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L'Amour maternel, poème en 4 chants, par Mme B*** (Balard)

De
94 pages
Michaud frères (Paris). 1811. In-12, 102 p..
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L'AMOUR MATERNEL.
ÏOÉME EN QUATRE CHANTS.
PE L'IMPRIMERIE DE L.-G. MICHAUD.
L'AMOUR MATERNEL,
POEME EN QUATRE CBÀHTS ;
PAR MME. B*****.
A PARIS,
CHEZ MICHAUD FRÈRES, LIBRAIRES,
E.UE DES BOHS-ENFANTS, B°. 34.
M. DCCC. XI.
PRÉFACE.
J E ne connaissais point encore le poème- de
M, de Millevoye, quand je commençai le
mien ; et c'est à celui de M. Legouvé sur le
mérite des femmes, que j'en dois la première
idée. On s'étonnera peut-être que j'aie osé
in'exercer sur un sujet déjà traité par deux
écrivains d'un mérite aussi distingué; mais
M. Legouvé n'a parlé qu'en passant de Pa-«
mour maternel, qui n'est qu'une partie du
sujet qu'il avait embrassé, et j'ai souvent re-
6 PRÉFACE,
gretté, en lisant le petit poëme de M. Mil-
levoye , qu'il lui eut donné si peu d'étendue.
J'ai cru qu'il était encore permis à une mère
d'essayer de peindre les sensations qu'elle
avait elle-même éprouvées. C'est surtout sur
l'indulgence des femmes que je compte. Des
détails susceptibles peut-être de quelque in-
térêt à leurs yeux, paraîtront sans doute sou-
vent minutieux a un homme de lettres ; ri
m'accusera aussi quelquefois d'exagération,
et de donner trop d'importance a des baga-
telles; mais s'il a a ses côtés une épouse ou une
mère, elles prendront, j'espère, ma défense.
Craignant une comparaison qui ne pour-
rait que m'être désavantageuse, j'ai évité au-
tant qu'il m'a été possible de reproduire les-
* . A*'
PREFACE. 7
situations et les épisodes dont MM. Legoiwé-.
et Millevoye ont embelli leurs ouvrages ; je
leur ai seulement emprunté quelques-expres-
sions qui se sont glissées dans mes vers, pour
ainsi dire malgré moi. Je les ai laissées, dé-
sespérant de les remplacer par rien d'aussi
heureux de mon propre fonds. J'espère qu'ils
voudront bien me- pardonner ces petits lar-
cins , que je ne me suis pas au reste permis
bien souvent. Quelques idées de M. de €hâ>
teaubriant, et quelques unes de ses belles
images avaient frappé fortement mon-imagi-
nation, elles s'adaptaient naturellement a m OH.
sujet; je n'ai pu résister au plaisir de les imi-
ter dans des- vers bienmoins poétiques que
sa prose.
.« PRÉFAGÊ.
Jusque vers le milieu du troisième chant,
je n'ai fait à peu près que mon histoire : ce
n'est point un récit d'aventures; j'ai tâché
seulement de peindre mes sensations, et
surtout les affections de mon coeur ; et l'ex-
périence de ce que j'ai déjà éprouvé m'ayant
fait pressentir les jouissances qui m'attendent
encore, j'ai anticipé de quelques années sur
l'avenir.
C'est avec la plus grande défiance que
j'offre au Public ce premier essai ; je ne suis
point aveuglée sur son faible mérite ; je sens
combien il est au-dessous de l'idée que je
m'étais formée de mon sujet. J'ai supprimé,
j'ai souvent essayé de corriger ; mais que je
suis loin de cette heureuse facilité que pos-*
JRÉFACB. -||
sèdent, m'assure-t-on, quelques uns de nos
ipoètes, de tpurner et retourner leurs idées
à volonté, pour les exprimer telles qu'ils les
ont conçues, en se jouant des entraves de
la versification. Il reste encore bien des
choses sur mon coeur, dont une plume plus
exercée pourrait, je crois, tirer quelque
parti ; mais les couleurs et les expressions
m'ont manqué pour les rendre.
