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L'Amoureux de sa tante, ou Une heure de jalousie, vaudeville en 2 actes, par MM. Eugène et Isidore (J. Baron) [Lyon, Célestins 23 septembre 1828]...

De
63 pages
Laforgue (Lyon). 1828. In-8° , 63 p..
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L'AMOUREUX
DE SA TANTE,
ou
Une fyrute te Sabit^k,
l)ax.M\Ûl <èu$h\e et 3siîr<j«.
flEPRFSEXTÉ POl!H LA PREMIÈRE FOIS A LYON, SUIt LE THEATRE DES CELEST1XS,
LE 23 SEPTEMBRE iSïS,
SOUS LA DIRECTION DE M. SINGIER.
^iux : I FB. 50 c.
LYON,
CHEZ LAFORGUE, LIBRAIRE-ÉDITEUR.
RUE CLERAIONT, N, 5.
1828
PERSONNAGES. ACTEURS.
ALFRED , jeune*ëtourdi M. PRUDENT.
DORIMONT, son oncle, médecin M. EMILE.
FRANCISQUE, vieux domestique M. HERGUEZ.
ÉLISE, pupille de Dorimont, pre'tendue
d'Alfred M"' FLORIVAL.
ADÈLE, e'pouse de Dorimont Mmc HERGUEZ.
La scène se passe dans la maison de campagne de Dorimnn!,
à quelques lieues de Paris, s
DIRECTION DES BELLES-LETTRES,
SCIENCES ET BEAUX-ARTS.
Vu au ministère de l'Intérieur conformément
à la décision de son Excellence en date de ce
jour.
Paris, ce 28 juillet 1828,
Le Chef du bureau des Théâtres,
Signe COUPART.
IMPRIMERIE ANDRÉ 11DT, RUE ST-DOMIMIQUE, N. l5, LYON.
ACTE PBEMIEK.
an pteimcu plan.
SCÈNE PREMIÈRE.
ÉLISE , DORIMONT * ( entrant par la gauche ).
.ÉLISE.
Mais, mon cher tuteur , c'est une tyrannie ! . . .
DORIMONT.
Tyrannie , tant que tu voudras.... Songe Lien qu'il n'y a
que ce moyen pour ramener cet étourdi , ce mauvais
sujet d'Alfred que j'aurais presque envie de renier pour
mon neveu , puisqu'il a pu t'oublier.
ÉLISE.
Oh ! ne m'en parlez pas, c'est un inconstant, un perfide,
et je le renierais presque aussi si j'étais son oncle.
AIR : A Vdgc heureux de quatorze ans.
De l'amour qui dut nous unir
Dès les beaux jours de notre enfance,
Je veux perdre le souvenir....
Je veux braver son inconstance !
* Les acteurs sont placés à la représentation dans l'ordre indique
en tête de chaque scène, en prenant le n° i à droite de l'acteur.
(4)
, Il est cruel pourtant de renoncer
A l'amant qu'en vain l'on adore;
En se disant de ne plus y penser, *
?iialgré soi l'on y pense encore.
DORIMONT.
J'aime ù te voir une ferme résolution ; il faut du caractère
dans ce monde....
ÉLISE.
J'en aurai.
DORIMONT.
Je l'espère bien.... Ainsi tu adoptes le plan que je viens
de te soumettre ?
ÉLISE.
Certainement je l'adopte, et. je le suivrai, ne fût-ce que
pour lui montrer que je suis guérie poui: jamais d'un atta-
chement qui ferait mon mallieur , et qu'il a si mal récom-
pensé !
DORIMONT.
' '- lionne heure, tout n'est pas encore désespéré.
AIR du verve.
Alfred a le coeur inconstant,
Mais la difficulté l'irrite,
ii\, si lu veux suivre mon plan,
Tu le ramèneras bien vite.
Ton coeur ne doit point s'alarmer
D'un projet sûr comme le nôtre.
Car, pour le forcer à t'aimer,
Il ne faut qu'en aimer \]n autre.
ÉLISE.
Y pensez-vous , le remède serait pire que le mal.
DORIMONT.
Entendons-nous; quand je te dis d'en aimer un autre,
je veux dire de feindre d'çji aimer un autre , ce qui est
très différent....
ÉLISE.
Je veux bien pousser la complaisance jusque là....
DORIMONT.
.T'avoue que tu y auras quelque mérite , car enfin c'est
( 5 )
'* ...
moi qu'il faudra faire semblant d'adorer, et je suis bien sûr
au moins que l'habitude de ce mensonge n'amènera pas chez
toi une réalité.
