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L'Anneau de la fiancée, drame-lyrique en 3 actes, par MM. Brisset et Blangini. (Paris, Nouveautés, 28 janvier 1828.)

De
63 pages
Barba (Paris). 1828. In-8° , 62 p..
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L ANNEAU
DE
DRAME-LYRIQUE EN TROIS ACTES.
L ANNEAU
DE
ILâ F1AK0ÊI,
DRAME-LYRIQUE EN TROIS ACTES,
PAR MM. BRISSET ET BLÀNGINI ;
Représenté, pour la première fois, le 28 janvier 1828, sur
le Théâtre de Nouveautés.
^^CTTÉZ BARBA , ÉDITEUR,
CODB DES FONTAINES , N. 7 ,
ET AU MAGASIN DES PIÈCES DE THÉÂTRE
IIUF SAINT-HONOniî , H. 210j AKC'IKH LOCAL DE I.A CIVETTE.
1828.
fkrsflimaçjes. Prieurs.
ROBERT LE DIABLE, sous le nom d'EN-
GUERRAND au premier acte, et sous celui
de ROGER au deuxième acte M. BRICE.
ALIX, comtesse, châtelaine Mmc BRICE.
MATILDE, 1 sesnièces j M™ ADÈLE.
BLANCHEROSE, ) (M"" MILLER.
RAGONDE, parente de Berthe et concierge
d'un manoir appartenant à Alix MmeFLORVAL mère.
BERTHE, parente élevée par Ragonde.. M 11" HYRTÉ.
THIBAUT, ) , , „ , _ (M. BOUFFÉ.
, ' } ecuyers de Robert
ALBÉRIC, 1 (M. EMILE.
UN ÉCTJYER DU SÉNÉCHAL M. FLEURY.
BLANCHE, \ /M 11' VIRGINIE.
MARGUERITE, .„ . , . M" 8 FLOHYAL.
TO„T™„ > villageoises distinguées. J
ISOLINE, ( b 6 j MUe LAURENCE.
ROSE, ) (MUOBTJRT.
LA STATUE DE MATILDE.
DAMES, \
CHEVALIERS, ! de la cour d'Alix.
ÉcUTERS, l
HOMMES D'ARMES , /
VILLAGEOIS.
VILLAGEOISES.
VALETS, FEMMES du château de Robert.
(La Scène se passe en France, dans le douzième siècle.)
ACTE PREMIER.
Le Théâtre représente les jardins du château d'Alix.
SCENE PREMIÈRE.
ALIX, THIBAUT, RAGONDE, DAMES, CHEVALIEBS,
ÉcUYERS.
Au lever du rideau, tableau d'un départ pour le tournois. Des cheva-
liers sont aux pieds de leurs dames, et reçoivent des écharpes, La
Comlesse est au milieu d'eux.
CHOEUR DE CHEVALIERS.
Oui, pour la gloire
Et la victoire,
Voici l'instant
D'être vaillant !
Pour plaire il faut être vaillant !
CHOEUR DE DAMES.
Chevaliers, c'est l'instant
De se montrer vaillant !
A votre belle,
Comme à l'honneur,
Soyez fidèle,
Soyez vainqueur !....
LA COMTESSE.
Le clairon sonne
L'honneur l'ordonne,
Suivez ses lois!....
CHOEUR DE CHEVALIERS.
Partons, partons pour le tournois '•
-4-
CHOEUR GÉNÉRAL.
Chevaliers, c'est l'instant
De se montrer, etc., etc.,
( Les chevaliers et les dames s'éloignent, ainsi que les écuyerJ ,
Alix les reconduit ).
SCÈNE II.
RAGONDE, THIBAUT.
THIBAUT.
Comment, déjà partir, dame Ragonde... mais vous n'y
songez pas... la veille d'un tournois.,., et vous ne savez peut-
être pas ce que c'est qu'un tournois..? Imaginez-vous des
hommes qui sont les meilleurs amis du monde, et qui, un
instant après.... v'ii! v'ian! pour l'honneur et les dames,
comme ils le disent, se cassent les bras et les jambes. C'est
très-beau à voir... de loin !
RAGONDE.
