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Inscription de Nabuchodonosor sur les merveilles de Babylone, communication faite à l'Académie impériale de Reims, par M. J. Oppert,...

De
25 pages
impr. de P. Dubois (Reims). 1866. In-8° , 27 p..
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INSCRIPTION DE NABUCHODONOSOR
SUR LES MERVEILLES
DE BABYLONE.
INSCRIPTION
DE
NABUCHODONOSOR
SUR LES
MERVEILLES SI BABYLONE.
COMMUNICATION
FAITE
A L'ACADÉMIE IMPÉRIALE DE REIMS
PAR M. J. OPPERT,
Membre correspondant.
REIMS.
IMPRIMERIE DE P. DUBOIS ET Cie, RUE PLUCHE, 24.
5 1866,
INSCRIPTION DE NABUCHODONOSOR
SUR LES
MERVEILLES DE BABYLONE.
COMMUNICATION
Faite à l'Académie Impériale de Reims
DANS LA SÉANCE PUBLIQUE DU 3 AOUT 1865.
MESSIEURS ,
Ce n'est pas sans émotion que je me retrouve parmi
vous à celle place que j'ai quittée depuis quatorze
ans. Lorsqu'en 1851 je laissai derrière moi cette ville
que les rois de France ont rendue si illustre, pour
aller avec mes collaborateurs fouiller les ruines d'une
des plus grandes cités de l'antiquité, j'emportai avec
moi le souvenir du bon accueil que vous aviez bien
voulu me faire, sans savoir si je pourrais jamais vous
en remercier. Celte occasion s'offre aujourd'hui, et
je la saisis avec empressement. Aussi ma première
pensée me reporte naturellement à mes modestes dé-
buts dans la ville de Reims, où j'ai préparé les tra-
vaux qui m'ont fait quitter inopinément l'enseignement
secondaire.
J'ai pu profiler des circonstances pour commencer
une étude en apparence bien aride, mais en réalité
bien attrayante, et les résultats me consolent des
-6 -
jours d'exil que j'ai passés sur les bords de l'Euphrate.
Vous voudrez bien me permettre de vous entretenir
des splendeurs éteintes de celle civilisation, et de vous
parler aussi de la science nouvelle qui nous permet de
lire les antiques annales des rois de Ninive et de Baby-
lone sur les monuments contemporains de leur gloire.
Je vous parlerai donc de cette grande cité de Baby-
lone et de ces textes qui nous l'ont fait connaître.
Vous savez déjà que la lecture de ces inscriptions dites
cunéiformes repose sur des principes expérimentés
et vérifiés dans leurs détails les plus importants.
Vous savez aussi que, dans une occasion solennelle,
ayant à choisir parmi les grandes découvertes de la
science celle qui lui paraissait digne du prix biennal
offert par l'Empereur, l'Institut de France a voulu
consacrer ce prix à reconnaître la réalité du déchif-
frement des inscriptions cunéiformes, et qu'il a jeté
les yeux pour cela sur un des plus modestes savants
qui se sont dévoués aux progrès de cette science
nouvelle. Enfin, je suis heureux de le dire, ce qui
rend aussi complet que possible le concours de
votre ville de Reims en cette circonstance, un de
ses illustres enfants, M. Paulin Paris, alors prési-
dent de l'Institut, fut chargé de décerner publique-
ment le prix.
I.
Ce vaste sujet, du déchiffrement des inscriptions
cunéiformes mériterait un développement plus étendu
que celui que je puis lui donner aujourd'hui. Ce sont,
du reste, moins les procédés qui ont conduit à l'in-
terprétation des inscriptions de Babylone et de Ninive
- 7 —
qui peuvent vous intéresser, que la grande lumière
qui jaillit de leur explication sur les textes que nous
avons, dès notre jeunesse , appris à entourer .d'un
profond respect. Depuis la rédaction de la Bible , la
découverte des inscriptions d'Assyrie nous fournit la
première preuve authentique, matérielle, de la vé-
racité des récits des livres saints par des documents
originaux et contemporains. Vous parlerai-je de ces
textes écrits sur les murs de Ninive et de Calach, sur
les briques de Babylone et d'Orchoé qui, dans une
étendue très-développée, nous fournissent des docu-
ments historiques, géographiques, juridiques, parti-
culiers et d'intérêt privé, jusqu'aux grammaires
composées par les Assyriens pour instruire gratui-
tement. , je le suppose , ceux qui, peu nombreux
sans doute, devaient être destinés à l'enseignement
de la jeunesse?
