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Historique du deuxième bataillon de la garde-mobile de la Seine-Inférieure pendant la campagne de 1870-1871

De
61 pages
Impr. de F. Santaillier (Hâvre). 1871. In-8°.
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ORIQUE
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a; ) 7-i >,
-
£ I I -Ï)J[J DEUXIÈME BATAILLON
DE LA GARDE MOBILE
DE LA
SEINE - INFÉRIEURE
Pendant la Campagne de 1870-1871
HAVRE
Imp. F. Santallieh et O, boulevard de Strasbourg, 162
1871
HISTORIQUE
DU DEUXIÈME BATAILLON
j
j
; i 1
DES GARDES MOBILES
]>F. L A
f i.~-
SEINE-INFÉHIEul
Pcndanl la Campagne de 1870 - 1871
Havre. Imp. F. SANTALLIER ET O, boulevard de Strasbourg, 102.
A Monsieur le commandant ROLIN
CHEF DU DEUXIÈME BATAILLON
des Gardes mobiles de la Seine - Inférieure.
Commandant,
La commission chargée par vous de faire l'historique du
bataillon a l'honneur de vous adresser son rapport sur la part
qu'il a prise aux opérations militaires pendant la campagne de
1870-1871.
Convoqué par dépêche préfectorale, en date du 13 août
1870, et réuni au Havre le lendemain 14 août, sous la désigna-
tion de « 2e bataillon de la garde nationale mobile de
la Seine-Inférieure, » il était composé de tous les jeunes
gens de l'arrondissement du Havre appelés sous les drapeaux
par la loi du fer janvier 1868.
Il commença immédiatement son instruction militaire qui
fit de rapides progrès, grâce à la direction attentive de ses offi-
ciers et an zèle de ses sous-officiers et caporaux qui, dès les
premiers jours du mois d'août, avaient suivi volontairement
des exercices préparatoires; grâce aussi au bon concours des
anciens militaires employés dans les diverses administrations
6
de l'Etat ou de la ville, qui s'étaient mis spontanément à notre
disposition en qualité d'instructeurs.
Les cadres du bataillon, formés successivement, étaient
alors ainsi composés :
Chef de bataillon : M. WELTER
Capitaine adjudt-major : M. ROLIN Officier payeur : M. QUESNEL
Numéros
des CANTONS CAPITAINES LIEUTENANTS S.-LIEUTENAKTS
Compagnies
MM. MM. MM.
Ire Bolbec Lebrun Laude Lemaître
26 Criquetot De Croismare Lahure Dufour
3* et Sue Belcroix Morisse Handisyde
3e 1 et Goderville
4e Le Havre (est) Rolin Guillemaut Quesnel
Se Le Havre (nord) M.deMaraimbois Bergeret A.-Bourgneuf
60 Le Havre (sud) De Houdetot Blondin Boudet
7 elsSDomaiii Hél#uis De la Rousserie Berné
e let Saint-Romain) e omS' e a oussel'le enze
80 1 Montivilliers Lemonnier Dubufresnil Bocq
On commença par caserner les compagnies de la campa-
gne ; celles de la ville se rendaient seulement aux exercices, le
matin de six heures à dix, et l'après-midi de deux à quatre
heures.
C'est à partir du 10 Septembre que le bataillon fut tout
entier caserné aux forts de Sainte-Adresse et de Tourneville
d'abord, puis dans les casernes de Strasbourg et de Berry.
- 7 -
Cependant l'équipement se complétait peu à peu, les an-
ciens fusils à piston faisaient place aux fusils du modèle 1867
transformé, dits à tabatière, et les blouses de toile aux vareuses
de drap; les différentes manœuvres étaient exécutées d'une
façon satisfaisante et tout semblait devoir attirer l'attention
sur nous. En effet, notre bataillon entra dans la formation du
618 régiment provisoire d'infanterie de la garde nationale mo-
bile avec deux bataillons de la Somme, tous deux rendus à
Paris, l'un le 6 et l'autre le 7 Septembre. M. Welter, chef de
bataillon d'infanterie hors-cadres, était promu au grade de lieu-
tenant-colonel commandant ce régiment ; mais lorsque sa lettre
de service, datée du 16 Septembre, lui parvint, la capitale était
complètement investie.
