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Jury militaire et conseil martial tenus au port de Lorient

202 pages
Impr. de Vve Baudoin (Lorient). 1794. In-4°.
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0
JtJRI MILITAIRE
E T
CONSEIL MARTIAL,
1 TENUS AU PORT DE LORIENT.
A LORIENT,
De l'Imprimerie de veuve BAUDOIN, rue du Port, Il.* ir.
A H TROISIEME.
¡URI MILITAIRE
E T
CONSEIL MARTIAL,
TENUS AU PORT DE LORIENT.
Sur la plainte du vice-amiral Villaret- Joyeuse, commandant
les forces navales de la république , dans les affaires
qui ont ett lieu les 2 9 prairial et 5 messidor dernier,
avec l'armée anglaise j
CONTRE
Les citoyens CHARLES-FRANÇOIS AVED-MAGNAC, commandant
le vaisseau le Zélé ;
MICHEL LARREGUY , commandant le vaisseau le Mucius;
( 4 )
SEBASTIEN GIOT-LABRIERE, commandant le vaisseau
le Fougueu j
JOSEPH-RENÉ DONAT , commandant le vaisseau h Waùgiiy ;
Louis-MARIE LEGOUARDUN , commandant le vaisseau
le Jeall-Bart ;
JEAN BAULLON, lieutenant de vaisseau, commandant en second
le même vaisseau le Jean-Ban y
Et JOSEPH SEBIRE, commandant le vaisseau les Droits- de-
tHomme.
D'après arrêté du représentant du peuple Top SEN T, en
date du 22 messidor , an troisième de la république française"
une et indivisible.
Arrêté du représentant du peuple Topsent , près les
ports de Brest et Lorient.
CONSIDÉRANT que s'il est de la justice d'une grande nation
libre de récompenser le courage et la bravoure de ceux qui
la servent avec distinction , il est aussi de son devoir de punir
ceux qui, par lâçheté ou impéritie compromettent ses moyens
de danses ;
( s )
Considéiânt que Sang les affaires qui ont eu lieu entre
l'escadre de la république et l'armée anglaise, les 29 prairial
et ) de ce mois, plusieurs capitaines ont non - seulement
désobéi aux signaux généraux adressés à l'escadre, mais encore
au signal particulier qui leur a été fait ;
Considérant enfin qu'une telle désobéissance a pu compro-
mettre les forces de la république ;
ARTICLE PREMIER,
Il sera formé un juri militaire f d'après l'avis du comité de
salut public, et conformément aux loix des 16, 19 et 26
août 1790, vieux style,
La conduite des capitaines de vaisseau prévenus de lâcheté
OU de désobéissance dans les aflairee qui ont eu lieu le 29
prairial et le ) de ce mois , entre l'escadre de la république
et l'armée anglaise, y sera examinée.
III.
Le major- général de la marine, ou, à son défaut, celui
qui en remplit provisoirement les fonctions., présentera, sans
délai, au juri, l'acte d'accusation contre les prévenus, et les
fera poursuivre conformément à la loi,
I V.
Charge le commandant des armes en ce portet le général
( * )
Villaret, commandant les forces navales de la république,
chacun en ce qui les concerne, de l'exécution du présent
arrêté.
A Lorient, le 22 messidor., an troisième de la république.
Signé J.-N. TOPSENT.
Lettre du citoyen Henry , commandant des armes au Port
de Lorient, au vice-amiral V illaret- Joyeuse , com-
mandant les forces navales de la république française 7
en rade au Port-Liberté,
LE juri ordonné par arrêté du représentant du peuple
T OPSENT, devant avoir lieu incessamment pour examiner la
conduite des capitaines de vaisseau prévenus dans l'affaire que
vous avez eu le 29 prairial dernier et le de ce mois, contre
l'armée anglaise , je vous prie, Général y de vouloir bien me
faire remettre vos motifs en plainte, pour que le major-général
de la marine en ce porc en fasse son rapport au juri assemblé.
? Salut et amitié s
Signé HENRY.
( 7 )
Lorient, le premier thermidor, l'an troisième
de la république française, une et indivisible.
Philippe-Alexis-Laurent Henry , capitaine de vaisseau,
commandant des armes au port de Lorient;
EN "conséquence de l'arrêté du représentant du peuple
XOPSENT, en date du 22 du mois dernier y il est ordonné
au citoyen MOL 1 NI, capitaine de vaisseau, proviloiremenc
major-général de la marine en ce porc, de convoquer un
juri militaire, conformément aux loix des 16 3 19 et 21
août 175)0, qui devra s'assembler à bord du vaisseau - amiral
de ce port, le 3 de ce mois 9 à l'effet de lui faire son rap-
port , contre les capitaines de vaisseau prévenus dans l'affaire
qui a eu lieu les 29 prairial et 5" messidor dernier, entre
l'armée navale de la république française aux ordres du vice-
amiral Villaret et celle anglaise dont les motifs en
plainte du vice-amiral Villaret lui sont ci-joint remis.
-- Signé H E N R Y.
( 8 )
Lettre du vice-amiral Villaret - Joyeuse, commandant
les forces navales de la république f att citoyen Henry ,
commandant des armes, à Lorient.
Du bord du vaisseau-amiral l'Océan , en rade du Port-
Liberté. le premier thermidor, J'an troisième de la
république française, une et indivisible.
Vous me demandez, citoyen - commandant, mes motifs
de plainte , afin que le major général de la mnrine puisse faire
son rapport au juri ordonné par le représentant: du peuple
TOPSENT, pour examiner la conduite des capitaines de vais-
seau prévenus de Ircheté, mauvaises manœuvres , ou désobéis-
sance à mes signaux , tant de la chasse que j'ai donnée à une
division anglaise de cinq vaisseaux 3 le 29 prairial , que dans
l'action qui a eu lieu le ) messidor, entre l'escadre de la
république et l'armée anglaise.
Dans la journée du 29 prairial, je ne me plains que du
capitaine du Zélé > qui, ayant engagé l'action à neuf heures
du matin, se retira du feu vingt minutes a près l'engagemenc,
et manœuvra le reste de la journée pour rester en arrière ,
quoiqu'il n'eût éprouvé aucune avarie majeure et qu'il n'eût
eu que cinq hommes hors de combat. Je me plains de ce
qu'il laissa combattre le Tigre et les Droits-de-l'Homme seuls,
restant ( quoiqu'il eût le meilleur voilier de l'armée ) tranquille
spectateur du combat y mettant son perroquet de fougue sur
(s)
B
le mât dès le moment ou il s'appercevoit que les boulets de
l'ennemi l'approchoienr.
C'est uniquement à la lâcheté de ce capitaine que j'impute
l'évasion de la division anglaise, dont nous nous serions em-
parés en totalité, ou au moins en grande partie , si Magnac,
ayant bu toute honte, n'eut mis autant de soin à rallentir
la marche de ion vaisseau 5 qu'un brave homme apporte en
pareille circonstance pour l'accélérer.
Je me plains également, dans la journée du ) messidor,
du même capitaine , qui , loin de profiter de la supériorité de
marche de son vaisseau pour voler au secours de r Alexandre .J
se porta , au contraire, malgré mes signaux , dans la partie
de L'escadre qui n'étoit pas exposée y et' ne profita des bonnes
qualités de son vaisseau que pour ne pas prendre part à
l'action.
Je me plains encore bien amèrement de la désobéissance
qu'il apporta dans le signal que je lui fis de donner la re-
morque au Tigre y désobéissance qui fut cause de la perte de
ce vaisseau , qui n'avoit tout au plus que quatre encablures
à parcourir pour attrapper le coureau de Groix.
Je me plains du Mucius qui, se trouvant auprès de
l'Alexandre , lorsque l'action commença, força de voiles des
les premières volées et se porta même en avant de la frégate
que je tnontois. Jamais on ne montra ni plus d'ignorance ni
plus d'impéritie dans les manœuvres et dans les mouvemsns
d'une armée.
Je me plains de Tignorance et de l'insubordination du ca-
pitaine du Fougueux j qui 9 ayant toujours mal manoeuvré 3
( 10 )
n'a pris nulle part à l'action, quoique je l'aie rappelle à ses
devoirs par des signaux particuliers, et que les bonnes qualités
de son vaisseau lui permissent de secourir les vaisseaux engagés,
sans- se compromettre.