Un tournois!., qu'y-ai-je à faire?., on joutera bien sans
moi, seigneur écuyer 1
THIBAUT.
Sans vous,, oui., mais votre charmante fille., ellen'eûtpas
été la moins jolie des dames qui, d'un regard, encourageront
les combattans, et j'en connais un qui n'aurait pas eu d'autre
cri que Berthe et amour !
RAGONDE.
Vraiment !... eh ! bien j'en suis fâchée ! (d'un air sec. ) Il
faudra qu'il en choisisse une autre., la fille de la pauvre
concierge du château de Sorel n'est point faite pour tant
d'éclat !..
A AIR
De plus beaux noms que celui de ma fille,
Des combattans doubleront la valeur;
C'est qu'on aime dans ma famille
Bien moins les honneurs que l'honneur.
— 5 —
THIBAUT.
A ce discours j'applaudis de bon coeur.
À part. Pour être bon, j'étais né mais le vice
Est généreux, je veux le fuir pourtant,
Et je ferai ce sacrifice
Quand la vertu voudra payer autant.
... J'ai tort de rester au service d'un tel maître. ( Bas et
avec abandon à Rigonde.) Oui., partez, dame Ragonde..
p.inez.. et ne revenez pas ici... tant que...
RAGONDE.
Tant que...
THIBAUT.
Rien., votre fille est jolie., et il se rencontre dans le monde
des gens qui... Vous ne savez peut-être pas ce que c'est
qu'un sédicteur... Pour avoir un séducteur, prenez uu homme,
un joli garçou comme moi, qui s'en va à droite, à gauche, dire
à l'une : vous êtes charmante! à l'autre : parole d'honneur;
à la troisième... quelque chose dans ce genre-là, et qui,
au moment où on croit le tenir... crac, plus personne...
Rappelez - vous le proverbe : jeune brebis a besoin d'une
bonne garde !
RAGONDE.
Je ne crains pas le loup... nous n'avons pas de bois à tra-
verser, et l'on n'entend plus parler de Robert-le-Hiable...
THIBAUT.
Ah! et c'est ce qui vous iranquillise? (A'part.) Pauvre
femme ! (Haut.) Adieu donc dame Ragonde ! rappelez-vous
ce que vous a dit le petit Thibaut : jeune brebis....
RAGONDE.
Voilà la comtessse !
THIBAUT, g.part.
Allons trouver mon maître., tâche , m'a-t'il dit, de reie-
nir ici la vieille et la jeune fille.. Elles partent , tantmieux..
encore une d'échappée.. ( Il sort. )
SCENE III.
RAGONDE, ALIX.
ALrX.
Ragonrle !.. je vous croyais partie ?
RAGONDE.
Ma fille est encore aupr( s de mademoiselle votre nièce, '
madame la comtesse... liepuis ce matin elle est renfermée
avec elle., bonne demoiselle!... Elle lui fait tant de ques-
tions sur le manoir où elle a été élevée avec sa soeur Ma-
tilcle.. il faut que Berthe lui dôme des renseiguemens sur
tous les pauvres du village, qu'elle aimait à visiter., à se-
courir...
ALIX.
Aimable Blancberose!.. ses goûts sont si simples!., son
coeur est si bon !.. sa sensibilité si touchant; ; j'espère bien ,
dame Ragonde, que votre fille lui aura tû le sujet de votre
petit voyage.. Quel effroi pour elle., si elle venait à savoir...
RAGONDE.
Ah ! mon Dieu!., vous avez raison., et moi qui n'y ai pas
songé., à mon âge., pas plus de précaution., mon Dieu!.,
mon Dieu!., que je suis fâchée...
ALIX.
Elle vient.. Nous verrons bien si elle sait., et alors je me
charge de la rassurer !
SCÈNE IV.
AUX, RAGONDE, BLANCHEROSE, suivie de BERTHE.
(Blancherose est pâle et inquiète; à la vue de la Comtesse, elle pousse
un cri de joie et court l'embrasser. )
BLANCHEROSE.
Ma mère!., ah! que je suis contente de te voir..
ALIX.
Pourquoicettejoie,monenfant..etquipouvaitt'inquiéter?..
