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L'Ami des bêtes, extravagance en 1 acte, par Henry Buguet et Sevray. [Paris, Folies-Marigny, 2 octobre 1872.]

De
29 pages
Michel-Lévy frères (Paris). 1873. In-18, 25 p..
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L'AMI DES BÊTES
EXTRAVAGANCE
Représentée pour la première fois,'.à Paris, sur le théâtre des FOLIE 8-MABIGHT
le 2 octobre 1872, direction Eugène Garnier.)
CHÀTILL0H-5UR-SEINE. =r IMPRIMER!^ B. CORNILLAG
L'AMI
DES BÊTES
-% EXTRAVAGANCE EN UN ACTE
-■. \ ■ < .-s-.,-l
^^^J-J-^ PAR
HENRY BUGUET ET SEVRAY
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS
RUE .A-UBER, 3, E> L A. C E DE L'OPÉRA
LIBRAIRIE NOUVELLE
80ULBVAKB DES ITALIENS, 15, AU COIN DE LA RUE DE GRAMMOltt
18"3
Droits de reproduction, delradautiou et ae représentation réservéa
PERSONNAGES
PAPOCHON, rentier (50 ans).. '. MM. AUGUSTIN
RAPINOT, peintre (25 ans).... J VERLB. .^
RIFL ANCHU, auvergnat '. LABARRE.
EMMELINE, nièce de Papochon M"" MAGNIBR.
JEANNETTE, bonne :. GÉNAT.
S'adresser pour la musique à M. JOANNT G AND ON, chel d'orchestre au théâtre,
et pour la mise en scène détaillées M. HENRI BEAUCÉ, régisseur général.
L'AMI DES BÊTES
Le théâtre représente la salle à manger de Papochon, porte au fond, portes
latérales.
SCÈNE PREMIÈRE
JEANNETTE, puis RIFLANCHU.
JEANNETTE, au lever da rideau, elle époussette, enchantant sans musique 1*
refrain de Thérèsa : On y va.
Pour un' femme seule,
J'suis pas bégueule,
Mais j'en ai,
Ah!
Jusque là,
On y va !
On frappe à droite, elle-va ouvrir sur ce mot :
On y va !
(Parlé.) VOUS déjà?
RIFLANCHU.
Comme vous le voyez...
JEANNETTE.
Je ne vous ai pas donné rendez-vous à cette heure-ci.
Pourquoi... venirsi tôt?...
RIFLANCHU.
Jeannette, je chuis venujavant que vous n'ayez appelé
pour vous paria de3 choses gimportantes. .
2 L'AMI DES BETES
JEANNETTE.
De quel air dites-vous ça?...
RIFLANCHU.
Je le dis de l'air qu'il m'est favorable, vougrrre...
JEANNETTE.
C'est bon! et quelles sont ces choses si importantes!...
RIFLANCHU.
Jeannette, vous me faites des traits.
JEANNETTE.
Monsieur Rifianchu, cette pensée m'offense.
RIFLANCHU.
Je vous dis que mes prunelles che chont achurées'dù fait..
JEANNETTE.
Et comment ça? Je ne serais pas fâchée de le savoir.
RIFLANCHU.
J'ai vu le jeune muscadin qui vient ichi tous les jours.
JEANNETTE, éclatantde rire.
Ah! ah! ah! ah! elle est bonne...
RIFLANCHU.
, Bonne ou cuiginière... Pourriez-vous m'expliquer sa pré-
sence autrement que pour vous ?
JEANNETTE, impatientée.
Ce jeune homme ne vient pas pour moi, na !
RIFLANCHU.
Chest bien vrai, chette craque-là?...
JEANNETTE.
On va vous le prouver, vilain jaloux?...
RIFLANCHU, l'embrassant.
On n'est jaloux que de che qu'on ainie.
JEANNETTE.
Ce jeune homme dont vous parlez est l'amoureux dé ma
jeune maîtresse.
RIFLANCHU .
La nièce du bourgeois?... J'aime mieux cha!...
JEANNETTE.
