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Institution de la vie humaine , dressée par Marc Antonin... Remonstrance d'Agapetus, évesque, à l'empereur Justinian de l'office d'un empereur ou roy. Élégie de Solon,... sur le fait et vie des humains... le tout traduit par Pardoux Du Prat,...

De
200 pages
Vve G. Cotier (Lyon). 1570. [14]-175-[13] p. ; in-8.
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INSTITVTION
DE LA VIE
H V M A I N E,
Drefice par Marc Anronin Phi-
lofophe, Empereur Romain.
%jmonShanee d' n^gapetus Euef-
que l'Empereur lufhman de
l'office dvn Empereur, .If %,oy.
Elégie de Solon Prince Athénien
fur le tair,& vie des humains, la
caufe des ruines des villes.
Le tout Traduit par Tardoux du
Trot, 'Dottcttr es Droits.
A t. Y O N,
A FEfcu de Milan Par la vefue
WlE?K& 'Pnuiltge du %oy.
2
Priuilege du Roy.
H A R LIES s par la grâce de
Dieu Roy de France, Aux
Prcuoft de Paris Sénéchal
de Lyon, & à tous noz autres
luges & officiers, ou leurs
Lieutenans comme il ap.
parcicndraiialut. La vcfuedefea Gabriel Co-
tier Libraire de Lyon, nous à fait entendre
qu'elle a recouuert le Dure qui enfuyt Intitu-
lé /;?/?ï«tf /<>«/& A* vit humaine Faiteen Grec
par Anronin Philoibphc Empereur, & vne
Rttnonflrance d1 Agapetm Injlmiin Empereur.
Le tout traduit par ledit du Prat. Lequel Li-
ure clic fecoit volontiers Imprimer mais
doubre qu'autres Libraires & Imprimeurs le
voufiffent femblablement Imprimer, & parce
moyen fruftrer l'cxpofantc de fefdics labeurs.
A quoydefiranspouruoirdel'aduisdcnoftre
confeil, & de noz certaine fcience & platne
puuTance.auonspermis&permettons à ladite
expoûnte,d'lmprimerouf.iirelmpdmer,tanc
de fois que bon luy femblera, vendre & de-
biter le fufdit liure, iufques au temps & terme
de fept ans, conter du iour&darrequela-
dice Imprefsion fera paracheuee, fans qu'autre
s'en
s'en pjji/fe aucunement entremettre pendant
lcflits rwjps,&nsfoo exprès vouloir & con-
{èntement à peine deconâfcation defdirs li-
ures &d'amandearbitraire. Voulonsaufsi&
nous plaît, que mettans par ladite expofante
vn extrait fommaire desprefentes au commen-
cement, ou à la fin de chafcun defdits liures,
elles foyent tenues pour fuffifanjment figni.
fiees & venues à la cognoiflance particulière
de tous ceux à qui il appartiendra, fans qu'ils
en puisent prétendre caufe d'ignorance. Si
vous mindons&enioignôsque desprefentes
noz lettres de congé &permifsionJYousfouf-
friez & laifsiçz ladite expofante iouïr ,& vfèr
plainement&p4iu"blement,fansperrnettreluy
elèredonnç aucun empefchement au contraire,
Carteleftnoftreplaifir- DônéàParislçcjuin-
fiefme de Feurier,Lan de grace ;67.Et de no-
ftre règne le fepciefme.
Signé Camus. En cire Jaune.
Par le Roy à voilrc relation.
*r 3
A TRESHAVT,
ET TRESILLVSTRE
SEIGNEVR, FRANÇOYS
de Mandelot, Seignear de Pafly Cheualier
de l'Ordre du Roy, & Lieutenant general
pour fa Mtieftc, au païs de Lyonnois, &
Beauiouloys,en rabfence de Monfeigneur
le Duc de Neraours-.Antoynette Peronner,
fa treshumble fèruâcc délire faluc & félicité-
Onfeigneur combien que
la cominuelle experience
que nous auons de momét
à autre, en cefte ville de
Lyon, du comble de voz trefrares ver-
tus, reluyfans en toutes voz actions,
auec vne finguliere prudence & indi-
cible integrité enradminiftration du
gouuernement de noftre ville & pais,
m'ayent fouuent efguillonnee ( pour
n'apparoiftre ingrate )àcherchcr tous
moyes pofsibles de vous pouuoir don.
ncr quelque tefmoignage de ma part
( comme font tous les vertueux ) de la
fouuc
fouuçnance & frefchc memoyre que
i'ay, de l'extreme & perpétuelle obli-
gation, dont noftre pofterité vous fera
à iamais redeuable, par la feurté, 8>c
tranquillité en laquelle par-voftre di-
te prudence & admirable vigilance,
auons eifé conferuez durât fes laman-
tables guerres ciuilesdece Royaume.
Toutesfoys,laconfideration de voftrc
grandeur, & la cognoiffance que i'ay
de mon ignorance & petitcffe, m'ont
retenu la main iufqncsàceque les ef-
feds de l'extreme douceur>courtoifie>
& gracieufeté, dont on vous voit iour-
nellemét receuoir, & ouyr, les plus pe-
tirs m'ont fait mettre en arriere toute,
hôte & crainte fcruile,pour vous faire
prefenter,cefte petite arre ou marreau
de l'afFe&ionnee feruitude que ie vous
ay vouee, Monseigneur, comme a ce-
luy que i'ay cognu eftre le vray azile,&:
affuré refuge des pouresvefues char-
gees d'orfelins ( au nombre defquelles
il a pieu à Dieu me côflituer.) Etcom-
bien que l'œuure fcmbie eilre indigne
de venir en public fouz la faucur de
**4
voftrc nom.à caufede'la petJtçflè,Tou-
cesfoys deux principales confidera-
tions, m'ont enhardie de la vous de-
dier, chafcune defquelles m'a femblc
digne de trouuer grace enuers voftre
feigneurie, eft fuffifante pour effacer
le reproche de témérité que ie pour-
rois,ce faifant encourir. Dont la pre-
miere eft la cognoiffance certaine, &
intention du Tradu&eur;qui au oit en-
treprins la publier fouz voftrc nom ac-
compagnant fimprefsion d'vne Epi-
ftre Liminaire, qu'il vous auoit vouée,
mais preuenu de mort n'amis
dont i'cuffc cuidé faire grand faute
contreuenir à fon deffein, irritant con-
tre moy les efprits heureux comme di-
foyent les anciens. La feconde & prin-
cipale confideration qui m'a meuàcc
faire,aefté, eftant contenu en ce pe-
tit Liure vne admirable inftruction à
toutes fortes de perfonnes, pour fe
pouuoir heureufement conduire &
gouucrner, en cefte vie humaine ac-
compagnée de tant d'incommoditez,
qui caufent en icelle, la corruption de
noftrc
noftrc naturc,5c les trauerfes de la for.
tune.Eceftant ladite Inftru&ion cfcri-
te des fa naifl'ance en Lagage Grec.Par
excelent & tant renommé en pruden-.
ce, & cognoiffance des fcienceSjMarbï*
Anconin Empereur de Rome, qui ceft
acquis le nom & cilerc de Philofophe,
pour l'admirable follicitudc qu'il a
montrée auoirdurant toute fa vie, en
faits,&dits,&efcrits. Nonfeulement
de bien viure, mais aufsi d'enfeigner Ie
chemin à tous fes fubiecs, & autres qui
fe voudroyent ayder de fon labeur, de
cours de cefte
vie, pour paruenirà celle qui eu éter-
nelle: comme on peut voir par cèpe-
tic Liurec prouenu de la forge d'vn fi
grand&: fi feauanc Monarque,que i'ay
voulu publier en Françoys pou faire
participans ceux de noftre nation, qui
n'ont cognoiflance duditlagage Grec,
Desïneftimables&merueilleux thre-
fors de fapience y contenus, lequel i'ay
voulu accompagner, & authorifer de
7 voftrefaueur,quieftcscogneudcchaf
cun,qon feulement faige,&: vertueux,
• mais
1
mais la mefme vertu, &rfagcflc m'af
feurant pour cefte occafion,que voftrc
nom fi Illuftre & recommandable,veu
aux premières pages de ce Liuret,ren-
dra toufiours le Lecteur affectionné &:
defireux de voir ce qui y eft contenu.
Dont apres ie 'm'afleure il fe tiendra
pour grandement obligé & redeuable
a voftre feigneurie-, Ayant fenty le
fruidt de la levure d'iceluy, comme ie
feray de ma parc;- Monfcigneur, s'il
vous plaie auoir aggreable ce petit pre-
mierfruidjderafFeétiontres ardante
qui eft en moy, & tous les miens de
vous pouuoir faire treshumble &: ag-
greable feruice. N,'ayant efgard ( s'il
vous plait) à la petite/Te, & indignité
du don cftant comparé à voftre gran-
deur, ne à la rudeffe de ce mien eferic,
mais à la bonne volonté de celle qui le
vous offre. Auec toute humilité ac-
compagnée del'afleurance d'vne per-
petuelle feruitnde, laquelle produira
cyapres fes fruits, plus dignes de vo-
ftre Seigneurie, en toutes les occa-
fions, &: moyens qu'il plaira à Dieu
luy
îuy donner. Et cependant ne ceflerâ
'de fupplier fa diuine maiefté,
Monfeigneur qu'il luy plaife vous
continuer & augmeter de plus
en plus fes faintes grâces, auec
parfaire fanté, & accroifle-
.ment de tout bon heur &; féli-
cité. De Lyon ce quinfiéme
-l ^n Feurier 1570. Par celle qui
feraàiamais.- .<
Sei-
& Extrait de Sudas.
