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Joseph Fouché,... jugé d'après ses Mémoires

45 pages
C.-J. Trouvé (Paris). 1825. Otrante, Fouché, duc d'. In-8 °. Pièce.
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DUC D'OTRANTE,
JUGÉ D'APRÈS SES MÉMOIRES.
DUC D'OTRANTE,
JUGÉ D'APRÈS SES MÉMOIRES.
( EXTRAIT DE L'ARISTARQUE. )
1 PARIS,
CHEZ C. J. TROUVÉ, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE DES FILLES-SAINT-THOMAS, N. 12;
ET CHEZ PONTHIEU , LIBRAIRE , ATI PALAIS-ROYAL.
MDCCCXXV.
DUC D'OTRANTE,
JUGÉ D'APRES SES MÉMOIRES.
(EXTRAIT DE L'ARISTARQUE.)
LE second volume des Mémoires-posthumes de
Fouché vient de paroître; nous l'attendions avec
impatience ; il nous tardoit de savoir si l'auteur
avoit pris à tâche de se justifier sur toute sa vie
politique, et s'il y réussissoit mieux pour la fin
que pour le commencement.
Hélas ! nous souhaitons que ce grand coupable
ait trouvé grâce devant le Dieu de miséricorde:
mais nous ne craignons pas d'avancer que c'est
en vain qu'il montre la prétention de faire révo-
quer par l'histoire le jugement porté contre lui par
ses contemporains.
« C'est avec cet écrit à.la main, dit-il, que je
« veux comparaître devant le tribunal de la posté-
» rite... Qu'on me lise, et l'on appréciera mes,
» vues, mes sentiments, et par quelle politique
» j'ai été guidé dans l'exercice des plus hauts
» emplois... Le seul moyen de rendre ces Mé-
» moires utiles à ma réputation et à l'histoire de
i
2
» cette grande époque, c'étoit de ne les appuyer
» que sur la vérité-pure et simple. »
Eh bien ! nous avons lu ; et si nous admettons
comme expression de la vérité pure et simple
toutes les explications qui sont données dans ces
Mémoires , il faut en conclure que Fouché pro-
nonce lui-mâme sa condamnation. C'est ce que
nous allons démontrer par une analyse rapide des
deux volumes.
Tout le monde sait que le début de Fouché
dans la carrière politique remonte au temps de
la Convention nationale. On sait quel rôle il joua,
comme représentant du peuple, en mission; quelle
part il prit aux massacrés de Lyon et aux persé-
cutions dont tant de royalistes furent victimes.
Il passe légèrement sur cette époque sanglante;
il ne parle d'aucun des faits que le Moniteur met
à sa charge; il ne dit pas un seul mot du siège de
Lyon. Voici comment il répond, en sa qualité
d'ex-conventionnel, à toute incrimination : « La
» Convention, malgré ses déchirements, ses excès,
» ses décrets forcenés, où peut-être à cause
» même de ses décrets, a.sauvé la patrie au-delà
» de ses limites intégrales. C'est un fait incontes-
» table, et, sous ce rapport, je ne récuse point
» ma participation à ses travaux. Chacun de ses
» membres, accusé devant le tribunal de l'his-
» toire, peut se renfermer dans les limites de la
3
» défense de Scipîon, et répéter avec ce grand
» homme : J'ai sauve la république; montons au
» Capitole en rendre grâces aux dieux. » L'im-
pudence de cette comparaison est assez frappante
pour que nos lecteurs nous dispensent de toute
critique.
Il éloit impossible de garder le silence sur le
plus énorme des crimes dont la conscience de
Fouché se trouvoit chargée, nous voulons dire
son vote pour la mort du Roi-Martyr. Voyons en
quels termes il s'exprime à cet égard : « Il est
» pourtant un vote qui reste injustifiable; j'avoue-
» l'ai même, sans honte comme sans foiblesse,
» qu'il me fait connoître les remords. Mais, j'en
» prends à témoin le Dieu de la vérité, c'était
» bien moins le monarque au fond que j'entendis
» frapper (il étoit bon et juste), que le diadème,
» alors incompatible avec le nouvel ordre de
» choses. Et puis, le dirai-je! car les révélations
» excluent les réticences, il me paroissoit alors,
» comme à tant d'autres, que nous ne pourrions
« inspirer assez d'énergie à la représentation et
» à la masse du peuple pour surmonter la crise,
» qu'en outrant toutes les mesures, qu'en dépas-
» sant toutes lés bornes, qu'en compromettant
» toutes les sommités révolutionnaires. Telle fut la
» raison d'état qui nous parut exiger cet effrayant
» sacrifice. En politique, l'atrocité auroit-elle
4
» parfois son point de vue salutaire?... » Il y
avoit quelque chose à atroce, sans doute, dans
l'âme de l'homme qui a pu tracer celte dernière
ligne.
