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L'Ami de la Religion et du Roi, ou l'Ordre rétabli, suivi de quelques considérations sur les avantages de la religion et terminé par les deux testaments de LL. MM. Louis XVI et Marie-Antoinette,... [Par M. J.-P. Picot.]

De
194 pages
Guyot frères (Lyon). 1816. In-8° , 195 p..
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L'AMI DE LA RELIGION
ET DU ROI,
OU
L'ORDRE RÉTABLI.
L'AMI DE LA RELIGION
ET DU ROI,
OU
L'ORDRE RÉTABLI,
SUIVI de quelques considérations sur les
avantages de la Religion, et terminé par les
deux Testamens de LL. MM. Louis XVI,
et MARIE-ANTOINETTE, de glorieuse
mémoire.
VOYEZ, peuple, et considérez les maux que le
Seigneur a faits parmi vous. Vous avez rejeté son
Roi et son Christ ; vous avez éloigné celui que vous
aviez appelé ; et le Seigneur vous a rejeté ; et vos
Rois sont devenus, en même temps, et votre punition
et votre crime.
Mass. or. f. de M. le P. de C.
A LYON,
CHEZ GUYOT frères, libraires, grande-rue
Mercière, N.° 59,
AUX TROIS VERTUS THÉOLOGALES.
1816.
De l'Imprimerie de L. CUTTY, place Louis-le-Grand,
N.° 8, façade du Rhône.
AVANT-PROPOS.
LES grands événemens qui se sont succédés
avec une rapidité aussi heureuse qu'éton-
nante, répétés en deux reprises également
remarquables, reproduits dans leur cause
et dans leurs effets, sont des signes bien
éclatans de l'ordre et de la justice de cette
Providence qui, tout en se couvrant par
fois d'un voile mystérieux aux yeux de
quelques esprits forts, n'est que plus ad-
mirable pour tout observateur que les
passions n'aveuglent point, et dont l'ame
bien disposée, comme la rose au souffle
du zéphir, s'ouvre à l'irrésistible influence
de cette lumière divine.
Ce sont autant de bulletins des décrets
de la sagesse éternelle, revêtus du sceau
de la toute-puissance, ce sont autant de
livres d'instruction générale où la saine
raison puise abondamment, où les idées
nobles se développent, ou l'orgueil humain
I
vj
est confondu, et où les leçons terribles
sont tracées en caractères ineffaçables de
feu et de sang pour s'élever contre nous,
ou faire notre justification, au grand jour
des vengeances du Seigneur ; autant de
livres dont rien n'égale la sublimité et
l'éloquence, où tout le monde peut et doit
lire, et qui, par excellence, devraient être,
pour ainsi dire, seuls médités et effacer
toutes les futiles productions de la concep-
tion humaine.
Les avantages seraient bien plus grands,
les progrès plus infaillibles, si l'homme
que d'affreuses misères tiennent constam-
ment courbé vers la terre, portait ses
regards vers cette région d'où émanent
tant de merveilles ; s'il ouvrait ses yeux
autour de lui, suivant l'exhortation pres-
sante du Prophète Isaïe, applicable pour
tout événement important ; leva in circuitu
oculos tuos et vide. Mais accoutumé aux
prodiges divers, distrait par le tumulte
des passions qui l'assiègent et le tourmen-
tent à l'envi, abandonné à ses propres
vij
forces, qui ne sont que la faiblesse même,
il vit dans la plus profonde indifférence;
rien de ce qui se passe ne l'émeut, ne
l'étonne ; rien ne l'afflige que l'absence du
plaisir.
Il faut donc sans cesse l'aiguillonner,
le rappeler à des sentimens lumineux sur
la sublimité de son origine, sur son être
et sa fin, lui développer les véritables
principes, lui rendre ses propres intérêts
palpables ; il faut encore solliciter, presser,
insister, prendre, en un mot, les couleurs
et les former les plus séduisantes, afin
de l'engager à mettre sérieusement la main
à l'oeuvre : mais hélas ! l'ivraie étouffe le
bon grain.
Si, comme l'a si bien observé le plus
judicieux des écrivains modernes, élevé
aujourd'hui aux premières dignités, nous
ne pouvons reprendre notre poids dans
la balance politique, qu'en reprenant notre
rang dans l'ordre moral ; croupirions-nous
plus long-temps dans cet état d'avilissement?
Où est donc ce sentiment si exquis de
I *
viij
l'honneur, autrefois le caractère distinctif
de la nation? Aurions-nous entièrement
dissipé ce précieux patrimoine?...
Ah ! sans doute il est beaucoup de fidèles,
mais la plupart sont encore dans les liens
de cet engourdissement causé par les vio-
lentes commotions passées : l'électrisation
actuelle doit les briser ; exaltons-nous,
donnons l'exemple et l'impulsion et forçons
les plus obstinés, ceux même dont le trouble
est l'élément, à rougir de leur perversité
et à nous envier un bonheur qui ne se
trouve qu'aux pieds du Trône et de l'Autel.
Quel beau spectacle ne serait-ce pas de
voir reparaître au milieu de nous ces beaux
temps de l'âge d'or, dont nous entretient
si agréablement un historien romain, temps
d'innocence où la vertu, maîtresse absolue
du coeur de l'homme, y régnait en souve-
raine, où l'on ne connaissait le vice que
par l'horreur qu'il inspirait, où la probité
et la bonne foi étaient hautement vénérées,
où l'on se livrait par goût, par plaisir à
tous ses devoirs ! Vetusdssimi mortalium
adhuc malâ libidine, sine probro, scelere,
eoque sine poenâ aut coërcitionibus, agebant ;
neque proemio opus erat, cùm honesta suopte
ingenio peterentur ; et ubi nihil contrà morem
caperent, nihil per metumvetabantur. Tacit.
Annal, lib. III. Cap. 26. Num. 1. 2.
Qu'il serait consolant, après tant de
calamités, de ne retrouver parmi ses con-
citoyens que des frères, que des amis sin-
cères, unis par les mêmes sentimens, dirigés
par les mêmes principes vers le bien
commun ! Eccè quàm bonum et quàm jucun-
dum fratres habitare in unum !
Quelle jouissance, si, tous, nous ne
formions qu'un coeur et qu'un esprit ; si,
dépouillés de préjugés, d'amour-propre,
de haine, d'animosité, d'envie, de cupi-
dité et d'égoïsme, nous travaillions tous
de concert à nous rendre heureux? Ah!
combien nous nous épargnerions d'ennuis,
de disgrâces et de chagrins ! que de plaisirs
en échange de tant de maux !... Les prin-
cipes, les germes du bien sont naturelle-
x
ment dans nos coeurs : il ne faudrait pas
les étouffer dans leur naissance ou dans
l'accroissement ; il faudrait ne point avoir
de passions ou avoir assez de force pour
les maîtriser.
Le titre de cet opuscule répugnera peut-
être, et vraisemblablement, au goût de
nos libéraux, peu faits à un tel régime :
en ce cas, on ne pourra que les plaindre
de ne pas savoir apprécier l'aimable qualité
qu'il renferme, et qui constitue l'homme
de bien ; qualité qui est une plante indigène
dans tous les coeurs vraiment français : et
cette obstination aveugle ne saurait les
sauver de la confusion de se trouver dans
la salle du festin sans être revêtus de la
robe nuptiale.
L'ami de la Religion et dû Roi est l'ami
de l'ordre social, le vrai ami de son pays.
Dieu, le Roi et la Patrie : c'était la foi de
nos pères qui en faisaient toute leur gloire ;
leur honneur était attaché à cette indivi-
sibilité. Aussi le siècle de Louis XIV a-t-il
produit ces grands hommes auxquels le
nôtre, malgré toutes ses lumières, ne peut
rien offrir de comparable ; aussi brillait-il
d'un éclat majestueux, au lieu que le nôtre,
pour avoir voulu se distinguer, est tombé
dans l'opprobre et l'ignominie...
