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Histoire politique, législative, économique, administrative de la Commune de Paris, 18 mars-28 mai 1871, par Henry Denis

De
134 pages
Lacroix, Verboeckhoven et Cie (Paris). 1871. Gr. in-8°.
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HISTOIRE
POLITIQUE, LÉGISLATIVE, ÉCONOMIQUE, ADMINISTRATIVE
DE LA
COMMUNE DE PARIS
18 MARS —28 MAI 1871
PAR
HENRY DENIS
PRIX DE LA LIVRAISON : 40 Centimes.
PARIS
LIBRAIRIE INTERNATIONALE
LACROIX, VERBOEKCHOVEN ET C°, ÉDITEURS
13, FAUBOURG. MONTMARTRE
1871
Tout droits réservés.
1re Livraison
L'histoire politique, législative, économique, administrative,
de la Commune de Paris, ouvrage complètement terminé,
comprenant l'historique complet des faits avec pièces authen-
tiques et bon nombre de documents rares, curieux et inédit, à
l'appui, formera un très fort volume grand in-8° raisin de 40
feuilles. Elle est publiée en 20 livraisons de 2 feuilles (32
pages) de texte. II en parait deux par semaine, à dater du 15
Juin
On peut souscrire à l'avance pour recevoir chaque livraison
franco à domicile, en envoyant 8 francs, en timbres-poste â
la LIBRAIRIE INTERNATIONALE, 13, faubourg Montmartre ou à la
LIBRAIRIE CENTRALE, 9, rue Christine.
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Paris.— Typographie Walder, rue Bonaparte, 44.
HISTOIRE
POLITIQUE, LÉGISLATIVE, ÉCONOMIQUE, ADMINISTRATIVE
DE LA
COMMUNE DE PARIS
18 MARS — 28 MAI 1871
PAR
HENRY DENIS
PRIX DE LA LIVRAISON : 40 Centimes,
PARIS
LIBRAIRIE INTERNATIONALE
LACROIX, VERBOEKCHOVEN ET C°, ÉDITEURS
15, FAUBOURG- MONTMARTRE
1871
Tous droits réservas.
INTRODUCTION
C'est au bruit du canon et de la fusillade, c'est à la lueur des
incendies allumés dans toute la ville par les fédérés vaincus,
que nous terminons ce livre commencé dès le 18 mars.
Ce n'est pas la première fois que notre malheureux pays est en
proie à des secousses intestines; ce n'est pas la première fois que
Paris voit couler dans ses rues le sang français versé par des
mains françaises : mais c'est la première fois que la guerre civile
y a été aussi acharnée, aussi sanglante, et, disons-le, aussi cri-
minelle et aussi lâche.
D'un côté, nous trouvons la violence ; de l'autre, la légalité ;
d'un côté nous voyons l'imprudence, de l'autre la préméditation;
d'un côté, nous assistons à des efforts patriotiques pour sauver la
France du désastre complet ; de l'autre, nous n'assistons qu'à des
efforts tendant à plonger le pays dans le fonds de l'abîme, à le
ruiner complétement.
Tout le monde sait quel fut le point de départ de cette horrible
rébellion du peuple de Paris : Les futurs insurgés poussés par le
Comité central de la garde nationale, comité composé de délé-
gués pris depuis huit mois dans les bataillons de la garde natio-
nale nouvellement formés en raison de la guerre, mais à la no-
mination desquels les anciens bataillons, dont l'esprit n'était pas
IV INTRODUCTION.
douteux, étaient non-seulement étrangers, mais qu'on n'avait
même pas consultés, les futurs insurgés, dis-je, poussés par ce
comité, s'emparèrent sous le prétexte de ne pas les laisser tomber
entre les mains des Prussiens, des canons que tous les citoyens de
la ville avaient payés et offerts à l'Etat pour la défense commune.
Les Prussiens partis, l'Etat réclama ces canons : on les lui refusa
et des hauteurs de Montmartre et de Belleville, on les braqua sur
Paris, on les astiqua, on les fit reluire ; on monta faction à l'en-
tour.
On comprend le malaise des habitants paisibles, soucieux
avant tout de se remettre à l'ouvrage pour réparer nos malheurs
commerciaux, industriels et financiers. Il s'agissait de se remettre
en selle, de payer les Prussiens, de les éloigner et de lancer de
nouveau notre malheureuse barque, mais ces travailleurs persis-
tant à préférer trente sous par jour que leur donnait l'Etat à ce
que pouvait leur rapporter l'exercice de leur profession, dans un
moment où les affaires éprouvaient un mouvement de reprise
sérieuse. La vue de ces canons tournés vers nous ne rassurait
guère... Quant aux étrangers qui revenaient, ils repartaient dès
qu'ils avaient jeté les yeux sur la butte Montmartre. On entama
des négociations : tout fut inutile. Ayant réussi à réunir les
40,000 hommes de garnison que la Prusse autorisait, on tenta de
reprendre de force cette propriété publique que l'on détenait
illégalement et que l'on se refusait à restituer. Les 40,000 hommes
ou peu s'en fallut levèrent la crosse en l'air ! La garde nationale
des bons bataillons au bruit du tambour et au son du clairon
l'appelant à ses lieux de réunion, répondit en-restant chez elle :
je connais des compagnies de 180 hommes qui en ont fourni 12
le 18 mars à cinq heures du matin.
Ici, j'ouvre une parenthèse pour expliquer ce que l'on entend
par bons et mauvais bataillons.
L'empire n'avait laissé d'armes qu'entre des mains sûres; s'il
ne fallait pas absolument être bonapartiste pour être de la garde
nationale, tous ceux qui par leur rang, par leurs idées, par leurs
attaches étaient suspects de socialisme ou de républicanisme
ne faisaient pas partie de la garde citoyenne. Quand, avec,
la guerre, vint la nécessité d'armer le plus de monde possible, on
donna des fusils à n'importe qui : de là, la création de nouveaux
bataillons composés de quiconque s'enrôlait, â côté des anciens
INTRODUCTION. V
dont la composition demeura la même : ceux-ci étaient appelés
les bons bataillons, les autres les mauvais.
Le gouvernement régulier, ainsi abandonné, soit par la déser-
tion des troupes, soit par l'indifférence de la garde nationale, ne
demeura point dans Paris et, à notre avis, bien lui en prit. Il se
retira à Versailles et le terrain resta livré aux agissements du
Comité central.
Nous verrons (chap. Ier) ce que ce Comité fit et quel pou-
voir il entendit organiser : mais voyons dès maintenant s'il
n'est pas établi que l'affaire des canons n'était qu'un pré-
texte et que la fameuse Révolution sociale était le but véri-
table de ce qui s'était passé jusqu'au 18 mars.
Pour commencer, nous trouvons l'exécution des généraux
Lecomte et Clément Thomas! Le Comité central en répudie
la responsabilité : il fait bien.
Voici maintenant quelques proclamations édifiantes :
AU PEUPLE
Citoyens,
Le peuple de. Paris a secoué le joug qu'on essayait de lui imposer.
Calme, impassible dans sa force, il a attendu, sans crainte comme sans
provocation, les fous éhontés qui voulaient toucher à la République.
Cette fois, nos frères de l'armée n'ont pas voulu porter la main sur l'arche
sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent en-
semble les bases d'une République acclamée avec toutes ses conséquences,
le seul gouvernement qui fermera pour toujours l'ère des invasions et des
guerres civiles.
La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la garde
nationale.
Hôtel-de-Ville, ce 19 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale,
Assi, Billioray, Ferrat, Babick, Edouard Moreau, C. Dupont,
Varlin, Boursier, Mortier, Gouhier, Lavalette, Fr. Jourde,
Rousseau, Ch. Lullier, Blanchet, J. Grollard, Barroud,
H. Géresme, Fabre, Pougeret.
Personne, avons-nous besoin de le faire remarquer, ne
touchait à, la République : on voulait reprendre des canons
à ceux qui n'avaient pas le droit de les détenir et qui mé-
ditaient d'en faire un mauvais usage, voilà tout.
VI INTRODUCTION.
AUX GARDES NATIONAUX DE PARIS
Citoyens,
Vous nous aviez chargés d'organiser la défense de Paris et de vos droits.
Mous avons conscience d'avoir rempli cette mission : aidés par votre géné-
reux courage et votre admirable sang-froid, nous avons chassé ce gouver-
nement qui nous trahissait.
A ce moment, notre mandat est expiré, et nous vous le rapportons, car
nous ne prétendons pas prendre la place de ceux que le souffle populaire
vient de renverser.
Préparez donc et faites de suite vos élections communales, et donnez-nous
pour récompense la seule que nous ayons jamais espérée : celle de vous voir
établir la véritable République.
En attendant, nous conservons, au nom du peuple, l'Hôtel de Ville.
Hôtel de Ville, Paris, le 19 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale,
Assi, Billioray, Ferrat, Babick, Edouard Moreau, C. Dupont,
Varlin, Boursier, Mortier, Gouhier, Lavalette, Fr. Jourde,
Rousseau, Ch. Lullier, J. Blanchet, J. Grollard, Barroud,
H. Géresme, Fabre, Pougeret.
AUX DEPARTEMENTS
Le peuple de Paris, après avoir donné, depuis le 4 septembre, une preuve
incontestable et éclatante de son patriotisme et de son dévouement à la
République; après avoir supporté avec une résignation et un courage au-
dessus de tout éloge les souffrances et les luttes d'un siége long et pénible,
vient de se montrer de nouveau à la hauteur des circonstances présentes et
des efforts indispensables que la patrie était en droit d'attendre de lui.
Par son attitude calme, imposante et forte, par son esprit d'ordre répu-
blicain, il a su rallier l'immense majorité de la garde nationale, s'attirer les
sympathies et le concours actif de l'armée, maintenir la tranquillité publi-
que, éviter l'effusion du sang, réorganiser les services publics, respecter les
conventions internationales et les préliminaires de paix.
Il espère que toute la presse reconnaîtra et constatera son esprit d'ordre
républicain, son courage et son dévouement, et que les calomnies ridicules
et odieuses, répandues depuis quelques jours en province, cesseront.
Les départements, éclairés et désabusés, rendront justice au peuple de la
capitale, et ils comprendront que l'union de toute la nation est indispen-
sable au salut commun.
Les grandes villes ont prouvé, lors des élections de 1869 et du plébis-
cite, qu'elles étaient animées du même esprit républicain que Paris, les
nouvelles autorités républicaines espèrent donc qu'elles lui apporteront leur
INTRODUCTION. VII
concours sérieux et énergique dans les circonstances présentes et qu'elles les
aideront à mener à bien l'oeuvre de régénération et de salut qu'elles ont
entreprise au milieu des plus grands périls.
Les campagnes seront jalouses d'imiter les villes; la France toute entière,
après les désastres qu'elle vient d'éprouver, n'aura qu'un but : assurer le
salut commun.
C'est là une grande tâche, digne du peuple tout entier, et il n'y fail-
lira pas.
La province, en s'unissant à la capitale, prouvera à l'Europe et au monde
que la France tout entière veut éviter toute division intestine, toute effusion
de sang.
Les pouvoirs actuels sont essentiellement provisoires, et ils seront rem-
placés par un conseil communal qui sera élu mercredi prochain, 22 cou-
rant.
Que là province se hâte donc d'imiter l'exemple de la capitale en s'orga-
nisant d'une façon républicaine, et qu'elle se mette au plus tôt en rapport
avec elle au moyen de délégués.
Le même esprit de concorde, d'union, d'amour répuplicain, nous inspi-
rera tous. N'ayons qu'un espoir, qu'un but : le salut de la Patrie elle
triomphe définitif de la République démocratique, une et indivisible.
Les délégués au Journal officiel.
Comme on parlait sans cesse de conseil communal, comme
on était encore assez naïf pour croire que la revendication
des franchises municipales était la seule cause du malen-
tendu, on essaya de s'entendre, et les maires et adjoints élus
et les députés de Paris firent placarder l'affiche suivante :
REPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, — ÉGALITÉ, — FRATERNITÉ
Citoyens,
Pénétrés de la nécessité absolue de sauver Paris et la République, en écar-
tant toute cause de collision, et convaincus que le meilleur moyen d'attein-
dre ce but suprême est de donner satisfaction aux voeux légitimes du
peuple, nous avons résolu de demander aujourd'hui même, à l'Assemblée
nationale, l'adoption de deux mesures qui, nous en avons l'espoir, contri-
bueront, si elles sont adoptées, à ramener le calme dans les esprits.
Ces deux mesures sont : l'élection de tous les chefs de la garde nationale
et l'établissement d'un conseil municipal élu par tous les citoyens.
Ce que nous voulons, ce que le bien public réclame en toute circonstance
VIII INTRODUCTION.
et ce que la situation présente rend plus indispensable que jamais, c'est
l'ordre dans la libertéet par la liberté.
Vive la France! vive la République! .
Représentants de la Seine :
Louis Blanc, V. Schoelcher, A. Peyrat, Edmond Adam, Flo-
quet, Martin Bernard, Langlois, Edouard Lockroy, Farcy,
H. Brisson, Greppo, Minière.
Les maires et adjoints de Paris :
1er arr. Ad. Adam, adjoint; Méline, adjoint.
2. — Tirard, maire, représentant de la Seine; E. Brelay, adjoint; Ché-
ron, adjoint; Loiseau-Pinson, adjoint.
3e — Bonvallet, maire; Ch. Murat, adjoint.
4e — Vautrain, maire; Loiseau, adjoint; Callou, adjoint.
5° — Jourdan, adjoint.
6e — Hérisson, maire; A. Leroy, adjoint.
7° — Arnaud (de l'Ariège), maire, représentant de la Seine.
8° — Carnot, maire, représeutant de la Seine.
9° — Desmarest, maire.
10e — Dubail, maire; A. Murat, adjoint; Degouves-Denuncques, adjoint.
11° — Mottu, maire, représentant de la Seine; Blanchon, adjoint; Poi-
rier, adjoint; Tolain, adjoint, représentant de la Seine.
12° — Denizot, adjoint; Dumas, adjoint; Turillon, adjoint.
13s — Léo Melliet, adjoint; Combes.
14° — Héligon, adjoint,
15° — Jobbé Duval, adjoint.
