , destinée à
tenter le passage du Rhin vers Manheim ,
pour se jeter sur la Lorraine.
La troisième se composait d'Anglais, de
Prussiens, de Russes et de Suédois, sous
le commandement de Bernadette. Après
avoir détruit le royaume de Westphalie,
çe corps se préparait à envahir la Hol-.
lande et la Belgique ; puis , à inonder les
départemens du nord.
Au midi , Wellington , en-deçà de. la
Bidassoa , restait arrêté devant le front que
lui opposait le maréchal Soult, sur une
ligne étendue depuis le camp retranché da
Bayonne 1 à droite , jusqu'à Saint-Palais
à gauche, le long des rives de la. Bidouze.
L'Anglais attendait que son armée, déjà
très-supérieure en nombre , eût reçu d'au,
î.ej renforts , pour marcher en avant.
Enfin , le duc d'Albuféra , que la re-s
ta-ajle de Soult, à l'occident de l'Espagae �
( 19 ),
avait forcé d'évacuer le royaume de Va-
lence , abandonnait la Catalogne, après
avoir long-temps gardé sa posilion sur le.
Lobrégat , et rentrait en France par
Perpignan. Bentinok , à la tête de ses An-
glais venus de Sicile y et Copons avec uno
armée- espagBole" suivaient la marche du
maréchal, et menaçaient le Roussillon.
L'aspect de PlLalie semblait plus favo-
rable. J usque-Ht, rien ne laissait encore
soupçonner la défection de Murât. Rome
était tranquille en apparence, et le prince-
Eugène commandait à Vérone un corps.
de Français. et dItaIÍens, qui contenait
l'armée plus nombreuse du. général Belle-.
garde, sur la ligne de l'Adige.
Ainsi, tandis que d'innombrables réser-
ves s'avançaient de tous les points de l'Eu-
rope, pour grossir encore les rangs de
l'ennemi, il développait déjà autour de
nous une première ligne de plus de sûç
-:::u\.t mille comLHans"
(20 )
Cependant, Napoléon calcule que !a
moitié seulement sera en état d'agir au
mois de janvier , en dedans de nos fron-
tières , entre l'est et le nord,' et il espère
pouvoir réunir près de cent mille soldats,
pour la défense de ce côté , à la même
époque. En attendant, toutes ses forces
disponibles, au 31 décembre , ne s'élèven t
pas à quatre-vingt mille hommes, répartis
sur la ligne du Rhin.
Le duc de Ragusc , avec douze mille ,
observait le fleuve depuis Bâle jusqu'à
Strasbourg.
De cette ville à Mayence , le duc de
Belluno- en commandait un nombre à peu
près égal.
Le général Morand s'étendait ensuite ,
avec environ dix — huit mille hommes ,
jusqu'à Coblentz.
La garde du Rhin et des pays situés
entre la Moselle et le confluent de la Lippe ,
était confiée au général Sébastiani ; cinq à
r
( 21 )
six mille hommes seulement composaient
le corps sous son commandement.
Dix mille autres , sous les ordres du
duc de Tarente, garnissaient l'intervalle
entre Crevelt et Nimègue.
Le général Maison couvrait Anvers , et
protégeait, avec deux divisions de la jeune
garde, la Belgique , où le duc de Trévise
commandait une réserve composée d'une
partie de la garde impériale.
Les 'événemens de la campagne précé-
dente avaient séparé de Napoléon plus de
cent mille soldats aguerris, dont une partie
défendait les places sur l'Elbe et sur
l'Oder ; d'autres étaient répartis dans celles
du reste de l'Allemagne, de la Dalmatie,
de l'Italie. Le prince d'Eckmiilh en com-
mandait trente mille aux bouches de
PElhe.
L'armée d'Italie et les deux corps au
pied des Pyrénées, pouvaient s'élever en-
semble" à quatre-vingt mille autres. Ainsi,
( 21. )
)es troupes françaises, actuellement sur
pied, présentaient un effectif -de trois cent
tnille combattans à peu près ; mais le tiers
tout au plus pouvait être appelé à entrer
en campagne.
Telles étaient les ressources de Napo-
léon. à la fin de décembre; le soin de les
augmenter occupait ses journées tout en-
tières : il y sacrifiait même une partie des
nuits, et le reste de son temps se consumait
en efforts infructueux pour ranimer les né-
gociations. Afin d'y parvenir , le duc de
Vicence venait d'être envoyé au quartier-
général des souverains ; mais retenu aux
avant-postes ennemis, il n'avait pas en-
cote pu pénétrer jusqu'à eux.