Néanmoins, comme une concentration de troupes s'opérait
à Rouen, nous espérions en faire partie ; une pétition dans ce
sens avait été rapidement couverte de signatures, et nous
attendions de jour en jour un ordre de départ. Il arriva enfin le
19 Septembre et fut accueilli avec les marques d'un enthou-
siasme général. Aussi, grand fut notre désappointement lorsque
survint presqu'aussitôt un contre-ordre qui désignait un autre
bataillon pour partir à notre place. M. le lieutenant-colonel
Welter se rendit, auprès de l'autorité militaire, l'interprète
de la fâcheuse impression produite par cette substitution :
on lui répondit, par une lettre portée à l'ordre, que « l'auto-
» rité avait voulu réserver pour une occasion meil-
» leure et plus utile un bataillon qu'elle considérait
» dès à présent comme constituant une troupe de
» réserve et un corps d'élite. »
Le 27 Septembre, une dépêche signée par M. le général
Gudin, commandant la 2e division militaire, mandait au colonel
- 8 -
Massu, commandant supérieur de la place du Havre que, « en
» raison de l'importance de la présence au Havre du
» 2e bataillon de la Seine-Inférieure, il avait présenté
» des observations au ministre, qui répondit par la
» dépêche suivante : CONSERVEZ AU HAVRE LE BATAILLON
> COMMANDÉ PAR M. WELTER. »
L'importance du Havre s'expliquait facilement : Paris. était
alors investi depuis une semaine, et la présence des Prussiens
à Mantes et à Beauvais indiquait clairement un mouvement
menaçant la Normandie. Dès lors la défense du Havre deve-
nait urgente ; l'occupation de ce riche port de mer offrant des
avantages immenses pour l'ennemi, qui aurait trouvé là,
outre de très fortes contributions à lever, des ressources énor-
mes pour ses approvisionnements de toutes sortes. De là, sans
doute, l'ordre de garder notre bataillon au Havre qu'on vou-
lait dégarnir le moins possible de troupes et qu'on entourait
de sérieux ouvrages de défense.
Quoiqu'il en soit, commandant, de ces considérations que
nous livrons à votre appréciation, le batailllon resta provisoi-
rement au Havre, perfectionnant son instruction militaire par
des exercices fréquents, par la pratique du tir et par des simu-
lacres de guerre, tout en contribuant pour la plus large part
aux pénibles travaux des tranchées.
C'est le i2 Octobre que, les Prussiens ayant fait leur appari-
tion dans le département de la Seine-Inférieure, à Gournay et à
Gisors, nous reçûmes l'ordre de partir pour Rouen. Le départ
s'effectua par le chemin de fer, et le soir même le bataillon était
rendu au chef-lieu ; les quatre compagnies de gauche étaient
casernées, les quatre autres logées chez l'habitant.
9
Le 13, on s'occupa de distribuer aux hommes les havre-
sacs qui leur manquaient ; quant aux tentes, effets et usten-
siles de campement, ils faisaient complètement défaut.
Dans la nuit du 14 au 15, nous reçûmes l'ordre de partir
d'urgence et sans perdre un instant. Le département venait
d'être déclaré en état de guerre par un décret du 14, et la situa-
tion devenait plus grave. Les Prussiens, venant de Gisors, étaient
à Etrépagny le 12 Octobre; le 14, un engagement avait lieu à
Ecouis entre nos hussards et un escadron de uhlans. Les dépê-
ches du commandant général Estancelin et de la préfecture
portaient à cette même date du i4 : « L'ennemi attaque nos
» troupes, il est en marche sur Rouen; envoyez la garde
» nationale armée dont vous pouvez disposer et l'ar-
» tillerie. » Ou bien encore : « Rouen est sérieusement
» menacé, l'ennemi est à Fleury-sur-Andelle. »
C'est sur cette dernière localité que nous reçûmes l'ordre
de nous diriger. Les quatre compagnies casernées partirent
aussitôt, sous les ordres du lieutenant-colonel Welter, à deux
heures du matin; trois autres, avec les gardes descendantes, les
convois de vivres et les munitions de réserve, à midi, sous les
ordres du capitaine adjudant-major Rolin ; la troisième com-
pagnie resta seule à Rouen, casernée à la préfecture, à la dis-
position du commandant général Estancelin.
Rien de particulier ne signala cette marche qui s'effec-
tua avec les précautions voulues. Avant d'arriver à Boos, et
dans la possibilité d'une rencontre, l'ordre fut donné à la
cinquième compagnie de se déployer en tirailleurs sur la
gauche du détachement, dans la direction du bois des
Chartreux, où l'ennemi était supposé caché; rien n'ayant révélé
iO-
sa présence, le demi-bataillon continua sa route et prit posi-
tion dans le village de Cressenville. Le détachement du capi-
taine Rolin, arrivé -le même soir, occupait le château d'Onzon-
bray et bivaquàit sur les hauteurs de Grainville qui dominent
la rive gauche de l'Andelle, au-dessus de Fleury. Le lendemain
matin 16, le bataillon entier était cantonné à Cressenville.