ÉLISE.
Ah! monsieur !.... Mon cher tuteur.... Je m'abandonne à
vos conseils.
AIR de VAngélus,
Pour punir un amant léger,
Paraissons nous-même inconstante,
Et prenons, pour le corriger,
Le nom révéré de sa tante, (bis)
De ce projet par vous offert
J'ose espérer la réussite ;
Car ce n'est que quand il nous perd
Qu'un amant sent notre mérite, (bis)
DORIMONT.
Ainsi voilà qui est bien convenu; dès cet instant tu
deviens ma femme , et Alfred, qui arrive ici bien persuadé
que tu es encore libre et que tu l'aimes toujours , sentira ,
fort à propos je l'espère» la perte qu'il croira avoir faite.
ÉLISE.
Mais il sait que vous êtes marié....
DORIMONT.
Oui, mais il ne sait pas avec qui, et c'est justement ce
qu'il nous faut. Arrivé hier soir fort tard , il n'a pu voir ma
femme, et nous n'avons rien à craindre... Par des demi-
confidences et un certain air de mystère que j'ai jeté exprès
dans notre première entrevue, j'ai su lui faire adroitement
pressentir un grand événement, et je suis sûr que sa tête
travaille déjà....
ÉLISE.
Vous êtes d'une adresse..-.!
DORIMONT.
C'est que je n'ai pas toujours eu les cheveux blancs....
AIR de Turenue.
Au tems heureux de mil jeunesse
La raison ne me guidait pas,
Kt j'ai même , je le confesse ,
Comme Alfred fait quelques faux pas. (his)
( 6 )
Que ma raison aujourd'hui le soutienne,
D'un coeur brûlant je connais les retours,
Et, quand je songe à de nouveaux amours,
Je crois lire l'histoire ancienne, (bis)
ÉLISE.
Puissiez-vous mettre cette expérience à profit!
DORIMONT.
Je crois déjà voir sa surprise, son émotion, son dépit
même , quand il apprendra que la femme de son oncle Do-
rimont est cette bonne Elise qu'il n'a pas craint de sacrifier
à sa légèreté.
ÉLISE.
Ah ! si an moins cette leçon pouvait le guérir !
-DORIMONT.
Je ne suis pas médecin pour rien ; et si mon remède ne
réussit pas , au moins pendant les huit jours qu'il va passer
ici n'aura-t-il pas un instant de tranquillité ; et l'indiffé-
rence , la froideur que tu m'as bien promis de montrer
pour lui, seront une punition dont il se souviendra
Tu seras vengée , et pour une femme c'est toujours quelque
chose.
ÉLISE.
J'aimerais mieux ne pas être vengée comme cela....
DORIMONT.
Ah ! monsieur mon neveu , malgré la foi jurée , vous
vous donnez les tons de devenir inconstant, volage... Vous
donnez dans la diplomatie du sentiment.... Vous verrez ,
vous verrez !....
ÉLISE {avec dépit).
Oui, il verra que sa légèreté nous est tout à fait indif-
férente
DORIMONT (vivement).
Qu'il peut retourner à ses conquêtes de la capitale....
ÉLISE (de même').
9 "
Et que son absence ne nous fera pas éprouver le moindre
regret.
(r) ■'■■■';;;-;>=
DORIMONT.
Ainsi, ma chère pupille, nous voilà parfaitement d'accord;
le vieux Francisque est prévenu, ainsi que tous mes au-
tres domestiques , que j'ai bien payés pour se taire ; on les
paye si souvent pour parler-, qu'il y aura un peu comr
pensation.
ÉLISE.
Mais vous m'assurez bien qu'Adèle a consenti?...
DORIMONT.
Ma femme a consenti à tout; c'est ton amie , elle ne de-
mande que ton bonheur. Elle se prêtera avec empresse-
ment à tout ce qui pourra l'assurer.... Elle passera, aux
yeux d'Alfred , pour madame Dorval , jeune veuve conva-
lescente , qui sera venue s'établir quelques jours à la cam-
pagne pour se remettre.... Alfred ne la connaît point, je
te le répète, ainsi je suis tranquille....
ÉLISE.
Mais voyez donc, mon cher tuteur , comme il est peu
empressé pour vous....
DORIMONT.
Ta veux dire pour toi....
ÉLISE.