— 7 ~
BLANCHEROSE.
Je ne sais., mais je te cherchais au château., je ne te
trouvais pas.. Ma bonne amie., tu n'as pas reçu de nouvelles .
de Matilde, de ma soeur.. Qu'il y a long-temps qu'elle nous
a quittés., pourquoi ne vient-elle pas? que fait-elle au châ-
teau du baron Àmaury? Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé.
Depuis quelques jours, elle n'a point écrit.
ALIX.
Pourquoi ces craintes ?
BLANCHEROSE.
Je ne sais., je tremble., si tu savais quels rêves j'ai faits
cette nuit ,
ROMANCE.
Près de mon lit j'ai vu paraître
Ma mère, qui semblait gémir ;
Sa voix que j'ai su reconnaître,
M'a dit tout bas, tu vas mourir.
Le vent plus tristement murmure ;
Le eiel est sombre et l'air plus froid.
Je suis triste, et dans la nature
Tout semble triste comme moi !
IL
Comme une ombre qui s'évapore ,
Mes beaux jours hélas, semblent fuir !
Humide des pleurs de l'aurore,
La rose ainsi peut se flétrir.
Le vent plus tristement murmure ;
Le ciel est sombre, etc.
ALIX.
Mon enfant, qui peut noircir ainsi votre imagination ?..
RAGONDE.
Je suis sûre que je l'ai deviné, moi... c'est cette petite
sotte avec ses contes....
BLANCHEROSE.
Non.. ce ne sont pas des contps.. et vous êtes venue, vous
même hier, pour l'apprendre à la comtesse... A minuit, de-
— 8 —
puis quelque temps, les statues de nos aïeux, s'agitent sur
leurs piédestaux.. dans le vieux château de Sorel. Vous les
avez vues vous-même porter lourdement dans la grande salle
leurs pieds de marbre, et annoncer en se promenant sous
les ogives de nouveaux malheurs à notre famille...
RAGONBE à Berlhe.
Comment... tu as pu conter à mademoiselle...
BERTHE.
Mais, ma mère... j'ai dit l.i vérité... et vous savez bien
ce que vous avez vu... et moi, donc... un soir...
RAGONDE.
Silence !... (à Blancherose. ) Je vous assure bien , ma-»
demoiselle !...
ALIX.
Il ne faut pas se presser de croire à de se niblables récits !...
BLANCHEROSE.
Ces prodiges troublèrent déjà la paix du manoir de mon
père... lorsque Robert-le-Diable...
ALIX.
Pourquoi rappeler ces jours de guerre et de terreur où,
victimes d'un déloyal ennemi, ton père... ta mère... me lé-
guèrent le soin de veiller sur toi, sur ta soeur?...
BLANCIIEROÎE , avec sensibilité.
Pourquoi?.., Pour chérir davantage tous les jours la main
•qui, s'étendant sur les orphelines, les soutient... les pro-
tège... ( Elle lui baise la main. )
ALIX , avec attendrissement.
Ma fille... bannis cette tristesse qui te tourmente... goû-
tons le bonheur présent... ne jetons un regard sur les malheurs
passés que pour remercier le ciel de les avoir finis... et s'il
lui plaît de nous envoyer de nouvelles épreuves... pleins de
confirmée dans sa justice... attendons-les... elles seront
moins pénibles M nous nous offrons'devant elles libres et
pures de toute affection coupable...
— 9 —
BLANCHEROSE.
Oui, libres...cures... ma mère... je Ji.is... il faut... j'au-
rais dû t'en faire part plutôt...
ALIX.
Achève!... Tu es troublée?... Si tu as un secret... tu me
le confieras, n'est-ce pas?... Venez , dame Ragonde... j'ai
quelques instructions à vous donner... Votre fille Bertlie
viendra vous rejoindre... Et toi, ma chère enfant... de la
confiance!... J'attends ton secret!...
( Elle sort appuyée sur Ragonde. )
SCÈNE V.
. BERTHE, BLANCHEROSE.
BERTHE.
