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L'Angleterre en 1688, et la France en 1820, par M. L. de S.

30 pages
Pillet aîné (Paris). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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L'ANGLETERRE
EN 1688
ET LA FRANCE
EN 1820.
L'ANGLETERRE
EN 1688
ET LA FRANCE
EN 1820.
PAR M. L. DE S.
A PARIS,
CHEZ PILLET AINÉ, IMPRIM.-LIBRAIRE,
RUE CHRISTINE, N° 5.
1820.
L'ANGLETERRE EN 1688
ET
LA FRANCE EN 1820.
« N 'A- t-on pas osé insinuer dans la chambre
» même des députés, que la France ne serait
» libre et heureuse que lorsqu'elle aurait
« fait sa révolution à l'instar de la révolution
» d'Angleterre en 1688, c'est-à-dire que
» lorsque la race des Bourbons serait expul-
» sée comme le fut celle des Stuarts (1)? »
Avant que la tribune eût retenti de la té-
méraire assertion qu'un honorable membre
vient de dénoncer, de nouveau, à l'animad-
version des amis de la monarchie constitu-
tionnelle, ce blasphême politique était le
mot de ralliement de tous ceux qui ont juré
sa ruine. Chaque jour encore ils l'insinuent
(1) Discours de M. Josse de Beauvoir, séance du 16 mai
1820.
6
avec artifice dans les esprits qu'ils veulent
séduire , ou le proclament avec audace de-
vant les individus qu'ils ont déjà séduits.
Simples victimes de leur crédulité, ou
Séïdes avoués d'une conspiration réelle, les
Français qui osent invoquer, comme exem-
ple et comme moyen de salut, la révolution
qui, sur la fin du XVIIe siècle, s'opéra en
Angleterre, ont-ils pris la peine d'en ap-
profondir les motifs et les résultats ? Nous
allons essayer d'éclairer leur ignorance, ou
de confondre leur mauvaise foi.
Lorsque la maison de Stuart fut replacée
sur le trône de la Grande-Bretagne, en
1660, ils se forma aussitôt entre les meur-
triers de Charles Ier, leurs complices et leurs
adeptes, un pacte secret dont le but faible-
ment déguisé était une seconde expulsion
de cette famille et le rétablissement de la
république éphémère qui avait servi de jouet
à Cromwell (1).
(1) Le roi Jacques II le dit formellement dans ses Mé-
moires ; et cent autres documens attestent l'existence de
cette conspiration permanente contre les Stuarts et contre
la royauté.
7
La secte puritaine qui immola Charles Ier,
secte beaucoup plus religieuse encore que
politique , ne nous offre aucune ressem-
blance avec le parti qui versa le sang de
Louis XVI. Les régicides d'Angleterre pré-
tendirent justifier leur forfait par les livres
saints : proclamant, au contraire, l'impiété
et l'athéisme, les régicides de France ne
s'étaient pas montrés moins acharnés contre
les autels du vrai Dieu que contre le trône
des Bourbons.
Après onze ans d'anarchie, de république
et de despotisme militaire, la nation an-
glaise, désabusée et repentante, avait replacé
sur le front de Charles II la couronne de ses
aïeux. Les hommes teints du sang de son
malheureux père (les round-heads) dissi-
mulèrent leur rage. Ils n'avaient plus de
Cromwell pour les rallier et les mener au
combat : il fallut ployer la tête. Mais pour
adoucissement à leur confusion et à leur
désespoir, ils se promirent de miner sour-
dement ce trône qui offusquait leurs re-
gards jaloux. Déguisés d'abord sous le nom
modeste de Pétitionnaires, puis sous le nom
insignifiant de Whigs, ils n'affichèrent pas
8
d'autre prétention que de combattre le pa-
pisme et le dogme de l'obéissance passive.
Du reste, sujets soumis et même zélés, à les
entendre, ils portaient un respect religieux
à la prérogative royale ; ils ne demandaient
au monarque que de maintenir la grande
charte, palladium de leurs libertés.
Mais bientôt une convention tacite de-
vient la base de la fédération anti-monar-
chique. Il sera permis à Charles II d'ache-
ver ses jours sur le trône ; mais son frère ,
son héritier présomptif, le duc d'York ,
est marqué du sceau de la réprobation. Ce
prince, du moins, ne s'abusa point sur les
projets de ses ennemis ; lui même nous en a
conservé le témoignage :
« Les amis de S. A. R. l'avertirent de ces
» manoeuvres ; et, quoiqu'elle ne s'en plai-
» gnît pas ouvertement à Sa Majesté, elle
» trouva le moyen de représenter, par ma-
» nière de conversation, que le parti répu-
» blicain et les ennemis de la famille royale,
» ne cessaient d'intriguer dans l'espoir de
» rétablir tôt ou tard leur idole chérie de la
» république; qu'ils croyaient bien que ce
» n'était pas par la force qu'ils y parvien-
9
» draient, et qu'ils cherchaient, par consé-
» quent, à semer des divisions dans la fa-
» mille royale, se flattant d'exciter une
» guerre civile qui engagerait la nation à se
» défaire de ses princes et ensuite de la mo-
» narchie, comme d'un gouvernement qui
» ne pouvait assurer la paix et le bonheur
» de l'Angleterre (1). »
Le duc d'York ne dissimulait point son
attachement sincère à la foi catholique :
c'est sur ce terrain que le parti se flatta,
non sans raison, de le combattre avec plus
d'avantage. Il ne fallut que le bill du Test,
qui excluait tout catholique des emplois ci-
vils et militaires , pour ôter à l'héritier pré-
somptif le commandement des armées na-
vales. Deux voix de plus , et un nouvel
acte du parlement mettait une barrière in-
surmontable entre les deux frères, en dé-
clarant que nul catholique , quels que fus-
sent sa naissance et son rang, ne pourrait
être admis en présence du roi.