Ne nous arrêtons pas sur le gouvernement du
Directoire Fouché fit alors-tout ce qu'il put pour
être employé selon sa haute capacité, mais il n'ob-
tint que peu .d'influence ;. aussi s'empressa-t-il de
se jeter dans les bras de Buonaparte, quand ce-
lui-ci revint d'Egypte, et contribua-t-il aux ré-
sultats de la journée du 18 brumaire.
Nommé ministre de la police générale, il jura
au premier consul de s'attacher à sa fortune, et
de si bien surveiller les ennemis de son pouvoir,
que personne n'oseroit conspirer. Nous convien-
drons qu'il montra beaucoup d'habileté dans ce
ministère, si nous devons nous en rapporter aux
éloges, qu'il se prodigue de sa propre plume : il
fut pourtant pris en défaut dans une circonstance
très-grave, puisque la machine infernale éclata
le 3 nivôse, et faillit écraser le premier consul sous
les décombres des maisons de la rue Saint-Nicaise,
sans que ce hardi complot eût été découvert par la
police. Le renvoi du chef de celte police devoit être
la conséquence d'un tel événement : Fouché fut
en effet renvoyé peu de temps après. Mais dans ce
temps-là, comme aujourd'hui, la disgrâce d'un
ministre avoit quelquefois son beau côté : BUQ-
naparte, voulant même éviter l'apparence d'une
disgrâce, supprima le ministère de la police, et
réunit les attributions qui en dépendoient à
celles du ministère de la justice, alors entre les
mains de Régnier. Fouché fut créé sénateur, et
investi de la sénatorerie d'Aix, à laquelle étoit
attaché un gros revenu. Buonaparte se montra
plus généreux encore ; en voici la preuve : «Le
» lendemain, je remis au premier consul un mé-
» moire qui étoit en quelque sorte mon testament
» politique ; il le prit de mes mains avec une
» affabilité affectée. Je mis ensuite sous ses yeux
« le compte détaillé de ma gestion secrète, et,
» voyant avec surprise que j'avois une réserve.
» énorme de près de 2,400,000 fr. : « Citoyen
» sénateur, me dit-il, gardez la moitié de cette
» somme, ce n'est pas trop comme marque de
» ma satisfaction personnelle et privée. L'autre
» moitié restera dans la caisse de ma police par-
» liculière, etc. » Touché de ce procédé, je re-
» merciai le premier consul de m'élever ainsi au
» niveau des hommes les mieux récompensés de
» son gouvernement, et je lui protestai d'être à
» jamais dévoué aux intérêts de sa gloire. » Bienï
heureux sommeil du 3 nivôse! quelle jolie petite
fortune faite en dormant! Une sénatorerie de
5o,ooofr. de rentes ! un capital de 1,200,000fr. !...
C'est beaucoup pour le républicain, pour le ni-
V
veleur de 1793 ; ce n'est pas assez pour l'insatiable
ambition du protée politique qui va bientôt bri-
guer les grandeurs du régime impérial.
Buonaparte veut se faire proclamer empereur
des Français ; il charge ses confidents de pressen-
tir à ce sujet les dispositions du Corps-Législatif,
et surtout celles du Sénat conservateur de la ré-
publique. Le sénateur Fouché voit sur-le-champ
tout le parti qu'il peut tirer de cette circonstance,
il s'empresse de devancer le voeu des chambres
et de la nation; il intrigue, Napoléon monte sur
le trône... On sent parfaitement que la nécessité
de rétablir le ministère de la police est démontrée,
et que le porte-feuille de ce ministère revient de
droit à Fouché, sous la condition toutefois que
les yeux d'Argus ne se fermeront plus au moment
d'une conspiration. Les cérémonies du couron-
nement se préparent, des ordres de chevalerie
sont institués, une nouvelle noblesse prend nais-
sance. Le ministre de la police de l'empire, qui
naguère regardoit le bonnet rouge comme la seule
décoration digne d'un Français, se coiffe du cha-
peau à plumes, se chamarre de croix et de cor-
dons; il sacrifie le titre de citoyen, pour accepter
celui de duc d'Otrante; il avoit juré de vivre
libre ou de mourir, il jure de vivre désormais es-
clave soumis du despote usurpateur. Mais gar-
dera-t-il mieux ce dernier serment ? Non ; de son
7
propre aveu , il à trahi plusieurs fois le maître
qui le combla de richesses et d'honneurs.