- - Les premiers jotas de 1814 éclairèrent
l'invasion simultanée des Autrichiens à
l'est , par Bâle, Neufchâlel et Genève 5
tt au nord, celle des Prussiens et des
-R usses , qui" effectuèrent le passage du
Rhin sur trois points pendant la même
( rt)
rlùh, à- Caub , à Neuwied et devant Man-*
heim. Ainsi, le sol de la France, que le
pied d'aucun ennemi n'avait foulé depuis
vingt-deûx- ans , fut tout-à-coup inondé
d'étrangers en armes.
En vain la valeur française renouvela
partout ses prodiges ; nos troupes, en
nombre très-inférieur, ne purent soutenir
le poids de cet immense effort. Elles
cédèrent en combinant leurs marches de
retraite de manière à couvrir Paris.
La Champagne , point central eu de-
vaient tendre les mouvemens rétrogrades
de tous les généraux , fut aussi désignée
aux. maréchaux Kellermann et Oudinot ,
pour y diriger les hommes qu'ils formaient
en nouveaux bataillons, à mesure qu'ils
arrivaient à Paris de l'ouest et du midi.
Les souverains avaient multiplié les pro-
clamations } Napoléon crut aussi devoir
-adresser la parole aux Français; mais on
ieut dit que déjà ce n'était plus à ceux, de
( 24 ) 1
Fempire. Il interpella les Bretons , les
Normands , les Champenois , les Bourgui-
gnons. Quels sentiinens prétendait-il ré-
veiller? que voulait-il dire ? Le mot de
liberté pouvait encore remuer les esprits ,
et fixer l'attention générale ; mais quel
rapport l'Empereur trouvait-il entre ces
dénominations féodales et les idées qui fer-
- mentaient alors dans les têtes ?
En même temps , les revues militaires
1 se succédaient chaque jour dans la cour
des Tuiléries, et les journaux exagéraient
sans mesure le nombre des troupes passées
sous les yeux de Napoléon. Ils comptèrent
ainsi plus de deux cent mille hommes, en
moins d'un mois. Il est difficile de croire que
cette manœuvre ait trompé l'ennemi, qui
ne manquait pas d'espions pour l'instruire
avec exactitude de la situation de l'inté-
rieur. Peut-être contribua-t-elle à nourrir
l'espérance dans quelques provinces éloi-
gnée 2 Ile Parisiens, au contraire, s'ef-
{ 25 )
a
ïrayèrent 'de voir le gouvernement réduit
à se servir de pareilles ruses pour entre-
tenir l'opinion de sa force.
Déjà , la résistance n'était possible que
par un grand mouvement national; mal-
heureusement, la liberté publique ne com-
mandait plus ces généreux efforts qui re-
poussèrent victorieusement la première
agression des rois contre le peuple fran-
çais. Maintenant, aux yeux d'un grand
nombre de citoyens il ne s'agissait plus que
de la défense des systèmes d'un homme; d'un
homme prodigieux, à la vérité, et dont les
vastes plans embrassaient les destinées de
toute l'Europe , mais qui, tout entier à
l'exécution de sa glorieuse entreprise , sem-
blait négliger le soin du bonheur de la
patrie. Ces plaintes avaient éclaté jusque
dans son palais par l'organe des députés.
Napoléon savait que la France voulait la
liberté, et ne ferait qu'à ce prix une guerre
nationale; il connaissait la force de ce lç-
( 26 )
vier dans ses puissantes mains : il dédaigna
de l'employer.
L'unique espérance du grand- capitaine se
fonde désormais sur la supériorité de ses ta-
lens militaires. Il se propose de rassembler
toutes ses forces mobiles dans les plaines
de Châlons-sur-Marne, avant que les
corps d'armée ennemis n'aient opéré leur
jonction vers ce point. Son projet est de
manœuvrer au centre de leurs marches ,
et de les attaquer partiellement. Ainsi dis-
paraîtra pour eux l'avantage' du nombre ;
il les vaincra l'un après l'autre; ce sera le
combat des Horaces , et la fortune doit
encore sourire à ce dernier effort du
génie.