Le Watigny tint continuellement le vent , pendant que les
efforts de l'ennemi se portoient sur les vaisseaux sous le vent,
que j'ordonnai d'appuyer. Pourquoi le capitaine Donat, dont
le vaisseau n'avoit nullement souffert, et qui marche très-bien,
n'a-t-il pas exécuté l'ordre de mettre en panne pour couvrir
le Tigre? Est-ce impéritie ? est-ce foiblesse ? est-ce la crainte
de compromettre son vaisseau ?
Je me plains du Jean-Bart" qui, s'étant d'abord porté en
arrière avec la meilleure contenance, et engagé le combat
de la manière la plus vigoureuse, força tout-à-coup de voiles,
passa à la tête de l'escadre, et n'exécuta ni l'ordre de prendre
poste derrière le Peuple s pour secourir le Tigre ni l'ordre de
mettre en panne.
Je reproche au capitaine des Droits -,de -l'Hptnnie , officier
fort instruit, mais qui mérite ma censure de n'avoir pas resté
en panne jusqu'à ce que j'eusse fait le signal d'éventer. S'il eue
resté quelque temps de plus dans cette attitude , son exemple
eût peut-être décidé quelqu'autre vaisseau à l'imiter j et le Tigre
eût été sauvé.
Je n'ai d'ailleurs que les plus grands éloges à donner aux
généraux Kerguelen et Vence , qui me secondoient ; ils étoient
par-tout; mais ils ont eu la douleur, malgré leur attention
à répéter mes signaux et à les promener dans l'escadre d'être
t émoins de leur inexécution.
( >1 )
Je ne sauroïs assez louer la manœuvre et la valeur des
autres capitaines, et je rends avec plaisir hommage à l'intel-
ligence des commandans de frégates, parmi lesquels il est de
ma justice de faire une mention particulière de la bravoure
du citoyen Bergeret, commandant la Virginie > qui n'a pas
hésité à attaquer et à combattre l'ennemi long-temps. Le cou-
rage du citoyen Héron , commaudant la Régénérée , qui
n'abandonna la remorque qu'il donnoit à VAlexandre que
lorsque ce vaisseau fut enveloppé, mérite aussi les plus grande
éloges.
Salut et fraternité,
Signé VILLARET.
Renvoyé au major-général de la marine.
Signé HENRY.
( 12 )
PROCES VERBAL
D'INSTRUCTION
■ miillilWIHirii.l T llllll ■ IIII
Du 3 thermidor, l'an trois de la république françaiae j une
et indivisible , aux neuf heures du matin ;
Sur la plainte portée par le citoyen Louis-Thomas Villaret-
Joyeuse, commandant les forces navales de la république, le
premier thermidor présent mois, contre les citoyens Charles-
François Aved - Magnac, commandant le vaisseau le Zéléy
Michel Larreguy , commandant le vaisseau le Mucius y Sébas-
tien Giot - Labricre, commandant le vaisseau le Fougueux ;
Joseph-René Donat, commandant le Watigny ; Louis-Marie
Legouardun commandant le vaisseau le Jean-Bart y et Joseph
Sebire, commandant les Droits-de-l' Homme ; prévenus dans
les affaires qui ont eu lieu les 29 prairial et y messidor der-
nier j entre l'armée navale de la république, aux ordres dudit
vice-amiral Villaret, et celle anglaise ; et en conséquence
d'ordre du citoyen Philippe-Alexis-Laurent Henry, capitaine
de vaisseau, commandant des armes au port de Lorient, aussi
du premier de ce mois :
Nous 9 François-Romuald-Alexandre Molini, capitaine de
vaisseau major-général de la marine en ce port l ayant pour
( 13 )
adjoint le citoyen Nicolas-Jacques Cosson } greffier assermenté
de la cour martiale maritime ; et étant en la chambre du
conseil à bord de l'amiral en cedit port de Lorient , rappor-
tons que devant nous se sont présentées les personnes ci-aprè.
indiquées , au nombre de quatorze, pour former le juri mili-
taire, aux termes de l'article XXIII de la loi des 16 3 ig et
21 août 1,790 vieux style ;
Et après que chacun a pris place , les portes de la chambre
du conseil ouvertes nous avons annoncé que la tenue du
juri militaire a pour objet de juger l'accusation portée contre
lesdits Magnac, Larreguy , Labriert , Donat 3 Legouardun et
Sebire ; _,
Ensuite lesdits prévenus présens, nous avons déclaré que les
personnes désignées pour composer le juri militaire, sont ;
SAVOIR: ,
Dans le grade égal.
Guillaume-Marie Boisauveur, capitaine de vaisseau.
Jean-Anne Palliere, idem.
Jean-François Courant, idem.
Henri Dufay, idem.
Jean-Marie Lebrun, idem.
Esprit-Tranquille Maistral, idem.
Pierre-Jacques Royer x idem.
Julien Leray s idem.
1
( Ji)
Dans le grade immédiatement inférieur,
Jacques-J ulien Morphy, lieutenant de vaisseau.
Pierre-Nicolas Rolland ., idem.
Jean-Etienne Bertrand, idem.
Jean-Marie Kermasson } idem.
Jean-François Siouville, idem.
Jean-Adrien Lhermite, idem.
Et avons averti lesdits Magnac > Larreguy, Labriere, Donat,
Legouardun et Sebire 3 du droit qu'ils ont d'exercer les récu-
sations de manière que les jurés se trouvent réduits à sept,
quatre dans le grade égal et trois dans le grade inférieur ; les
avons également prévenus qu'ils peuvent se choisir un ou plu-
sieurs conseils ; et en conséquence les avons sommés d'en in-
diquer ; à quoi ils ont répondu qu'ils se défendront par eux-
mêmes.
Ensuite ils ont dit récuser, savoir :
Dans le grade égal.
Les citoyens Palliere.
Courant.
Dufay.
Royer.
Dans le grade inférieur.
Les citoyens Bertrand.
Kermasson,
SiouyiUe.
( «y )
D'où il résulte que les jurés réduits à sept 3 sont; savoir:
Vans le grade égal.
Les citoyens Boisauveur.
Lebrun.
Maistral»
Leray.
Dans le grade inférieur.
Les citoyens Morphy.
Rolland,
Lhermite.
Et après qu'ils ont été requis, lesdits jurés ont, la maia
levée, prêté le serment de donner leur avis en leur ame et
conscience.
Après quoi lecture a été faite de la plainte tenant lieu
d'acte d'accusation ; et attendu qu'il est tard., nous avons remis
à demain j huit heures du matin j 4 de ce mois, la conti-
nuation de l'instruction.
Sous notre seing et celui du greffier, lesdits jour et an
que devant.
Signé MOLINI, major-général de la marine.
COSSON, greffier,
( 16 ).
ET avenu ce jour 4. thermidor, huit heures du matin, en
la chambre du conseil de l'amiral, à Lorient le juri assemblé
comme au jour d'hier, nous, ayant le même adjoint, avons
continué la même instruction comme suit a les prévenus pré-
sens ; et pour instruction plus positive, s'est présenté le ci-
toyen Eustache Bruix, major-général des armées navales au"
ordres du vice-amiral Villaret, qui a pris place au bureau.
Le citoyen Boisauveur, l'un des jurés ayant observé que
J le citoyen Donat, l'un des prévenus, a épousé la fille de
son cousin-germain, et qu'il en a eu un enfent, ajoutant-que
sa nièce et son enfant sont morts., les jurés ont décidé-, sur
la demande qu'il en a faite, qu'il n'y a plut de parenté entre
lui et le citoyen Dona et qu'il n'a point de Llf. de se
récuser.
Avant de procéder aux interrogatoires des prévenus , les
témoins ont été produits et se sont présentés au nombre de
dix , qui sont Jacquet Bergeret., commandant la frégate la
Virginie ; Pierre-Maurice-Julien 'Kerangal, commandant la fré-
gate la Cocarde ; Jacques Gramont, commandant la Driade ;
François, Bernard, commandant la frégare h Fïdelle ; Denis
Florenville , commandant la frégate la FraJirnite; Pierre Vio-
lette, commandant la frégate Vins urgente y François-Marie
Pitot, commandant la frégate la Républicaine-Française ; Jean-
Paul. Héron, commandant la frégate La Régénérée ; Jean*
Antoine Lecmte, commandant, la frégate la Vaigeançe ;
? >7 5
c
Joseph Bernard , commandant la frégate la Tribune, (Voyez
n.os 1 et 2 des pièces de l'instruction. )
Et encore avant de passer outre à l'instruction , le juri ayant
demandé la communication de tous les journaux de l'armée s
nous avons renvoyé la continuation de nos opérations à demain
5 du courant, huit heures du matin.
