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Itinéraire des ruines de Paris : Notices historiques sur les monuments incendiés

53 pages
chez les libraires (Paris). 1871. France (1870-1940, 3e République). 54 p. ; In-16.
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ITINERAIRE
RUINES
DE PARIS
NOTICES HISTORIQUES SUR LES MONUMENTS INCENDIÉS
Prix : 30 centimes.
PARIS
CHEZ LES LIBRAIRES, DANS LES KIOSQUES
CHEMINS DE FER , MARCHANDES DE JOURNAUX ET
CHEZ MADRE, LIBRAIRE, RUE DU CROISSANT
1871
PARIS, IMPRIMERIE ALCAN-LEVY, RUE DE LAFAYETTE. 61.
ITINERAIRE
DES
RUINES
DE PARIS
NOTICES HISTORIQUES SUR LES MONUMENTS INCENDIÉS
PARIS
CHEZ LES LIBRAIRES, DANS LES KIOSQUES
GARES DE CHEMINS DE FER, MARCHANDS DE JOURNAUX, ET CHEZ MADRE,
LIBRAIRE, RUE DECROISSANT.
1871
LES
RUINES DE PARIS
Que de crimes ! que de désastres ! Jamais drame plus terri-
ble n'eut un plus épouvantable dénouement! Si la Commune,
dans sa folie furieuse, a voulu laisser derrière elle des souve-
nirs durables, elle ne pouvait mieux choisir ses moyens. La
fin adignement couronné l'oeuvre qu'elle avait conçue, et l'in-
cendie de Paris, venant après le sac des églises, le pillage des
maisons, l'assassinat des prisonniers, a fait aux bandits de
l'Hôtel de Ville une auréole de flammes dont leur image restera
pour toujours environnée. Quand l'esprit voudra se reporter à
la funeste période que tant de forfaits ont remplie, il n'hési-
tera pas un instant dans ses jugements, et mettra de suite
les scélérats qui ont semé de ruines la plus belle ville du
monde, au rang des Erostrate, des Néron, des Omar. Paral-
lèles instinctifs, hiérarchie du crime dans lesquels le fou
d'Ephèse, le tyran de Rome et le barbare d'Alexandrie n'au-
ront certes pas la première place.
Aujourd'hui que Paris se repeuple, et que chaque jour ses
habitants et ses visiteurs vont en pèlerinage aux ruines de
nos monuments, il nous a paru opportun de publier cet opus-
cule, qui sera comme l'itinéraire de la voie douloureuse dont
chaque étape est marquée par un deuil de l'art ou de
la science. Nous suivrons, pas à pas, le promeneur dans ses
pérégrinations, et, nous arrêtant avec lui devant chaque
ruine illustre, devant chaque débris curieux à quelque titre
que ce soit, nous ferons en deux mots l'histoire de l'édifice
incendié.
L'HOTEL DE VILLE
C'est la plus grande perte que nous ont infligée les pétro-
leurs de la Commune. Au point de vue de l'ancienneté de
sa date et de sa valeur artistique, l'Hôtel de Ville était
certainement le premier monument civil de Paris.
C'est le mercredi 21, un peu avant l'arrivée des troupes
sur la place de Grève, que deux fédérés, restés à l'intérieur
de l'édifice municipal et pourvus des ordres du commandant
Pindy, ont livré aux flammes ce joyau architectural.
Le 15 juillet 1532, Pierre Viale, prévôt des marchands, en
posa la première pierre ; mais il ne fut terminé que longtemps
après, sous le règne de Henri IV, par l'architecte Marin de la
Vallée. Encore fut-il considérablement augmenté et surtout
déblayé des hideuses maisons qui l'entouraient, par ordre
de Louis-Philippe (1811).