Tandis que Napoléon prépare avec ra-
pidité l'exécution de si, grands desseins,
la politique lui dicte un conseil plein de
prudence : le pape sera rendu à ses Etats ;
cette justice calmera l'effervescence de 1'1--
talie méridionale. Ferdinand VII va re-
( 27 )
ourner en Espagne : ce prince et sa famille
eront échangés par le maréchal duc d'AI-
uféra contre les garnisons françaises qu'il
i laissées derrière lui, dans toutes les
> laces du royaume de Valence, de l'Ara-
on et de la Catalogne, depuis Murviédro
us qu'à Figuières. Outre cet avantage , la
résence du roi d'Espagne doit ranimer,
u-delà des Pyrénées , les querelles enve-
imées qu'un sentiment commun de haine
contre les Français, avait seulement sus-
pendues entre les partis prêts à déchirer ce
malheureux, royaume ; leurs divisions fe-
ront long-temps notre sûreté sur la fron-
tière méridionale.
Cependant, l'invasion s'étendait, et pre-
nait chaque jour un caractère plus alar-
mant. Les généraux ennemis parlaient de-
paix, même d'alliance avec le peuple fran-
çais ; et leurs soldats se livraient aux excès
les plus odieux. Le pillage , le viol, le
meurtre , l'incendie signalaient leur pas-
( 28 )
sage ; et le prince de Schwartzenberg fai-
sait dresser des potences, pour tout pay-
san français pris les armes à la main en
défendant sa maison , sa famille ou sa pro-
pre vie. Après plusieurs combats heureux,
ia grande armée des alliés, conduite par
lé généralissime , étendait sa gauche le long
de la Saône , et s'avançait sur Langres et
vers Nancy, rendez-vous assigné à Sacken
et à ses Prussiens. Bliicher était en Lor-
raine; Yorck devant Metz.
Les deux empereurs d'Autriche et de
Russie, entrés le 13 janvier, avec ïe roi
de Prusse, sur le territoire français, con-
tinuaient à suivre les mouvemens de l'ar-
mée autrichienne.
Ici, 'l'histoire doit consigner un fait
honorable pour un homme 'd'un très-gtand'
caractère, et digne d'être proposé en
exemple ; il fait d'ailleurs connaître la dis-
position des esprits à cette époque.
Carnot écrivait à l'Empereur, le 24 jan-,
C 29 )
2*
vier : « Sire, aussi long-temps que le suc-
> ces a couronné vos entreprises, je me suis
> abstenu d'offrir à V. M. des services que
» je n'ai pas cru devoir lui être agréables.
» Mais aujourd'hui que la mauvaise for-
» tune met votre constance à une grande
» épreuve, je ne- balance pas à vous faire
> Poffr des faibles moyens qui me res-
» tent. C'est peu de chose , sans doute ,
» que l'effort d'un bras sexagénaire ; mais
» je pense que l'exemple d'un ancien sol- ,
» dat, dontles sentimens patriotiques sont
» connus pourrait rallier à vos aigles
» beaucoup- de gens incertains sur le parti
» qu'ils doivent prendre et qui peuvent
» se laisser persuader que ce serait servir
» de-tîr pays, que de les abandonner. II
•> serait -encore temps pour vous T Sire ,
» de conquérir une paix glorieuse , et que
* l'amour du grand peuple- vous fut
3> rendu. »
Ainsi, d'après ce document remarquable,
( 3o )
l'Empereur avait perdu l'amour du peuple;
et le ; bien public autant que les intérêts
privés , pouvaient déjà conseiller la défec-
tion ; beaucoup de gens étaient incertains.