1 6° — Henri Martin, maire et représentant de la Seine.
16e — François Favre, maire; Malon, adjoint; Yilleneuve, adjoint; Ca-
cheux, adjoint.
18° — Clémenceau, maire et représentant de la Seine ; J.,B. Lafont, De-
reure, Jaclard, adjoints.
En réponse, parut le placard que nous reproduisons :
Paris, depuis le 18 mars, n'a d'autre gouvernement que celui du peuple :
c'est le meilleur.
Jamais révolution ne s'est accomplie dans des conditions pareilles à celles
où nous sommes.
Paris est devenue ville libre.
Sa puissante centralisation n'existe plus.
La monarchie est morte de cette constatation d'impuissance.
Dans cette ville libre, chacun a le droit de parler, sans prétendre influer
en quoi que ce soit sur les destinées de la France.
Or, Paris demande :
INTRODUCTION. IX
1° L'élection de la mairie dé Paris;
2° L'élection des maires, adjoints et conseillers municipaux des vingt
arrondissements de la ville de Paris ;
3° L'élection de tous les chefs de le garde nationale, depuis le premier
jusqu'au dernier ;
4° Paris n'a nullement l'intention de se séparer de la France, loin de là;
il a souffert pour elle l'Empire, le gouvernement de la défense nationale,
toutes ses trahisons et toutes ses lâchetés. Ce n'est pas, à coup sûr, pour
l'abandonner aujourd'hui, mais seulement pour lui dire, en qualité de soeur
aînée : Soutiens-toi toi-même comme je me suis soutenu; oppose-toi à l'op-
pression comme je m'y suis opposé!
Le commandant délégué à l'ex-préfecture de police,
E. DUVAL.
Les délégués adjoints ;
E. TEULLEÈRE, EDOUARD ROUILLIER,
L. DUVIVIER, CHARDON, VERGNAUD,
MOUTON.
On n'avait donc pas lu la déclaration des députés et des
maires? on la recommença le 22 mars et sur une grande échelle
et sur tous les tons :
REPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, — ÉGALITÉ, — FRATERNITÉ
Les députés de Paris, unis aux maires et adjoints, ont résolu de défendre
la République envers et contre tous, en maintenant tout d'abord la tran-
quillité de la cité.
La municipalité du 2° arrondissement et les chefs de bataillon, s'associant
à cette résolution, ont organisé un service de protection et de surveillance
dans l'arrondissement. Tout citoyen dévoué à la République leur doit son
concours. Toute abstention, dans les circonstances actuelles; est un crime
civique; nous faisons donc un appel énergique à tous nos camarades pour
nous seconder daus l'oeuvre de conciliation dont le principe est accepté.
Vive la République !
Simon, commandant le 8e bataillon ; Thorel, le 10°; Poyet, par
intérim, le 11°; Collet, capitaine commandant par intérim le 92°;
Poisson, commandant le 100°, Sebille, le 48°; Quevauvilliers,
le 149°; Noirot, le 181°; Béchet, le 227).
X INTRODUCTION.
REPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, - ÉGALITÉ, — FRATERNITÉ
Paris, le 22 mars 1871.
Citoyons,
Nous ne doutons pas que vous n'éprouviez à la lecture de la séance d'hier
le sentiment dont notre âme est saisie. Il n' a pas dépendu de nous que cette
séance n'ait eu un autre caractère et de meilleurs résultats.
Toutefois, nous avons obtenu la reconnaissance formelle du droit de
Paris qui, en conséquence, sera appelé dans le plus bref délai à élire son
conseil municipal.
Dans cette situation, vous comprendrez comme nous la nécessité d'éviter
les désastres qui naîtraient en ce moment de tout conflit entre les citoyens.
Vive la France ! vive la Répuplique !
Les représentants de la Seine,
Louis Blanc, Edgard Quinet, Victor Schoelcher, Peyrat, Ed.
Adam, Ch. Floquet, Martin Bernard, Langlois, Ed. Lockroy,
Farcy, Henri Brisson, Greppo, Millière, Clémenceau, Tirard,
Tolain.
L'Assemblée nationale, dans sa séance d'hier, a adopté l'ordre du jour
suivant, dont on comprendra toute l'importance :
« L'Assemblée nationale, de concert avec le pouvoir exécutif, déclarant
que l'administration municipale de Paris et des départements sera faite sur
le principe des conseils élus, passe à l'ordre du jour.
REPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.
A la garde nationale et à tous les citoyens, les maires et adjoints de Paris
et les députés de la Seine.
La patrie sanglante et mutilée est près d'expirer, et nous, ses enfants,
nous lui portons le dernier coup ! L'étranger est à nos portes, épiant le
moment d'y rentrer en maître, et nous tournerions les uns con re les autres
nos armes fratricides !
Au nom de tous les grands souvenirs de notre malheureuse France ; au
nom de nos enfants dont nous détruirions à jamais l'avenir, nos coeurs
brisés font appel aux vôtres; que nos mains s'unissent encore comme elles
s'unissaient durant les heures douloureuses et glorieuses du siége. Ne per-
dons pas en un jour cet honneur qu'avaient gardé intact cinq mois de
courage sans exemple.
INTRODUCTION. XI
Cherchons, citoyens, ce qui nous unit et non ce qui nous divise.
Nous voulions le maintien, l'affermissement de la grande institution de la
garde nationale dont l'existence est inséparable de celle de la République,
Nous l'aurons.
Nous voulions que Paris retrouvât sa liberté municipale, si longtemps
confisquée par un arrogant despotisme,
Nous l'aurons.
Vos voeux ont été portés à l'Assemblée nationale par vos députés ; l'As-
semblée y a satisfait par un vote unanime qui garantit les élections muni-
cipales, sous bref délai, à Paris et dans toutes les communes de France.
En attendant ces élections, seules légales et régulières, seules conformes
aux vrais principes des institutions républicaines, le devoir des bons ci-
toyens est de ne pas répondre à un appel qui leur est adressé sans titre et
sans droit.
Nous, vos représentants municipaux; nous, vos députés, déclarons donc
rester entièrement étrangers aux élections annoncées pour demain et pro-
testons contre leur illégalité.
Citoyens, unissons-nous dans le respect de la loi, et la Patrie et la Ré-
publique seront sauvées.
Vive la France ! vive la République !
Paris, 22 mars 1871-
(Suivent les signatures des maires, des adjoints et des repré-
sentants de la Seine.)
On répondit, cette fois, par le massacre de la place Vendôme !
Vous avez vu ! jugez! Il n'est plus besoin de pousser plus loin les
citations.
Le 26 mars, on vota; le 29 mars, la Commune s'installa, et
tout d'abord déclara que le Comité central avait «bien mérité de
la Patrie et de la République. »
Puis il fallut voir ce qu'on allait faire : On hésita, mais,
poussé par les organes avancés du communalisme qui ne ces-
saient de crier : A Versailles! de même qu'on avait crié, quel-
ques mois auparavant : A Berlin ! on se décida à marcher sur
Versailles.
Je sais bien que, d'après la Commune, c'est le gouvernement
régulier qui a attaqué Paris, mais le simple récit des faits va dé-
montrer tout le contraire.
On lit dans le Bien public :
Nous enregistrons sous toutes réserves et tels qu'ils nous arrivent les
renseignements sur les événements de la journée.
Dès sept heures, ce matin, le canon du Mont-Valérien s'est fait entendre,
XII. INTRODUCTION.
La lutte commencée la veille à Courbevoie continuait avec violence. Vers
neuf heures, de nombreux groupes de gardes nationaux en désordre par-
couraient le boulevard extérieur, de l'Arc-de-Triomphe à Montmartre.
Tous prétendent qu'ils étaient massés en avant du Mont-Valérien pour mar-
cher sur Versailles ; qu'au moment où la citadelle a ouvert le feu, leurs
chefs les ont abandonnés; que la mitraille faisait de tels ravages dans leurs
rangs qu'ils ont dû s'enfuir.
Mais, d'après d'autres bruits, les bataillons fugitifs n'étaient que l'ar-
rière-garde du corps principal, lequel avait, pendant la nuit, passé de
l'autre côté au nombre d'environ 40,000 hommes.
Il est certain qu'à dix heures le feu du Mont-Valérien n'est plus dirigé
vers Paris, mais dans la direction de Versailles, et qu'une colonne de fumée
assez intense s'élève du côté de Montretout et de Garches.
De nombreuses voitures d'ambulance, trente au moins, se dirigent par
l'avenue de la Grande-Armée du côté de Neuilly.
Près de l'Arc-de-Triomphe, les groupes sont nombreux et grossissent de
minute en minute. Toutes les portes sont fermées.
Entre sept et huit heures du matin, le centre des forces du Comité sorties
de Paris pendant la nuit se présente sur deux colonnes au rond-point de
Courbevoie, où il est accueilli par un feu d'artillerie bien nourri.
Les gardes ont été placés si imprudemment, qu'ils peuvent être balayés
en quelques minutes par les mitrailleuses et les canons braqués devant
eux.
Une trentaine d'hommes tombent. La panique, — une panique épouvan-
table, — s'empare de leurs Camarades, qui fuient dans toutes les directions.
Vainement le généra] qui les commande s'élance à leur tête en criant :
« Allons ! mes enfants, du courage ! En avant ! »
Personne ne l'écoute et la débandade continue. On envahit les maisons
situées dans l'avenue. On rentre dans Paris par toutes les portes.
Là, la foule insulte les fuyards. On arrête plusieurs officiels que l'on
conduit au poste pour avoir lâché pied.
Toutes les avenues qui partent de l'Arc de Triomphe se couvrent de
monde instantanément. De nombreux groupes se forment. Dans ces groupes,
des gardes nationaux, couverts de poussière, sans fusil, sans baïonnettes,
pâles encore et tout émus, racontent ce qui vient de se passer.
Ils crient hautement à la trahison. « Ils ont été vendus par leurs chefs,
disent-ils. On les a menés à la boucherie. Si l'on avait voulu faire tirer sur
eux, il ne s'en serait pas échappé un seul. »
Pendant toute la matinée, la foule continue d'affluer à la place de l'Etoile.
Les Champs-Elysées sont pointés de groupes nombreux qui discutent.
Le porte de Neuilly et la porte Maillot sont fermées.
Les barricades coupant les avenues qui conduisent à ces deux portes sont
remplies de curieux qui plongent leur lorgnette du côté de Courbevoie.
De temps en temps une colonne de fumée s'élève au-dessus du Mont-Va-
lérien et une détonation se fait entendre. On se bat encore, dit-on, du. côté
de Nanterre, du côté de Garches et de Montretout.
Des officiers d'artillerie passent à bride abattue dans les avenues, et du
INTRODUCTION. XIII
palais de l'Iudustrie montent lentement cinq ou six voitures d'ambulance.
Sur la place Vendôme, on s'est formidablement retranché.
Les barricades ont maintenant de. trois à quatre mètres de haut. Toutes
les pièces sont préparées. De nombreux gardes nationaux veillent derrière.
Il y a un drapeau rouge tous les dix pas.
— De l'aveu d'officiers rentrant à Paris — le Mont-Valérien les a ménagés
— ils auraient pu être écrasés.
— A sept heures, ce matin, — le 203e bataillon passait sous le Mont-Va-
lérien, — les 7e et 8° compagnies ont été abîmées : plusieurs morts, beau-
coup de blessés.
— On évalue à 60,000 le nombre des gardes nationaux qui ont passé»
cette nuit, avenue de la Grande-Armée.
— M. Flourens est parti à dix heures, avenue de la Grande-Armée, à la
tête de 10 à 15,000 hommes.
Le Petit-Journal officiel du 3 Avril publie, sous le titre de
dernières nouvelles les dépêches suivantes :
3 avril, 11 h. 20.
Colonel Bourgoin à directeur général.
Bergeret et Flourens ont fait leur jonction ; ils marchent sur Versailles.
Succès certain.
3 avril, 2 h.
Vers quatres du matin, les colonnes commandées par le général Duval et
le colonel Flourens ont opéré leur jonction au rond-point de Courbevoie. A
peine arrivées, elles ont essuyé un feu nourri ouvert par le Mont-Valérien,
Les troupes se sont alors abritées derrière les murs et les maisons. Ainsi
garanties, les commandants ont pu organiser un mouvement qui a complé-
tement réussi, et les deux colonnes ont pu franchir les lignes et se mettre
en marche sur Versailles.
Le général Bergeret, en tête de ses troupes, les a entraînées au cri de t
« Vive la République !» et a eu deux chevaux tués.
Le feu de l'armée de Versailles ne nous a occasionné aucune perte ap-
préciable.
On lit dans le Peuple français :
DERNIÈRE HEURE.
Une épouvantable canonnade se fait entendre depuis dix heures du matin
tout le long de la ligne dessinée par les crêtes de Châtillon et de Meudon.
Il paraît qu'une autre colonne de gardes nationaux, partant des forts d'Issy
et de Vanves, devait marcher sur Versailles, pendant que l'autre colonne
opérait sur la rive droite. Mais les positions étaient gardées par 40,000
IV INTRODUCTION.
hommes de l'armée de Versailles, massés, depuis hier matin, sur le revers
du plateau de Châtillon.
On lisait, enfin, dans le Mot d'ordre de Rochefort l'article
suivant dont nous soulignons les passages importants au point
de vue de la vérité :
Nous voudrions pouvoir mentir, mais nous ne mentirons pas.
Nos gardes nationales, en proie à des chefs aussi pleins de courage que
d'inexpérience, ont été débusquées de toutes ou presque toutes leurs posi-
tions, et ont vu échouer à peu près toutes leurs attaques.
Le général Duval, le général Henry ont été faits prisonniers avec une
partie des bataillons qu'ils commandaient et fusillés sans merci.
Notre cher et mille fois cher ami Flourens, qui n'avait jamais annoncé,
comme le reître Ducrot, qu'il reviendrait mort ou victorieux, n'est pas re-
venu victorieux, mais a été emporté mort.
Depuis trois jours, les patriotes les meilleurs et les plus utiles tombent
sous les balles des anciens sergents de ville de Piétri, devenus les cent-gardes
de Thiers, et si l'héroïsme de nos combattants affirme la République, on ne
peut nier qu'il la décapite : voilà la vérité.