Il est déjà huit heures, et nous ne l'ayons pas encore
aperçu....
DORIMONT.
Tu oublies que la fatigue du voyage....
ÉLISE.
Ah ! s'il m'aimait comme je l'aime, il l'aurait bientôt
oubliée; mais je crois l'apercevoir qui vient de ce côté.... il
ne faut pas qu'il nous voie encore ensemble; je cours chez
Adèle me concerter une dernière fois avec elle....
AIR : Je regardais JSÏadelinetîe.
De notre innocent stratagème
Je redoute encor le danger ;
Pour ramener celui que j'aime,
Pourquoi feindre aussi de changer?
(.8)
DORIMONT.
. De cette inconstance nouvelle
J'approuve la témérité ;
Car enfin c'est être infidèle ,
Par excès de fidélité.
ENSEMBLE.
ÉLISE. DORIMONT.
De notre innocent stratagème De mon innocent stratagème
Je redoute, etc. Ne redoute pas le danger;
Pour ramener celui qu'on aime,
11 faut feindre aussi de changer.
(Elle sort par la droite ).
SCÈNE IL
DORIMONT, seul.
Elle est charmante ma pupille!... Ce serait bien dommage
qu'elle fût malheureuse.... De son côté mou neveu n'est
pas mal ; elle l'aime encore plus qu'elle ne veut l'avouer ,
et plus qu'elle ne croit elle-même peut-être ; mais lui
Allons , espérons encore qu'il reviendra de ses erreurs , et
qu'un bon mariage.... Mais le voici.... Tenons-nous sur nos
gardes.
SCÈNE III.
DORIMONT , ALFRED ( entrant par la gauche. ).
ALFRED.
Eh bien, mon cher oncle , déjà levé! vous êtes infatigable;
vous êtes né pour votre état vous...
AIR du vaudeville du Charlatanisme.
Vous avez l'aplomb d'un docteur .
Et je vois la protubérance
Qui prouve à l'oeil du connaisseur
Et la sagesse et la science;
Pour en profiter je voudrais
Me trouver quelque maladie...
DORIMONT.
C'est en vain que tu l'essaîrais,
Un docteur ne guérit jamais
lit l'inconstance et la folie, {bis)
(9) ■ '
ALFRED.
Merci, mon oncle... je vous fais uu compliment, et vous
me lancez une épigramme... je vois ce que c'est, on vous
aura fait quelques rapports calomnieux sur mon compte.
DORIMONT.
Ou aura peut-être eu la gaucherie de me dire la vérité...
ALFRED.
Vous appelez cela la vérité...
DORIMONT.
Allons , je veux bien oublier toutes tes petites fredaines ;
tu es resté trois ans à Paris, et malheureusement...
ALFRED.
Ah ! mon cher oncle, c'est si joli, Paris !...
DORIMONT.
Il doit y avoir bien du changement depuis que je l'ai
quitté.
ALFRED.
C'est selon comme vous l'entendez : physiquement, ouï;
des maisons, des théâtres, des quartiers nouveaux; mais
quant au moral, c'est toujours à peu près la même chose ;
les hommes passent...
DORIMONT.
Et les ridicules restent...-
ALFRED.
C'est ce que je voulais dire ; la physionomie parisienne est
toujours à peu près la même*: jugez-en :
AIR de la Lithographie.
Paris est toujours l'asyle
De mille plaisirs divers,
Mais dans cette grande ville
On trouve bien des travers.
Plus d'un riche commerçant
N'y dépose son bilan
Ce qui suit se passe à la représentation jusqu'à : Mais à propos. etc.
( io )
Que pour aller aussitôt
S'enterrer... dans son château.
Plus d'une épouse infidèle
Jure à son époux constant
Qu'elle est sage autant que belle,
Quoiqu'elle ait plus d'un amant.
Certain mari mot à mot
Croit sa femme, comme un sot;
Aussi dit-elle souvent
Que son époux est charmant.
On voit une Agnès novice
Près du financier Mondor,
Qui tout doucement lui glisse
Un billet qui vaut de l'or.
Dans mainte société
On trouve jeune beauté,
Dont le schal au fin lissu
Fait admirer... la vertu.
La rage de politique
A troublé plus d'un cerveau ,
Mais le club académique
Reste au dessous de zéro.
Plus d'un savant n'a pour but
Qu'un faufeuilà l'Institut,
Et, nouveau Roger Bonlerns ,
S'endort dès qu'il est dedans.