Nous verrons que cet avertissement fut
tout-a-fait perdu pour Napoléon. SeMe- ;
"ment, appréciant le dévouement et. les
grands talens de Capnot, il lui confia la 1
défense d'Anvers. |
Des courriers, envoyés aa duc de Ta- j
rente, le pressèrent d'accélérer sa marche I
sur Châlons; les renforts parveaw à Paris ,
tous les hommes dont on put disposer ,
furent dirigés immédiatement & ce côté,
bientôt, l'arrivée du prince de Neufchâtel
au quartier-général, fit présager que l'Em-
pcreur ne tarderait pas à quitter Paris. Le
23 , tout le corps des officiers de la garde
nationale est admis au palais. Napoléon
s'avance ver& eux , tenant par la main
Marie-Louise et le roi de Rome , et leur
adresse un discours remarquable par la 1
( 31 )
"noblesse et l'élévation des sentimens; lé-
rmotion est vive et profonde : « Je pars
avec confiance , ajoute-t-il , je vais com-
battre l'ennemi; je confie à la garde na-
-
tionale la défense de Paris ; je lui laisse
ce que j'ai de plus cher r l'Impératrice et
mon fils. *
Marie-Louise était en larmes. Mère et
souveraine , elle reçut les sermens des of-
ficiers; le lendemain l'Empereur lui con-
féra la régence. Enfin, après avoir nommé
Joseph Bonaparte lieutenant - général de
l'emp're , Napoléon partit des Tuileries ,
le 25 janvier, pour aller se remettre ù. la
tête de ses troupes.
(,3a)
CHAPITRE IL
Ouverture deîa campagne.—Combat de Brione,
- Bataille de la Rothière. — Retraite de l'ar-
mée française sur Troyes et Nogent. -Le don-
grès de Châtillon pose pour base d'un traité de
paix , la réduction de la France à ses anciennes
limites. - UEmpereur reprend l'offelU!i.
L'armée de Blücher attaquée sur la Maraet
Elle est battue successivement, à Champ-Au-
bert, àMontmirail, à Château-Thierry, à Yaux-
ehamps.—L'armée prussienne est rejetée au-
delà de la Marne. (Du a5 janvier au i5 février
1814.)
NAPOLÉON ne s'était pas trompé dans
l'évaluation des forces disponibles de l'en-
nemi, au commencement de cette cam-
pagne d'hiver; mais ses calculs ne se trou-
vèrent pas aussi exacts, quant à celles <Ju"ïL *
t
1
( 33 )
espérait lui opposer à la même époque.
L'armée sous ses ordres ne comptait pas.
soixante mille combattans ; encore étaient-
ils dispersés.
Les maréchaux Ney et Victor formaient
Parant-garde à Vitry-Ie-Français; Mar-
mont était derrière la Meuse , entre Saint-
Michel et Vitry; le duc de Trévise rétro-
gradait devant le corps principal de l'armée
autrichienne, 'vers Troyes; Macdonald
s'approchait de Châlons.
A peine arrivé dans cette dernière ville,
où était -marqué son quartier - général ,
l'Empereur se fit rendre compte de la po-
sition des alliés. Le généralissime s'avan
cait sur Troyes , qu'il était près d'occuper.
Les Prussiens i entrés a Saint-Dizier , sem-
blaient se diriger sur l'Aube pour s'unir
aux Autrichiens. Il importait surtout à
Napoléon d'empêcher cette jonction ; en
conséquence , il se porta rapidement en.
tyant , et vint se placer à Vitry. De là, tq
( h y
grand nombre d'émissaires furent envoyés
dans toutes les directions pour éclairer les
mouvemens des alliés. 1 -
Le malin du 27 , averti que les ennemis-
se montraient sur IEL route de Vitry, venant
de Saint — Dizier, l'Empereur courut au-
devant d'eux; mais , déjà battus et re-
poussés par la division Duhesme, ils avaient
disparu.
L'Empereur entra le même jour à Saint-
Dizier. A sa vue , les habitans de ces cam-
pagnçs reprennent courage et se mettent à
la poursuite des Prussiens et des Russes. Ils
font des prisonniers qu'ils amènent au
quartier-général, et qu'on interroge. Les
aveux de ces hommes confirment les rap-
ports des habitans et ceux des émissaires :
Le corps que l'avant-garde française vient
de culbuter , est commandé par le général
Lanskoi, et fait partie de l'armée de Silésie,
qui poursuit sa marche de Saint-Dizier sur
l'Aube. Ainsi, la jonction de Bliiclier et de -
( 35 )
,Schwartzenberg est peut-être opérée, et
la masse énorme des ennemis se trouve
déjà placée entre Paris et l'Empereur; il
les a dépassés.
Tous les avis indiquent que les Prussiens
doivent être maintenant aux environs de
Brienne. Cette nouvelle détermine l'Em-
pereur } il marche sur Blücher, à travers
la forêt du Der , par les chemins les plu?
difficiles et que le mauvais temps semblait
devoir rendre absolument impraticables.
