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Il Pianto ; L'amour dans la nature ; La fleur du souvenir / par Louis de Courmont...

De
25 pages
A. Rigaud (Paris). 1864. 24 p. ; in-8.
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IL PIANTO
L'AMOUR BANS IA NATURE
LA FLEUR DU SOUVENIR
PAR
LOUIS DE COURMONT
( Pièces couronnées par l'Académie de Reims & la Tribune Lyrique
aux concours de 1863 & 1864.)
PARIS
AMABLE RIGAUD, LIBRAIRE ÉDITEUR
50, RUE SAINTE-ANNE, 50
1864
IL PIANTO
LIAMOUR- DANS JLA NATURE
DU SOUVENIR
PAR
vX^UIS DE COURMONT
(Pièces couronnées par l'Académie de Reims & la Tribune Lyrique
aux concours de 1863 & 1864.}.
PARIS
AMABLE RIGAUD, LIBRAIRE ÉDITEUR
50, RUE SAINTE-ANNE, 50
1864
A MON PÈRE & A MA MÈRE
@
IL PIANTO
Heaven and yourself
Had part in this fair maiden, now heaven hath all!
(SHAKSPEARE)
Io fui del Cielo e tornerovi ancora
(DANTE).
Savants, vous qui voyez tout un monde nouveau
Eclore et s'agiter dans une goutte d'eau,
Et devinez l'esprit enfermé sous le germe,
Ne pouvez-vous me dire aussi ce que renferme
Une larme ? Oli ! misère ! Une larme ! si peu !
Rien de plus cependant c'est-à-dire, ô mon Dieu !
La goutte de rosée au bord des cils tremblante.
Oui, mais aussi parfois toute une mer brûlante
De désir et d'angoisse un abîme profond,
Avec l'espoir qui tombe et va se perdre au fond.
6 IL PIANTO
Hélas ! à quel foyer secret, à quelle flamme
Se chauffe-t-elle ainsi ? Quel orage de l'àme
Faut-il donc ? Quelle plaie ouverte dans le cœur.
Pour en faire jaillir cette amère liqueur ?
Fixez le microscope et vos regards sur elle :
Elle est là devant vous toute émue et si frèle
Quelle tremble d'un souffle et s'évapore : Mais
Son secret douloureux qui le saura jamais?
Elle est impénétrable et pourtant, o poètes,
Elle en sait plus que vous ; les livres que vous faites
Ne sont que des feuillets recueillis en chemin :
Elle, c'est un lambeau même du cœur humain !
Qu'une goutte de sang de l'épiderme coule,
Aussitôt, vous voyez s'appitoyer la foule :
Mais, que notre cœur saigne et laisse, par les yeux,
S'échapper le trop plein du vase précieux,
A cet appel muet que jette la souffrance
Sans pitié répondra la froide indifférence :
Tant il est vrai que l'homme ici juge souvent
La surface du mal, sans creuser plus avant!
Les larmes des enfants sont comme ces fleurs blanches
Sans parfums, que la brise enlève au bout des branches;
Qui voltigent dans l'air, en légers tourbillons,
Et tombent, feuille à feuille, à travers les sillons.
Celles des vrais amants ont les saveurs secrètes,
La pénétrante odeur des pâles violettes ;
Je ne sais quoi de doux et d'amer à la fois
Comme le vent qui chante et pleure au fond des bois.
IL PIANTO 7
Mais rien n'est plus navrant, selon moi, que les larmes
D'un vieillard au destin livré seul, et sans armes,
Lorsque le souvenir du passé mêle en lui
Les douleurs d'autrefois à celles d'aujourd'hui.
Parmi les douleurs même il en est de légères
Et, pour qui les compare aux autres, passagères :
On peut être lésé dans tous ses intérêts,
On peut perdre ses biens, on peut sourire après.
Mais, pour tout homme au cœur profondément sensible
Il n'est plus ici bas de sourire possible
Quand la mort l'a frappé dans ce qui fut un jour
Sa fierté, son espoir, sa joie et son amour.