Eh bien! nous devons le dire et nous le disons : Tous ces désastres ont
leur origine dans l'incroyable légèreté qui a présidé aux opérations mi-
litaires.
La garde nationale, bien fortifiée dans Paris, attendait, l'arme au pied, une
attaque qui ne venait pas ; où était la nécessité de la faire marcher sur Ver-
sailles ? D'où sort ce plan bizarre qui consiste à faire passer trente mille
hommes sous le feu plongeant du Mont-Valérien? Qu'espéraient les stratéges au-
teurs de ces sanglants enfantillages ? Croyaient-ils que ces gendarmes allaient
fraterniser et que les artilleurs allaient tirer à blanc.
Au moins était-il élémentaire de s'assurer des dispositions des marins et des
sergents de ville avant de céder à l'enthousiasme de ceux qui voulaient marcher
en avant.
Ajoutons que si, par aventure, nos amis avaient pris Versailles, l'As-
semblée se serait repliée sur Fontainebleau, puis sur Orléans, puis au
besoin sur Pondichéry, ce qui changerait en une simple chasse à courre là
lutte actuellement pendante entre les deux pouvoirs.
Nôtre preuve n'est-elle pas faite par ces citations, dont la der-
nière n'émane certes pas d'un ennemi de la Commune?
Notre but n'a pas été d'écrire une histoire de là Commune mais
bien d'en rassembler les documents ; nous ne pouvons cepen-
dant nous empêcher de voir de quel côté l'attaque est venue.
Notre tâche va commencer : nous allons assister à ce long dé-
filé de décrets vides de sens, vides d'idées grandes ou seulement
INTRODUCTION. XV
raisonnables. Qu'à fait, en effet, la Commune? Rien ! Que reste-
ra-t-il de son passage ? Du sang, des spoliations, des ruines, des
deuils et des absurdités. Les hommes qui en faisaient partie ont
eu pourtant les coudées franches. Eh bien, ils n'ont fait que de
l'horrible ou du grotesque. Pendant deuxmois, le chaos, le tohu-
bohu, l'ahurissement ont régné à l'Hôtel-de-ville, transformé
en maison de fous furieux et d'idiots ; pendant deux mois, on a
volé, réquisitionné, tué, bu et mangé ; on s'est traité, un jour de
grand citoyen, le lendemain de traître, de sauveur de la patrie
le jour d'après ! On a légiféré, décrété, arrêté ; on a institué des
commissions executives remplacées par des Comités de salut pu-
blic supprimés dix minutes après leur création, réinstallés deux
secondes après leur suppression ! on a demandé les libertés mu-
nicipales, et quand on a été le maître, on a nommé les maires et
les adjoints au lieu de les faire élire; on a aboli la conscription,
mais on a incorporé tout le monde de force ; on a proclamé toutes
les libertés, mais on a supprimé ou fait disparaître cinquante-
cinq journaux, on a dispersé à coups de fusils ceux qui se réu-
nissaient ; on menaçait de l'emploi de la force ceux qui voulaient
se réunir pour discuter d'un moyen de transaction ; on a fermé
et souillé les églises ; on a arrêté les prêtres, on a arrêté des ci-
toyens inoffensifs au nom de la liberté de la presse, de la liberté
de réunion, de la liberté de conscience et de la liberté indivi-
duelle !
Enfin, on a fait tuer en deux mois, trente ou quarante mille
hommes, on a dépensé et gaspillé des millions, on a brûlé Paris,
mais on n'a pas payé les termes de loyer d'octobre, de janvier et
d'avril et les garçons boulangers ont dû, contre leur gré, ne pas
travailler la nuit !
Quel folie et quel crime !
ADMINISTRATION
DE LA
COMMUNE DE PARIS
I
LE MANDAT DE LA COMMUNE.
En même temps qu'une page douloureuse et sanglante s'in-
tercalait violemment dans notre histoire, une législation, tout
au moins singulière, prenait pour un temps la place de textes'
dont nous étions accoutumés à révérer la haute sagesse et
l'équité, A l'oeuvre patiemment élaborée par des esprits distin-
gués, aux lois qu'une longue suite de siècles, que des études
philosophiques, que des modifications logiques avaient conduites
au seuil de la perfection, succédèrent des dispositions étranges
édictées par des législateurs improvisés.
Nous ne voulons pas étudier ici, ce n'est pas le lieu, les faits
auxquels nous avons assisté ces derniers temps ; nous ne vou-
lons que présenter le tableau, des prétendues lois qui ont traversé
18 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
rapidement notre corps de droit, mais sans s'y arrêter, heureuse-
ment, au-delà du temps nécessaire à la constatation bien évi-
dente, de l'ignorance et de l'incapacité absolues des hommes
qui les avaient édictées.
Nous allons essayer, bien que la chose ne soit pas aisée, de
mettre un peu d'ordre dans le chaos des décrets de la commune
de Paris.
Tout d'abord, les fauteurs originaires de l'insurrection : les
membres du comité central de la garde nationale, n'ont pas dit
tout ce qu'ils entendaient par le mot commune ou plutôt, ils ont
laissé entendre autre chose : pour la plupart des participants au
vote irrégulier du 26 mars, la Commune n'était autre chose
qu'un conseil municipal élu. Pour le Comité, la Commune c'était
la transformation de Paris en ville libre, non-seulement admi-
nistrant ses finances, prenant des mesures d'intérêt local, mais
encore battant monnaie, ayant son armée particulière, sa police
distincte, ses ministères, ses Postes, ses lois à elle et rien qu'à elle.
Les hommes du Comité, ne se bornant plus à rétrograder,
sous prétexte de progrès, jusqu'à 1790, allèrent prendre les insti-
tutions du XIIe siècle, oubliant que les communes de cette époque
arrivèrent, après s'être affranchies du joug féodal, à se placer
sous la protection du roi et, par suite, à s'acheminer vers l'unité
complète du pays ; ils rêvèrent la création d'autres communes
dans toute la France, ce qui, cette fois devait avoir un résultat
tout opposé que celui recherché de concert par les municipalités
et le roi et atteint définitivement par la Révolution : la disloca-
tion sous prétexte de fédération. A partir de 1190, ou même
avant, les populations françaises tendaient à s'unifier. En 1871,
les hommes du Comité et après eux, les membres de la Com-
mune ont tenté de les disjoindre.
Tel était évidemment le but des chefs de l'insurrection, mais
ils ne l'avouaient que pour se contredire eux-mêmes, soit avant,
soit après leur aveu.
Laissons leur la parole et on jugera de ce que nous disons.
Le 19 mars, dans une proclamation au peuple de Paris, les
membres du Comité central disaient :
L'état de siége est levé.
Le peuple de Paris est convoqué dans ses sections pour faire ses élections
communales.
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 19
Le même jour :
Le Comité central de la garde nationale, considérant :
Qu'il y a urgence de constituer immédiatement l'administration commu-
nal de la ville de Paris :
Arrête:
1° Les élections du Conseil municipal de la ville de Paris auront lieu mer-
credi prochain, 22 mars.
Mais le 23 mars, il s'agissait de tout autre chose'.
La proclamation suivante était affichée sur les murs de Paris;
nous soulignons ce qui indique la revendication de franchises
municipales et rien de plus :
FÉDÉRATION RÉPUBLICAINE DE LA GARDE NATIONALE.
COMITÉ CENTRAL.
Citoyens, :
Vous êtes appelés à élire votre assemblée communale (le conseil munici-
pal de la ville de Paris).
Pour la première fois depuis le 4 septembre, la république est affranchie
de son gouvernement et de ses ennemis.
Conformément au droit républicain, vous vous convoquez vous-même,
par l'organe de votre comité, pour donner aux hommes, que vous-mêmes
aurez élus, un mandat que vous mêmes aurez défini.
Votre souveraineté vous est rendue tout entière, vous vous appartenez
complétement ; profitez de cette heure précieuse, unique peut-être, pour
ressaisir les libertés communales dont jouissent ailleurs les plus humbles vil-
lages et dont vous êtes depuis si longtemps privés.
En donnant à votre ville une forte organisation communale, vous y jetterez
les premières assises de votre droit, indestructible base de vos institutions
républicaines.
Le droit de la cité est aussi imprescriptible que celui de la nation; la cité
doit avoir, comme la nation, son Assemblée, qui s'appelle indistinctement
Assemblée municipale ou communale, ou commune.
C'est cette Assemblée qui, récemment, aurait pu faire la force et le succès
de la défense nationale, et, aujourd'hui, peut faire la force et le salut de la
République.
Cette assemblée fonde l'ordre véritable, le seul durable, en l'appuyant
sur le consentement souvent renouvelé d'une majorité souvent consultée,
et supprime toute cause de conflit, de guerre civile et de révolution, en sup-
primant .tout antagonisme entre l'opinion politique de Paris et le pouvoir
exécutif central.
Elle sauvegarde à la fois le droit de la cité et le droit de la nation, celui
20 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
de la capitale et celui de la province, fait leur juste part aux deux influences
et réconcilie les deux esprits.
Enfin, elle donne à la cité une milice nationale qui défend les citoyens
contre le pouvoir, au lieu d'une armée permanente qui défend le pouvoir
contre les citoyens, et une police municipale qui poursuit les malfaiteurs,
au lieu d'une police politique qui poursuit les honnêtes gens.
Cette Assemblée nomme dans son sein des comités spéciaux qui se parta-
gent ses attributions diverses (instruction, travail, finances, assistance,
garde nationale, police, etc.).
Les membres de l'Assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés,
discutés par l'opinion, sont révocables, comptables et responsables ; c'est
une telle Assemblée, la ville libre dans le pays libre, que vous aller fonder..
Citoyens, vous tiendrez à l'honneur de contribuer par votre vote à cette fon-
dation; vous voudrez conquérir à Paris la gloire d'avoir posé la première
pierre du nouvel édifice social, d'avoir élu le premier sa Commune républi-
caine.
Citoyens,
Paris ne veut pas régner, mais il veut être libre : il n'ambitionne pas
d'autre dictature que celle de l'exemple; il ne prétend ni imposer, ni abdi-
quer sa volonté ; il ne se soucie pas plus de lancer des décrets que de subir
des plébiscites ; il démontre le mouvement en marchant lui-même, et pré-
paie la liberté des autres en fondant la sienne. Il ne pousse personne dans
les voies de la République ; il se contente d'y entrer le premier.
Cela était bien clair, bien évident, bien explicite, et cepen-
dant, le 26, on ne sait pas encore dans le Comité central ce qu'on
entend par Commune :
Quant à la Commune élue, son rôle sera tout autre et ses moyens pour-
ront être différents. Avant tout, il lui faudra définir son mandai, délimiter
ses attributions. Ce pouvoir constituant qu'on accorde si large, si indéfiai, si
confus pour la France, à une Assemblée nationale, elle devra l'exercer pour
elle-même, c'est-à-dire pour la cité dont elle n'est que l'expression.
Mais le 29, la Commune avait défini son mandat et exprimait
le rôle, fort peu communal, fort peu municipal, qu'elle enten-
dait jouer, dans la proclamation suivante :
Citoyens,
Votre Commune est constituée.
Le vote du 26 mars a sanctionné la Révolution victorieuse.
Un pouvoir lâchement agresseur nous avait pris à la gorge : vous avez,
dans votre légitime défense, repoussé de vos murs ce gouvernement qui vou-
lait vous déshonorer en vous imposant un roi.
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 21
Voilà pour la conciliation et le respect dû à la volonté du
pays.
Aujourd'hui, les criminels, que vous n'avez même pas voulu poursuivre,
abusent de votre magnanimité pour organiser aux portes mêmes de la cité
un foyer de conspiration monarchique. Ils invoquent la guerre civile ; ils
mettent en oeuvre toutes les corruptions ; ils acceptent toutes les complicités;
ils ont osé mendier jusqu'à l'appui de l'étranger.
Nous en appelons de ces menées exécrables au jugement de la France et
du monde.
Citoyens,
Vous venez de vous donner des institutions qui défient toutes les tentatives.
Vous êtes maîtres de vos destinées. Forte de votre appui, la représentation
que vous venez d'établir va réparer les désastres causés par le pouvoir dé-
chu : l'industrie compromise, le travail suspendu, les transactions commer-
ciales paralysées vont recevoir une impulsion vigoureuse.
Nous avons vu et nous voyonsrce qu'il y avait derrière ces pa-
roles pompeuses mais vides.
Dès aujourd'hui, la décision attendue sur les loyers;
Demain, celle des échéances ;
Il fallut se résigner sur ce point, à ne pas aller si vite.
Tous les services publics rétablis et simplifiés ;
La garde nationale, désormais seule force armée de la cité, réorganisée
sans délai ;
Tels seront nos premiers actes.
Les élus du peuple ne lui demandent, pour assurer le triomphe de la Ré-
publique, que de les soutenir de leur confiance.
Quant à eux, ils feront leur devoir.
Rotel-de-Ville, 29 mars 1871.
LA COMMUNE DE PARIS.
Du reste, la déclaration du 1er avril ne laisse aucun doute.
« Certains journaux croient voir dans les premiers actes de la Commune
« de Paris l'intention de sortir des attributions municipales. Il n'est pas
« douteux qu'en rendant pour Paris des décrets portant la remise des loyers,
« l'abolition de la conscription, etc. etc., la Commune soit sortie du cercle
« étroit où la législation antérieure enfermait la liberté municipale. Mais
a ce serait une illusion étrange et même puérile de penser que la révolution du
« 18 mars avait pour but unique d'assurer à Paris une représentation Commu-
« nale élue mais soumise à la tutelle despotique d'un pouvoir fortement cen-
« tralisé. Jamais en France la loi n'a satisfait, ni pour Paris ni pour les
« villes, ni pour les villages, les besoins d'indépendance; de libre adminis-
22 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
« tration qui sont une condition absolue de vie régulière, de stabilité et de
« progrès dans un état républicain.
« C'est, comme on l'a dit dès le premier jour, pour conquérir et assurer
« dans l'avenir cette indépendance à toutes les communes de la France, et
« aussi à tous les groupes supérieurs, cantons, départements ou provinces
« reliés entre-eux, pour leurs intérêts généraux, par un pacte alors vrai-
« ment national; c'est pour garantir en même temps et perpétuer la
« république assise enfin sur sa base fondamentale, que les hommes du
«18 mars ont lutté et vaincu.
