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Histoires d'Agnès Sorel et de Madame de Chateauroux , par M. Quatremère de Roissy,...

De
118 pages
Le Normant père (Paris). 1825. 123 p. ; in-18.
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HISTOIRES
ET DE MADAME
DE CHATEAUROUX
LE NORMANT FILS, IMPRIMEUR DU ROI9
Rue de Seine, n° 8.
HISTOIRES
ET DE MADAME
DE CHATEAUROUX.
PAR M. QUATREMÈRE DE ROISST,
AUTEUR DES HISTOIRES DE MADAME DE LA VALLIÈRE
ET DE NINON DE LENCLOS.
PARIS..
LE NORMANT PÈRE, LIBRAIRE,
RUE DE SEINE, No° 8,. S. G.
1825
PREFACE.
EN me remettant sous les
yeux du public, je lui rappel-
lerai, que, dans le cours de
peu d'années, j'ai publié six
contes moraux pour être lus
parles gens du monde, et sur-
tout par les femmes. Afin d'at-
teindre le but que je me pro-
posois, j'ai pris à tâche d'être
instructif et naturel dans un
bon style. Des personnes, dont
le suffrage a du poids, ont
6 PRÉFACE.
trouvé que mes petits livres
offroient une instruction va-
riée et amusante, dans le style
de l'ancienne école. Les fem-
mes surtout m'ont été favo-
rables. Encouragé et pris d'un
grand loisir, j'ai voulu de nou-
veau exercer ma plume. J'ai
songé à des personnages histo-
riques. Le siècle de Louis XIV
m'a offert deux femmes célè-
bres qui ont, chacune à sa
manière, fait pardonner leurs
foiblesses. Il me parut que
l'histoire de Mme de la Val-
lière, et celle de Ninon de
Lenclos, faites à neuf, inté-
PREFACE. 7
resseroient toutes les classes
de lecteurs, comme se ratta-
chant au grand siècle. J'ai eu
la satisfaction de voir que j'a-
vois bien auguré de mon tra-
vail.
Depuis -, j'ai cherché un
nouveau sujet historique, dé-
sirant toujours plaire aux fem-
mes qui aiment à s'instruire,
mais en s'amusant. Ce sont
encore deux femmes célèbres,
cette fois dans le même genre,
dont je présente , dans un
même volume, ce que l'His-
toire a conservé d'elles ; on va
voir à quel sujet,
8 PREFACE.
Le titre de maîtresse, même
d'un Roi, blesse les bonnes
moeurs. Il offre à l'esprit des
idées de beauté et d'amour,
mais en même temps des idées
de séduction , d'ambition ,
d'empire absolu. L'estime , la
considération ne peuvent être
pour une femme , dans la po-
sition de maîtresse, quelque
belle et puissante qu'elle soit.
L'envie, la haine publique s'at-
tachent toujours aux favorites
des Rois, parce qu'on leur
attribue les fautes des amans
couronnés qu'elles passion-
nent et maîtrisent.
PREFACE. 9
Il s'est trouvé cependant
quelques femmes ' qui, arrivées
au plus haut degré de faveur
par les charmes de leur figure
et de leur esprit, ont su ra-
cheter par de grandes quali-
tés ce que leur situation a voit
d'irrégulier, et leurs foiblesses
de répréhensible. On a vu de
ces maîtresses de Rois, moins
soigneuses de leur faveur et de
leur fortune, que de la gloire
du monarque qui les aimoit.
On leur a vu une élévation
d'âme , une force de caractère
1 En y réfléchissant, on trouve que le
nombre en est bien petit.
10 PREFACE.
dignes d'une Reine grande et
vertueuse.
