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Jugement d'un citoyen sur "L'Apel ["sic"] à la postérité" de Simon-Nicolas-Henri Linguet... ou l'Apel à la postérité au néant. [Par Auguste de Vermandois.]

De
30 pages
impr. de Devin (Noyon). 1780. In-8° , 31 p..
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JUGEMENT
D'UN CITOYEN
SUR
L'APEL A LA POSTÉRITÉ
DU SIMON - NICOLAS - HENRI LINGUET*
Publie en Janvier 1780, avec cette Épi-
graphe , Erudimini , qui judicatis..
.. OU
L'APEL A LA POSTÉRITÉ
AU NÉANT.
Judicia cuflodite & impiété ea ; ut habitare poffitis
in terrâ, abfque ullo pavore. ( Lévit. )
A NOYON,
De L'Imprimerie de DEVIN, Imprimeur &.
Libraire.
M. DCC. LXXX.
TAPEL
A LA POSTÉRITÉ
au néant.
ÚGUSTE DE VERMANDOIS, CI
toyen François : A tous présens & à venir, &t
nommément à Simon - Nicolas - Henri Lingúet, An-
naliste politique ; SALUT. Personne ne vous répond,'
ni ne vous-fait taire. II en est qui prennent plaisir à
vos invectives , parce qu'elles ne les blessent pas":
'd'autres vantent la fertilité de votre plume , fans ert
Voir les défauts. Lés Gens de lettres vous blâment:
les bons Citoyens gémiílènt de vous voir attaquer touc
cé qu'il y a de respectable dans l'État. Enfin, la Puis-
sance publique , indifférente , semble tolérer votre
commerce littéraire avec la Nation, comme une plan-'
che quelle vous laisse après un naufrage. Mais, ce
qui est très remarquable, personne ne prend la plu-
me contre vous ; comme fi l'on se défioit de votre
loyauté dans le combat , de votre politesse d'esprit &
4 L'APEL A LA POSTERITE
de coeur: comme fi vous n'étiez pas un homme inca-
pable d'attaquer les personnes en combattant les opi-
nions: comme si le style & le ton que vous aviez pris
au Bareau, & qui ont été punis par votre radiation,
ne s'étoíent pas évidemment perfectionnés & adou-
cis par la crainte de vous faire exclure du surplus de
la société, ou de devenir un être isolé, méprisé dans
la république des Lettres.
On a tort fans-doute. Je ne vous dédaignerai pas
de la forte. Je ne prendrai cependant point le gan-
telet contre un gladiateur de votre genre : je veux feu-
lement vous déterminer a vous désister prudemment
de votre fol Apel à la Postérité. Le néant doit être son
partage : c'est ce que je vais vous démontrer. Je com-
mence par vous faire le portrait d'un Avocat d'après
les principes connus, qui dìrigent cet Ordre, & qui
font écrits dans l'illustre d'Aguesseau, la gloire du Ba-
reau François : cet Orateur que vrai-semblablement
vous avez peu lu, ou peu senti.
» L'H O M M E ne peut trouver que dans lui-même
» la véritable liberté. En vain il demande à la Fortune
» ce rare présent : il ne doit l'attendre que de la Vertu.
» La Fortune perd tout son empire sur une profes-
» sion qui n'adore que la Sagesse. La prospérité n'a-
» joute rien à son bonheur j parce qu elle n'ajoute rien
» à son mérite. L'adversité ne lui ôte rien j parce qu'elle
» lui laisse; toute sá vertu. Le mérite, qui en est l'uní^
AU NÉANT
» que ornement, est le seul bien qui ne s'achete point,
» Le Public, toujours libre dans son suffrage, donne
» la gloire, & ne la vend jamais.
» Tous. les. jours d'un Avocat font marqués par les
» services qu'il rend à la société : toutes ses occupa-
» tions font des exercices de droiture , de probités de
» justice & de religion.
» Le pouvoir de faire, le mal eft un abus, & non pas
» un caractère de fa liberté. Elle ne recouvre sa vérita-
» ble grandeur, que lors qu'elle perd cette triste capa-
» cité qui détruit le ndm d'Avocat, L'homme n'est ja-
» mais plus libre que lors qu'il assujettit ses passions à
» fa raison, & sa raison à la justice.
» Le zèle qu'il aporte su la défense des Citoyens
» n'est pas capable de le rendre le ministre de leurs pas-
» fions & l'organe de leur malignité fécrette, qui aime
» mieux nuire aux autres que d'être utilé à soi-même;
» & qui est plus occupé du désir de se venger que da
» soin de se défendre.
