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Histoire tragi-comique de notre temps sous les noms de Calidor et d'Ariste , par le sieur de La Martinerie

De
247 pages
N. Rousset (Paris). 1627. [V]-250 p. ; in-12.
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BIBLIOTHEQUE NATIONALE
SERVICE PHOTOGRAPHIQUE
PARIS
DÉPARTEMENT
DES IMPRIMES
TEMP S.
;'¿', Sous les noms de Calidor &
lï d'Artifte.'
de la. Martinerie.
A
MÔNSEIGNEVR
LE DVC DE. LA RO-,
CHEFOVCAVLT.
coup
:la
me
nom les
de
ternerité pour auoir
io
le me/me
'ijfttadoitj après quelques penfçes rou-
dans mon amejriaperfuade le
rafre, par le confeit quelle m'a donné de
Entreprendre de faire choix de
uclque feigneur de merite pour le pre-
ntert afinque ceux quiy btafmtrpnt,
on impertinecey loutnt à tout le moins
oniugementenîejleBion que j'a
:;ite. C'eft donc de fuous»Mûnfeigneurt
i'quiieparle comme de celuy que la
nommée mafaiB ver*
-eux par dejjus toutle refit des hom-
es Jaquette me, fait croireque ce ferait
'vainjîtejjayois maintenant d'éntr
oyerma plume aux louanges de vo-
evaleur,v€uquelleeft/tjameuje au
onde qu'elle ne recognoift d'autres
mes que l'extrémité 2e f on eftenduë,
♦ fêter nité de fa durée» C'efi pour-
qy ieme contenteray d'ouyr ceux qui
Parlent tous les tours auec admira-
:> n, & de vousfaire vue recognoif-
favçt dit refpeéi que te vous doy 4uec
tout le monde yy efîant particulier émet,
obligé par le lieu de ma naijjance, &}
par les bien faits que ceux à qui f ap-
partiens refoluent à toute heure de vo-
Jlre debonnairetè, lefquels vous £7* vos
Jfuanciers auez toujours daigné reco-
gnoiftrepour vos fi dettes fer tuteurs t &
les cauurir des aifles de voftre grandeur
afin de les garantir de l'iniure de leurs
ennemis: ce font les faneurs Adonfei-
gneur qui m* ont fait ouyr dans leurs
maijons les prières qu'ils font au Ciel
pour vofîre profperite, & qui m'obli-
gent maintenant de finir ,pour y ioind-re
les miennes, eJperant que vouscotinue*
telles effetfs de cette mefme bien-veil-
lance en l'endroit de celuy quivpus
MONSEIG NEfl^,
ffns-bumble & tres-fdèUt
jtruiuur & fu)et,
LA Martinerie.
A
LES
AMOVRS
DE CALIDOR ET
d'Arche.
«a^j^flA^ fàgon?cftvneviî-
teroche, qui eft renommée tant
pour la pompe de fes murailles, &
pour la ferenité du doux climat
fous lequel elle eft fcituée que
pource qu'elle eft diuife'e d'vne
i Les Àmoun
grande rïuiere, qui pour la pareffè
de fon flux, porte le nom de tar di,
lie, laquelle borde tout fon riuage
d'vneinfinité de molles prairies, &
de bois, qui conferuent leurs feuil-
les, verdoyantes prefque en toutes
(aidons de l'année,arrofant les cam-
pagnes voifmes de mille petits
ruiffeaux qui en rendent le ter-
roüer tellement fertile, qu'il eft
capable de produire tout ce que le
Laboureur fçauroit defirer.
C'ef en ce lieu que Calidorprift:
liaifTance, réputé entre tous ceux
de fon aage pour le plus accom-
ply Gentil-homme de tous ces!
quartier-là Car à vray dire,il fem-
bloit que là nature euift oublié tou-
t s fes autrespuurages, pour pren-*
dre plaifir de a6uer de tant de rares
qualitez,que l'enuie mefme ny euft
peu trouuer rien à reprendre: fait
deCahdor&d'jJrtifie^ $
Aij
que l'on jettaft les yeux fur l'anti-
quité de fa race, foie qu'on regar-
dait fon bel efprit, fa gentillefle, &
fon courage.
Or lafàifon eftoit venùë, que le
Soleils'approchant de noftre polei
& pour lors logé foubs le fiçne de
Taureau commençant a eichaui-
fer la terre, efinailloit fon front de
mille différentes couleurs quand
ref jouy par vn fi aggreabletempsy
il fut denreux de jouïr de la dou-
ceur des champs^ & de s'en aller à
la chaffe, exercice ordinaire de la
noblefTe: Il fit donc partie pour ce
faire auec d'autres de fon aage, &
ayant faid: les préparatifs neceffai»
res pour ce deffein 3 après s'eftre
ceincl yn carquois ôc l'auoir gar-
ny de flefches il prit en main fon
arc* duquel il fe feruoit aizec tant
de dextérité que
4 Les Amours
ied de fa vifee en por toit en fneP-
me temps auec foy le coup infailli-
ble Ils furentdonc enfemble dans
la foreft de Braconte, qui n'en: di-
ftâte que d'vne petite lieuë d'Hau-
îerocnejOu apres aixorr chafle fort
heureufement toute la matinée,
Calidor fe perdit dans FeipaifTeur
de ce boisylaiffant fes compagnons
ala pourfuite d'vn Sanglier, qu'vn
d'eux auoit bleue les ayant appel-
lez fort long temps fans en auoir
aucune refponce, il eftoit défia en
refolution de s'en aller vn petit
village, qu'ils s'eftoiét donné pour
rendé-vous lors qu'il apperceut
dans vne vallée vne touffe d'arbres
qui couuroient de leur ombre vne
très-belle fontaine, & tellemét ex-
cellente, qu'elle auoit vaincu en (a.