Notre Histoire parle de
deux femmes d'une haute nais-
sance, dans le poste de favo-
rite ou maîtresse, dont l'as-
cendant généreux a efficace-
ment servi à la gloire de leurs
amans et de leur pays. L'une
de ces femmes vivoit dans le
quinzième siècle , et l'autre
dans le dix-huitième. Elles ont
eu des rapports entre elles
qui permettent de les rappro-
cher, toutes deux , bien nées
et bien élevées, sont arivées,
par la séduction de leur beauté
PRÉFACE. II
et de leur esprit, à la plus
grande faveur de deux Rois de
France , princes foibles de
caractère, qui eurent besoin
que l'honneur, le sentiment
de la gloire fussent réveillés et
échauffés dans leur âme. Ce
ne pouvoit être que l'oeuvre
d'une femme aimée. Quelle
éloquence que celle delà beau-
té et de l'amour parlant d'hon-
neur , de gloire , de bien pu-
blic! Ce fut ce noble langage
qu'Agnès Sorel et la duchesse
de Chateauroux, surtout, fi-
rent entendre avec efficacité,
l'une à Charles VII, et l'autre
12 PRÉFACE.
à Louis XV. Comme le titre,
le poste de maîtresse furent
ennoblis dans ces deux jeunes
femmes par la beauté de leur
conduite et par l'importance
de leurs services ! Que les foi-
blesses de l'amour et de l'am-
bition sont alors pardonna-
bles !
Ce que les écrits du temps
ont conservé de l'Histoire de'
ces deux généreuses favorites
m'a paru bon à rappeler à la
mémoire, comme honorable
pour les femmes, et à propo-
ser à l'imitation , comme étant
d'un exemple utile.
PREFACE. 13
Mme de Chateauroux, quoi-
que moderne, étant, en quel-
que sorte ,moins connue que
l'amante de Charles VII, nous
rapportons des lettres qui sont
restées d'elle, pour donner
l'idée la plus complète de sa
situation, de son esprit, de
son caractère. C'est dans ces
lettres en général que nous
avons puisé les faits. Ils se
trouvent présentés, pour la
plupart , avec les propres
expressions du personnage
même.
L'Histoire d'Agnès Sorel
n'offre pas cet avantage. Nous
14 PRÉFACE.
ne dissimulerons pas qu'il s'est
élevé, de nos jours, de l'in-
certitude sur plusieurs faits
qui lui sont relatifs; que le
trait le plus honorable de sa
vie, celui d'avoir relevé le
courage de Charles VII, se
trouveroit détruit par un rap-
prochement de. dates. Mais
est-il certain qu'Agnès n'est
arrivée à la cour de Charles
qu'en 1431, et non en 1429,
époque du siège d'Orléans?
Quoi qu'il en soit de la con-
troverse qui pourroit avoir
lieu à ce sujet, sans qu'il y
eût rien d'éclairci, il n'est pas
PREFACE. 1 3
moins constant que l'opinion
générale est que la généreuse
Agnès profita de l'ascendant
que lui donnoient sur le Roi
les charmes de sa personne
pour le tirer de son inertie et
de ses plaisirs * et le rappeler
à ses devoirs de souverain.
Cette opinion, autorisée par
des écrivains du temps, se
trouve fortifiée par les vers
que François 1er, qui devoit
être bien instruit, a fait en
l'honneur de la Belle des belles,
et par les vers aussi de Baïf qui
vivoit au seizième siècle. Au
surplus, l'Histoire d'Agnès,
16 PRÉFACE.
dans son fait principal, ne se-
roit qu'une fiction consacrée
par le temps, qu'elle seroit
bonne à rappeler et à propa-
ge-
On pourra trouver que
l'Histoire d'Agnès Sorel est
courte. Voici les raisons de
son peu d'étendue. Sa carrière
ne fut que de quarante années :
il ne faut compter que les
vingt à vingt et une dernières.
Elle fut, pendant un temps,
fille d'honneur de la Reine de
France, ce qui étoit un rôle
assez passif. Devenue maî-
tresse du Roi, mais point en
PRÉFACE. 17
titre, point reconnue, Agnès
ne pouvoit prendre part aux
affaires d'Etat, y porter son
influencé. La faveur du Roi
lui avoit procuré des terres,
des châteaux ; mais elle n'étoit
pas moins dans une situation
privée, peu fertile en faits
que puisse recueillir l'His-
toire. Elle étoit le plus sou-
vent dans ses domaines. On
verra de quelle manière elle
usoit de sa grande fortune.
Pour que la Belle des belles
eût de la célébrité, il fallut
l'occasion qui se présenta ,
lors de son début à la cour de
l8 PRÉFACE.
Charles VII, de faire voir l'é-
lévation de son âme et la force
de son caractère. Elle sut en
profiter habilement.