L'histoire de ce monument est intimement liée à celle de
Paris. C'est là qu'éclata en 1538 l'émeute des Maillotins ; que
des fêtes furent données en l'honneur de l'entrée de Henri IV,
et que les trois cents électeurs nommés par les districts
parisiens dirigèrent les premiers événements de la grande
Révolution. Bailly, maire de Paris, y remit la cocarde tri-
colore au roi Louis XVI. Citons encore parmi les faits mémo-
rables dont l'Hôtel de Ville a été témoin : l'arrestation de
Robespierre (27 juillet 1794) , les fêtes du mariage de
Napoléon Ier avec Marie-Louise, et le baptême du roi de
Rome; la résistance intrépide des Suisses de la garde royale
en 1830 ; enfin, la noble attitude de Lamartine, en 1848,
alors que, membre du gouvernement provisoire, il repoussa
ce même drapeau rouge au nom duquel, vingt-trois ans
plus tard, l'Hôtel de Ville devait être détruit!
La disposition intérieure de l'Hôtel de Ville n'était pas
moins admirable que son aspect extérieur. On y remarquait,
entre autres salles : celle du Trône, avec deux magnifiques
cheminées sculptées sous Henri IV ; elle était éclairée par
douze lustres ; celle du Zodiaque, ornée de sculptures
de Jean Goujon ; celle du Vote, décorée d'un plafond monu-
mental ; celle des Arcades ; le salon Napoléon, au plafond
duquel M. Ingres avait consacré sept mois ; la galerie des
fêtes ; les salons de la Paix, des Cariatides ; la salle Saint-
Jean, etc., etc.
La façade de l'Hôtel de Ville , décorée de statues des
illustrations parisiennes, n'a pas été complètement détruite.
Il en est de même du pavillon principal, dont une grande
partie est à peu près intacte, au moins extérieurement.
MAIRIE DU IVe ARRONDISSEMENT
Cette mairie a sa partie du côté de la rue Vieille-du-Tem-
ple incendiée, la façade principale et les côtés sud et nord
n'ont reçu que des projectiles; il en est de même de la
caserne Napoléon, fortement endommagée dans l'angle
nord-ouest.
PRÉFECTURE DE POLICE
La Préfecture de police n'était que provisoirement installée
dans l'ancien hôtel de la Cour des comptes et devait être
transférée dans les nouveaux bâtiments du Palais-de-Jus-
tice et faire corps avec lui.
Bâti en 1504, le vieil hôtel de la cour des Comptes était un
des plus curieux monuments de cette époque. Il fut incendié
une première fois en 1730, et rebâti sur les plans de l'archi-
tecte du roi.
Là demeurèrent les premiers présidents Lamoignon ,
Maupeou, de Mesmes, d'Aligre, de Mollé, d'Ormesson. Plus
tard, sous la Révolution, cet édifice servit de demeure aux
maires de Paris. Pétion fut un de ses hôtes.'
Il ne devint, qu'en 1800, l'hôtel des préfets de police.
— 9 —
L'incendie allumé par les communeux a trouvé un élément
redoutable dans le dédale de constructions en charpente qui,
depuis quelques années, réunissait les locaux de la préfec-
ture aux appartements du Palais-de-Justice.
Outre la perte du monument, on déplore encore celle
d'une partie des archives, et, entre autres trésors, d'un
recueil original d'une valeur inestimable, la collection
des documents pour servir à l'histoire de la grande Révolu-
tion. En même temps, une autre collection presque aussi
précieuse, celle de tous les journaux publiés à Paris depuis
deux cents ans, est devenue la proie des flammes.
LE PALAIS-DE-JUSTICE
Le vieux palais a peu souffert, mais, de la partie neuve,
qui avalu à son auteur le premier grand prix d'architecture,
il ne reste qu'une ruine navrante. La poivrière d'une des
tours a été enlevée. A l'intérieur, les belles peintures de
Lhémann et de Robert-Fleury, qui décoraient les salles, ont
été supprimées par l'incendie.
La pecte eût été plus grande si le feu avait dévoré l'anti-
que asile du Parlement, où dorment tant d'imposants souve-
nirs.
La Sainte-Chapelle a été également préservée. Comme
par miracle, ses murs, constamment léchés par la flamme
du foyer voisin, ont résisté à l'incendie. Sa flèche, brûlée
— 10 —
en 1630, puis reconstruite sous Louis XIV, détruite de nou-
veau en 1787 et restituée définitivement à l'admiration des
visiteurs par M. Lassus, n'a souffert aucunement.