« Quel esprit éclairé et de bonne foi oserait soutenir que Paris a affronté,
« après les souffrances et les dangers du siége, les conséquences doulou-
« reuses, quoique momentanées d'une violente rupture, pour se soumettre
« de bonne grâce à une loi qui ne lui laisserait ni l'administration de sa
« police, ni la disposition souveraine de ses finances, ni la direction de sa
« garde nationale, à une loi qui serait non pas le gage de sa liberté, mais
« le sceau même de sa servitude ?
« En se constituant en Commune, si Paris à renoncé à son omnipotence
« apparente, identique en fait à sa déchéance, il n'a pas renoncé à son rôle
« initiateur, il n'a pas abdiqué ce pouvoir moral, cette influence intellec-
« tuelle qui a tant de fois en France et en Europe donné la victoire à sa
« propagande. Paris affranchi, Paris autonome n'en doit pas moins rester le
« centre du mouvement économique et industriel, le siége de la banque,
« des chemins dé fer, des grandes institutions nationales, d'où la vie se ré-
« pandra plus largement à travers les veines du corps social, qui', de leur
« côté, la lui reporteront plus active et plus intense.
«En attendant que le triomphe définitif de sa cause ait rendu à Paris
« affranchi le rôle influent, mais non dominateur que la nature, l'évolution
« économique et le mouvement des idées lui assurent, la Commune se bor-
« nera à défendre dans leur intégrité ses intérêts et ses droits. Qu'il s'agisse
« d'organisation municipale, de loyers ou d'échéances, elle légiférera pour
« lui souverainement, parceque ce sont là ses affaires, ses intérêts propres,
« lesquels ne peuvent être légitimement satisfaits par ceux qui les écrasent
«ou qui les nient.
« La Commune aurait le droit d'agir ainsi en face d'un pouvoir central
« qui, réduit à sa fonction, ne serait plus que le gardien et le défenseur des
« intérêts généraux. A plus forte raison en a-t-elle le devoir en face d'un
« pouvoir usurpateur qui ne sait qu'obéir à la raison d'État, ne fait appel
« qu'à la haine sociale, aux lâches terreurs, et à ceux qui réclamaient un
« contrat, des garanties, ne parla jamais que de répression et de vengeance-
Ces divers exposés dans lesquels la pensée des insurgés du
18 mars est nettement exprimée, et dans lesquels, surtout, dis-
paraît l'idée première, le prétexte de l'insurrection, ces divers
exposés, disons-nous, sont contredits par une proclamation
adressée, le 6 avril, aux départements par la Commune de Paris :
LE MANDAT DE LA C0MMUME. 23
« Paris n'aspire qu'à fonder la République et à conquérir ses franchises
« communales, heureux de fournir un exemple aux autres communes de
« France.
« Si la Commune de Paris est sortie du cercle de ses attributions normales
« c'est à son grand regret, c'est pour répondre à l'état de guerre provoqué
« par le gouvernement de Versailles. Paris n'aspire qu'à se renfermer dans
« son autonomie, plein de respect pour les droits égaux des autres Com-
« munes de France. »
Mais on comprend que la Commune devait s'efforcer de rassu-
rer les provinces comme elle s'était appliquée à tromper Paris
sur le véritable sens de son institution.
Ajoutons que le citoyen Beslay membre de la Commune
avait, dans un discours prononcé lors de la première séance de
la Commune, défini les attributions de celle-ci dans les termes
suivants :
L'affranchissement de la Commune est donc, je le répète, l'affranchisse-
ment de la République elle-même, chacun des groupes sociaux va retrouver
sa pleine indépendance et sa complète liberté d'action,
La Commune s'occupera de ce qui est local.
Le département s'occupera de ce qui est régional. '
Le gouvernement s'occupera de ce qui est national.
Et disons le hautement : la commune que nous fondons sera la commune
modèle. Qui dit travail dit ordre, économie, honnêteté, contrôlé sévère, et
ce n'est pas dans la Commune républicaine que Paris trouvera des fraudes
de 400 millions.
De son côté, ainsi réduit de moitié, le gouvernement ne pourra plus
être que le mandataire docile du suffrage universel et le gardien de la répu-
blique.
Voilà à mon avis, citoyens, la route à suivre; entrez-y résolument et har-
diment. Ne dépassons pas cette limite fixée par notre programme et le pays
et le gouvernement seront heureux et fiers d'applaudir à cette révolution, si
grande et si simple, et qui sera la plus féconde révolution de notre his-
toire.
Ainsi parlait le citoyen Beslay ; mais ainsi ne pensaient pas
ses collègues : le doute n'était pas possible jusque-là ; il le
devint encore moins quand, le 20 avril, parut la déclaration
qu'on va lire. Depuis un mois une lutte horrible était engagée ;
depuis un mois, le sang français coulait, versé par des mains
françaises : la Commune voulut, nous le comprenons, se déga-
ger de la responsabilité qui l'étreignait : y réussit-elle? nous ne
24 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
voulons même pas tourner notre esprit vers cette terrible ques-
tion; nous ne voulons pas que des cadavres se dressent entre
nous et les textes que nous étudions, dont nous faisons la
critique : la déclaration de la Commune ne nous appartient
donc que parce qu'elle touche à des principes, qu'elle en pose et
qu'elle en détruit. En voici le texte : nous l'examinerons en-
suite.
DECLARATION AU PEUPLE FRANÇAIS.
Dans le conflit douloureux et terrible qui impose une fois encore à Paris
les horreurs du siége et du bombardement, qui fait couler le sang français,
qui fait périr nos frères, nos femmes, nos enfants écrasés sous les obus et la
mitraille, il est nécessaire que l'opinion publique ne soit pas divisée, que la
conscience nationale ne soit point troublée.
Il faut que Paris et le Pays tout entier sachent quelle est la nature, la rai-
son, le but de la Révolution qui s'accomplit. Il faut enfin que la responsabi-
lité des deuils, des souffrances et des malheurs dont nous sommes les victimes
retombe sur ceux qui, après avoir trahi la France et livré Paris à l'étranger,
poursuivent avec une aveugle et cruelle obstination la ruine de la capitale,
afin d'enterrer, dans le désastre de la République et de la Liberté, le double
témoignage de leur trahison et de leur crime.
La Commune à le devoir d'affirmer et de déterminer les aspirations et les
voeux de la population de Paris; de préciser le caractère du mouvement du
18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui
siégent à Versailles.
Cette fois encore, Paris travaille et souffre pour la France entière, dont il
prépare, par ses combats et ses sacrifices, la régénération intellectuelle,
morale, administrative et économique, la gloire et la prospérité.
Que demande-t-il ?
La reconnaissance et la consolidation de la. République, seule forme de
gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement
régulier et libre de la société.
L'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la
France, et assurant à chacune l'intégralité de ses droits, et à tout Français
le plein exercice de ses facultés et de ses aptitudes, comme homme, citoyen
et travailleur.
L'autonomie de la Commune n'aura pour limites que le droit d'autonomie
égal pour toutes les autres communes adhérentes au contrat, dont l'associa-
tion doit assurer l'unité française.
Les droits inhérents à la Commune sont :
Le vote du budget communal, recettes et dépenses ; la fixation et la répar-
tition de l'impôt ; la direction des services locaux; l'organisation de sa magis-
trature, de la police intérieure et de l'enseignement ; l'administration des
biens appartenant à la Commune.
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 25
Le choix par l'élection ou le concours, avec la responsabilité, et le droit
permanent de contrôle et de révocation des magistrats ou fonctionnaires
communaux de tous ordres.
La garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de
la liberté du travail.
L'intervention permanente des citoyens dans les affaires communales par
la libre manifestation de leurs idées, la libre défense de leurs intérêts; garan-
ties données à ces manifestations par la Commune, seule chargée de sur-
veiller et d'assurer le libre et juste exercice du droit de réunion et de
publicité.
L'organisation de la défense urbaine et de la garde nationale, qui élit ses
chefs et veille seule au maintien de l'ordre dans la cité.
Paris ne veut rien de plus à titre de garanties locales, à condition, bien
entendu, de retrouver dans la grande administration centrale, délégation des
communes fédérées, la réalisation et la pratique des mêmes principes.
Mais, à la faveur de son autonomie et profitant de sa liberté d'action, Paris
se réserve d'opérer comme il l'entendra, chez lui, les réformes administra-
tives et économiques que réclame sa population; de créer des institutions
propres à développer et propager l'instruction, la production, l'échange et le
crédit; à universaliser le pouvoir et la propriété, suivant les nécessités du
moment, le voeu des intéressés et les données fournies par l'expérience.
Nos ennemis se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de
vouloir imposer sa volonté ou sa suprématie au reste de la nation, et de pré-
tendre à une dictature qui serait un véritable attentat contre l'indépendance
et la souveraineté des autres communes.
Ils se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de poursuivre
la destruction de l'unité, constituée par la Révolution, aux acclamations de
nos pères, accourus à la fête de la Fédération de tous les points de la vieille
France.
L'unité, telle qu'elle nous a été imposée jusqu'à ce jour par l'empire, la
monarchie et le parlementarisme, n'est que la centralisation despotique, inin-
telligente, arbitraire ou onéreuse.
L'unité politique,, telle que la veut Paris, c'est l'association volontaire de-
toutes les initiatives locales, le concours spontané et libre de toutes les éner-
gies individuelles en vue d'un but commun, le bien-être, la liberté et la sécu
rité de tous.
La Révolution communale, commencée par l'initiative populaire du
18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive,
scientifique.
C'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme,
du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des pri-
viléges, auxquels le prolétariat doit son servage, la patrie ses malheurs et
ses désastres.
Que cette chère et grande patrie, trompée par les mensonges et les calom-
nies, se rassure donc !
La lutte engagée entre Paris et Versailles est de celles qui ne peuvent se
terminer par des compromis illusoires : l'issue n'en saurait être douteuse.
26 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
La victoire, poursuivie avec une indomptable énergie par la garde nationale,
restera à l'idée et au droit.
Nous en appelons à la France !
Avertie que Paris en armes possède autant de calme que de bravoure; qu'il
soutient l'ordre avec autant d'énergie que d'enthousiasme; qu'il se sacrifie
avec autant de raison que d'héroïsme ; qu'il ne s'est armé que par dévoue-
ment pour la liberté et la gloire de tous, que la France fasse cesser ce san-
glant conflit !
C'est à la France à désarmer Versailles par la manifestation solennelle de
son irrésistible volonté.
Appelée à bénéficier de nos conquêtes, qu'elle se déclare solidaire de nos
efforts; qu'elle soit notre alliée dans ce combat qui ne peut finir que par le
triomphe de l'idée communale ou par la ruine de Paris !
Quant à nous, citoyens de Paris, nous avons la mission d'accomplir la
révolution moderne, la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont
illuminé l'histoire.
Nous avons le devoir de lutter et de vaincre !
Paris, le 19 avril 1871.
La Commune de Paris.
Qu'est-ce que « l'intégralité des droits assurés à chaque Com-
mune ? » C'est 1e le droit de voter le budget communal. : point de
discussion sur ce point, nous l'admettons;
2° La fixation de l'impôt et sa répartition ;
Mais la Commune, qui doit avoir le droit de voter son budget
doit compter, ce nous semble, avec l'Etat ou Pouvoir Central,
quant à la fixation et à la répartition de l'impôt puisque l'Etat
en prend nécessairement une partie.
3° La nomination des magistrats ;
Mais alors, et auparavant la refonte complète, de la législa-
tion parce que, les membres de la Commune ont paru l'oublier,
la magistrature ne pouvait, sous l'empire de nos codes, et sui-
vant nous, en vertu des principes primordiaux de toute organi-
sation judiciaire sérieuse, la magistrature, disons-nous, ne
pouvait être locale au moins en son entier. Nous supposons bien,
en effet, malgré les cours martiales dont les décisions étaient sans
recours, que la Commune aurait fini par organiser l'appel,
parce que l'homme est faillible, surtout quand il est magistrat
élu par le peuple : aurait-elle institué un tribunal d'appel local?
Alors, et si ce système était' le bon, autant de juges de première
instance, autant de juges d'appel? Un des moindres inconvénients
de cette organisation, mais celui qui frappera le plus les esprits
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 27
peu habitués au fonctionnement des institutions sociales eut été
de surcharger fort les budgets communaux. Nous examinerons
tout à l'heure cette question, plus au long. (V. organisation de
la justice).
Aux Etats-Unis, chaque ville a son tribunal de première ins-
tance; mais chaque Etat de la confédération a sa cour d'appel.
Aux Etats-Unis les juges sont élus mais ils fonctionnent sous
l'oeil et le contrôle de magistrats, nommés auxquels on peut
recourir.
Le général Gluseret aurait pu l'apprendre à ses collègues.
4° La garantie absolue de la liberté individuelle, la liberté de
Conscience et la liberté du travail.
On verra plus loin, si l'on veut nous suivre jusqu'au bout, ce
que sont devenues dans l'application, ces libertés accordées en
principe ainsi que la liberté de réunion, la liberté de la presse et
bien d'autres encore.
5° Le choix par l'élection des magistrats et des fonctionnaires de
tout ordre.
Etait-ce en vertu de ce principe que la Commune faisait admi-
nistrer les divers arrondissements de Paris par des commissions
municipales nommées par elle, révoquées, remplacées, par elle
et non élues par les électeurs?
Etait-ce en vertu de ce principe qu'on nommait les juges?
6° L'intervention permanente des citoyens dans les affaires com-
munales.
