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L'Age de plâtre, par Celtil

De
31 pages
E. Dentu (Paris). 1873. In-16, 32 p..
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L'AGE
DE PLATRE
PAR
CELTIL
PARIS
E. DENTU, ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, I7 ET Ip, GALERIE D'ORLEANS
1873
Tous droits réservés.
L'AGE
DE PLATRE
\ PAR
CE LT IL
PARIS
|< E. DENTU, ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 17 ET 10, GALERIE o'ORLÉANS
l873
Tous droits réservés.
A
m. QAL. ^DumoÂS JILS
CMÛNSIEUR.
Je viens de lire votre belle réponse à un académicien.
Vemllei agréer, avec mon applaudissement, la dédicace
de ce poëmer. Vous appelei Règne de la Bêce, ce que
j'intitule l'Age de plâtre-, et comme vous en ave\, avant
moi, proclamé publiquement la malfaisance, je vous en
offre l'autopsie. Qu'en penseront les intéressés? J'aime
à croire qu'ils seront de notre avis. Dans le cas
contraire, la concordance de nos vues suffirait à ma
satisfaction.
Sympathie et ralliement autour de cette devise : l'Arc
pour la Vérité.
CELTIL.
"Paris, i5 avril z8j3.
L'AGE DE PLATRE
LE POETE.
Verbe divin de France, instrument d'harmonie,
Qu'un magique luthier sculpta pour le génie
Dans un cristal de roche où vibre librement
L'âme des vérités sans cesse en mouvement,
Legs des Aïeux dont l'ombre, en son séjour stellaire,
Vit plus que les vivants de ces temps de colère,
Lyre, trésor sans prix transmis par d'Aubigné
A-Molière, à Hugo, l'immortel indigné,
Levons-nous! Livre-moi tes fibres frémissantes,
Et que ma, main succède à des mains si puissantes
Et tire encor des cris de ta corde d'airain!
L'AGE DE PLATRE.
LA LYRE.
Vos pires ennemis sont loin des bords du Rhin.
LE POETE.
O Lyre! qu'as-tu dit? Quelle est cette parole
Qui monte brusquement sous ma main qui te frôle?
Quels sont nos ennemis, s'ils ne sont pas Germains? ,
Sont-ils Russes, Anglais, d'Amérique, ou Romains?
LA LYRE.
Certe, on vous hait partout. Partout, l'hypocrisie
Ne voile qu'à demi l'avide jalousie
Qui coiive contre vous parmi les nations ;
Les chacals ont toujours jalousé les lions,
Et vous fûtes trop grands, jadis, pour qu'on l'oublie.
L'Anglais vous guette au Nord, comme au Sud l'Italie ;
L'Allemagne a goûté votre or et vos vins vieux,
Et l'Amérique au loin suit vos îles des yeux.
L'AGE DE PLATRE. 7
Pour les braver, il faut la Force et la Pensée.
Or l'une est une épée entre vos mains cassée,
Et, quant à l'autre, hélas! hélas! il n'est que-temps
D'en rallumer la forge aux soufflets éclatants.,
On vous -hait : armez-vous. La paix n'est qu'une trêve,
Tant que la Vérité n'esc ici-bas qu'un rêve.
Vous ferez de ce rêve une réalité,
Ou tremblez pour vos os dans votre inanité.
Dieu vous tient. Ce n'est pas en vain qu'on fuc l'Idée,
La colonne de feu, la moderne Judée
Et la Race inspirée où vivait l'avenir.'
Dieu vous accule. Il faut enfin vous souvenir
Que votre mission vaut plus que votre'vie.
Voici l'abîme ouvert, si votre pied dévie ;
Et, si vous suspendez votre marche au désert,
Les clairons de la Mort rugissant de concert
Vont cracher sur vos reins du soufre et du salpêtre.
Rappelez-vous pourquoi Moïse a cessé d'être :
Pour s'être avec son Peuple un moment arrêté,
Pour s'être senti las, et pour avoir douté.
Non, plus de doute. Il faut fefaire à votre Race
8 L'AGE DE PLATRE.
Un glaive formidable, une épaisse cuirasse, »
Et remettre en son poing ce puissant bouclier
Où les peuples ont vu l'oeil de Dieu flamboyer.
Que le glaive ait nom FORCE et sa gaîne JUSTICE,
Que la cuirasse ait nom SCIENCE, et retentisse
Sous des marteaux brandis par mille bras de feu ;
Quant à l'orbe géant où brille l'oeil de Dieu,
L'Europe en le voyant deviendra moins hardie :
Ses douze lettres d'or font : ENCYCLOPÉDIE.