En dépit de tant d'obstacles, l'armée fran-
çaise avance, et le matin du 29 , elle
atteint l'ennemi près du village de Mai-
zières, à peu de distance de Brienne :
l'avant-garde commence à se battre.
Mais déjà la communication était éta-
blie par Bar - sur - Aube, entre les deux
armées des alliés ; Blücher, après avoir
donné l'avis de l'approche des Français
au généralissime, s'était fortifié sur les hau-
teurs de Brienne, pour attendre les renforts
( 36)
yu'il le pressait de lui envoyer. Schwart"-
i-cnberg., répondant à cet appel, avait
dirigé sur ¡ ce point les gardes russes et
prussiennes avec les réserv-es; heureuse-
ment pour l'armée française , ces troupes
d'élite n'arrivèrent pas à temps pour pren-
dre part à l'action;
Les dispositions de BIcher, tant sur
les hauteurs où s'élève le château de
Brienne, que dans la plaine autour de la
ville, arrêtèrent quelque temps l'Empe-
leur., qui crut devoir attendre l'arrivée
.de toutes ses forces pour l'attaquer. L'in-
Janterie , retardée par le mauvais état
des chemins , était restée en arrière; une
partie seulement put rejoindre vers trois;
heures et demie. C'est alors que la. pre-
mière action s'engagea et dura jusqu'à
cinq heures. Le prince de la Moskowa
ne se montrait pas encore ; l'Empereur,
impatient de la résistance des Prussiens,
.!e fit presser, à diverses reprises , de hâter
( 37 )
3
Sa marche , en lui commandant devancer
sur Brienne , par le ehemin de 'Maizières ,
tandis que l'on attaquerait le château du
côté opposé. >
Ces mouvemens exécutés, et le château
emporté après une vive résistance., Blïi-
cher redoubla d'efforts pour en chasser
les Français. Ce fut en vain; deux fois
repoussés à la baïonnette , les Prussiens
et les Russes abandonnèrent cette entre-
prise , laissant les cours , les terrasses , et
jusqu'aux escaliers du château couverts de
leurs morts.
A neuf heures du so-ir, le tl-léàtre. PÉID-
cipal de l'action était dans la ville , où
la mêlée fut aSreuse ; le combat, de plus
en plus acharné j ne présenta bientôt plus,
à. la lueur de l'incendie des maisons, que le
spectacle d'une effroyable boucherie. A onze.
heures environ, Blucher, averti que son parc
d'artillerie était hors d'atteinte, à Dienviilc,
jugea conyenable "de mettre fin à ce carnage
( 38 )
inutile ; il commanda la retraite. Ses troupes
prirent la direction de Bar-sur-Aube, et
les Français restèrent maîtres du châtcaîï
et de la ville.
La nuit était très-noire 5 l'Empereur-, en
regagnant son quartier-général, à Maizières,'
fut assailli par une bande de Cosaques; l'un
d'eux menaçait sa vie , quand le général
Gourgaud l'abattit aux pieds de Napoléon,
d'un coup de pistolet.
Bliicher , de son côté , avait couru le
danger d'être pris avec tout son état-major,
au moment où, chassés du château par
l'effet de l'attaque impétueuse de nos
troupes , ils descendaient en désordre pour
regagner la ville.
Le combat de Brienne , qui n'avait pas
empêché la jonction des forces ennemies,
et qui coûta tant de sang, fut en général
compté pour une défaite. L'armée se
trouvait dans une situation critique ; elle
eût été perdue si les renforts envoyés par
( 39 )
le généralissime avaient précipité leur
marche.
L'Empereur ignorait encore et la po-
sition réelle et la direction de la grande
armée ennemie ; tandis que Blücher s'en
approchait en marchant sur Bar, Napoléon,
persuadé qu'il fuyait, se mettait à sa pour-
suite. Maisles Prussiens, parvenus à-Trannes,
le 3i janyier , s'y arrêtèrent en rencontrant
les corps de Giulay , du prince de Wirtem-
berg, et les réserves commandées par Bar-
clay de Tolly. Ces renforts accouraient à son
secours , et le généralissime , qui les suivait
de près avec toutes ses forces , avait donné
l'ordre aux généraux de Wrède et de Witt-
genstein de manœuvrer sur le flanc droit
de l'armée française. Bluclier, fort 4e ces
applllis, résolut d'attaquer l'Empereur le
Ier février à midi. Un ordre du jour avertit
son armée de cette disposition , et enjoignit
à chaque combattant d'attacher une écharpe
blanche à, son bras gauche; afin de ie re-*
< 4«;)
connaître dans la mêlée , et de prévenir leJ
méprises impossibles à éviter , sans un signe
de ralliement, parmi cette multitude de a
soldats de tant de nations et d'uniformes
difïerens.