AGNÈS Sorel ou Soreau, d'une
des plus illustres maisons de la
Touraine, vint au monde vers
l'an 1409. Le nom de demoiselle
de Frômenteau, sous lequel elle
fut d'abord connue, lui vint de
cette seigneurie que possédoit
son père. Les auteurs de ses
jours la laissèrent orpheline fort
22 HISTOIRE
jeune. Nous ne ferons pas son
portrait, c'est-à-dire que, nous
ne détaillerons pas ses traits ;
mais nous dirons qu'on l'appe-
loit la Belle des belles. Mme de
Mignelais, sa tante, donna les
plus grands soins à son éducation.
Agnès avoit environ dix - neuf
ans quand elle parut à la cour
de Charles VII, roi de France.
Elle en fut aussitôt la merveille.
À son éclatante beauté, se joi-
gnoient beaucoup de grâce, un
esprit supérieur très-cultivé, des
manières nobles et aimables. Ce \
D'AGNÈS SOREL. 23
qui marquoit surtout en elle,
c'étoit de la force et de l'élévation
dans l'âme. Elle étoit glorieuse
et même un peu fière .
A Chinon, où se trouvoit alors
le Roi, la cour étoit considérable.
On y voyoit des princes, des
princesses, de grands seigneurs,
d'illustres capitaines, et de fort
belles femmes. On s'y livroit
aux plaisirs. Charles, qui avoit
auparavant donné des preuves
1 La fierté n'est pas une bonne qua-
lité; mais elle peut tenir-au sentiment
qu'on a de son prix interne.
24 HISTOIRE
d'activité et de courage, étoit
tombé depuis quelque temps
dans une sorte d'insouciance et
d'inertie ; et cependant les An-
glais àvoient envahi une grande
partie de la France. Le duc de
Bedfort, régent pour le jeune
Henri d'Angleterre, se disant
Roi dé France, avoit Paris en sa
possession. La ville d'Orléans,
pressée par un siège vigoureux ,
étoit aux abois.
C'étoit dans ces circonstances
qu'Agnès Sorel étoit à Chinon.
Charles ne l'eut pas plus tôt vue ,
D'AGNÈS SOREL. 25
qu'il se passionna pour elle, La
jeune personne mit dans sa con-
duite beaucoup de réserve et de
dignité. Elle profita habilement
de l'ascendaut qu'elle se sentoit
sur le coeur du Roi, pour relever
le courage de ce prince, et le
rappeler à ses devoirs de souve-
rain. La généreuse Agnès, pour
piquer d'honneur son royal ami,
s'imagina de lui dire qu'étant
toute jeune fille, un astrologue
lui avoit prédit quelle seroit ai-
mée de'l'un des plus vaillans Rois
de la chrétienté; que quand le Roi
26 HISTOIRE
lui fit l'honneur de l'aimer, elle
pensait que ce fut un Roi valeu-
reux qui lui avoit été prédit ; mais
que le voyant si mol, avec si peu
de soin de ses affaires, elle
vojoit bien quelle s'étoit trom-
pée ; et que ce Roi si courageux
n'étoit pas lui, mais le Roi d'An-
gleterre qui faisoit de si belles
armes et lui prenoit tant de. belles
villes, Je m'en vas le trouver,
dit-elle au Roi, car c'est celui
duquel entendoit l' astrologue '.
1 Tout ce qu'on vient de lire au sujet
de l'astrologue est tiré de Brantôme.
D'AGNES SOREL. 27
Il est dit que ces paroles firent
tant d'impression sur le Roi -,
qu'il se prit à pleurer, et que
laissant là tous les plaisirs, il re-
trouva son courage, et se mit à
la.tête de ses troupes pour com-
battre les Anglais. Le succès ne
répondit pas à ses premiers ef-
forts. Agnès ne se découragea
pas : elle continua à entretenir
la valeur et les résolutions div
Roi qui fuirent utiles aux assiégés.
L'immortelle Jeanne d'Arc fit
le reste. Agnès eut l'amitié de
28 HISTOIRE
l'héroïne. Elle lut bientôt dans
les bonnes grâces de la Reine
( Marie d'Anjou ) dont elle étoit
fille d'honneur. La jeune favorite
mit toujours beaucoup de cir-
conspection dans sa conduite.