Par un hasard favorable,
Grâce au vent de la laveur,
Tel qui s'endort pauvre diable .
Se réveille grand seigneur;
Et, dans un char élégant
Avec orgueil se carrant,-
Fait dire aux passans surpris :
■Dieu! que les grands sont petits!
Dans Jes salons à la mode
On ne danse et valse plus,
Un certain jeu plus commode
Fait seul danser nos écus.
Un petit-maître cité,
Ruiné par l'écarté,
Va chercher dans un miroir
Le doux plaisir de se voir.
Coquette, dont la trentaine
Double les appas charmans,
L'agace, ej^sonrit à peine
Pour montrer ses blanches dents.
Bientôt on les voit tous deux,
Embrasés des mêmes feux.
Se jurer un long amour
Qui finit... avec le jour.
■On se rit. de la constance,
On se rit du sentiment,
On se rit de l'innocence,
Mais on pleure... son argent.
( » )
Chacun est fort occupé
D'ètre-lrompeur... ou trompé.
Ainsi, mon oncle, je crois
Que c'est bien comme autrefois...
Paris est toujours l'asyle... etc.
DORIMONT.
Peste ! le tableau n'est pas flatté.
ALFRED.
Je vous jure , mon oncle , que c'est l'exacte vérité... Mais ,
à propos , jespère bien que ce matin vous me présenterez à
ma respectable tante, (à pari) Je suis sûr d'avance que
c'est une vieille douairière que cette tante-là; mais c'est
égal, il faut être poli...
DORIMONT.
Ah ! parbleu, c'est vrai, j'avais oublié que tu ne l'avais
pas vue hier en arrivant.
ALFRED.
Ah ! ça, mon oncle , ]'ai une petite question à vous faire...
mais c'est à condition que vous ne vous fâcherez pas.
DORIMONT.
Laquelle ?... voyons , parle...
ALFRED.
Je voudrais bien connaître d'abord les raisons qui vous
ont engagé à vous marier.
DORIMONT.
Que veux-tu ? il faut faire une fin...
ALFRED.
J'entends bien... c'est à dire , ce n'est pas nécessaire
quand on a des neveux... vous n'aviez pas peur que votre
nom mourût avec vous, j'étais làr.. et puis, vous m'avez dit
tant de fois que vous n'étiez pas fait pour vous fixer.
DORIMONT.
Diable ! quelle mémoire tu as aujourd'hui !
ALFRED.
Entre nous soit dit, mon cher oncle , vous aviez un peu
( 12 )
les défauts de votre neveu... le jeu, le vin, les femmes,'
oh ! c'est de famille.
DORIMONT (vivement).
Tais-toi donc , tais-toi donc... si ma femme t'entendait.
ALFRED.
Parbleu ! elle n'a peut-être pas cru épouser un ange !
Allons , vous auriez dû attendre.
DORIMONT.
C'est ça , ma femme aurait été bien heureuse s'il avait
fallu attendre encore quelques années ; elle n'aurait plus
trouvé personne ; il fallait au contraire me dépêcher, et
c'est ce que j'ai fait.
ALFRED.
Mais vos promesses...
DORIMONT.
Celle que j'ai épousée a fait évanouir toutes mes résolu-
tions d'inconstance et de célibat.
ALFRED.
Elle est donc bien aimable , et bien jolie ?...
DORIMONT,
Tiens, tu peux en juger toi-même , car la voici...
ALFRED ( regardant vers le fond, à droite ).
Ah ! mon Dieu, quoi, mon oncle, ce serait Élise que..
qui...( à part ) en voici bien d'une autre à présent.
SCÈNE IV.
ÉLISE (entrant par la droite) , DORIMONT, ALFRED.
ÉLISE.
Eh bien, monsieur mon neveu, venez donc embrasser votre
tante; est-ce que ce titre vous fait peur \
ALFRED.
Élise !... ma tante !...
( i3 )
DORIMONT (à Alfred).
Va donc, puisqu'elle le permet, (à part) Comme il est
interdit!
ALFRED (avec dépit).
C'est avec un plaisir.... une satisfaction.... je vous fais
mon compliment, mon oncle... et à vous aussi, ma tante...
(à part ) J'étouffe de surprise et de colère!
TRIO.
AIR du 2me acte d'Agnès Sorel.
DORIMONT.
Allons, Alfred, embrassez donc madame.
ALFRED (à part).
Dieu! quel tourment j'éprouve au fond de l'ame!
, ALFRED. DORIMONT.