Le bill de limitation ne satisfaisant qu'à-
demi l'animosité des Whigs, ils proposent
(1) Mémoire de Jacques II, tome Ier, page 210.
10
audacieusement un bill formel d'exclusion
contre le successeur légitime. Assez puis-
sans pour le faire passer à la chambre des
communes, ils viennent se briser contre la
chambre des pairs. Leur fureur s'en ac-
croît ; ils reproduisent dans la session sui-
vante cette loi conspiratrice. Mais, à l'ins-
tant même, le roi paraît ; il monte sur son
trône, mande les communes, et usant d'un
droit que les factieux mêmes n'osent lui
contester, il dissout l'assemblée téméraire
qui vient de porter la main à sa couronne (1).
Ne pouvant plus employer l'action de la
loi pour détruire la loi, le parti anti-monar-
chique recourut aux machinations souter-
raines. L'invention de la fameuse conspira-
tion des poudres, sous Jacques Ie, avait eu
(1) Les paroles de Charles II furent remarquables : «Vos
» premières séances , leur dit-il d'un air grave et plein de
» fermeté , ne me permettent pas d'attendre une meilleure
» issue de Ce parlement que de tant d'autres que j'ai con-
" voqués, sans en avoir tiré d'autres fruits que de con-
» naître les mauvaises intentions de ceux qui veulent trou-
» bler le royaume. Afin qu'ils n'autorisent pas leur révolte-
» du nom de parlement, j'ai jugé à propos de casser en-
» core celui-ci. » ( Rapin-Thoyras, année 1681.),
II
son plein effet : (1) on inventa la conspira-
tion non moins fameuse, dite le complot
papiste (Popish Plot). Quelqu'absurde que
fût la dénonciation, quelque vil que fût le
dénonciateur (2) il se trouva des hommes
pour croire que les catholiques avaient des
armées secrètes, que l'on passait ces ar-
mées en revue dans des souterrains, et que
l'héritier présomptif de la couronne était à
la tête d'un complot, qui devait éclater
par l'incendie de la capitale et le massacre
de tous les protestans.
« Enfin l'on excita une si grande commo-
» tion dans le royaume , que non seulement
» le duc d'York, contre qui l'attaque était
( 1 ) Voyez l'article de Jacques Ier dans la Biographie uni-
verselle; la réalité de cette conspiration y est discutée avec
étendue et profondeur.
(2) Les successeurs mêmes des Whigs ont rougi de cette
fable atroce : « Il est absurde , il est impossible, dit Fox ,
» de croire à l'existence d'un complot tel que celui qui fut
» dénoncé par Titus-Oates. En vain voudrions-nous cher-
» cher des motifs ou des excuses à la crédulité que ce mi-
» sérable trouva chez certains personnages : nous ne nous
» persuaderons jamais que tous ceux qui ont affecté de
» croire à ce complot y aient jamais cru. »'( Fox, History
of the early part of the reign of James-the second. )
12
» principalement dirigée , mais le roi et la
» monarchie elle-même furent sur le point
» de succomber.
» La véritable tendance du complot n'é-
» tait déjà plus un mystère. Le duc d'York
» vit clairement que ses ennemis avaient ré-
» solu de mouvoir le ciel, la terre, l'enfer
" même s'il le fallait, pour empêcher qu'il
" ne succédât à la couronne » (1).
Mais ce ne fut plus à des complots fictifs
que s'arrêtèrent les républicains, quand,
après avoir accusé les royalistes de conspi-
ration, ils crurent que le moment était venu
de conspirer eux-mêmes. Le prince, objet
de leur implacable haine , fut par eux
condamné à périr, et le roi à partager son
sort, pour n'avoir pas abandonné son frère
à leur rage. Le hasard seul les sauva du coup
fatal qui les attendait à liye-house (2).
Charles II, cessa de vivre ( 1685) ; l'avè-
nement du duc d'York, de ce prince, objet
(1) Mémoires de Jacques II, tome II, pages 16 et 27. )
(1) Les principaux conspirateurs étaient deux anciens
officiers républicains ( les colonels Rumsey et Walcot ) et
quelques uégocians et boutiquiers.
13
de tant de calomnies , semblait, suivant l'ex-
pression de sir William Temple , devoir
être la fin du monde. Au grand étonnement
des conjurés, Jacques II prend paisiblement
possession du trône de son frère. Il ne lui
faut que quelques paroles courtoises, pour
exciter dans presque toutes les classes des
transports d'allégresse et de reconnaissance.
D'où pouvait provenir un changement
aussi rapide dans l'opinion? Un homme cé-
lèbre, un ennemi déclaré des Stuarts, va
nous expliquer lui-même cette contradic-
tion apparente (1).
« Le parlement se montra très-empressé
» à complaire à tous les désirs du roi, et
» ce parlement représentait assez bien l'es-
» prit général de la nation. »
L'esprit général de la nation n'était donc-
point favorable aux vues secrètes du parti
républicain : et, cependant, ce parti pré-
tendait être l'organe, le représentant de
cette même nation. Tant il est vrai qu'en
tout tems et en tout lieu , les factieux n'ont
qu'un système et qu'un langage !
(1) Fox, ouvrage cité plus haut.