L'auteur resté enveloppé été ce titre qui
lui est si cher, entraîné' par le zèle dont!
il est animé pour le bien de sa patrie,
dirigé par des principes qui ont été jugés
dignes de la persécution des derniers trou-
bles, mais non très-instruit dans l'art dif-
ficile de montrer la vérité aux hommes,
et sur-tout aux hommes de nos jours, il
a cru aussi raisonnable que prudent et sage
de se défier de ses forces, et de ne pas
s'exposer à égarer le lecteur, ou plutôt
à faire une trop faible impression sur les
ésprits prévenus, par une lueur insuffisante.
D'ailleurs, pour convaincre en quelque
sorte et pour persuader tout-à-la-fois, pour
faire naître de salutaires réflexions, et
mettre en toute évidence la boussole fïxe,
le guide sûr pour un heureux avenir, il
ne pouvait rien faire de mieux que de
xij
reproduire les belles leçons des sages de
l'antiquité, des génies des derniers siècles,
que de porter le jour de leurs lumières
sur une matière aussi importante que celle
de la Religion et de la saine morale,
auxquelles leurs exemples font attacher
le plus grand prix.
Or, rien de plus utile que de réunir
en un même cadre les vérités utiles dans
les circonstances, qui se trouvent dissé-
minées dans les auteurs les plus distingués,
et qui sont comme perdues pour la mul-
titude qui n'a pas à sa portée tant de
bons livres, rares dans les familles, ou
trop insouciante pour en faire elle-même
la recherche. Par-là, on rétablit, pour
ainsi dire, ce commerce si avantageux, si
nécessaire à l'homme que conseille si fort
l'immortel d'Aguesseau, et dont la négli-
gence excitait ses reproches quand il di-
sait : « que, si les exemples de sagesse,
» de grandeur d'ame, de générosité,
" d'amour de la patrie, deviennent plus
» rares, que jamais, c'est parce que
xiij
» la mollesse et la vanité de notre âge
" ont rompu les noeuds de cette douce
» et utile société que la science forme
» entre les vivans et les illustres morts
» dont elle ranime les cendres pour en
" former le modèle de notre conduite. »
Nous en profiterons sans inconvénient.
Il a donc fait intervenir et les auteurs
sacrés et les auteurs profanes, et les ora-
teurs chrétiens et les païens. Sans dédai-
gner les chefs même de la secte anti-chré-
tienne, dont les aveux échappés par la
force des vérités, ne sont pas d'un moindre
poids, pour montrer l'accord parfait sur
ce qui, de tout temps, a fait la base de
notre croyance. Quelques passages de
l'Ecriture sainte y sont aussi rapportés.
On ne verra pas avec moins de plaisir
les bonnes dispositions des Chambres pour
sauver la France et lui rendre son antique
splendeur, leur désir de faire refleurir la
Religion pour faire refleurir la société. Si
quelque chose peut rassurer, c'est sans doute
cette profession, libre et hardie des grands
xiv
principes; si quelque chose peut consoler,
c'est la perspective d'un avenir plus heu-
reux. On peut avec confiance se livrer à
l'espoir que le bien se fera, comme déjà
il se fait, quand on voit les personnes
chargées des grands intérêts dé l'État, s'unir
au Monarque et montrer une volonté
agissante pour effacer les traces du passé
et pour nous régénérer.
Semblable à l'abeille en nos jardins éclose,
De différentes fleurs j'assemble et je compose
Le miel que je produis.
L'AMI
DE LA RELIGION
DU ROI.
COUP-D'OEIL RAPIDE
Sur le passé, suivi de quelques réflexions.
Di multa neglecli dederunt
Hesperioe mula luctuosoe. Hor. od. 6 lib. 3.
UNE main invisible et toute-puissante s'est
long - temps appesantie sur notre infortunée
patrie : sur cette France qu'une misérable phi-
losophie avait séduite et égarée en proclamant
la licence sous le nom de liberté, en poursuivant
un vain fantôme légalité, pour le revêtir des
dépouilles de la proscription, en renversant
l'autel et le trône ;..... sur cette France aban-
donnée à elle-même et à la fougue des passions,
(16)
livrée aux fureurs démagogiques et aux factions
diverses, en proie aux agitations toujours re-
naissantes, aux convulsions les plus violentes,
à tous les désordres, à tous les malheurs;....
sur cette France, hélas ! qui jadis occupait
parmi les nations, le rang le plus éminent pour
sa civilisation et ses moeurs, pour son atta-
chement, sa fidélité à la Religion et à ses Rois...
et qui, pour avoir malheureusement accueilli
l'impiété dans son sein, a si honteusement
dégénéré,.... a vu couler tant de larmes et le
sang de ses enfans ;.... sur cette France, dont
les antiques limites se sont vues avec non moins
de surprise que d'effroi, franchies par les innom-
brables phalanges des peuples coalisés pour
venger les droits de la légitimité des souverains
trop long-temps méconnus et attaqués.
Oui, cette main vengeresse a suscité parmi
nous, non comme parmi les enfans de Noé,
une confusion de langage, mais une confusion
de choses bien plus terrible....
Déjà., depuis plusieurs années, la ligue in-
fernale de l'impiété, de l'irréligion et de l'in-
crédulité avait gagné les coeurs et préparé
sourdement les esprits, par tous les moyens les
plus propres à caresser les passions; lorsque,
n'ayant plus à douter des succès dé son exécrable
expédition, elle paraît..,, portant l'étendart
( 17 )
aux sinistres couleurs, et levant vers le ciel ;
qu'elle semble menacer, des fronts audacieux,
pour faire une guerre ouverte à la divinité,
détruire son règne sur la terre, renverser ses
autels et bâtir de leurs débris un temple à la
raison qu'encense le délire
Le trône, placé sur la même base, est entraîné
dans le même renversement : Le meilleur et
le plus vertueux des rois ne peut échapper....
Il est immolé à la frénésie révolutionnaire... ô
temps! ô moeurs..! Le sang innocent, le sang
du juste a coulé... ô barbarie!!! ô malheureux
siècle !...
Facti sumus oprobrium gentibus . . .
Tout aussitôt l'Immoralité, l'Injustice, la Vio-
lence, la Terreur, accourues au bruit de ce
fracas épouvantable, dissipent, détruisent tout
ce qui leur fait obstacle, s'emparent de tout,
et étendent partout leurs ravages...
Enfin le philosophisme a vaincu : il bat des
mains, et s'assied fièrement sur une croix
renversée!...
De-là, un torrent impétueux de doctrines sacri-
lèges, les plus révoltantes, répandu sur toute
la surface du sol, ces maximes impies, ces
principes anti-sociaux et désorganisateurs débités
avec chaleur et prêchés avec emphase dans les
clubs ; de-là, le dégoût des moeurs antiques, le
mépris absolu de la religion comme dé ses
pratiques augustes, l'autorité royale avilie et la
république décrétée; de-là, un peuple sans
frein, qui fier de se voir dégagé de ces liens
incommodes dont on avait jusqu'alors enchaîné
sa liberté, se regarde comme seul souverain;
de-là, la licence, l'anarchie, l'ordre social détruit
tone confusion déplorable des notions du juste
et de l'injuste ; de-là, tous droits méconnus, les
propriétés devenues la proie du brigandage ; de-
jà enfin, le triomphe du crime et la persécution
de la vertu....