Je ne redoute point la critique, j'y suis
préparée d'avance ; je m'estimerai heureuse,
au contraire, qu'on me juge digne de rece-
voir des avis. Quoique mère de famille, je
suis jeune encore ; pour peu qu'ils soient
mêlés de quelques encouragements ( et je ne
porte pas mes prétentions plus haut), avea
ie. PRÉFACE.
plus d'expérience, plus d'habitude de la ver-
sification, et, si j'ose le dire, avec un peu
plus de confiance, peut-être pourrai-je faire
mieux à l'avenir.
L'AMOUR MATERNEL.
CHANT PREMIER.
'AMOUR MATERNEL?
POËME.
CHANT PREMIER.
IENDRESSE maternelle, ô toi dont la douceur
Seule a léalise' mes rêves de bonheur!
Toi qui charmes mes jours, toi qui remplis mon ame,
Anime mes e'crits d'un rayon de ta fia me ?
Je n'invoquerai point les secours généreux »
De ces filles du Pinue aux chants mélodieux;
Que mes fidèles vers, enfants de la nature,
'Réfléchissent ses traits tels qu'une source pure^
L'ait de la vérité voilerait les appas,
Les plus légers atours entraveraient ses pas;
a
i4 L'AMOTJR MATERNEL.
Écoute mes accents , mère sensible et tendre,
Toi seule juge-moi, toi seule peux m'entendre;
Je veux en dévoilant mon coeur et ses secrets ,
Que toi-même en mes vers reconnaisses tes traits.
Et toi qui dès long-temps, sous les lois d'hyménée,
Was pu voir luire encor l'époque fortunée
Qui doit doubler ta vie, et combler tes désirs;
Laisse dire à mes vers tes mortels déplaisirs.
A peine dans les bras de l'amant quelle adore,
Tandis que de l'hymen le flambeau brille encore,
La jeune épouse au ciel, en ce moment heureux,
Demande wn autre bien, et forme d'autres voeux;
L'Amour ne peut -suffire à cette ame brûlante,
Un seul désir l'occupe, un seul espoir l'enchante.
Cependant le temps fuit, enU'aînant sur ses pas
Latconfiance aveugle aux tranquilles appas
Là finit le bonheur où le doute commence ,
La crainte devant elle a vu fuir l'espérance,
CHANT I. i5
Et pour combler ses maux l'aspect de ce bonheur,
Objet de tous ses voeux, irrite sa douleur;
L'enfant qui dort en paix sur le sein de sa mère
S'il frappe ses regards augmente sa misère,
Et pourtant ce tableau qu'elle craint, qu'elle fuit,
En tous temps, en tous lieux, la tourmente et la suit ;
Souvent pour triompher de sa peine secrète
Elle cherche le monde, elle fuit la retraite;
Se glisse dans la foule, étouffe ses soupirs,
Et dévore ses pleurs au milieu des plaisirs.
Ah ! ce n'est point ici que le bonheur réside,
Sous un masque trompeur l'ennui seul y préside.
« Cessons de m'abuser, dit-elle, je le vois,
Sur cette tiiste terre il n'est qu'un bien pour moi;
De l'espoir de ce bien goûtons encor le charme,
Peut-être que mon coeur trop aisément s'alarme,
Ce Dieu puissant et bon qui compte nos douleurs
Se laissera toucher par mes voeux et mes pleurs;
i6 L'AMOTJR MATERNEL.
Cherchons à maîiïiser ma vive impatience,
Forçons du moins ma bouche à garder le silence,
Et dérobons surtout aux mortels indiscrets
Ma tristesse profonde et mes désirs secrets. »
C'est ainsi que livrée à l'importune crainte ,
Qu'elle cherche à cacher sous une gaîté feinte,
La jeune épouse, au sein des plaisirs et des jeux,
Pousse encor vers le ciel des soupirs douloureux;
Il lui semble parfois, dans son pénible doute,
Que le temps et s'oubhe et se traîne en sa route;
Elle voudrait encor plus souvent ralentir,
Sa marche trop rapide, au gré de son désir;
La nuit, quand du sommeil la douceur bienfaisante
Suspend le sentiment de sa peine cuisante,
Les songes imposteurs l'assiègent à leur tour;
Souvent elle croit voir sous les traits de l'amour
Un fils qui lui sourit, lui tend les bras, l'appelle,
Hasarde un premier pas, pour se traîner près d'elle;
CHAJSÎT 1. . r3
Vers cet objet si cher, elle veut s'élancer,
Sur son sein palpitant, le prendre, le presser;
Des mots entrecoupés s'échappent de -sa bouche,
De ses brûlantes mains,elle parcourt sa couche ;
Mais, hélas ! le réveil vient bientôt effacer .