Voyrz donc à quoi sert de dire la vérité. « Cette petite
sotte avec ses contes. » Ce n'est pas ce que m'a dit ma mère
qui m'afflige... c'est de ne pas vous avoir évité des inquiétu-
des... c'est de vous voir triste... et de songer que c'est moi?
moi, qui en suis cause...
BLANCHEROSE.
Console-toi, Berlue... ce nuage de tristesse est passé...
j'ai eu tort... je serai bien gaie... Il le faut... la gaîté em-
bellit... et je veux plaire à mon chevalier. Tu le verras un
jour, j'espère... L'amour amène le mariage... Et quand il
sera mon époux, je le mènerai au vieux château; nous irons
voir ensemble et prier les statues qui, à minuit... Tu les a
bien vues, n'est-ce pas?... Ce sont peut-être nos noces
qu'elles annoncent... Qui sait... si c'était pour moi !... C'est
à toi, que je pjuis dire cela... Une autre en rirait mais
je crois que c'e^t moi que l'on attend!...
BERTHE.
Que c'est vous... que l'on attend! Allons... quelle folie!...
Comment, vous croyez que vous devez augmenter le nom-
bre de ces statues... quelle idée!...
10
BLANCHEROSE.
Eerthe... écoute... retiens bien cela... S'ils veulent rap-
peler ma mémoire, un vase rempli de ces belles fleurs dont
je porte le nom, suffira... Mon image n'effrayera point ainsi...
Peut-être même que ces roses... le jour de ton mariage,
tu cueilleras, là... ton bouquet nuptial... souviens-t'en...
entends-tu!.,, je l'exige !...
BERTHE.
Vous aimez et vous êtes si triste... Au village, c'est bien
différent!... Vous avez donc oublié le chant du soir sur les
rives du lac!...
Bar car oie.
Sans la gaîté, l'amour ne saurait plaire ,
C'est en chantant qu'il s'éveille aux hameaux ;
Le soir gaîment, notre main sur les eaux.
Fait voguer avec grâce une barque légère !
Alors un chant délicieux
Dit aux vents du soir qu'il appelle ,
Venez.... je livre ma nacelle
A votre souffle gracieux !
BLANCHEROSE.
Oui, je comprends le bonheur du village;
Mais je le sens à mon coeur tourmenté,
L'amour ne peut inspirer la gaîté.
Même au sein d'un beau jour, je crains encor l'orage.
Redis ton chant délicieux ,
C'est le chant de la pastourelle;
Adieu, suis la voix qui t'appelle ,
La mienne te fait ses adieux!....
(Elles sortent, Berthe à droite et Blancherose à gauche. )
SCÈNE VI.
ROBERT, THIBAUT.
ROBERT.
Je ne la vois pas..,. Est-elle partie déjà ?
THIBAUT.
Je vous cherche, Monseigneur.
II —!-
ROBERT.
Monseigneur ! ne sais-tu p.\s que je suis ici ton caraa^
rade.
THIBAUT.
C'est plus fort que moi, et je ne puis pas m'habiluer à
vous traiter sans f;.çon C'est drôle.... et puis avec ça;...
vous avez des nsms !.,. Enquéri.;nd a> ec les châtelaines ,
Roger avec les baelielettes C'est commode, c>rle véri-
table n'est pas trop en ciédit.... ce titre dont on le fait
suivre.
ROBERT.
Charmant, et donné par la folie autant que par la va-
leur.
THIBAUT.
Et avec cela, vous le quittez le plus souvent que vous
pouvez C'est comme le serpent qui change de peau.
ROBERT.
La comparaison....
THIBAUT.
Elle est juste avec un homme qui fait métier de séduc-
tion.
ROBERT.
Je te ferai rouer de coups.
THIBAUT.
Est-ce comme cela que Monseigneur entend l'égalité....
ROBERT.
Qu'avais-tu à me dire ?
THIBAUT.
Berthe , cette jeune fille, vous savez bien.... que vous
aimez lant depuis hier— elle est partie.... je vien- de la
voir s'éloigner du château.
ROBERT.
Elle est partie! eh bien demain je serai près d'elle dans
son village.
THIBAUT.
Et la noble demoiselle qui vous tient ici en servage..,.