naïfueté tout l'artifice qu'on y
euft fceu apportera eftant altéré.
de (alidor & iïArtiJfë. ~$~
A iij
entendant le gazouillis que l'eau
faifoit en fortat de fa fource il prit
vn petit fentier qui l'y conduit/je-
{ireux d'affouiiir lafoif qui le pref..
foit. Là il dépendit Ion arc & le
trouuant fatïgué du chemin qu'il
auoit fai£l>pour reprendre les for-
ces que la latitude luy fembloit
auoir rauies,il fe coucliade fon 16g
fur les tapis verds dôt la riaeerloit
reueftuejoù il prit vri plaifir extré-
me,de voir ferpenter vu petit ruif-
feau qui pr ocedant de celte fource
faifoit couler le criftal de fon eau
fur vnfablon doré y & excitoit vn
fi agréable murmure 3 qu'il furpaf-
foit en douceur le mélodieux ra-
mage qu'vn roffignol entonnoit,
ioyeux d'auoir eichappé des ri-
gueurs de l'Hyuer. Tandis qu'il
eitoit extatie en ce contentement*
îefommeil fë salifia infenfibkment
Les Amours
enfès paupieres>heureux,{î parmy
tant de douceurs, amour n'y euft
point me?jé d'amertume mais
<juoy îil fe plaift par trop à contra-
rier nos deneins, & lors que moins
nous penfons à fon empire c'eft
l'heure qu'il nous fai£t piuftoftref-
ientir les effeds du pouuoir qu'il a
iur nos volontez, les donnant en
tierement contraires à nos r efolu-
tions. Car ce petit Dieu ennemy
defranchife, ialoux du contente-
ment qu'il receuoit four triom..
pher de fa liberté, fit t deifein de fe
feruir des beaux yeux d'Artifte, la-
quelle on pouuoit dir e eftre le feul
fubjeâ: de toutes fortes de perfe-
ctions, qui ne fembloient reluire
en elle que pour la conquête de
«mille atnesj&defaicl:, le peintre,
|qui jadis pour faire vn excellent
I p.qurtraiâ^.int de diueffes beau^
de Calidor & d 'drtiiïe. 1
A iiij
tez.,ce qu'il iugeoit de
en chacune, s'il en etift peu trou-
uer vne auilî accomplie qu'elle,el-.
le feule euftfùffy, pour l'accom^
plhTement de fon ouura^e.
Cette belle eftoit pour lors en
vne maison qui s'appelloit Beau-
claire que Clorrfôndre Ton pere,
auoit fait baftir au bord de cette
foreft eftant partie de Haute-
roche pour changer d'air &
pour jouyr de la douceur d'vn fi
aggreable fejour, lequel eftoit ca-
pable de re£jouyr la trifteffe mef
me^eftant embelly de toutes les ra-
retez que les plus curieux fe pour-
roient figurer:elle auoit là auec-eL
le Artenie, coufine de Calidor, la-
quelle ne luy cedoit que fort peu
en beauté, & comme elles eftoient
prefque femblablesen perforions,
elles croient aufïi conformes en
S Les Amours
volontez,& s'entretenoientd'vne
amitié non moins parfaite, que ré-
ciproque Ces deux nimphes trou-
uoient cette maison d'autant plus
aggreablejà caufe de la fontaine où
Calidor repofoit, parce que c'e-
ftoit vn lieu fort retiré & qu'elles
auoiét choifi pour s'entretenir en-
femble, de leurs plus fecrettes pen-
fees, & croy pour moy, que fi la
volupté fe vouloit folitaire retirer
en vn lieu efcarté,elle n'en fçauroit
choisir vn plus prop^e^ny plus de-.
licieux, que celuy lâ r de forte que
pendant qu'elles eftoient enfem-
ble en cette maifon,leSoleil nepar-
s cheuoit gu ères fouuent fa courfe
journalière qu'elles n'y allafTenc
pour ce mefme fubjet> & felon leur
couftume elles s'y acheminerent
ce jour la, que Calidor s'y eftoit en-
cbrmy3lequel fut efueillé du bruid:
9
quelles faifoient, par le doux ac-
cent de leur voix charmerefle qui
interrompant le filence de cette
foreft3 en porta le retentiflfement
iufques fes aureilles: il fe leuc tout
en iùrfautj & apperceuant d'affez
loing qu'elles venoiét droi6t à luy,
(fans toutesfois les pouuoir recon-
noiftxe) ilferetira auez auantdans
ce bois mais ne pouuant fuir (on
deitn,il fuft defireux de voir à la far
ueur des arbres
point recognoiilrerô combien rail::
ceile curiosité fe changea-elle en
amour car voyant tant d'attraits
reluire fur le vidage d' A rtifte, il cô
neut incontinent que ce n'eftoit
quVne mefme choie de la voir
&del'aymer.