Les citoyens Magnac et Labriere, prévenus, ayant déclaré
prendre un conseil, ont désignés pour leur défenseur officieux
le citoyen Kergrohen, homme de loi, qui, la main levée,
a prêté le serment de n'employer que la vérité dans la défense
des accusés.
Fait et clos sous notre seing et celui du greffier , lesditi
jour et an.
Signé MOLINI et COSSON.
Du 6 thermidor , l'an trois de la république française. une
et indivisible, huit heures du matin , en la chambre du con<
seil de l'amiral, à Lorient, nous, major-général de la marine,
ayant même adjoint que devant , avons, d'après la convoca-
tion aux membres du juri militaire, à ce jour, lieu et heure$
continué l'instruction contre les prévenus ci-devant nommés ,
comme suit :
Ayant donné l'ordre de faire paroître les prévenus, les
membres du juri , par l'organe du plus ancien d'âge, a dit
que la difficulté de réunir de suite tous les journaux de l'ar-
roée, les a mis dans l'impossibilité de s'assembler le jcur d'hier ,
( i8 5
au terme du renvoi du 4, et que la communication qu'ils
ont demandée n'est pas encore complette, ajoutant que le
nombre de ces journaux étant considérable , ils pensent que
pour entendre avec efficacité l'instruction, il est nécessaire
qu'ils aient un temps convenable pour prendre une connois-
lance parfaite du contenu en ces nêmes signaux.
En conséquence., nous avons contremandé l'ordre de faire
paroître les prévenus ; et néanmoins le citoyen Kergrohcn ,
défenseur officieux des citoyens Magnac, commandant le Zélé ,
et Labriere, commandant le Fougueux, se trouvant présent
à la séance, a demandé , pour ses clients, que le juri prenne
connoissance des journaux de tous officiers qui en tiennent ou
en doivent tenir sur lesdits deux vaisseaux le Zélé et le Fou-
gueux ; à quoi le juri a dit, par l'organe de l'ancien , qu'il
en demande sur-le-champ la communication ; pourquoi nous
allons nous adresser à qui de droit.
D'après tout quoi, sur la demande du juri, nous avons
renvoyé la continuation de l'instruction au moment qui nous
sera indiqué par lui 3 dès qu'il se croira assez instruit pour
qu'on procède aux interrogatoires des prévenus et à l'audition
des témoins.
Fait et clos sous notre seing et celui du greffier, lesditt
Jour et an.
Signé MOLINI et COSSON.
ET avenu ce jour 14 thermidor, l'an trois de la république
française â uap et indivisiblee huit heures du matin , nous ,
f 9 )
François-Romuald- A lexandre Molini, major- général de la
marine, ayant pour adjoint le citoyen Nicolas-Jacques Cosson,
greffier de la cour martiale maritime ; en conséquence du renvoi
du 6 courant, et d'avertissement du juri , composé des mem-
bres ci-devant dénommés, qu'ils sont à même d'entendre l'ins-
truction ; ledit avertissement nous donné le jour d'hier., avons,
en présence dudit juri , procédé par continuation à l'instruc-
tion , ainsi qu'il suit, en la chambre du conseil de l'amiral
au port de Lorient, portes ouvertes.
INTERROGATOIRE
DU CITOYEN MAGNAC.
qualité et demeure , avant
INTERROGÉ de 'cs nom, fige , qu\ité et dcmeure, avant
qu'il ait tenu les arrêts ? !
Répond se nommer Jean-Charles-François Aved-Magnac,
être âgé de quarante ans j domicilié de Brest, et capitaine
du vaisseau le Zélù
Interrogé depuis quand il est aux arrêts, et s'il connoît le*
snotifs de ses arrêts ? 1
Répond qu'il est aux arrêts depuis le a de ce mois et
Sue c'est à raison des combats de l'armée navale de la rép*-
I 20 )
blique, contre l'escadre anglaise J des 29 prairial et ) messidor
derniers , et comme accusé par le général Villaret.
Interrogé pourquoi le 29 prairial dernier il s'est retiré aussi
promptement du feu , puisqu'il n'avoit aucune avarie majeure
et cinq hommes seulement hors de combat ?
Répond qu'il ne s'est pas retiré du feu ; qu'il y avoit trois
quarts-d'heure qu'il combattoit ; et qu'ayant éprouvé des ava-
ries, il se trouva forcé de diminuer de voiles, de carguer la
grande voile , et ensuite la misaine, pour se réparer et at..
tendre du renfort, parce qu'il avoit cent quatre-vingt-quinze
hommes de moins et hors de combat.
Interrogé s'il n'est pas vrai qu'il ait attaqué à neuf heures
vingt-cinq minutes, s'il n'est pas vrai que son feu a été très-
vif pendant vingt minutes, suivant le rapport de la majeure
partie des journaux , et comment il est possible que n'ayant
eu, pendant cet engagement, que cinq hommes hors de
combat, il se soit regard é assez affoibli pour ne plus com-
battre l'ennemi, sur-tout dans une circonstance où il étoit,
au contrajre, si glorieux pour un capitaine de montrer a toute
farmée qu'il ne desiroit que des coups heureux pour livrer à
la république le vaisseau de l'arrière - garde ennemie j qu'un
ordre général lui particularisoit, comme le vaisseau le plus
avancé de harceler, par la répétition successive du même signal,
depuis trois heures quarante-cinq minutes jusqu'à huit heures
quinze minutes du matin ?
Répond, i.° qu'il a attaqué à neuf heures onze minutes;
a* que son feu a écé très - vif pendant trois quarts - d'heure ;
3 • que c'est en raison des avariet et de l'afibiblisiement de
( 21 )
son équipage par le manque de cent quatre-vingt-quinze hom-
mes, qu'il a cargué ses voiles, tant pour se réparer que pour
ne pas doubler l'ennemi, attendu qu'il n'avoit pas l'ordre de
le faire , et qu'aussi il espéroit du renfort.
Interrogé pourquoi il n'a fait aucuns signaux qui indiquas-
sent au Général sa position, et dès-lors la foibiesse de son
équipage ?
Répond que le général Villaret devoit en être instruit par
le général Vence, de la division duquel il était, lui inter-
rogé , et qui, ayant rallié la veille en avoit sans doute rendu
compte au général Villaret. -
Interrogé pourquoi il n'a pas demandé du monde, et no-
tamment à quelques frégates , durant la nuit qui a précédé le
combat, puisque le Général avoit indiqué, la veille, ses in-
tentions par les signaux à l'armée , et que lui interrogé avoit
particuliérement reçu l'ordre, ainsi que le vaisseau le Mucius ,
de chasser à droite avant tous les autres vaisseaux comme
les meilleurs marcheurs ?
Répond que c'étoit au Général qui connoissoit sa position 9
à lui envoyer du monde; qu'à cet égard il ne pouvoit donner
des ordres à des frégates en présence du Général ; et qu'au
surplus les frégates étoient au vent de l'avant.
Interrogé pourquoi il n'a pas signalé ses avaries ?
Répond que ces avaries étant de nature à être réparées sur-
le-champ , il n'a cru devoir les signaler.
Iterrogé à quelle heure ses avaries étoient réparées, et pour-
quoi il n'a pas mis. tout en usage pour se rallier au Tigre ,
( 2Ï )
au lieu de se tenir constammenc dans les eaux du For ml-
dable ? -
Répond que lorsque ses avaries ont été réparées, il a pric
posce derrière le Formidable pour continuer Je combat.
Interrogé pourquoi ayant doublé le vaisseau de queue en-
nemi, et étant dégréé, il n'a pas alors fait une arrivée pour
engager le vaisseau ennemi de manière à le recarder ?
Répond que le Général ne lui en a pas fait le signal et
qu'il a toujours voulu conserver le vent, attendu qu'il y avoit
des vaisseaux en arrière à même de doubler l'ennemi sous le
vent y et vu aussi la foiblesse de son équipage.
Interrogé pourquoi, dès qu'il s'est regardé en état de faire
de la voile il a tenu continullement son perroquec de fougue
sur le mâe, au lieu de chercher à doubler le Formidable, dans
les eaux duquel il s'est toujours tenu depuis son engage-
ment ?
Répond qu'il attendoit que le Formidable donnât ; qu'il étoit
prêt à faire feu , et qu'il n'a mis son perroquet sur le mât
que pour ne pas l'aborder, ayant son beaupré sur poupe, et
qu'au surplus le Général ne lui a fait aucun signal.