• Oui !... et sous le prétexte de faire mon portrait, il est
reçu dans la maison, et peut ainsi parler à mademoiselle.
SCENE PREMIERE 3
RIFLANCHU.
Chest différent... Je rengaine mes choupchons...
JEANNETTE.
Ce n'est pas trop tôt !...
RIFLANCHU.,
Ainchi donc, la demoiselle elle a j'un béguin très-pronon-
chépour...
JEANNETTE.
Oui, mais elle n'ose l'avouer à son oncle, un vieil empaillé,
non^empailleur, qui n'aime qu'une chose...
RIFLANCHU, vivement.
Les femmes?...
JEANNETTE.
Non ! les bêtes.
RIFLANCHU..
Cha vaut quelquefois mieux...
JEANNETTE, lui donnant une poussée.
Dites donc, vous !... — Figurez-vous, Riflanchu, un homme
qui passe une moitié de la semaine au jardin des plantes, et
l'autre moitié au jardin d'acclimatation...
RIFLANCHU.
Les animaux féroces doivent lui faire patte de velourch !
(Lui embrassant la main.) Oh! c'hest doux comme une peau de
lapin.
JEANNETTE.
Toutes les bêtes sans exception, l'accueillent comme un
frère.
.RIFLANCHU.
Avant qu'il ne les jait empaillées.
JEANNETTE. ,
Naturellement... par exemple, il a des préférences...
RIFLANCHU.
Pour les janes, chans doute?...
• Il rit très-fort.
JEANNETTE.
Non, pour les singes quels qu'ils soient, c'est au point qu'il
a pris tous leurs gestes et toutes leurs allures...
4 L AMI DES BETES
RIFLANCHU, riant.
Est-che qu'il che gratte le....
Il fait le geste des singes.
AIR : des Couplets d'Adolphe. (Petit Faust, 8e acte.)
JEANNETTE.
Sa patte imite la patte
Du gorille, et d'I'ourang-outan,
Comme eux, il grimace et s' gratte,
Comme eux, il est très gourmand.
Quand il est dans ma cuisine,"
Malgré moi j' prends un bâton ;
Car toujours je m'imagine j D-.
Qu'il va m' prendr' pour sa guenon. (
RIFLANCHU.
Qu'il ne chen avije jamais...
; JEANNETTE.
On vient, c'est lui ! laissons-le faire des singeries tout seul...
RIFLANCHU.
Des guenons comme vous, foutchtra debougra, on en ferait
CheS ChoUX gras j'au Cantal... (il sort en dansant une bourrée.)
Ils sortent.
SCÈNE II
PAPOCHON, il entre le chapeau sur la tète et des journaux à la main.
Me voilà prêt à partir pour le jardin des plantes, ah ! non
au fait, c'est mon jour de jardin d'acclimatation. Pauvres
chères bêtes, elles ne me pardonneraient pas mon erreur!...
"Voyons si les journaux de ce matin parlent de la nouvelle
cage des singes. Une invention de moi. Comme membre de
la Société protectrice des animaux, je cherche depuis vingt
ans et demi le moyen de modifier, d'aérer, de rendre plus
agréable les appartements alloués par l'homme à son frère le
singe 1... Mais oui?... Les beaux garçons ont beau dire... Le
singe, c'est l'homme!... L'homme, c'est le singe. Plus j'en
empaille (pas des hommes, des singes) et plus je m'aperçois
que les singeries rapprochent les distances !... Je vous en don
nerais la preuve si j avais mon squelette de chimpanzé su
SCÈNE QUATRIÈME _• 5
moi... Ah! au fait, voyons si j'ai pris la monnaie nécessaire
pour leur acheter des petits pains. Oui, j'ai vingt-quatre sous.
Si vous saviez comme ils sont malins. Dès que je parais de-
vant leur cage, leurs queues cessent de s'enrouler en cor de
chasse, ils lâchent tout, ils cessent même de se gratter pour
gambader devant mes lunettes, et ils semblent me dire : bon-
jour Papbchon, bonjour l'ami des bêtes, bonjour papa... Aussi,
quand il me faut en empailler un, vous n'avez pas idée de
mon chagrin... je préférerais empailler mon concierge...