Nous nous étions toujours imaginé que lorsqu'une population
se donne des chefs et des représentants ce n'est que dans le but de
se décharger du soin des affaires publiques et de pouvoir se livrer
en toute liberté d'esprit, au soin de ses affaires pr es, celles-
ci devant lui procurer les moyens de vivre, et de faire vivre les
femmes et les enfants, et d'acquitter les différents impôts que
l'administration d'un Etat nécessite. Sans doute, nous devons
parfois sortir de notre maison pour descendre sur la place
publique et discuter la vie, la conduite et la capacité de ceux à
qui nous allons confier la chose publique; nous devons
nous éclairer, ne pas abandonner au hasard ou à l'irré-
flexion le choix de nos représentants : mais le choix fait, peut-
être est-il bon de laisser agir nos mandataires ; autrement n'en
nommons d'aucune sorte ; qu'il n'y ait pas plus de membres de
28 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
la Commune que de députés au Corps législatif; pas plus de mu-
nicipalité que d'Assemblée. Pourquoi payer des hommes pour
surveiller nos intérêts si nous devons avoir le souci de surveiller
ces surveillants. Quand un plaideur fait choix d'un avocat, quand
un malade se remet entre les mains d'un médecin, l'un, après
avoir expliqué son procès, l'autre, après avoir dit ce qu'il éprou-
vait, ne disent plus mot et s'en rapportent à l'homme en qui ils
ont confiance; cet appel à l'intervention permanente des citoyens
dans les affaires publiques n'est autre chose ou ne peut avoir
d'autre résultat que la révolution, permanente aussi.
Nous en avons eu tout récemment un exemple. Les opérations
militaires, dans la dernière guerre, ont été trois ou quatre fois
entravées par l'apparition subite et inattendue d'énergumènes
suivis d'incapables entraînant des inconscients, venant réclamer
la Commune et proposer des plans de campagne, eux journa-
listes sans talent ou sans bon sens politique, avocats sans clients,
médecins sans malades, en un mot déclassés de toutes les classes.
Les noms ne sont-ils pas sur toutes les lèvres?
0, peuple français, peuple de Paris surtout ! quand donc ces-
seras-tu tes terribles, sanglants et déplorables enfantillages ?
Paris demandait encore dans le document que nous exami-
nons, la faculté « d'opérer, chez lui, comme il l'entendra, les
« réformes administratives et économiques que réclame sa po-
« pulation; de créer des institutions propres à développer et pro-
« pager l'instruction, la production, l'échange et le crédit à uni-
« verbaliser le pouvoir et la propriété; suivant les nécessités du
« moment, le voeu des intéressés et les données fournies par l'ex-
« périence. »
Supposor que la Commune soit établie et florissante dans
toute la France : qu'en résultera-t-il ? que chaque ville, chaque
village, chaque bourg opérera chez elle, chez lui «comme il ou
« elle l'entendra toutes les réformes administratives et écono-
« miques que pourrait réclamer là population ; créera des insti-
«tions propres à développer et propager la production
«l'échange» etc. Mais alors, dans quel désordre tombons-nous?
Comment le commerce pourra-t-il fonctionner, lui, dans ce dé-
dale de lois économiques ? Ici le libre-échange, là la protection;
ici telles règles sur les lettres de change : deux lieues plus loin rè-
gles contraire ! quel chaos !
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 29
Voilà donc le but de la révolution du 18 mars connu : nous
allons voir par quels moyens, nous ne dirons pas légaux, mais
législatifs, elle a cherché à l'atteindre.
Mais eut-on des maires immédiatement, hic et nunc, cette
«municipalité élue, » ces «libertés communales dont Jouissent
« ailleurs les plus petites bourgades, » et pour l'obtention des-
quelles des milliers d'hommes crurent devoir donner leur
vie?
Point du tout ! on nomma les membres de la Commune,
lesquels, siégeant à l'Hôtél-de-Ville, s'occupèrent de guerre, de
finances, de législation, abolirent la conscription, nommèrent
des ministres de la justice et des affaires étrangères, mais nom-
mèrent aussi, et selon leur bon plaisir, les municipalités d'ar-
rondissement qui, depuis octobre 1870 jusqu'à mars 1871,
avaient été élues. Voici, en effet, le premier décret des nouveaux
maîtres de Paris :
La Commune de Paris décrète :
Art. 1er. — Les membres de la Commune ont la direction administrative
de leur arrondissement.
Art. 2.— Ils sont invités à s'adjoindre, à leur choix et sous leur responsa-
bilité, une commission pour l'expédition des affaires.
En fait, ces commissions étaient les seules municipalités d'ar-
rondissement.
Et la preuve, nous la trouvons dans le compte-rendu de la
Commune du 17 mai, publiée dans l' Officiel le 19. Voici, en
effet, ce que nous y trouvons :
Le citoyen J.-B. CLÉMENT. Je n'accepte aucun despotisme et je proteste
contre le vote de la clôture. On a parlé de complots ; je voulais me défendre.
(Interruptions.)
On nous dit de courir à nos municipalités négligées : beaucoup entre ceux
de la minorité ne sont jamais allés à leur mairie...
Le citoyen DEREURE. C'est vrai !
En effet, les « administrateurs » prenaient complètement la
place des municipalités. Exemple-:
Les citoyens Portalier et Guérin, délégués à la mairie du IXe arrondisse-
ment, en remplacement du citoyen Bayeux-Dumesnil, sont autorisés a pro-
céder aux actes de l'état civil.
30 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
Mais les citoyens intervenaient-ils d'une façon permanente
dans les affaires communales ?
Nullement ! Après avoir fait mille difficultés pour ordonner
la publication d'un compte-rendu analytique des séances de la
Commune, voici le projet de décret proposé par le citoyen
Vaillant:
Considérant qu'une Commune n'est pas un parlement, que c'est une réu-
nion de commissions donnant, par ses délibérations et ses votes, aux tra-
vaux de ces commissions, l'unité de direction et d'action ;
Considérant que la seule publicité qui convienne à une telle assemblée
est celle des actes et des décrets, et non celle de discours plus ou moins
fidélement reproduits ;
Considérant qu'il faut donner au Comité de salut public la faculté d'user
des pouvoirs qui lui ont été conférés, tout en assurant le contrôle et la sur-
veillance de l'assemblée,
La Commune
DÉCRÈTE :
Le décret ordonnant la publicité des séances est rapporté.
Il ne paraîtra plus à l'Officiel de compte-rendu des séances.
Le vote des décrets et de toutes propositions importantes aura lieu à
l'appel nominal; il pourra être motivé et sera publié.
Il y aura trois séances de la Commune par semaine.
Chaque séance commencera par la lecture d'un état, de la situation poli-
tique et des actes du Comité de salut public, présenté par un des memhres
de ce Comité.
Le président donnera lecture des propositions, projets de décret, etc.,
déposés sur le bureau, et sauf le cas d'urgence, il les renverra aux commis-
sions compétentes.
Chaque semaine et à tour de rôle, les délégations et commissions seront
tenues de présenter un rapport sur leurs travaux.
Le débat sur les conclusions de ces rapports formera l'objet de l'ordre du
jour de chaque séance.
De fait, les séances ne furent jamais publiques, et nous le
comprenons parfaitement.
Comment exposer au grand jour le désarroi qui devait y
régner? Le désordre des idées ne se révélait-il pas déjà trop,
pour la Commune, dans les décrets publiés? Exemples :
Le 3 avril, la commission executive de la Commune se com-
posait des citoyens Bergeret, Eudes, Duval, Lefrançais, Félix
Pyat, G. Tridon, E. Vaillant;
Le 4 avril, des citoyens Bergeret, Delescluze, Duval, Eudes,
Félix Pyat, Tridon, E. Vaillant;
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 31
Le 5 avril, des citoyens Cournet, Delescluze, Félix Pyat,
TridOn, Vaillant, Vermorel.
Cette commission, au personnel tant de fois modifié, ne
suffisait pas. Témoin cette note :
Séance du 26 avril 1871.
La Commune, qui s'était formée en comité secret, a accepté l'ordre du
jour suivant :
« Considérant que différents comités irresponsables entravent l'exécution
des ordres de la Commune, qu'il appartient aux municipalités, à la sûreté
générale et à tous les pouvoirs délégués par elle de prendre des mesures,
la Commune s'en remet à ceux-ci pour qu'à l'avenir ces faits ne se repro-
duisent plus ou soient rigoureusement réprimés, et passe à' l'ordre du
jour. »
On recourut bientôt à une autre institution :
La Commune
DÉCRÈTE :
Art. 1er. — Un comité de salut public sera immédiament organisé.
Art. 2. — Il sera composé de cinq membres, nommés par la Commune,
au scrutin individuel.,
Art. 3. — Les pouvoirs les. plus étendus sur toutes les délégations et
commissions sont donnés à ce comité, qui ne sera responsable qu'à la
Commune.
La Commune
ARRÊTE :
Les membres de la Commune ne pourront être traduits devant aucune
autre juridiction que la sienne (celle de la Commune).
Ont été nommés membres du Comité de salut public, les citoyens : An-
toine Arnaud, Léo Meillet, Ranvier, Félix Pyat et Charles Gérardin.
La composition de ce comité ne tarda pas à être modifiée :
Le Comité de salut public
DÉCRÈTE :
Le citoyen Ferré est délégué à la sûreté générale, en remplacement du
citoyen Cournet.
Les citoyens Martin et Emile Clément sont nommés membres du comité
de sûreté générale, en remplacement des citoyens Th. Ferré et Vermorel.
Le 9 mai, on décida de demander la démission aux mem-
bres du Comité de salut public, qui fut reconstitué de la ma-
nière suivante-:
32 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
Conformément à la décision de la Commune, il a été procédé au renou-
vellement du Comité de salut public.
Ont été nommés, les citoyens :
Ranvier,
Antoine Arnaud,
Gambon,
Eudes,
Delescluze.
Voici, au sujet du Comité de salut public, le résultat du vote
et plusieurs des votes motivés :
COMMUNE DE PARIS
Séance du 1er mai 1871.
PRÉSIDENCE DU CITOYEN MEILLET.
L'ordre du jour appelle le vote sur l'article 1er du projet du citoyen Miot,
relatif au Comité de salut public.
L'appel nominal demandé donne les résultats suivants, pour la formation
d'un Comité de salut public :
Amouroux, Ant. Arnaud, Bergeret, Billioray, Blanchet, Champy, Char-
don, E. Clément, J.-B. Clément, Demay, Dupont (Cl.), Durand, Ferré, For-
tuné (Henri), Gambon, Geresme, Grousset, Johannard, Ledroit, Lonclas,
L. Meillet, Miot, Oudet, Parisel, Pillot, Philippe, F. Pyat, Ranvier, Régère,
Rigault, Trinquet, Urbain, Vésinier, Viard;
Pour la formation d'un Comité exécutif :
Andrieu, Art, Arnould, Avrial, Allix, Babick, Beslay, Clémence, V. Clé-
ment, Courbet, Franckel, Gérardin, Jourde, Langevin, Lefrançais, Longuet,
Ostyn,Pindy, Pothier, Rastoul, Serraillier, Sicard, Tridon, Theisz, Vaillant,
Vallès, Varlin, Verdure.
Votants, 62. — Majorité absolue, 32. .
Comité de salut public, . 34
Comité exécutif 28
Le nom de « Comité de salut public » est adopté.
Avant de passer au vote de l'ensemble du projet, la Commune décide
que l'article 4 sera disjoint des autres articles, et formera un décret
spécial.
L'ensemble du projet mis aux voix donne le résultat suivant :
Pour l'adoption :
Amouroux, Arnaud, Allix, Bergeret, Billioray, Blanchet, Brunel, Champy
Chardon, Clément (E.), Cournet, Demay, Dereure, Dupont (C), Durand (A.)
Ferré, Franckel, Fortuné (H.), Gérardin (C), Geresme, Grousset, Ledroit,
Lonclas, Martelet, Meillet. Miot, Oudet, Parisel, Pillot, Pothier, Philippe,
LE MAMDAT DE LA COMMUNE. 33
Pyat, Ranvier, Régère, Rigault, Sicard, Trinquet, Urbain, Vaillant, Vésinier,
Viard, Verdure.
Contre :
Andrieu, Art. Arnould, Avrial, Babick, Beslay, Clémence, Clément (V.),
Courbet, Gérardin (E.), Jourde, Langevin, Lefrançais, Longuet, Malon,
Ostyn, Pindy, Rastoul, Serailler, Tridon, Theisz, Vallès, Varlin, Vermorel.
Votants, 68. — Majorité absolue, 35.
Pour, 45
Contre 23
décret est adopté:
Votes motivés.
J'ai accepté le mandat impératif; je crois être logique avec mes paroles
Set mes engagements en votant pour le Comité de salut public.
TH. FERRÉ.
Absent lors de la discussion sur la qualification du Comité de salut pu-
blic et sous le bénéfice des observations que j'avais à présenter sur le titre
même de « Comité de salut public, » je vote pour. J. COURNET.
Considérant que, vu les dangers de la patrie, jamais le nom de salut
public n'est plus en situation;
Que le Comité de salut public ne saurait être une dictature dangereuse,
puisqu'il est sous le contrôle de la Commune. PARISEL.
Attendu que le mot de salut public est absolument de la même
époque que les mots de République française et de Commune de Paris, je
vote pour. PYAT.
Me conformant au mandat impératif qui m'a été conféré par les élec-
teurs; je vote pour le Comité de salut public, parce qu'il est urgent que la
Commune reste dans le sens le plus large du mouvement révolutionnaire
qui l'a nommée. GÉRARDIN.
Je vote pour le Comité de salut public comme mesure révolutionnaire
indispensable dans l'état actuel de la situation. CH. LEDROIT.
Considérant qu'aucune mesure trop énergique ne saurait être prise par là
Commune dans les circonstances actuelles, et voulant rester fidèle au man-
dat impératif que j'ai reçu de mes électeurs, je vote pour.
URBAIN. .
Je vote pour un Comité de salut public, attendu que, si la Commune a su
se faire aimer de tous les honnêtes gens, elle n'a pas encore pris les mesures
indispensables pour faire trembler les lâches et les traîtres, et que, grâce
à cette longanimité intempestive, l'ennemi a peut-être obtenu des rami-
fications dans les,branches essentielles de notre gouvernement.
BLANCHET, DUPONT.
Attaqués impitoyablement et sans motifs légitimes, j'estime que nous
devons défendre avec la plus grande énergie la République menacée.
TH. RÉGÈRE.
