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Jugement de l'histoire sur Napoléon

29 pages
Ponthieu (Paris). 1821. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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DE L'HISTOIRE
DE L' HISTOIRE
Parlons d'avance le langage de la postérité.
PRIX : 1 FRANC.
Chez
PONTHIEU, libr., Palais-Royal, galerie de bois, n° 252.
TERRY, libraire, Palais-Royal, galerie de bois, n° 231.
CHAMBET, libraire, rue Saint-André-des-Arcs,n° 58.
1821.
DE L' HISTOIRE
O
N a souvent comparé avec raison les événe-
mens politiques à des tableaux, qui, pour
être appréciés , veulent être vus dans un éloi-
gnement qui permette de juger sainement de
leurs perfections et de leurs défauts. Quelque
vraie que soit cette réflexion dans l'histoire
en général, elle reçoit une application bien
plus immédiate et bien plus positive lorsqu'il
s'agit de juger d'un homme célèbre par l'ex-
posé succinct de toutes les actions de sa vie.
La mort politique de Napoléon avait précédé
de plusieurs années la fin de son existence ; et
du moment où il était descendu du trône
avec les assurances les plus formelles qu'il n'y
remonterait plus , il semblait dévolu au juge-
ment de ses contemporains , qui doivent pré-
1
(6)
parer pour lui celui de la postérité. Mais des
passions trop violemment soulevées pour être
sitôt apaisées, des ressentimens trop profonds
pour n'avoir pas besoin de l'épreuve du temps,
des attachemens fondés sur trop de bienfaits
pour ne pas mériter des ménagemens avaient
paru, tant que cet homme extraordinaire a
vécu, des motifs trop puissans pour que per-
sonne osât rompre un silence que tant d'inté-
rêts importans rendaient indispensablement
nécessaire. Mais enfin il est mort; il a subi la
loi commune à toute l'humanité, etcethomme
qui a fait trembler le monde pendant tant
d'années, qui s'est illustré par tant d'institu-
tions mémorables , a trouvé un tombeau loin
de l'Europe qu'il a agitée si long-temps, sur
la terre d'exil où il avait été relégué. Il est
mort, et quoique la postérité ne commence
peut-être pas encore pour lui, il n'est pas
hors de propos de tenter un pronostic sur
le jugement qu'elle doit porter un jour. Qui
pourrait attacher quelque intention coupable
aux éloges ou au blâme distribués à celui qui
n'est plus qu'une froide poussière ? Il semble
que toutes les animosités, toutes les haines.,
toutes les passions doivent expirer au pied
d'un tombeau , et qu'il y aurait quelque chose
( 7 )
d'affreux à parier sans impartialité d'un ca-
davre.
Bonaparte, ne craignons pas de le dire,
nous qui avons été les instrumens de la gloire
qu'il a acquise, Bonaparte est peut-être l'un
des hommes les plus extraordinaires dont les
fastes de tous les peuples aient fait mention ;
en parcourant son histoire pendant la plus
grande partie de sa vie, on ne sait ce qu'on
doit le plus admirer de la fortune constante
qui seconda son génie , ou de son génie qui
força si long-temps la fortune à lui demeurer
fidèle. Il y a plusieurs hommes à examiner
dans la carrière de Napoléon, et chacun de
ces hommes mérite un examen particulier;
chacun d'eux a droit à des éloges, chacun
d'eux doit encourir le blâme : en lui se
distinguent le guerrier, l'homme d'état, l'ad-
ministrateur, et souvent il se trouve en con-
tradiction avec lui-même dans les différentes
routes qu'il parcourt. Cependant, si on ap-
profondit sa manière d'agir parmi tant de
circonstances différentes , on reconnaît les
modifications du même caractère , et c'est de
leur ensemble que se forme le conquérant
dont l'ambition inquiète a livré le monde à
tant de fléaux divers. C'est un devoir pour
( 8)
nous d'écrire avec impartialité; c'est nous qui
devons préparer le jugement de l'histoire, et
les différentes faces sous lesquelles nous l'en-
visagerons doivent un jour éclairer cette der-
nière sur la vérité. Sachons donc quel était
Bonaparte avant que les grandes circonstances
où il s'est trouvé l'eussent modifié; suivons-
le dans les différentes variations que les évé-
nemens lui ont fait subir, et peut-être, par
des degrés presque insensibles, parviendrons-
nous à asseoir sainement notre jugement sur
cet homme que la mort a mis aujourd'hui
hors des atteintes de ses fanatiques et de ses
ennemis.