Puis, le règne extraordinaire de cet homme
suscité par. les passions, comme le chef le plus
digne de régulariser leur marche, d'affermir leur
empire, et d'être appelé à une usurpation, devant
former un rempart inaccessible au retour du
bon ordre; de ce musulman qui n'ayant relevé
les autels que par hypocrisie et pour masquer
ses pièges, en a traité les ministres avec un
si rigoureux mépris en les livrant à l'indigence
pour leur enlever toute considération, aussi-
bien que pour rassurer son apparente protection
par l'espérance de voir s'éteindre insensiblement
cette milice du sanctuaire, qu'il eût voulu et
n'eût osé étouffer d'un seul coup ; qui a dépouillé
l'église et persécuté son chef en retenant ce
Pontife vénérable dans ses fers; de cet Attila,
( 19)
dont les entreprises les plus téméraires n'of-
fraient qu'une digue impuissante à l'impétuo-
sité de sa course, qui croyait effacer par l'éclat
de ses victoires sa férocité et ses injustices; qui
voyait dans l'espérance du succès le seul titre
qui justifiât à ses yeux, l'équité de ses armes ;
pour qui les peuplés étaient des ennemis dès
qu'ils pouvaient devenir sa conquête; qui a
désolé nos familles, dépeuplé nos campagnes,
ruiné nos fortunes et dilapidé nos finances;
de cet étranger à qui les malheureux Français
ont fourni de leurs larmes et de leur sang
la triste matière de ses triomphes, qui a troublé
la paix de l'univers, épouvanté le monde par
son ambition, ses fureurs, et armé contre lui
les peuples et les nations ; de cet impie Adraste
trop long-temps souffert sur la terre, trop
long-temps, si les hommes n'eussent eu besoin
d'un tel châtiment.,. ( Télém, ) (*).
Et en effet, de quelles horreurs, de quels
excès, de quels crimes la France n'a-t-elle pas
été le théâtre pendant un bon nombre d'années ?.
Les premiers temps, les premières époques
de vertige, ne furent-ils pas marqués par la
(*) Du midi jusqu'à l'ourse on vantait ce Monarque
Qui remplit tout le nord de tumulte et de sang :
Il fuit, sa gloire tombe, et le destin loi marque
Son véritable rang.
( 20 )
spoliation du Clergé, la dévastation des Eglises,
la persécution des prêtres, les proscriptions,
par le plus horrible des attentats,,., par les
massacres, les noyades, et par la destruction
de tout ce qui avait fondé la gloire de la nation
pendant quatorze siècles ?..
N'a-t-on pas vu les factions diverses, sorties
affamées de ces comités révolutionnaires, s'arra-
cher les rênes d'un gouvernement dévastateur,
se disputer nos dépouilles pour se gorger d'or
autant que d'infamie ? De vils tyrans populaires,
lassés de l'anarchie, ne nous ont-ils pas traînés
impitoyablement de Caribde en Scylla ? et que
n'ont pas eu à souffrir nos voisins de l'excès
de nos fureurs!... Combien de temps n'avons-
nous pas erré dans ce dédale affreux de maux
inextricables, sans en chercher l'issue ?...
N'a-t-on pas vu les dignités dévolues à la
corruption des principes, à la dépravation des
moeurs ? l'absence de toute vertu chez l'homme
en place n'était-elle pas sa plus belle apologie ?
Ne l'a-t-on pas vu, oubliant tous ses devoirs, se
faire du crime un moyen, ou plutôt un droit
de prévariquer : la foi des sermens n'a-t-elle
pas été mille fois violée et foulée aux pieds ?...
L'orage révolutionnaire long-temps nous a
tenus courbés sous les plus pénibles froisse-
mens. S'il a semblé se calmer, ce n'a été que
dans
dans les intérêts de cette tyrannie, qui, accourue
des régions lointaines, comme pour voler à notre
secours, avait à faire sur nos corps languissans
l'impérial essai d'un système neuf de destruc-
tion, philantropiquement combiné au milieu
des sables brûlans de l'Afrique, qu'on a jus-
tement appelé coupes réglées. Elle avait enfin
disparu.
Une main secourable venait briser nos chaînes
et nous relever, lorsque le bruit de leur chute
réveilla l'affreux génie de la révolution... N'a-
t-on pas vu alors cette hydre effrayante
reparaître avec une nouvelle impudence, et
accompagner l'usurpateur dans sa marche aussi
impie qu'audacieuse ? N'avons-nous pas vu l'in-
gratitude du crime pardonné s'armer en furie
contre la clémence et là bonté ? N'a-t- on pas
vu afficher un mépris plus grand encore des
sermens les plus solennels et des engagemens
lés plus sacrés? Avec quelle frénésie les agi-
tateurs ne se liguaient-ils pas dans des orgies
fédérales, pour perpétuer les troubles et les
séditions ! !
N'avons-nous pas entendu, les mêmes dis-
cours, les mêmes vociférations, les mêmes me-
naces qu'en 1793 ? N'a-t-on pas vomi les mêmes
imprécations et les mêmes blasphèmes contre
la Religion et ses ministres, et contre Dieu
( 22 )
lui-même?.... La fidélité n'a-t-elle pas été taxée
de trahison, et la trahison de fidélité ! le dé-
vouement à la bonne cause n'a-t-il pas été
considéré comme un brigandage, bafoué par
les satellites forcenés du despote, et jeté dans
les cachots ? N'était-ce pas sur l'homme de bien
seul que se déchargeait la haine, que fondait
l'oppression de la tyrannie la plus épouvantable?
Eh quoi! devait-il être suspect celui qui,
frémissant à des acclamations vraiment dignes
de l'enfer, poussait vers le ciel des soupirs,
en implorant les miséricordes de l'Eternel et
gémissant sur tant degaremens ! El ait-il un
conspirateur, l'ami de l'ordre et de la paix, à
qui d'odieuses inquisitions enlevaient jusqu'au
commerce de la conversation ! Etait-il un ennemi
de la patrie, celui qui, bravant tous les dangers,
cherchait à la sauver ; celui qui, sincèrement
attaché à sa Religion, comme à son Roi, se
refusait au parjure et à cette apostasie désas-
treuse qui a mis le comble à notre avilissement?
était-il tellement coupable le royaliste, dont
tout le crime était fidélité à Dieu, au Roi et
à la Patrie, pour qu'on dût épuiser envers lui
l'outrage et la persécution....?
Juste ciel!., qu'elle carrière d'abominations,
de désolations il était réservé à la nation fran-
çaise de parcourir pendant un quart de siècle! ! !
(23 )
Est-il une prophétie mieux accomplie que
celle-ci d'Isaïe? L'oracle divin en s'annonçant
par la bouche de ce prophète, ne semblait-il
pas nous désigner bien spécialement, quand il
disait : " Ils ont changé les lois de leur pays,
ils ont changé le droit public et les statuts
anciens qui régissaient leurs pères, ils ont
brisé l'alliance qui existait entr'eux et moi ;
et voilà que j'ai frappé leur pays de la malé-
diction , et voilà qu'ils seront insensés, et
qu'ils éprouveront des châtimens aussi grands
que leurs crimes ! »
Il y a, sur la révolution, d'autres prédictions
qui s'expliquent non moins naturellement, et
dont les objets n'ont pas échappé dans le temps
aux hommes réfléchis qui connaissaient les
moyens, observaient la marche de la secte
philosophique dans sa conjuration contre le
christianisme. Les prédicateurs de l'Evangile,
sur-tout, qui voyaient l'orage se former de loin,
ne manquaient pas d'annoncer les maux qui
menaçaient la religion; ils les montraient comme
prochains, et en retraçaient des peintures si
vives et si fidèles, que l'on prendrait aujourd'hui
leurs discours, plutôt pour des récits pathéti-
ques de ce qui est arrivé, que pour des menaces
et des prédictions.