3
34 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
Je vote pour, attendu que la Commune détruira le Comité de salut
public quand elle voudra. J. ALLIX. :
Je vote pour le Comité de salut public, attendu que notre situation est plus
terrible encore que celle où nos pères de 93 se sont trouvés, et que ceux qui
'attaquent ne voient pas clair. EMILE OUDET.
Espérant que le Comité de salut public sera en 1871 ce que l'on croit gé-
néralement, mais à tort, qu'il a été en 1793, je vote pour. RAOUL RIGAULT.
Considérant que l'institution d'un Comité de salut public aura pour
effet essentiel de créer un pouvoir dictatorial qui n'ajoutera aucune force à
la Commune;
Attendu que cette institution serait en opposition formelle avec les aspi-
rations politiques de la masse électorale, dont la Commune est la représen-
tation;
Attendu en conséquence que la création de toute dictature par la Com-
mune serait de la part de celle-ci une véritable usurpation de la souverai-
neté du peuple, nous volons contre.
ANDRIEU, LANGEVIN, OSTYN, VERMOREL, V. CLÉ-
MENT, THEISZ, SERAILLER, AVRIAL, MALON,
LEFRANÇAIS., COURBET , EUGENE GÉRARDIN,
CLÉMENCE, ART. ARNOULD, BESLAY, VALLÈS,
JOURDE.
Si j'eusse assisté à la séance d'hier, j'aurais combattu la proposition d'un
Comité de salut public, que je considère comme une dictature.
Obigé de prendre une résolution dans ce cas, je vote pour la dénomi-
nation executive. V. CLÉMENT.
Par suite d'indisposition, je m'étais retiré à six heures et demie. Si
j'eusse été présent, j'eusse voté contre toute proposition, et je me rallie à
la proposition qui me paraît la moins grave, et je vote pour l'exécutif.
CH. BESLAY.
Contraint de me prononcer pour une formule, je vote pour le mot :
exécutif.
Mais en faisant toutes mes réserves sur les articles du projet Miot.
JOURDE.
Je vote pour, parce que le terme « salut public » a été, est et sera tou-
jours de circonstance. GERESME.
Pour l'ensemble.
Je vote pour, parce que l'indécision depuis un mois nous a compromis,
et qu'une plus longue hésitation à prendre des mesures énergiques perdrait
la Commune et la République. G. RANVIER.
La situation exigeant énergie et unité d'action, malgré son titre, je vote
pour. EUGÈNE POTTIER.
Comme j'ai reçu de mes électeurs le mandat impératif, je vote pour.
E. CLÉMENT.
LE MANDAT, DE LA COMMUNE. 35
Vu la gravité des circonstances et la nécessité de prendre promptement
les mesures les plus radicales, les plus énergiques pour réprimer les
trahisons qui pourraient perdre la République, je vote pour. J. MIOT.
Quoique je ne voie pas l'utilité de ce comité, mais ne voulant pas prêter à
des insinuations contraires à mes opinions révolutionnaires socialistes, et
tout en réservant le droit d'insurrection contre ce comité, je vote pour.
LÉO FRANKEL.
Considérant que mes électeurs m'ont confié le mandat impératif de
poursuivre le triomphe de la Révolution par les mesurés les plus energiques,
et que le Comité de salut public, à mon sens, est seul capable d'atteindre ce
but, je vote pour. A. LONCLAS.
Je vote pour :
Parce que je suis d'avis de prendre des mesures radicales et sérieuses,
mais que détestant les mots ronflants qui restent souvent lettre morte, je
m'étais opposé par mon vote au mot salut public. A, SICARD.
Je vote pour :
Parce que j'ai conscience de la situation et tiens à rester conséquent avec
les engagements pris par moi devant les électeurs. JACQUES DURAND.
Restant d'accord avec las électeurs qui m'ont nommé, et désirant comme
eux qu'on n'hésite devant aucune mesure nécessaire :
Je vote pour. ... H. CHAMPY.
Je vote pour sur l'ensemble du décret, tout en ayant voté contre l'ar-
ticle 3 et le titre de Comité de salut public, qui dans l'esprit des présen-
tateurs, détermine l'esprit du projet, parce que, conformément à ce que je
soutenais il y a peu de jours, malgré l'illusion de l'assemblée, elle ne fait
qu'ajouter aux rouages de son organisation un rouage qui manquait, et
consacrer une division nécessaire des pouvoirs, un contrôle plus effectif du
travail des commissions. (En votant contre l'artice 3, j'ai voté contre l'er-
reur de rassemblée, qui croit faire ce qu'elle dit et ne fait encore que dé-
créter sans effet.)
Mais je ne partage pas l'illusion de l'assemblée qui croit avoir fondé un
comité politique directeur, un comité de salut public, alors qu'elle ne fait
que renouveler avec une étiquette nouvelle sa commission executive des
premiers jours. Si l'assemblée voulait avoir un réel comité exécutif, pou-
vant vraiment prendre la direction de la situation, parer aux éventualités
politiques, elle devrait commencer par se réformer elle-même, cesser d'être
un petit parlement bavard, brisant le lendemain aux hasards de sa fan-
taisie ce qu'il a créé la veille et se jetant au travers de toutes les décisions
de sa commission executive. La Commune ne devrait être qu'une réunion
de commissions se réunissant pour discuter les résolutions, les rapports
présentés par chaque commission, écoutant le rapport politique de son
comité exécutif, et jugeant si ce comité remplit son devoir, s'il sait donner
l'unité d'impulsion, de direction, s'il a l'énergie, la capacité nécessaires
pour le bien de la Commune.
36 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
Au Comité exécutif seraient renvoyées les affaires politiques, aux com-
missions diverses toutes les affaires du ressort de ces diverses commissions,
et les séances se passeraient sans incidents inutiles, à prendre dès résolu-
tions et non plus à discourir.
Pour un comité exécutif de cet ordre, et seul pouvant vraiment porter le
titre de salut public, qui n'a pas d'ailleurs d'importance et qui a le dés-
avantage d'être une répétition, je voterai oui sans phrases.
En un mot, il faut organiser la Commune et son action ; faire de l'action,
de la Révolution, et non de l'agitation, du pastiche. E. VAILLANT.
Coutre l'ensemble.
En me référant aux motifs énoncés par Andrieu, et surtout par le motif
que je ne crois pas à l'efficacité du Comité du salut public ; ce n'est qu'un
mot, et le peuple s'est trop longtemps payé de mots : je vote contre.
A. VERMOREL.
Considérant que l'établissement du Comiié de salut public est une at-
teinte portée aux droits que les membres de la Commune tiennent de leurs
électeurs : je vote contre. . A. CLÉMENCE.
Le citoyen Babick, contre. La Commune n'étant pas en danger, n'a pas
besoin de Comité de salut public. Elle se sauvera par elle-même. BABICK.
Je vote contre l'ensemble du projet, parce qu'il aboutit en réalité à la con-
fusion des pouvoirs, qui amène des conflits et produit le désordre et l'a-
narchie, et que je voulais la séparation des fonctions avec la responsabilité
effective devant la Commune de cette commission executive, ayant pleins
pouvoirs sur toutes les autres commissions, mais laissant à la Commune
tout entière le rôle de comité de haute surveillance, avec puissance de la
briser et de la révoquer, tout en s'abstenant de toute intervention directe
dans l'exécution et la direction. RASTOUL.
Contre, parce que je n'aime pas les défroques inutiles et ridicules qui
loin de nous donner de la force, nous enlèveront celle que nous avons.
G. TRIDON.
Adhérant à la déclaration Franckel, je votre contre, comme membre de
cette Commune, et comme délégué aux finances. JOURDE.
Ne croyant pas plus aux mots sauveurs qu'aux talismans et aux amu-
lettes, je vote contre pour les raisons d'ordre et de droit développées par
Andrieu, et aussi pour le motif de bon sens et de bonne politique indiqué
par Babick. CH. LONGUET.
Proposition.
Je désire que tous titres ou mots appartenant à la Révolution de 89 et 93
ne soient appliqués qu'à cette époque. Aujourd'hui, ils n'ont plus la même
signification et ne peuvent plus être employés avec la même justesse et
dans les mêmes acceptions. "
Les titres : Salut public, Montagnards, Girondins, Jacobins, etc., etc., ne
peuvent être employés dans ce mouvement socialiste républicain.
LE MANDAT DE LA COMMUNE., 37
Ce que nous représentons, c'est le temps qui est passé de 93 à 71, avec le
génie qui doit nous caractériser et qui doit relever de notre propre tempé-
rament;
Cela me parait d'autant plus évident' que nous ressemblons à des pla-
giaires, et nous rétablissons à notre détriment une terreur qui n'est pas de
notre temps. Employons les termes que nous suggère notre révolution.
G. COURBET.
Il est procédé à la nomination des cinq membres du Comité de salut
public.
Par 37 votants sont élus :
Les citoyens Ant. Arnaud,par 33 voix; Léo Meillet, par 27 ; Ranvier,
par 27; Félix Pyat, par 24; Charles Gérardin, par 21.
Le président donne alors lecture des protestations suivantes, déposées par
les citoyens qui se sont abstenus de prendre part à la nomination des
membres du Comité.
Les soussignés,
Considérant qu'ils ont voté contre restitution dite Comité de salut public,
dans laquelle ils n'ont vu que l'oubli des principes de réforme sérieuse et
sociale d'où est sortie la Révolution communale du 18 mars ;
Le retour dangereux ou inutile, violent ou inoffensif à un passé qui doit
nous instruire, sans que nous ayons à le plagier ;
Déclarent qu'ils ne présenteront pas de candidats, et qu'ils regardent en
ce qui les concerne l'abstention comme la seule attitude digne, logique et
politique.
CH. LONGUET, LEFRANÇAIS, ARTHUR ARNOULD,
ANDRIEU, OSTYN, JOURDE, B. MALON, A. SER-
RAILLER, BESLAY, BABICK, CLÉMENCE, COUR-
BET, E. GÉRARDIN, LANGEVIN, RASTOUL,
J. VALLÈS, VARLDS.
Vu que nous ne pouvons nommer personne à une institution considérée
par nous comme aussi inutile que fatale, nous nous abstenons.
AVRIAL, V. CLÉMENT, VERMOREL. A. THEISZ,
G. TRIDON, PINDY, E. GÉRARDIN.
Considérant que le Comité de salut public est une institution dictatoriale
incompatible avec le principe essentiellement démocratique de la Commune,
je déclare ne pas prendre part à la nomination des membres de ce Comité.
G. LANGEVIN.
Quant aux personnalités, la suspicion était à l'ordre du
jour: Bergeret, Cluseret, Assi, Rossel, Brunel, en sont les
preuves.
Les arrestations, les élargissements, les démissions s'entre-
croisaient.
L'administration était en proie aux contradictions, aux ran-
38 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
cunes et aux intrigues : le Comité central faisait toujours
sentir son influence et force fut de l'admettre à participer à
l'administration de la guerre :
Aux généraux, aux colonels et chefs de service dépendant de la délégation de la
guerre.
Citoyens,
J'ai l'honneur de vous informer que d'accord avec le Comité de salut public,
j'ai admis en principe et je vais mettre immédiatement en pratique îé con-
cours complet du Comité central de la fédération de la garde nationale, pour
tous les services administratifs, et pour la plus grande partie des services
d'organisation dépendant de la délégation de la guerre.
Cette séparation de pouvoirs pourra amener dans le personnel un change-
ment dont je tiens à vous avertir.
Cet accord a été motivé de ma part par les raisons suivantes :
L'impossibilité de recruter en temps utile le personnel administratif néces-
saire au service,
La convenance de séparer absolument l'administration du commande-
ment,
La nécessité d'employer de la manière la plus efficace, non-séulement la
bonne volonté, mais la haute autorité révolutionnaire du Comité central de
la fédération.
Salut et fraternité. ROSSEL.
La Commune de Paris,
Considérant que le concours du Comité central de la garde nationale dans
l'administration de là guerre, établi par le Comité de salut public, est une
mesure nécessaire, utile à la cause commune ;
Considérant en outre qu'il importe que les attributions en soient nette-
ment définies, et que dans ce but il convient que la commission,de la guerre
soit appelée à définir ces attributions, de concert avec le délégué à la
guerre,
DÉCRÈTE:
Article unique. La commission de la guerre, de concert avec le délégué à
la guerre, réglementera les rapports du Comité central de la garde nationale
avec l'administration de la guerre.
(8 mai).
Mais le jour même, on se gardait déjà contre lui :
La commission de la guerre,
Attendu que le décret qui confie au Comité central l'administration de la
guerre contient cette restriction :
« Sous le contrôle direct de la commission de la guerre »,
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 39
ARRÊTE :
Le Comité central ne peut nommer à aucun emploi ; il propose les candi-
dats à la commission de la guerre qui décide.
Des comptes quotidiens de la gestion de chaque service seront rendus à la
commission de la guerre.
Paris, le 8 mai 1871.
Les membres de la commission de la guerre,
ARNOLD, AVRIAL, DELESCLUZE,
TRIDON, VARLIN.
Un jour, on avait confiance en certains hommes; trois jours
après on se défiait d'eux. Exemple :
Le citoyen Gaillard père est chargé de la construction des barricades for-
mant une seconde enceinte en arrière des fortifications. Il désignera ou fera
désigner par les municipalités, dans chacun des arrondissements de l'exté-
rieur, les ingénieurs ou délégués chargés de travailler sous ses ordres à ces
constructions.
Il prendra les ordres du délégué à la guerre pour arrêter les emplacements
de ces barricades et leur armement.
Outre la seconde enceinte indiquée ci-desssus, les barricades comprendront
trois enceintes fermées ou citadelles, situées au Trocadéro, aux buttes Mont-
martre et au Panthéon.
Le tracé de ces citadelles sera arrêté sur le terrain par le délégué à la guerre,
aussitôt que les ingénieurs chargés de ces constructions auront été désignés.
Mais bientôt changement de tableau :
La démission du citoyen Gaillard père, chargé de la construction des bar-
ricades et commandant des barricadiers, est acceptée à ce double titre :
Le bataillon des barricadiers, placé sous ses ordres, est dissous; les hommes
qui le composent sont mis à la disposition du directeur du génie militaire,
qui avisera à la continuation des travaux commencés, dans la mesure qu'il
jugera convenable.
Paris, le 15 mai 1871.