Arc <zAntonin eft re-
nommé en tout d'a-
uoir ejlé
Il fuji premièrement
auditeur des autres- de SextHS
Béotien Philofophe :k Rome ?al-
lant voir enfamaifon3 *vn nom±
me LyciusfamiLd Herode Athé-
nien ^RJoeteur alloit aufsi vers
iceluySexte. Ce Lyciw rencon-
trant vn Tour Marc oAntonin,
qui alloit vers ledit Béotien 3 luy
demanda, ou il alloit £$ la car4f
de ce, 3 <i5%Carc lul rcfyond. Il eft
(dit il) bien feant aux vieux
d'apprendre. Tarquoy ie m'en
*vay à Sextm afin d'apprendre
ce que ie nefcay encore. Lors Lu-
cius leuant les mains au ciel 30
foie il (dit il) R oy des 7\£mains
ia vieux hante vndoffeur 'por-
tant vn Hure mais mon Alexan-
dre efi: mort ayant tant feulemet
trente deux ans ce Marc coin-
pofa X 1 L Liuresdefa 'vie: v
ET
• II eft plus facile s efmerueiller
fous filence que louer comme il
appartient Marc Roy des %o-
mains. (ar aucune eloquence ne
pourroit comprendre o moins
exprimer par paroles [es vertus.
Car dés fon ieune aage ildrela
tellemet vne vie traquille ferme
& confiante que ïamais l'on ne
ruid changer vifage ou couleur
par crainte ou volupté. Ils louent
les Stoiciens Philofophesfur tous
autres & les enfuyuoit en ma-
nieredeviure éf doéïrine. L'e-
¡prit diceluy fu) tel en ieunejfe
que Adrian t'Empereur penfoit
fouuent de luy faire cefion3t$
tranjport de lafuccefsw de fera-
pire. aM "au veu que au parauant
ilîauoitfeïoles loix adopté. Tuis
il luy garda la fuccefsion il vou-
lut toutesfoys que la fuccefsion
de [Empire paruint à Marc [on
eftatj 'vefquitfimodefiemêt^qull
ne fe préférait à aucun ^ne [me du
populos de Rome. JMefmes ne
changea il l'ejj?ritpar l'adoption
de la race: voire efiant ejleué Em-
pereur t$ qu'il gouuernoit tout>
il ne monfbra aucunfigne d'ar*
rogance, ainsfufl libéral en bien
faifant. Ilfufi attrempé & bon
engouuernant les peuples^ Pro-
I
INSTITVTION
DE LA VIE HV-
AINE. OV LA VIE
DEM. ANTON1N
PH I l O S O-
P H E.
LIVRE <P REM1E%.
'Ay apprins de mon ayeul
Verus*à e/rrepaifiblc,&
debonnaire & m'abfte-
nir d'ire.l'ay vsé de la bon-
ne réputation, &cftime de
mon pere *pour mcdret
ter modeste & meurs
contenantes a l'homme. l'ay enfuyui ma me-
re «en dcfir,& ementederamour.&obeiT-
fance deuë Dieu & en libcralité.Dauan-'
tage en me gardant non Ceulement de faire
quelque lafcheté, mais aufsi d'y penfer. Ou-'
tre ce ie l'ay imitée en contentement,& fobric-
té de viure laquelle eft tref-eloignee de toute
luperfluité accopaignant richeue. I'ay apprins
de
Annius
Vcnis Ca-
pitolin.
Annius
Vertu.
Domiu'a
Caluili.
*àquoy
nature no'
oblige iou-
XK lai i-D.
de iuft. Se
iur.
i INSTITVTION DE
*1.5-C.de
ptoi'cf. qui
invrb. Cô-
Homere
cher. Cicc-
:o ij.de Di.
uina.
• mais plii-
{loft 11 pu-
nir Xeno-
phô.s.Cyri.
c'cft vain
ezerdcc
qui nni-
fcnt à icu-
fteflc. plato
in Protège
r».
plato !n
Corgij.
de mon bifayeul ¥ à n'aller aux ieux publies
ains auoir de bons precepreurs en la mai-
Con & quil ne me failloiccn cecfpargner au-
cune defpence. l'ayapprins de celuyquim'a
nourri à porter patiemment trauaux & a me
contenter de peu, Se à m'employer à œuures,
&à ne m'entremefler de beaucoup d'affaires,
& à ne reeeuoir volontiers calomnie. l'a
apprins de Diognetus à ne mettre mon defir à
chofes vaines, &inutiles,&de ne croire à ce q
difenr les affronreurs, & ioucurs de paite pane
en leurs charmes, & enforcelemens^'à à ne
ne conuoiter femblables choies. A endurer
patiemment ce qu'eft franchement dit & à
m'addonner du tout àphilofophie,&-àouïr
premieremenr Bacchius:en après Tandafidés,'
& Marcian & à eferire dialogues en mon en.
fance:àvfer fouuent de grabat, & de pcllice,
& d'autres chofes apparrenans â la drfcipline
grcque-Par le confcil de Rufticus ie penlîs que
mes meurs auovcnr befoin de &
d'ornement de vcrru, & qu'il ne me falloir en-
fuyuir Ies Sophiftes « & a n'eferire contem-
plarions: Il m'admonneftoir de n'aunir que
faire de déclarer petites oraif>nscxhortatoi-
res &denemon(irerpar vaine glnireleft-m-
blanr,d'vn hommelabouriew. Dauintageà
m'abfleni'r de Rhrtiriq:ie Poelîe ,& d'a-
ftrologie à nVfer de vedemens &r femblab'es
chofes en la maifon:& qu'il me failloit Gm-
̃̃• .55 -̃- plement
t A V I E U VMAIN1 J
a z
c pîcment cfcrire epitlrcs: qu'elle eft celle que
i'ay enuoyé à ma racre à Sunellc. En oucre qu'il
me failloit montrer appaisé & facile en par-
lant à ceux qui m'ont Eafché,ou offensé en
quelque choie quand ilsvoudroyentrctour-
i; ner à leur deuoir,& qu'il faut diligemment li-
re, & qu'il ne faut totalement
penfee foigneufe foit fufhfantc.il m'a aufsi ad.
de ne m'accorder de leger auec ba-
biWars,& à Lire les commentaires d'Epi&c-
5 tus qu'il m'a communiqué. Apollonius m'a
enfeigné 1 enfuyure liberté & fermeté cer-
tainc:&den*auoir(çaut(ôit peu) mon regard
autre part qu'a droire raifon & d'eflre tout
ioursvn melmeen gnefucs douleurs,en la per-'
te demesenfanslonguesmaladies.àcellefin1
que ie conterapîafle euidemment en vn vif
exemple vne mefrae perfonne pouuoir cftre
d'vu rrefdur courage, ou lafchc&rrefmol.
Dauantage de ne me montrer fâcheux, ne
difficile quand l'apprcndroyedodrinermais
que ie printrc gatde à l'homme qui clWroit
publiquement,ou diroit qu'experience,& le
pouuoir d'enfeigner fciences citrele moindre
de Ces biens. Cutrcceilm'aapprinsàaduifèr
le moyen de receuoir bien faits &plaifirsde
mes amis voire tels qu'ils les eftimcnt,à fin que
receu,le plaifir.ne fufsions rendus viles, &
de peu d'eflime, ou que lefdits bienfaits ne
turent mis fortement à mefpris ou paflèz fouz
filence, I'ay apperccu en Scxtus courtoiiic,
l'exemple
•appel»
Philofo-
phî noble
par Au. Gel
lclib.i.ca.
18.
*c'cft la
loy. Cicer.
libro i. ies
loix priufe
en pene-
ral pour k
droit.
Difciple
quel doit c-
flre.
4 IKST1ÎVTION DE E
L'hamme
quel doit
«Ire,
c'ell vne
c6porltio.l
non con-
ucaable.
'Xcnoph.
CDHieroo.
sôccîUI
qui fjnt il-
fûs des pre
mien Se»
niimrs T.
Liu;!ib. l
l'exemple d'vne maifon dreflèe felon le iuge-
ment d'vn bon pere de famille, le moyé de vi-
ure félon nature vnegrauité & conftacenon
feinte, vne fageffe ptompte en pouruoyant
auproffirdelcsamis.vnegrarieuferéenuersle
populaire, fans arrogance. p'ou s'enfuyuoit
que fa familiarité eftoit plus foucfue>& douce
que route flatterie & que ceux auec lefqucls il
tenoit pour lors propos l'auoyent en grand
reuerence.Ec(qui plus ell) il monftroitla fa-
çon d'inuenter,& dreffer parordrelesenfei-
gnemens neceflaires àl'vfagedelavie. Outre
plus, il nemonftrok aucun figne de courroux,
d'efrnotion d'esprit, aucunes pafsions neluy
trauerfoit le ccrucau ainsefloit d'vne nature
treshumaine, l'ay apperceu en iceluy vne re-
nommee honefte fans vanterie; vn fcauoir de
beaucoup de chofes fans oftentation. Iepre-
noye garde à Alexandre Grammairien, qui
s'abflenoit d'aigres reprehenfions & qui ne
chaftioit ignominicufemenr celuy qui auoit
barbarcmenrparlc,oufaitvnfol(rciftnei*qui
auoit dit chofedifcordanre:ainsprononçoit
d'vne bonne grâce ce ,&c ainû qu'il failloit di-
re tout ainfi comme fi enrefpondancilcuft
donné fon aduis ou communiqué auec vn au-
tre ou corrigeoit la faute cnuucrtement &
cautement .l'ay apprins de Fronto à cognoi-
tire de quelle enuie, varicié & feinte eft en-
fuyuic tyrannie 10 &que ceux qui font appel-
Iez Patrices *font plus irjlumains que les au-
tres..
U VII HVMAIJfE Ç
très. l'ay apprins d'Alexadre Platonis à ne di-
re,ou cfcnrc fouuenc à aucun que ie fuis em-
pefché linon que la necefsiré m'y contraint.