Ces traits qu'un songe heureux se plut à lui tiacer.
Dans un nouveau sommeil, vainement elle espère
Retrouver, contempler, cette douce chimère ;
Jje soleil sur la terre a dardé tous ses feux,
Que le repos encor n'a pu fermer ses yeux.
Près d'elle dort en paix cet époux qu'elle adore,
Un cruel souvenir vient l'agiter encore;
Son regard indécis se fixe tendrement
Sur cet objet chéri qui n'est plus cet amant
Autrefois orgueilleux du bonheur de lui plaire;
Près de lui chaque peine alors était légère,
Sans cesse il la cherchait, maintenant il la fuit—
Ah ! d'un d'un stérile hymen, voilà le triste fruit !..-
a...
18 L'AMOTJR MATERNEL.
En elle il ne voit plus cette épouse féconde,
Sur qui chaque projet et chaque espoir se fonde ;
Isolé sur la terre, il doit vivre et mourir,
En comptant tristement des jours sans avenir.
Lorsqu'un mortel gémit du chagrin qui l'accable
Il entend dans son coeur une voix secourable
Qui lui dit : lève au ciel tes suppliantes mains ;
C'est là, qu'un Dieu puissant, favorable aux humains,
Écoute avec bonté les ferventes prières ;
D'un regard paternel adoucit nos misères,
Et du faible animant le courage abattu,
Jusqu'au pied de son trône élève la vertu.
Cette voix frappe au coeur de l'épouse affligée;
Son courage renaît; et son ame allégée
De la moitié des maux dont elle gémissait,
De l'espoir ranimé goûte le doux attrait ;
Elle court, elle vole au prochain sanctuaire,
Et dans son coeur au ciel adresse sa prière;
CHANT I. 19
Au milieu de la foule, elle «st seule en ce Heu,
Elle demande un fils, et ne voit que son Dieu.
Sa langue est immobile, et sa bouche muette ;
Ainsi l'on vit jadis dans sa douleur secrète ('
L'épouse d'Elcana quitter souvent Sophim
Et parcourir les monts escarpés d'Éphraim
Pour porter à Silo ses désirs et ses craintes;
Au pied du terbernacle, elle exhalait ses plaintes,
Elle disait : « Seigneur, vois mon affliction;
» Regarde ta servante en ta compassion;
» Daigne te souvenir de mes voeux, de mes larmes;
» Relève mes esprits, et bannis mes alarmes ;
» Mes jours sont obscurcis par la stérilité;
» Je te demande un fils pour ma félicité;
» Quelquesjours seulement,seigneur, que je sois mèreî.
» Si ta miséricorde exauce ma prière,
» Mon ame satisfaite adorant tes bienfaits
» Te voûra ce trésor, objet de mes souhaits. »
ao L'AMOTJR MATERNEL.
Jeune épouse ! taris la source de tes larmes,
Bientôt reparaîtront ta jeunesse et tés charmes ;
Ta voix a pénétré jusqu'aux sacrés parvis,
Un nouvel avenir s'ouvre à tes yeux ravis.
Après deux ans entiers de triste impatience,
Lorsque le doux espoir, l'aimable confiance
Paraissaient dans son coeur être éteints sans retour ;
Phrosifle voit combler ses voeux et son amour.
Les larmes ont cessé, les roses du bel âge
Ont déjà reparu sur son charmant visage;
Ce n'est plus cet oeil terne, et ce front contristé,
Qui peignaient ks ennuis de son coeur agité;
Son regaid est plus doux, son sourire plus tendre;
Le plaisir, au dehors cherchant à se répandre,
Brille dans tous ses traits: tel l'aimable Zéphir
Colore le bouton qui vient de s'entr'ouvrir;
Ou tel on voit Phébus, vainqueur de nous orages,
Du plus sombre horizon dissiper les nuages.
CHANT I. si
Cependant elle cherche à cacher son bonheur
Sous le voile enchanté de l'austère pudeur;
Mais son regard plus vif et sa démarche fière
Trahissent sou secret, et disent qu'elle est mère.