Interrogé pourquoi le Formidable n'ayant pas combattu par
sa mauvaise marche , et le Zélé ayant une marche supérieure ,
il n'a pas été soutenir les vaisseaux qui combattoient ?
Répond d'abord qu'il ne connoissoit pas la marche du For-
midable ; qu'il attendoit , à chaque moment, que ce vaisseau
donneroit ; qu'il a fait plusieurs oloffées pour présenter Le
travers et envoyer sa bordée; que le Jean-Bart est survenu à
six heures} et lui a proposé., de prendre la tête et de doubler
( 21 )
l'ennemi au vent, et qu'il lui observa que quand nos vaisseaux
auroient rallié, ils auroient engagé , ajoutant qu'il dit au
Jean-Bart que son équipage étoit faible, mais que néanmoins
il prendroit la tête, et qu'il n'avoit qu'à le suivre, et sur-le-
champ il fit de la voile en doublant le Formidable au vent ;
qu'il se trouvoit par le travers du quatrième vaisseau ennemi ,
à portée du canon, lorsque l'on fit, à sept heures et demie ,
le signal de ralliement. Dit enccre que le Tigre étoit assez
soutenu par les Droits-de-l'Homme et le Formidable, et que
d'ailleurs le Général ne lui a point fait de signal particulier.
Interrogé pourquoi marchant bien il n'a pas cherché à com-
battre en poupe le serre-file ennemi, pour suivre, dans toute
sa teneur, le signal de harceler les vaisseaux ennemis, ce qui
étoit ordonné aux vaisseau de tête, et C, du moment où
il s'est trouvé réparé et s'est mis dans les eaux du Formi-
dable ?
Répond que déjà il a dit qu'il s'attendoit que le Formidable
alloit donner.
Interrogé pourquoi se plaignant de la foiblesse de son
équipage, ce qui ne lui permettoit pas de forcer de voiles
pour prendre la tête et passer en avant du Tigre, ne forçoit-il
pas de voiles, une fois en arrière du Formidable, et ses
avaries réparées, pour harceler le serre - file ennemi en le
battant en poupe, tandis que -le Tigre lui présentoit le tra-
vers, suivi des Droits - de - l'Homme , et cela en dou blant le
Formidable sous le vent ?
Répond qu'il vouloit donner avec les quatre vaisseaux pour
pouvoir engager avec succès ; et qu'au surplus le Général ne
f'4 )
lui a pas fait de signal particulier d'arriver pour harceler ce
dernier vaisseau.
Interrogé si le Zélé étoit un vaisseau de l'armée ?
Répond que oui.
Interrogé si le Zélé étoit au nombre des vaisseaux avancés ?
Répond que oui.
Interrogé si le Général a fait à ces vaisseaux avancés les
signaux, i.* de harceler l'ennemi; 2.° de l'attaquer et de le
poursuivre de manière à le faire se rendre ?
Répond que le Général a fait signal de harceler l'ennemi
le matin du 29 prairial, et que la veille , à onze heures vingt-
cinq minutes du matin, il a fait signal d'attaquer et de pour-
suivre l'ennemi de manière à le faire se rendre.
Interrogé quelle voilure avoit le Zélé au moment où il
avoit le beaupré sur la poupe du Formidable? quelle étoit la
voilure de ce dernier vaisseau , et enfin quelle heure il écoic
alors ?
Répond que le Zélé avoit alors les huniers, la misaine J
les perroquets et voiles d'étai et la voilure nécessaire pour
tenir à poste derrière le Formidable ; que le Formidable avoic
ses basses voiles 9 autant qu'il s'en rappelle, ses bonnettes de
hune. et de perroquet, et a amené à différentes fois sa bon-
nette de misaine , qui ne portoit pas 1 et qu'il étpit alors dç
midi à quatre heures.
Interrogé pourquoi le Général ayant, le y messidor, fait
Je signal aux bons voiliers de régler leur marche sur les mau-
vais marcheurs, il n'a pas profité des bonnes qualités de son
( .2; )
D,
vaisseau pour rallier t AÜxandre au lieu de le dépasser dans
la ligne du relevement signalé ?
Répond qu'il a toujours été à son poste en réglant sa voi-
lure sur les mauvais marcheurs, et qu'il étoit alors à la droite
de l'armée , et l'Alexandre à la gauche.
Interrogé si le matin il y a eu le signal de serrer la
ligne ?
Répond -que oui.
Interrogé pourquoi le Général ayant fait , à cinq heures
trente-cinq minutes, le signal d'arriver au nord-est, au centre,
ainsi qu'à l'escadre de droite, il a constamment tenu le vent f
quoique celui de serrer la ligne de bataille fut fait à toute
l'armée depuis cinq heures quinze minutes -' ce signal ne re-*
gardant que les bons voiliers, et ce mouvement n'étant in-
diqué que pour empêcher le vaisseau l'Alexandre , auquel on
faisoit le signal de serrer le vent, d'être engagé l
Répond qu'il a exécuté le signal en arrivant.
Interrogé pourquoi il n'a pas exécuté le signal fait par le
Général, à cinq heures quarante-cinq minutes , de former une
ligne de vîtesse très-serrée., et qui., à six heures., étoit par-
ticulièrement indiqué à l'avant - garde pour aller dégager un
vaisseau qui combat contre plusieurs ?
Répond que le Tigre, le Nestor et le Redoutable étaient
à portée de ce vaisseau, et qu'il a manœuvré pour former
l'ordre indiqué par le Général ; que le Tigre , le Nestor et le
Redoutable étoient prêts à s'aborder, et que le plus grand
désordre existoit alors dans l'armée
Interrogé pourquoi il ne s'esc pas conformé au signal fait
( 26 )
à six heures de former une ligne de bataille sur le vaisseau
VAlexandre ; ce signal , par le nota de la tactiquej regardant
les bons voiliers ?
Répond qu'il a manœuvré le mieux qu'il a pu pour secourir
les vaisseaux arriérés ; qu'il lui étoit impossible d'aller sur
l'Alexandre sans traverier nos vaisseaux, et que l'armée étoic
alors dans le plus grand désordre.
Interrogé s'il s'est conformé au signal fait à sept heures ,
de diminuer de voiles, aux vaisseaux avancésf -
Répond avoir mis son perroquet de fougue sur le .mâc s
étant alors par le bossoir de stribord du vaisseau le Peuple,
sous les huniers et les perroquets qu'il amenoit de temps-en-
temps.
Interrogé pourquoi le Général lui ayant fait le signal y à
huit heures quinze minutes, d'aller donner une remorque au
Tigre , alors dégréé et dès-lors hors d'écat de tenir le vent,
au lieu d'arriver sur ce vaisseau avec toute la vitesse dont le
sien étoit susceptible , comme le prescrivent les instructions
de la tactique, il s'est borné à une simple diminution de
voiles , sur-tout en mettanc ses voiles sur le mât, les venta
qui régnoient alors ne nécessitant nullement cette manœuvre
pour faciliter l'opération dont il étoit chargé ?
Répond qu'aussitôt le signal du Général , il a manœuvré
pour courir sur le Tigre, lorsqu'il se trouva empêché de con-
tinuer son évolution par les vaisseaux qui étoient par la hanche
de babord sous le vent ; qu'il revint au vent en mettant le
grand hunier et le perroquet de fougue sur le mât, pour at-
- tendre Ú Tigre ; qui nétgit pas fort éloignée et en-même-
( 27 5
temps pour se disposer a donner la remorque., en mettant
avec célérité la yole à la mer j et retirer du monde de la
seconde batterie pour parer un grêlin ; qu'alors étant en panne,
à huit heures vingt-cinq minutes > voyant l'impossibilité d'exé-
cuter le signal de donner la remorque au Tigre, attendu qu'il
étoit cerné _, il fit le signal d'impossibilité de lui donner la
remorque ne voulant pas compromettre son vaisseau , ajou-
tant que pour courir sur le Tigre, il eût été obligé de dé-
sarmer la seconde batterie pour en faire passer le monde à la
manœuvre, et dans ce moment il se trouvoit assailli par des
vaisseaux ennemi?,
Interrogé s'il a combattu dans cette journée., et combien
il a perdu d'hommes ?
Répond qu'il a combattu ; qu'il a eu un homme tué, un
autre la cuisse emportée j et trois autres blessés ; et quoi que
- l'on dise qu'il n'a pas pris part à raction, il y a cependant
tiré trois cents soixante-dix coups de canon.