Le délégué civil à la guerre.
DELESCLUZE.
Exemple de l'ordre qui régnait dans l'administration :
RAPPORT
AU CITOYEN TRID0N, MEMBRE DE LA COMMUNE, DÉLÉGUÉ A LA COMMISSION
DE LA GUERRE.
Citoyen délégué,
Le 27 mars dernier, le général Eudes, délégué à la guerre, membre de la
commission exécutive, m'a désigné pour prendre possession et faire fonc-
tionner l'intendance.
40 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
Pas un employé n'était resté à son poste, tous les documents avaient été '
enlevés, et c'est dans ce chaos que j'ai dû créer cette chose si sérieuse : l'in-
tendance, c'est-à-dire les subsistances, l'habillement et tous les services utiles
à une armée entrant en campagne.
La tâche était lourde; deux citoyens que l'on en avait chargés s'étaient re-
tirés impuissants, ou ne voulant pas assumer la lourde responsabilité d'un
tel poste.
Animé du désir ardent d'être utile à la cause, je me suis mis à l'oeuvre, et
le jour de ma prise de possession j'avais installé des employés qui répondaient
au public.
Malgré cela, il m'était impossible de tout faire dans cette immense admi-
nistration, où tout était à créer, et j'ai dû appeler auprès de moi le dévoue-
ment de-mon frère, Elie May, chargé alors de la direction générale des ta-
bacs; je lui fis. conférer le titre d'intendant divisionnaire, et grâce à son
concours, nous avons pu tout organiser.
L'une des premières mesures que nous avons prises, est une note à l'Of-
ficiel interdisant tous les abus de liquides et nourritures, qui se faisaient sous
forme de réquisition de vivres.
La manutention, service de première nécessité pour l'alimentation journa-
lière des troupes, avait été abandonnée par son directeur, qui cependant
avait promis tout son concours, et auquel avait été adjoint un commandant
militaire; ce directeur, en partant, a démonté certaines machines et renvoyé
le principal personnel de cette administration, afin de désorganiser le ser-
vice et le travail, et de rendre impossible le fonctionnement de cette dépen-
dance principale de notre administration.
Nous avons pu parer immédiatement ce coup réactionnaire, en nous ad-
joignant le concours actif d'un de nos amis, le citoyen Delley, qui a immé-
diatement remis en marche cette artère indispensable de l'intendance, dont
un jour d'interruption aurait pu produire l'effet le plus funeste pour le suc-
cès de notre cause, car « sans pain, pas de soldats ! »
Pour assurer le service régulier et prompt des distributions, et surtout
pour essayer de mettre fin autant que possible au gaspillage inévitable dans
des moments de désorganisatiou, nous avons créé un bureau spécial de sub-
sistances, et des sous-intendances ou lieux de distributions partout où
l'agglomération des troupes, où l'action militaire le rendaient utile; ainsi
nous avons institué des magasins de vivres à Asnières, Neuilly, avenue
Ubrich, porte Dauphine, au parc Wagram, au parc Monceaux et aux forts
d'Issy, Vanves, Montrouge, Bicêtre, Ivry, etc., etc. Toutes ces annexes s'ap-
provisionnent principalement à la manutention et à des dépôts de vivres se-
condaires existant dans l'intérieur de l'enceinte.
Tous les bons de vivres sont scrupuleusement vérifiés, un contrôle sévère
est établi, et tous les jours nous réprimons les abus qui forcément se pro-
duisent, par suite de changement d'effectif dont certains bataillons et cer-
taines compagnies profitent pour se faire délivrer des rations auxquelles
elles n'ont pas droit.
Nous, avons rassemblé tous les chevaux de trait et de voitures du train qui
LE JMANDAT DE LA C0MMUNE. 41
se trouvaient dispersés dans toutes les casernes dé Paris; ce service, mainte-
nant parfaitement organisé, nous permet de supprimer la majeure partie des
réquisitions d'omnibus et d'autres voitures, et fait réaliser une économie d'au
moins 2,000 francs par jour.
En outre de tous ces services, nous avons encore un bureau de feuilles de
route et de renseignements qui, quoique d'une Importance secondaire, a
aussi son utilité.
Enfin tout marche maintenant, service des subsistances, service de l'habil-
lement et de l'équipement, service des hôpitaux et ambulances, de la solde,
de l'ordonnancement des mandats, du train, etc.
Voilà ce que nous avons fait; mais il reste encore à faire; pour cela il
faut que nous ayons les pouvoirs les plus étendus, « car nous sommes sou-
vent entravés », et sans nous appesantir sur ce chapitre, nons voudrions
qu'il nous soit délègué deux membres de la Commune pour examiner et ju-
ger notre administration, et recevoir nos observations sur ce qu'il reste à
améliorer, et sur la nature des pouvoirs qu'il nous serait indispensable d'avoir
pour assurer le fonctionnement régulier de l'administration que nous diri-
geons.
Comme conclusion, nous voudrions bien que vous vinssiea vous-même
nous contrôler ; car ce que nous appelons le plus de tous nos voeux, c'est le
contrôle. .
Salut et égalité.
Paris, le 13 avril 1871. L'intendant général,
G. MAY.
L'intendant divisionnaire,
ELIE MAY.
Ces hommes avaient-ils, au moins, l'approbation de ceux
qu'ils ruinaient et de ceux qu'ils envoyaient à la mort ? La po-
pulation de Paris les avait-elle suivi de son plein gré dans la
voie où ils étaient entrés? En un mot, la majorité leur avait-
elle donné les pleins pouvoirs dont ils usaient ? C'est ce que nous
allons voir.
Il avait été convenu que les élections auraient, lieu le 26 mars,
au scrutin de. liste et d'après la loi électorale de 1849, c'est-à-
dire que les candidats devraient, pour être déclarés élus, avoir
un nombre de voix équivalant au huitième des électeurs ins-
crits. Mais le 26 mars, dans six élections, ce huitième ne fut pas
réuni.
Voici les chiffres du 26 mars : '
1er arrondissement. — Adam, 7,272. Méline, 7,251. Bochard, 9,626.
Carré, 6,294.
42 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
2e arrondissement,, - Brelay, 7,023, Loyseau-Pinson, 6,921, Tirard,
6,386. Chéron, 6,068.
3e arrondissement.— A, Arnaud, 8,679. Demay, 8,730. Pindy, 7,816.
Cleray, 6,115. Dupont, 5661.
46 arrondissement. — Lefrançais, 8,619. Arthur Arnould, 8,608. Clémence,
8,163. Amouroux, 8,150. Gérardin, 8,104. ,
5e arrondissement. — (3 conseillers à élire). — Régère, 7,469. Jourde,
7,310. Tridon, 6,469. Blanche, 3,992. Ledroit, 5,848.
6° arrondissement. — Albert Leroy, 5,800. Goupil, 3,111. Docteur Robinet,
3,904. Beslay, 3,714. Varlin, 3,602.
7° arrondissement: — Docteur Parisel, 3,367. Ernest Lefèvre, 2,859. Ur-
bain, 2.803. Brunel, 1.947; .
8e arrondissement. - Raoul-Rigault. 2,175 Arthur Arnould, 2,114. Vail-
lant, 2,145. Allix, 2,028v
9e arrondissement (5 conseillers à élire). — Ranc, 8,950. Desmaret, 4,232.
Ulysse Parent, 4,770. E. Ferry, 2,816 André, 2,795. Nast, 3,691. Dupont de
Bussac, 2,893. George Avenel, 2,377. Docteur Sémérie, 1,382. Briosne, 2,197
Delescluze, 1,699. Malon, 1,337 Bonni, 1,012.
10e arrondissement. — Gambon, 14,734. Fortuné Henri, 11,354. Félix
Pyat, 11,813. Champy,. 11,042; Babick, 10,738. Rastoul, 10,335.
11° arrondissement', - Mortier, 19,397. Delescluze, 18,379. Protot, 18,062.
Assi, 18,041, Eudes, 17,392. Avrial, 16,193. Verdure, 15,577.
12e arrondissement. — Varlin, 10,015. Theisz, 7,717. Fruneau, 8,653. Gé-
resme, 8,611.
13e arrondissement — Léo Meillet, 6,482. Chardon, 4,663. Frankel, 4,480.
Duval, 6,531/
14e arrondissement. — Billioray, 6,100.. Martelet, 5,927. Decamps,
5,830. . . ;
15e arrondissement.—V. Clément, 3,025. J.Vallès, 4,403. Langevin, 2,417.
16e arrondissement.— Docteur Marmottan, 2,036. De Bouteiller, 1,909.
17° arrondissement. — Varlin, 9,963. Emile Clément, 7,130. Gérardin,
6,140. Chalin, 4,575. Malon, 4,192.
18e arrondissement. — (7 conseillers à élire). — Dereure. 14,950. Theisz,
14,661, Blanqul, 14,402. J.-B, Clément, 13,784. Th. Ferré, 14,953. Vermo-
rel, 14,188. Paschal Grousset, 13,259.
19° arrondissement. — Puget, 9,547. Qudet 10,065. Delescluze, 5,846. J. Miot
5,520. Cournet, 5,540. Ostyn, 5,065. '
20e arrondissement. — Ranvier, 14,127. Bergeret, 14,003. Blanqui, 13,333.
Flourens, 13,498.
LE MANDAT DE LA COMMUNE. : 43
La commission chargée du dépouillement du scrutin recon- ;
nut que certains candidats avaient, un nombre de voix insuffi-
sant, mais elle proposa de valider quand même leur élection.
Voici pour quels motifs :
Les élections doivent-elles être validées d'après la loi de 1849, exigeant
pour les élus le huitième des électeurs inscrits ?
Considérant qu'il a été établi que les élections seraient faites d'après la
loi de 1849, la commission est d'avis que le huitième des voix est nécessaire
en principe;
Mais considérant que l'examen des listes électorales de,1871 a fait recon-
naître des irrégularités qui sont d'une importance telle, qu'elles ne présen-
tent plus aucune certitude sur le véritable chiffre des électeurs inscrits ;
les causes qui ont influé sur l'inexactitude des listes sont de différente
nature : c'est le pébliciste impérial pour lequel une augmentation insolite
s'est produite, le pébliscite du 3 novembre, les décès pendant le siége, le
chiffre élevé des habitants qui ont abandonné Paris après la capitulation,
et d'un autre côté le chiffre considérable pendant ls siége des réfugiés étran-
gers à Paris, etc., etc.
Considérant qu'il a été matériellement impossible de rectifier à temps
toutes les erreurs, et qu'on ne peut s'en rapporter à une base légale aussi évi-
demment faussée ;
En conséquence; la commission propose de déclarer validées, aussi bien
que toutes les élections qui ont obtenu le huitième des voix, les six élections
qui resteraient en suspens, en s'en rapportant à la majorité relative des ci-
toyens qui ont rempli leur devoir étroit en allant au scrutin.
Pour la commission :
Le rapporteur,
PARISEL.
La Commune adopte les conclusions du rapport.
Le 16 avril, il y eut des élections partielles ; le résultat fut
plus encore, que le 26 mars; en désaccord avec les termes de
la loi de 1849:
La commission nommée pour la validation des élections du 16 avril avait
déposé le rapport suivant :
Considérant que dans certains arrondissements un grand nombre d'élec-
teurs se sont soustraits par la fuite à leurs devoirs de citoyens et de soldats,
et que dans les graves circonstances que nous traversons, nous ne saurions
tenir compte pour la validité des élections du nombre des électeurs inscrits ;
nous déclarons qu'il est du devoir de la Commune de valider toutes élections
ayant obtenu la majorité absolue sur le nombre des votants.
44 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
En conséquence, ont obtenu la majorité absolue sur le nombre des
votants:
PREMIER ARRONDISSEMENT.
4 conseillers à élire; votants, 3,271, dont la moitié plus 1 est 1,636.
Sont élus, les citoyens :
Vésinier ... 2,626
Cluseret.............................. 1,968
Pillot.. 1,748
Andrieu................ 1,736
DEUXIÈME. ARRONDISSEMENT.
4 conseillers à élire : votants, 3,601, dont la moitié plus 1 est 1,801.
Sont élus':
Pothier... 3,352
Serrailler...........'....., 3,141
Durand 2;874
Johannard..................... 2,804
TROISIÈME ARRONDISSEMENT.
Pas d'élus.
SIXIÈME ARRONDISSEMENT.
3 conseillers à élire: votants, 3,469, dont la moitié plus 1 est 1,735.
Courbet 2,418
Rogeard........................ 2,292
SEPTIEME ARRONDISSEMENT.
1 conseiller à élire; votants, 1,939, dont la moitié plus 1 est 970.
Sicard.......... 1,699
HUITIEME ARRONDISSEMENT.
Pas d'élus.
NEUVIEME ARRONDISSEMENT.
5 conseillers à élire ; votants, 3,176, moitié plus 1 est 1,589.
Briosne... 2,456
DOUZIEME ARRONDISSEMENT.
2 conseillers à élire ; votants, 5,423, moitié plus 1, 2,762.
Philippe ........... 3,483
Lonclas .... : .................. 2,810
TREIZIEME ARRONDISSEMENT.
Pas d'élus.
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 45
SEIZIEME ARRONDISSEMENT.
2 conseillers à élire; votants, 1,390, moitié plus 1, 796.
Longuet 1,058
DIX-SEPTIEME ARRONDISSEMENT.
2 conseillers à élire ; votants, 4,848, moitié plus 1, 2,425.
Dupont................... 3,450
DIX'HUITÎEME ARRONDISSEMENT.
2 conseillers; votants, 10,058, moitié plus 1, 5.035.
Cluseret.. 8,480
Arnold..... 5,402
DIX-NEUVIEME ARRONDISSEMENT,
1 conseiller à élire; votants, 7,090, moitié plus 1, 3,646.
Menotti Garibaldi............... .. 6,076
VINGTIEME ARRONDISSEMENT.
2 conseillers à élire ; votants, 9,204, moitié plus 1,4,603..
Viard....... 6,968
Trinquet...... 6,771
Les conclusions du rapport sont adoptées par la Commune à la majorité
des voix : 26 pour, 13 contre.