Bonaparte était né avec une ambition vague,
que les circonstances favorables dans les-
quelles il fut placé ne firent que nourrir et
que développer. Il était doué de la première
des qualités d'un ambitieux , celle de ne
jamais s'abandonner à son mouvement sans
l'avoir médité. Si l'on ajoute à cela des vues
grandes et étendues, un jugement prompt et
décisif, un coup-d'oeil sûr et invariable , et
surtout une grande habitude de se vaincre
lui-même lorsqu'il avait quelque intérêt à le
faire , on ne sera point surpris que cet homme
ait eu tant de moyens pour en imposer à ses
(9)
égaux et les forcer à devenir ses sujets. Avec
cela, comme je l'ai dit en commençant, on
remarquait dans son caractère plusieurs con-
tradictions , que différentes circonstances de
sa vie ont mis à même d'apprécier. Tantôt il
affectait pour toute l'humanité un profond
mépris, et semblait ne tenir aucun compte
de la vie de plusieurs milliers d'hommes ;
tantôt il paraissait avare du sang le moins
précieux. Quelquefois il parcourait froide-
ment des champs de bataille sans donner la
plus légère marque de sensibilité ; d'autres
fois il semblait se faire violence à lui-même
pour s'élever au-dessus des mouvemens d'hor-
reur et de pitié que ce spectacle lui inspirait.
Il semblait toujours marcher sur un théâtre,
occupé de remplir dignement le rôle qu'il
s'était imposé , et se répéter sans cesse à lui-
même : « C'est ainsi qu'un homme d'état doit
agir dans une pareille circonstance. »
Mais si cet homme sut se dompter lui-
même dans les occasions les plus brillantes
de sa vie ; s'il sembla lutter continuellement
contre les faiblesses de l'humanité dans la
fortune ; dans les revers, il se montra sans
cesse au-dessous de lui-même et de la dignité
de l'homme : intrépide et même téméraire
( 10 )
dans le combat, il était faible et timide après
la défaite ; ses talens même semblaient para-
lysés par l'infortune ; et comme s'il eût été
surpris d'être vaincu, il ne reprenait ses forces
que lorsqu'il avait eu le temps d'apprécier
toute la grandeur de son désastre. On eût dit
que l'habitude où il était d'être secondé par,
le sort lui avait rendu les revers plus difficiles
à supporter, et qu'usés par la victoire, les
ressorts de son âme n'étaient plus assez sou-
ples pour fléchir devant les défaites.
On a dit après sa chute, et quelques-uns
même l'ont répété avec complaisance, que
Bonaparte n'avait aucun talent, et que per-
sonne moins que lui n'avait contribué aux
succès prodigieux de son règne: il n'est pas
une page de l'histoire de notre révolution,
depuis les campagnes d'Italie , qui ne contrarie
cette assertion et qui n'en prouve la fausseté.