L'armée française, au nombre de trente-six
mille hommes au plus, avait pris position à
la Rothière, et occupait les villages de Dien-
ville , Petit-Megnil , la Giberie , la Chaise
et Mo-rvilliérs*. Bliicher développa , autour 1
d'elle, quatre-vingt-quatre mille-fantassins-,
vingt- deux mille sept cents chevaux, et
deux cent quatre-vingt-six bouches à feu.
A la vue de ces formidables apprêts,
Napoléon hésita de compromettre sa petite
armée; il eut un moment l'espérance que ce
mouvement n'était qu'une démonstration,
dans le but de lui dérober une mançeuvre
de l'armée principale sur Troyel'. Il se dis-
posait même à se diriger sur cette ville v et
avait mis en mouvement lés réserves du
prinçe e la Moskowa vers le pont de
(40
Lesmont , quand il fut averti, à une heure
après midi , que l'ennemi s'ébranlait sur
tous les loints , pour une attaque générale.
A cette nouvelle, l'Empereur contre-mande
les mouvemens ordonnés , il monte à che-
val, et se porte aux avant- postes. La
neige tombait en flocons épais et obscurcis-
sait le jour; il était difficile de juger les
mouvemens de l'ennemi , qui signalait
son approche par une forte canonnade à
sa gauche et au centre, et à la droite par une
vive fusillade.
Le général Sacken , près de s'emparer de
la Rothière , fut repoussé par le général
Duhesme et poursuivi par les généraux
Piré , Colbert et Guyot ; mais , après un
rude choc , eux-mêmes , ramenés jusqu'à
Brienns-Ia- Vieille, laissèrent au pouvoir
des, Russes vingt-quatre pièces d'artillerie
de la garde. La Rothière fut alors empor-» -
tée , et la division Duhesme prisonnière en
grande partie.
( 42 )
Le centre des Francais, enfoncé , l'aile
droite, commandée par le général Gérard ,
résistait encore ; à la gauche , au contraire,
le duc de Raguse , vivement pressé, com-
mençait à rétrograder. L'Empereur se
porta rapidement de ce côté ; sa présence
non plus que ses habiles dispositions n'y
• purent rétablir les affaires, et les progrès du.
général de Wrède continuèrent à répondre,
à notre gauche, à ceux de Sacken au centre.
L'Empereur jugea , dès-lors , la -bataille
perdue, et fit des dispositions pour la
retraite. Auparavant , une dernière tenta-
tive fut encore essayée sur la Rothière , et'
d'abord elle obtint quelques succès; mais
Bliicher en personne repoussa du village
Ja jeune garde déjà parvenue jusque
l'église. -
Partout, des forces supérieures, opposées
aux corps français, repoussaient leurs
attaques , dont le but était de déguiser
le mouvement général de retraite sur
( 43 )
Brienne. L'Empereur , pour contenir du
moins l'ennemi 7 ordonna l'incendie de la
Rothière. Alors Ney reprit la route de Les-
mont; Marmont suivit la même direction,
avec la cavalerie du général Doumerc ;
Victor établit ses bivouacs à Bcugné;
Oudinot ne s'éloigna du champ de ba-
taille qu'après avoir vu la Rothière en
flammes; enfin, le général Gérard aban-
donna le pont de Dienville à minuit.
9 Le résultat fut tel que le faisait augurer
l'immense disproportion des forces engagées
dans cette lutte : le nombre triompha. Les
militaires expérimentés assurent que Blucher
ne montra les talens d'un bon général, ni
durant l'action , qui pouvait être mieux
conduite, ni quand il eut obtenu l'a-
vantage dont il ne sut point tirer ha-r
bilement parti. Quoi qu'il eu soit, six mille
hommes, tués ou prisonniers, et cinquante-
quatre bouches, à feu restées en son pou-
voir , furent les fruits de sa victoire. La.