La première de ces trahisons daté de l'année
1809. Jusque-là, le bonheur prodigieux des
armes de Napoléon lui avoit garanti 'la fidélité
des agents de sa tyrannie; mais, dès que là Pro-
vidence eut Cessé de favoriser ses folles entreprises,
il éprouva ce que valent le serment de certains
d'entre eux, habitués à mettre la politique de
leur intérêt personnel au-dessus de tous lés de-
voirs. On n'a pas oublié comment alloient, à cette
époque, les affaires d'Ëspàgné, ni quels pronostics
lés hommes à vue longue pouvaient en tirer. La
prévision de Fouché lui inspira l'idée de travailler
à augmenter les embarras de Buonaparte, en lui
suscitant de nouveaux ennemis, et en l'obligeant
à diviser ses forces. Ici, c'est encore lui qui parle :
« Je confesserai que, pénétré de la nécessité de
» prévenir la réaction de l'Europe , et de sauver la
» France par la France, les événements de 1809,
» c'est-à-dire là guerre d'Autriche et l'attaqué des
«Anglais sur Anvers, n'étoiènt que les premiers
» moyens d'exécution d'un plan de révolution qui
» avoit pour but le détrônement de l'empereur.
» Je confesserai aussi que j'avois été l'âme de ce
»plan, seul capable de nous réconcilier avec
» l'Europe, et de nous ramener à un goùvérne-
» ment raisonnable. Il demandoit le concours dé
8
» deux hommes d'état, dirigeant, l'unie cabinet
» de Vienne, l'autre le cabinet de Saint-James ;
» je veux parler du prince de Metternich et du
» marquis de Wellesley, à qui je venois d'en-,
» Voyer, à cet effet, M. de Fagan, ancien officier
» au régiment irlandais de Dillon, que son carac-
» tère insinuant rendoit propre à une mission si
» délicate, etc. » Ainsi donc, un ministre de l'em-
pereur correspond en secret avec les puissances
étrangères pour former une coalition dont le but
avoué est le détrônement de l'empereur! Il puise
dans la caisse des dépenses de son ministère pour
soudoyer des émissaires chargés sans doute de stir
puler le haut prix qu'il entend mettre à sa défec-
tion!... Une telle conduite passe toutes les bornes
de ce qu'on est convenu d'appeler politique. Mais
quel fut le résultat de cette trame odieuse, soit
pour Napoléon, soit pour le ministre prévarica-
teur qui en avoit conçu le plan? L'attaque des An-
glais sur Anvers n'eut qu'un succès momentané ;
la guerre d'Autriche ne dura que peu de mois, et
fut suivie du mariage de Napoléon avec l'archidu-
chesse Marie-Louise. Quant à Fouché, le secret
de sa correspondance à l'extérieur ayant été dé-
couvert par la contre-police, il tomba dans une
disgrâce qui, cette fois, fut complète, suivant sa
propre expression. Sans doute les preuves ac-
quises contre lui ne se trouvèrent pas assez fortes,
9
et il se garda bien de faire alors la confession que
nous venons de transcrire; carie maître, si cruel-
lement offensé , n'eût pas manqué de le traduire
en jugement, pour tirer une vengeance éclatante
de sa perfidie. Buonaparte néanmoins ne l'en
tint pas quitte pour une simple destitution : nous
voyons qu'il le nomma gouverneur des Etats ro-
mains , mais avec la bonne envie de le faire arrê-
ter par-delà les Alpes. Dieu sait ce qui s'en fût
suivi!... Fouché soupçonna le coup qui le mena-
çoit , et, rendu à Livourne, il s'embarqua sur
un navire américain pour se réfugier aux Etats-
Unis.... Qui le croirait?.... Cet homme à grande
capacité, à grand caractère, cet homme qui se
dit né pour sauver les empires ou pour les bou-
leverser à sa volonté, n'eut pas la force de sup-
porter le mal de mer : à peine les premières nau-
sées se firent-elles sentir, qu'il supplia le capitaine
de. le l'amener au port. Jadis, lorsque Marius_,
proscrit, voulut passer en Afrique , ce ne fut pas
le mal de mer qui le fit relâcher à Minturnes ; il ne
fallut rien moins qu'une irrésistible tempête!...