C'est alors que commença réellement pour nous la vie de
campagne, puisque nous nous trouvions placés d'emblée de
grand'garde et aux avant-postes du petit corps d'armée de l'An-
delle.
L'Andelle, qui prend sa source à Serqueux, près de Forges,
- dans le pays de Bray, passe à Croisy-la-Haie, Vascœuil, Per-
ruel, Charleval, arrose Fleury, Radepont, Romilly et se perd
dans la Seine, à Pitres, entre la côte des Deux-Amants et Pont-
de-l'Arche, après un parcours d'environ soixante kilomètres.
Séparées de la vallée de l'Epte par le plateau du Vexin, les
positions de l'Andelle non-seulement défendaient la haute Nor-
mandie contre les excursions de l'ennemi, mais encore, en cou-
vrant la ligne ferrée de Rouen à Amiens, elles reliaient le nord
au sud et pouvaient servir comme de trait d'union entre l'ar-
mée de Faidherbe et celle de Chanzy.
Dans la vallée de l'Epte, les Saxons, sous les ordres du
Prince Albrecht, occupaient avec des forces variables Gisors et
Magny, et détachaient leurs avant-postes à Bézu-St-Eloi, Dangu,
Vesly, les Thilliers et St-Clair. Leurs forces totales dans le Vexin
et le Beauvoisis étaient d'environ 10,000 hommes, et pouvaient
se composer d'une brigade d'infanterie, d'une brigade de
cavalerie et d'une division d'artillerie.
Nos lignes du pays de Bray et de la vallée de l'Andelle
-11-
étaient gardées par deux régiments de cavalerie, 12e chasseurs
et 3e hussards, deux bataillons de marche-de ligne, dix à douze
bataillons de mobiles et plusieurs corps de francs-tireurs, guides
et éclaireurs de dénominations diverses.
Quant au commandement de ces troupes, il était réparti
de la façon suivante :
Une décision du Ministre de la Guerre, en date du
17 Octobre, ayant appelé le général de division Bourbaki au
commandement supérieur de la région du Nord, comprenant
les 2e et 3e divisions militaires, nous nous trouvions placés sous
ce commandement nominal.
Une autre décision, en date du 18 Octobre, appelait M. le
général de brigade Briand au commandement de la deuxième
division militaire, en remplacement de M. le général Gudin ; et,
le 21 Octobre, M. le colonel de Tucé, commandant le 12e
chasseurs, prenait le commandement de la subdivision de la
Seine-Inférieure.
i
Enfin, le rapport du 22 Octobre nous apprit une nomination
depuis longtemps attendue, celle de M. le capitaine adjudant-
major Rolin, ancien lieutenant d'infanterie, élève de St-Cyr,
promu au grade de chef de bataillon, par décision ministé-
rielle du i9 du même mois.
Depuis le 4 Octobre, le bataillon était administré par les
soins de l'intendance militaire; mais tous les services n'étaient
pas organisés : il n'y avait guère que celui de la solde qui fonc-
tionnait. Ceux des vivres, de l'habillement et du campement
n'existaient pas ou étaient complètement insuffisants; aussi
l'état matériel des troupes était-il loin d'être satisfaisant. Très
12
insuffisamment pourvus de souliers et de vêtements ; complète-
ment dépourvus des effets de campement, sans lesquels il leur
était impossible de tenir la campagne à une saison et sous un
climat aussi rigoureux ; n'ayant même pas les ustensiles indis-
pensables pour la cuisson de leurs aliments, nos hommes
n'auraient pu résister à ces causes d'affaiblissement, s'ils
n'avaient été soutenus par le moral. Toutefois, en notant
l'insuffisance du service de l'Intendance, nous ne devons pas
oublier de mentionner, que plus tard, l'administration municipale
du Havre et la plupart de nos concitoyens ont su y suppléer en
nous envoyant, à plusieurs reprises, des dons en nature, pour
lesquels vous vous êtes fait, commandant, l'interprète de notre
bien vive reconnaissance.
Cependant, le bataillon arrivé à Cressenville dès le 45 Oc-
tobre, avait mis ce village en état de défense. Cantonnés en
avant de Grainville et de Ménesqueville, nous nous trouvions à
l'extrême avant-garde des troupes régulières de l'Andelle. Nous
dûmes nous relier, au moyen de deux postes, d'une part à
Grainville, qui était occupé par un escadron du 12e chasseurs
et un détachement des mobiles de la Loire-Inférieure, et d'autre
part à Ménesqueville, où se trouvait le 2e bataillon de marche.
Chacun de ces postes était desservi par une section de chaque
compagnie à tour de rôle; en outre, le bataillon, par sa posi-
tion, était astreint à un service de reconnaissances qui étaient
poussées très loin, à Fresne-l'Archevêque, Mussegros, Le Mes-
nil-Verclives, Coudray et Lisors.