Si cet homme n'eût point eu des talens supé-
rieurs , quel concours de circonstances ex-
traordinaires il eût fallu pour suppléer à
ce défaut absolu des moyens propres à son
élévation ! quel esprit de vertige eût donc
saisi la France entière et les ennemis mêmes
de Bonaparte pour les contraindre à souffrir
des jongleries ridicules, et à se soumettre,
( 11 )
même en murmurant, à son influence victo-
rieuse ? Bonaparte était sans talens ! Mais,
pour justifier cette assertion, il eût fallu que
des faits réels parlassent plus haut que l'opi-
nion contraire, et l'histoire en a enregistré un
grand nombre qui peuvent le couvrir d'hor-
reur et d'ignominie ; mais nos annales n'en
offrent point un seul qui le peigne comme un
homme inepte et sans aucun moyen pour
réussir et pour s' élever.
La carrière militaire de Napoléon a été la
première cause de sa fortune prodigieuse :
c'est donc par l'examen de là manière dont il
l'a parcourue que nous devons commencer
celui de sa vie entière. Bonaparte avait toutes
les qualités qui font les grands généraux ; et
en avançant cette hypothèse, je ne crains
point d'être contredit, soit par le témoignage
de l'histoire, soit par celui des militaires in-
struits qui ont combattu contre lut ou sous
ses ordres. Il était aussi prompt à exécuter
qu'à concevoir les mouvemens de la plus
haute importance ; son coup d'oeil était sûr et
profond , et il savait avec un art infini changer
toutes ses dispositions lorsque les nouvelles
manoeuvres de l'ennemi lui faisaient craindre
de les Voir échouer. L'esprit du soldat lui était
( 12 )
soumis; un geste, un mot, sa présence seule
suffisait pour électriser son armée et la con-
duire à des prodiges. Dans ces immortelles
campagnes d'Italie qui ont couvert le nom
français de tant de gloire , il sait persuader un
petit nombre de soldats découragés par leurs
revers .. précédens , manquant de tout , et
n'ayant même plus de confiance dans leurs
chefs, que leur salut est dans la victoire; qu'au-
delà de ces montagnes où ils ont failli être
anéantis ils trouveront des vivres, des vête-
mens et des triomphes. Il fait passer dans
l'âme du dernier de ses soldats une parcelle
de l'ardeur dont il est animé ; des généraux
même plus expérimentés que lui cèdent à son
influence; l'Enfant chéri de la Victoire obéit
à un jeune officier qui n'a rien fait encore pour
lui en imposer. Ses présages s'accomplissent;
la fortune seconde son audace; il fait reculer
devant lui une armée supérieure en nombre
et jusqu'alors triomphante, et c'est par des
victoires multipliées qu'il fait oublier sa jeu-
nesse. A ces traits reconnaîtrait-on cet homme
de qui l'on a dit tant de fois que les talens
militaires même lui étaient refusés ? et si la
France a la plus grande partie de ces victoires
à revendiquer, peut-elle ne pas accorder quel-
( 13 )
que gloire à celui qui présidait à ces mer-
veilles?
Cette influence victorieuse qu'il sut prendre
sur l'esprit du soldat français dès cette pre-
mière campagne, il la conserva pour ainsi dire
jusqu'à la fin de sa carrière militaire, lors
même qu'elle ne servait plus qu'à multiplier
des sacrifices inutiles. En Egypte , en Alle-
magne, en Espagne, dans cette guerre épou-
vantable qui a couvert sa politique d'infamie ;
en Russie , dans cette folle expédition où ,
imitateur de Charles XII, il trouva ébinme lui
une barrière insurmontable à son ambition
démesurée; en Saxe , en France, jusque sous
les murs de Paris, partout où il était , le sol-
dat, oubliant ses désastres, se croyait sûr de
vaincre. Cet homme avait trouvé le secret de
se faire obéir, quelque chose qu'il comman-
dât; et ce secret est le premier de tous pour
un général, puisqu'il lui donne la certitude
qu'il n'y aura rien d'impossible quand il l'or-
donnera.
L'apparition d'un grand homme de guerre
a toujours apporté dans l'art des combats des
modifications importantes. Alexandre et Phi-
lippe son père furent les fondateurs de cette
phalange macédonienne si célèbre dans l'anli-