Ce n'est pas au milieu d'un monde indifférent 4
Qu'elle peut se livrer au plaisir qu'elle sent;
Il faut que tout partage et goûte son ivresse;
Que tout parle à ses yeux, d'espoir et de tendresse;
Phrosine à dix-huit ans, seule avec son époux,
S'enfuit dans la retraite, et, loin des yeux jaloux,
Va goûter les plaisirs , enfants de l'innocence;
La nature en ces lieux encor dans son enfance,
N'étalant qu'à demi ses charmes renaissants,
Promet à l'avenir de plus riches présents :
De jeunes arbrisseaux, de leurs rameaux dociles,
Contre les feux du jour forment de doux asiles;
Des ruisseaux argciités^distribués sans art,
A travers les gajra$^s*Éifo|iB&»t au hasard ;
22 L'AMOUR MATERNEL.
Sur ces prés éinaillés et sous ce vert feuillage,
Phrosine va revoir les jours du premier âge ;
Tout germe, tout renaît, et tout croît dans ces lieux;
Du bien qui les attend, là tout parle à leurs yeux;
Pour dissiper l'ennui d'une épouse captive,
Qui seule sur son nid, veille en mère attentive,
Le tendre rossignol, répète nuit et jour,
Sa brillante cadence, et sa chanson d'amour ;
Plus loin, sur ses petits, la douce tourterelle,
Roucoulant tristement, déployé, étend son aile;
Quoique faible et timide, elle affronte pour eux,
Et le plomb du chasseur, et l'aigle audacieux.
Au sommet des coteaux, une lueur légère
A peine répandait'sa douteuse lumière,
Que Morphée emportant ses tranquilles pavots,
Loin des yeux de Phrosine a chassé le repos :
Elle îenaît au jour. 0surprise trop chère!
Un mouvement léger, rapide, involontaire,
- P > * ..3*
CHANT L 23
Frappe, presse, parcourt et soulève son sein;
Phrosine doute encor; mais son heureuse main,
A déjà rassuré son esprit en balance,
Elle pleure, et jouit un moment en sdence;
Mais bientôt, dans ses bras pressant avec ardeur
Sou époux bien-aimé : « Partage mon bonheur, »
Dit-elle, « Ah! rendons grâce à la bonté drvine,
» Il vit, et je crois voir sa figure enfantine
» Empreinte de tes trpits, sourire à mon amour;
» 0 Dieu dans ta bonté bénis cet heureux jour !... »
A ces accents pieux, son époux se réveille,
S'étonne des sanglots qui frappent son oreille ;
Et cherche à la calmer par ses soins empressés;
Il entend dp son coeur les battements pressés,
Saisit sa main tremblante et près de lui l'attire ;
Pluosine tout entière encore à son délire,
Lui dit ce qui l'émeut, et cause son bonheur.
Plus follement alors la pressant sur son coeur,
(
34 L'AMOUR MATERNEL.
Son époux attendri, dans ses bras renouvelle
Le serment enchanteur de n'aimer jamais qu'elle.
Au sein de cet aimable et doux épanchement,
L'avenir incertain éclipse le présent
Ce n'est plus un objet qu'on attend, qu'on désire,
C'est un enfant chéri, qui vit, et qui respire.
Us pensent voir déjà ce fruit de leur amour,
De ses baisers naïfs les couvrir tour à tour;
Ils entendent sa voix et son naïf langage,
Déteiminent ses traits, admirent son visage:
Dans cette heureuse nuit, un seul point seulement,
Détruit cette union et cet accord touchant -,
L'époux attend un fils, et l'épouse unç fille;
L'un veut perpétuer le nom de sa famille,
Et' l'autre sans égard au rang de ses aïeux,
Désire sa Zélis pour lui fermer les yeux.
Zélis ! c'est le seul nom, helas ! qui peut lui plaire,
C'était le nom chéri de la plus tendre mère
CHANT I. a5
Phrosine s'abandonne à mille soins nouveaux.
Les atours de l'enfance, et les riches berceaux,
Par ses mains préparés, décorent sa demeure;
Elle va contempler, de quart d'heure en quart d'heure,
Ces aimables apprêts, et cherche à deviner,
Quel est l'oidre important qu'il lui reste à donner.