Tous ces textes, qu'on compte par milliers., grâce
à la découverte de Ninive, sont écrits avec des carac-
tères qu'on nomme cunéiformes. Ce mot, qui vient
du latin cumeus, coin, peut porter à la critique, mais
il est accepté et consacré à l'heure qu'il est, Ces
caractères, apparemment dérivés, comme toutes les
lettres, d'images, d'hiéroglyphes, étaient d'abord tracés
dans la brique molle avec une sorte de burin taillé
en biseau, dont nous avons trouvé des échantillons
en ivoire à Babylone. Chaque trait tracé dans la
matière donnait donc une empreinte en forme de coin,
et quand plus tard on voulut se servir de cette écri-
ture pour décorer les grands monuments en pierre,
la forme du coin se prêtait encore merveilleusement
au ciseau du graveur, dont chaque coup achevait
l'élément de la lettre assyrienne.
- 8—
Cette écriture bizarre était en usage,chez différents
peuples ; chez les Assyriens, à Babylone et à Ninive,
chez les Arméniens, dans les montagnes de l'Ararat,
chez les Elyméens de la Susiane; puis les anciens
habitants de la Médie l'avaient reçue de leurs ancêtres,
des populations d'une provenance touranienne. Car
celle écriture a dû être inventée par des habitants
du nord de l'Asie, de la race des Tatares et Mongols,
ce; qui lui a fait donner aussi le nom d'écriture
anarienne, ou écriture étrangère aux Ariens,
En dehors de cette écriture cunéiforme anarienne,
l'élément écrit du coin avec lequel on pourrait égale-
ment tracer des lettres françaises, avait servi à compo-
ser un alphabet aux anciens Perses, aux Darius, aux
Xerxès, aux Artaxerxès. Ce système d'inscription est dif-
férent de l'assyrien, comme le sont le chinois et le fran-
çais. L'une, l'écriture écriture anarienne, est idéographique
et syllabique, l'autre est alphabétique ; on l'appelle
arienne, parce que les Perses ariens l'ont employée. Les
rois de cette nation avaient l'habitude, indispensable
pour eux qui régnèrent sur tant de peuples différents,
et précieuse pour nous, de rédiger leurs inscriptions
en trois langues : l'une, le perse; l'autre, le médoscy-
thique; la troisième, l'assyrien. Cette circonstance a
permis aux savants de nos jours de déchiffrer les
inscriptions de Babylone et de Ninive, qui étaient
conçues dans le troisième système, et de révéler une
civilisation qui était ensevelie dans un oubli millénaire.
Mais, pour arriver à ce résultat, pour déchiffrer
les milliers de signes qui expriment en assyrien
les idées et les syllabes, il avait fallu résoudre le
premier problème, beaucoup moins compliqué, qui
présentait le système composé,seulement,de 40 signes..
—9 -
Vous me pardonnerez de ne pas insister sur cette
question que j'ai eu l'honneur d'exposer devant vous,
en 1851. Il a fallu vaincre les difficultés que présen-
tait le système assyrien, dont on ignorait l'écriture et
la langue; il a fallu déchiffrer le sens des lettres,"
dont une seule indique souvent une idée; et après
avoir transcrit le texte, il a fallu comprendre le sens
des sons composant une langue jusqu'alors inconnue,
et que nous savons aujourd'hui appartenir au rameau
dit sémitique, c'est-à-dire être parent de l'hébreu et
de l'arabe (1).