( 44 )
confiance du soldat fut ébranlée de ce 1
coup., et l'audace de l'ennemi. s'accrut à
proportion de notre abattement. Chacun
tirait de funestes présages de la perte d'une
première bataille rangée, livrée sur le sol de
la patrie, par le plus habile capitaine de
l'Europe , contre des généraux qu'il avait
tant de fois vaincus.
L'Empereur se retira sur Troyes. Une
épreuve douloureuse l'attendait là ; les habi-
tans, effrayés des suites de sa défaite, l'accueil-
lirent en étranger; plus d'empressement pour
sa personne ; point de vivresaucun secours
ne fut offert à la troupe, et de lâches conseils
disposèrent les jeunes soldats à la désertion;
un grand nombre disparut des rangs en peu
de joyrs.
On apprit à cette époque la défection de
Murât. L'anxiété fut grande à Paris, lorsque
tant de nouvelles affligeantes y parvinrent
à la fois : celle de Pouverture d'un congrè s
à Châtillon-sur-Seine 7 ranima cependant
( 45 )
3*
respérance de la paix. Le duc de Vicence
Tespérance de la pa i x. Le duc de V i cence
Y représentait la France , le comte de Stadion
l'Autriche , le comte de Varmosky la Russie,
le baron de Humboldt la Prusse ; l'Angleterre
y comptait trois négociateurs : les lords
Àberdeen et Cathcart, et sir Charles Stewart.
Dans cette situation nouvelle, les malheurs
récens de Napoléon furent envisagés , à
Paris , sous un jour moins sombre : on pen-
sait que l'adversité disposerait son esprit à
des concessions , et qu'il en résulterait une
prompte pacification. Ces conjectures étaient
fondées : l'Empereur écriyant de Troyes,
le 5 février , au duc de Vicence , lui disait :
Je vous- donne carte blanche pour conduire
la négociation à une heureuse issue, sauver
la capitale, -et éviter une bataille oit sont
les dernières espérances de la nation.
- Mapoléon ne s'arrêta pas à Troyes, et fit
encore un pas rétrograde ; il plaça son
quartier-général à Nogent. Là, des courriers
ellUS du nord, l'instruisirent de la perte
( 46 )
de la Belgique, et de la retraite du général
Maison en dedans de l'ancienne frontière ;
Carnot était entré dans Anvers, où le blo-
quait un corps d'Anglo-Prussiens. L'Empe-
reur apprit, en même-temps, que Blucuer
et Schwartzenberg , encouragés par leurs
premiers succès , venaient de se séparer de
nouveau, et marchaient, à l'envi l'un de
Pautre , sur Paris. Le Prussien , à la tête de
l'armée de Silésie grossie de renforts consi-
dérables , se dirigeait par la grande route de
Chàlons et le prince de Schwartzenberg
suivait le cours de la Seine.
C'est parmi les alarmes nées de cette posi-
tion critique, que Napoléon reçut, du duc
de Vicence , le protocole des conférences de
Châtillon, du 7 février. Les plénipotentiaires
délibéraient sous l'influence des événemens A
militaires qui se passaient autour d'eux.
Leurs prétentions croissaient avec l'infortune
de nos armes; déjà ils exigeaient, comme
condition sine quâ non, la réduction de la
France à ses anciennes limites de 1792.
î 47 )
e rince de Neufchâtel et le duc aocas-
e, -accablés de nos derniers revers , fu-
e-ut t d'avis de céder à la mauvaise fortune..
JlJri écrivain digne de confiance, et, en gé-
néral, témoin des faits qu'il raconte (i) ,
Mpptrte - qu'ils avaient les yeux mouillés de
f pleurs en exposant leurs sentimens ; et que
l'Empereur repoussa leurs instances , en al-
léguant le serment de sen sacre.
Puisque la flatterie l'avait mis au point de
se persuader que ses premiers devoirs élaient.
envers lui-même, fallait-il s'étonner de le
voir puiser ses motifs dans son intérêt per-
r sonuel, et présenter sérieusement, comme
un obstacle au repos de la France, les futiles
paroles prononcées par lui à une autre épo-
que , dans une cérémonie sans objet? En,
effet, c'est lui seul qu'il opposait aux argu-
f meJIS de ses conseillers ; ce n'étaient que les
- (i) Le bacon Faim , secrétaire du Cabinet lUl_--
périal à cette epoque.