Le plus léger détail la fixe et l'intéresse,
Et ce trousseau, chef-d'oeuvre et fruit de son adresse,
Complété mille fois, n'est jamais achevé.
L'instant cruel et doux est enfin arrivé ;
Phrosine sent déjà quelque légère atteinte,
De ce mal seul exempt de faiblesse et de crainte;
Tranquille sur son sort, elle ne voit, ne sent,
t
Que l'intérêt si cher du soit de son enfant;
Un rien l'émeut, l'agite, alarme sa tendresse:
Craignant qu'un mouvement le fatigue et le blesse,
Elle n'ose jouir du doux soulagement
Qu'offrirait à son corps le moindre changement;
3
a6 L'AMOTJR MATERNEL.
Et lorsque ses douleurs s'accroissent à mesure,
Bien loin de proférer le plus léger murmure, •
Elle semble accuser la lenteur de ses maux;
Elle craint, elle évite, elle fuit le repos.
Quelques cris cependant déjà se font entendre;
Ce n'est plus cet accent harmonieux et tendre,
Qui flatte, qui pénètre, et qui charme à la fois;
Le plafond retentit des éclats de sa voix.
Dans un mortel effroi, tout se tait autour d'elle,
Sur ses genoux tremblants chaque témoin chancelle,
Ces cris, ces cris perçants ont brisé tous les coeurs;
Et Phrosine, pourtant, objet de tant de pleurs,
Rayonnante d'espoir, d'amour et de courage,
A travers la sueur qui baigne son visage,
Forte de ses douleurs, montre un front radieux;
Un moment cependant elle ferme les yeux,
Son époux, tout en pleurs, à ses genoux s'élance,
Elle veut lui parler et garde le silence;
CHA NT I. 97
Un sentiment trop vif a pénétré son coeur ;
Elle renaît enfin du sein de la douleur;
Elle entr'ouve, en tremblant, une humide paupière,
Son ame est dans ses yeux, elle vit, elle est mère
Mais quel est le mortel favorisé des dieux,
Qui pourrait retracer ces moments bien heureux ;
Quelles couleurs jamais pourraient te reproduire,
Bonheur si vrai, si pur, noble et touchant délire!
Phrosine ! tu le sais, semblable au tien, mon coeur,
De tant de volupté savoure la douceur ;
Comme toi, j'ai passé, du comble des supplices,
Au moment fortuné des célestes délices ;
Comme toi j'ai cru voir les bords des sombres lieux;
Et je suis comme toi sur le trône des dieux !...
Souvenir de mes maux, vous fuyez comme un songe?
Dans un torrent d'amour, tout mon esprit se plonge,
Tant de félicité ressemble à la douleur ;
J'ai peine à supporter l'excès de mon bonheur,
3..
âS L'AMOUR MATERNEL.
Il ■confond ma raison, et mon ame ravie
Semble se reposer au-delà de la vie.
FIN DU PREMIER CHANT.
L'AMOUR MATERNEL.
CHANT DEUXIEME.
L'AMOUR MATERNEL.
POËME,
CHANT DEUXIEME.
iYloRTEi, infortuné! qui murmures sans cessa-
Sur les maux attachés à l'humaine faiblesse,
Et loin de rendre grâce à l'immortel Auteur
Qui sous la froide argile a su placer un coeur;
De ce don précieux méconnaissant l'usage,
Dégrades de ton Dieu le plus parfait ouvrage,
Tu ne vois dans l'hymen qu'un joug dur et pesant^
Abjure-le, crois-moi, ce triste égarement !
Ce bonheur qu'on te peint n'est point une chimère....
J'en atteste ton coeur, heureuse et tendre mère!.
Sa L'AMOUR MATERNEL.
J)is-moi, quelque désir te presse-t-il encor?
Faut-il de vains honneurs, faut-il des monceaux d'or,
Pour charmer tes regards ? Ton ame ambitieuse
De l'éclat d'un grand nom serait-elle envieuse ?
Non;ce berceau contient ce qui peut te charmer:
Voilà le seul trésor que tu puisses aimer...
Et toi, mortel sensible, amant, époux fidelle,
À quel ravissement cette scène nouvelle
Vient-elle de livrer ton esprit et ton coeur !...