12 —
ROBERT. '
Je n'aurai plus rien à faire ici demain.
THIBAUT
Demain— et voici la nuit.... Vous croyez donc que
cette nuit même.... Vraiment je vous admire, tout en vous
blâmant ! et décidément il faut que ça soit vrai, ce qu'on
raconte de vous.
ROBERT.
Quoi?
THIBAUT.
Que vous avez fait un pacte avec le Diable, et qu'il vous
a donné suiTes femmes le pouvoir que lui-même a dit-on de
tous temps exercé sur elle.... Voi.s rie/..... Moi qui vois vos
succès, je le crois., ici, mademoiselleRlancherose.. Et cille
que vous avez Lissée au château du baron Amaury?
ROBERT.
Tais-toi....
THIBAUT.
Il me prend quelquefois des envies de vous imiter... et
de me faire séducteur à la suite... mais j'ai toujours échoué
dans mes imitations.
ROBERT.
Tu ne connais pas le coeur des femmes...
THIBAUT.
Non, mais je connais leurs mains... et c'est ce qui me
fait préférer vos amours de châteaux à vos excursions pas-
torales : c'est étonnant comme les bergères ont la main
lourde.
( Il fait le signe de donner des soufflets. )
ROBERT. .
Thibaut, tu tiendras cette nuit nos chevaux sellés à l'en-
trée du petit bois....
THIBAUT.
Comment... il faut que je passe la nuit tout seul à vous
attendre à la belle étoile... avec ça qu'il n'y en a pas une
au ciel, et qu'au contraire tout s'y dispose pour un orage.
- là -
ROBERT.
C'est bien ce qu'il y a de mieux*
THIBAUT.
Pour vous, oui... mais pour moi... tenez!., j'aime au-
tant ne pas être votre égal... et rester à couvert quand il
pleut.
ROBERT.
J'ordonne.., obéis; et pas un mot de plus.
THIBAUT.
J'ordonne... obéis!., àla bonne heure... on sait au moins
à quoi s'en tenir !
SCÈNE VII.
ROBERT , seul.
Berthe est très-jolie !... je la retrouverai... mais main-
tenant je ne dois songer qu'à Blancherose.... Je veux la
surprendre, et achever la conquête d'un coeur tout disposé à
cédera mes voeux!...
AIR
La nuit s'avance,
Et l'espérance
Conduit l'amant vers le plaisir.
L'amour m'appelle
Près d'une belle,
Un coeur fidèle
Doit obéir !
Dans sa demeure, introduit par l'adressse,
Je veux enfin tomber à ses genoux.
Que ce moment sera doux.
Nuit, aux jaloux
Cache nron ivresse !....
Oui, dans le plus discret réduit.,..
C'est le plaisir qui me conduit.
Protège, ô nuit, la plus douce ivresse?
La nuit s'avance
Et l'espérance, etc., etc.
(Il entre. Changement de décoration. )
- ,4-
SCÈNE VIII.
( Le théâtre représente la chambre de Blancberose. )
ALIX, BLANCHEROSE, ;p«w ROBERT.
(La comtesse et sa nièce sont précédées par une femme qui porte une
lampe qu'elle dépose sur une table , après quoi elle sort. )
ALIX.
Te voici dans la chambre !... Il fait nuit... c'est l'heure
du repos... Adieu, ma fille !..
BLANCHEROSE.
Sitôt!...
ALIX.
Tu n'as rien à me dire...?
BLANCHEROSE.
Si... un secret... je vous en ai parlé ce matin... et main-
tenant, je tremble de vous le dire...
ALIX.
Aimes-tu mieux le garder toute seule...
BLANCHEROSE.
Oh ! non... je veux tout partager avec vous...
ALIX.
Eh ! bien !...
BLANCHEROSE.
J'aime !
ALIX.
Moi et ta soeur Malilde.
BLANCHEROSE.
Oui... et un autre...
ROBERT, entrouvrant doucement la porte.
Elle n'est pas seule... c'est la comtesse !... Ecoutons.
ALIX.
Tu aimes ?... qui donc encore ?...
— i5 —
BLANCHEROSE.