(48)
jtigemcns qu'on eut porté de lui: « Quel
» serai-je pour les Français quand j'aura i
>> signé ? leur demandait-il ; que pourrai-j ç
» repondre? Dieu me préserve de pareils
» afironts ! » re de parei l s
Le bonheur public, les nobles sacrifices
au bien de la patrie, restèrent, à cette épo-
que, aussi étrangers aux idées de l'Empe-
reur , qu'à celles des princes et des ducs qu'il
avait créés. Ces pensées généreuses dominè-
rent, il est vrai, son esprit, le jour de son
abdication à Fontainebleau ; c'est par elles
qu'il se décida ; et a lors, on le vit vouer au
mépris public, dans un ordre du j ou, les
llatteurs qui l'avaient trompé : mais il avait
ajouté foi jusqu'à ce moment à leurs paroles
empoisonnées. L'histoire doit noter cette in-
firrntlé d'une âme très-élevée, non pour
ajouter une injure aux lâches outrages pro-
digués à sa tombe, mais parce que l'observa-
iOn des fautes d'un gran d homme renferme
( de grands enscignemens.
(49)
Enfin , les instances de Berthier et de Mai
ret furent infructueuses : vainement repré-
sentèrent-ils à Napoléon qu'il s'agissait, pour
lui, d'être ou de n'être pas ; en vain ils
a joutaient : « Ce n'et plus le temp s où les
alliés, à Fra-ncfort, voulaient encore la
France grande etforte, avec ses frontières
naturelles du Rhin et des Alpes ; ils ont
maintenant le secret de toute notre faiblesse;
ils veulent une réponse immédiate : qui sait
ce qu'ils exigeront lorsque., demain , ils se-
ront aux portes de Paris ! »
« Ils n'y parviendront pas ! » se dit Na-
poléon, à qui l'on venait de remettre de
nouvelles dépêches : elles contenaient l'avis
de la position des Prussiens. L'Empereur
étudie la marche de Bliicher : dans son em-
pressement à devancer les Autrichiens , le
ielt-maréchal poussait avec ardeur, vers
Paris , les corps de son innombrable armée,
é parssurles rives de la Marne:, dès-lors,
L'Empereur a perdu de vue, et Châîillon et
t
C 5o )
le congrès; il conçoit l'espoir de changer la
face des affaires par des succès inattendus ; il
sera temps ensuite de reprendre les négocia-
tions.
Napoléon ,. décidé , laisse les ducs de Bel-
lune et de Reggio avec le général Bourmont,
pour contenir les Autrichiens du côté de la
Seine , et se dispose à voler aux Prussiens ,
vers la Marne. Précédé par la garde impé-
riale,. il part de Nogent le g. février, et
arrive le soir même à Sézanne , où il rejoint
le prince de la Moskowa. Il avait fallu
suivre des routes de traverse , dont les
difficultés ralentissaient la marche de l'ar-
tillerie ; on s'aida des chevaux du pays , mis
en réquisition; et , ces premiers obstacles
surmontés, toute l'armée était au-delà de
Sézanne le 10 au matin.
1 Le duc de Raguse commandait l'avant-
garde; rebuté, d'abord, à l'aspect des
chemins qui lui semblent impraticables,
il hésite un moment; mais l'Empereur
( 51 )
commande; le maréchal marche en avant
et rencontre l'ennemi, à neuf heures. C'était
le général russe AJsuficw, avec cinq mille
fantassins et vingt-quatre pièces de canon.
Arrêtés au pont de Saint-Prix, les Russes
voulaient le défendre. Bientôt, attaqués
par les divisions Lagrange et Ricard , ils
opèrent leur retraite , en bon ordre d'a-
bord , par Baye et Bannay vers leur
droite. L'Empereur dirige alors sur ce
point son artillerie , et l'infanterie com-
mandée par le prince de la Moskowa ;
Àlsufîew est forcé de changer de direc-
tion; ce mouvement met le désordre dans
les rangs de sa troupe. Chargés par un es-
cadrou-de lanciers, atteints près de Champ-
Aubert par les cuirassiers de Bordesoulle,
qui les acculent au bois et aux étangs du
désert, les Russes sont battus et prennent
la fuite. Le général, quarante-sept offi-
ciers et dix-huit cents soldats sont faits
prisonniers 5 douze cents hommes avaient

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