» Quel caractere est plus indigne d'un Orateur que
» celui d'un homme dont l'éloquence est esclave d'une
» expression satyrique, qui le rend toujours odieux &
» méprisable á ceux même qui lui aplaudiffent ?
» Loin de se servir des armes du mensonge & de îa
» calomnie, fa délicatesse va jusqu'au point de supri-
» mer les reproches véritables , lors qu'ils ne font que
» blesser ses adversaires, fans être utiles à, ses parties.
» ou, si leur intérêt le force à les expliquer, la retenue
A
L'APEL A LA POSTERITÉ
avec laquelle il les propose est une preuve de leur
» vérité. C'est la nécessité de son devoir qui lui arra-
» che avec peine ce que la modération de son esprit
» & la bonté de son coeur souhaiteroient dissimuler.
Voilà une esquisse du tableau de l'Avocat, tracé pat
le vertueux d'Aguesseau, qui en a remarqué les traite
dans les moeurs & la conduite de ceux de son temps »
dont les Avocats de Paris n'ont point dégénéré.
Il ne suffit donc pas dans cette profession d'être
honnête homme : il faut être vertueux. Dans une as-
sociation d'hommes qui se consacrent à l'honneur, on
n'a pas seulement pour but d'éloigner ceux qui com-
mettent des délits : l'on va jusqu'à, châtier les manque-
mens des vertus, (a)
Vous voulez que dans cette profession l'on puisse
faire des lettres de change ! Mais ces fortes d'enga.-
gemens n'ont été introduits que pour la fureté & la fa-
cilité du commerce. Le Bareau ne donne jamais lieu
à de pareils contrats de la part de ceux qui s'y consa-
crent, Il est évident qu'il n'y a qu'une inconduite, un
discrédit manifestes, ou des passions déréglées, qui
pouroient porter un Avocat à engager fa liberté pour
ses affaires domestiques. Il ne doit point l'exposer »
l'incertitude des événemens. Dépositaire des titres les
(a) Discours d'un Bâtonnier des Avocats,. prononcé en l'as-
semblée publique de l'Ordre, lors qu'on lui nomma un successeur.
AU NÉAN T.
plus importans; chargé de défendre la veuve, de dé-
livrer les captifs, de sauver les innoçens, il doit tou-
jours être libre.
Dailleurs, on fçait qu'en général, hors les commer-
çans, les marchands & les étrangers , il.n'y a que des
jeunes gens livrés au jeu, aux femmes perdues & aux
usuriers, ou des citoyens fans ressource., & souvent,,
fans asyle., qui fiant des. lettres de change.
On vous a dit dans la Consultation des Quinze (a)
que cette profession ne souffre pas un homme dont
la probité paroít environnée de quelque nuage. Vous avez;
Fait fus le mot paroít un raisonnement qui au premier
coup d'oeil semble juste (b) : mais il. est faux.
Le mot paróît signifie ici la mauvaise réputation,
qu'un membre s'attire, & qui opère fa séparation. La
(a) Cest une consultation faite par M. Du Vergier y-consulté
par les Avocats de Poitiers, sur la discipline des Avocats de Paris.
Elle a reçu le-suffrage des plus anciens de l'Ordre, tous person-
nages qui dépuis 30 jusqu'à 50 ans jouissent de l'estime publique.
(b) Voici son raisonnement, page 418 . » Pour réduire 1'Ordre,
» & l'anéantir, il suffiroit donc d'en calomnier successivement tous
53 les membres. Il ne pouroit être composé que d'hommes insèníì-
» bles à l'honneur ; puisqu'il ne leur seroit pas permis de défendre
» leur réputation ; puisqu'à l'aparence d'un nuage élevé fur- leur pror
» bité, ils seroient obligés de se sacrifier eux-mêmes, & de passes
» condamnation. Ce honteux dévoûment est contraire à la loi na-
» turelle : il l'est à celle des sociétés: il l'est à celle de la Religion.
» l'Écriture, qui exige le sacrifice de l'amour - propre, qui com-
» mande l'anéantissement des passions, ne permet pas d'oublier le
sa foin de la gloire & de l'honneur. Curam habe de bono nomìne
» dit le Sage. Les Quinze Consul tans feront de tous les hommes
»les seulsqui aurontjamais-oséhasarder la maxime contraire.