Ont voté pour i
Les citoyens J. Allix, Amouroux, Ant. Arnaud, Babick,Billioray, Blanchet,
Champy, E. Clément, Delescluze, Demay, Dereure, Franckel, Gambon,
Paschal Grousset, Jourde, Ledroit, Martelet, Malon, Meillet, Protot, Ranvier,
Régère, Raoul Rigault, Urbain, Vaillant, Varlin.
Ont voté contre :
Les citoyens Arthur Arnould, Avrial, Beslay, Clémence, V. Clément,
Geresme, Langevin, Lefrançais, Miot, Rastoul, Vallès, Verdure, Vermorel-
Les secrétaires de la séance,
ANT. ARNAUD, AMOUROUX.
On le voit, il y eut des protestations. Nous allons les repro-
duire d'après l'Officiel ;
46 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
COMMUNE DE PARIS
Séance du 10 Avril 1871
PRESIDENCE DU CITOYEN LEFRANÇAIS
Le citoyen DEMAT, nommé assesseur, prend place au bureau.
Le procès-verbal est lu et adopté. :
L'assemblée décide que les discussions ou les incidents qui pourraient se
produire au cours de la séance devant rester secrets, ces discussions ou in-
cidents ne seront pas reproduits dans le compte-rendu officiel.
Le citoyen PRÉSIDENT a reçu un document concernant lès élections nou-
velles. Il demande au citoyen Parisel s'il est chargé de statuer sur ces élec-
tions. Il n'y a pas eu de commission de nommée ; maintient-on la dernière?
Le citoyen PARISEL. Je demande à n'en plus faire partie.
Le citoyen PRÉSIDENT. Les citoyens F. Henri, Ranvier et Martelet sont
nommés membres de la commission chargée de statuer sur les dernières
élections. Ces citoyens sont priés de nous faire un rapport.
A cinq heures, le citoyen MARTELET' lit le rapport de la commission des
élections.
Le PRÉSIDENT. Le rapport conclut à ne pas tenir compte du huitième, et à
se contenter d'admettre comme valable la majorité absolue des suffrages
exprimés.
Le citoyen BESLAY veut que la loi soit observée ; il cède la. parole au
citoyen A. Arnould.
Le citoyen A. ARNOULD. Je me prononce pour l'observation stricte de la loi,
qui impose le huitième. En validant les élections faites en dehors de la loi
nous invalidons forcément les autres.
II n'est pas admissible qu'un membre de la Commune se prétende élu
avec 500 électeurs seulement,
Quel est notre pouvoir ? Qu'est-ce qui fait sa force? C'est que nous
sommes des élus. Nous porterions la plus grave atteinte au suffrage univer-
sel si nous procédions autrement. Dans ce cas, il aurait mieux valu laisser
l'autorité au Comité central.
Si vous admettez les conclusions du rapport, il n'y a pas de raison pour
qu'un candidat ne soit pas élu par 50 électeurs.
Il faut un terme ; c'est le huitième : observonsrle. Il y a onze élections
faites dans les conditions de la loi, validons les; mais n'acceptons pas les
autres, ce serait diminuer la valeur de notre propre mandat, car on pour-
rait alors nous objecter que tel citoyen ayant obtenu deux voix, la sienne
et celle de son fils, aurait le droit de se prétendre représentant.
Il faut se maintenir dans les termes de la loi. Dans les circonstances
graves où nous nous trouvons, on ne doit pas; valider les élections en
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 47
dehors du huitième. Ce serait le plus grand croc-en-jambe que jamais gou-
vernement ait donné au suffrage universel ; d'ailleurs nous ne serions pas les
élus de la population de Paris.
Le citoyen P. GROUSSET. Je ne demande pas l'effet que produira sur le gou-
vernement de Versailles le résultat des élections de Paris, mais je me de-
mande seulement quel effet produira l'élection de membres qui n'ont pas eu
le huitième. Il n'y a pas en réalité de loi électorale, par le fait de l'admis-
sion de membres n'ayant pas eu le huitième. Nous avons déclaré ne pas ac-
cepter les bases formulées par le Comité central, en sorte que nous n'avons
pas de loi électorale.
La commission ne propose pas d'accepter les citoyens qui ont eu la majo-
rité relative, elle vous propose d'admettre simplement les citoyens qui ont
eu la majorité absolue des votants.
Vous n'avez pas la base d'évaluation de la population ; vous n'avez pas de
loi électorale. La seule chose juste et sérieuse serait de s'en rapporter à là
sagesse populaire, qui à voté comme elle a voulu, et d'admettre tout membre
qui a eu la majorité absolue des suffrages exprimés.
Le citoyen VARLIN. Je repousse les observations présentées par le citoyen
Arnould. Il est impossible que nous admettions cette loi, que nous ne pou-
vons reconnaître. Quant à moi, je suis pour les Conclusions du rapport.
Dans toute société qui obéit à des règles fixes, on s'en rapporte toujours
à la majorité absolue. Aux dernières élections, nous avons admis des candi-
dats qui n'avaient pas réuni le huitième, ne nous déjugeons pas.
Je n'ajouterai que quelques mots...
Le citoyen BILLIORAY. En supposant que tout un arrodissement s'abs-
tienne, et qu'il n'y ait que cinq votants, Ces votants sont les seuls partisans
de la Commune, les autres ne veulent pas voter pour une commune quel-
conque.
Le citoyen URBAIN. Pour moi, l'abstention ne peut jamais être une rai-
son.Il y a un moyen de manifester son opinion ; c'est le bulletin blanc. Le
nombre de bulletins blancs eût pu invalider l'élection : or, puisque ceux qui
ne veulent pas de nous ne l'ont pas fait, nous devons passer outre.
Le citoyen Arnould craint que nous ne tombions dans le ridicule et
l'odieux. Or, je dis que ce sont ceux qui n'ont pas voté qui sont tombés les
premiers dans l'odieux et le ridicule. Ceux qui n'ont pas voulu défendre
leur liberté par le vote ne sont à mes yeux ni Français, ni Allemands, ni
Chinois.
Le citoyen LANGEVIN. Je me trouve dans une situation assez difficile, car
je suis précisément de ceux qui ont été admis au premier tour de scrutin.
Malgré cette situation, je me prononce contre la validation des élections.
Pour ma part, je regrette la décision prise par l'assemblée ; j'aurais pro-
testé si je n'avais envisagé la situation qui nous était faite, et je pense qu'en
adoptant les conclusions du rapport, nous porterions une grave atteinte à
l'autorité morale de la Commune.
Il faut être logiques. Or, il y a un arrêté qui va à l'encontre des argumenta
que l'on vient d'exposer : dans le XVIIe arrondissement, vous avez ajouté
48 HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
une élection, en raison du nombre des votants ; eh bien, vous admettez
sans doute que vous avez une base quand il s'agit de faire; voter, et n'en
avoir pas de certaine pour la validation. C'est vous qui l'avouez.
Le citoyen RANVIER. Je n'ajouterai que quelques mots. Dans le XVIIe arron-
dissement, le citoyen Gombault n'est pas élu ; dans le XXe, ils sont tous élus
à une faible majorité ; nous ne connaissons pas de loi électorale...
Le citoyen REGÈRE. Mais nous n'en avons pas fait! Nous appelons tout le
monde au vote, tans pis pour ceux qui ne se présentent pas. Je trouve le
huitième ridicule.
Le citoyen CLÉMENCE. Je veux respecter le huitième. Dans les professions
de foi, même dans celles des membres qui se prononcent aujourd'hui contre
le huitième, nous avons tous accepté la loi de 1849.
Les Candidats qui n'auraient pas obtenu ce minimum subiront un second
tour de scrutin à la majorité relative. Pour moi, je déclare que je ne veux
pas être l'élu d'une réunion publique, mais bien l'élu du peuple.
La clôture est demandée. Le citoyen ALLIX parle contre la clôture.
Le citoyen président met la clôture aux voix; le résultat donne 18 pour et
17 contre.
La clôture est prononcée.
Le président met aux voix les conclusions du rapport.
L'appel nominal est demandé par les citoyens Arnault, Vallès, Vermorel,
Avrial et Clémence.
Le citoyen BLANCHET. Je vote pour le rapport, la majorité absolue des
votants, puisqu'aux premières élections on n'a pas tenu compte du huitième
pour nous admettre, nous.
Un membre. Et moi aussi, je vote pour les conclusions du rapport. Les
électeurs qui n'ont pas rempli leur devoir ont d'eux-mêmes renoncé au
droit d'être réprésentés, et je ne me reconnais pas le droit d'avoir plus qu'eux
le souci de leurs intérêts.
Le citoyen P. GROUSSET. J'adopte les conclusions du rapport, tout en re-
grettant qu'elles, ne soient pas plus larges, et n'admettent pas immédiate-
ment les candidats qui ont obtenu une majorité quelconque.
L'abstention est une désertion quand le scrutin est libre.
Le citoyen RÉGÈRE. En raison de l'état de guerre, je vote l'adoption du
rapport,
Le citoyen ADOLPHE CLÉMENCE. Afin de maintenir haut et ferme l'autorité
de la Commune, je vote contre les conclusions du rapport.
Le citoyen J. MIOT. Je vote contre la validation des candidats qui n'ont pas
obtenu le huitième des électeurs inscrits, parce que les élections ont eu lieu
sous cette condition.
Vu les circonstances exceptionnelles dans lesquelles les réélections doivent
avoir lieu, j'aurais désiré que l'assemblée, par modification à la condition
du huitième, décidât que les élections se feraient à la majorité relative des
suflrages exprimés.
Le citoyen RASTOUL. . Je vote contre le rapport, parce que la Commune
ayant déclaré s'en rapporter à la loi qui demandait le huitième plus un des
électeurs inscrits, le rapport passe outre, ne tenant aucun compte des déci-
LE MANDAT DE LA COMMUNE. 49
sions prises par convocation et affiches sur le premier décret dé la Commune.
Le rapport porte ainsi atteinte au suffrage universel, détruit la force morale
de rassemblée, et frappe d'avance ses décisions d'impuissance relative.
Les conditions du rapport sont adoptées à la majorité de 25 voix contre 13.
Voilà comment on était mandataires du peuple sous la Com-
mune !
II
LA LIBERTÉ DE LA PRESSE.
On a pu remarquer que le mot liberté revient souvent dans
les proclamations du comité, et de la Commune ; en revanche la
chose est méconnue dans tous leurs actes et leurs prétendues
lois.
Examinons-les en ce qui touche d'abord la liberté de la presse.
AVERTISSEMENT. .
Après les excitations à la guerre civile, les injures grossières, et les calom-
nies odieuses devait nécessairement venir la provocation ouverte à la dé-
sobéissance aux décrets du gouvernement siégeant, à l'Hôtel-de-Ville, régu-
lièrement élu par l'immense majorité des bataillons de la garde nationale
de Paris (215 sur 266 environ).
Plusieurs journaux publient en effet, aujourd'hui, une provocation à la
désobéissance à l'arrêté du comité central de la garde nationale, convoquant
les électeurs pour le 22 courant, pour la nomination de la commission com-
munale de la ville de Paris.
Voici cette pièce, véritable attentat contre la souveraineté du peuple de
Paris, commis par les rédacteurs de la presse réactionnaire :
AUX ÉLECTEURS DE PARIS.
Déclaration de la Presse:
Attendu que la convocation des électeurs est un acte de la souveraineté
nationale ; que l'exercice de cette souveraineté n'appartient qu'au pouvoir
émané du suffrage universel ; que, par suite, le comité qui s'est installé à
l'Hôtel-de-Ville, n'a ni droit ni qualité pour faire cette convocation ; les re
4
50 . HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS.
représentants des journaux soussignés considèrent la convocation, affichée
pour le 22 courant comme nulle et non avenue et engagent les électeurs à
n'en pas tenir compte. :
Le journal des Débats, — Le Constitutionnel, — l'Electeur libre, — Paris-
Journal, — La Vérité, — Le Figaro, — Le Gaulois, — La Petite Presse,
— Le Petit Moniteur, — Le Petit National, —. La Presse, — La Liberté, —
— Le Pays, — Le National, — l'Univers, — La France, — La Cloche, —
la Patrie, — Le Bien public, —l'Union, — Journal des Villes et des Cam-
pagnes, — Le Moniteur universel, — La France nouvelle, — La Gazette de
France, — Le Monde, — Le Temps, — l'Avenir libéral, — Le Charivari.
Comme il l'a déjà déclaré, le comité central de la garde nationale, sié-
geant à l'Hôtel-de-Ville, respecte la liberté de la presse, c'est-à-dire le droit
qu'ont tous les citoyens de contrôler, de discuter et de critiquer ses actes à
l'aide de tous les moyens de publicité, mais il entend faire respecter les dé-
cisions de représentants de la souveraineté du peuple de Paris, et il ne per-
mettra pas impunément que l'on y porte atteinte plus lontemps en conti-
nuant à exciter à la désobéissance à ses décisions et à ses ordres.
Une répression sévère sera la conséquence de tels attentats, s'ils conti-
nuent à se produire.
Nous le déclarons, en ce qui nous concerne personnellement,
nous sommes partisans, de la liberté absolue de la presse en ma-
tière gouvernementale; nous pensons, avec raison croyons-nous,
à tort, suivant un grand nombre d'esprits distingués, que les
particuliers seuls ont le droit de se plaindre des écarts du jour-
naliste; l'homme public, le gouvernant ne doit répondre aux
attaques que par les actes de son administration : de deux
choses l'une : ou cette administration est irréprochable, et
jamais pamphlétaire ni pamphlet ne fera qu'elle ne le soit point ;
ou elle est attaquable, et la dénoncer hautement avec preuves à
l'appui, devient un devoir public : ce système est celui que
nous voyons fonctionner dans maint pays libre : en Angleterre,
en Amérique, en Belgique, là où les passions politiques sont,
dans la discussion, non moins vives que dans notre malheureux
pays.
Cependant, et laissant là nos préférences, nous admettons,
tout en ne partageant pas cette manière de voir, qu'un gouver-
nement légitime, s'appuyant sur les voeux et les votes de la
majorité, réprime les écarts d'une presse trop violente dans ses
discours ; c'est alors, en quelque façon, moins lui-même qu'il
fait respecter que la majorité qui l'appuie.