Apres qu'il les eut quelque temps
considérées., il les prenoit pluftoft
pour des deefTes que pour telles
10 Les Amours
que d'abord la veuë luy vouloit
perfuader il auoit crainte qu'il ne
luy en aduint autant comme A-
&eon 3 combien que ie pe penfe
point que deflors il euft rien appre^
hendé, pour le contentement de
la voir nuë comme l'autre fit: & fe
peut dire que outre qu'il demeu-r
ra^enfa première forme, &qu'il
n'apperceuft des cornes naiftre fur
fonfront,quefon eftonnementne
fut toutesfois moindre que celuy
de ceft infortuné chaflfeur, tant il
eftoit honteux de la naifTance de
cette nouuelle £lame car l'Amour
n'ayant encore fait{ aucun rauage
dans fon ame, il luy ;iembloit que
fon, aage ne luy pouuoit refufer de.
îouyr de fa liberté c'eft pour-
quoy il contefta long temps en
fby-mefme,&s'eftant refolu de
conferuer fa franchife il c^euft
de Cafidor & n
auoir beaucoup gaigné fur fa paf-
£.on, que de diftraire la veue de
deifiis Artifte & de s'en efloigner
encore de dix ou douze pas,crovat
par ce moyen efuiter les
Semblable a ces malades qui croyét
alléger leur mal pour changer de
li£t, comme file mal ne les fuiuoit
pas neantmoinsilrecogneut bien
toft que c'eftoit en vain, & que ce
defleinne reiiffiroit pas felon fon
attente, car fans doubte Cupidon
euft creu fes triomphes imparfaits,
s'il ne l'euft afferuy fous fon pou-
uoir, le recognoiffant doüé dVne
ame vrayement digne de fes feux.
Deflors il le remplir!: de fi cui-
fants foucis, qu'il n'auoit à toute
heure d'autre obied deuant (es
yeux, que celuy d' Artifte fè figu-
rant tantoftlagrauité de fa taille,
l'or de fes beaux cheueux 3 qu'il a-
,il Lesusémours
uoit veu voler au g.réd'vn doux
Zephir tantoft [on front d'vn
yuoire bien poly ies yeux bril-
lans, & fes joües de lys, parfem-
mces de rofes nonobftant par-
myces agréables diuertinrements.,
il eftoic extrêmement trauailié par
la considération des difficukez qui
s'op©foiéràresde{reins,principaie-
mét à caufe de l'inimitié qui eftok
depuis fi long-temps entre les pa-
rensd'Aitiftej&les ifiens: de forte-
que bien (puuent defefperant de
iès prétentions, il prenoit refolu-
tionde tenir faflame cachée, mais.
<]uoy c'eftoit en vain, car l'Amour
luy faifoit trouuer des apparences
cTefperace, où il, n'y en auoit point
derai(on,& cachant bien que la
difficulté aiguife le defir^ qui plus
cft authorilant fon entreprife du
cptna :c généreux de ce Gentil
deCaltdor & SiArtife. ïj
homme, & de l'extrémité de fon
affe&ion, il ne fuft pas beaucoup
difficile de luy perfuader de fran-
chir toute forte d'obftacles, pour
paruenir au but où fon amour af-
piroit.
Depuis Calidor fe dcfplaifoit tel-
lement en compagnie qu'il n'a..
uoit de contentement que lors
qu'il eftoit en vn lieu retiré, pour
s'entretenir en fes penfers amou-
reux Defia ilne penfe qu'à trou-
uer le moyen de voir celle qui leur
donnoit naiflance dés le lende.
main, auffitoft que le Soleil euft
commencé de percer les vitres de
fa chambrer fortit du logis de Po-
lymandre fon pere, fans prendre
aucun des fiés, & s'en alla à la Fon-
taine où le iour auparauant il auoit
veu le fubied de fa flame là eflant
arriuc après vne longue & tres-
ï;4 Les Amours
longue attente, il commençoit a
perdre l'efperance qu'il auoit con-
ceuede la voir, &pen(oit défia de
s'en retourner à Haute-roche, lors
que ces deux Nimphes s'aprochat
de cet agreable lieu pouuoient
prefque ouyr fes plaintes le ciel
permit qu'Amfte s'arrefta pour
cueillir des fleurs, dont le riuage
d'vn petit ruiffeau eftoit parfemé,
Artenie lors s'auançant oüyt vne
voix plaintiue fans en pouuoirtou-
tefois entendre les paroles diftin-
des, & continuant fon chemin,
defireufe de fçauoir qui s'eftoit, el-
le n'euft pas faicT: quinze ou ftize
pas qu'elle recogneutque c'eftoit
fon coufin Calidor & s'eftant ar-
reftéc quelque temps pour fçauoir
le iubie£t de (es plaintes, elle oüyt
que d'vne voix dolente il profé-
rait ces triftes paroles: quoy donc?
de Calidor ctÀrtifle.
dîfoit-il en fe plaignant les Dieux
ont-ils ordonné qu e ic meure, fans
que celle qui eft la caufe de mon
mal, recognoiffe que ceft d'elle
qu'il procède? ô
pofïible que vous ignoriez l'cxtre»
rnicé de mon amour, fans obtenir
à tout le moins, que fuccombanc
à la douleur qui me martyre, vous
cachiez que c'eft de vos beaux
yeux qu'elle a pris fanaiflance î 8c
puis eftant prefque defefperé tan-
Fontaine, tan-
toit aux Rochers & aux bois qui
eftoie'nt autour de luy,comme s'ils
luy euflent deu refpondre, & in-
continent apres fe reprenant, non,
non,difoit-il,ilncfaut point dou-
ter que le Ciel ne permette mon
martyre, pour me punir du crime
que je commets par le mefpris que
je fais du commandement que
pleurs
mes parons, ennemis de mon bien.
m'ont fai£t de fuir fa compagnie -t fi
toutesfoison doit appeler crime,
î'affedion quej'ay pour tant de pei4
ferions qui reluifent en elle, y ayat
cflé contraintt par la force de ta
beaHté,c}uime doit pluftoft rien-
dre digne de mérite, que de repro-
che.