Quoi qu'il en soit, après avoir remis le pied sur la
terre d'Italie, le burlesque imitateur de Marius
ne jugea pas à propos d'attendre le soldat cimbre
chargé de l'immoler à la haine de Sylla : il prit
le parti de négocier une réconciliation ; il fut
assez heureux pour trouver une nouvelle Fannia
10
( la soeur de Buonaparte , la princesse Bacciochi ),
qui lui donna l'hospitalité, et intercéda pour
lui : il obtint l'autorisation de rentrer en France,
et de vivre tranquille dans sa terre de Pont-Carré,
avec une fortune plus que triplée, dit-on, pen-
dant les cinq ans qu'a voit duré son second mi-
nistère.
Echappé ainsi au châtiment qu'il avoit mérité
par son ingratitude, comment Fouché va-t-il
rendre hommage à Ja clémence vraiment surpre-
nante de Buonaparte?... Il saisira la première
occasion qui se présentera de le trahir encore!...
En effet, en 1812 , pendant la campagne de
Russie, la conspiration de Malet lui fournit Cette
occasion, ou plutôt, s'il faut l'en croire, c'est
lui qui, ri sté derrière le rideau, fut l'âme de la
conspiration de 1812, comme il l'avoit été de
celle de 1809. «Toute cette conspiration n'étoit
» pas dans la tête de Malet; la pensée en étoit
«royaliste, et l'exécution républicaine. » C'est-
à-dire (car l'auteur des Mémoires explique, mais
un peu longuement, ce qu'il entend par ces
mots), c'est-à-dire, des royalistes songèrent les
premiers à profiler de l'absence de Buonaparte
et des désastres de sa campagne de Russie, pour
opérer un soulèvement en faveur de la légitimité ;
Fouché en fut informé, et il se joignit aux roya-
listes, mais avec l'intention de faire tourner le
11
mouvement au profit des hommes de la révolu-
tion ; Malet, zélé républicain, n'étoit qu'un ins-
trument mis en action par Fouché, etc. «On étoit
«convenu de la création d'un gouvernement
« provisoire, qui devoit être composé de MM. Ma-
» thieu de Montmorency, Alexis de Noailles,, le
» général Moreau, le comte Frochot, préfet de
» la Seine, et un cinquième qu'on n'a pas nommé.
» Eh bien! ce cinquième, c'étoit M. de Talley-
» rand, et je devois moi-même remplacer le gé-
» néral Moreau, absent, dont le nom étoit là
» comme une pierre d'attente, pour satisfaire ou
» pour diviser l'armée. Quant à Malet, instru-
» ment précieux, il eût cédé de son propre
» mouvement le commandement de Paris au gé-
» néral Masséna, qui, ainsi que moi, vivoit alors
» dans la retraite et dans la disgrâce. » Il paroît
que Buonaparte ne se douta jamais que son ex-
ministre de la police eût trempé dans cette cons-
piration; autrement on ne concevrait pas qu'à
son retour de Moscou il l'eût laissé tranquille
encore à Pont-Carré; on concevrait bien moins
qu'il se fût exposé à la troisième trahison dont
nous allons parler.
La campagne de 1813 est ouverte : Buonaparte
établit son quartier-général à Dresde. Là, tout se
prépare pour une guerre défensive; car le temps
des conquêtes est passé, et l'envahisseur de dix
12
royaumes ne peut se dissimuler qu'il touche au
moment d'une terrible réaction. Il voit venir
contre lui Russes, Autrichiens, Prussiens, Sué-
dois et Bavarois ; s'il perd une bataille, pourra-t-il
rentrer en France? Et, en supposant que sa re-
traite s'effectue, comment tiendra-t-il tête aux
vainqueurs qui le poursuivront, tandis que les
Anglais, les Portugais et les Espagnols, réunis,
s'avanceront de leur côté , après avoir franchi les
Pyrénées? Dans cette situation critique, il sent
qu'il a besoin d'appeler près de lui un homme à
grande capacité, un homme éminemment poli-
tique et diplomate, pour l'employer à rompre la
coalition de ses ennemis, ou du moins à opérer
quelque diversion qui les oblige à répartir sur
plusieurs points la masse effrayante de leurs forces,
Le duc d'Otrante lui revient à la mémoire; il
lui fait donner ordre de se transporter en toute
hâte à son quartier-général : le duc arrive sur
l'aile des vents :
Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie.