De tous ces chevaliers accourus à votre cour, au bruit du
tournois qui s'y prépare, ma mère... à qui dois-je donner la
préférence?
ALIX.
Si mon goût n'était pas le tien, je t'affligerais peut-être..
Je me dispense de me prononcer... ton choix ne peut être
que bon... tn as découvert sans doute, dans celui qui t*
charme , d'autres qualités qu'un extérieur séduisant et une
armure brillante... tu sais que sa famille est digne de
s'allier à nous... et que ses actions ont continué ses titres de
noblesse ?
BLANCHEROSE , embarrassée.
Ma mère !...
ALIX.
Avant de s'avouer à soi-même que Ton aime... avant
d'en faire part aux autres... il faut savoir tout cela, pour
ne pas rougir de son choix... et je suis sûre que ta pru-
dence...
BLANCHEROSE.
Mon Dieu !.. voyez comme je rougis!..
ROBERT , à part.
Fâcheux contretemps !..
ALIX.
Tranquillise-toi... cette prudence que je te conseille,
sera celle de l'amitié... L'amour est aveugle, dit-on, je
regarderai pour toi... Celui que tu aimes sera dans la lice ,
demain... il faut que tu me dises
BLANCHEROSE.
La couleur de son écharpe... c'est un voile qui loi en
servira... un voile veît...
ALIX.
C'était hier la couleur du tien... Blancherose!.. quelle
imprudence !..
BLANCHEROSE.
Pardon !.. tes reproches n'égaleront jamais ceux que je
— i6 —
me suis faits... de te cacher ce secret... mais, c'est fini ..
maintenant que tu le Sais... j'attendrai pour continuer de
l'aimer que tu m'aies dit : il en est digne !..
ROBERT, ù part.
C'est ce que nous verrons !..
ALIX.
Adieu !.. il est tard... repose en paix , l'amitié veille sur
toi... (Elle sort.)
SCENE IX.
BLANCHEROSE, et ROBERT à l'écart.
BLANCHEROSE.
Si Malilde avait été ici., je n'aurais point de reproches
à me faire., confidente de toutes mes pensées, elle aurait
su en même temps que moi le nouveau seruimeiit qui règne
sur mon coeur... Ma soeur, quand me seras-tu rendue?, son
absence m'inquiète, et je veux qu'une lettre.. (Elle apper^
çoit Robert) Un homme !.. Ciel L. Enguerrand !..
ROBERT.
Blancberose !.
BLANCHEROSE.
Qui vous amène ici?. me3femmes sont là., à côté..
ROBERT , la retenant.
Non!, non., vous m'écouterez!.. vous saurez qui m'a-
mène dans la nuit auprès de vous., vous m'excuserez, et
votre sévérité ne donnera point l'apparence du crime a une
démarche imprudente peut-être., mais dont la délicatesse a
donné le conseil... Blancberose, je vous aime avec idolâ-
trie!., vous m'aimez!., oui, vous m'aimez!..
BLANCHEROSE.
Ah! le méritez-vous encore !..
ROBERT.
Plus que jamais... vous m'aimez!, je ne puis me parer
des preuves de votre confiance, qu'après vous en avoir donné
_ I7 _ ^
de la mienne., un inconnu ne peut porter vos couleurs., je
lui rendrai cette écharpe qu'elle m'a donnée et que tous
les preux de France ne pourraient m'eidever!
BLANCHEROSE.
Voilà le motif! ..
ROBERT.
Que je bénis le lias nd qut me procure le bonheur de ras-
surer votre âme., je promenais dans la nuit mes pensées
d'amour., je cheichais l'endroit où vous reposez! elle est
là., disais-je.. cetie lumière est la sienne!., je pousse la
porte de l'escalier de la tour., elle cède., je franchis les de-
grés.. Blancberose! m'en voulez-vous davoir pénétré jus-
qu'ici ?
BLANCHEROSE.
Non., puisque la vertu vous accompagne!.
ROBERT.
Il est si doux d'être auprès de vous, là., au milieu de li
nuit.. (Orage.)
. BLANCHEROSE, le repoussant doucement.
Enguerrand!..
ROBERT.
Blanclurose.. un temps viendra où tu ne me repousseras
pas ainsi., alors., ma main..