RUE DE RIVOLI
Avant de passer au Théâtre-Lyrique , arrêtons-nous
un instant au milieu des désastres que le vandalisme des
insurgés a fait subir, dans ce quartier, à la propriété privée.
Rue de Rivoli, numéro 10, au coin de la rue Pavée-aux-
Marais, le Paradis-des-Dames a de forts dommages causés
par les projectiles.
Nos 91 et 93, entièrement incendiés ; ce dernier était fort
connu des consommateurs de l'eau de Botot : c'était le siége
de cette importante maison.
Contrairement à ce que divers journaux ont annoncé con-
cernant l'incendie des magasins de porcelaines et cristaux
de la maison A. Loisy, 6, rue du Louvre, nous sommes
heureux de pouvoir affirmer que cet important établissement
a pu être sauvé; les appartements seuls ont été détruits.
Le n° 79, également tout brûlé, contenait les vastes maga-
sins de la Société hygiénique.
Les nos 33, 35, 37, 39, 80, 82, 84, 86 sont complètement
incendiés ainsi que les nos 98 et 100. Ce dernier touche aux
grands magasins de Pygmalion, dont toute la façade don-
nant sur le boulevard Sébastopol est détruite.
— 11 —
THEATRE-LYRIQUE
Les fédérés y mirent le feu mercredi matin, 23 mai. On
raconte que, menacée de mort par une bande de communeux
chargés de cet infâme mission, la femme du sieur Mial,
concierge du théâtre , eût probablement péri dans les
flammes si, profitant d'une distraction de ses bourreaux, elle
n'avait eu le bonheur de s'enfuir.
La perte est énorme. La construction du Théâtre-Lyrique
avait coûté près de quatre millions à la Ville de Paris.
La plupart des décors et accessoires, restés au milieu de la
scène, à la suite d'une représentation récente, sont devenus
la proie des flammes.
SAINT-EUSTACHE. — LES HALLES
L'angle de la rue Montmartre est fortement endommagé
par les projectiles, et le clocher de l'horloge est détruit.
Le café de la place Saint-Eustache est très endommagé par
les projectiles.
Les Halles centrales sont percées à jour; il y a beaucoup'
de verres et de palettes à remplacer, dégâts fort légers ; il
aurait pu arrriver un plus grand malheur à ce quartier : la
perte de son curé ; mais, grâce au courage des dames de
la halle, inspirées par leur affection pour leur digne pasteur,
cette victime désignée par les féroces communeux a été
— 12 —
épargnée. Cette délivrance, dans les circonstances où elle
s'est opérée, honore autant celles qui en ont pris l'initiative
que celui qui en a été l'objet.
La rue Rambuteau a peu souffert. Au milieu des désastres
qui nous entourent de toutes parts, on éprouve un sentiment
de joie en retrouvant des monuments ou des maisons que les
journaux avaient signalés comme détruit
C'est ce sentiment que nous avons éprouvé en revoyant
intact et de bout le gigantesque magasin du Colosse de Rhodes,
si bien connu des Parisiens, et qui, par ses vastes propor-
tions, est une curiosité de la rue Rambuteau.
Ce qui avait donné lieu au bruit de destructiou de ces
immenses magasins, uniques dans leur spécialité, c'est la
barricade élevée à la porte, qui fut vivement attaquée et
vigoureusement défendue.
Ainsi les personnes qui ont à déplorer la perte de leur
mobilier dans ces trop nombreux incendies, pourront sur
l'heure et à très bon marché le remplacer; elle trouveront
des approvisionnements immenses pour tous les goûts et
pour toutes les bourses.
PALAIS ROYAL
Presque la totalité des appartements de la cour d'honneur
qu'habitait le prince Napoléon est en ruines; le côté qui
touche à la rue de Valois est complètement détruit.