(Après avoir lu un passage -de son journal.) Qu'ai-je lu?... Un SUlge, dit
de l'espèce homme des bois, vient de s'évader ; on aura lu
devant lui les Mystères de la Bastille, et, comme Latude, il
aura scié les barreaux de sa cage avec un ressort de.sommier
élastique?... Ah! mais alors ce singe est dans le quartier, ce
singe peut m'honorer de sa visite, ce singe peut venir me
demander la main de ma nièce.;. Un homme des bois dans
ma famille, quel honneur!... Je cours au jardin d'acclima-
tation pour contrôler le fait.
Il sort comme un fou.
SCÈNE m
JEANNETTE, seule, entrant par la gauche.
Enfin, Riflanchu a pu partir sans être vu... quant à Mon-
sieur... Pas besoin de demander où il est allé...
SCÈNE IV
JEANNETTE, RAPINOT.
RAPINOT, paraissant à'la porte du fond.
Jeannette!...
JEANNETTE.
Monsieur Rapinot!
RAPINOT, entrant.
Oui, Rapinot, l'espoir de la peinture moderne, le maître de
ballet du bal Bullier, l'inventeur patenté de toutes les bonnes
farces d'atelier... j'en passe et des meilleures...
6 - L'AMI DES BÊTES
J'EANNETTE.
Étes-vôus gai"?... .
RAPINOT.
Que veux-tu? la mélancolie c'est l'ennemie jurée des ar-
tistes... C'est bien assez de la peindre.-S'il fallait encore la
porter sur le visage, que deviendrions-nous?...
JEANNETTE.
, Ah !. à propos de peinture, vous venez pour me faire mon
portrait...
RAPINOT.
Comment donc... mais certainement ! à la condition qu'il
ressemblera traits pour traits à ta charmante maîtresse.
JEANNETTE.
Farceur...
RAPINOT.
Mademoiselle Emmeline est dans son appartement?.;.
JEANNETTE.
Elle y est!...
RAPINOT.
Toute seule?... •
JEANNETTE.
Naturellement, puisque son oncle est allé voir les singés...
RAPINOT.
Bravo !... j'entre alors...
JEANNETTE, se mettant devant la première porte a gauche.
Oh ! mais non...
RAPINOT. ' '
Oh! mais si!...
JEANNETTE. - .'
Vous n'avez pas affaire aux demoiselles de Bullier ici...
'RAPINOT. -
Je saurai bien te corrompre malgré toi. (A part.) Le prestige
de l'or, il n'y a que cela ! (Lui donnant un papier.) Tiens ! prends !
JEANNETTE, prenant.
Qu'est-ce que c'est que ça?... Deux places pour le théâtre
Saint-Pierre.
SCENE CINQUIEME 7
RAPINOT.
C'est beaucoup, je le sais, mais je n'ai pas d'autre monnaie.
\ JEANNETTE.
Quel drôle de corps !...
RAPINOT.
Ah! ça, m'ouvriras-tu?...
JEANNETTE, sur l'air des Cosaques, lui barrant l'entrée.
Quand l'étranger vient assaillir la porte,
On le repousse en lui parlant raison...
RAPINOT.
Pas déraisons, elles seraient mauvaises...
JEANNETTE.
Il est inutile d'enfoncer la porte, voici mademoiselle.
Emmeline entre et passe à droite.
RAPINOT.
Emmeline!...
EMMELINE.
Monsieur Rapinot!...
JEANNETTE, à part.
Ah ! ces artistes... quelles chaudières ! quels volcans...
Monsieur, lui, dirait, quels ouistitis!...
'Elle sort par le fond.
SCÈNE V
RAPINOT, EMMELINE.
RAPINOT.
Où en sont nos affaires, depuis la séance d'hier?
EMMELINE.
Plussbas, je vous en prie, mon oncle pourrait nous en-
tendre.
RAPINOT.
N'ayez crainte, il est allé voir ses singes.
Jeu de scène.
• . , EMMELINE.-
Vous en êtes sûr ?