Et attendu qu'il est tard, avons renvoyé à demain la con-
tinuation des présens interrogatoires ; et a ledit citoyen Ma-
gnac signé avec nous et le greffier j lesdits jour et an que
dessus.
Signé AVED-MAGNAC J MOLINI et COSSON.
I !JoS )
ET avenu ce jour i y thermidor. huit heures du matin ,
nous , major-général de la marine, ayant même adjoint que
devant, et en présence du juri y en la chambre du conseil de
l'amiral, à Lorient , avons, portes ouvertes, continué l'ins.
truction comme suit J après avoir fait paroître le citoyen
Magnac.
Continuation de l'interrogatoire dudit citoyen Magnac#
Interrogé pourquoi , au lieu d'exécuter eur-le-champ l'ordre
du Général y il s'occupa de mettre en panne , mettre sa yole
à la mer.. -et parer son grêlin, ce qui auroit pu se faire
pendant le trajet de lui au Tigre , et sans doute cette ma-
nœuvre en eût imposé à l'ennemi ?
Répond que pour exécuter l'ordre plus promptement, il lui
eût fallu virer de bord , vent devant, n'ayant pu le faire lof
pour lof, étant empêché par les vaisseaux qui étoient dans
la hanche et sous le vent, et que pour manœuvrer son vais-
seau y il eût été obligé de désarmer entièrement sa seconde
batterie ; qu'en conséquence il trouva plus à propos de mettre
en panne pour faire ses dispositions les plus promptes et les
plus faciles, et ce d'autant plus , que trois vaisseaux plus prè,
que lui de ennemi étoient très-propres à lui en imposer.
( p )
Interrogé combien d'hommes le Général lui fit donner le
jour ou la veille du combat qui a eu lieu du 4 au S mes-
sidor ?
Répond que la veille du combat il a reçu cinquante-neuf
hommes.
Interrogé si le nombre des cinquante-neuf hommes lui a
paru suffisant pour combattre l'ennemi et manœuvrer son
vaisseau -1 ou s'il a fait quelques autres demandes relatives ?
Répond que cinquante-neuf hommes ne suffisoient pas pour
en remplacer cent quatre-vingt- quinze qui étoient hor3 de
combat, et qu'il dit à FoScIer qui le prévint de l'arrivée de
so':';,nt hommes, de l'observer au- Général J sil avoit occa-
Ion de, ie voir j et de demander du monde j s'il était pos-
'-"I..,L qùV '1 lui en donne, ajoutant que cet officier est de la
f(t;f it s et qu'il lui fit des instances à cet égard.
Interrogé s'il est vrai que comme il .est dit par son état
d- s r.uacion , il avoit à bord quatre-vingt-seize hommes ma-
lles , et ne pouvant servir dans le combat lors de l'engage-
ment du ap prairial ?
Répond que oui.
Interrogé si dans la journée du 29 prairial le Général a
fait au Tigre d'autres signaux de mouvemens que ceux qui
étoient alors adressés à l'armée ?
Répond que non, qu'au moins il n'en a point vu.
Interrogé si le Tigre, dans la journée du 29 prairial, étant
posté et attaehé à combattre seul l'arrière-garde ennemie 3 le
Général ne lui a pas fait deux fois le signal de satisfac-
tion f
( 3° )
• Répond que le Général a fait au Tigre deux signaux de
satisfaction. 1
Tels sont ses interrogatoires et réponses, desquels lecture
lui faite, il a dit qu'ils sont véritables, et qu'il ne veut y
augmenter, changer ou diminuer ; et a signé avec nous et le
greffier.
Signé AVED-MAGNAC, MOLINI et COSSON,
Le citoyen Magnac retiré, nous avons fait paroître le
citoyen Larreguy, capitaine du Mucias , aux interrogatoireÍ
duquel il a été procédé, comme suit, après qu'il a déclaré
prendre pour défenseur officieux le citoyen Sevenne homme
de loi, qui a , la main-levée , prêté le serment de n'employer
que la vérité dans, la défense de l'accusé.
INTERROGATOIRE
DU CITOYEN LARREGUY..
INTERROGÉ de ses nom, ge. qualité et demeure, avant
qu'il ait tenu les arrêts ;
Répond se nommer Michel Larreguy, être gé de qua-
rante-six ans, domicilié de Saint-Jean-dc-Luz 1 et être capi-
taine du Mucias,
( 1 )
Interrogé-depuis quand il est aux arrêts, et s'il en con-
noît le motif ?
Répond qu'il est aux arrêta depuis le 2 de ce mois 3 et
que c'est comme accusé par le général Villaret de s'être mal
comporté dans le combat du 4 au y messidor.
Interrogé pourquoi il ne s'est pas conformé au signal donné
de serrer la ligne en se formant sur le plus mauvais marcheur,
qui étoit l'Alexandre t suivant le numéro qui fut désigné ?
Répond qu'il a exécuté l'ordre , puisqu'il a été toujours le
plus près de l'Alexandre, et que même il a commencé le
combat avant lui.
Interrogé pourquoi il a forcé de voiles dès la première volée,
et laissé , par cette fausse manoeuvre , entre le vaisseau et
lui , une distance qui a permis à l'ennemi de l'envelopper y ec
a causé sa perte ?
Répond qu'ayant voulu se mettre dans le relèvement pres.
crit avec les vaisseaux de droite , et ne s'étant pas apperçu que
la Régénérée avoit largué la remorque de l'Alexandre, n'ayant
que la voilure que les circonstances nécessitaient, il s'est
borné à tenir le vent, observant que quoique son journal
porte l'heure à laquelle la Régénérée a largué la remorque de
r Alexandre il ne l'a appris qu'après.
Interrogé quelle étoit sa voilure r
Répond qu'il avoit toutes voiles dehors.
Interrogé pourquoi après avoir doublé la frégate du Général
qui, à six heures quarante-cinq minutes, lui a fait le signal
de reprendre son poste, il ne s'est point porté alors sur les x
( 2
vaisseaux qui combattoient, puisque le signal d'envoyer des
secours, de remorquer, etc., étoit hissé?
Répond n'avoir pas vu ce signal , qui n'est porté dans aucun
des journaux de son vaisseau.
Interrogé si quand même il n'eût pas vu le signal , il y
a quelque ordonnance qui dise qu'on ne doit pas être à son
poste en armée ?
Répond qu'il a craint, en faisant un mouvement rétro-
grade , de gêner les vaisseaux arriérés qui étoient engorgés, et
au-devant desquels l'avoient subitement porté rafraîchissement
du vent, les coups de canon de retraite > et l'abri que se
donnoient ces vaisseaux engorgés.
Interrogé pourquoi la ligne de vitesse ayant été signalée,
il ne s'y est pas conformé dès le premier engnp<rnj:r nour
dégager le vaisseau t Alexandre, dont le numéro ér*;?r hiw- •
Répond qu'il a cru s'y conformer, se regardant comme
devant former partie de l'avant-garde.
Interrogé s'il a pris part à l'action ?
Répond que oui ; que même il l'a commencée, et a tiréj
pendant l'engagement, cent quarante coups de canon. -
Interrogé s'il a eu des morts ou des blessés ? -
Répond qu'il n'a pas d'hommes tués ou blessés.
Interrogé s'il a eu des avaries, et quelles elles sont f
Répond avoir eu l'itague du petit perroquet coupée , et un
boulet dans la même voile.
Interrogé pourquoi ayant si peu de dommage, avec un
vaisseau bon voilier, il n'a pas manœuvré de manière à être
de quelque secours aux vaisseaux engagés , comme le prçs-
( 3J )
E
crivoit le signal fait à six heures quarante - cinq minutes ?
Répond que prenant part à l'action dans ce moment 3 il
n'a pas cru devoir quitter son poste , qu'il a gardé comme
faisant partie de l'avant-garde.
Interrogé s'il a diminué de voiles lorsque le signal lui en
a été particulièrement fait ?
Répond qu'aussitôt le signal , il a cargué ses basses voiles
et mis son perroquet de fougue sur le mât.
Interrogé s'il a mis en panne lorsque le signal en a été fait
à l'avant-garde, à huit heures trois quarts ?
Répond qu'à cette heure il étoit en panne j sans toutefois
avoir vu le signal.
Interrog6 si son équipage étoit en état de combattre, et
combien il avoit de malades à bord à l'époque du combat.
et enfin comment s'est comporté ion équipage ?