Artenie eufl plus long temps de-
meure à entendre de (cmblables
paroles, mais efmeuede compaf-
{ion, & defirantle conioler en ion
affliction craignant d'autre part
que fïelleluy permettoit de con,
unuerfes plaintes Artiftc fûrue-
nanyi'cn fufi faite participante,el-
le s'approche, & l'abordant, elle le
vifttondu en larmes, eftant pour
lors acoudé fur le genouil & Ion
virage 'fur la main il fernbloit
que cette fontaine croiflbit de fes
e Ca or & d'adrtifle. 17
pleurs > fi pluftoft on n'euft dit
qu'elle en prenoit fa fource» quoy
luy dit-elle, Calidor, où eft main-
tenant le courage qu'vn chacun a
toujours recogneu en vous ? le
n'euffe iamais creu qu'il euft efté
hors de voftre pouuoir de furmon-
ter vonre pafïion f faut-il que ie
fçache, qu'elle occasion vous auez
de vous douloir de la forte.
Calidor ne croyant pas que fes
plaintes euffenteftéouy es, voulut
d'abord couurir par fon virage, la
trifteflèqu'il couuoit dans le coeur;
n^antrnoins apres cju'Artenie luy
euft faicl: le recit de la plus grande
partie des paroles qu'il auoit pro-
ferées nagueres auparauant, il fiift
contraincl: de confeuer le tout, &
de fe conteter de la promeffe qu'el-
le luy fift, de faire fçauoir fon in-
tention à Artifte: & après qu'elle
rè Les Amours
luy euft donné toutes fortes dsaÊ
feurances d'amitiéV& de faire pouf
fon contentement tout ce qu'elle
pourrait, le flattant de toutes les
espérances qu'on peut bailler en
femblable occasionnelle le coniure
tourna au lieu ou elle auoit laiffé fa
Compagne, qu'elle trouua en grad'
peine pour fe voir feule tou-
tefois la voyant venir, > fer'afl'eu-
rant, elle cnafla la peur qui l'auoit
faifie, 6c s'enquit d'elle d'où elle ve-
îioitïle viens,luy dit-elle,de noftre
Fontaine, y ayant efté conduite
par les plaintes d'vn Gentil-hom-
me, afin de luy apporter quelque
recours fi i'eufle peu, inais ie Fay
trouué en tel eftat,que dés meshuy
il ne fçauroit eftre que par trop
hors de faifon, veu qu'il ne peut
eftre guery que par vn feul Mede
Bu
jrin, qui fans doute le laifiéroit plu-
Aoit mourir 9ue d'y donner remè-
de. Comment ? repartit Artilte,f
cO-ce pourtant que la charité nous
oblige de nous fecourirles vns les
autres, ôüy mefme de faire du bien
à ceux qui nous procur ent du mal;
mais quoy ? répliqua Artenie^là où
il y a de la haine; il n'y a point de
charité, d'autant qu'elles font in-
compatible.
Sans doute Artiftc euft reparfcyî
fars ritnpatiencc qu'elle auoit de
fçauoir le nom de ce patient &
quel fubiedr il auoit de fe plaindre.
Artenieiugeât celle occafîon tres
à propos, pour s'acquitter de la
promette qu'elle auoit faicl: à cet
Amant elle la contenta en
tes termes. Puis, luy dit-elle que
vous defirez fçauoir quel il eft. ic
toms diray que c eft Calidor, &
*o LfsJmours
pour fon mal,ilprocede d'Amour
qu'il eftcontraiaâ: de tenir caché,
par la crainte qu'il a que celle qui
eneftla caufe le defagreaft tant
s'en faut refpondit Artifte que ie
croye qu'elle euH l'affe&ion d'vn
tel Cheualier désagréable } qu'au
contraire, elle s'en deuroit, eftimer
extrêmement honorée Ce qu'elle
difoit plus pour gratifier A:tenie,
que pour aucune inclinatiô qu'el-
le euft d'aymer Calidor. C'eft par
là où ie vous attendois repliqua
Artenie,croyant que vous ne vou-
drez pasabiurer voftre parole, &
vous fupplie de croire ouefic'eft
de l'heur que d'eftre aimé de luy,
comme vous dites qu'il n'appar-
tient.à d'autre qu'à vous, ce fut lors
qu'Ârtifte rougift vn peu & que
pour pallier la pudeur que fa com-
pagne voyoit efcrite fur forivifa-*
de falidor & d' Ârtijît. zt
B ni
ge, elle changea de propos, & s'a-
cheminerent enfemble Vers leur
Fontaine fur le bord de laquelle
elles trouuerenr des vers que Calï-
dor auo.it compofez pendant Firn-
patience de fon attente j lesquels il
auoit laide tomber par mefgarde
en fe retirant, la pre-
mière qui les leua de terre ce
qu'Artenie apperceut, & fe dou-
tant qu'ils venoient de Calidor,
peut-eftre,dit-elle à Artiffe,que ce
papier vous^confirmera la croyan-
ce que vous deuez auoir en mes
paroles & lors les tirant de fa
main, elle les leut en fa prefence, Se
les trouua tels.
STANCES.