Ce service de reconnaissances journalières, qui s'opérait
par compagnies constituées, était tellement pénible, que M. le
lieutenant-colonel Welter résolut de faire occuper d'une façon
permanente le village du Mesnil-Verclives, distant de Cressen-
-13 -
ville d'environ 8 kilomètres. En conséquence, le 29 Octobre, les
ire et 2e compagnies reçurent l'ordre de se rendre au Mesnil-
Yerclives. En raison de l'éloignement du corps principal et de
l'importance de la position, M. le chef de bataillon Rolin prit le
commandement du détachement, auquel était adjointe la lre com-
pagnie des francs-tireurs Havrais, et qui reçut comme renfort,
le 2 Novembre, la 4e compagnie de notre bataillon.
Le village du Mesnil-Verclives est bâti sur une éminence
assez élevée qui commande les deux routes du Havre à Paris
par Gisors et Magny ; il était très important de s'en assurer la
possession à l'avance et de le mettre à l'abri d'une surprise.
Dans le cas où l'ennemi aurait voulu renouveler ses tentatives
sur Ecouis et livrer un combat en avant de cette ville, Verclives
était la clef de la position. En outre, le mamelon auquel est
adossé le village est surmonté d'une église dont le clocher est
le véritable espion du Vexin : un service de guetteurs fut établi
dans ce clocher et il fut ainsi facile de surveiller la contrée à
plusieurs lieues à là ronde.
Sous le rapport matériel, non moins qu'au point de vue
militaire, le séjour de Verclives nous fut très avantageux; nous
n'y eûmes que fort peu d'hommes malades, ce qu'il faut
certainement attribuer aux bons soins que leur prodiguèrent
les habitants. Un écrivain militaire distingué, propriétaire du
château, le mit à la disposition du détachement avec un empres-
sement tout patriotique qui mérite d'être signalé.
Deux jours à peine s'étaient écoulés, depuis l'occupation
de Verclives, lorsque les uhlans, qu'on n'avait pas vus depuis
l'affaire d'Ecouis, faisaient leur réapparition ; le 1er Novembre,
vers trois heures de l'après-midi, ils étaient en vue sur la route
14
de Gisors, à huit ou neuf cents mètres de Verclives: c'est en vain
que les meilleurs tireurs du bataillon, armés de chassepots,
essayèrent de leur donner la chasse; dès qu'ils se virent
découverts, les cavaliers ennemis disparurent.
Quelques jours plus tard, dans la nuit du 5 au 6 Novembre, le
lieutenant-colonel Laigneau, du 12a chasseurs, commandant par
intérim les troupes de la vallée de l'Andelle, fut averti que les
Prussiens avaient réquisitionné les habitants du Thil, sous la
menace de brûler le village le lendemain matin. Aussitôt des
ordres furent expédiés aux divers cantonnements de Cressen-
ville, Charleval, Ménesqueville et du Mesnil-Verclives, pour pré-
venir les différents corps de se tenir prêts à partir de bonne
heure.
D'après les ordres particuliers donnés au bataillon, le dé-
tachement du Mesnil-Verclives, précédé de la première compa-
gnie des francs-tireurs du Havre, sous les ordres du comman-
dant Rolin, devait rallier un peu en avant d'Ecouis les autres
compagnies du bataillon, cantonnées à Cressenville, sous les
ordres du lieutenant-colonel Welter. Ces deux détachements se
mirent en route vers sept heures et demie, au bruit du canon
ennemi. Les Prussiens, au nombre de douze à quinze cents
environ, avec deux escadrons de cavalerie et quatre pièces
d'artillerie, attaquaient le Thil où ils avaient surpris un batail-
lon des mobiles de l'Oise. Ceux-ci battaient en retraite en lais-
sant entre les mains de l'ennemi une soixantaine de prisonniers.
Le lieutenant-colonel Welter, arrivé à Ecouis, vers
huit heures et demie du matin, envoya la huitième com-
pagnie comme renfort au commandant Rolin qui, toujours
précédé des francs-tireurs havrais de la première compagnie,
us-
marchait au canon dans la direction du Thil ; puis il détacha le
reste du bataillon, sous les ordres de M. le capitaine adjudant-
major de Croismare, en avant de Mussegros, à l'embranche-
ment de la route des Andelys, avec mission de surveiller celle
de Magny. On avait adjoint à ce dernier détachement deux
compagnies des Landes et un peloton du i2e chasseurs.