Pareillement aufsi à ne refuferplutîeurs foys
à mes familiers ce à quoy fuis tenu au dcuoir,
prenant couleur fur mes affaires me predanc
de pres. Catulctn'apprintàn'auoir à me/pris
la plainte d'vn amy voire quand elle feroic
fans raison ains à le
grâce :& à publier de tout mon pouuoirles
louanges de mes précepteurs, ainli que Domi-
tius>& Athcnodotus récitent. H m'aaufsien-
feigné qu'il faut que i'ayme mes enfans l'ay
apprins de monfrerc Seuerus àaimermes fa-
miliers »verité,& iuftice Par le moyen d'i-
celuy i'ay cognu Thrafee, Heluidie, Caro,
Dion,& Brutus (qui font tous ,exemplcsde
vertu). Il m'a outre ce donné confeil à faire
vn deflèin pour façonner vne Republique en
laquelle toutes chofcsfuflèntgouuerneespar
loix equitables, & mefmedroit": & à faire
(diie) vn deflèin d'vn regne auquel rien ne
me tuft plus cher que la liberté de mesfub-
iccTrs. l'ay prins garde en luyeftântvuidede
fouci & chagrin, ayant fermeté en l'honneur
de philofophie, & à garder largeflè & hbe-
raliré perpétuelle, & à bien clperer & à me
promertre pour cerrain l'amour des amis &
ne tenir caché ce pourquoy l'on n'aime quel-
dégarnis à
ne prennent coniccture fur fon vouloir mais
'ce q mon.
fîre I. Pol.
Droit con-
fcillintl.8.
D. quod
metcaof.
qui s'tc
côpagncnc
l'»ne l'au--
tre Hier. 4.
Se (ôtfeon
Horaee lib.
r.Carml.
qui font
les nerfz de
la rcpubl.
Ciccr.de le
gib.
commun
àcousludi
Dian in no
ad. conflit.
i.Sc fans Eu
re acccpu'5
de r«fon»
ns.
♦Xenrpho
en Cytus.
6 .INSTITUTION DE
Hldiuete',
mcfprifce.
Moyen cc-
nu.
Pcrfcnerîr
au côclud.
*quitftref
fc« de iu:K
çcciIvd cô
nundemft
de droit i.
lO.D.iLiu
fti.&i:ir.&
Qrpheusin
Uyoi. |
•eftredefcouucrt & cogneu.Maximus m'a en-
horré à me gouuernerïelonqu'ilm'amonllré
l'exempter à ne me hafter inconiidereemenc,
& à auoir bon cœur rant en maladie, queau--
tres mefchefs>& à auoi rat rrempance, careflc>
& gtauité:& que i>accompliUè(fansmefat
cher)ce qu'auray encreprins. Il difoit que ceux
àqui il a parlé, &euquelqueaffàireonrcreu
qu'il parloir Se faifoit lans fraude, & félon
que[on cœurfentoit. Ildifoit dauantagequ'jl
ne s'eftoir étonne,ne esbahi d'aucune chofe?
ne iamais s'être
troublé:& n'auoir eu tropdetriftelTe,oudc
ioye:& n'auoir efte de(piteux ne colere,ne
fou(peçonneux,ainsfaifantvolonriersplaihr>
& auoir eftépaifible& véritable :& auoir plu-
ftoft monftré n'erre peruers ne d'cfprit [or-
tueux,que correction & n'auoir mefprisé au-
cun »& auoir eflé liberalcmentrecreauf. i'ay
appercea en mon pere grande courtoifie,
vne perfèoerance en ce qu'auoit eilé vne foys
diligemment canclud & arreflé, l'ay cogneu
en luy vn mefpris de vaine gloire & des
chofes que l'on cuide eftre honneurs ôctou-
tcsfoys ne le font. I'ay (diie)apperceu enluy
vn grand de labeurs, continuation d'i-
cefuy. Il efcoutoit vo!onn'crsccux,quipou-
uoysnt apporter quelque profit à la Repu-
bliou;. Il per/èueroit fermement en bail-
lant à chacun le fien *fe!on fon cftar & Tsge
maintien, il droit trefexperc à congrioiihe
tA VIE HVMATNE. 7
a 4
quand il failloit s'enaigrir & faire ardente
pourfuice ou pardonner. Il reprimoit les a-
inours fols* des ieunesgens. Toutes fes pen-'
fees cendoyenc au profhc & auancement du
bien public. Il pardonnoit.oucxcufoirceux
quieftoyét tenusfoupcr auec luy, ou luy faire
compagnie. Ceux qui ne luy auoyenc tenu.
compagnie (obftant leur neceflaire, & légi-
time empefchemenc) le trouuoyent toufiours
vn mefmc. Il s'enqueroit diligemment & con-
stamment és confeils de ce qui pouuoirren-
dre proffit & ne s'arreftoit,ne tenoic à chafquc
pcnfèequifcprefentoit. Il enrretenoit amitié.
Il ne s'ennuyoir defes amis, & ne lesacqueroit
par furcur. Il remettoit en foy tous fes affaires
d'vn vifage ioyeux. Il prouoyoit de loin aux
choies futures, voire auant toute œuurc aux
chofes de petite importance & ce fans ef
meure. Il oftoit tous eferiemens toutes'
flacccries.il prenoie rouliours garde à ce qui'
cltoie neccflàirc pour le magiftrat. Il auoit
r Coing nerefufoir dire'
ou aranguerpour latuition de telles chofes. Il
a doroir Dieufansfupertfition. Ilnes'acque-
toit la bonne grace deshommesparplailirs,
ne dons &: ne cherchoit la faueur d'iceux:
ainseftoir fobre en toutes choses, ferme, & en
nul lieu mcllcant :&-n'c(loitdeiïreux de nou-
ueauté. Il gouucrnoic libera!ement & fans
ftrrogince le* biens de furtune feruans à la
corara
Xenojh.
S.C>i.
•dccefte.fa
çôd'clcritx
clt pulé in
l.j.C. deve-
tcriicJi.il
'̃ INST1TVTION DE
fi defquels
parle l.i. D.
de iufli.&
iur.quifonr
expliquees
1. Aie.
Sr. <e%x &̃
D.de exctt-
ïat.
♦ de boire,
te manger,
commodité de lavie,&envfoic,commefiil
les deuft toufiours auoir & non auec foli-
citude>& ne les dcfirer,s';l en euft eu défaut.
Aucun n'a dit qu'il fut fophifte ou efclaue
n'ay en la maifon:mais!au contraire qu'il eftoie
homme prudent, parfait ,fans flatterie, & qui
pouuoir gouuerner non feulement luy mais
aufsi les autres. Il auoiten honneur ceux, qui
faifoyent profefsion de vraye philofophie
aux autres il ne leur a reproché aucune cho-
Ce. Au refle, il eftoie en conuerfacion fami-
lière, humain fauory fans mefpris, nedef-
daing. lI rraitoit modereemenc fa perfonne
non qu'il futpourtanttconuoiteux de vie ,,ou
d'ornement de beauté mais, cependant il
n'en eftoit négligent. Parainfin'auoitilbe-
foin de beaucoup de drogues, ou fomentation
de medecine. Il full: trefrenommé en ce qu'il
cedoir & donnoir, fans enuie Icgain de diC
pute à ceux quiauoyent le fcauoir d'aucune
chofe comme d'oratoire, d'hiiloire, de loix,de
coutumes > & d'autres femblables chofes.
Mais qui plus eft s'employoit à ce qu'ils
obtinrent louange des chofes cfquelJcs ils
cftoyent excellens. Et quand il drefToic
fes affaires félon la maniere de faire des fes
anceftres,il ne tafchoit de paruenir à ce
mefme à fin qu'il fut veu auoir obferué ce
qu'il iuoir eu des anciens. Outre ce il ne-
ftoit inconftant,nc léger d'cfpric ains auoit
ac
1 A VIE H V M A I N E. p
a f
accoaftumés'arreftcr en mefmes lieux,& affai-
tes. Apres que les trefgrâdes douleurs de refle
eftoyér paHècs}il reroornoit tout frais> & alai-
gre à fa befoigne accouftutuee.il tenoir peu de
chofes fècretes & ce que touchoit les affaires
publics tant feulement.il efloit prudét & mo-
deréenfaifanueuxpublics,baftimés,prefens>
& telles autres chofes. Par ce qu'il confideroit
pluftoft ce,d'ou l'on pourroit tirer profil r,que
louange. Il nVfoitd'eftuues en temps nôcon-
uenable. Iln'eftoit conuoireuxdebaftimens,
ne de vellemens riches tiflèuz, ou teints. Bref
il n'eftoit curieux de braueté. Ses meurs n'e-
ftoyentaucunemec accompagnées de cruauté.
Il n'eftoic effronté ne violent: ains eftoyent
toutes fes façons de faire bien propres, & de
bonne grace rout ainfi comme fi elles auoyent
eflé penfees & dreffees à loilïre/tant accôpa-
gnees d'vn gentil entrelacs de fermeré,& dou-
ceur. Au moyen dequoy l'on pourroit bien à
propos dire de luy ce que l'on raconte de So-
crares.qui pouuoit s'abftenir &iouïr des cho-
fes dcfquelles plufieurs, à caufè de leur incon-
ftance ne fe peuuent abftenir voire en iouïï-
fant & fe gardoit de l'vn & de l'autre vice de-
meurant neantmoinsfobre. Jlmonnraen la
maladie de Maximus ce qu'eft d'vn homme
entier & non vaincu de pafsions. l'ay receu
de Dieu bons ayeuls, bon père, bonne mère,,
bonne fœui-,bonsmaifîresàm'inftruire,bons
dornefticques bons parens, bons amis. Bref,
tout
gés de bif.