— 13 -
C'est à l'incendie de ce monument qu'on a pu constater
l'acte de férocité des fédérés, dont les journaux ont publié les
détails ; tandis qu'on organisait la chaîne pour éteindre les
flammes, des tirailleurs de la Commune, embusqués sous les
arcades de la place, faisaient le coup de feu contre les pom-
piers et les travailleurs.
Ce palais, bâti pour le cardinal de Richelieu, rappelait le
séjour qu'y fit Anne d'Autriche en 1645; les émeutes de la
Fronde en 1618 et en 1651 ; le passage d'Henriette d'Angle-
terre; l'inauguration qui s'y fit de la première exposition des
Beaux-Arts. Il servit d'habitation au régent, Philippe d'Or-
léans. C'est aussi dans le jardin voisin du palais que Camille
Desmoulins, le 13 juillet 1789, souleva le peuple et donna le
signal de la première Révolution.
Les galeries du Palais-Royal sont heureusement intactes.
Pendant ce terrible incendie, l'émotion a été grande pour
les marchands, dont les luxueuses boutiques ornaient
les galeries du Palais-Royal, ainsi que dans toutes les rues
avoisinantes.
La rue de Richelieu, une de nos principales voies, n'a pas
moins été effrayée, principalement les habitants du n° 14,
car c'est la qu'on avait transporté les meubles de la prin-
cesse Mathilde.
Cette circonstance ne contribuait pas peu à augmenter les
craintes des locataires.
Dans cette maison est établi depuis longtemps un maga-
— 14 —
sin de chemiserie connu du monde élégant, et dont la
propriétaire est madame Loroue, successeur de l'ancienne
maison Longueville.
Cet établissement, dont la réputation de bon goût est
bien établie, n'a pas souffert, et sa nombreuse clientèle
y trouvera toujours réunis ces beaux choix de lingerie-
cravates et haute nouveauté.
Un fait curieux comme note historique :
Pendant les derniers jours de la Commune, le soir on obli-
geait les habitants du quartier à assister aux représentations
du Théâtre-Français, faisant croire de cette manière que
pendant qu'on se battait au dehors, au-dedans Paris con-
servait sa vie insouciante et se livrait au plaisir comme par
le passé,
BIBLIOTHÈQUE DU LOUVRE
Les amateurs de beaux livres, d'éditions précieuses, de
manuscrits rares regretteront à jamais cette bibliothèque ,
dont les collections étaient réunies dans un des plus jolis
pavillons du Louvre.
Tout l'intérieur a été brûlé. Les murs noircis par la
fumée, les cariatides qui soutiennent l'entablement de la
grande croisée, au-dessus du guichet, rongées par les flammes
d'un immense foyer, tout cela rappelle, par un spectacle de
désolation, le vandalisme sans frein des barbares que le
18 mars a vus envahir l'Hôtel de Ville.
— 15 —
Cent mille volumes étaient enfermés dans cette superbe
bibliothèque. Beaucoup avaient été la propriété de princes
ou de grands seigneurs français.
On y conservait aussi des recueils de photographies, d'a-
près les collections publiques ou particulières.
Près de là, la rue du Louvre compte deux maisons incen-
diées aux numéros 6 et 8. Le numéro 1 de la place du Louvre
est également détruit.
Les Magasins du Louvre ont couru mille dangers, mais
n'ont éprouvé que des dégâts insignifiants.
LES TUILERIES
C'est, après l'Hôtel de Ville, la plus grande perte que Paris
ait faite dans ce terrible incendie.
Du guichet de l'Echelle au pavillon de Marsan, et de celui-
ci au pavillon de Flore, ce ne sont que des ruines.
Par contre, le pavillon de Flore et les bâtiments neufs
allant jusqu'au magnifique passage, en face du pont des
Saints-Pères, sont presque intacts ; les toitures et quelques
pièces des appartements de l'ex-prince impérial sont seules
endommagées.
Les sculptures, statues, groupes et ornements de ces
superbes bâtiments, n'ont nullement souffert, et les appar-
tements situés au-dessous des combles n'ont pas cessé d'être
habités depuis la défaite des insurgés.