BLANCHEROSE.
Elle e t froide!., votre manteau est mouillé..
ROBERT.
Oui., l'orage est venu avec la nuit...
BLANCHEROSE.
Et vous l'avez bravé pour moi.
ROBERT.
Entendez-vous la pluie?.
BLANCHEROSE.
Le tonnerre gronde sur le château! j'ai peur! ami,
panez., j'appellerai mes femmes!
L'Anneau. 2
— i8 —
ROBERT.
Partir! oui.... adieu !
BLANCHEROSE.
Quelle tempête!., égaré dans la nuit., s'il allait., ces
fossés larges et profonds..
ROBERT.
Laissez-moi attendre la fin de l'orage... auprès de vous!
Duo.
Restez.... restez auprès de moi!....
C'est en vain que gronde l'orage
BLANCHEROSE.
Cher Enguerrand !.... je meurs d'effroi.
ROBERT.
Près de moi reprenez courage !
BLANCHEROSE.
Dieu!.... quel orage!
ROBERT.
Restez.... restez auprès de moi!
BLANCHEROSE , le repoussant.
Non, non.:., éloignez-vous, de grâce,
Et moi.... je vais rester à cette place....
ROBERT.
C'est bien loin...:
BLANCHEROSE.
Il le faut.
ROBERT.
Pourquoi?....
( Coup de tonnerre. )
Approcbez-vous !....
BLANCHEROSE , s'approckaut.
Je meurs d'effroi !
ROBERT, passant son bras autour d'elle.
Vous aurez moins peur près de moi.
BLANCHEROSE.
Oui, près de lui, j'aurai moins peur, je croit !
— i9 -
ROBERT.
Malgré l'orage
Qui fait trembler !
De mariage
Il faut parler....
BLANCHEROSE.
Pendant l'orage
Qui fait trembler,
De mariage
Pourquoi parler?
( Elle s'éloigne. Coup de tonnerre. Elle se rapproche. )
ROEERT.
Cet anneau doit être le gage
De notre hymen !...
BLANCHEROSE, s'échappant de ses bras.
N'approchez-pas !
ROBERT.
Recevez-le !...
BLANCHEROSE , résistant avec peine.
Grand Dieu !.. l'orage !
Redouble encore ses éclats !
( Coup de tonnerre. )
Ah!
(Elle s'abandonne à Robert qui lui met sa bague au doigt. )
ROBERT.
Restez!... restez!... et plus d'effroi !
C'est en vain que gronde l'orage ;
Près de moi, reprenez courage;
Restez!... restez, auprès de moi!
BLANCHEROSE.
Près de vous je sens moins d'effroi
Si près de nous gronde l'orage ;
Près de vous, je reprends courage :
Restez!... restez auprès de moi!
UNE voix, en dehors appelant :
Blancberose !
(Mouvement très-animé)
BLANCHEROSE.
Entendez-vous?...
20
ROBERT.
Quoi donc ?
BLANCHEROSE.
Cette voix qui m'appelle,
C'est la voix de ma soeur !...
ROBERT.
Votre soeur!.... quelle est-elle?
BLANCHEROSE.
Matilde!...
ROBERT.
0 ciel !....
LA voix, rapprochée.
Blancherose !
BLANCHEROSE.
Oui, c'est elle!
Et je cours la chercher...
ROBERT.
Je frémis !
BLANCHEROSE.
La voilà!,...
•£*■ ROBERT.
Matilde !.... où me cacher ?
SCÈNE X.
BLANCHEROSE. Elle s'est élancée dans les bras de MA-
TILDE gui entre; RORERT reste dans le fond.
BLANCHEROSE.
C'est toi!., tu m'es rendue, ma soeur !.. Matilde !. dans
quel état, grand Dieu !. ces cheveux en désordre !. ces voiles
de deuil., ces traits égarés., comme elle me regarde fixe-
ment!. Matilde, c'est ta soeur., c'est Blancherose!
ROBERT , à part.
Dans quel état je la revois !,.
— ar —
MATILDE.