« O Religion sainte de J. C. ! s'écriait le père
a *
(24)
de Neuville, un des plus célèbres prédicateurs
du dernier siècle, après avoir présenté le tableau
de la doctrine des philosophes, ô France ! ô
patrie ! ô pudeur ! ô bienséance ! ne fut-ce pas
comme chrétien, je gémirais comme citoyen;
je ne cesserais point de pleurer les outrages
par lesquels on ose vous insulter, et la triste
destinée qu'on vous prépare. Qu'ils continuent
de s'étendre, de s'affermir ces affreux systèmes :
leur poison dévorant ne tardera pas à consumer
les principes, l'appui, le soutien nécessaire et
essentiel de l'Etat. Amour du Prince et de la
Patrie, liens de famille et de société, désir
de l'estime et de la réputation publique, ma-
gistrats désintéressés, amis généreux, épouses
fidèles, enfans respectueux, riches bienfaisans,
ne les attendez, ne les espérez point d'un peuple
dont le plaisir et l'intérêt seront l'unique Dieu,
l'unique loi, l'unique vertu, l'unique honneur.
Dès-lors, dans le plus florissant empire, il
faudra que tout croule, que tout s'affaisse,
que tout s'anéantisse ; pour le détruire, il ne
sera pas besoin que Dieu déploie sa foudre et
son tonnerre : le ciel pourra se reposer sur la
terre du soin de le venger et de la punir.
Entraîné par le vertige et le délire de la nation,
l'État tombera, se précipitera dans un abîme
d'anarchie, de confusion, etc. ».
( 25 )
« Oui, Seigneur, s'écriait encore, dans le
même temps, un autre orateur (l'abbé Beau-
regard), d'un ton prophétique et avec les plus
vifs accens de la douleur, vos temples seront
dépouillés et détruits, vos fêtes abolies, votre
nom blasphémé, votre culte proscrit Mais
qu'entends-je, ô Dieu saint! que vois-je ! aux
cantiques inspirés, qui faisaient retentir en
votre honneur ces voûtes sacrées, succèdent
des chants profanes et lubriques... Et toi, in-
fâme divinité du paganisme, impudique Vénus,
tu viens ici même prendre audacieusement la
place du Dieu vivant, t'asseoir sur le trône
du Saint des Saints et y recevoir les coupables
hommages de tes nouveaux adorateurs !... »
Ainsi avaient été prévus tous les excès de
l'impiété révolutionnaire.... Mais il fallait qu'ils
éclatassent, pour publier hautement la sagesse
de cette philosophie animée d'une si grande
sollicitude, pour régénérer le genre humain...
Les révolutions et les guerres sont de bien
grands fléaux sans doute, mais qui ont des
résultats heureux, lorsqu'on sait profiter des
leçons de l'infortune : comme ils ne sont que
les préludes de maux beaucoup plus affreux,
quand on se roidit.
Les Dieux ne sont point inflexibles,
Parce qu'ils punissent nos forfaits :
( 26 )
Dans leurs rigueurs les plus austères,
Souvent leurs fléaux salutaires
Sont un gage de leurs bienfaits.
C'est ce qu'il ne faudrait point démentir.
Éviter les maux auxquels nous sommes
exposés, c'est le premier pas vers le bonheur :
le dernier, c'est d'acquérir les véritables biens.
On ne peut regarder comme véritables biens
de l'homme, que ceux dont la jouissance fait
la perfection de sa nature, et lui procure une
satisfaction intérieure qui, loin de lasser, ou
d'être altérée par le dégoût, et corrompue par
le repentir, augmente par sa durée : telle est
la connaissance de la vérité.
Que faut-il faire au milieu des ténèbres dont
nous sommes environnés, pour trouver la vérité ?
Renoncer à tout préjugé; soumettre toutes nos
■opinions à un sérieux examen; rejeter celles qui
ne sont pas appuyées sur de bons fondemens ;
chercher le vrai avec zèle, et sur-tout sans
passion ; enfin, ne donner un entier et plein
consentement qu'à l'évidence.
Il répugne au coeur humain qui cherche invin-
ciblement le bonheur, de croire des faits qu'il
regarde comme importans, et de s'exposer à
toute sorte de maux pour les soutenir, sans en
être assuré par un examen profond, jusqu'au
point de ne pouvoir absolument en douter.
( 27 )
Dans le cours ordinaire de la vie, lorsqu'il
est nécessaire d'agir, il ne faut pas toujours
attendre l'évidence pour se déterminer : on de-
meurerait le plus souvent dans l'inaction. La
plus grande probabilité doit décider, c'est-à-
dire, on doit prendre le parti qui paraît le plus
sûr. Voilà ce qu'ordonne la prudence, ce serait
renoncer au bon sens que de prendre pour arriver
à un terme, un chemin qui peut en écarter, et
qui est bordé de précipices. Ce serait faire peu
de cas de la vie, que de préférer à un remède
qui a toujours réussi, celui qui n'a eu que
rarement un heureux succès.
Mais si l'évidence est là ; si elle est cette vue
claire et distincte des choses, qui produit une
telle conviction, qu'on ne peut y résister, sans
renoncer à la raison, ne sera-ce pas le comble
de la folie de vouloir l'attaquer ?
Certes, nous avons été assez à portée de
connaître parfaitement tout ce qu'on peut
attendre de l'incrédulité, tout ce que peuvent
valoir le mépris des devoirs, les infractions de
ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes.
L'expérience nous aura, ce semble, bien
suffisamment démontré s'il est plus agréable
d'habiter un séjour de deuil et d'horreur,
sous l'empire d'une usurpation despotique, ou
d'une démagogie turbulente, que de chercher
(28)
une existence nouvelle et brillante dans la mo-
narchie légitime ; s'il est plus délicieux, plus
honorable de se livrer aux agitations, aux dé-
sordres, que de jouir de la paix et de la tran-
quillité, du calme et du bonheur ; de se vautrer
dans la fange des plus ignobles passions, que
de recouvrer ses institutions, ses principes,
ses vertus et ses souvenirs ; s'il est plus glorieux
enfin de troubler le repos de ses voisins, que
de conquérir leur estime, leur confiance et leur
affection.
Eh bien ! quel fruit avons-nous retiré nous-
mêmes de la terrible leçon, que nous avons
donnée au monde étonné ?... Artisans de nos
propres malheurs, comme les instrumens de
la vengeance divine sur les nations coupables,
ne prendrions-nous aucune part au repentir ? (*)
(*) Il a paru tout récemment un manifeste de
l'Empereur de Russie, sur les événemens passés. On
y admire une grandeur d'ame qui s'humilie et qui.
adore les merveilles du Tout-Puissant. En voici la
conclusion qui en fera connaître suffisamment l'esprit :
« Que dirons-nous maintenant, nos fidèles et bien-
aimés sujets ? de quel sentiment nos coeurs doivent-
ils être remplis après des événemens aussi merveilleux ?
Prosternons-nous devant le Tout-puissant ? Mettons
nos coeurs, nos actions, nos pensées au pied de sou
trône ! nous avons reçu des blessures douloureuses ;
(29)
Parce que nous avons plus grandement péché,
serions-nous moins pénitens ? Après tant de
funestes essais, tant de cruelles vicissitudes,
nous sommes-nous empressés de recueillir le.
nos villes et nos villages ont souffert comme les autres
pays ; mais Dieu nous a choisis pour accomplir un
grand ouvrage ; il a converti sa juste colère envers
nous, en une miséricorde ineffable. Nous avons sauvé
la patrie, délivré l'Europe, terrassé le monstre, étouffé
son venin, rétabli la paix et la tranquillité sur la
terre, remis au Roi légitime le trône qui lui avait
été arraché, rendu au monde physique et moral son
ancienne existence et son bien-être : mais l'on voit
par la grandeur même de ces effets que ce n'est pas
nous qui les avons produits. Dieu, pour les accomplir
par nos bras, a prêté sa force à notre faiblesse,
sa sagesse à notre simplicité, son oeil qui voit tout
à notre aveuglement. Quel choix ferons-nous entre
l'orgueil et l'humilité ? notre orgueil serait injuste,
criminel devant celui qui nous a comblés de bonté ;
cet orgueil nous rendrait semblables à ceux que nous
avons renversés. Mais notre humilité épurera nos
moeurs, acquittera notre dette* envers Dieu, sera
glorieuse et honorable pour nous, et montrera au
monde que, si nous ne voulons faire trembler per-
sonne, nous ne sommes pas non plus dans le cas
d'avoir personne à craindre.