Jamais, non, rien jamais i Au gré de nos souhaits,
Ne pourra calmer mes regrets | Je me crois certain du. succès.
ÉLISE (à part).
Je parîrais qu'il m'aime encore
Si j'en juge par son dépit !
DORIMONT ( à Alfred ).
Sois donc un peu moins interdit
Près d'une femme que j'honore;
Fais au moins pour lui plaire un joli compliment...
Avance-toi...
ALFRED (àpart).
Morbleu ! j'enrage !
DORIMONT (à Alfred).
Dis-lui qu'elle est jolie, aimable, douce et sage...
ALFRED (à Elise).
Chère tante, certainement
DORIMONT (à Alfred).
Tu ne te montres pas galant,
Ma femme te déplairait-elle?
ALFRED (à Dorimont).
Ah! mon oncle, comme elle est belle 1.
( i4)
DORIMONT (à Alfred).
Si lu me dis la vérité,
De la trouver chez moi tu dois être enchanté...
ALFREU (àpart).
(\ raiment j'étouffe de colère,
Que mon oncle se tienne bien !
ÉLISE (à Dorimont).
Voyez comme il se désespère,
—.. — ., Oui, de sa tète trop légère
1 Mon coeur ne redoute plus rien.
I DORIMONT (bas à Elise).
! Modère ce transport, ma chère,
\ Pour qu'il ne se doute de rien.
ALFRED (passant à roté d'Elise).
Auprès de vous on est heureux, madame...
ÉLISE ( à Alfred).
Auprès de moi vous êtes bien galant,
Mon cher neveu...
ALFRED (d part ).
C'est désolant
D'avoir pour tante en ce moment
Celle que je voudrais pour femme.
DORIMONT (à Alfred).
Mon cher ami, tu me parais souffrir...
ALFRED (à Dorimont).
Mon cher oncle, c'est le plaisir...
ÉLISE ( à part).
Le plaisir de perdre sa femme !
Mais il faut acheter votre félicité
Par un peu de docilité.
DORIMONT (à part).
f Je compte sur la réussite , (bis)
I Mon neveu sera corrigé.
I ÉLISE (à part).
j Son coeur pour moi toujours palpite,
ENSEMBLE.! Et dans son regard qui m'évite
j Je vois mon amour partagé,
I ALFRED ( à part).
\ Il faut repartir au plus vite,
\ L'amour m'a donné mon congé (bis).
( i5)
DORIMONT ( à Alfred qui va sortir).
Eh bien , où vas-tu donc, Alfred?
ALFRED.
Je m'en vais, mon oncle , je crains que mon séjour ici ne
vous gêne , que ma présence ne vous déplaise...
DORIMONT.
Quelle folie! Je te jure que non.
ÉLISE.
J'espère bien que mon neveu nous accordera quelques
jours, après trois années d'absence
ALFRED.
Madame... ma tante... il me serait bien doux de passer ici
le reste de ma vie, mais
DORIMONT.
Il a peut-être à Paris des occupations sérieuses qui le for-
cent à y retourner.
ALFRED.
Pas précisément...
ÉLISE (à Dorimont).
Il me semble, mon cher ami, que vous m'aviez dit que
le plaisir seul avait retenu mon neveu dans la capitale pen-
dant aussi long-temps. S'il court après ce dieu léger, il faut
le laisser partir, il le rencontrera peut-être en route.
ALÏ*RED ( à Élise ).
AIR du Pot de /leurs.
Vous croyez ma tête légè^,
Et qu'au gré d'un vague désir,
Dans mon humeur trop passagère,
Je ne cours qu'après le plaisir;
Mais mon départ prouve sans flatterie
Que je ne cours point après lui:
Car, en vous rencontrant ici,
Ma course aurait été finie, (bis)
( '6 )
ÉLISE,
Le compliment est trop flatteur... mais j'ignorais que quel-
que chose de grave
DORIMONT (à part).
Des complimens aux déclarations il n'y a qu'un pas. (haut)
Du re^îte mon neveu ne peut pas nous refuser vingt-quatre
heures , et nous aurons le temps de causer de tout cela.
Pour le moment il faut que je sorte; j'ai dans le voisinage
un malade qui est à toute extrémité, et je ne veux pas lui
procurer le désagrément de mourir sans moi.
ALFRED.
AIR : J'en guette un petit de mon âge.
Ce mouvement sans doute est respectable ,
Mais du motif qui va guider vos pas
Est-ce bien le but véritable,
Vous-même en fin ne vous trompez-vous pas?
