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L'Allemagne trahie depuis Sedan, scène de l'occupation prussienne en Alsace, par L.-L. de Châtillon

De
25 pages
Méra (Lyon). 1871. In-8° , 29 p..
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L'ALLEMAGNE TRAHIE DEPUIS SEDAN
SCENE DE
L'OCCUPATION PRUSSIENNE
EN ALSACE
Ce mince factum est né en pleine occupation
prussienne, au bruit strident et continu des sabres
des vainqueurs traînant insolemment dans nos rues.
Il s'adresse plus spécialement à cette philosophi-
que Allemagne, devenue méconnaissable.
Qu'a-t-elle fait de ses aspirations si morales
et a la fois si libérales?..., Pauvre aveugle qui ne
voit pas, d'après notre néfaste exemple, où mènent
les despotes sous prétexte d'unité et de gloire.
Décembre 1870.
L'ALLEMAGNE
TRAHIE DEPUIS SEDAN
SCENE DE
L'OCCUPATION PRUSSIENNE
EN ALSACE
PERSONNAGES:
M. Burger, vieillard, commerçant, d'origine alsacienne,
ardent patriote, a ses deux fils aux armées.
Mme Burger, sa femme.
Wollfhammel, officier dans la Iandwehr allemande, de
passage dans la ville de X., est logé chez Burger, qui
lui doit tous les égards qu'on puisse rendre à un
hôte de distinction (1).
(1) Un ukase du Gouverneur général des deux provinces
envahies fixe ainsi qu'il suit le menu (qualités et quantités)
qui est dû par jour à chaque soldat logé chez l'habitant:
750 grammes pain.
500 — viande.
250 — lard.
30 — café.
60: — tabac ou 5 cigares.
1/2 litre de vin ou 1 litre de bière ou 1/10 litre d'eau-
de-vie.
8 —
La scène se passe dans la salle à. manger de Burger, au
lendemain de l'abandon du camp retranché d'Orléans.
BURGER (cruellement affecté de ce revers et
subissant toutes les angoisses du moment
comme père et comme patriote, va et vient
machinalement autour d'une table dressée pour
le souper, jurant et tempêtant à la fois dans
les deux langues.) .
Echouer... quand tout semblait si heureuse-
ment combiné, pour un grand succès, le mouve-
ment en avant de l'armée de la Loire et la sortie
de Paris.
Dieu ! ce ne peut être là cependant la fin de
la France, alors qu'à nos yeux ravis brillait
déjà l'aurore de la délivrance..
Mais où trouver un homme de guerre parmi
ces généraux que la faveur presque a seule
élevés à leurs grades.
Quatre-vingt-treize produisit des géants; notre
époque ne produira-t-elle donc que de honteux
pygmés ?...
La terre des Marceaux, des Desaix, des Car-
not et des Hoche, devenue, le jouet des Leboeuf
et Bazaine.
Etre tombés si-bas !....
Ah! nous payons chèrement nos dix-huit ans
d'abandon, de faiblesse et de lâcheté, mais tous
coupables : nous serons tous punis !......
Il était juste qu'un grand peuple, pour avoir
laissé, dans la nuit sombre du Deux-Décembre,
arrêter et proscrire tout ce qu'il avait d'hommes
loyaux, généreux et capables, en vînt un jour à
se trouver en face de l'ennemi sans autres chefs
que des traîtres et des incapables.
France désarmée, garrottée, depuis vingt ans
au bagne....... te voilà libre..... relève-toi.
L'argousin chef et sa chiourme sont à Wil-
helmshoe, au milieu des trahis de Sedan et de
Metz.
France tu dois enfin être épuisée de traîtres !
Mais déjà le stoïque Trochu et l'ardent Gam-
betta, glorieusement unis, tracent à des hommes
nouveaux les âpres et rudes sentiers du devoir
et de l'honneur.
Déjà aussi, moins ignorantes des armes, nos
jeunes générations combattent, non sans succès,
et bientôt victorieuses, reviendront à nos foyers
en milices citoyennes, capables d'y fonder à la
fois l'ordre et la liberté.
— 10 —
Et cette grande Allemagne, si patriarchale, si
éclairée et si libérale.. .. qui, trompée et trahie
depuis Sédan, ne voit pas qu'on lui souille sa
gloire.