Tu le connais enfin ce suprême bonheur,
Ce sentiment sacré, présent d'un Dieu propice
Auprès duquel l'amour n'est qu'un faible caprice;
Ose enfin contempler ce nouvel avenir,
Qu'à tes regards charmés un enfant vient offrir j
Les plaisirs sur tes sens ont perdu leur empire,
Le monde n'a plus rien qui puisse te séduite;
Tu redoutais jadis les pénibles travaux,
Ta fille les commande, il n'est plus de repos j-
CHAR* H. Ȕ,
A ton coeur généreux aucun effort ne coûte,
C'est elle qui de fleurs va parsemer ta route ;
C'est elle qui, pour prix de tes soins vigilants,
Te promet des plaisirs sans cesse renaissants.
Ainsi le voyageur surpris par la nuit sombre,
Près de lui, loin de lui, ne distingue dans l'ombre
Ni les bocages frais ni les riants vallons ;
Il va d'un pied craintif foulant les verts gazons,
Et lorsque sous ses pas mille fleurs sont écloses,
Il craint un précipice où fleurissent les roses.
Mais quand le jour naissant vient éclairer enfin
Les fertiles coteaux qui bordent son chemin,
De ses vaines frayeurs son esprit se dégage;
Il sent croître sa force et doubler son courage ;
Promène autour de lui ses regards satisfaits ,
S'enfonce hardiment dans les vastes forêts,
Jouit de sa surprise, et, charmé, ne redoute
Que de trouver trop tôt le terme de sa route..
34 L'AMOUR MATERNEL.
C'est ainsi que souvent une funeste erreur,
A nos yeux fascinés dérobe le bonheur.
Phrosine à son époux tend une main tremblante,
Il la saisit, la presse, et d'une voix touchante,
Ils bénissent tous deux l'enfant de leur amour ;
Ils l'embrassent tous deux et cette fleur d'un jour,
Dans leurs bras suspendue et de pleurs arrosée.....
Tendres épanchements ? 0 ! céleste rosée,
Des outrages du temps puissiez-vous garantir
Ce frêle rejeton qu'un souffle peut flétrir!
Cependant du sommeil les pavots salutaires
De l'heureuse Phrosine effleurent les paupières;
Ce mélange inouï de plaisir, de douleur,
Vient d'épuiser son corps sans fatiguer son coeur;
Ses sens sont assoupis, mais son ame encor veille,
Au bruit le plus léger elle prête l'oreille;
Frappé d'un seul objet, son esprit vigilant
Même au sein du repos protège son enfant»
CHANT IL 35
Mais déjà la nature active et prévoyante,
Fait jaillir de son sein une source abondante ;
Par untiouveau bienfait, pendant ce long sommeil
Son lait s'épure, coule, et presse son réveil ;
Phrosine va nourrir celte fille si chère,
Une seconde fois Phrosine sera mère
Elle n'a point conçu le projet odieux
D'éloigner un instant son enfant de ses yeux :
Elle hâte, il est vrai, la marche des années,
Les roses de son teint seront plus tôt fanées,
Et ce sein arrondi va perdre, en quelques jours,
Sa forme séduisante et ses moelleux contours ;
Vaine réflexion ! faiblesse passagère !
Non, vous ne pouvez rien sur le coeur d'une mère.
Eh quoi ! pour des attraits qu'un instant peut flétrir
J'éloignerais ma fille ! ah ! mille fois mourir,
Plutôt que de céder une si douce place !...
Moi je m'exposerais à l'affreuse disgrâce
36 L'AMOUR MATERNEL.
De rester étrangère au coeur de mon enfant;
Je deviendrai pour elle un objet effrayant,
Elle repousserait mes soins et ma tendresse,
Et me déroberait sa première caresse
Je verrais appeler du doux nom qui m'est dû,
Un être mercenaire à mon orgueil vendu !
Tu n'as point éprouvé cette angoisse cruelle,
Ma tendre mère ! ô loi, dont l'amitié fidelle,
En tout temps, en tous lieux, voulut suivre mes pas!
11 n'est point de séjour, il n'est point de climats,
Où mon amour pour toi n'eût répandu des charmes
Ah ! lorsque sur ton sein je versais tant de larmes,
Et que tes pleurs venaient se mêler à mes pleurs,
Je sentais s'adoucir mes amères douleurs ;
Ta tendresse, tes soins, et ta douce présence,
Dans mon coeur déchiré ranimaient l'espérance ;
Près de toi j'oubliais les caprices du sort,
Et quand tes bras s'ouvraient, je me croyais au port
CHANT II. 37
D'où je pouvais braver la fureur des orages
Terribles souvenirs ! déchirantes images !