- 16 -
L'explosion du pavillon de l'Horloge a eu lieu le mardi
23 mai, à onze heures et sept minutes ; l'horloge venait de
frapper les trois quarts et a continué à sonner jusqu'à
minuit et demi. Cette horloge, qui a sonné tant d'heures de
joie et marqué tant d'heures d'angoisses, a donné l'heure
pour la dernière fois le mercredi 21 mai, à minuit et demi.
MINISTÈRE DES FINANCES
Ce monument est complètement incendié et écroulé. Tous
les matériaux de construction sont calcinés et éparpillés
dans leur chute, jonchant de débris l'emplacement de la
façade. On dirait la ruine d'un gigantesque Colysée.
On sait que ce vaste établissement public, l'un des premiers
qui soient tombés sous la rage des communeux, est compris
entre la rue de Rivoli, la rue de Castiglione, la rue du Mon-
thabor et la rue de Luxembourg.
Le ministère des finances était bâti sur l'emplacement des
jardins du couvent des Feuillants, démoli en 1804. La cons-
truction remonte à 1811.
On a pu sauver à temps une grande partie des archives de
ce ministère. Le Grand-Livre, dont un exemplaire avait été
emporté à Versailles, a échappé à l'incendie. Les stupides
Vandales qui ont commis tant de crimes croyaient, en détrui-
sant certains documents, désorganiser complètement les
services de l'administration. Il n'en sera rien, ces pièces
se retrouvent en double dans toutes les trésories générales
des départements.
COLONNE VENDOME
On sait que la destruction de la colonne d'Austerlitz,
élevée sur la place Vendôme à la gloire de l'armée fran-
çaise, est due à la proposition de Courbet, le peintre d'Ornans,
membre de la Commune. Cette exécution a été accomplie le
20 mai 1871, en vertu d'un décret émané du pseudo-gouver-
nement de l'Hôtel de Ville.
La colonne avait remplacé en 1810 les ruines du piédestal
de la statue équestre de Louis XIV, fondue par Keller,
d'après le modèle de Gérardon.
Le projet adopté par l'empereur pour la construction de ce
monument commémoratif était celui de la colonne Trajane,
dans des proportions grossies d'un douzième.
Une statue de l'empereur, en costume romain, surmontait
cet immense pilier.
Le jour de la rentrée des Bourbons à Paris, on entreprit:
de renverser cette statue avec des cordes. On l'enleva de la
colonne et on la remplaça par un drapeau blanc. Enfin.
Louis-Philippe commanda à M. Serre une autre statue qui,
cite fois, représentait le premier empereur dans le costume
que lui a. conservé la légende, avec redingote et petit cha-
peau. La hauteur totale de la colonne Vendôme était de 43 m
- 18 —
Elle va, nous l'espérons, être prochainement réédifiée. On
se rappelle le décret du chef du pouvoir exécutif qui a
ordonné cette reconstruction , avec la statue de la France
au sommet du monument.
Une chose qui étonne, c'est que les quartiers riches ont été
généralement épargnés.
Ainsi, la place Vendôme, entourée de riches immeubles,
n'a pas souffert pendant deux mois et demi d'occupation par
les troupes de la Commune.
L'Hôtel du Rhin, qui a abrité tant de tètes couronnées,
était nécessairement signalé au mauvais instinct des
communeux.
M. Maréchal, son propriétaire depuis plus de quarante
ans, a su, par son esprit des plus gaulois, maintenir et faire
respecter sa propriété par ces hommes qui ne respectaient
rien.
Lors du décret prescrivait la démolition de la colonne
Vendôme, ce vrai citoyen alla proposer au commandant de
l'état-major de verser à la Commune une somme de cinq
cent mille francs si elle voulait rapporter son décret.
Le chef d'état-major, après en avoir référé à la Commune,
lui répondit : « Si vous voulez donner un million, on verra. »
M. Maréchal communiqua à M. Barthélemy-Saint-Hilaire
cette proposition, et ce dernier lui répondit très judicieuse-
ment que la Commune empocherait le million, et, nonobs-
tant, démolirait la colonne.