Le conspirateur rentre en grâce; il jure d'être à
l'avenir plus fidèle : il accepte la mission dont
l'empereur le charge, en le nommant gouver-
neur de l'IIIyrie. Celle mission avoit pour objet
de se rendre d'abord à Prague, d'y établir des
conférences secrètes avec les ministres des puis-
13
sances coalisées, qui s'y trouvoient alors réunis en
congrès, et d'employer toutes les ressources de
son talent pour rattacher à la cause de l'empe-
reur quelques-unes de ces puissances. Le négo-
ciateur clandestin devoit ensuite aller- prendre
possession de son gouvernement d'IIIyrie, et aussi-
tôt s'occuper des moyens de faire mettre en mou-
vement toutes les troupes dont il pourrait dispo-
ser en Italie, de concert avec Murat et Eugène
Beauharnais ,. pour attaquer du côté du midi
les Etals de l'empereur d'Autriche. Mais rien ne
se passa comme Buonaparte J'entendoit. Le duc
d'Otrante ? admis aux conférences de Prague, ne
songe qu'à prévoir le cas très-probable dé l'inva-
sion du territoire français et du détrônement de
l'empereur: il propose, ce cas advenant , de faire
proclamer Napoléon II , et de confier les rênes
du gouvernement, pour tout le temps de la mi-
norité de cet enfant, à une régence dont il sera
l'âme. Arrivé à Trieste , chef-lieu de son gouver-
nement des provinces illyriennes , il n'oppose
pas la moindre résistance à un corps autrichien
qui vient s'emparer du pays; il se sauve jusqu'à
Naples ; et là, au lieu d'exciter Murât à se mettre
en marche pour combattre les Autrichiens au
nord de l'Italie, il le détermine à faire cause
commune avec les Autrichiens, et à publier une
proclamation de guerre contre Napoléon. Il de-
14
vance l'armée de Murât, et c'est pour engager
de même Eugène Beauharnais à entrer dans la
coalition qui va détrôner le père adoptif de ce
dernier. Cette conduite est bien encore celle d'un
traître consommé!...
Cependant la bataille de Leipsick se livrait, et
l'invasion du territoire français en étoit la suite.
Le duc d'Otrante veut alors se rapprocher de
Paris pour jouer un rôle dans le grand change-
ment politique qui se prépare. Voyons pourtant
ce qui le retient quelques jours de trop en Italie :
«J'eus à traiter avec Murât d'une affaire par-
ticulière qui touchoit à mes intérêts : j'avois à
» réclamer, comme gouverneur-général des Etats
« romains, et ensuite de l'Illyrie, un arriéré de
» traitement qui s'élevoit à la somme de 170,000 f.
» Le roi de Naples s'élant emparé des Etats 10-
» mains et des revenus publics, à ce litre il de-
» voit acquitter ma créance. Il en donna l'ordre ;
- » l'exécution souffrit quelque retard: néanmoins,
» avant de partir d'Italie, je pus dire que je n'y
» avois pas fait la guerre à mes dépens. » La soif
de l'or occasionna ce retard!... Elle fut satisfaite;
mais quelle sera la conséquence de la perte de
temps? « La nouvelle des événements du 31 mars
» 1814 me parvint à Avignon; Forcé de faire un
» long détour, de prendre la route de Toulouse
» et de Limoges , je n'arrivai à Paris que dans le
» milieu d'avril ; mais il étoit trop tard! La for-
» mation d'un gouvernement provisoire, dont
«j'aurais du faire partie; la déchéance de Napo-
» léon, que J' eusse ambitionné de prononcer, mais
» effectuée sans moi ; enfin, la restauration des
» Bourbons, à laquelle-je me fusse opposé pour
» faire prévaloir le plan de régence qui étoit mon
» ouvrage, anéantissoient mes projets, et me re-
» jetoient dans la nullité politique, en présence
» des princes que j'avois offensés. Je sentois que
» la clémence pouvoit être d'accord avec la bonté
» de leur coeur, mais qu'elle n'en étoit pas moins
» incompatible avec le principe de la légitimité. »
Nous avons montré déjà que le duc d'Otrante
fut trois fois traître envers Buonaparte; maintenant
quelle sera sa conduite après la restauration du
trône légitime, à laquelle il se fut opposé de
toutes ses forces, s'il ne fût pas arrivé trop tard
h Paris- ? Cet homme, qui vient de sa reconnoître
indigne de la clémence des Bourbons, pourra-t-il se
résigner à vivre dans la nullité politique à laquelle
il semble condamné? Aura-t-il assez de philosophie
pour jouir enfin paisiblement de 500,000 fr. de
rente dans sa terre de Pont-Carré ? Non! les
affaires de la France ne peuvent aller sans lui : le
patriotisme lui commande d'offrir les services
d'un régicide au frère de son auguste victime ! il
ne désespère même pas de devenir ministre de

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