JO INSTITUTION DE;
Homcrc
Ui. :.«.«.
dcîloii.li-
Oie j.
equ'on
l'indarc
en les py-
thies.
il X=ooph.
lib J.Cy.'i
pzi.
touteschofes bonnes. Ioinr.que en chofeaucu
ne ie ne les ay orFenfcz:iaçoir quei'aycftc telle-
ment piqué, que Ci l'occafion tè fuflè prefcnrce
i'c-uflè commis tel cas. Mais par le bénéfice de
Dieuilcftaduenu queien'ayeftc furprinsen
cela. Ieconfefleaulsi eftrcgrandemcnttcnuà
Dieu de ce que ie n'ay longuement efté nourri
chez la concubine de mon ayeul. Ie rend gra-
ce à Dieu de ceque i'ay eflé fubiede, & obcïf-
fine au prince, & à mon père, qui me pou-
ijoir abattre tout orgueil, &monftrerquccc-
luyqui viten cour peut s'abftenir de garde de
corps,de vcltemens peints, de marque dema-
giarats, de ftatues de certaine forte & de
toute fuperfluitc:ains doit pcnferluycllre loy-
̃ iible de foy reueftir d'habir prochain de celuy
qui n'eften eftat aucun &qu'vn rabaiflèment
peur apporter vneexcellenre renommee aux
Princes defireux de gouuerner vne Republi-
que.Ie remercie Dieu de ce que i'ay eu tel frere
qui m'a peu efmouuoir à eitre foucieux de
moymefme, & prendre plaifir en l'honneur,&
amitié qu'il meportoit.Ie fuis grandement te-
nu à Dieu de ce que i'ay eu des enfans demon-
firans figne de future vertu Se addroits de
corps. le rend graces à Dieu de ce que ie n'ay
beaucoup auancé en Rherorique, Poche, &
rels autres eftudesqui meuflèntempeiché de
paner plus outre fi i'eulle cogneu y auoir prof-
tiré. le remercie Dieu deeequ'ay à temps mis
en autorité ceux qui m'onc nourri ce qu'ils
me
L A VIE H V M A I N E. If
mefembloyenc fouhairerrccquei'ay fait des
monicuncaagc,&nc les ay attraits par vain
cfpoir. le remercie Dieu de ce qu'eflant efpris
d'amouri'ay roùfioursobeï à droite raifon. le
me fuisfouuér courroucé maisfgraces à Dieu)
ie n'ay fait chofèdonr je mepuiflè repentir. le
rens outre ce grâces à Dieu de ceque ie n'ay eu
faute dargent coûtes & quanres foys que l'ay
voulu aider quelque poure,& foulager quel-
que fouffreceux Se que ie n'ay eu befoin de fe-
cours d'autruy.Deceaufsi.quei'ay eu vne fem
? meforrobcVilânte&qui m'aimoit blé & fans
feinre- De ceque ay eu toufîours ceux que i*ay
nourri, les reputans tels efquels ie pouuoyc
bailler à fiance la charge de mesenfans. De ce
qu'ay couHours trouué remedes, voircen dor-
mant, cotre diuerfes maladies.Lors que l'eilu-
diay en Philofophie,iene ( grâces à Dieu ) ren-
contray onques aucun Sophiftc ou autre qui
ni'aitcnfcignéà refouldre fyllogifmes. Quant
a moy i'ay cogneu la nature du bien, par ce
qu'il eft honnelrc.l'ay cogneulanature du mal
par ce qu'il eft vilain Scdcshonncfte. l'ay co-
gneu la nature de celuy qui a forfait parce
quelle m'eft prochaine, & fort femblab!c:nô
que ce foit vne mefme chair, ou femence,mais
parcequclleeftparticipantedepenfre&dV-
iiediuinc parcelle: tellement que iene pour-
roycou (pour mieux dire) deuroye eilre of-
fensé par aucun. Aucun ne me pourra mettre
fusqu'ayj. commis vilenie, ou deshonnoftetû
aucune-
courroacts
vous niiii
ne pcch:z
point dit
l'efci itère
Ciinûe.
Touihica
alôJcàce-
luy quidâ-
nc auxpo.
ur:s.
Ciccr»
potuul.}.
KJtnre a
i.ja p-rja
ugr rntre
\zi hônicl
1 p.dcio-
fluS: in-
tt INSTITVTIONDB
1. fer-
nus.- D. de
1er. export.
*d.3.;nfi.
D.dc iuft.
&iu.
"Entcns les
liurcs des t
fcknccifri- j
uoks& v.i
nesMclouel
les cydefîiu
aeft'edit. (
•qoifaitpe
ebe ett ferf
à pecWl.fi.
C. d; fenc.
paff.Sc ain-
C le dit S.
Paul.
aucune. Certes ie ne me peux courroucer co'
rre ce qui m'eft fort prochain, & fembla-
ble. Car nous fommesrousnaizàcequcnous
nous aidions les vns les autres en noz oeu-
ures, & faits ainfi qu'vne main aide à l'autre,
&l'vn pied à l'autre, vne paupiere des yeux à
l'autre,& vn ordre des déts à l'autre. Parquoy
s'eft contre nature* fe contrarier, rebecquer
& fe courroucer l'vn l'autre- Quand à moy ie
fuis composé & fait d'vne petite chair, d'vne
petite ame,& d'vne penfee. Et pourtant il faut
iaiffer les liures, *&n'e(tudier plus: car il ne
t'efl loyfible ou bien pluftoftpar ce qu'il te
faut mourir. Mefprifetô corps par ce que c'eft
pourriture,perits os,&vn entrelaps ou liaifon
de nerfs de vaines, & arreres, commela coefle
d'vnefemme. Penfe qu'elle ea ton ame.Penfe
(di ie)à part toy,Es tu vieux ? Ne fouffre que la
principale partie de tô corps, qui eft l'ame foit
férue ou foir rauie,ou enuahie par vneeftran-
ge impetuofité. Porte patiemment route pre-
fente incommodité. Ne t'enfuys en cachetés
du défaire prochain. Les fentences de Dieu
font pleines de prudence mais le fortuit, ou
auétureeft accompagné de nature,&embrat
feméc des chofes qui font gouuernees par pru-
dence. D'illec iffenr toures chofes nccefsité y
adiou(îee,&Pvtilitéde l'vniuers duquel tu és
partie &(qui plus cil ) ce qu'eft du naturel de
l'vniuersj&qui appartient à l'entretien d'ice-
luy eft bon àvne chacune parcelle d'icelnv.Ics
tA VIE HVMAIHH..13
mutations de cléments, &chofes compofces
d'iceuxentretiennent le mondc.Cecy te fufti-
fe, & foit en lieu d'enfeignemcnt. Ne fois fou-
cieux deliures à fin que tu ne meures en mar-
monnant.mais pluftolt paifible, & rendant
grâces à Dieu de bien bon cœur.
Ouuienneroy combien longue-
mét iufques icy tu as delaifsé, &
n'as employé le temps que Dieu
t'a tant de foys allongé. Il faut
certainement q ue tu p rennes au-
cunetoys garde de quel monde tu és parcelle:
& de quel gouuerneurdu monde tu es venu:&
que aduifes aufsi à la fin future de ton temps
limité qui t'efchappera*fitu visenoyiiue^
té,& ne reuiendras iamais après que tu feras
raorr. Efforce toydetout ton cœur toutes
les heures à fin que tu accomplîmes ce que tu
asentremains ainiï comme il eftconuenable
au Romain, voire à tout homme y iointe vne
diligente& non faintegrauité,humanité,libe-
ralité,& iuftice. Ce pendzt deftorne ton efprit
de toutes autres pcnfèes-Cequetuferas ,fitu
fais vn chacun ton affaire de, ce que tu dois
mettre à execution ehimant que ce foit le der-
nier:Ci tu accomplis ( di ie ) ton affaire de forte
quc tu ne reçoiues n'y entremelles aucune va-
flité, aucunes fimulations nepafsions de ceux
qui
Mourant
rendre gra
eu à Dieu.
lob. 14.0.
*PUmf<to
in Cuo. U.
Entrtprife»
poarlniuiei
14 INSTITVTIOS DB
Dieu que
requiert de
nous.
RtpospoCr
Entnrde
eror qui
n7ont but.
qui dellournent les confeils, aucun amour de
fbymetme, (ans aucun mefpris& réprobation
des chofesqui font par vn neceffaire deliin
coniomtes à ce que eu dois faire. Vois tu com-
ment il y a peu de chofes par lefquelles l'hom-
me peut mener vne vie heureufe,voire fembla-
ble à la diuine?Car Dieu ne requiert autrecho-
fede celuy qui les gardera.Soishonteux,à mon
coeur mefprife toy. Car tu n'auras pas long
temps àtcprifèrtoytnefmc.Car la vie baille ce
à chafcun quand elle eft prévues finie. Ne te
porte donq reuerence: mais laiffe ta félicite au
penfér d'aurruy. Ne fouffre que tu foys mené
Çà& là par les chofes, qui aduiennent par de-
hors, mais te pourchafle repos afin d'appren-
dre quelque bien. Ceffe de vaguer. Il y aencor
vn autre erreur qu'il faut fuïr. Aucuns con.
fommez par les faits,de leur vie radottent par
ce qu'ils n'ont aucun but, auquel ils dreflènc
leurs efforts.&penfees.Celuy n'aefté rcmerai-
rement malbcureux,par ccqu'il nes'eftenquis
deeequ'eft aduenu à l'efprit des autres. Mais
ccluyqui n'obeVc aux caufes,& motifs defon
¿prit, ilc;tmiferable. Il faut donq auoir fou-
cenance de ces cbolès.C'eft quelle eft la natu-
re de l'vniucrs, & qu'elleeft la mienne:& com-
mclamienneeftdifpofêe à celle là, qu'elle cft
icellc partie da tout. Outre ce il n'eft aucun
qui t'empefche que tu ne face, &diecequ'eft
conuenable à nature de laquelle tu és partie.
Tbcophraile parlât delà comparaifon des pe-
LA VIE E H V M A I N E. IS
chés monftrevne
fererenfemble. Les péchés (dit ilphilofophi-
quement)qui font commis par couuoitife font
plus griefs que ceuxqui font commis par ire.