Répond que son équipage étoit foible , mais bien dis
posé. .1
Tels sont ses interrogatoires et réponses a desquels lecture
lui faite, il a dit qu'ils sont véritables, et qu'il De veut y
augmenter, changer ou diminuer 9 et a signé avec nous et
le greffier. ,
Signé LARREGUY , MOLINI et COSSON.
( H )
Le citoyen Larreguy retiré, nous avons fait paroître le
citoyen Labriere ; capitaine du Fougueux , aux interrogatoires
duquel il a été procédé comme suit :
INTERROGATOIRE
DU CITOYEN LABRIERE.
INTERROGÉ de ses nom, - âge j qualité et demeure, avant
qu'il ait tenu les arrêts;
Répond se nommer Sébastien Giot - Labriere > être âgé de
cinquante-quatre ans, domicilié de l'isle de Ré, et être com-
mandant du vaisseau le Fougueux,
Interrogé depuis quand il est aux arrêts ?
Répond qu'il est aux arrêts depuis le 2 de ce mois, et que
c'est comme dénoncé par le général Villaret relativement à
l'affaire du y - messidor.
Interrogé pourquoi il s'est constamment tenu à la tête de
la ligne dans la journée du , messidor, malgré les signaux
qui lui prescrivoient de former une ligne très - serrée en se
formrnt sur le vaisseau r Alexandre , sans égard au poste ?
Répond que dans ce moment il n'étoit pas à la têce de la
I 35 5
ligne , puisqu'il avoit cinq vaisseaux par la hanche de babord
sous le vent, le Peuple étant dans ses eaux à environ une
demi - encablure ; qu'en conséquence il lui étoit impossible
d'exécuter le mouvement signalé sans aborder les vaisseaux qui
étoient sous le vent à lui, très-près, et qui n'ont fait aucun
mouvement.
Interrogé s'il a exécuté le signal d'arriver qui lui a été fait
particulièrement, à six heures ?
Répond qu'il l'a exécuté aussitôt qu'il l'a reconnu , malgré
qu'il fût très-près du Redoutable qui serroit le vent.
Interrogé pourquoi le signal du Général y fait immédiatement
après le dernier ci-dessus, et qui indiquoit une ligne de ba-
taille à l'armée, sans égard au poste y etc. j lui qui étoit seul
au vent, et par conséqaent nullement gêné, n'a pas laissé
arriver sur l'Alexandre pour le dégager ?
Répond s'en référer à son journal, qui porte : A six heures
et demie le signal de se former en ligne de bataille sur
l'Alexandre , a été fait ; je l'ai fait relever à l'ouest , mais ce
vaisseau a é enveloppé par plusieurs vaisseaux anglais, qui
ont fait taire son feu i ajoutant toutefois qu'il a fait arriver
pour serrer la ligne , et que les vaisseaux anglais qui cernoient
l'Alexandre étoient au nombre de trois ; qu'au surplus il ap.
perçut dans ce moment que l'arrière- garde étoit engorgée..
Interrogé où il avoit le cap , le mouvement ci-dessus étant
indiqué pour dégager l'Alexandre et l'ayant relevé à l'ouest ?
Répond qu'il avoit le cap à l'est-nord-est , ce successive-
ment au nord-est-quart-est.
Interrogé où étoient les vents alors?
( 36 Y
Répond qu'ils étoient variables du sud au sud-sud-estv
Et attendu qu'il est tard , nous avons renvoyé à demain huit
heures du matin, la continuation de la présente instruction,
sous le seing dudit citoyen Labriere, le nôtre et celui de
notre greffier, lesdits jour et an.
Signé LABRIERE, MOLINI et COSSON.
ET avenu ce jour 16 thermidor, l'an trois de la république
française, une et indivisible, huit heures du matin; en la
chambre du conseil de l'amiral, à Lorient, nous, major-général
de la marine, ayant même adjoint que devant, avons, portes
ouvertes , procédé à l'instruction commencée des autres parts,
en présence du juri J comme aux jours précédens ;
Ayant fait paraître le citoyen Labriere, capitaine du Fou-
gueux, nous avons continué ses interrogatoires, comme
fruit :
Continuation de Vinterrogatoire dudit citoyen Labriere.
Interrogé combien il y avoit de. vaisseaux ennemis canon.
nant l'escadre de la république , lorsqu'à cinq heures trois
quarts le signal fut fait de former une ligne ds bataille sam
* égard aux postes l
( 37 )
Répond qu'il y en avoic trois qui combattoient l'arrière-garde
et trois autres qui cherchoient à couper au vent, sur lesquels
lui interrogé tira en retraite. ,
Interrogé pourquoi se tenant toujours en avant au poste
des frégates, il a mis le Général dans la nécessité de lui faire
le signal particulier de diminuer de voilcs., yatit-ses bonnettes,
lorsqu'à six heures trois quarts, une heure après que l'action
fut engagée, le Général eut d'abord signalé à l'avant- garde y
et ensuite à l'armée d'aller dégager VAlexandre par une ligne
de vîtesse, sans égard aux postes l
Répond qu'il a ponctuellement exécuté le signal qui lui a
été fait de diminuer de voiles ; qu'il n'était pas à ce moment
au poste des frégates ; qu'il a toujours regardé le Peuple comme
son serre-file ; qu'il avoic trois vaisseaux par son bossoir de
stribord , savoir : le Zélé" le Watigny et le Jean - Bart , et
que le Brave étoit par son travers très-près au vent à lui ; que
plusieurs fois il a été obligé de culer pour diriger son feu sur
le trois ponts qui le doublait , avec un autre vaisseau ennemi ;
qu'enfin il a été la plupart du temps sous les huniers ; qu'au
surplus il n'a pu envoyer dans l'action que cent quatre-vingt-
quatre coups de canon.
Interrogé si le signal de diminuer de voiles ne pouvant avoir
d'autre but de la part du Général que de le rallier aux vais-
seaux qui combattoient à l'arrière-garde > il l'a exécuté de ma-
nière à s'y porter prompœment, et enfin s'il ett allé renforcer
cette partie de l'escadre ?
Répond qu'il a arrivé de suite et a serré la ligne autant
qp'il lui a été possible , faisant feu sur les vaisseaux qui étoient
( 38 )
au vent à l'Alexandre , qu'il n'a pu joindre, attendu qu'il était
enveloppé , observant qu'il a serré la ligne à babord , et à
sept heures un quart qu'il a tenu le vent conformément au
signal du Général.
Interrogé si les vaisseaux le gênant, il les a hélés pour les
engager de manœuvrer de manière à lui permettre d'exécuter
le signal qui lui a été fait de diminuer de voiles à six heures
quarante-cinq minutes ?
Répond que non J attendu qu'en ce moment l'escadre étoic
en désordre y chacun cherchant à s'effacer pour tirer en re-
traite sur l'ennemi qui doubloit de droite et de gauche.
Interrogé combien il avoit d'hommes hors de combat après
l'action f
Répond qu'entre tués et blessés il n'en a eu que six.
Interrogé combien il a reçu d'hommes la veille du com-
bat ?
Répond qu'il a reçu soixante-cinq hommes tant mousses
que de réquisition.
Interrogé combien il avoit d'hommes de disponibles au
moment du combat ?
Répond qu'il n'a pas l'état de situation , maïs qu'il avoit
à bord cent cinquante malades et dix hommes de mores, et
qu'en arrivant en ce port il a mis à terre trois cents hommes
et pl us.
Interrogé si ses canons en batterie et ses canons de gaillard
étoient armés ?
Répond que oui , y ayant fait passer presque tout le mondç
dç la maacçuYre > à l'exception des officiers mariniers.
( 3.9 J
Interrogé quels étoîent ses avaries après le combat ?
Répond qu'il avoit très-peu d'avaries ; un hauban de misaine
- coupé, et quelques poulies et manœuvres courantes
Interrogé s'il a donné avis au Général, quelque temps avant
le combat, de la situation de son équipage ?
Répond que le général Vence en a donné avis au général
Villaret, et que c'est le général Vencè qui lui a envoyé les
Mixage-cinq hommes.
Interrogé s'il a été satisfait de la conduite et de la bonne
volonté de IOn équipage dans l'engagement ?
Répond que ou i ; que son équipage avoit la meilleure
volonté > mais qu'il manquoit de force.
Interrogé si son équipage manquant de force étoit en état
œ manœuvrer l'artillerie t -
Répond qu'il l'a manoeuvrée autant qu'il lui a été possible,
le, volée. ayant été tirées de distance en distance.
Interrogé s'il a exécuté vers la fin du combat le signal qui
fut fait de mettre en panne à l'avant-garde ?