Ces dispositions prises, le lieutenant-colonel Laigneau, à la
tête du 120 chasseurs et précédé des compagnies de droite de
notre bataillon, dont la ire était déployée en tirailleurs, marcha
sur la route du Thil. Il fut rejoint peu de temps après par plu-
sieurs bataillons de mobiles qu'il disposa en deux colonnes de
chaque côté de la route. La colonne de droite, ayant en tête les
compagnies du Havre, était commandée par le lieutenant-colo-
nel Welter; celle de gauche, par le lieutenant-colonel des mobi-
les de l'Oise. C'est dans cet ordre que les troupes arrivèrent jus-
qu'à quinze cents mètres du Thil. L'ennemi, qui avait mis deux
pièces en batterie en avant du château, accueillit la co-
lonne par quelques obus à fusées, presque tous trop courts, mais
dont quelques-uns, néanmoins, éclatèrent aux pieds de nos mo-
biles, qui firent bonne contenance. Cependant, la section d'artil-
lerie qui nous accompagnait, ayant mis deux pièces en batte-
rie, à l'intersection du chemin de fer et de la route, et à quel-
ques mètres en avant du passage à niveau, avait fait taire
l'artillerie ennemie et démonté une de ses pièces.
Il était environ midi lorsque le feu cessa. Nos troupes, qui
se sentaient soutenues par le canon français qu'elles enten-
daient pour la première fois, brûlaient du désir de poursuivre
l'ennemi ; mais, malgré leur impatience, elles durent rester en
observation jusqu'à trois heures du soir. A cette heure seule-
ment, elles reçurent l'ordre de reprendre leurs cantonnements.
- 16
Sauf l'escarmouche du matin, tout s'était donc borné à un
court combat d'artillerie; et si nous nous sommes étendus aussi
longuement sur les dispositions prises, c'est parce qu'elles ont
occasionné dans la presse locale de l'époque une polémique des
plus vives.
Le lendemain, 7 Novembre, nous apprenions la nouvelle de
la marche du corps d'armée de Manteuffel.
Le 9 Novembre, M. le lieutenant-colonel Welter, ayant reçu
l'ordre de se rendre au Havre, pour y commander le dépôt, est
remplacé par M. Rolin, chef de bataillon, dans le commande-
ment des diverses troupes sous ses ordres, à Cressenville.
Le 12 Novembre, M. le colonel de Reinach, commandant le
12e chasseurs, prend le commandement supérieur des troupes
de la vallée de l'Andelle. Le même jour, la huitième compagnie
est désignée pour aller former le dépôt au Havre; les cadres
seuls partent ; la troupe est versée dans les autres compagnies
et sert à en égaliser les effectifs.
Le 19 Novembre, par ordre du colonel commandant supé-
rieur, la cinquième compagnie va occuper Gaillardbois, afin de
mieux relier le bataillon avec Ménesqueville ; la sixième ne
tarde pas à renforcer ce détachement.
En somme, aucun fait militaire important à signaler
depuis l'affaire du Thil jusqu'au 29 Novembre.
Nomination de M. le capitaine de frégate Olry au com-
mandement provisoire des forces de la vallée de l'Andelle,
à la date du 23 Novembre; retour au bataillon de la troi-
sième compagnie restée à Rouen, à la même date; reconnais-
sance offensive du bataillon entier sur Saint-Jean-de-Frenelle
et Boisemont en date du 28 Novembre ; réunion à Cressen-
17
ville des première, deuxième et quatrième compagnies, rem-
placées à Verclives par un bataillon d'infanterie de ligne, à la
date du 29 Novembre.
Nous arrivons de suite au combat d'Etrépagny qui eu lieu
dans la nuit du 29 au 30 Novembre.
Dès la veille, les troupes avaient reçu l'ordre de se tenir
prêtes à effectuer un mouvement. Les détachements du Mesnil-
Verclives et de Gaillardbois ayant opéré leur jonction à Cres-
senville, le bataillon marche sur Ecouis où il est passé en revue
vers cinq heures du soir par le général Briand. L'ordre est donné
de camper sur le plateau, où se trouvent réunies les troupes qui
doivent participer au mouvement. Après s'être réchauffés
pendant quelques heures aux feux du bivac, nos hommes
reçoivent, vers huit heures et demie du soir, l'ordre de
plier leurs tentes et de se préparer au départ.
L'objectif étant Gisors, dont on voulait s'emparer par sur-
prise et au moyen d'un combat de nuit, voici quelles avaient
été les dispositions prises.
Les troupes étaient divisées en trois colonnes :
La colonne de gauche, sous les ordres du colonel Mocquart,
et composée des éclaireurs du même nom, des francs-tireurs
du Nord, de Rouen et d'Elbeuf, devait, en passant par Saint-
Denis-le-Ferment, Bazincourt et Villers-sur-Trie, aller inter-
cepter par Trie-Château la route de Beauvais.