8 L'APEL A LA P OS TERITE
mauvaise réputation naît des bruits sourds, qui enven
lopent l'innocent comme le coupable, portent le soup-
çon fur une vierge, qui dès - lors cesse de l'être dan»
l'opinion publique : & toute vestale qu'elle soit dans
la vérité du fait, on la sépare de fès compagnes fans
forme de procès. Il faudroit des formes pour la con-
vaincre , & pour la condamner à descendre dans la
fatale fossé: mais l'opinion publique suffit pour la dé-
clarer indigne d'entretenir- le. feu sacré. En vain s'ob-
stineroit - elle ; on ne peut pas se disculper de ce que
l'on apelle la mauvaise réputation, Lorsque vous l'a-
vez, il n'est plus, temps de se défendre de tout ce dont
on vous accuse. La seule défense à o poser-, c'est d'ê-
tre plus circonspect dans sa conduite publique &
privée,.
L'Écríture, par ces mots, Curam habe de bono no--
wìne, 3 n'entend pas vous dire : Ne souffrez pas de
soupçons : ce qui seroit absurde. Elle vous recom-
mande de les éviter- avec foin ; de prendre garde que
. l'on- ne vous accuse, que l'on ne vous blâme, que
l'on ne vous dédaigne ; & de conserver à votre nom
la bonne odeur. Ce sont des rivaux, dites-vous, qui
me jalousent ; des Avocats, des envieux de mes ta-
lens d'homme de lettres. Tâchez, vous répond le
Sage, d'adoucir ces gens-là : tâchez de vous faire
estimer du public, de vous faire aimer de vos con-
frères par votre caractère, par vos discours, par votre
politesse & vos égards. C'est souvent par des riens que
AU NÉANT.
l'on conserve la bonne odeur; comme c'est par un
rien, par un soufle, qu'elle s'évapore. Prenez garde
à vous : Curant habe de bono nomino.
C'est ainsi que, si l'on vouloir faire un livre, on justt-
fieroit tous les passages de la Consultation des Quinze,
-Eh! qui ne sçait qu'après de longs espaces de temps les
maladies se glissent dans les corps les plus sains ? Qiîi
doute qu'à l'époque toute récente de la dispersion de
la Magistrature il s'est introduit des abus dans cet Or-
dre , dont vous profitez lâchement pour l'avilir, s'il
étoit possible ? Au - lieu de vous répondre, on travaille
tous les jours à purger, à détruire les insectes (a) veni-»
meux, à séparer les mìttes de ce froment. Et votre ex-
clusion a, dit-on, déja beaucoup avancé l'opération.
Il est enfin de vérité reconnue & attestée par tous.
(a) Page 141 de votre Apel, vous osez dire au Roi dans vos
remontrances : » Quant aux troubles , SIRE, que la destruction
» des prétendus privilèges des Avocats pouvoit exciter, j'ai été
» dans ma requête au - devant de cette objection injurieuse pour
» le Trône. Et j'ajouterai ici que, si ces querelles sont devenues
» un objet sérieux, c'est par l'importance qu'on a eu la foiblesse
» d'y donner-. Si dès le principe une main ferme á. impartiale avoit
» fait sentir le frein des loix à cette Compagnie que l'on veut bien
» redouter ; fi l'on n'avoit point paru la croire dispensée d'obeu:
» aux règles qu'elle feint d'étudier ; il n'y auroit eu ni troubles, ni
» crainte d'en voir s'élever. Il est bien étrange que la cause d'un
» petit particulier soit devenue une affaire d'État ; que trois ans
» entiers n'aient pas suffi pour l'assoupir ; & que l'Aurorité ait eu
» la déférence fatale de bouleverser , de dénaturer les loix même.
» Pourquoi? Pour étouffer les gémissemens d'un infecte impercep-,
» tible poursuivi par des légions de mittes moins remarquables
» encore^ » .......
