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L'appel au peuple : lettre (et 2e lettre) adressée à un député conservateur. 1ère lettre

9 pages
Lachaud (Paris). 1872. 2 paginations (8, 7 p.) ; 21 cm.
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L'APPEL
AU PEUPLE
.LETTRE
ADRESSEE A UN DÉPUTÉ CONSERVATEUR
PARTS
LACHAUD, ÉDITEUR
Place du Thêâtre-Français
1872
L'APPEL AU PEUPLE
LETTRE
ÉE A UN DÉPUTÉ CONSERVATEUR
MONSIEUR,
—On entend dire, du haut de la tribune et dans les cer-
cles, on écrit chaque jour dans la presse qu'il faut laisser
la politique et s'occuper d'affaires ; que tout Lion citoyen
doit ajourner la solution des problèmes qui nous divisent,
et donner toute son activité à la réorganisation maté-
rielle du pays. Il faut, dit-on, relever nos finances, rendre
la prospérité à notre industrie et à notre commerce, ré-
conforter le moral de notre armée ; et. ce n'est qu'après
ces utiles travaux qu'on pourra sans danger couronner
l'édifice et lui donner son nom définitif.
À notre avis, Monsieur, cette thèse si chère à beau-
coup d'honnêtes esprits n'est rien moins qu'un non-sens.
Il n'est jamais venu à la pensée d'un propriétaire in-
telligent de mettre des meubles dans une maison ina-
chevée, pas plus qu'un ingénieur ne fabrique les rouages
d'une machine avant d'en avoir tracé le plan définitif; si
l'homme d'État fait le contraire et viole, sans y prendre
garde, cette règle impérieuse du sens commun, il s'expose
à de graves mécomptes ; toutes ses oeuvres seront frappées
de discrédit., et, pour avoir négligé les assises de son
— 2 —
monument, pour avoir tardé a s'expliquer sur la question
fondamentale de monarchie ou de république, il aura
mis au jour des lois tiraillées dans tous les sens par les
partis contraires, et que le public estimera provisoires,
comme le milieu qui fut leur berceau,
N'est-ce pas là le fait des lois sur le conseil d'État,
sur la magistrature, sur les conseils généraux et munici-
paux, sur le jury? N'est-ce pas le sort qui attend les
lois sur la presse et sur le mode d'élection! Une oeuvre
faite dans ces conditions ne sera jamais qu'une marquet-
terie, et plus elle aura satisfait de législateurs, plus elle
sera mauvaise. Si elle contient quatre articles, et que, par
impossible, chacun d'eux soit respectivement l'oeuvre des
légitimistes, des impérialistes, des parlementaires et des
républicains, on aura atteint à la fois l'idéal de la con-
ciliation et l'idéal du gâchis.
Relever nos finances dans un pareil milieu est. une
oeuvre radicalement impossible ; nous vivons sur les
épargnes du passé, et il n'est pas un admirateur du temps
présent assez intrépide pour prétendre que ce sont les
économies réalisées pendant ces deux dernières années
qui nous permettent de marcher: nos finances dépendent
étroitement de la prospérité du commerce et de l'in-
dustrie, qui ont besoin tous deux d'un long avenir de
sécurité; or, le provisoire est l'ennemi naturel de la
sécurité, car, derrière, lui, à une échéance certaine,
quoique imprévue dans sa date, il y a la menace d'un
conflit général ; ce gouvernement négatif légitime et or-
ganise la lutte ardente entre les ambitions qui se disputent
le pouvoir, lutte qui éclate toutes les semaines ou tous
les mois, mais dont l'existence est la contradiction même
d'un ordre de choses régulier.
Si les affaires ne peuvent reprendre dans un air
ainsi vicié par la révolution, il est encore plus malaisé d'y
refaire le moral de notre armée ; il n'y a pas plus de.
soldats sans drapeau que de citoyens sans cité; le coeur de

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