Fuyez ! je l'ai perdu ce bien si précieux...
0 ma mère ! mes yeux ont vu fermer tes yeux...
La tombe s'est ouverte, a dévoré sa proie...
Là sont ensevelis mon bonheur et ma joie !...
Plus de doux entretiens , plus de soins consolants ;
Partout la solitude et les regrets cuisants...
Je ne le sentais pas quand j'avais une amie
Mon sort était son sort, ma vie était sa vie...*
Ce n'était que pour moi qu'elle tenait au jour,
Et son dernier soupir fut Un soupir d'amour.
J'étais à ses genoux, sa main froide et livide,
Bénissait son enfant, et mon regard avide
Attendait de sa bouche un mot consolateur;
Je priais, je pleurais, j'adorais le Seigneur,
Je mettais à ses pieds mon coeur et ma misère
Et je lui demandais, ou la mort, ou ma mère:
38 L'AMOUR MATERNEL.
0 regrets éternels, amour, voeux superflus !
Je vois encor le jour, et ma mère n'est plus.
Mais faut-il éclairer d'une torche funèbre,
Le séjour du bonheur que ma muse célèbre ?
De ces lieux fortunés fuyez, sombres cyprès !
Jusqu'au fonds de mon coeur rentrez, tristes regrets !
De grâce, laissez-moi peindre un jour sans nuage,
Respectez du bonheur le rapide passage;
Sur un fragile appui sans cesse chancelant,
Il ne règne qu'un jour, ne brille qu'un instant.
Mais que dis-jc? où m'égare un coupable délire?
Ai-je donc tout perdu ? ma fille, ô mon Elmire !
Pardonne, je suis mère, et j'ai pu murmurer!
Mon esprit à ce point devait-il s'égarer ?
Déjà ton jeune coeur, sensible à ma tendresse,
Vole vers moi, me rend caresse pour caresse;
Ils ne sont point perdus, mes beaux jours, mes plaisirs,
Elmire embellira jusqu'à mes souvenirs;
CHANT II. 3ç>
Ma mère dort en paix dans la nuit éternelle,
Mais ma fille est pour moi ce que je fus pour elle.
Qui pourrait calculer le nombre de douceurs
Dont l'éternel a mis le germe dans nos coeurs ?
Tandis qu'à la fortune immolant la nature,
Et cachant sous l'éclat d'une riche parure
Un sein qu'un art cruel tarit avec effort,
La femme ambitieuse ose braver la mort
Plutôt que de risquer, par quelques jours d'absence,
Les biens et les honneurs promis à sa présence;
Sous le chaume paisible, au sein de ses enfants,
Louise en son hameau voit se glisser le temps ;
Elle vieillit sans crainte, elle aime sans mesure,
Par instinct, non par choix, elle suit la nature,
Ses jours coulent sans peine, elle voit sans regrets
Se faner sa fraîcheur, s'euvoler ses attraits.
Les remords déchirants ne troublent point sa vie;
Elle fut toujours tendre et toujours plus chérie;
4-
4o L'AMOUR MATERNEL.
Elle a rempli sa tâche; elle voit, sans frémir,
La tombe sous ses pas, déjà prête à s'ouvrir;
Son ame simple et pure attend sa récompense,
Et s'endort doucement au sein de l'espérance.
Mais n'est-ce qu'au village et dans la paix des champs
Que je puis te trouver, noble objet de mes chants ?
Faut-il sous les haillons chercher la tendre mère ?
Le sentiment vit-il au sein de la misère ?
Non; le besoin émousse et resserre le coeur.
Il n'est point de tendresse, il n'est point de bonheur,
Quand toujours l'avenir est un objet d'alarmes.
La nature a perdu son pouvoir et ses charmes
Pour l'être malheureux qui soupire, languit,
Calcule ses douleurs du fond de son réduit,
Et voit autour de lui sa famille affamée,
Lui demander en pleurs, le prix de sa journée...
Il la cède à regret... 0 comble de pitié !
Je le vois de son pain réserver la moitié