10 L'APEL A LA POSTERITE
les anciens Membres de cet Ordre, que la radíation
de leur tableau n'est pas toujours la peine de l'impro-»
bité. Car souvent, comme je l'aî entendu dire le 9
Mai 1778 dans un discours prononcé en leur assem-
blée » une inconduite, des imprudences, des causes
» légères, qui ne touchent pas à l'honnête homme s
» peuvent décider un judicieux, un rigoureux ostrà-
» cifme. Alors ce n'est plus la radiation qui flétrit : ce
» ne peut être que la cause dont le Public s'emprefíe
» à faire un juste discernement : & il peut quelque-
« fois juger digne d'un autre état celui que nous avons
» séparé du nôtre, (a) »
D'après ces vérités fondamentales de cette associa-
tion : vérités qu'une ancienne tradition y a transmises »
& qui y règnent fans contradiction d'aucun membre ;
voyons quel est le tribunal où vous avez été jugé, &
comment vous l'avez été. Examinons si par la manière
& la forme dont il rend ses jugemens cenforiàux,
c'est, comme vous le dites, un monstre dans l'ordre
politique d'une monarchie.
Il est évident que vos Juges n'avoient d'autre titre
(a) Si vous sussiez venu prendre votre place dans ces assem-
blées , à toutes les époques où les Bâtonniers expirans transmet -
tent les sentimens de ceux qui les ont précédés dans cette profes-
lion de vertu, vous auriez corrigé vos idées : mais vous n'y avez
jamais paru : & vous avez , dites - vous, peu vu vos Confrères,
C'est peu d'être agréable, & sçavaut dans un livre :
Il faut encor scavoir & converser & vivre. Boileau.
AU NEANT. II
de magistrature qu'un droit de censure exercé par
l'honneur : droit commun à tous les hommes : droit
que les Avocats de la Cour des Pairs exercent à com-
me tout citoyen peut en user dans sa maison à l'é-
gard de ceux qui sortent des bornes d'une sage dis-
crétion , parlant avec licence, soit contre l'Etat, soie
contre les Magistrats. Dans l'assujettissement presque'
général de toutes les conditions de la société, dit M.
d'Aguesseau, » un Ordre aussi ancien que la Magis-
» trature , aussi noble que la vertu, aussi, nécessaire que
» la Justice, se distingue par un caractère qui lui est
« propre; & seul entre tous les états il se maintient
» toujours dans l'heureuse & paisible possèssion de
» son indépendance, »
Voilà donc des Juges qui par essence sont absolus,
parce qu'ils ne disposent que d'eux-mêmes & de ce
: qui ne dépend point de f Autorité. II s'agissoit de per-
-suader à ces Juges que vous n'aviez point mérité qu'ils
cessassent de fraterniser avec vous.
Quel tour oratoire avez-vous pris pour opérer cette.
conviction dans les esprits, & pour gagner les coeurs,
dont mille passions, dites-vous, vous fermoient l'en-
tree? Démosthene en. pareil cas auroit débuté , com-
me vous sçavez qu'il le fit, par suplier les Dieux &
les Déesses de l'Olympe d'inspirer à ses Juges, ses
propres parties, des sentimens de bienveillance pro-
portionnés à son zele & à son attachement pour eux
ensuite , ce qui intéressoit leur conscience & leur hon-
12 L'APEL A LA POSTÉRITÉ
neur, il l'eût demandé à ces mêmes Dieux; de Ieu-r
conseiller d'aporter au tribunal un esprit & un coeur
neutres : héroïsme dont il les eût jugé capables d'eux-
mêmes ; & il en eût tiré le présage le plus assuré
de son salut.
Un Orateur de nos jours , bien connu , eût tenu
le même langage ; & le raprochant de nos moeurs &
de notre Religion, il l'eût rendu plus touchant en-
core. Eh! que sçais-je ce qu'il eût dit de grand &
de sublime ? Sa contenance modeste, la bienséance &
la majesté de toute sa personne, le charme de son élo>-
quénce extérieure, sa voix éclatante modulée par le
sentiment, la solidité de ses raisons, & jusqu'aux
aveux de ses erreurs, tout auroit plu en lui. Il eût
Vaincu : & bien - tôt, maître de tout son auditoire, il
eût tonné contre ses. énemis rampans à ses pies : il les
eût foudroyés avec cet organe brillant auquel vous
osez réduire les talens de cet immortel Orateur , au-
tant au-dessus de votre hommage que de vos calom-
nies.
Vous, qu avez-vous fait. ? qu'avez - vous, dit devant
vos Juges ? Vous avez éloquemment débuté par vomir
des injures atroces : vous avez répandu des écrits dif-
famatoires , contre vos Juges eux-mêmes, & contre
votre Ordre. Vos propres amis en ont été soulevés.
Comment donc vouliez-vous que de surérogation l'on
entrât dans la discussion des accusations principales,
lorsque, par un flagrant-délit publique, vous tombiez

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