Répond avoir mis son perroquet de fougue sur le mât pour
UsEer passer le Peuple et le Redoutable.
Interrogé si le vaisseau le Peuple lui a passe au vent ou
tous le vent ?
Répond sous le vent.
Tels sont ses interrogatoires et réponses desquels lecture
lui faite, il a dit qu'ils sont véritables ; qu'il ne veut y aug-
menter, changer, ni diminuer, si ce n'est qu'il observe
qu'il n'étoit pas seul au veRt lorsque le Général lui a
fait le signal d'arriver ; qu'au contraire il étoit en ligne sur
( 40 )
l'aile droite , ayant trois vaisseaux sur l'avant à lui, et le Brave
par son travers. Lecture pareillement lui faite de cette der-
nière observation , il a dit quelle est véritable, et qu'il ne veut
y augmenter, changer ou diminuer, et il a signé avec nous
et le greffier.
Signé LABRIEUE , MOLINI et COSSON,
Le citoyen Labriere retiré/nous avons fait paroître le ci-
toyen Donat, capitaine du Watigny j et avons de suite pro-
cédé à ses interrogatoires.
INTERROGATOIRE
DU CITOYEN DONAT.
INTERROGÉ de ses nom, âge, qualité et demeure, avant
qu'il ait tenu les arrêts ?
Répond se nommer Joseph-René Donat, être âgé de cin-
quante- si* ans, demeurant à Lorient, capitaine du vaisseau
le Watigny.
Interrogé depuis quand il est aux arrêts, et s'il en sait le
motif ?
Répond qu'il y est depuis le 2 de ce mois # et comme
( 41 1
FI
dénoncé par le général relativement à la journée du ) mes-
sidor dernier.
Interrogé pourquoi, malgré le signal du Général qui ordon-
noie une ligne de vitesse très-serrée , sans égard au poste, à
cinq heures trois quarts il a constamment tenu le vent ?
Répond qu'il s'est toujours tf.nu dans la ligne de front
sur l'aile droite, comme il avoic été ordonné dès le jour
d'avant, et qu'il pense que c'était aux vaisseaux de l'aile gauche
qui étoient dans l'alignement de l'Alexandre., à commencer le
mouvement ordonné ; observe que le vaisseau le Peuple étoit
dans sa hanche à bâbord , et qu'il pense que ce vaisseau étoit
plus en position de porter des secours à VAlexandre.
Interrogé si le Peuple étoit de l'avant-garde?
Répond qu'il se trouvoit alors sur l'arrière des vaisseaux qui
formoient le front.
Interrogé s'il est vrai que les signaux faits prescrivissent a
l'armée de se former sur l'Alexandre ?
Répond que oui.
Interrogé s'il est vrai que le signal d'arriver au nord-est ait
été fait à la droite ainsi qu'au centre?
Répond que oui , et qu'il a été exécuté autant qu'il lui à
été possible.
Interrogé pourquoi n'ayant point exécuté le signal de dimi-
nuer de voiles qui fut fait aux vaisseaux avancés, à sept heures
quinze minutes, il n'a pas exécuté la teneur de ce même si-
gnal , lorsqu'il lui fut répété à huit heures trente - cinq mi-
nutes , puisqu'il s'adressoic à lui, RU Mucius et au Fougueux^
comme vaisseaux avancés f
l 4 J
Répond qu'il a exécuté le signal de diminuer de voiles,
étant tous les huniers et perroquets, et mettant souvent le
vent sur perroquet de fougue.
Interrogé s'il a exécuté le signal de mettre en panne ?
Répond que oui. Il
Interrogé pourquoi les efforts de l'ennemi se dirigeant sur
les vaisseaux sous le vent., il n'a pas , avec un vaisseau qui
marchoit très-bien, manœuvré de manière à couvrir le Tigre?
Répond qu'étant à l'aîle droite, comme il l'a déja dit , il
auroit fallu qu'il se laisse culer sur l'arrière de l'armée y pour
ensuite laisser arriver sur l'aîle gauche, pour chercher à couvrir
le Tigre qui étoit déja envloppé par plusieurs vaisseaux à trois
ponts et autres vaisseaux , et que faisant cette manœuvre il
croit qu'on eût été axposé à subir le sort du Tigre sans espoir
de pouvoir le dégager ; qu'il lui semble que les vaisseaux qui
étoient sur la ligne du Tigre auroient été plus à même de faire
cette manœuvre y si toutefois ils pouvoient la faire sans s'ex-
poser à être pris 5 et qu'au surplus il n'a pas été fait de signal
particulier pour couvrir le Tigre.
Interrogé combien il y avoit alors de vaisseaux ennemis qui
canonnoient ceux de la république ?
Répond qu'il ne peut le dire au juste.
Interrogé pourquoi il s'est toujours tenu au vent, au point
de ne prendre aucune part à l'action, si ce n'est à sept heures
quarante minutes, quand un vaisseau anglais s'est montré au
vent à lui ?
Répond qu'il a commencé à tirer à six heures quarante
minutes! de retraite et de la hanche de babord sur les vais-
un
teâux à trois ponts qui combattoient le Peuple, et qu'à sept
heures quarante minutes , il força un vaisseau ennemi qui
vouloit couper entre Groix et l'armée, de virer de bord vent
devant, et de se replier sur son armée.
Interrogé pourquoi tous les signaux du Général donnant la
plus grande latitude aux capitaines pour se joindre aux vais-
seaux arriérés qui combattoient^à forces inégales, son vais-
seau étant bon voilier, son équipage en très-bon état, il ne
s'est pas porté , avec toute la vitesse que lui permettoit sa
position j au vent y pour aller combattre au milieu de ceux
des nôtres qui soutenoicnt si courageusement, en nombre in-
férieur, le feu des ennemis, depuis le commencement de
l'action ?
Répond qu'il a déja fait réponse à cet égard.
Interrogé s'il a reçu l'ordre de faire servir ou pourquoi il
à fait servir sans ordre ?
Répond qu'il n'a fait servir que lorsque le signal d'aug-
menter de voiles fut fait à l'avant-garde.
Interrogé à quelle distance de terte étoit le Tigre, lorsqu'il
a amené ?
Répond qu'il estime qu'il étoit, lui interrogé, à trois quarts
de lieue de la pointe de l'ouest de Groix , et que le Tigre
étoit sur l'arrière du corps d'armée i à un tiers ou demi-lieue
de lui.
Interrogé combien il a eu d'hommes hors de combat?
Répond trois.
Interrogé quels ont été ses avaries t
Répond le longi de tribord de misaine coupé à quatre OU
I 44 5
cinq boulets dans le corps du vaisseau à bâbord.
Quel étoit le nombre d'hommes qu'il avoit de disponible,
au moment du combat ?
Répond qu'il étoit au complet, à l'exception de trente à
quarante hommes qui lui manquoient en partant de Brest.
Interrogé s'il a eu lieu d'être satisfait de son équipage ?
Répond qu'il lui a paru que dans les batteries en bas les
hommes étoieat d'assez bonne volonté.
Tels sont ses interrogatoires et réponses, desquels lecture
lui faite il a dit qu'ils sont véritables, et qu'il ne veut y aug-
menter j changer ou diminuer, et a signé avec nous et le
greffier. ,
Signé PONA T, MOLINI et COSSON.
Le citoyen Donat retiré, nous avons fait paroître le citoyen
Legouardun, capitaine du vaisseau le Jean- Bart, aux interro-
gatoires duquel il a été procédé comme suit : -
INTERROGATOIRE
DU CITOYEN LEGOUARDUN.
INTERROGÉ de ses nom , âge * qualité et demeure avant qu'il
^it tenu les arrêts ;
( f) )
L Répond se nommer Louis-Marie Legouardun, être âgé de
quarante-un ans demeurant à Lorient , et être capitaine du
-Jean-Bart.
Interrogé depuis quand il est aux arrêts et s'il en connoît
le motif?
- Répond qu'il y a été mis le 2 , et en connoître le motif
par l'extrait d'acte d'accusation du générai Villaret contre le
vaisseau le Jean-Bart.. f
Interrogé pourquoi son vaisseau s'étant porté au poste qui
lui écoit prescrit , ce avoir engagé Faction de manière à con-
tenir les chasseurs ennemis, il a forcé de voiles tout-à-coup
et s'est porté de, l'avant, au point de ne pouvoir combattre ,
et de laisser ainsi engager ceux qui se trouvoient d'abord dans
l'action auprès de lui ?