» Peuple et armée Russe, dévoué au Christ, la
miséricorde divine envers toi a fait voir combien tu es
pénétré de la crainte de Dieu, d'amour et de fidé-
lité pour la Religion. Après une courte punition de
( 30 )
peu de bon sens qui a pu échapper aux tour-
billons, pour juger si nous n'avons pas assez
ambitionné, et si, par ce que nous avons perdu
l'habitude du repos, nous devons ne plus
nos péchés, le juste et souverain juge des coeurs nous
fait grâce et répand sur nous l'éclat d'une gloire
ineffaçable. Sa bonté nous donne en même temps
une salutaire leçon. Puisse vivre toujours dans notre
souvenir, et être sans cesse présente à nos yeux, la
punition que nous avons subie, ainsi que celle qui
a frappé nos ennemis, et qui doit nous faire frémir
d'effroi ! elle nous crie plus haut que la trompette
céleste : voilà les fruits du crime et de l'incrédulité !
Que cette pensée pénètre jusqu'au fond de notre ame ;
mais qu'elle nous rappelle ensuite le souvenir conso-
lant de la grâce de Dieu répandue sur nous, et de
la gloire dont il a couronné nos têtes, afin que sa
lumière plus brillante que le soleil, pénètre dans nos
coeurs purifiés, et les enflamme de reconnaissance envers
Dieu, et d'amour pour la vertu. »
Parmi nous, nous avons assez rarement des exemples
de conversion ; on peut dire assez rarement, c'est
même beaucoup dire encore ; car en voici un, qui est
le premier acte authentique que l'on connaisse : c'est
une rétractation d'un ancien député de la Sarthe, ainsi
conçue :
« A déclaré avec l'accent de l'humilité et d'un véri-
» table repentir, qu'il détestait de tout son coeur la
" félonie dont il eut le malheur de se rendre coupable
» dès les premières séances de l'assemblée dite Con-
" vention nationale, en votant la république, en coopé-
(31 )
y songer ? Sommes-nous rentrés en nous-
mêmes, sans préjugé, sans prévention, pour
examiner ce que nous n'avons pas fait et que
" rant, par ce condamnable moyen , à la destruction
" du pouvoir légitime en France ; qu'il détestait le
» régicide affreux dont il eut le malheur de se rendre
» coupable le 6 janvier 1793 , en votant la mort de
» Louis XVI ; qu'il en demandait pardon à Dieu,
» au Roi, à l'auguste famille royale, à la France et
» au monde; qu'il détestait l'apostasie qu'il chercha 9
» dans des temps de crime et de délire, à établir et
» à propager, soit par ses proclamations et arrêtés
» contre toute espèce de culte chrétien , et en faveur
» des fêtes décadaires, soit par différentes profanations
» commises en différentes églises, ou par lui-même,
» ou par gens à ses ordres ; qu'en un mot il détestait
» tous les actes et tous les attentats de rebellion, de
» félonie, d'impiété, de lèze-majesté et d'injustice,
» émanés de l'assemblée dite Convention nationale,
» soit contre LL. MM. Louis XVI, la Reine son
» épouse , Louis XVII leur fils, Madame Royale leur
» fille, les princes de leur auguste maison, soit contre
" le peuple français ; qu'il rétractait et abjurait avec
» sincérité tout propos, tout discours et toute opinion
» qu'il aurait pu émettre contre ce que croit et en-
» seigne l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine,
» qu'enfin il ne cesserait jamais, pendant le reste de
» ses jours, d'en demander pardon à Dieu, de sol-
» liciter les suffrages de l'Eglise en sa faveur, et
» d'offrir à la justice divine ce qui lui reste à souffrir
" en expiation de ses nombreuses fautes. »
( 52 )
nous aurions pu faire, pour arriver à cet apogée
de félicité que vainement on a cherché dans
une autre sphère qui n'est point la sienne ?
Avons-nous mis en balance les avantages et
désavantages de ces vingt-cinq ans, où l'oeil,
révolté des horreurs des premières scènes, ne
sait plus où se reposer ; et un juste résultat
doit-il nous mettre à même de nous féliciter
de la sagacité, de la profondeur de nos con-
naissances, de notre ingénieuse industrie, de
nos savantes combinaisons, et des merveilles
de nos découvertes...?
Le voile est déchiré, à la vérité; les illusions
ont disparu ; nos cerveaux cherchent à se débar-
rasser de cette masse d'humeurs acataleptiques
qui les ont si fort troublés ; déjà nos yeux
dessillés ne voient plus dans ces idées libérales
tant préconisées, qu'une subtile prodigalité de
fausses maximes, de ruines et de désastres ;
nous serions bien disposés à abjurer ces systèmes
pervers, qui nous ont si long-temps égarés,
cette manie aussi folle que bizarre de prendre
la nuit pour le jour, le siècle des ténèbres pour
le siècle des lumières ; on ne peut plus mé-
connaître la justice divine qui nous a poursuivis ;
les temples majestueusement ouverts nous
appelent à l'adoration et à la reconnaissance :
on n'a plus à rougir, on n'a plus à craindre
( 53 )
de s'y précipiter, pour implorer la clémence de
Dieu ; la nécessité de rentrer sous le joug bien-
faisant de la religion et de la morale, est devenue
plus impérieuse que jamais, on pourrait même
dire irrésistible.
Nous reviendrions assez franchement de nos
erreurs ; mais l'orgueil national veille à la garde
de ses trophées ; mais l'ambition craint d'être re-
poussée ; mais l'intérêt se verra trompé dans
ses calculs, qui ne seront plus en rapport avec
un ordre de choses différent; mais la cupidité
tremble de se voir forcée d'abandonner sa proie;
mais l'égoïsme ne trouvera plus que confusion,
que mépris ; mais tout sera contraire aux
passions : elles ne sauraient se résoudre à de
tels sacrifices ; elles s'alarment : elles se récrient ;
elles s'agitent ; elles se réunissent, se coalisent ;
elles s'arment pour défendre leur empire ; elles
font tous leurs efforts pour maintenir leur
domination ; elles soufflent la discorde, leur
souveraine ; l'irréligion, les anime, les enflamme :
il y va de leur indépendance, de leur liberté ;
elles persuadent ; elles subjuguent et triomphent
de la faiblesse et de la pusillanimité....
C'est ainsi que la contagion se perpétue ;
c'est ainsi que la génération qui la suce avec
le lait, que la jeunesse formée à l'école du
philosophisme, et imbue de sa désolante
(34)
doctrine, en est, hélas ! trop long-temps in-
fectée.
Théophraste, dans ses caractères, est loin
de nous rassurer à cet égard : « Les hommes
« en un sens ne sont point légers, dit-il, ou
« ne le sont que dans les petites choses : ils
« changent leurs habits, leur langage, les
« déhors, les bienséances; ils changent de goût
« quelquefois; ils gardent leurs moeurs toujours
« mauvaises, fermes et constans dans le mal
« ou dans l'indifférence pour la vertu. » ( De
l'hom. )
Passez au milieu de Jérusalem, disait autre-
fois le Seigneur à l'ange exterminateur, marquez
sur le front, et épargnez les hommes qui gé-
missent et qui sont affligés des iniquités qui
se commettent au milieu d'elle. (*) Aujourd'hui,
combien peu échapperaient au glaive de la
vengeance céleste, si les prières des saints
protecteurs de notre monarchie ne le retenaient
suspendu sur nos têtes bien plus coupables !
Ah ! c'est bien le cas de nous écrier avec
un prophète : Pourquoi, Seigneur, avez-vous
souffert que nous nous égarassions de vos voies
(*) Transi per mediam Jerusalem , et notabis signum
super frontes virorum qui ingemunt et moerent ob iniqui-
tates quoe fiunt in medio ejus. (Ezech. 9. 4.)