Dieux qui dedans les bois féftes-
wftre demeure,
ai Les Amours
Vt ne% cry que ? (fiancé &
toute heure,
V'in coeur humilié qui fe rend aux
trauaux
%*om cmpUinire auec moy de mes
^fînquà tout le moins on ne voug
croye complices
jP« do ni ttrs que ie fouffre t $£} ait*
theuu de mes maux.
Qrfay foufpirs enfants de m* peine.
Alk'Z porter par
go are h fe,
Si faciès refoAer de vos
gr fes charmes
Hiet elîant en ce lieu me laijfa tant
mon cam bruflè j» té me
de Calidor &
B Jiîj.
'Nais qu'ay-ie difl ingtafîie dois çhe*
rirlafiame,
Et les douces douleurs que ie couse,
dansl'ame,
Car quoy beauxyeux
hlent au Soleil f
pasfoymefme, 1
h csJigle iimiteray la regardant de j
Croyant autres dairteXjndignes de
mon œil f
Et comme dans le feu on void la P^-|
ralide
Sshrujler, 0* nourrir, d'vné flame
Çonfume defesfeuxn'auray d'autre
vouloir,
Ny parmy la douleur qui mon ame
raùage,
toufiours cberifant
44 Les Amours
monfcruage,
Et le dejtrque i'ay de l'honneur de la
voir-
Car,granas Dieux ,qui devons mefe->
ra cet office
jamais il ne fer fans auoir facrifice
De mes vœtts les ptusfkinfls de rases
fruits les plus beaux,
Jamais il ne fera que mes vers ie ne
voue,
Jamais il ne fera qu'en mes vers ie ne
loue
Cegrand Dieu, ce beau lieu, &Je$
yeux mes, flambeaux.
Artifte ayant oüy lire fon nom
dans ces vers, colora fon beau teint
dvne rouge pudeur & dit à fa
compagne, que Calidor ne s'eftoit
feruy de fon nom que pour forme,
ou comme d'vn nom emprunté
de Calidor & cTArtifte^. 2,5
pour couurir celuy de quelque au-
tre j qui auoit plus d'ocxafïon de
fauoir agreable ,qu'elle Artenie
eftoit fur le poind: de luy repartir,
& deluy reciter tout- entierement
ce qu'elle auoit ouy de luy, fans en
eftre veuë, & ce qu'il luy dit lors
qu'elle fe fift voir à luy mais la co-
gnoiffant quelque peu efmeùë de
colerç^elle en remit le deffein àvne
autre occafion t\ fe contenta de
luy dire^queiî elle n'auoit qu'vne
(impie opinion qu'il l'ai maft j que
l'afFeâ:ion qu'elles s'eAoient iuree
J'vne à l'autre l'obligeroitdel'en
diffuader pluftoft que de luy en
donner des affeurances, mais qu'el-
le eftoit tres-afleurée du contraire,
par les tefmoignages qu'il en auoit
rendu, tant par fes paroles,que par
fes larmes.
Ces difeours ne luy peurent ofter
id Lesjàmours
la mauuaife opinion qu. elle auoîï:
conceuedeCalidox, car confide-
rat l'inimitié qui eftoit entre leurs.
parens, comme l'on tient ordinai-
remenrpouriufped ce qui vient
de la part de ceux quel' on croit en-
nemis, elle ne fit point de difficulté
de dire à Artenie,que û ainfî eftoit
qu'il voulut parler d'elle, qu'il e-
ftoit hors de doute que les difcours
qu'il auoit tenus procedoient plu-
floft d'vn cœur diffimulé que d'au-
cune inclination qu'il euft 'à l'ay-
mer, &que fes larmes efcbient (em-
I blabîes celles du Crocodile, qui
pleure, & s'efcrie pour attirer a luy
̃ ceux qu'il veut deuorer.
Artenie cognoiffant par là qu'el-
le en parloit de paffiô, & que pour
lors elle n'eftoit pas fufceptible des
impreffions qu'elle luy vouloit do4
ner ,1e Soleil e^anc prefque çou-
de Œalidor & iJrtifte. 7
parla de s'en retourner à
Beauclaire, ou incontinent qu'el-
les furent arriuées on présenta a
Artiftevne lettre que Clo-ifandre
luy auoitelciit, par laquelle il luy
mandoit qu'elle s*en vint à Haute-
roche, à caufe de !'i )difpofîtion de
Climeae (
d Artift^) tellement qu'elles parti-
rent toutesdeux le lendemain pour
sy en aller.
Àufîî- toft que noftre Amant
fut àduercy de leur retour,il s'en al-:
la voir Artenie pour fçauoir fi
elle s'eff oit acquittée de la pro-
mefTqrqu'elle luy auait faitejdè fai-
re {çauoir à A rtifte l'affedion qu'il
luy poitoit laquelle il trouua eU
reloiution de luy ceîer la refponcc
qu'eue aùoitreceu d Artifte, co-
gnoiflintbien qu'elle luy leroit au-
defplàifante, que la côtraire luy
z8 1 & Amours
euftefté agréable toutefois pref»
fée par fon importunité, prefque
contre fa volonté elle luy fit le ré-
cit des paroles qu'Artilte aubit
proférées après la leclure des vers
qu'elles auoiéttrouué,lefquels Ca-
lidor croyoit auoir dans fa poche.