Elle vouloit que ses rapports sen-
suels avec le Roi fussent un mys-
tère. Elle étoit sans ambition ,
et sans cupidité. On peut dire
même qu'elle étoit désintéressée,
quoiqu'elle eût accepté le pré-
sent que le Roi lui fit du comté de
Pcnthièvre, à l'occasion du pre-
D AGNES SOREL. 29
mier enfant qu'il en eut ( Char-
lotte de France mariée à Jacques
de Brézé ).
Elle s'abstint de prendre, sui-
vant l'intention de son amant, le
nom de sa nouvelle seigneurie.
Agnès eut le malheur, pendant
une partie de sa vie, d'avoir un
ennemi capital dans la personne
du dauphin ( depuis le tyran
Louis XI). On ne voit pas qu'elle
ait profité de sa grande faveur
pour le desservir auprès du Roi.
Il est dit au contraire qu'elle s'étu-
dioit à lui rendre de bons offices.
3.
30 HISTOIRE
Ce prince fut marié en 1436.
La favorite ne fut pas présente à
ses noces. Il paroît qu'à cette
époque elle étoit à sa terre de
Fromenteau, dans un état de
grossesse avancée. Etienne, le
trésorier, s'y trouvoit, par l'or-
dre du Roi, qui l'avoit chargé de
constater la naissance du second
enfant de sa maîtresse, et de l'en
informer aussitôt. Ce fut encore
d'une fille qu'Agnès accoucha.
Elle fut appelée Marguerite de
France, et épousa, en 1458,
Olivier de Coétivi, sénéchal de
D AUNES SOREL. 01
Guyenne. Charles, instruit de
l'accouchement, accourut à Fro-
menteau. On voit que le Roi pre-
noit un vif intérêt à sa belle
maîtresse , et aux fruits de leur
amour. Il ne fit pas un long sé-
jour auprès d'elle. Agnès fut
pendant plusieurs années ab-
sente de la cour. Charles VII
s'occupa durant ce temps des af-
faires de son royaume. Il en visita
lés provinces méridionales, et
acheva, par de nombreux succès,
d'abattre ses ennemis. La favo-
rite ne fut cependant pas ou-
32 HISTOIRE
bliée : son amant vint la trouver
à Tours où elle l'attendoit.
Des fêtes pompeuses furent
célébrées à l'occasion des victoi-
res du Roi; La Belle des belles
n'en fut pas un des ornemens.
Elle étoit alorsretirée à Fromen-
teau. C'étoit là qu'elle devoit at-
tendre le terme de sa troisième
grossesse. On ne voit pas en
quelle année. Son amant .lui
offrit une nouvelle résidence,
en lui donnant la maison royale
de Beauté, à l'extrémité du parc
de Vincennes. Ce fut là qu'elle
D'AGNÈS SOREL. 33
mit au monde une troisième fille,
Jeanne de France. De ce moment,
la favorite ne fut plus appelée que
la dame de Beauté. Etienne , le
confident des amours du Roi,
avoit été témoin de la naissance
de Jeanne, qui depuis fut mariée
au comte de Sancerre.
Agnès fut ainsi mère trois fois,
dans l'intervalle de 1436 à 1444-
II paroîtroit qu'en 1445, elle
n'étoit ni à Beauté, ni à Chinon,
mais à Fromenteau, où il lui
avoit été permis de retourner,
toujours avec Etienne , sans
34 HISTOIRE
doute pour veiller sur elle, car
elle auroitpu donner elle-même
de ses nouvelles à son amant. En
l'année 1446 Etienne fut obligé
de s'éloigner d'elle, pour aller
à Londres , avec d'autres négo-
ciateurs, traiter de la paix. Char-
les, pendant cette absence de
son confident, se rendit auprès
d'elle. La Reine voulut l'accom-
pagner. Cette princesse, enchan-
tée de l'accueil que lui fit la dame
de Beauté, la combla d'hon-
1 Agnès n'avoit été que pendant cinq
ans fille d'honneur de la Reine.
D'AGNÈS SOREL. 35
neurs et d'amitié, ainsi que ses
trois filles.