( 35 )
saintes ? Quare errare non fecisti, Dominé,
de viis tuis ? Pourquoi avez-vous laissé en-
durcir notre coeur, afin que nous ne vous crai-
gnissions plus? Quare indurasti cor nostrum,
ne timeremus te ?
Nous aurions encore besoin que votre misé-
ricorde divine nous suscitât de ces hommes
apostoliques qui, les premiers vinrent annoncer
la foi à nos ancêtres encore assis dans] les té-
nèbres de la mort et de l'idolâtrie ; et nous
sommes presque redevenus tels que nous étions,
avant que vous fussiez notre Seigneur, et que
Votre saint nom fût invoqué parmi nous : Facti
sumus quasi in principio, Domine, cùm non
Dominareris nostrî, neque invocaretur nomen
tuum super nos. ( Is.)
Si, à l'oubli de Dieu, au mépris de son
saint nom, à la violation de sa loi, sont réservés
déjà en cette vie des châtimens terribles, serions-
nous assez ennemis de nous-mêmes, pour nous
montrer si peu jaloux du bonheur même temporel ?
Cet endurcissement serait-il tel, qu'il tînt avec
une vigoureuse et invincible opiniâtreté contre
toutes les instances de nos intérêts les plus
chers et de nos devoirs les plus pressans !
Grand Dieu, si la rigueur de vos coups légitimes
N'est point encore lassée après tant de malheurs :
Si tant de sang versé, tant d'illustres victimes
(56)
N'ont point fait de nos yeux couler assez de pleurs ?
Inspirez-nous du moins ce repentir sincère,
Cette douleur soumise et ces humbles regrets,
Dont l'hommage peut seul, en ces temps de colère,
Fléchir l'austérité de vos justes décrets.
Ah ! tremblez, vous qui, après tant de
châtimens, pouvez être encore aussi indifférens
qu'insensibles au milieu de tant d'objets capables
de vous réveiller ! Tremblez, vous, qui ne
connaissez d'autre Dieu, d'autre loi que vos
passions, au penchant desquelles vous cédez
avec une si délicieuse complaisance ; vous, qui
traitez de momerie tout ce qui a rapport au
culte sacré du Très-Haut ; qui livrez à vos
railleries sacrilèges les hommages rendus au
souverain maître de l'univers ; qui méconnaissez
l'ordre admirable et censurez les vues salutaires
de sa divine providence ; vous, qui secouez
opiniâtrément le joug de la religion, pour vous
abandonner sans remords à vos vices ; qui,
libres de toute crainte, ne connaissez de
bonheur qu'à vivre dans l'abondance, dans
le crime peut être, et qu'à satisfaire tous vos
désirs ; vous, à qui la volupté offre tant de
charmes, et qui pensez que le hasard fait tout
naître et tout périr ; vous, impies sectaires,
qui avez ouvert à la multitude la route périlleuse
de la perversité et du désordre, dont tout
l'odieux a été couvert soigneusement de vos
maximes
( 57 )
maximes infâmes, qui ne cessez encore de
travailler à la rendre même plus praticable ;
vous, ardens corrupteurs de tous principes,
fougueux destructeurs de toute morale, arrêtez...
Quo, quo, scelesti , ruitis !.... Pourquoi armer
encore vos mains, cruelles ? La terre n'est-elle
pas assez teinte de sang ? N'êtes-vous pas enfin
rassasiés d'opprobre et d'iniquités ?... Heu ! ni-
mis longo satiate ludo. Ne sauriez-vous donc
vous lasser de parcourir cette horrible carrière
et d'y entraîner la foule !
Furor ne coecus , an rapit vis acrior ,
An culpa ? responsum date.
... Ce sont des destins ennemis qui vous
emportent ;... c'est le meurtre du Roi martyr,
du meilleur des pères qui vous accuse, c'est le
sang du juste qui s'élève contre vous devant le
tribunal de la restauration, devant la justice
relevée sur ses véritables fondemens ;... Ce sont
des ruines irréparables qui déposent contre
vous ;... C'est l'enfer constamment jaloux du
bonheur des humains, qui, ne pouvant voir,
sans frémir, que cette France dont il avait fait
le siège de son empire, doive lui échapper à
jamais, ne vous offre de salut que dans la
perpétuité du trouble....
Mais le ciel, fléchi par les prières de l'auguste
victime, vous enveloppe dans ses miséricordes;
3
( 38 )
déjà le gage de la clémence céleste apparaît :
c'est le signe de la réconciliation générale, du
ciel avec la terre, de Dieu avec la France.
Ah ! ouvrez vos yeux à la lumière ! Puisse
l'éclat de ces beaux jours succédant à tant de
tempêtes, vous ravir et vous ramener au bercail!
Puisse l'influence de cet astre bienfaisant qui
vient sécher nos pleurs, amollir la dureté de
vos coeurs, pour vous rendre à l'honneur et à
la Patrie !...
Suivons ces nobles élans de notre représen-
tation nationale : répétons avec elle : « O France !
ô notre Patrie ! vois combien il est amer et
douloureux pour tes enfans, d'avoir abandonné
leur Dieu et leur Roi ! Reviens, reviens à cette
religion divine qui rend les hommes heureux,
et dans l'autre vie et dans celle-ci, en établissant,
sur des bases fixes et inébranlables, les consti-
tutions de l'ordre social. Chéris de plus en plus
le meilleur des Rois et son auguste Famille ;
que les haines, que les divisions cessent en
France. »
L'ORDRE RÉTABLI.
Dispersit superbos, exaltavit humiles. Ps.
ADMIRONS cette Providence vers laquelle tout
nous rappelle si éloquemment ; admirons-la au
milieu de tant d'événemens, au milieu de ces
restaurations inespérées, de ces chutes inat-
tendues : les puissans sont précipités de leurs
sièges usurpés, ceux qui étaient dans l'humi-
liation se relèvent avec éclat ; l'Église sort de
son deuil, et ses ministres de leurs cachos.
Le premier Pontife de la religion a recouvré
à la fois et sa chaire et son Trône : cette au-
torité, toujours attaquée et jamais détruite,
brille de son ancienne splendeur. L'usurpation,
l'injustice, la violence et l'oppression ont fait place
à l'exercice tempérée de l'autorité légitime ; la
société se rasseoit sur ses bases; et les principes
révolutionnaires, qui ont si long-temps ravagé
l'Europe, mais plus particulièrement la France,
sont dépouillés de cette illusion qui nous avait
séduits ; enfin, à la tyrannie, inséparable d'un
gouvernement usurpateur, sont substituées les
douces habitudes d'une souveraineté légitime.
3*
(40)
Eh ! qui a pu, sinon une main forte et puis-
sante, arrêter tout-à-coup ce torrent qui s'était
si prodigieusement accru, et qui semblait
devoir tout engloutir ? qui a aveuglé ce Pharaon
que l'on croyait si bien affermi ? qui a anéanti
tout-à-coup ces masses avec lesquelles il se
jugeait invincible ? qu'est devenu ce fier génie
qui, dans son arrogante audace, se vantait de
maîtriser les événemens, et de faire la loi à la
destinée ? à Domino factum est istud, et est
mirabile in oculis nostris.
Chantons des hymnes de reconnaissance et
d'alégresse pour de si signalés bienfaits; célébrons
la puissance du Seigneur ; et sur-tout, rendons-
nous dignes de ses miséricordes, en puisant dans
nos calamités passées, de nouveaux motifs de
chercher à l'apaiser.
Il a brisé la verge des impies, le sceptre des
dominateurs; il a abattu celui qui frappait les
peuples d'une plaie incurable, celui qui com-
mandait aux nations dans sa colère, et les per-
sécutait sans relâche.... les maux de Jérusalem
sont finis ; son iniquité est pardonnée : elle a
reçu de Dieu des grâces qui surpassent ses
crimes. Jugum oneris populi, et virgam humeri
ejus , et sceptrum exactoris ejus superasti....