Tout le reste n'est rien, car tout est réparable :
Là se trouve pour nous l'obstacle insurmontable,
Le mur d'airain, devant lequel la volonté
Se brise, où tout pouvoir s'arrête épouvanté.
Qui de vous, au retour même d'un court voyage
Ne songe à ceux qu'il aime en touchant au rivage,
Et, l'esprit inquiet ne s'arrête un instant
Si, dans l'ombre du soir et la brume, il entend
Au loin tinter le glas funèbre, qu'accompagne
Le hurlement des chiens errants dans la campagne ?
Qui de vous, à sa voix, n'a frissonné d'effroi?
Ainsi le glas tintait lentement au beffroi :
Par une main fatale avant l'heure touchée,
Alice sur son lit immobile et couchée,
Semblait rêver encore en dormant le sommeil
Qui, dans ce monde hélas 1 n'a jamais de réveil.
8 IL PIANTO
Un rayon de la lune éclairait son visage :
Au dehors cependant frémissait le feuillage ;
Les lilas balançaient leurs grappes comme hier
L'esprit du renouveau semblait voler dans l'air.
Comme hier mille voix semblaient lui dire encore :
« Viens, chère enfant ! Pour toi les roses vont éclore
Pour toi le rossignol chante, et la nuit d'été
Illumine pour toi son palais enchanté.
Viens : Le ciel te sourit; la nature convie
Ta jeunesse à l'amour, au bonheur de la vie ! v
Hélas ! hélas ! appels tardifs et supernus !
Ce beau front endormi ne s'éveillera plus !
Jamais plus ces yeux clos sous leur paupière blonde
Ne s'ouvriront pour voir le soleil de ce monde ;
Ces pieds inanimés, si joyeux autrefois,
Ne courront jamais plus sur le tapis des bois !
Les heures passeront, l'une à l'autre enchaînées,
Et les jours, et les mois, les saisons, les années ;
Et ce corps insensible à tout, ce corps si beau,
Restera là couché dans l'ombre d'un tombeau
Ah ! ce serait pitié vraiment si cette vie
Si frêle, à tant de maux, en son cours, asservie,
Devait dans le néant à jamais se plonger,
Si rien d'elle audelà ne devait surnager !
Cependant, près du lit on alluma les cierges :
Sous leurs longs voiles blancs, à l'écart, quelques vierges
Tressaient une couronne et tout bas priaient Dieu,
La sainteté des morts s'exhalait de ce lieu.
IL PIANTO 9
Et lui le vieillard, lui, le père de sa mère,
Son soutien, son gardien, son seul ami sur terre,
De la mort spectateur morne et silencieux
Il restait là debout, pétrifié, les yeux,
Sans larmes pour baigner sa paupière enflammée,
Fixés sur cette enfant qu'il avait tant aimée !
Quand un arbre vieilli voit tomber sur le sol
Ses branches, où chantaient des nids de rossignol,
C'est que la lutte fut bien grande, que l'orage
Souffla terriblement à travers le feuillage !
La sève alors reflue et se concentre au cœur,
Et le tronc dépouillé bientôt meurt de langueur
Tel était le destin du grand père d'Alice :
Il avait jusqu'au fond vidé l'amer calice,
Et, devant l'avenir aujourd'hui resté seul,
Il ensevelissait dans les plis d'un linceul
Sa dernière espérance, et ses amours dernières !
Un prêtre était venu consoler ses misères :
Il lui disait que tout ne liait pas ici,
Que la tombe elle-même a son espoir aussi,
Qu'en rejetant de nous nos dépouilles mortelles,
Comme le papillon c'est pour prendre des ailes
De toucher l'âme en deuil il avait le secret,
Et, rien qu'à l'écouter, chacun de nous pleurait ;
Mais lui restait toujours les yeux secs, implacable,
Froid comme le destin qui le frappe et l'accable.
Et pourtant, il croyait au ciel, à l'avenir :
Croire c'est espérer, accepter et bénir !