0 Dieux que deuint-il àl'oiiye
d vne fi rigoureufè nouuelle*peu
s'enfalut que, la douleur par trop
de Sentiment ne le rendit infènfi-
ble. Iamais homme du monde ne
fut tant abbatude fut
pour lors, canton: ilenfdnçoit Ion,
chapeau dans la teftçjtaxi'çqftil le
jettoiten terre, & puis après en-
tenant les yeux en terre fans parler,
il fe promenoit â grands pas le lôg
de la chambre neantmoins apres
auoir demeuré long-temps ainfi
penfîf, fe venant r'afleoir auprès
d'Artenie,Non, non, luy dit-il,
faut qu'atout le moins mes pro-
pres aureilles oyent la condem*
nation que ie receuray de tà belle
bouche & que mourant deuant
fesyeux ie luy ofie la mai?daife
împreffion qu elle a de moy peut-
eftre que la grandeur de mon mal
obtiendra autant de pardon d'elle,
que mon outrecuidance peut me-
riter de iufte punition, & qu'elle
n'aura pas tant de cruauté, que la
pitié ne puiflè trouuer place par-
my tant dé beautez. Artenie co-
gnoifTant qu'il anoit pris cette re-
lation tout à bon>& qu'il la vou-
loit exécuter à quelque prix que ce
fut, iûgea bien ( poùrce que ceux
qui iontpreocupez de quelquepaC.
fion,nepeuuent auoir le iugem ét
libre ) qutil feront difficile de l'en
détourner neantmoins elle fit
go L.es
tât cnuersluy, qu'il fe defîfta de ce
deiTeii^luy remontrant cju il fat
loit que ceife entr veuë ie hft au
.deçeu de leurs par ens ♦ & que fi
Vne fois ils en prévoient cognoii
,fance, il falloir qu il n'e{perafr plus
d en reprocher les occaiionsi mzh
que fans doute auec le temps elle
changeroit ceRe obflinction eu a^
mouf ,& que puis qu'elle nuoit
daigné fçauoir là teneur ces vers
qui venaient .Heiàpait, qu'il fe-
roit plus à propos de luy eferire, à
failant apporter vne eferitoire, Si
du papier il traça cette lettre
qu' Artenie bailla à Àrtifte dés ce
iourmëimèi
LettredeCalidbrà Artifte.
Qj vous le tnd,
vos beaux
de Caîidor & 3f
mon ame) comme ie le reffens vous
ne feriez pas maintenant en Jouté
de ma fidelité de la fincei
rite de l'affeélion que iay pour
vous,ny moy en peine devons en don-
ner des affeurances maii pluflofr
vous aurie^compajjton des douleurs
que ie fouffre dont la feule vio-
lence m'a contrainéî de vous defeou*-
urir la temerite qui me porte à aymer
tant de perfeélions qui reluifent ln
vous y d'autant que fi elle riejioit
extrême i'euffe renpti les efperances
de mon allegement à la protealon du
Ciel, qui e fl trop iufte pour permettre
qua tout le moins Vous neuJfteT^ co-
gnotffance de mon martyre mais fur"
monté par mapajjion, & par la ne-
cefjitêi qui ne re cognoift point de loy,
iay creu que vous deuezaucunement
exeufer mon audace veu qutil nefî
permis qu à ceux qui iamais n ont eu.
$i Les Jmours
i honneur de vous voir, de iempef-
cher de vous aymer, } que fi toutefois
ie vous offence par l'offre que je Vêus
faifls de mon tres-humble feruiçe, ie
vous ajfeureraypourtat de iamaisne
m'en repetirtencore que la cofideratio
que vous pourrés auoir de mon peu de
meritetvous le rendradefagrer.ble.
Voyla des paroles capables d'a-
molir le coeur le plus dur, & qui
neantmoins ne furent qu'autant de
flots, qui en vain s'en vont Ce rom-
pre contre vn rocher bien aifeuré,
car tant s'en faut qu'elle y voulut
faire refponce, qu'au contraire el-
le mouroir de honte & eftoiç ex-
tremement defplaifante de l'auoir
receuë, & mefme peu s'en fallut
qu'elle ne la déchirait enla prefen»
ce d'Artenie, toutefois comme le
eft fouuerain remedecon-
dVCaUdor & iïÂrttfe. &
c
£re la colere, Artenie ayant laifTé
expirer deux ou trois iours,rift tant
par fes importunitez cp'Artiftela
leur & y fift cefle refponce.
LETTRE D'ARTI STE
à Calidor.
CMidorfiie nauois njne parfai*
te eognoijfance de ce ue it (fuis
peut eflre quéiemelaijferois emporter
à U'vanitè que votes me donnez; par
les ajfeurances de vojîreamitié} mais
ceft ce que ie ne me peux perfuader,
veu que le m en cognais entier émet in-
dignej & qui plus efl, quand mefme
vos paroles fer oient approuuees de
loflre cœur* & ftioyfijimpïe que dy
adioutetfoyt vosparens & les mien%
^4 LesJmours
.nous en pourrait arriuer que du df
pUifîr, àtvnffl à l'autre, nonob-
flant ie vous (upplie de croire que fi
outre les confiderations qui ne me le
peuuent permettre, ie me laijjou por-
terau defir d'eftreaymèe 3& recber*
chéejeçrije tanfvojîre mérite que
Vous feriez^ celuy dont ie rebuterais la
bien-njetllanceaplus d'honntur.