Je pense moi que, sans votre assistance,
Votre malade ici peut bien mourir;
Mais vous craignez, je crois, que pour guérir (bis)
Il profite de voire absence.
DORIMONT.
Tu es un mauvais plaisant, les affaires avant les plaisirs.
D'ailleurs tu n'as pas à te plaindre, ta tante voudra bien te
tenir compagnie pendant que je serai absent... Je vais tâ-
cher d'abréger.
ALFRED.
Oh! ne .vous gênez pas pour moi, je vous en prie...
DORIMONT.
Sois bien sage au moins, songe qu'une tante est toujours
respectable.
ALFRED (à part).
Oui, quand elle est vieille, (haut) Soyez tranquille.
ÉLISE (à Dorimont).
Vous ne m'embrassez pas, avant de sortir, mon ami :
DORIMONT.
Si fait, parbleu, je l'oubliais... (Il l'embrasse).
W ( 17 )
ALFRED ( à part).
Par exemple , voilà qui est très déplacé. ^Embrasser sa
femme , et devant moi, encore ! v
DORIMONT.
Adieu, Alfred... (Il sort par la gauche).
ALFRED.
Ne vous pressez pas pour moi, je vous en prie, mon cher
oncle.
SCÈNE V.
ÉLISE, ALFRED.
ÉLISE (à part).
Comme mon coeur bat !
ALFRED ( à part).
Allons, montrons du sang-froid, si c'est possible.
ÉLISE (à part).
Va-t-il au moins me dire quelque chose ?
ALFRED ( à part ).
Je ne sais par où commencer l'entretien, (haut) II paraît...
ma tante... que l'air est excellent ici!
ÉLISE (à part).
Ah! mon Dieu !... (haut) Et qu'est-ce qui vous le fait
présumer ?
ALFRED. -"•
C'est que vous êtes encore plus fraîche et plus jolie que
lorsque je vous quittai.
ÉLISE ( à part).
Comme des obstacles à surmonter donnent du mérite à
une femme! (haut) C'est le bonheur qui embellit
. C 18 ) W
ALFRED (à part).
Allons, il ne me manquait plus que ce malheur-là. Elle est
heureuse avec mon oncle ; elle ne me regrettera même pas.
(haut) Ainsi votre sort est agréable, ma tante ; je vous en
fais mon compliment.
ÉLISE.
Pourrait-il en être autrement avec le digne époux que
mon coeur a choisi ? Votre oncle a mille qualités...
ALFRED.
C'est vrai, mais voilà bien long-temps qu'il les a...
ÉLISE.
Son amabilité, ses soins, sa tendresse m'ont fait oublier
son âge.
ALFRED.
Si vous m'aviez aimé comme je vous aimais, n'auriez-
vous pas pu attendre mon retour?
ÉLISE.
Eh, quoi! parce que monsieur, perdu dans les intrigues
de la capitale, avait jugé à propos d'oublier, de trahir ses
premiers sermens , fallait-il refuser de faire le bonheur d'un
honnête homme? fallait-il conserver pour un volage un tré-
sor dont il ne sent le prix aujourd'hui que parce qu'il l'a
perdu. Il est permis d'être étourdi, mon neveu, mais il ne
faut pas être injuste.
ALFRED (à part ).
Elle a raison! (haut) Cependant, ma tante...
Ain : Souvent la nuit quand je sommeille.
Quand mon Etise, au printems de sa vie,
lit le serment de m'adoier toujours.
I)evais-je croire , hélas! que mon amie
Pourrait sitôt oublier nos amours.
Mon souvenir dans sa pensée
N'osait pas craindre un si cruel affront :
Pour épouser mon oncle Dorimont,
U fallait être bien pressée !
ÉLISE.
l'as autant que vous le croyez , monsieur ; mais brisons-
( *9 )
là... au point où nous en sommes, il n'est peut-être pas bien
à moi de rester aussi long-temps en tête à tête avec vous.
ALFRED.
Oh ! rassurez-vous, mon oncle l'a permis...
ÉLISE.
Cela est vrai , mais il devait croire que vous ne verriez
plus en moi qu'une tante, et j'espérais moi-même que vous
auriez tout à fait oublié que des liens plus doux devaient
nous enchaîner un jour l'un à l'autre.
ALFRED.
Eh ! le peut-on , madame ?
AIR du vaudeville de Michet et Christine.