La colonne de droite, ayant en tête les francs-tireurs du
Havre, était commandée par le lieutenant-colonel des mobiles
de l'Oise; elle se comptaillO de mobiles du
-l i rof~l_ ataillons de mobiles du
1 -
2
is -
même département, des marins et de la compagnie de marche
de Dieppe et des francs-tireurs des Andelys. Cette colonne
avait l'ordre de marcher sur les Thilliers-en-Vexin. Là, les
francs-tireurs du Havre, continuant leur route, devaient surpren-
dre un poste de cavalerie à Saint-Clair-sur-Epte, tandis que le
reste de la colonne, se dirigeant sur Dangu, y passait l'Epte,
et, après avoir enlevé la garnison, allait contourner Gisors et
couper la retraite à l'ennemi par la route de Pontoise et Paris.
Enfin, la colonne du centre ou d'attaque, sous les ordres
directs du général Briand, avait en tête les compagnies de
marche des 41e et 94e de ligne, suivies des bataillons des mo-
biles de la Loire-Inférieure, des Hautes-Pyrénées, des Lan-
des, et d'une nombreuse artillerie. Notre bataillon, dans
lequel le général Briand avait pleine confiance, fut désigné
avec le 12e régiment de chasseurs pour former la réserve.
Avant de partir d'Ecouis, on apprit qu'Etrépagny venait
d'être occupé le soir même par un détachement saxon, fort de
mille à douze cents hommes, et composé d'un bataillon d'infan-
terie, de deux escadrons de cavalerie et de deux pièces d'artil-
lerie ; mais, en ce moment, la colonne de gauche était déjà en
marche, et rien ne fut changé aux dispositions qui avaient été
adoptées.
On se mit en route vers neuf heures. Il faisait un froid très
vif et une nuit profonde. Le silence le plus absolu régnait
dans la colonne. Vers une heure du matin, nous arrivâmes aux
portes d'Etrépagny; les vedettes prussiennes avaient déjà donné
l'alarme au moyen de leurs fusées à signaux, et le poste qui
était à l'entrée de la ville accueillit les compagnies de marche
par un feu des mieux nourris.
19
L'ennemi, retranché dans les maisons, luttait avec l'énergie
du désespoir, tandis que sa cavalerie faisait des charges
réitérées. Pendant une heure et demie, on se battit avec un tel
acharnement, que notre bataillon, qui avait été désigné pour ser-
vir de réserve et de soutien à l'artillerie, se trouva lui-même
engagé. Deux compagnies d'abord, la première et la deuxième,
furent demandées comme renfort ; les autres suivirent peu de
temps à près et furent employées à fouiller les maisons qui avoi-
sinent les halles, où elles firent de nombreux prisonniers. L'une
de ces compagnies, dirigée par le général Briand lui-même,
fut lancée dans la direction de la gare, où l'ennemi opposait
encore une vive résistance. Le reste du bataillon traversa
Etrépagny dans toute sa longueur, franchissant des barricades
vivantes d'attelages renversés et de chevaux mourants.
A la sortie d'Etrépagny, nous nous attendions à continuer
notre mouvement sur Gisors et à poursuivre l'ennemi, qui
fuyait dans le plus grand désordre, lorsque le signal de la re-
traite nous fut donné.
Par suite d'un mouvement d'hésitation qui s'était produit
dans un ou deux bataillons de mobiles, hésitation qui peut
s'expliquer chez des troupes jeunes encore et peu faites aux
dangers d'un combat de nuit, le général Briand avait été dans
la nécessité d'engager tout son monde, et, dans le cas d'un re-
tour offensif, notre bataillon était le seul qu'il eût sous la main.
Ayant en outre appris l'insuccès de la colonne de droite dans sa
tentative sur Dangu, il jugea que la réussite de son coup de
main sur Gisors était compromise et il dut se contenter du ré-
sultat obtenu, résultat qui, d'ailleurs, était assez satisfaisant :
soixante à quatre-vingts saxons tués, une centaine de prisonniers,
20
dont-plusieurs officiers, un canon pris avec une quantité d'ar-
mes, de munitions et de chevaux.
De notre côté, nous avions eu cinq homms tués et quinze
blessés, dont un capitaine du bataillon de marche.
Les diverses troupes dont se composait la colonne
d'Etrépagny ayant reçu l'ordre de reprendre leurs anciens
cantonnements, le bataillon revint occuper Gaillardbois et Cres-
senville, où il put prendre un repos bien nécessaire, après une
marche de plus de quarante kilomètres et une nuit entière
passée sous les armes.