Deflors il fe flatte d'vn bon fuc-
césenton entreprife,& frapant des
mains l'vne contre l'autre en figne
de refïouyfiance, il Ce difoit le plus
heureux qui fut au monde: car cô-
ferantle contentement qu'il rece-
uoit auec le defplaifir qu'il auoit
receun'agueresauparauant, il efti-
moit ces faueurs,d'autant plus ch e-
resquellcsluy auoient coufte' da.
uantage & que ceux efloient in-
dignes des douceurs de ce mon*
de Calidor & d'csértift. 3J
Ci
de,qui premièrement n'en auoient
goutté les amertumes: alors com-
bien de ioye s'empara de fcn ame,
combien de remercimens fît- il à
cette belle couratiere de les aT
mours,qui fe monftroit fifoigneu*
fe de fon bien. Il l'embrafioit G.
cflroitement, qu'on euil creu qu'il
lavouloit cftouffer entre fes bras,
& apres mille carelTesj& mille pro-
teftations d'amitié & de feruice, il
la coniure de luy continuer la bon.
ne volonté qu'elle luy auoit tef-
moignée & de faict fes prières ne
furent pas mal employées car d e-
puis elle fçeut fibien m'efnager cet-
te affaire, & oppofa auec tant de
prudence les parties recommanda-
bles de Calidor aux difficulté*
qu'Artifte fepouuoit représenter;,
qu'en moins de quinze iours elle
rendit leurs fiâmes réciproques, &
Les zsiniours
defortnais tous les eiffeds quvnè
naifTantearlec"tiôa accoutume de
produire; fe trouuoient en cette
nouuelle Amante; faifant en forte
que ce feu qui ne commençoit
quànaiftredânsfon ame, atteint
vne telle perfection qu'ils ne pof
fedoient tous deux qu'vn coeur)
animât deux corps,car fi lsvnefloit
defireux de rendre des tefmoi-
gnages de fon affeâiô à l'autrè,l'au-
tre euft efté tresmarry de fe laifler
furpafler en cemefme deuoir, tel-
lement qu'on n'euft fçeu iuger qui
des deux eftoit le plus aimant, & le
plus aimé: comme on pourra voir
en fuitte au progrés de cette hi-
floirç.
Fin infirmier Liure.
A, iil
LES.
A MO V R S
DE CALIDOR ET
d'Arche.
1 1 F^E SECOND.
fëjfîÊMËÊ A cogîioilTance qu'Ar-
'renie auoit de Hmpa-
KNPJilftiencedeCalidor, & du
defir qui le poffedoit de
voir Artifte luy donna vne indici.
ble crainte qu'il ne fe laiffaft em-
porter à fa Paiion: côme iladuienc
ordinairemétque l'Amour aueugle
ceux qui le feruée & les rend telle-
met incôfiderez, qu'ils n'ont autre
reigleque celle de leurs fouhaits:de
forte qu'elle fe refolut de luy doner
ce çôtentemet fe perfuadat que 6.
58 Les tAmoun
vne fois ils s'eftoiéc donc des aflèu-
races d'amitié l'vn à l'autre, ils tien-
droient leur Rame plus fecrette, &
que par ce moyen elle pouuoitme
ner fes entreprifes à vne heureufc
fin.Ét parceque c'eftoit au téps que
le Soleil logé au figne du Lyon,re-
doublant fes forces enflàrnc la ter-
re, elle en euft toute forte de com-.
modité, par le defïèin qu'elles firét
enfemble de fortir toutes deux
feules vnfoir, pour s'en aller bai-
gner. Iugeat doc celle occafion tres
à propos el!e affigna à Calidor le
lieu où i! fe deuoit trouuer pour les
attendre à leur retour & luy
donnal'heure qu'elles y pafferoiéc:
toutefois il auoit trop d'impatien-
ce pour attendre qu'elle fut expi-
rée, de forte que s'eftat porté en ce
lieu, après y auoir demeuré aflez
ïog îéps, il les apperçeut venir vcjr
ç iiij
Iuy, & fut tellement rani du bon
heur que la fortune luy preparoit,
que la ioye qu'il en auoit le rendit
auffi immobile qu'vne ihruë: ia-
mais les Leftiïgoncs, qui demeud
rent priuez de la clairté du Soleil
par l'espace de mois, ne furent
tant renoiiysà la venuë dvne nou.