■ Répond que - la nécessité de - passer sur lavant - garde du
Nestor -pour prendre son poste derrière le Peuple > lui a fait
faire lIa voilure convenable, consistant en toutes - voiles, ex-
cepté la grande voiles et qu'au moment où il prenoit poste
il a été blessé et porté au poste , sans connoissance ; que
conséquemment il n'a pu suivre davantage la manœuvre.
Interrogé quel est l'officier qui lui a succédé dans le com-
mandement de son vaisseau , quand' il a été blessé ?
Répond que c'est le cito y en 1
Tels sont ses interrogatoires et réponses, desquels lecture -
lui faite, il a dit - qu'ils sont véritables, et qu'il ne veut y
augmenter , changer ni diminuer i et a signé avec nous et la
- greffier. 1
Signé LEGOUARDUN ; MOLINI et COSSON.
( 4* 5
Et attendu qu'il est tard, avons renvoyé à demain la con-
tinuation ds l'instruction.
Fait et clos sous notre seing et celui du greffier, lesdics
Jour et an.
Signé MOLINI et COSSON,
Et avenu ce jour 17 thermidor, l'an trois de la république
française , une et indivisible , huit heures du matin, en la
chambre du conseil de l'amiral t nous , major-général de la
marine, ayant même adjoint, et en présence du juri , comme
devant, portes ouverces, avons continué la présente instruc-
tion comme suit :
D'après les interrogatoires du citoyen Legouardun , capi.
taine du Jean-Bart , desquels il paroît résulter qu'il étoit rem.
placé, dans le commandement de son vaisseau, par le citoyen
Baullon , son second y lorsque la manœuvre dont se plaint
le Général a eu lieu de la part de ce vaisseau , - d'après la
plainte du Général à' cet égard , qui est faite contre le vais-
seau le Jean- Bart , et non pas nominativement contre le ca-
pitaine , nous avons ordonné j en conséquence dç l'arrêté du
représentant du peuple Topsent, du 22 messidor dernier, qui
porte : » La conduite des capitaines de vaisseau prévenus de
» lâcheté ou de désobéissance dans les affaires qui ont eu lieu
* les 29 prairial et ) messidor , entre l'escadre de la répu-
( 47 )
» blique et l'armée anglaise, sera examinée par le juri». Qu'il
en sera sur-le-champ référé au commandant des armes, relati-
vement aux arrêts ou suspension dudit citoyen Baullon , qui
tombe dans la classe des prévenus.
Et après qu'il en a été référé au commandant des armes
en ce port ; ledit commandant des armes ayant ordonné les
arrêts au citoyen Baullon > prévenu par les suites de la pré-
sente instruction, avons fait paroître le citoyen Baullon , et
procédé à ses interrogatoires , comme suit, après que le ci-
toyen Baullon a signé pour l'acceptation du juri tel qu'il est
composé,
v Signé BAULLON.
INTERROGATOIRE
DU CITOYEN BAULLON.
i i—gaHocaMi ■
INTERROGÉ de ses nom, âge, qualité et demeure avant
qu'il ait tenu les arrêts ; -
Répond se nommer Jean Baullon, être âgé de trente-cinq
ans, domicilié de Nantes, lieutenant de vaisseau comman-
dant provisoirement le Jean-Bart.
Interrogé depuis quand il est aux arrêts ; et s'il en connoîc
es motifs l
( 48 )
Répond qu'il y est de ce jour, comme prévenu dans les
affaires des 29 prairial et 5 messidor derniers.
Interrogé à quelle heure de ladite journée du y il a pris le
commandement du vaisseau le Jean-Bart, le capitaine Legouardun
ayant été blessé ? ,,-
Répond à sept heures et demie.
Interrogé où étoit alors le va'sseau y et quelle place il
occupoit dans l'armée ?
Répond qu'il étoit alors en avant du Peuple , à une ou
deux encablures.
Interrogé s'il a eu connoissance de l'ordre verbal donné par
le capiraine Ango au capitaine Legouardun, de prendre poste
derrière le Peuple ?
** Répond que non observant que le capitaine d'armes ayant
été conduire le capitaine au poste des blessés, et ensuite
roncier de manoeuvre qui fut aussi blessé au même temps que
le capitaine, il s'écoula un long intervalle avant que lui 3
interrogé, en fut prévenu et pût prendre le commandement,
Interrogé sous quelle voilure étoit le vaisseau lorsqu'il en
prit le commandement ?
Répond toutes voiles dehors, à l'exception de la grande
voile.
Interrogé s'il avoit alors des bonnettes ?
Répond que non.
Interrogé quelle manoeuvre il fit alors ?
Répond que le Général lui fie le signal de prendre poste
derrière le Peuple , et qu'il cargua sur-le-champ sa misaine,
'( 49 y
G
les perroqueu, et haller bas les voiles d'étai et masquer ses
huniers pour culer jusques sur son poste.
Interrogé où étoit le vaisseau le Jean-Bart lorsque le signal
lui fut fait , à sept heures quarante-cinq minutes y de prendre
poste derrière le Peuple ?
Répond, en avant du Peuplt, à une ou deux encablures,
ajoutant qu'il exécuta le signal en prenant poste derrière le
Peuple ; mais que peu de temps après le Peuple ayant cargué
brusquement ses basses voiles et mis le grand hunier sur le
mat, et au même instant la roue du gouvernail du Jean-Bart
ayant été coupée , les timonniers avoient abandonné la roue,
et le vaisseau doubla le sillage du Peuple, au point de prendre
son travers vergue à vergue ; que le Jean-Bart, dans cette
position , gêné par le Zélé qui étoit au vent, lui interrogé
amura sa grande voile , et ensuite mit en panne sur l'avant
du Peuple, afin de prendre part à l'action.
Interrogé quels étoient les vaisseaux en avant à lui, lors-
que le signal lui a été fait de prendre poste en arrière le
Peuple ?
Répond ne pas s'en rappeller.
Interrogé quelle étoit sa position par rapport au Zélé, quand
le signal lui fut fait de donner la remorque au Tigre?
Répond n'avoir pas eu connoissance de ce signal fait au
Zelé" mais qu'il présume que c'est à l'instant que le Zélé le
serroit sur le Peuple, et le força d'aller de l'avant.
Interrogé combien d'hommes il a perdu depuis qu'il a pris
le commandement ?
Répond s'en référer au cahier des signaux observant que
I so )
le capitaine Legouardun et l'officier de manœavre ont été les
premiers blessés, et que le cahier des signaux les porte à
vingt-trois.
Interrogé quelles ont été ses avaries?
Répond avoir eu plusieurs haubans coupés, la roue de son
gouvernail endommagée, et plusieurs boulets dans le corps
du vaisseau.
Interrogé combien de vaisseaux anglais combattoient l'es-
cadre de la république ?
Répond qu'il ne peut au juste en dire le nombre, mais qu'ils
étaient plusieurs.
Tels sont ses interrogatoires et réponses , desquels lecture
lui faite il a dit qu'ils sont véritables, et qu'il ne veut y aug-
menter s changer ou diminuer ; et a signé avec nous et le
greffier.
Signé BAULLON J MOLINI et COSSON.
Le citoyen Baullon retiré, nous avons fait paroître le ci-
toyen Sebire , capitaine des Droits-de-l' Homme A aux interror
gatoires duquel il a été procédé comme suit ;
( Si 5
INTERROGATOIRE
DU CITOYEN SEBIRE.
INTERROGÉ ce ses nom , âge , qualité et demeure, avant
qu'il ait tenu les arrêts ;
Répond se nommer Joseph Sebire , être âgé de quarante
ans, demeurant à Lorient, capitaine du vaisseau les Droits-
de- l'Homme.
Interrogé depuis quand il est aux arrêts, et s'il en connoît
les motifs ?
Répond qu'il y est depuis le 2 de ce mois , comme dé-
noncé par le général Villaret, relativement aux journées des
29 prairial et f messidor derniers.
Interrogé pourquoi après avoir obéi au signal du Général.,
qui lui prescrivoit de mettre en panne, il a éventé ses voiles
avant qu'il eût lui-même fait servir, sur-tout tandis que le
danger le plus imminent menaçoit le Tigre alors ?
Répond qu'à huit heures cinquante minutes le Général ayant
fait signal de mettre en panne, il fit aussitôt carguer les basses
voiles et les voiles d'étai, et mettre le perroquet de fougue
et le grand hunier sur le mât ; qu'il conserva cette position
jusqu'à neuf heures sept minutes ; que voyant qu'aucun dei