Ce repos ne devait pas être de longue durée : le 2 Décembre
arriva la nouvelle d'une grande victoire à Paris. Ducrot
à la tête de cent mille hommes avait passé la Marne.
Nous venions d'avoir des engagements avantageux à Maizières,
à Montargis et à Nuits : la fortune paraissait enfin nous sou-
rire. Le général Briand recevait de Tours l'ordre de ramasser
toutes ses troupes et de marcher vigoureusement
sur la capitale.
Dans de pareilles circonstances, le bataillon accueillit avec
joie l'ordre qui lui parvint le 3 Décembre de se tenir prêt à partir;
néanmoins le reste de la journée fut employé à achever des
travaux de défense autour des cantonnements, travaux qui,
pensions-nous, n'avaient d'autre but que de donner le change à
l'ennemi et de masquer notre départ.
Ce fut seulement à la gare de Fleury, où nous nous em-
barquâmes le lendemain matin, que nous connûmes notre
véritable destination; et ici, commandant, nous croyons ne
pouvoir mieux faire que de suspendre notre récit, pour repro-
duire votre rapport officiel sur la journée du 4 Décembre.
- 2i -
« Monsieur le Ministre,
» Le rapport circonstancié sur le combat que le
deuxième bataillon des mobiles de la Seine-Inférieure
a livré le 4 Décembre 1870, à Bosc-le-Hard, n'ayant
pu, par suite de l'interruption des communications,
parvenir en temps opportun au Ministre de la Guerre,
j'ai l'honneur de vous adresser un duplicata de ce
rapport :
» Le deuxième bataillon, qui venait de prendre
part, sous les ordres du général Briand, à l'affaire
d'Étrépagny, était cantonné dans le village de Gail-
lardbois-Cressenville, lorsque je reçus, dans la matinée
du 4 Décembre, l'ordre de le rassembler et de le conduire
à Fleury-sur-Andelle.
i Arrivé à la gare de Fleury à huit heures du matin,
en même temps que plusieurs bataillons de mobiles,
j'appris qu'une colonne ayant en tête les compagnies des
41e et 94e de ligne, allait être dirigée sur Buchy. Comme
il y avait urgence et que ces compagnies de marche n'é-
taient pas prêtes, M. le capitaine de frégate Olry, com-
mandant supérieur des forces de l'Andelle, m'offrit de
partir le premier et de faire tête de colonne. Bien qu'il
fût sans vivres depuis la veille, et par une température
des plus rigoureuses, le deuxième bataillon accueillit
cette offre avec une satisfaction non équivoque, dont
il donna immédiatement la preuve en s'entassant, avec
un effectif de 1,054 hommes, dans des wagons qui, au
complet, n'en pouvaient contenir que 800.
) Je reçus de M. le capitaine de frégate Olry, qui
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présidait au départ, l'ordre d'aller me mettre à la
disposition de M. le capitaine de vaisseau
Mouchez, commandant les troupes à Buchy.
• Partis de Fleury à neuf heures trente, nous ar-
rivâmes à Rouen à douze heures quinze.
1 A la gare de Rouen, j'appris qu'on avait entendu
une forte canonnade dans la direction de Buchy, mais
on ignorait complètement ce qui s'y était passé; car le
commandant Chrétien, chef d'état-major de la division,
me fit demander si j'avais des munitions de réserve et,
sur ma réponse « que les vivres seuls me man-
quaient, » il me prescrivit de laisser à Rouen le
capitaine de semaine, un fourrier et deux hommes qui,
la distribution faite, me suivraient avec un fourgon.
» Je continuai immédiatement ma route. Par suite
de l'encombrement, ou pour tout autre motif, le chef
du train avait l'ordre de nous faire prendre la ligne de
Dieppe. En traversant la gare de Clères, j'y vis des
éclaireurs de la garde nationale, accompagnés de mobi-
lisés de Rouen et d'Elbeuf, qui venaient d'arriver et
n'avaient pas encore eu le temps de se reconnaître :
j'appris d'eux que plusieurs bataillons de la garde na-
tionale mobilisée de Rouen étaient dirigés sur Saint-
Victor.