Cela fait voir combien la fa-
vorite avoit mis dans ses rapports
intimes avec le Roi, de réserve
et de modestie ; et qu'elle avoit
toujours eu ce qu'on appelle l'es-
prit de conduite. Elle en fut ré-
compensée par de nouveaux pré-
sens, tels que les seigneuries de
Roque césière , d'Issoudun et de
Vernon sur Seine, et le château de
Bois-Trousseau à quelques lieues
de Bourges. Agnès se plaisoit
beaucoup dans ce château, sur
36 HISTOIRE
les tours duquel elle allumoit
des feux que le Roi pouvoit voir
de loin. A ce signal, il prenoit
l'habit de chasseur et voloit à
Bois-Trousseau.
Dans ce temps, le dauphin
étoit encore à la cour de son
père , persécutant de sa haine la
belle favorite , et s'efforçant en
vain d'irriter la Reine contre
elle.
Le Roi, mécontent de la con-
duite haineuse de son fils envers
son amante, l'exila, en l'envoyant
faire un séjour de quelques mois
D'AGNÈS SOREL. 37
en Dauphiné. Il étoit dans le ca-
ractère et la situation d'Agnès
.d'être affligée de cet éloignement
de l'héritier du trône à son su-
jet relie le fut. Dans les premiers
mois de 1448 ' ? leRoi, la Reine,
Agnès Sorel, et sa fille aînée en-
trèrent dans Paris. La Belle des
belles étoit, à ce qu'il paroît,
tout éblouissante de diamans et
de pierreries. On assure qu'il y
1 L'auteur de l'article de la Biographie
Universelle sur Agnès Sorel, date son en-
trée à Paris de 1437 , ce qui est incontes-
tablement une erreur.
38 HISTOIRE
eut dans le peuple des murmures
violens contre ce grand luxe. Un
auteur moderne y trouve du
scandale de la part d'Agnès. Un
autre auteur, moderne aussi, n'y
en trouve pas. Je suis de l'avis de
ce dernier; Si la chose avoit été
scandaleuse, le Roi et la Reine
ne l'auroient pas soufferte. C'est
ici le lieu de remarquer que la
dame de Beauté aimoit les riches
parures et la pompe des ajuste-
mens. Elle ne passa que quinze
jours à Paris. Elle dit au dépar-
tir : Les Parisiens ne sont que
D'AGNES SOREL. 39
vilains, et si j'avois su qu'ils
ne m'eussent pas fait plus d'hon-
neurs j je n'aur ois jamais mis le
pied dans leur ville.
Nous avons dit que la Belle des
belles étoit glorieuse et même un
peu fière. Elle avoit d'ailleurs de
bonnes qualités. Elle étoit com-
patissante, généreuse, libérale,
pieuse. Elle faisoit beaucoup de
bien aux indigens, et aux pau-
vres églises. On assure que le
souvenir des bienfaits d'Agnès,
à, Beaulieu , durant un rigoureux
hiver, s'est conservé d'âge en
40 HISTOIRE
âge ; et que sa mémoire y est res-
tée en bénédiction. Ce fut là
qu'elle se retira en quittant Paris.
Ce séjour l'approchoit du Roi
qui venoit fréquemment au châ-
teau de Loches.
Ce fut de Beaulieu qu'Agnès
partitau commencement de 1450
pour se rendre auprès de Charles
qui étoit passé en Normandie,
où il faisoit alors le siège de la
ville de Honfleur, tenue par les
Anglais. Son quartier-général
étoit à l'abbaye de Jumiéges.
Le motif du voyage de la favorite
D'ACNÉS SOREL. 41
fut, ce qui est assez générale-
ment attesté par les historiens*
fut, dis-je, de révéler au Roi une
conspiration formée contre lui.
Quels étoient les conspirateurs ?
ce pouvoit bien n'être qu'un pré-
texte pour se trouver auprès de-
son amant. Agnès étoit encore
enceinte et assez près de son
terme. Elle habita Mesnil - la-
Belle qui n'étoit éloigné que
d'un quart de lieue de l'abbaye.