A l'oeuvre donc, à l'oeuvre! Au volcan, les Titans!
Allez! forgez la foudre! Et criant, haletants,
Pétrissez des Héros, des Bardes, de vrais Prêcres !
A l'oeuvre ! — Mais sachez avant qu'il est des traîtres,
Et qu'il faut les tuer pour demeurer vivants.
N'allez pas les chercher par delà flots et vents,
Par delà monts et mers, fleuves et colonies.
Vos ennemis mortels, vos malfaisants génies
N'ont ni vaisseaux blindés, ni monstrueux sceamers
Chevauchant à grand bruit sur les houles des mers ;
Ils n'ont pour vous saisir du côté de la terre
Ni les cent mille bras de l'hydre militaire, '
L'AGE DE PLATRE.
Ni ses gueules d'acier illuminant les monts
Et vomissant au loin la foudre à pleins poumons ;
Ces ennemis pourtant ont des armes plus'sûres :
On survit à la foudre, on meurt de leurs morsures.
LE POETE.
0 partis furieux ! ô spectres des tombeaux
Vous apprêtez sans doute une fête aux corbeaux ;
Mais malheur à celui de qui la gorge vile
Poussera la clameur de la guerre civile :
Ses membres à l'instant seront anéantis !
LA LYRE.
Vos plus grands ennemis ne sont pas les Partis;
Ceux-là sont les effets.
LE POETE.
' Quelles sont donc les causes?
Parle.
L'AGE DE PLATRE.
LA LYRE.
Fcoute. Une force immense meut les choses ;
Elle palpite en l'Homme, elle rhythme mes vers :
C'est l'invisible Loi du visible Univers.
LE POETE.
Son nom?
LA LYRE.
C'est la Justice éternelle. La France
Est sa terre promise et son champ d'espérance,
Et les invasions, les révolutions,
Les guerres, les partis sont de durs aiguillons
Dont les pointes d'acier dressent leur forêt sombre
Lorsque l'Iniquité prend racine en votre ombre.
Oui, c'est vous qui du Ciel froncez les noirs sourcils
Quand il fait signe au Nord hérissé de fusils.
L'AGE DE PLATRE.
LE POETE.
Nos ennemis?
LA LYRE.
C'est'vous.
LE POETE.
Qui?
LA LYRE.
Cette sarabande
Qui, lorsque l'ouragan vous cogne, se .débande
Pour reformer ses rangs quand, fatigué, le Sort
Remet dans son fourreau le fer sanglant du Nord.
LE POETE.
Précise?
L'AGE DE PLATRE.
LA LYRE.
Scepticisme, égoïsme, ignorance,
Horreur du Vrai, du Beau, du Juste, indifférence,
Avidité du gain, des hochets, des galons,
Soif de jouir mordant coeurs, nuques et talons,
Buvant la Conscience et desséchant l'Idée,
Faim du pouvoir mangeant toute chair possédée,
Hypocrisie abjecte, âpre vénalité,
Vanité colossale et libertinité.
Voilà vos ennemis.
LE POETE.
Hélas !
LA LYRE.
Médite, écoute.
Il faut le dire, il faut parler, coûte que coûte.
En bas le Peuple, en haut les Aïeux, les Elus
M'exhortent. Dieux ! ces cris ! Je ne les contiens plus :
L'AGE DE PLATRE. Iî
Ils débordent! Il faut .que l'ivraie en démence
Laisse grandir enfin la divine semence !
Flammes, sortez du coeur des' Français endormis !
En guerre ! ouij là guerre à leurs vrais ennemis !
On dompte des partis : Richelieu, Louis-Onze
En ont saisi les cous dans leur poigne de bronzé.
Ces chiens ont fait du sceptre un dur et lourd bâton ;
Et, quand lés Rois sont.morts, ils ont trouvé Danton.
On écrase un Bismark, un de Moltke, un Guillaume :
Tuer se peut. Quand Dieu le veut, le bras d'un homme.-
Frappe juste : un Bliicher roule et râle, un Grouchy
Arrive à temps. '— Mais prendre un sépulcre blanchi,'
Un Peuple qui n'a plus en lui son âme' unie ;
Lui rendre son vouloir, sa vertu, son génie,
Sa foi, sa conscience et le ressusciter :
Voilà pour le moment tout ce qu'il faut tenter.
LE POETE,
A qui parler? Les vieux grelots de là démence
Retentissent ehcor ; lé vieux train recommence
Plus ténébreux, plus vain, plus bruyant'que jamais.