Ses soldats faisant oeuvre de bourreaux, as-
sassinant la France après l'avoir vaincue !
Mme BURGER (entrant et ordonnant la table où
sont disposés trois couverts): — Tout est prêt...
il est sept heures, et ce... militaire qui ne vient
pas... J'ai un souper qui ne peut guère attendre.
M. BURGER (avec emportement). — Un sou-
per qui ne peut guère attendre !.., dire que ces
gens-là trouvent à notre foyer toutes les res-
sources du bien-être à la place même de nos en-
fants,en ce moment peut-être privés du plus strict
nécessaire.
Mais Alsacien, c'est-à-dire deux fois Fran-
çais,, comme l'a si bien exprimé le vaillant pré-
fet Grosjean dans sa belle proclamation au Bel-
fortins : je veux du moins , profitant de notre
conformité d'idiome avec les envahisseurs,aller,
par la pensée, en aide à l'épée de mes fils.
Jeveux, dis-je, que ces convives forcés puisent
à ma. table..en même temps que le renouvelle-
—11 —
ment de leurs forces physiques, l'amertume et le
remords,en un mot: la démoralisation résultant
de la conviction de leur complicité dans cette
oeuvre de sang.
Mme BURGER (timidement). — le tremble que
tu ne te compromettes et que Rastadt...... (1).
BURGER. — Mais non, rassure-toi.
Ces gens-là, non moins blessés dans leurs af-
fections que dans leurs intérêts, sont individuel-
lement très-accessibles à la raison : en corps et
sous la férule des officiers supérieurs, c'est
différent, ces moutons-là redeviennent, des
loups.
Mme BURGER.—Du reste, ils n'y peuvent rien.:
ils sont sans doute aussi malheureux que nous :
il n'est bruit en ville que de l'attendrissement
que leur cause à tous la vue des enfants dans
l'intérieur des familles.
BURGER.— Oui, mais ce qui ne les empêche
(1) La forteresse de Rastadt est la prison dos Alsaciens-
— 12 —
pas de traîner insolemment leurs sabres au milieu
de populations inoffensives et désarmées.
C'est justement là ce qui me révolte, ce qui
rend encore plus exécrable à mes yeux cette
horrible guerre ; c'est que ces infamies sont jus-
tement accomplies par les mains, jusqu'ici hon-
nêtes, de bourgeois libéraux consommant ainsi
plus sûrement encore leur ruine que la nôtre.
Tout à coup il s'arrête . On entend le bruit d'un sa-
bre traînant négligemment dans l'escalier, dont il heurte
régulièrement toutes les marches.
L'OFFICIER (entrant d'un air de bonhomie).-—
Bonsoir, meinherr.
BURGER (que le bruit du sabre a irrité). —
Bonsoir, monsieur (avec tout le poli d'un obus).
Silence de quelques minutes qui embarrasse fort l'of-
ficier.
L'OFFICIER. — Il ne fait pas chaud ce soir et
je suis heureux de rentrer.
Voulant se concilier la bienveillance de son hôte pour re-
trouvera son souper un peu de quiétude d'esprit et l'oubli
de la morgue de ses chefs.
— 13 —
Mais au pur allemand que vous parlez, mein-
herr, vous avez dû habiter notre pays et sans
doute y avez-vous conservé des relations et des
amitiés ?
BURGER (refusant cette ouverture). — Il ne
fait pas chaud, disiez-vous, monsieur, malheu-
reusement non, pour nos soldats, qui, à peine
équipés et moins aguerris que les vôtres , ont à
souffrir, non-seulement toutes les intempéries de
la saison , mais encore toutes les tortures de
l'impuissance.
L'OFFICIER (d'un ton lent et emphatique),—
Oui, oui, meinherr,vous êtes cruellement frappés;
votre armée de la Loire vient d'être défaite, et,
avec Dieu, le roi Guillaume rend l'Allemagne
bien glorieuse !
Silence glacial'de Burger.
L'OFFICIER (qui désire la paix, continuant),—
Manquant à la fois, de généraux et de soldats,
vous prolongez inutilement une résistance im-
possible.
Aussi, pourquoi ne pas céder? pourquoi

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