Ce fut là qu'elle mit au monde
une quatrième fille qui lui coûta
la vie, et ne lui survécut que six
4
4 2 HISTOIRE
mois. A la suite de l'accouche-
ment, il survint une dyssenterie
qui, en peu d'heures, mit Agnès
à la mort. Elle expira, le 9 fé-
vrier 1450,surles six heures du
soir, âgée de quarante ans. Le
Roi donna des regrets et des lar-
mes à la mort prématurée de
sa belle maîtresse. Il est proba-
ble que sa fin fut naturelle,
quoiqu'il ait été parlé d'empoi-
sonnement. Elle avoit fait un
testament qui contenoit des legs
pieux, et devoit être exécuté
par Jacques Coeur, le chevalier
D'AGNÈS SOREL. 43
Etienne, et le médecin Robert
Poitevin. Elle ordonnoit que le
Roi seul, et pour le tout, fût
par-dessus les trois susdits. Son
coeur et ses entrailles furent dé-
posés dans l'église des Bénédic-
tins de Jumiéges l, dont elle
avoit enrichi l'abbaye» Son corps
fut transporté à Loches et inhu-
mé avec honneur dans le choeur
dé l'église collégiale de Notre-
' Son épitaphe portoit ; Agnes Sorel,
dame de Beauté , piteuse entre toutes
gens, qui de ses biens donna largement
aux pauvres, etc.
44 HISTOIRE
Dame, qu'elle avoit magnifique-
ment dotée.
Agnès a été accusée d'infidé-
lité envers Charles VII , son
amant et son bienfaiteur. Il n'est
pas prouvé qu'elle ait mérité ce
reproche. Le chroniqueur, Jean
Charrier 1, pour aller, on ne sait
pourquoi, à la décharge du Roi
dont cependant il avoit dû con-
noître les liaisons intimes avec
1 L'auteur d'un article du Journal des
Savans sur un ouvrage relatif à Agnès
Sorel, fait une erreur, en attribuant à
Alain Chartier ce qui est dit là par Jean
Chartier.
D'AGNÈS SOREL. 45
la favorite, dit qu'Agnès eut une
file, laquelle ne vesquit guères,
et qu'elle disoit être et appartenir
au Roi, comme au mieux et plus
apparent; mais le Roi s'en est
toujours fort excusé, et n'y récla-
ma oncques rien. On voit que
Jean Chartier parle de la qua-
trième fille dont Agnès accoucha
à Mesnil -la Belle. Monstrelet,
autre chroniqueur, dit la même
chose que Chartier, en le copiant
littéralement. Gaguin, venu de-
puis, s'exprime à peu près dans
les mêmes termes.
46 HISTOIRE
Un écrivain moderne observe
qu'il n'y a pas lieu de croire que
ces historiens aient été excités
par Louis XI à écrire contre
Agnès, attendu que ce prince
a depuis honoré sa mémoire , et
traité généreusement ses trois
filles , qu'il maria lui-même.
Quand lui fut présentée la re-
quête des chanoines de Loches,
qui, sans doute pour lui faire
leur cour , demandoient qu'on
éloignât le tombeau de la de-
moiselle Sorel de leur église, il
répondit: J'y consens, mais ren-
D'AGNÈS SOREL. 47
dez lu dot. Le tombeau resta à
sa place.
Ce même tombeau a été, en
1777, transféré du choeur de la
collégiale de' Loches dans la nef.
En 1806, il a été restauré par les
soins du général Pommereul,
alors préfet d'Indre et Loire, et
placé dans la tour de Loches. Il
restoit de la Belle des belles un
buste en marbré conservé long-
temps au château de Chinon, et
déposé , depuis plusieurs an-
nées, au Musée des Augustins „
à Paris»
48 HISTOIRE
Il est constant qu'Agnès Sorel
fut d'une beauté incomparable.
Elle est la seule femme qui ait
été appelée la Belle des belles '.
Le nom de Beauté que portoit
son château, parut être le sien.
Le Mesnil-la-Belle, sa dernière
habitation, reçut d'elle son sur-
nom,
Il n'est pas moins constant
qu'Agnès fut la maîtresse de
Charles VII, pendant plusieurs
1 MUe de Chateauneuf, maîtresse de
Henri III, ne fut appelée que la Belle.
D'AGNÈS SOREL. 49
années , et qu'elle lui donna
quatre filles.
Il est bien reconnu que la fa-
vorite mit toujours beaucoup de
réserve et de circonspection dans
ses relations les plus intimes avec
le Roi. C'étoit couvertement ,
disent les chroniques du temps.
Il paroît aussi qu'elle se ménagea
pendant toute sa vie les bonnes
grâces de la Reine.
Il est également reconnu qu'A-
gnès usa noblement et largement
de sa grande fortune , en ré-