♦Parce que ccluy qui eft courroucé eftantfai-^
Ci de quelque douleur ell veu eftrc deftorné de
droite raiton. Ccluy qui pèche par couuoitife
cft vaincu parvolupté & eftimé plus immodé-
ré,& plus efieminc. Parquoyibon droit dit
iceluy Theophrafte par iêntencc digne d'vn
-Philofophe queceluyquiapechépar volupté
eftpius coulpable*que ccluy à qui douleur
auoitdonné caufe depcchérCcftuyauoitefté!
premierement offensé ,&s'cfloit courroucé
cau(e de la douleur. L'aurre peché & forfait
par fa volupté & couuoitife.Il faut que tu faite
tes affaires comme fitu penfois maintenant fi-
nirtavie. S'ily adesdieux,tu ne fouffre aucu-
ne incômodiré par la mort,car ils nete feront
aucunmal.
bien qu'il en ait,mais qui ne (êfoucient des
chofes humaines quel befoin cft il que Dieu
vefquit au monde vuide de prudence? Mais
certes, Dieu des choses humai-
nes & a laiGé en la puifiancede l'hommc de
choir es vrays maux. Et fi es autres chofes
À auoit quelque mal il y aproueu à fin que l'hom
t me n'y cheur. Mais par ce qu'il n'a fair l'hnm-
5. me mauuais, ne mefchant commeeuft il peu
rcndre fa vie pi us pire ? Certainement la natu-
re de l'vniuers n'a iamais receu tclerreur (ne
̃-̃M ;j^.w% par
rcg.iur..
l'iaro M*
log.ii. des
loii-.
I<S 1 N S T 1 T V T ION D
Commun
aux bons &
EUBlMtf.
Mort que
e'sft.
par ignorar.ce, ne certaine fcience, ne comme
ayant pouuoird'euirer maux, ou d'amender le
pecheuupar imbecilhre) que les biens, & les
maux aduiolènr confusément,ou femblable-
mentauxbons,&aux mauuais.Lamort,la vie,
l'honneur ledeshonneur, douleur, voIupré,ri-
cheflè poureté atrouchent les hommes bons,
& mauuais par mefmeraifon & moyen & ne
font ces chofes ne honneftcs,ne laides.Elles ne
font donq ne bonnes ne mauoaifes/ O com-
bien viftement font toutes chofes abolies, le
corps des hommes au monde leur mémoire à
jamais! 0 combien viles font toutes chofes
dignes de mefpris 0 combien elles font fales,
& ordes fubiectes à dcftru<£Uon,& à la mort! ie
di les chofes qui cheent fouz les fens,principa-
Jement celles, qui attrayent à volupté, ou qui
efpouucntent par douleur ou qui ont bruit
par leur orgueil.
Qu'efl: ce que la mort? fi quelqu'vn la voit
a part foy en pensée, & cogitation, & fepare
d'icelle toutes chofes qui fonc en elle certaine-
ment celtuy la n'ellimera autre chofe eftrc la
mortqu'vn œutire de nature. Celuyeft donq
enfant qui craint l'œuure de nature. Certes la
mortn'eft pas tant feulement œuure de natu-
re, mais aufsi elle profhtc Par quel moyen a
Dieu touché l'homme? ou par quelle part? Da-
uantage icelle partie comment eft elledifpo-
fee par c'cil attouchement. il n'cftchofeplus
iniferablc que celuy qui cerche foigneufemenr
̃'̃r- ̃̃- • enuir
1 A VIE H V MAI I N I. IT
b
cnuironnant,& qui ( comme l'on dit) fureté ce
qu'ett fouz terre & qui s'enquiert par conie-,
éture aux cfprirs
& ne cognoir qu'il fuffit à chacun fe prendre,
garde.à (on ame, & conurif'il la faut orner fe-
lon droit & raifon. Celuy l'ornera qui s'ab.
ftiendra de troubles d'eCp.rit de vanité, & de
courroux prenant caufe & oeçafion de ce que
fait Dieu,& les hommes. Ce que pieu tait
meere honneur,& louange à caufe de vertu:
ce que fait l'homme merite aminé à çaufe de la
parenté:quçlquefoysaufsi mérite pitié &com-
pafsion à caufe de l'ignorance des çhofes, qui
font bonnes, & mauuaifes lequel défaut n'eft
de plus grand eftime queceluyquiempefche
que nous nepouuonscognoiftrelebUncd'a-
uec le noir.Or combien que tu vefquines trois
mil'ans voire dauantage, fi cft ce qu'il faut que
tu te fouuiennes qu'aucun ne fe defmet d'au-
tre vicque de celle qu'il panée, Parquoy vne
longue, ou petite çfpaçe de temps en: vne meC-
me çhofe Car le temps prêtent çft vn mefme a
tous. Combien que celuy qui eft efcouléne
ne (oit lemefme que celuy qui eftperdu. Il
appert que le temps perdu eftvq point. Mais
quoyîon ncpeutpcrdreletempspafsc,nele
futur. Car comme perdroit il ce qu'il n'a pas?
II faut donq fe fouuenir de deux chofes. La
ptemiere que toutes chofes font de mefme for-
me de tout temps:& les peut on voir retour-
ner de là d'ou elles viennent par leur cercle &
nont
Erreur de
ceux qui la ̃
gent de l'e-*
fprit d'*tt»
truy.
18 INSTITVTIOMDB
Ame com-
ment alai-
die.
Bot «U l'hô
me.
û'ont entre elles aucune différence.
L'autre que celuy qui a vefcu longuement,
& celuy qui meure vittement qui
meurr ieune)perdent autant IVnqueiWre.
Car ils 'font tant feulement priuez du tenjps
preCent:veu qu'ils n'ont.que celuy rantfèu-"
lement. Or ne peuuent ils perdre ce qu'ils
n'ontpoint- Touteschofesgifenr enopinion
ce qu'appert parce qu'a efté debatu auec Mo-
nimus Cinicus. Or leprofit de ce qu'a efté dit,
eft cler, & manife(le,G aucun reçoit fafuauité
enrant qu'elle conuient à vérité. L'ame de
l'homme s'alaidit elle mefmes en maintes for-
tes. Premièrement, car entant qu'en elle giffc
c'eft vn defloignement certain &prefques vn
vlcere du monde. Elle seflojgne de nature
quand elle n'endurepatiemmcnt cequ'onluy
fait. Or font toutes les natures d'vn chacun en
vne partie de nature. Enapresquandl'amefe-
deftorne d'aucun elle le defdaigne pcurl'of-
fenfer qu'elle propre des courroucez. Troi-
fiefmement parce qu'elle fe laide vaincre par
douleur.ouvolupté.Quatriefmcmcntellefaic
& dit tout par faintc,& beau femblanr. Quin-
tement parce qu'elle ne dreflèàaucunbutfes
faits, ne efforts, mais fai tout en vain,&fans
auoirefgard à aucune fin, ne à ce qui s'en peur
enfuyure:attendumefme qu'il faut rapporcerà
quelque but & fin voire les chofes trcfpetites.
Orcll vne fin propofèe à l'homme, c'ert qu'il
enfuyue la raifon,& la loy. de la cité tref-an-
cienne
LÀVIEHVMAINE. 19
b z
tienne. Le temps de la vie humaine cftvnmo-
ment.nature couJate,& le fens obfcur.Tout le
corps fe.pouKir facilemct*. L'on ne peut aifé-'
ment cbgnoiftte qu'elle eftfortune:clleeft très
inceciaine,fomrnetoute>t0iît ce qu'appartient
au corps à la nature d'vn fleuue.La vie cft*vne
bataille & vne pérégrination. La renommée
après la mort eft vn obly. Qu'eft dôqque peut
mener feurement l'hommeiPhilofophie. Celle
cygift & confifte en ce que tu conferueton
ame fans fouilleure,& de mal, fi qu'elle foit vi-
ctorieufcdcs voluptés, & douleurs à celle fin
que tu ne face aucune chofe en vain,en fainte,
ou fauflemet &quetunetefoucicdeccqu'vn
autre fait ou laine. Dauantage que tu reçoiues
les chofés qu'aduiennent parfatal deflin ou
autrement comme fi elles eftoyentenuoyees
du lieu d'ou tu és venu Finalement que tu at-
tendeslamortd'vn cœur paifible,cômeeftant
des démens: defquels.vn chacun
composé. Maintenant s'il aduiencaucun mal
aux elemens contenans ces mutations def
quelles ils fc tournent entre eux fouuentesfoys
quelle occafion,ou caufey a il pourquoy nous
deuions foufpeçonner chofcmauuaife,ou ma-
lencontreufe du changement, ou diflblution
du corps vniuerfel, attendu qu'il eft fait félon
narure &ce queft fait félon nature, n'efl mau-
uais.Tout cecy aefte debatu àCarnontc*
LI
*Cic!ib.M
adHctcn. J
'Ioby.c*
Ville ea
Hongrie.
IQ INSTITVTIONDB
IIV^E. III.
Contfpla-
tion 2c fa
L ne faut pas confidçrer tane
feulement, que chafquetbur la
viefeconfomme,& la moindre
partie d'icelle cit incontinent
apres dclaiflèe mais aufsi que
combien que quclqu'vn peut viure longue»
ment}}] eft coutesfoys incertain s'il aura vne
mefmc intelligence pour cognoiftre les cho-
fes, & fi elle nous fournira de contemplation,
la fin de laquelleeftlefcauoir,& expérience
des chofes diuines & humaines. Ma is fi l'hom-
me commence à radouter, combien que ve-
ritablement ilal'eur, &foufle, qu'il [air nour-
ri,qu'il imagine,qu'ilfouhaite,& retienne tel-
les facultez fi en ce pourtant qu'en luy eft
cfteint le pouuoir.par lequel il pçurvfçr de foy-
mefme, & eftrc maiftre de fes pafsions &ne
peut rendre comte de ce qu'il doit faire. Ice-
luy pouuoir veut, & commande de mettre
cbafque chofe en fon rang, & de delibçrer de
laifier d vic&foy exercer à ce qu'il luy faut
faire.Il faut donc fehafter à ce non feulement
parce que la mort luy eft près, mais aufsi parce
qu'il eftdêfnucdel'intelligenccdeschofes de-
uant l'ilTuë de fa vie. Il faut aufsi prendre gar-
de que les chofès qui font accrochées comme
dependenres de celles qui font faitesparna-
ture, ont & rendent quelque giace. & récréa-
fion. Comme quand on pcflrit le pain nous
?» voyon
Iaviehvmaine: 1t
b
Voyons quelques parties d'iceluy eftre rorn-
pues ce qu'aduient aucunement outre là ma-
nière de faite.des boUlehgers tel pain toutet
foys a quelque bonne grâce & baille appétit
à la viande. Les figues nrcfrhes lors qu'elles
font meures font fendues & partântont vne
beauté particulière àinfi eft des oliiics tref-
rneures ores qu'elles foyent prefque pour-
ries. Maintenant fi quelqu'vn confidere â part
foy les eCpiz fe totttner en cotre bas, le fourcil
du lion fefcûme qui fort de la gueule d'vn
fanglier & autres femblables chofes il co-
gnoiftra que combien que telleschofesfont
cfloignees de beauté toutesfoys parce qu'elles
font naturelles& les enfuyuent,elles ontquel-
que grâce »& refiouïtlènt. Parquoy celuy qui
contemple attentiuement les chofes faites en
nature'il eftimera tout auoirefté fait parvn
bel agencement, & auec vne bien feance,voi-
re leur acceffoire. Et pour autant ilnepren-?
dra moihdre plaifir à voir les vrayes gueu-
les des horribles beftes que celles que les
peintres font. Il regardera. d'vn oeil chatte,
l'aage meurd'uvieux,&d" vne vieillc,& la fleuri
deieuneflë propre à l'amôur.U verra plufieurs
autres chofes efquelles plufieurs he croiront,
linon ceux qui ont cognoiffance de nature &
de fes œuurcs. Apres que Hyppocrates eut
guéri plufieurs de maladie, luy mefmes mou-
rut. Les Chaldeens ont prédit à pluiieurs la fin
de les
que
Efirt de cô
tcmpUuô.