» A partir de l'embranchement de la ligne de
Dieppe sur Amiens, vers Lœuilly, le chef du train s'a-
perçût, à certains indices et au manque de surveillance
de la voie, que nous approchions de l'ennemi; et,
lorsque nous arrivâmes à la station de Bosc-le-Hard,
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vers deux heures, les éclaireurs prussiens étaient
en vue ; ils se retirèrent à notre approche dans la
direction d'Augeville, après avoir fusillé un gar-
de mobilisé qu'ils avaient pris pour guide. La
station était abandonnée et le personnel en fuite; le
chef de gare, mandé par mon ordre, fit fonctionner
sous mes yeux l'appareil télégraphique et j'acquis la
certitude que les communications étaient rompues,
non-seulement en avant, entre Bosc-le-Hard et Critot,
mais encore que, depuis notre passage à Clères, le fil
avait été coupé en arrière, entre nous et cette dernière
station. Quelques coups de fusil ayant éloigné les
vedettes qui assistaient de trop près à notre débarque-
ment, je vis venir le maire, le curé et plusieurs habi-
tants du pays qui me fournirent des renseignements sur
la position de l'ennemi :
» J'appris qu'une forte colonne, arrivée la veille à
Saint-Saëns, en était partie le matin, et, se séparant au
hameau du Quesnay, devait marcher dans les trois
directions de Bosc-Bérenger, CotLévrard et Saint-Vic-
tor; le détachement qui marchait sur ce dernier point
avait, disait-on, fait à St-Saëns une réquisition d'outils
dans le but probable de couper la ligne du chemin de
fer.
» Je sus également que le principal corps d'armée
ennemi, parti de Neufchâtel, avait balayé la route à
coups de canon, qu'il avait chassé les troupes campées
à Saint-Martin et Rocquemont, et que, dès dix heures
du matin, il occupait ces deux points avec des forces
considérables. Enfin, accourut le chef de gare de Critot,
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m'annonçant que sa station venait d'être envahie et
qu'une colonne d'environ 3 à 4,000 prussiens, passant par
le petit Critot et Esteville, se dirigeait sur Bosc-le-Hard.
» Le bourg de Bosc-le-Hard, le plus important de
la contrée, est siLué au point d'intersection de l'em-
branchement de Dieppe à Buchy avec la route de Fon-
taine-le-Bourg à Bellencombre; il est distant d'environ
cinq kilomètres N.-E. de Clères et de quinze kilomètres
N.-O. de Buchy. De la gare à l'extrémité de la rue
Vilaine, il offre un développement de près de trois
kilomètres : c'est dire qu'un millier d'hommes était
insuffisant à le défendre; aussi, attendais-je avec anxiété
l'arrivée du bataillon de marche qui devait nous suivre.
Un instant, je crus que ce renfort arrivait; un train
était signalé, mais c'était celui qui nous apportait nos
vivres et nos munitions de réserve. Dans ce même
train se trouvait M. l'intendant Gueswiller, accompagné
de l'entrepreneur des subsistances et de plusieurs offi-
ciers, porteurs de dépêches pour le commandant
Mouchez. Lorsque ces officiers se furent convaincus
avec moi que le corps du commandant Mouchez était
coupé, que les communications télégraphiques étaient
interrompues avec Clères et Buchy, et que nous nous
trouvions complètement en l'air, ils rebroussèrent che-
min et leur départ fut salué par les préludes de la
fusillade. J'avais chargé M. l'intendant Gueswiller, qui
avait pu juger de la façon dont je me trouvais engagé,
de rendre compte verbalement de ma situation au
général Briand, à Rouen, et d'avertir les troupes qu'il
pourrait rencontrer sur son passage.
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» Ma troupe étant consignée dans le train, j'au-
rais pu également faire renverser la vapeur et rebrous-
ser chemin; mais, outre que ce mode de reploie-
ment aurait eu l'inconvénient de démoraliser mes
hommes, j'étais à un poste d'honneur, en tête d'une
colonne qui pouvait me suivre, et ayant derrière moi,
à quelques kilomètres, plusieurs bataillons de mo-
bilisés : il était de mon devoir de combattre en les
attendant et de sauver au moins l'honneur du
drapeau.
» C est dans cette disposition d'esprit que, mes
hommes étant débarqués, je pris mes préparatifs de
défense et fis occuper Bosc-le-Hard. Je laissai sur ma
gauche la septième compagnie, à la gare, avec
mission de couvrir, au moyen de tirailleurs, l'es-
pace situé entre la station et le bourg; cette posi-
tion étant très importante, je fis plus tard déployer
toute la septième compagnie en lui donnant la sixième
comme soutien. Sur ma droite, dans le village même,
plusieurs cavaliers ennemis étant venus s'éclairer de
trop près, jusqu'au carrefour de la rue Vilaine, entraî-
nèrent à leur poursuite les plus ardents de mes hom-
mes; pour les soutenir, et dans l'impossibilité où j'étais
d'occuper tout le village, je donnai l'ordre à M. le capi-
taine adjudant-major de Croismare, de faire déployer
en tirailleurs la cinquième compagnie, avec mis-
sion de couvrir les routes de Touffreville et
d'Augeville. A peine ce déploiement était-il achevé,
que le feu, commencé par nous, s'étendait sur
toute la ligne entre nos tirailleurs et les tirail-