Cette langue de Ninive et de Babylone a pu être
reconstituée grammaticalement, on a pu en recompo-
ser partiellement le lexique, par des procédés et
des méthodes sûrs. En pareille matière, on procède
de l'inconnu au connu, et ainsi patiemment,, mais
sûrement, le sillon se trace de plus en plus prolongé,
de plus en plus profond. C'est au moyen de cette
étude que nous avons pu nous rendre un compte
exact des splendeurs de la plus grande ville que
jamais le soleil ait éclairée, en écoutant ce que nous
enseigne celui même qui l'a faite si grande, le roi
Nabuchodonosor, et en explorant, pendant un séjour
de deux ans, les ruines de celle ville dont les humbles
restes ne rappellent guère l'ancienne maîtresse des
nations.
(1) AprèsGroteferd, Lowenstern, Hincko, Rawlinson et de Saulcy,
nous pouvons citer, pour les études assyriennes, MM. Brandis,
Coxe , Fox Talbot, Holtzmann , Menant, Mordtmann , Noms,
Olshausen et autres.
- 10 -
II.
Celte grande cité était, en effet, l'endroit où, avec
Ninive, la science des Chaldéens a trouvé son plus
grand développement, où l'écriture cunéiforme a eu
la plus importante application.
Jamais depuis, une cité ne s'est approchée de ses
proportions colossales. Aristote déjà nous dit que
Babylone était plutôt un pays qu'une ville. « Pour
faire une ville,' dit-il, il ne suffit pas d'entourer un
terrain de murs, car, avec ce système, l'on n'aurait
qu'à ceindre le Péloponnèse d'une circonvallation
pour le transformer en cité. » La ville était limitée
par un grand mur de 480 stades (90 kilom.) de pour
tour; elle formait un carré assez régulier dont alors
chaque côté avait plus de 5 lieues. La superficie
occupée par cette grande ville était donc de 513
kilom. carrés, c'est-à-dire plus grande que le dé-
partement de la Seine, quinze fois plus grande que
la ville de Paris de 1859, sept fois plus grande que
la capitale agrandie, quatre fois et demie plus que
Londres dans sa plus grande dimension. Ce mur
était d'une très-grande hauteur, probablement de
200 pieds, et construit d'un noyau en terre garni
de revêtements en brique cuite et liés par du bitume.
Il était à cheval sur deux fossés, ce qui en explique
la disparition presque entière ; car l'Euphrate dé-
bordant ruinait l'enceinte, et la main de l'homme
qui se servit pendant vingt siècles de Babylone comme
dune carrière à brique fit le reste. Le nom de cette
— il —
grande enceinte était en assyrien Imgour-Bel, ce qui
veut dire a Bel protège. » Le grand carré inclus dans
celte circonvallation colossale était coupé presque en
diagonale de N.-O. vers S.-E. par l'Euphrate, encaissé
dans des digues et dans des quais; ceux-ci étaient
munis de réservoirs souterrains dans lesquels se
jetait le surplus des eaux aussitôt qu'elles arrivaient
à un certain niveau, La longueur du parcours du
fleuve en deçà.de la ville était, du point N.-O. au
point S.-E., à peu près 34 kilomètres. Tout cet im-
mense territoire n'était pas habité, mais occupé par
des plantations et des champs qui pouvaient alimen-
ter la ville en cas de famine ou de siège ; et ainsi
Babylone a tenu face aux rois perses pendant vingt
mois, en déjouant tous les efforts du grand roi pour
l'affamer. Mais cette surface comprenait plusieurs
centres d'habitations, qui renfermaient justement les
merveilles dont parlent les anciens auteurs, et dont
j'ai pu en partie découvrir le site.
Très-près de cette grande enceinte extérieure, se
trouvait au S.-O. la ville de Borsippa, où l'on plaçait
le théâtre de la dispersion des langues ; au coin N.-E.
il y avait une autre ville nommée Cutha. Laissant en
dehors de sa ligne ces deux villes ou quartiers, un
second grand mur courait parallèle au premier, dans
une distance qui variait selon les quatre côtés de 2 à
4 kilomètres. Ce second mur se trouvait encore avoir
une circonférence de 360 stades ou 68 kilomètres,
et couvrait une surface de 290 lui. carrés, quatre
fois l'étendue de la ville de Paris dans son état actuel.
L'Euphrale baignait cette partie de la cité, qui devint
plus tard, quand les rois de Perse avaient démoli le
premier mur d'imgour-Bel, le véritable mur de Baby-