ÎX INSTITUTION D H'
Plato în
Phtd.ouds
l'ame an
cômcDcc.
ment.
*c'eû le]
corpi. 1
que Alexandre, Pompée, &Ca:farcurent par
guerres ouuertes rafé plusieurs villes & que
moult grandes compagnies &
infanterie furent occiics,eax mefmes finale-
ment rûouriirét. Apres que Hcracliteeut beau-
coup traité de la nature des choies, & du brut
lement par lequel finera l'vniuers, luy hydro-
piqueapres auoir cftéfroré de fiance de boeuf,
mouruft. Les poux firent mourir Dernocritè.
Socrares *print fin par poifon.Mais à quelle
fin a efté ditcecy. Tu es entré en la vie, tu as
nauigé tu as efté porté par mer, va t'en. S'il
faut aller à vne autre vie il n'y aura illec rien
devuide à Dieu. Mais fi tout le fens en: allé,
volupté & douleurs n'auront plus lieu & ne
faudra plus s'afferuir à ce mefehant vaillèau.
Cequifert demeurera, fcauoireftlapcnfce, &
l'ame veu que ce vaiflèau cft terre, & pour-
riture. Parquoy ne concomme le demeurant
de ta vie à autre chofelînonàcequecu rap-
portes le tout à quelque commun proffit. Car
autrement,tu ferois empeftré d'autres affaires.
Car penfer que ceftquecefluycy,ou quecc-
ftuylafait&pourquoy,ouqu'jldif,qu'il brar
fe, qu'il penfe & eftre foucieux du fait d'au-
truy, cela nous fait tellement desborderque
nous ne prenons garde à nolre principalc
partie. Parquoy au rang de noz pensées il faut
fuir toute vanité,& principalement curiofité,
& malice. Il faut t'accoufturaereneequetu
t pca
I A V I E H V M A I N I. 1$
b 4
penfes tant feulement, à ce dequoy interro-
gué tu y puifle donner prompte refponfe,&i
franche>4^ÉH qu'il apparoiflè que toutes tes!
penfçés font fans dohpaifibles&conuenablc
à l'homme, Srque tu temonflreauoir en mef-
pris ce qu'apporte delc&ation & volupté ce
monftrant(diie) vuidc denoifes ,d'enuie,de
foufpeçon,& d'autres chofes: lefquelles fi tu
confefl'ois auoir tranfuersé ton cerueau il
faudroit que rurougifTes de honte. L'homme
donq reglé en cefte façon n'a befoine d'at-
tendre le nom de tresbon. Car il eft comme
facerdot & minière de Dieu & vfe de ce'
queeiften luy comme mis au lieu contenant'
choies facrees. Cela rend l'homme net & vui-
de de volupté, non corrompu par douleurs,
non touché d'appétit defordonné, ignorant
de malice>combatant en grandes batailles, (à
fin que les pafsions ne le ruent ius) de
iuftice.concent de ce qui luy adulent voire
far fatal deftin:ncpcnfantauxdits, faits ne
cogitations d'autruy finon entant qu'vne
neceCsité publique & très vrgente l'y con-
traint: & qu'efl ententif à ce qu'il doit faire
en ce qu'a luy touche ou luy eftdcftinépar
fatale ordonnance de l'vniuers à quoy penfe
continuellement. Car il cftime telles chofes
honneftes, & belles & croit pour certain les
choses que luy font aduenues eftre bonnes.
.Car chacun fait eft toufiours de mefme forte,
&cn
fpôdra prô Jt
ptemenu
L'hemme
fe exempte
de volupté.
14 1HST1TYTION DI
..il faut vi-
urcfelô les
coramïdc-]
ment de
Dira voyl
l'epiftrt Sm
Romains
chip.î.
Martial,
'ad Attnlû.
& en ameine vn autre auec foy. Ilaaufsifou-
uenance que tous hommes font parens &
alliez enfemble. Et poutautanWft4içnfeant
a la nature de l'homme d'auôir f6u'àr des
autres,&- qu'il ne faut eflimet bien, & n'auoic
en bonne réputation fihoa ceux qui viucwgj
felon nature Il a aufsi en mémoire les gom-
mes qui viuent félon nature,Se comme, ils fe
gouuernent dans leurs maifons ,8c dehors, &
qu'ilsfontiour, &nuit, &dequi ils s'accom-
pagnent. Il n'a cure d'eftreloué de ceux cy:
veu qu'ils ne s'apprennent eux mefmes. Ne
fais aucune cholè à regret ne maugré toy.
NefoufFre que tu foys retire en arrière, ne te
fouuenant de l'humaine focieté comme n'a-
yant bienpensé àl'affaire. Ne fois trompeur
en tes penfees,ne babillard n'entrepris beau-
coup d'affaires Car Dieu qui gift en toy eft
ton cheffoit que tu fois vieux ,ieune citoyen
Romain j & prince voire de celuy qui s'ap-
prefte, en forte qu'il attend bien equipé fon
<lefpart quand la retraite de fa vie fèrafon-
nec. N'aye besoin de fer.ement ne du tef-
moignage d'autruy. Aye toufiours vn vi-
fàgeioyeux,fi que tutepuiues paier du'fer-
uice eftrangcr &du repos qu'vn autre te pou-
roit donner. Il t'eft plus vtile eftre tout
droit qu'apres eflre tombé te releuer. Il te
faut mettre peine de iouïr de ce que tu rrcu-
ues en la vie humaine meiuIçur~quc iuftice,
IAVXBHVMAINH. il
b 5
Verité,attremp5cc,force,ou autre chofe meil-
leureque ton efprit,contét en foy,entanr qu'il
efl: mçilleODièlon droite raifon vfe ( di ie )
de ce'que tutrouucras plus excellent en ton
fatal deftin > &cs chofcs que fans ton choix te
font dellinces. Mais netefais, moindre qu'vn
autre fi tu ne treuues chofe plus excelléteque
toname, laquelle domine fur l'appctic&qui
examine les chofes veucs, qui fe retire des per-
fuafionsde(csfens,ainfiquedifoit Socrates,&
qui fe foumet qui procure pour les
homes fi que par ce MOYÉ il s'apperçoit des cho
fes inférieures & viles. Ne quite ( di ic ) la pla-
ce à vn autre en forte que ne puiflès préférer
iceluy rien & propre bien à routes chofes. Car
c'eft mefehamment fait mettre au deuant du
bien raifonnable, vne chofe de diuerfe condi.
tion à iceluy comme font les louanges du po-
pulas,principauté, richeurès,& recueil dévolu
ptez. Toutes ces chofes (s'il te femble bon t'y
addonner) prennent incontinent vnc grand
force, fi qu'elles font defuoyer du vray che-
min. Choifis ( di ie ) f ranchement,& fans fain
tifeeequ'eft meilleur & t'y tiens. Car ce que
profhte eft meilleur. Garde donq ce mefmes
s'ileft profiîtable par celle raifo/i entant, que
tu as entendement finon,reiette le entant que
tues animant Retien ton entier iugemenr:
moyennantquetuayesfoindencmbrafTerau-
cune chofe que te puifle trompir, & contrain-
dre à fauflerrafoy ,& defcouurir ta honte, &
à haïr
•c'cftàdi-
reloyBniL
lib.i.detrl
Ct.Hdeuif-
mi.
t6 rNSTlTVTIOTJD B'
Ameviclo-j
âorieuleic.
fahegctt. 1
«t'eft à dire.
Il mourra.
yoyiea]
cy acflbnj'
Iiurci2.£urj
la fin.
&- la loy di
to.