Ma soeur!.. Blancberose.. oui., oui... je sais... sage, ver-
tueuse, pure encore., je la reconnaîtrai sans peine... mais
moi., non... elle ne me reconnaîtra plus!.
BLANCHEROSE.
Quel égarement !..
MATILDE.
Je reviens pour elle., pour Blanclierose.. entendez-vous.,
la fou'lre gronde et les vents sont déchaînés.', eh! bien j'ai
bravé leur fureur pour la revoir..
BLANCHEROSE.
Ma soeur !
MATILDE.
J'ai bien craint de ne pouvoir arriver., ma route a été si
longue, si pénible., et cependant je chantais en traînant mes
pas dans les bois et sur les bruyères. .(Avec un sourire)Oui..
je chantais... c'est un chantque le troubadour fait entendre
le soir, aux portes de la tourelle... attendez !...
NOCTURNE.
Ouvrez, gentille dame...
BLANCHEROSE, surprise.
Ouvrez, gentille dame...
ROBERT.
Ouvrez, gentille dame...
MATILDE.
Au jeune troubadour !
BLANCHEROSE, plus Surprise.
Au jeune troubadour !
Avec ce chant, Engucrrand l'autre jour,
Enguerrand attendrit mon âme !
MATILDE.
Voici l'heure d'amour,
Ouvrez, gentille dame,
Au jeune troubadour !
22
/ Du mystère
i C'est l'instant;
Pour lui plaire '
Prudemment
Ouvres la porte à ton amant.
BLANCHEROSE.
Quel mystère
Etonnant !
ENSEMBLE./ Pour me plaire
C'est le chant
Qu'ici, répétait Enguerrand !
ROBERT.
Comment faire,
En fuyant
Leur colère ,
i Prudemment
\ Evitons un affreux instant.
MATILDE.
Il ne faut pas le recevoir... fermez... fermez la
porte,..
( Elle ferme la porte. Robert, qui s'était avancé pour fuir, s'éloigne
brusquement dans le fond. )
S'il entrait ici, vous seriez perdue...
BLANCHEROSE.
Qui... de qui parle-tu ?
MATILDE.
Vous ne le connaissez pas... écoutez... non... il ne
chante plus... alors je. puis vous dire... il ne faut pas qu'd
nous entende et qu'il me voie pleurer surtout... le damné se
réjouit des larmes de ceux qu'il entraîne dans l'abîme...
BLANCHEROSE.
An nom du ciel... calme l'effroi que tu m'inspires... ma
soeur !
MATILDE.
Ma soeur... oui... il faut lui dire de fuir les séducteurs...
un surtout, affreux sous son masque riara... ses flatteries
sont un poison qui dévore... il dit j'aime, on le croit... il
s'enfuit et l'on meurt.
— 23 —
BLANCHEROSE.
Ma soeur!., lu parles de séductions... Matilde!.. on t'a
donc trompée?...
MATILDE.
Oui, trompée... indignement trompée. C'était une nuit
d'otage et de terreur comme celle-ci.
BLANCFlEUOSE.
Je frémis!..
MATILDE.
Introduit dans mon appartement par l'enfer, qui lui a
donné son nom!
BLANCHEROSE.
Grand dieu!
MATILDE.
Il parlait d'amour... de vertu... d'hymen!., j'eus la
lâcheté de le croire... et sa bague !.. Dieu!., cet an-
neau!..
BLANCHEROSE.
Cet anneau !..
MATILDE, avec une lueur de raison.
Oui... cet anneau...- dis... qui te l'a donné?
BLANCHEROSE.
Ici, tout à l'heure... un chevalier.
MATILDE.
Ici... dans la nuit... au milieu de l'orage... fuis!,, fuis,.,
malheureuse!... je te reconnais maintenant... tu es ma
soeur... tu es Blancberose !.. et tu m'enlèves mon époux!
BLANCHEROSE.
Ton époux!., qui... Enguerrand...
MATILDE.
IVon!.. non... pas Enguerrand !.. je le croyais aussi...
m ;s maintenant je sais son nom, l'effroi de notre fa-
mille...
BLANCHEROSE.
L'effroi de notre famille... il est là... Enguerrand,
venez... ô venez... Expliquez-nous ..

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