.Souvent d'une erreur passagère ,
Où notre coeur fut toujours étranger,
Près d'une femme qui sait plaire
Facilement on peut se dégager.
Mais pour jamais mon ame est asservie:
Oui, dût s'en plaindre voire époux,
Quand une fois on fut aimé de vous,
On s'en souvient toute la vie !
ÉLISE (à part).
Allons , il y a encore de la ressource, (haut) Votre galan-
terie pourrait vous mener trop loin, mon neveu; je me
retire, et j'espère que des réflexions plus sages vous amène-
ront enfin au point où je yeux vous voir arriver.
ALFRED.
Par pitié, ne me privez pas sitôt du plaisir de vous voir.
ÉLISE.
Vous voulez sans doute plaisanter.... Je vous cède la place.
ALFRED.
Permettez-moi au moins de vous offrir la main jusqu'au
salon.
ÉLISE.
Je vous remercie, n« vous dérangez pas... (Elle sort par la
droite).
( ao )
SCÈNE VI.
ALFRED seul (la regardant s'éloigner).
Je vous remercie,... ne vous dérangez pas... C'est une vé-
ritable barbarie ; ne pas vouloir même accepter mon bras.
Oh 1 lestantes! les tantes! je ne sais, mais j'éprouve depuis
que j'ai revu Elise un sentiment que je ne puis définir; se-
rait-ce de l'amour, de la jalousie:' L'aimeruis-je encore?.,
Oh! oui-, je le sens là, il n'est que trop vrai , ces deux senti-
ment régnent dans mon coeur. C'est de l'amour, et de l'amour
clans toute sa fureur. Ali! mon oncle ! ah! Elise! qu'avez-
vous fait? Mais voici le vieux Francisque ; sachons au moins
si, comme elle le dit, elle est véritablement heureuse avec
won oncle : ça me consolera un peu.
SCÈNE VIT.
ALFRED, FRANCISQUE (entrant pur ht gauche).
FRANCISQUE.
Eh bieu , monsieur! comment trouvez-vou-s notre jetine
maîtresse, maintenant qu'elle est mariée? N'est-ce pas qu'elle
est encore plus jolie qn3avant le mariage ! Ça fa il toujours du
bien, le mariage ... El pnis.eVsl nu an^c de honte sine cette
femme-là, et. an de'nion d'esprit et de malice tout à (.
fois. ,.
ALFRED (soupira! }.
* Ah; l'r-mcisqiïe !
FBAXCISQUE.
Eli IMMI , monsieur J qu'avei-vous:
ALFRED.
Tu iHC vois an désespoir
FRANCISQUE,
Comment. «lonsienir , à peine arrivé !!. quel malheur"...
• ( 21.)
Contez-moi vite ça; je suis votre ancien serviteur, moi; je
vous ai vu pas plus haut que ça, et je vous suis dévoué , vous
le savez, à la vie et à la mort. Parlez, qu'avez- vous l
ALFRED.
Je suis amoureux !
FRANCISQUE.
Ali! mon Dieu, monsieur! vous me faites frémir. On vous
dit fort sujet à cette maladie-là. Allez-vous prendre un accès ,
par hasard ? Le bruit a couru ici que vous ne passiez pas une
semaine sans éprouver quelque nouvelle attaque.
ALFRED.
Cette fois-ci c'est une rechiftu.
FRANCISQUE.
C'est bien plus dangereux encore, mon pauvre maître ; il
faut vous faire saigner.... Heureusement on dit que chez vous
ce mal-là ne dure pas long-temps... Pour combien de temps
en avez-vous cette fois-ci?... liemi!
ALFRED (durement).
Francisque !
FRANCISQUE.
Eh bien , monsieur !
ALFRED.
Je ne sais ce qui me retient... mais non... non... Je sens
que je suis coupable, que jusqu'à présent j'ai mené un genre
de vie peu d'accord avec mes propres sentimens. Dès mon
enfance , destiné à Élise, je l'adorais... mais le tourbillon de
Paris me l'a trop tôt fait oublier. J'ai poussé l'égarement jus-
qu'à garder avec elle pendant deux ans le plus a/freux si-
lence; et pour lui prouver toute mon indifférence, j'ai eu la
cruauté de la faire instruire indirectement de mes bonnes
fortunes.
FRANCISQUE.
Ça n'est pas bien, il faut en convenir.
ALFRED.