— 19 —
C'est par l'Hôtel du Rhin que les troupes de Ver-
sailles purent prendre à revers la barricade de la rue
Castiglione, et ainsi délivrer le quartier de ce terrible
voisinage.
BOULEVARD DES ITALIENS
Le boulevard des Italiens, dans son parcour, n'a reçu
que quelques égratignures, quoique, pendant plus de trois
jours, li ait été sillonné par les obus et les balles.
Pourtant, quelques obus lancés de la Butte-Montmartre
ont atteint des maisons et causé des dégats considérables.
Nous citerons, entre autres , la maison numéro 20 ,
dans laquelle il en est tombé trois, et qui est habitée par un
de nos praticiens des plus habiles et des plus estimés,
M. Paul Simon, médecin-dentiste, qui a eu un éclat d'obus
dans son salon.
Disons que M. Paul Simon était malade des suites d'une
congélation contractée à Champigny, lors du siége de
Paris, en prodiguant ses soins aux ambulances volantes de
la Presse.
Sa conduite est d'autant plus méritoire, que son âge
le dispensait de ce service.
M. Paul Simon est lauréat de toutes les expositions.
Il a fait faire de grands progrès à l'art dentaire, surtout
pour les dentiers.
— 20 —
Le rétablissement de. sa longue et douloureuse maladie
nous a fait un sensible plaisir, ainsi, qu'à sa clientèle à la-
quelle il peut, comme par le passé, consacrer tous ses soins.
CHAUSSÉE D'ANTIN
Cette rue, barricadée près du boulevard par les fédérés
a soufert de nombreux dégats causés par les balles et les
éclats d'obus. On n'y compte point d'incendie.
Les communeux, — race de voyous aux bottes éculées, —
en voulaient à toutes les élégances. Il n'est guère, à Paris,
une maison prisée du beau monde qu'ils n'aient détruite ou
essayé de détruire.
C'est ainsi, nous a-t-on raconté, qu'ils ont tenté d'incen-
dier les superbes magasins de, la Ville de Lyon (rue de la
chaussée d'Antin, n° 6.) S'ils n'y ont point mis le feu, ils n'ont
point épargné sa façade, qui porte encore de très nombreu-
ses traces de balles et d'éclats d'obus. Mais, Dieu merci, ces
dégâts sont réparables, et la passementerie parisienne n'y
aura rien perdu.
LE NOUVEL OPÉRA.
Le nouvel Opéra, qui contenait des munitions de guerre en
quantité considérable, a échappé miraculeusement aux
désastres.
— 21 —
On frémit en pensant aux malheurs qui seraient arrivés si
les poudres amoncelées avaient faites explosion.
Tout le quartier aurait sauté.
Derrière et en face, place Halévy, le grand Restaurant-
Brasserie Neeser n'a eu que quelques glaces brisées.
Cette maison , si recommandable à tous égards pour
les familles, a pu conserver et servir sa nombreuse clientèle
qui, aujourd'hui, est heureuse d'y revenir prendre ses repas
et y boire cette excellente bière que, seule, elle peut offrir.
L'affluence des consommateurs et les nombreux équipages
qui s'arrêtent à cet établissement justifient cette vogue sou-
tenue.
Rue Auber, au Grand Hôtel, les magasins de l'Union
des Indes ont reçu un obus, dans une pièce de l'entresol.
Disons en passant, un mot sur les jolis produits de cette
honorable et ancienne maison, persuadés que nous sommes
que nos lectrices nous en sauront gré.
Les foulards des Indes ont la vogue en ce moment.
Toutes nos élégantes portent des toilettes en foulard,
sombres et simples, car la soie et le taffetas sont trop froufrou
et les vêtements voyants seraient vraiment mal portés en ce
moment où Paris est plein de ruines.
L'Union des Indes offre à sa clientèle quantité de ces
charmantes étoffes, et ses échantillons, qu'elle envoie franco
en France et a l'Étranger, sont d'un goût exquis et d'une
variété incroyable.

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