àhaïrautroy,àfoufpeçon,àmaudire,àn*muler
& faindre,& lbuhaiter cequi defirceftre voilé,
& couuert. Car celuy qui baill^in^jcraier
lieu j& la vidloire à fa iufte pcnfecj à fon^ne,à
la puiflànce de vertu, n'efinouuera aucuhûtra-
gedic,il ne gémira point-Il ne fefouciera quâièça
les hommes le delaiflèront il n'aura befoin de
raflèmblecd'iccux.Ilviurafanslefouhaicd'au
cune chofe :il ne fe fouciera s'il viura long téps,
ou peu. Car s'il luy faut incontinent faire de-
:fpart,il fera deflié fi facilemér comme fi auec
vne bien feancc, & bonne grâce il s'en alloic
exécuter quelque charge à luy baillée. Si tu
prens garde à ce feulpoint durant ta vie que
tes cogitations foyent de chofes conuenables
à la focieté ciuile,& humaine, tu ne trouueras,
en ton coeur aucune chofe corrôpue, fouillée,
ou orde.) Car la mort ne rauit encor la vie im-
parfaire ainfi que l'on pourroir dire d'vn
ioücur de tragédies qui s'en va la tragedie
n'eftantfinie.)Celuy(diie)netreuueraenfon
cœur aucune chofe feruilejfardec,liee,(èparee,
fubiete, ou cachée. Que la partie qui tient en
toy principauté, ne faffe dcflèin qui ne loir
conuenable à nature, ou à l'ordonnance de
l'homme iufte, & bon. Le deuoir & ofhce, ou
effesftde laquelle conflitution gifl en ce que
nous abfteniôs de l'autruy/ & que nous obeif
'fions à Dieu. Parquoy ( toute autre chofe mi-
'fe au loin) retiens ce peu en tamemoire,c'eft
qu'vn chafcun vit au remps prefent qu'eft le
point. Lcrcftedelavicouileft pafsc, ou ileft
L A VIE HVM AINli 17
incertain.Le temps qu'vn chacun vir,eft bien'
petit. L'homme ell effranger en la terre,ou an-
glet d-i celle ou il vit. La renommée voire tref
longue âpres-'la morteft trefperite chofe, & de
peu de durée :cntretenuc,"& confcrueepar la
foccefsion des homes aux voire ne Ce cognoif-
fans, voire,di ie,deceluyquicftmort long
temps y a. Il faut joindre aux commandemés
que i'ay cy defrus recité vn autre, c'eft qu'il
faut faire vne définition, ou defcription de la
chofe que combe en noftre pensée en quelque
temps que ce foit, par lequel moyen tu puiflè
traiter icelle pour cognoiftre quelle eft fana-'
ture nue, & comme elle eft feparee de toutes'
autres.En après quel eft (on propre nom:& de-
quoy elle eft compofec, & en combien de pars
elle fera des-affemblee. Car il n'y a chofeen ce
monde qui eileue plus le coeur par grandeur
d'efprit,& moyen pour pouuoir examiner aa
vray toutes Se chafeunes les chofes qui fepre-
fenrent à nous en ccftevie.qnc côtempler touf-
iours& examiner le tout en cefte forte, fin
qu'elle foie enfemblement apperceuë,àquoy
elle fert & proffite à chafque partie de l'vni-
uers,& quelle cftime il fautauoir non feule-
ment de l'vniuers, mais aufsi de l'homme qui
eft citoyen de la fouueraine cité. Çhj'cftce.cV:
de quels clemens eft fait ce qu'apporte penfee
en mon cœur? & combien de temps doit ce
perfeuerer? Par quelle vertu t'es tu ferui à ce?
n cepas efte de douceur .forccvcrité.foy ,3c
fimplic
*Iobl4.ch.
Moyen de
traia':r des
penlecs.
le INSTITVTIONDE
*S.Iaqu:
du.
moye! de
letenir &
entretenir
focieté.Or-
ph: auxhy
mnu.
I.*liorame<
foie tour-
jours preft.1
♦S.Ieâcha.-
i.de fon E-
Wngiic.
fimplicité,& de ce parquoy ie fuis plus idoynè
que les autres ? Il faut maintenant parler d'v-
ne chafcune d'icelles. Cela vient'dlttàagrnenç
& d'enhaut. Cela eft îflu de mon paren^ &
compagnon ne fachant qu'elle eft fa nature.
Quant à moy iel ay cogneu,& vfcvoloatiecqa
de ce,felon la loy naturelle de focieté. Iefais^
droitement conie&ure au milieu des chofes,à
fin que ie baille à chacun le hen,ainfi qu'il eft
raifonnable. Tu viuras bien iî en enfuyuant
droite raifftn, tu fais diligemmét, en fermeté,
&fans regret ce qu'eftfur le point d'cflre fair,
&fi tu ne mefle aucune autre chofeen l'affaire
entreprins & encommencé & par ce moyen
entretiendras ton ame pure, & nette ainfi que
fi maintenant il la te fallut laiffer:& fi tu conti-
nueainGenn'attendanc,&n'euitancrien,mais
content de ce q ue tu fais félon nature,& héroï-
que vérité en faits & dits. Et ne pourras eftre
:empefché par aucun. Or tout ainC qu'vnchi-
:rurgien voulant guerir vne foudaine maladie,
a fes inftrumens & ferremens prefts, ainfi dois
tu auoir preft & eitre bien promprement garni
des enfeignemens pour les chofes diuines&
humaines. Car tu ne aucune
chofe, fi tu ne la rapportes, & remets à Dieu.
•* N'erre plus: car tu ne liras plus tes memoi-
res, & papiers, ne les faits des Romains, Se
Grecs, ne tes recueils que tu as mis en referuc
pour t'en feruiren vieil/elfe. Parrant halte toy
d'aller à la fin delaiffanr tes vaines penfces:ai de
^s,; ̃̃-̃-̃ ""̃ ̃' à toy
t A V 1 E H V M A 1 N E. 2.,
il toy mefmes: car tandis qu'il t'eft l'oifible tu
n'as efgard à toy. Aucuns ne fcauent combien
de lignifiez ont ces raots>dcfrobcr,femer, ache
rcr,(crepofêiivoir que c'eft qu'il faut faire. Le
dernier defqucls.n'eit veu des yeux corporels:
mais par autre voir. Les fens font du corps;,
f affection du cœur,& les enfeignemés de l'en-
tendement. L'imagination d'aucune ihofe&
le voir nous font commun auec les beftes bru-
tes. Eftrc incité pour aflbuuirfes appétits ad-
uient aux beftes terribles,à ceux qui ont deux
natures, à Phalaris, à Nero. Auoir l'entende-
ment pour conducteur es chofes qui fe mon-
firent eftre du deuoir gift aufsi en ceux, qui
nient que Dieu foir, qui lauTcnt leur patrie, &
qui commettent tous cas vilains après auoir
fermé leurs portes. Si ce donques, de quoy
nous auons cy deuant parlé, eft commun à
tous, il s'enfuit tresbien que l'homme de bien
aquelque chofèparticulicrc.fcaupireftcndu-
rer volontiers ce qu'aduient voire par deftin
fatal ,éVde n'efmouuoir l'ame mife en la poi-
ftrine,& ne la troubler par la rrouppe des cho
fes veuës, mais l'entretenir en repos & luy
obéir conuenablemër, ne dire chofe efloignee
de veritc,& ne faire aucune chofe contre iufti-
ce. Si quelqu'vn des hommes ne veut croire
que tel homme vit fans dol modérément. &
en repos, il ne s'en courroucera ne fafchera
ne fe détournera du rentier
pant là, oudoitparuenir l'homme net & qui
JO INSTITVTIONDE
Retraite de
l'homme.
eft à requoy & qui eft facile à déniera qui
non contraint s'applique àfon ame.
Lljr RE
t Iaparne,quitiétennouspnh*
cipaucé, fe porte, & régit felon
nature, elle s'appareillera telle-
ment receuoir ce qu'aduient,
ju'elle fe ioint facilement, qucl-
que temps que ce foit, a ce qu'cftpofsiblc, &
permis. Carelle n'a matiere propre, ne parri-
culière à foy,maisauecvne certaine exception
elle eft rapportée à ce que luy eft proposé tel-
Jemér qu'elle prend pour foy ce qu'on luy of-
fre. Tout ainfi que le feu a plus de force que ce
que tombe au dedas dequoy vnepetkclampe,
ou chandeleeft tantofteftainte:mais vn grand
feu s'approprie ce qui cheoit au dedans, & le
confomme, & en croit. Il nc faut ricn faireen
vain & non autrement qu'auec contempla-
tion par laquelle le défaut de l'art eft rempli,
&comblé. Les hommes cerhenr communé-
mentlieuxpours'y retirer part, les champs,
les riuages, les montagnes. Et coy aufsi as ac-
eouftumé de fouhaiter telles chofes. Mais
quoy ? c'eft le naturel des ignorans,& hommes
de baffe condition. Il t'eft loylîble de te reti-
rer à toy mefmes à toute heure que bon re Cem-
blera. Car il n'eft lieu auquel l'homme fèpuifl
fe retirer (pour iouix de repos ) qu'à à fon en-
.j tende
U VIE HTHAlN!. 3I
dément principalemét celuy qui aen fby vne
tranquillité deiprit ayant au dedans toutes
chofesbicn ordonnces>& agencées. Retire toy
là d'yne fuites te renouuelle. Ayeen toy cho
fes qui te fcruenc d'elcmcns & icelles te dcli-
Orcront defacherie& terenuoyeront n'étant
malcontét de ce quoy te retournes. Mais de-
quoy éstumalconrcntîéstu marri de lamali-
ce des hommes ? Penfc à par toy qu'il faut ainfi
ordonner que les hommes font naiz l'vn pour
l'amour & cauCe de l'autre. Penfè(diie) que
prendre les chofes en bonne part eft partie de
iuftice, &que tels ne pèchent point volontai-
rement O combien en y a il, qui font morts,
& réduits en cendre naurez par in imitiez, hai-
nes & foufpeçonsl Et pourtant celfe donq.
Ton fatal delhn, t'eft il ennuyeux Réduisent
mémoire comme la prouidence a Ceparé les
parties de l'vniuers que nous montre que le
monde eft comme vne cité..Ce que touche le
corps te fafche il ? Prens garde à ton enrende-
ment,qui ayant reprins force iln'eftentremef
lé de 1 efpritefmeu aigrement,ou doucement.
Dauantage fouuienne toy de ce que tu as ouy
de volupté,& de douleur:& y confens.Vn peu
degloire te rend il foucieuxj regarde combien
foudeinement oubli efface toutes chofes-Con-
temple qu'il y a vne confuGon generale d'vne
part & d'autre:dc l'aage & temps infini. Penfe
côbien eft vain le fon de renommee, côbien
gr*4e_eft l'inconftâce & incertaincté des opi-
t ̃ nions,
Prendre en
^bône parc.
Ronôniet
vainc.