Ah! je sens ii présent tous mes torts, et j'en suis bien
( 22 )
puni.... J'ai revu Élise, et je sens au fond de mon cceur que
je n'ai jamais cessé de l'aimer; mais il paraît qu'il est trop
tard.
FRANCISQUE.
Oui, monsieur, la place est prise; il n'y a plus rien à
faire ; car , voyez-vous :
Ain : Allons Babct.
Un'jeune fille est comme' un' citadelle
Qn'les amoureux bloquent de tous côtés;
Pour }Di;nétrer dans le coeur de la belle,
Tous à l'envi montrent leurs qualités,
De réussir tous seraient enchantés.
Tout est permis, fausse attaque et surprise
Auprès d'un coeur que l'on cherche à bloquer,
Ou d'un rival que l'ém veut débusquer;
Mais par l'hymen dès que la place est prise,
L'honneur, monsieur, défend de l'allaquer.
ALFRED.
Il j a bien des gens dans le monde qui glissent sur cette
défense-là, et qui n'en sont pas moins de- fort honnêtes
gens
FRANCISQUE.
C'est selon, monsieur, je ne suis pas de cet avis-là.
ALFRED.
Il y en a même qui trouvent que c'est plus piquant..
Ain : Ces postillons.
Combien de gens on trouve dans le monde
Qui, de l'amour rusés contrebandiers,
Sur les maris prélèvent à la ronde
Un certain droit inconnu des douaniers, (bis)
Je l'ai senti, dans mainte circonstance,
Pour ranimer un appétit perdu,
Rien n'est si bon, soit dit en 'confidence ,
' Que le fruit défendu !
FRANCISQUE.
Toutes vos belles phrases ne me séduiront pas, monsieur;
c'est comme si vous chantiez....
ALFRED.
Je n'ai pas du tout envie de te séduire.
( 23 )
FRANCISQUE (avec fierté).
Je suis incorruptible ■ ""
ALFRED.
Je le crois bien... à ton âge je le serai peut-être plus que
toi... Il n'y a pas de mérite à cela.
FRANCISQUE.
Non , mais il y en aurait au vôtre à être aussi sage que
moi.
' ALFRED.
Est-ce que je le peux, puisque j'ai revu Élise, et que je
l'aime plus que jamais ?
FRANCISQUE.
Ah! mon Dieu, monsieur, que me dites-vous là?.. Parlez
plus bas, de grâce ; sachez que monsieur votre oncle est très
brutal sur l'article. Il est d'une jalousie affreuse Il serait
capable de vous tuer, s'il se doutait
ALFRED.
Mais il ne se doutera pas
FRANCISQUE.
Qui sait?... Ah ! que je vous plains, et que je suis malheu-
reux de ne pouvoir vous rendre service!.. Je ne vois qu'un
moyen....
ALFRED (vivement).
Lequel ?....
FRANCISQUE.
C'est de vous en aller tout de suite, monsieur.
ALFRED.
Il est joli ton moyen!..
FRANCISQUE.
Oui... croyez-moi , partez à l'instant. Celui qui aime le
péril y périra, dit le sage. Ne restez pas un jour de plus dans
cette maudite maison.
c 24 ; .
ALFRED.
C'est abominable de la part d'Élise de m'avoir trompé si
indignement.
FRANCISQUE,
Parbleu, monsieur, n'accusez que vous..... Une femme
est une femme... et ma foi, quand on l'oublie complètement,
elle se venge complètement aussi.
ALFRED.
Tu as raison , mon vieux ami.., Tiens, je ne veux plus la
revoir.... c'est fini.... Je sens que si je restais ici il arriverait
quelque grand malheur à mon oncle.... Adieu!
FRANCISQUE.
Je vous suis, monsieur Je vais vous aider à faire vos
paquets.
ALFRED.
Comme tu voudras (Il sort par la gauche).
FRANCISQUE (à part).
Il ne partira pas... Mais voici ces dames... Il est heureux
qu'il se soit décidé à s'éloigner, il aurait pu se douter de
quelque chose en les voyant ensemble (Il sort par la gauche)
SCENE vin.
ADÈLE, ÉLISE (entrant par la droite).
ADÈLE.
Du courage, ma bonne Élise; sois sûre qu'Alfred t'aime
encore.... Le trouble qu'il a éprouvé en te revoyant en est
la preuve certaine ; on ne tremble qu'auprès de ce qu'on
aime.
ÉLISE.
Je me suis peut-être abusée moi-même 5 il est si facile de
se persuader ce qu'on désire.

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