Consolamini... Quoniam Completa est malilia
ejus, dimissa est iniquitas illius : suscepit de
( 41 )
manu Domini DUPLICIA pro peccatis suis,
( Isaïe ).
Application frappante ! . . Mais quel est cet
autre bienfait que nous annonce l'exactitude de
l'expression du prophète, DUPLICIA ?
Serait-ce cette main paternelle repoussée,
venant une seconde fois nous tirer de l'abîme
de maux où nous ont replongés plus profondé-
ment l'ingratitude et la perfidie ? serait-ce cette
constance invincible qui ne désespère point, et
qui veut, quoiqu'il en coûte, nous rendre au
bonheur? . . ou, y aurait-il quelque chose de
plus avantageux, de plus grand encore ?... Oh !
c'en est déjà trop ; oui, c'en est trop pour des
ingrats. . . . pour des parjures. . . . pour des
monstres ! ! !
Sophistes insensés ? maçons destructeurs !
vous-mêmes profanes, vous-mêmes infâmes,
sortez de vos antres ténébreux, pour n'y plus
rentrer... stulti, aliquando sapite. .. paraissez
au grand jour : assez et trop long-temps vous
avez pu vous satisfaire... reconnaissez la puis-
sance suprême, en même temps que la vanité
de vos criminelles révoltes.. ; voyez ce Trône
impérissable où la légitimité a reconquis ses
droits ; voyez-y le salut de la France, ce Louis
que vous semblez redouter, parce que vous
n'osez croire ni à la grandeur, ni à la sincérité
(42 )
de la clémence royale ; voyez cet ange de paix au
milieu de cette auguste famille, imposante par
l'antique gloire de ses nombreux aïeux, et dont
le nom aussi bien que les vertus vous ont causé
tant de convulsions... approchez , et que vos
coeurs de bronze se défendent, s'ils le peuvent,
contre les traits de cette bonté magnanime.
Entendez ce monarque vénérable vous dire
avec l'accent de la plus vive douleur : rien ne
m'afflige plus profondément que les maux de
» mes enfans ; comme aussi rien ne me pèse
» plus sur mon coeur que cette calomnie dia-
» bolique qui, dans les derniers malheurs, m'a
» imputé trop gratuitement une arrière-volonté
» dans la charte, pure conception de mon sincère
» amour pour mes peuples, que j'ai méditée
» avec soin avant de la donner, à laquelle la
» réflexion m'attache tous les jours d'avantage,
» et que j'ai juré de maintenir. Il n'appartenait
» qu'à vous, artisans de révolutions, de porter
» une atteinte aussi outrageante à mes intentions
» loyales et pacifiques, de me couvrir de tout
» l'odieux de vos artificieux systèmes, ou de me
» revêtir des haillons de votre misère. ....
» Ma clémence m'impose silence. . . et je
» vous pardonne... mais que cette indulgence
» vous soit salutaire autrement, ma sévérité
» serait sans miséricorde..
(43)
Oui, les Bourbons nous sont de neuveau
rendus : leur sollicitude, leur munificence, leurs
bienfaits attestent leur présence.
Le premier retour de cette famille si chère
aux coeurs vraiment français, aurait pu ne pa-
raître aux yeux grossiers de la multitude, que
comme un de ces événemens ordinaires subor-
donnés à la vicissitude de la fortune. Mais le bras
du tout-puissant s'est derechef, et pour ainsi
dire, plus visiblement déployé, pour déchirer le
voile de l'iniquité qu'un trop généreux oubli
flattait; pour ébranler, par une secousse plus
violente, ce mortel assoupissement que charmait
une coupable indifférence, et pour nous prouver
que ce n'est pas en vain qu'il frappe, qu'il abaisse
et qu'il élève ; car, s'il a permis un instant que
l'impie ait voulu ressaisir sa puissance, nous
devons reconnaître dans cet orgueil terrassé,
dans cette seconde chute plus humiliante que
la première, la fin du courroux céleste, moyen-
nant une meilleure vie à l'avenir.
Le gage le plus certain en est dans cette race,
la plus auguste de la terre, deux fois miracu-
leusement rentrée, brillante d'une gloire nouvelle
que lui a si bien acquise sa noble et touchante
résignation au milieu de tant d'épreuves ; nous
en avons la plus belle assurance dans cette
dynastie, signe de réconciliation et d'alliance de
(44)
Dieu entre les hommes, entre les Français ;
dans cette autorité qui, seule, est restée debout
au milieu des ruines, dans cette autorité dont
la seule présence nous rassure contre les ré-
volutions.
La main divine, protectrice de cette mo-
narchie, avait retiré ces Princes, nos souverains
légitimes, du milieu des débris de la maison
Royale, pour les replacer sur nos têtes, après
nous avoir fait repentir du mépris de la légitimité,
après nous avoir fait plier sous la puissance du
génie du mal. Elle les a rallumés comme des
étincelles précieuses, pour nous éclairer et nous
remettre dans le chemin de la vertu, qui est
aussi celui de l'honneur, dont nous nous sommes
non moins étrangement que scandaleusement
écartés ; elle nous les ramène, pour nous
rattacher à la foi de nos pères, sauvée dans
l'arche, qu'ils ont conservée dans toute sa pureté.
Pourrions-nous résister au respect que com-
mandent les hautes et glorieuses qualités de
nos seigneurs et de nos maîtres ; l'honneur, la
gloire, l'orgueil de la Patrie ? Pourrions-nous
nous refuser à l'amour que revendique leur
sagesse, et que le malheur a rendu plus vif et
plus touchant ! Pourrions-nous nous empêcher
d'admirer la fille des Rois, cette princesse infor-
tunée, qui ne songe qu'à faire des heureux là
( 45 )
où elle avait éprouvé des traitemens si rigoureux,
et essuyé des chagrins si amers? (*) Verrions-
nous sans attendrissement cette auguste orpheline
qui, déjà dans sa plus tendre jeunesse, ayant
épuisé tout le calice de la douleur, vient encore
se prosterner sur les tombes Royales, et ne
peut se consoler d'avoir perdu le meilleur des
pères, comme la plus chérie des mères ? Verrions-
nous d'un oeil sec tant de larmes versées sur
les cendres d'un Roi et d'une Reine martyrs !...
Notre douleur se tempère, il est vrai, à la
vue de cet ange consolateur, qui nous retrace
si fidèlement les hautes vertus et le courage des
royales victimes : nous voyons revivre Marie-
Antoinette en Marie-Thérèse ; nous contemplons
avec une satifaction rassurante l'image de Louis
XVI dans les vertus plus qu'héroïques, parce
qu'elles sont chrétiennes, de son digne succes-
seur et frère Louis-le-Désiré, qui pendant un
long et pénible exil, n'a cessé de nous contempler
avec des yeux d'affection, et de méditer en lui-
(*) S. A. R. Madame la Duchesse d'Angoulême a
daigné prendre sous son auguste protection l'utile éta-
blissement fondé par l'active charité des dames de la
paroisse de St. Vincent-de-Paule, à Paris, pour l'ins-
truction des enfans pauvres, et pour le soulagement
des malheureux.
( 46 )
même sur les moyens d'assurer à jamais notre
gloire et notre repos : délicisieuse jouissance qui
ouvre nos coeurs à l'espérance et aux conso-
lations!
Il est donc enfin au milieu de ses enfans ce
père tendre dont la longue absence leur a été
si funeste ! il règne sur nous ce descendant des
Charlemagne et des Saint-Louis, ce petit-fils
d'Henri IV !