3*
INSTITVTIOK Dg
Le monde
eft cité.
nions, humaines, & combien eftroiteft le lieu
ou ces chofes font enclofes. Car la terre eft vn
point & ( qui pluseft ) vn petit atfgfes^i celle
eft habité. Penfe (diie) combien il y eba,ou
quels font ceux qui eclouëronr. Parquoyfpu-
uiéne toy dete retirer à la partie gifant en toy
& laquelle ic t'ay cy deuant montre & ayes
principalement cure que tu ne fois attrait de
couuoitife ains demeure en liberté en prenât
garde aux chofès, ainfi qu'il eft conuenable
l'homme à vn citoyë,au mortel. Tu dois auoir
deux chofes en main. La première, quelçs cho-
fes ne touchent point l'amemaiseftans affer-
mies hors d'icelle ayent leur durée, Les rrou-
blés iffent des opinions intérieures tant feule-
ment. L'autre,qu i toutes ces choses que tu vois
feront incontinent changees,& ne feront plus.
Penfe touGours en combien de changemens
tu asefté prefent.Certes,le monde (e change en
diuerfesmanieres mais la viegift en opinion.
Si l'intelligence eft commune aux hommes.la
raifon fera aufsi commune pour laquelle nous
auons cela commun, Si ces chofes font ainfi
raifon qui commande ce qu'on doit faire, &
fuïr,fera commune à tous, 8c confequemment
la loy. S'il eft ainû, nous femmes donq ci-
toyens, &confequemmenr participans d'au-
cune cité. D'où s'enfuie rresbien que le mon-
de eft comme vne cité. Car de quelleautre ci-
ré pourrions nous cftre communs au genre
humain Mais à fcauoir mon fi nous fommes
.>V capab
LA VIE HYMAINB^
c
capables d'entendement par le moyen decefte-
cité ou fi ce, ou>l'vfage de raifon, & de la loy
vienr d'ailleurs? Car comme nous auons en
nous aucunes parcelles rerrcftres venans ou
produites de quelque terre, & que l'humeur
ifsirt de quelque autre élément & que l'efprir,
la chaleur, & la nature du feu fortent vers
moy de chafque fontaine & Source, (car il
n'eit chofe qui ilfe & vienne de quelque lieu,
& qui ne s'en voifc en quelque lieu,) ainfi
l'intelligence nous eft donnee d'autre part.
La mort & la vie font fecrets de nature,
vne confu6on & meflange de mefmes ele-
mens. Finalement ce n'eft pas chofe de la-
quelle il faille auoir honte. Car ce n'eft con-
tre les caufes de l'animant ayant penfee, ne
la caufe de fa coropofirion & facture. Ces
chofes font ainfi & par ces caufes faites ne-
ceflairement. Mais celuy quine voudra ainfi
eftrc fait, face ainû comme s'il vouloitque
le figuier n'euft de fuc. Il faucquetuaduifes
qu'il te faut mourir,& les autres auùiyÔcqne
mefmes voftre nom ne demeurera gueres
après. Ofte l'opinion, la penfce du dommage ?
receu fera aufsi enfcmblement abolie metc
mes il n'y aura plus de dommage. Ce que ne
peu(1 rendre l'homme pire que foy mefme cc
mefinc n'empirera la vie &n'offcnfcranepar
dedans, ne par dehors. Nature a fait cela ne-
ceûàircmem pour le profit à fin que ce
qu'ad
Secrets de
nature.
Mort à tous
commune.
34
INSTITVTI ON D 1r
Orphe:
m Ce. Hy-
maes.
flix.Hora-
ce aux 0-
qu'aduiédroir,aduint iufternent.Tu trouûeraS
la choie eïrre amli à tu y prcHSgarde.lc d au/si
cecy eflre fait non feulement pour la coin-
fequencc& luyredescholesimaisàufsi'àcaufc
:de l'a. raiton de iulticc parce que baillé à
ebafeun le fien félon foneftar. Parquoypour-
fuis & continue d'y prendre garde ainti qud
tuascncoinmcncé. Et qu^y^ue tu face, fais
en forte, que y imgnant bonté l'on cog.iojilè
véritablement que tu és homme de bien:
Prens garde à ce en tous tes faits. Unefauc
pasque tu entendes ami» que celuy qui faic
rort, ou veut iuger & toy comme
il en eft d'aduis. Mais regarde plainemenr à
menr. il faut aubir toujours en main deux
chofes- L'vne que tu faces ccquec'cnhorte la
partie qui a fon règne fur coy & quiapou-
uoir de c'impofer loy & cepourlepr;)lît des
hommes. L'autre que s'il y a quelqu'vw qui
te vueille corriger ou dcilournerdequeltjue
opinionquetu changes d'aduis: moyennant
que tel changement mérite *foy de iufticc &
ce pour le profit pubfic 8c auancement de
1a rcpublique,& non pour vncvolupté,ou
vaine gloire. Es tu raifonnable ? pourquoy
n'vfcs ra de raifon Car quelle autre chofes
requiers tu quand elle fait fon deuoir. Tu
fçais bien qu'il te faut mourir aufsi birn que
la pairie de l'vniuers qui ta produit. Mais,
tz'jp. le
LA A VIE. HV M AI N I. tf
C i
le changement fait tu feras faifi & porté à
l'entendement qui eft fource des autres.
L'on void pluficurs grains d'encens mis fur
l'autal:mais l'vn cil plufloft furprins par le
fou, que l'autre. Dans dix iourstufèmbleras
ettre dieu à ceux qui maintenant t'eltiment
belle & cinge j Car eu te retires aux enfeigne-
mcns,& vcnerarion de la penfee. Ne pente
pas pourtant que ta vie (oit alongce d'an-
nées infinies. Car la mort t'elt prochaine.
Parquoy cependant que tu es en vie&qu'il
t'eft loyfible,mets peine d eftrc bon. 0 com-
bien de repos s'acquierr celuy qui n'afoucy
de ce que ton prochain fait dit, & pente.
mais feulement de ccqueluymefmcsfait:&!
qui met peine que fon fait foit iufte & lo)«-
liblc. N'aduife pas aux noires Il meurs jaioû,
que Agatho Poète le dit:mais tiensJ»i ligne
propofèe droitement fans aller ne çà, ne là.
Celuy qui defirc d'eltre renommé après fa
motc ? nepenfc point que ceux qui feront
mention de luy mourront voire ceux qui
viendront apres,& ce iufques a cc que lue-
nommée cfparfc parles hommes e/pouuentez,
& morts fera abolie. Dauantage mets le cas,
que ceux qui auront fouuenance de toy fo-
yent immortels &que parce moyen ta me-
moire fera Immortelle à quoy te profitera,
ou feruira cela foys mort, ou viuant ,()non
caufes de certain maniement. LailTe main-
tenant
«Ceptndà
qu: cous
auont le
temps. fil-
foas biédic
S.Panl.
ni verras
cy aprcs q
c'eft.
3<? INSTITVTIONDE
tenant le dondenaturenonconuenablcàcc
temps; nous en traiterons cy après. Tout ce
qu'eft beau eft tel de foy & s'accoraplift en
foy mefmes & n'a louange en partie. par-
quoy ce qu'eft loué n'eft ne pire, ne meilleur-
Ce que ie veut aufsi e(lre entendu des chofes
qui font appellees belles, ou bonnes par va
nom plus commun; parce qu'elles font faites
de matière ,& par artifice. Mais cequ'eft ve-
ritablement bon n'a plus befoin d'aided'au-
trechofe à fin qu'elle foie bonne, non publf-
que,la loy, verité, repos d'efprit, ou modeftie.
Si donq on louë vne de ces chofes icy fera
elle bonne pourtant ? Au contraire fi l'on la
meiprife fera elle pource corrompue, Se ga-
ftee ? Certainement fi l'efmeraudç n'eft louce,
elle perdra quelque chofe de fa bonté. Que
dirons nous dcror,dcriuoyrc»dupoulpre,
du glaiuej delafleur de l'arbrifleau En tout
fouhaicil faut auoir efgard à iuftice, & de
certainetc en toutes cogitations. Tout ce que
te duit & t eft feant (ô nature des chofes)
ce mefmes m'cil conuenable. Et neft chofe
qui ternir cnfkifon qui ne foittrop toft ,ou
trop tard. Tout ce que tes heures apportent
i'eftimeeflre mien, ie le pren pour mon fruit.
De toy iffent toutes chofes&fonten toy feule.
Se retournent àroy. Quelqu'vn difbit, 6 bien
aymee ville de Cectops Mais moy pour-
quoy ne dirayiedetoy ?O bien aimee ville de
Dieu,
IÀViÉHVMÀINfr if
c 3
Si ta as foing du repos d'esprit, fais (dit
il) peu de chofes. Car il n'efl chofe d'ou
l'on tire plus de profit* que faire ce qu'eft ne-
cedaire, & ce que la raifon de l'homme n'ay à
compagnie aime. Car cela produit tranquil-
lité d'efprit: non feulement en bien failànt
mais aufsi en faifant peu. Car fi quelqu'vn ode
le fuperflus & ce qui n'eft point neceflaire de
noz fairs & babil, celuy certainement iouïri
de plus gcand repos & fendra moins de trou-
bles. Et pourtant il faut aduiferen chafque af-
faire que nous-ne fcaifions chofe qui ne foit
neceflaire, Se qu'il faut cuiter non feulement
tous faits inutils:tnais aufsi toutespenfecs qui
n'apportent profit ,& parce moyen aucun aâc
fuperflus ne s'en enfuyura. Eflaye toy à fin
que la vie d'vn homme de bien s'accorde
conuienneauec toy. le di de celuy qui endure
patiemment ce que luy aeité defliné par l'or-
donnance neceflàire» & cft content de fes actes
iurles & de Ton eftat paiûblc. As tu veu ce que
deflus t'a efté dit? regarde ce quefuit. Ne te
trouble point, mais va rondement. Celuy qui
pèche & forfait, il pèche à foy mefmes. Si
quelque chofe bonne t'adulent, elle t'a eflc
defHnce des le commencement. Or veuque
la vie *de tous foit brefue il fautmertrepel-'
ne degaigner & s'acquérir maintenant droite
taifon & d'enfuiuir iu(Èice,& n'eftre lafche de
courage. Ou le monde cft fait &composé par
vn ordre certain, ou c'eft vne confufion de
chofes
*Iobi4.

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