uelle lumière, qu'il le fut a l'aipedt
de ce bel Aftre de fon ame, Se tout
ainfi que ceux qui ont long- temps
demeuré en tenebres, ne peuuent
d'abord fuporter les rayons du So-
leil,par vnlemblable erTec?t il ne fut
pas en luy de refîfter tout à coup à
la fplendeur des feux qu'elle -lan-
çoit par fes regards, mais apres yie
fes yeux furét défiliez de cet efblou-
îiTemét.elmeude crainte qu'ilauoit
d'eftre veu d'elles, il s'elloigna afTez
loing de leur chemin & s'eflant
mis à çouuçrt d'vnehaye femblabîe
4o Lès osé moûts
à vne herbe qui prend fon nom du
Soleil, il les conduit de veuë iui
ques au lieu qu'elles auoient clioifi
our leur bain, & âla faueurdes
bluffons de cette mefmehayejil s'a-
prochafipresd'elles qu'il lesveit des
habiller,& apperçeut Artifte cou-
uerte feulement d'vne chemife qui
laifToità découuert fon iein, &vne
grande partie de fes cuiiTesiiugeant
par ce que fes yeux auoient veu, la
beauté de ce qui leur eftoit cache,
mais côbien plus grand fut le con-
tentemét qu'il reçeut quâd Artifte
fortat de l'eau,il luy vid quitter ce-
fle ingrate chemife pourenreueftir
vn autre,ie laiffe à péfer à ceux qui
ont bien aims,combien cet obiect
Kùdeuoiteître agréable, &s 'il n'eut
pas dénie ce de plus longue
•duréermais Payant contemplée iu(-
qu a ce qu'elle fut veftue il s'en al-
de Câlidor (<p tfdrtifie. 4$
la au lieu qu Aitenie luy auoit affi-,
gné, afin d"ofter a Artifte tout pre-
texte d'opiniô qu'il euft efté aduer-
ty de leur deffein, où eftant arr iue,
il Te coucha de fonlôgfur le péchât
d'vne petite montagne, qui eftoit
auprès du chemin qu'elles deuoiët
prédre pour s'en retourner à Hau-
te-roche^laquelle empefchoit qu'il
ne fuilveu qu'on ne futprefque fur
liiy^ce qui dôna l'alarme à Artenie,
car eftant près d'vn ormeau qui li-
mitoit fendrait où Calidor fe de-
uoit trouuer, elle fut fort eftonnee
de ne l'y voir point, & comme elle
regardoit de cofté & d'autre.,Arti-
ile Paperçeut la premiere & tref-
fâillifttellemét de peur,que sas par-
ler elle fit 3 .ou 4 .pas en arriere,Ar--
tenie prit garde à ce treffaut, & cô-
me fï ellën'eiift pas feu le (ubied
de fonçfn^otionj luy demanda la
4Z i'ts Amours
caufô de cefte peur, & lors s'auaçatj
elle aperçeutCalidor,tellemét que
pour mieux joüer fon personnage,
& pour luy ofter toute forte de
foupçon, elle contre.fiil vn vidage
tout plein d'eftannemét auflï bien
qu'elle toutefois feignant defe
r'affeurer quelque peu,&parceque
défia il eftoit allez tard, joint qu'il
auoit le vif age tourné dwn autre
collé elle s'aprocha de luy pour le
cognoiftre comme fi elle n'eufl:
pas fçeu quel il eftoit, & ne voulat
en cela fe rhonftrer trop libre ny
trop retenuë, -mais compaiTer fes
adions & fes paroles à la naï fueté
mefrne, c'e ft, luy dit-elle, Calidor
qui dort, refueillons-le car fans
II doute l'humidité de la terre le ren-
dr oit malade s'il y demeuroit pîuç
long- temps, outre que il ne fçau-
(e Iguer de U2 qu'il ne
"KTCdtiJSr^fà' Arttjfe. 4%
trouuaft les portes d'Haute-roche
fermées a & par ce moyen feroic
contrainte, de demeurer toute la
nuidt à defcouuert j fur quoy Arti-
Relaconiurade ne luy ren Ire ce
defplaifir fondée fur la crainte
qu'elle auoit que quelqu'vn le
voiant fi tard auec elles on n'en
parlaftà fon defaduentage mais
qu'il leroit plus à propos de luy en-
uoier quelqu'vn incontinent qu'el-
les feroient arriuées; comme apres
toutes ces conteftations,Artiftc o-^
piniaftres'en alloit, ilfe leuatout
en furfaut, & fe frottant les yeux,
comme s'il euft efté bien aflôupy
dufommeil eft-ce ainfi belle Ar-
dite, dit-il, d'vne voix aifez mal
affeurcej que vous vouliez empor-
ter mon cœur & laiffer mon corps
a l'abandon, ne faifiez vous point
çonfeience de mefprifer de la forte
*+£: Les Jmours
cauQî de celle peur,& lors s auaçat>
elle aperçeutCalidor,tellemét que
pour mieux joüer fon perfonnage,
& pour luy ofter toute forte de
foupçon, elle contrefill vn vidage
tout plein d'eftonnemét auflî bien
qu'elle toutefois feignant de; Ce
r'affeurer quelque peu,&parceque
défia il efloit aifez tard, joint qu'il
auoit le vifage tourné d»vn autre
çofte elle s'aprocha de luy pour le
cognoiftre co mme fi elle n'euft
pasfçeu quel il eftoit & ne voulâx
en cela fe rhonftrer trop libre ny
trop retenue, -mais compafl'er fes
activons & fes paroles à la naï fueté
meûne, c'e ft, luy dit-elle, Calidor
,qui dort, re{ueillons-le car fans
doute l'humidité de la terre le ren-
I droit malade s'il y demeuroit pluç
long- temps, outre que il rie fçau-,
£oit Ci toit fe lçuer de là* qu'il ne
trouuait les portes d Haute- roche
fermées s & par ce moyen feroir
contraincl: de demeurer toute la
nui&à defcouuert j fur quoy Arti.
fie la coniura de ne luy rèn Ire ce
defplaifîr fondée fur la crainte
qU'elle auoit que quelqu'vn le
voiant fi tard auec elles on n'en
parlafi à fon defaduentage mais
qu'il feroit plus à propos de luy en-
uoier quelqu'vn incontinent qu'el-
les feroient arriuées; comme apres
toutes ces conteftationSjArtiftc o^
piniaftre s'en alloit il fe leuatout
en furfaut, & fe frottant les yeux,
comme s'il euft eflé bien aflbupy
dufommeil eft-ce ainfi belle Ar-
lifte, dit. il, d'vne voix a1fez mal
aiTeureej que vous vouliez empor-
termon coeur & laifler mon corps
a l'abandon, ne faifiez vous point
çonfçience de mefprifer de la forte

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