Ce n'est plus un centre qui veut s'attirer les
adorations de l'univers ; mais une source bien-
faisante qui, d'un côté, rejaillit vers le Ciel,
et qui, de l'autre coule en abondance pour
le bonheur de l'humanité : ce n'est plus une
idole placée sur un piédestal érigé par l'or-
gueil et le mensonge; mais un être dont l'ame
est le sanctuaire de toutes les vertus merveilleu-
sement empreintes sur la plus intéressante phy-
sionomie, et dont tous les regards, comme tous
les gestes, annoncent la clémence et l'affabilité :
Ce n'est plus un tyran, ni un ravageur de pro-
vinces, qui n'a de loi que son ambition et sa
férocité; mais le père de la patrie, qui les porte
dans son coeur, et qui les sauve des ressentimens,
des vengânces de lennemi : il n'est pas un mo-
narque, qui oublie les services, et qui protège
le crime; mais le rémunérateur de la fidélité, le
protecteur de la vertu, qui cherche le mérite,
(47)
et qui l'élève, à qui les livres saints ont appris
que les empires, les monarchies, que le monde
entier né subsistera que tant qu'il y aura de la
Vertu sur la terre : ce n'est plus ce despote qui,
pour fournir à ses folies autant qu'à ses fureurs
accable son peuple d'impôts ; mais un Roi plein
de la plus active sollicitude pour cicatriser des
plaies qu'il n'a point faites, et pour apporter
une sévère économie dans les dépenses pu-
bliques; mais le plus sensible, comme le plus
généreux des souverains, qui, pour adoucir nos
maux et nous en délivrer plus promptement,
ne craint pas de s'imposera lui-même de grandes
privations, en faisant verser du trésor de sa liste
civile, dans celui de l'État, une portion consi-
dérable de son revenu.
Français, c'est par lui seul que Bellone asservie
Va se voir enchaîné d'un éternel lien ;
C'est à votre bonheur qu'il consacré sa vie ;
C'est à votre repos qu'il immole le sien.
Il n'est pas environné de prospérité, d'abon-
dance : le malheur des temps ne lui offre que des
ruines ; mais il sait que ce n'est pas la force des
armées, ni l'étendue de son empire, ni la somp-
tuosité, de sa cour, qui peuvent le rendre cher
à ses peuples : que ce sont les vertus qui font
les bons rois, la justice, l'humanité, la crainte
de Dieu ; que ce n'est que par ces vertus pré-
( 48 )
cieuses qu'il sera illustre parmi les nations; que
les princes qui sont autour de son trône, bais-
seront par respect les yeux devant lui; que les
rois voisins, quelque puissans qu'ils soient, le
craindront ; qu'il sera aimé dans la paix et redouté
dans la guerre : per hanc timebunt me reges
horrendi ; in multudine vedebor bonus et in
bello fortis. (Sap.) ; il est persuadé que ce n'est
que par elles qu'on peut gouverner justement,
faire le bonheur des sujets, et qu'il sera digne
du trône de ses pères : per hanc disponam
populum justè, et ero dignus sedium patris
mei. (Sap. 9. 12.)
Il n'ignore pas que les passions qui nous
éloignent de Dieu, nous rendent toujours in-
justes et odieux aux hommes, pour lui, rien
n'est plus grand que de vivre selon Dieu : il sait
que la piété est l'effort le plus héroïque du coeur,
comme aussi l'usage le plus noble et le plus
sensé de la raison; et que c'est elle qui toujours
le mit au-dessus de ses longues infortunes; il
sait par là même, que Dieu préside au règne
des souverains que sa grâce elle-même a placés
sur le trône, et c'est de-là que la protection
divine s'étend sur les peuples.
L'impie prospère quelquefois; il paraît élevé
comme le cèdre du Liban, et semble insulter le ciel
par une gloire orgueilleuse qu'il ne croit tenir,
(49)
que de lui-même ; mais bientôt son élévation va
lui creuser elle-même son précipice : la main du
Seigneur l'éloignera, ou l'arrachera de dessus la
terre. La fin de l'impie est presque toujours
sans honneur : tôt ou tard, il faut enfin que cet
édifice d'orgueil et d'injustice s'écroule ; la honte
et les malheurs vont succéder ici-bas à la gloire
de ses succès; on le verra peut-être traîner une
vieillesse triste et déshonorée: il finira par
l'ignominie ; Dieu aura son tour, et la gloire de
l'homme injuste ne descendra pas avec lui dans
le tombeau. Une puissance injuste et trompeuse
quelque prospérité qu'elle se procure par ses
violences, creuse elle-même un précipice sous
ses pieds : la fraude et l'inhumanité sappent
peu-à-peu tous les plus solides fondemens de
l'autorité illégitime. On l'admire, on la craint ;
on tremble devant elle, jusqu'au moment où
elle n'est déjà plus ; elle tombe de son propre
poids, et rien ne peut la relever parce quelle
a détruit de ses propres mains ses vrais
soutiens, la bonne foi et la justice, qui attirent
l'amour et la confiance. ( Télém. 1. 21.)
Déjà, les qualités aimables qui caractérisent
Louis XVIII, font les délices de la France.
Rendu aux voeux de la portion saine de la nation,
et monté sur le trône de ses pères, comme
Henri IV, il n'y paraît que les mains pleines de
( 50 )
bienfaits, au milieu desquels s'élève majestueu-
sement l'olivier de la paix, ses premiers besoins
sont de nous soulager, et de verser sur nous
tous les trésors d'une tendresse sans bornes. Si
la plus inconcevable défection le force à s'éloigner
un instant, son coeur en est déchiré ; il prie...
il revient se livrer tout entier au soin pénible d'al-
léger le fardeau de nos nouveaux malheurs dont
il ressent une profonde peine. Mais hélas! sa
grande ame souffre cruellement de ne pouvoir
apporter à tant de maux des remèdes assez
prompts ; elle bénirait la Providence , s'il eût
été possible qu'ils n'atteignissent que lui. O
sensibilité royale, que vous êtes grande!... que
ne pouvez-vous parler de plus près à tous les
coeurs, à ces coeurs mille fois plus durs que
l'airain ! bientôt, à votre voix attendrissante, ils
s'amolliraient comme la cire devant le Soleil ; et
vous diriez avec plus de satisfaction encore que
César : je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu,
heureux triomphe!.....
Les désastres qui affligent le plus ce bon Roi,
sont ceux de l'impiété. Le vuide affreux qu'a
fait la corruption, se montre à ses regards
effrayés dans toute son étendue. La restauration
de la religion et de la morale devient néces-
sairement celle de l'ordre social ; et c'est ce
grand objet qui occupe, qui intéresse parti-
(51 )
culièremenl sa sollicitude royale et paternelle.
Il appelle autour de lui l'élite de la Nation :
il veut l'associer à cette oeuvre importante.
Pour effacer la honte des excès qui ont imper-
ceptiblement dégradé la nation française, pour
qu'elle puisse reprendre son rang dans le système
européen, il veut l'amener à une profession
solennelle des vrais principes ; il veut qu'elle
acquiert la gloire de se régénérer elle-même,
de s'épurer, et de se relever dans tout l'éclat
de ses anciennes vertus. « Je compte, dit-il, à
» ses représentais, sur le dévouement de la
» nation, et sur le zèle des deux Chambres...
» L'empressement des députés dans ces con-
» jonctures difficiles, est une preuve (entr'autres)
» qu'ils sont animés d'une sincère affection pour
» ma personne, et d'un ardent amour pour la
» Patrie. C'est donc avec une douce joie et une
» pleine confiance que je vous vois rassemblés
» autour de moi, certain que vous ne perdrez
» jamais de vue les bases fondamentales de la
» félicité de l'Etat : union franche et loyale des
» députés avec le Roi, et respect pour la
» Charte constitutionnelle.... Faire refleurir la
» religion, épurer les moeurs, fonder la liberté
» sur le respect des lois', les rendre de plus en
» plus analogues à ces grandes vues, donner
» de la stabilité au crédit, récompenser l'armée,

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