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L'art de voyager dans l'air et de s'y diriger , mémoire qui va remporter le prix proposé par l'Accadémie de Lyon. On y trouvera entr'autres la vraye théorie de la lune et des esprits et des moyens sûrs et simples d'entretenir les grandes routes terrestres que l'on devra continuer de fréquenter dans les tems que les chemins célestes seront interdits, &c. [Histoire de Pyrodès ; Inscription de la Porte Stainville à Nancy]

De
74 pages
au pays de Rianole [Lorraine] (A Ellive - nul [Lunéville]). 1784. Voyages en ballon -- 18e siècle -- Ouvrages avant 1800. 3 parties en 1 vol., [2-] 31 [-1 bl.] + 29 [-1 bl.] + 15 [-1 bl.] p., sign. [pi] ¹, A-B8 + A8, B7 + A8 : fleuron au titre ; 20 cm.
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DE VOYAGER.
DANS I/ÀIR ̃'
E T
Mémoire qui va remporter le prix propofé par
l'Accadémie de Lyon.
Pallida Luna pluit rulicrtndafl.it, alba ferma:.
On y trouvera entr'autres, la vraye théorie de la Lune &
des Efprits, & des moyens fûrs & fimples d'entretenir
les grandes Routes Terrefires, que l'on devra continuer
de fréquenter dans les rems que les Chtmins Célcilcs fe-
ront interdiu, &c.
A ELLI VENUL,
Au Pays de Rianôle pendant la mère Lune
̃̃̃ '̃ de 1784. ;'•;
AVEC PE KftlS SIOK
TABL Eo
1 Réface, page 3
PREMIERE PARTIE.
§. I. Premier Paradoxe la nouvelle Ltate en le
tenu, le plus favorable au départ & la Lime dit
Solrlice d'hiver la pllts efficace. G
IL Second Paradoxe la Lime eft à une dif-
tance de la Terre, moitié pltts grande que les Agro-
nomes ne nous le difent, 9
§. 1 Il. ConJlruBion du Tambour volant & calcul
de fa force, Iz
§. IV. Suite dit même fujet, 16
V. Départ, 12
§.~ VI. Rjmte, aï
§. VIL Arrivée. Rencontre de mon grand père
première converfation touchant la nature, V office ds
la Lune fur la Métempficofe,
II. PARTIE.
§. I. Hijîoire de Pyrodès L Converfation, ,i
Deuxiéme converfation fitr les chemins terres-
tres & fur les chiens, 7
Retour vers la terre, z^
III. PARTIE,
Dialogue fur Vinfaription propofé pour ta por!a
Stainvilleà Nancy, 1
FIN..
3£o
Iché entre deux colonnes du Périftile de
l'Ecole militaire, j'ai eu l'avantage de
contempler à fec le Ballon de Charles,
du 2f. Août 1783. J'ai vû partir ce brave
dans fon Globe des Tuilleries, lë premier Décem-
bre; le 19 Septembre, j'ai'vûaVerfailles, comme
St. Paul à Jerufalem, les animaux de la' terreau
milieu des airs-, & ce n'était pas un rêve; j'ai vu-
charger & fautiller le minimum de l'infortunér
Èeaumanoir. J'ai vu, &c. &c. en voilà allez,
Meffieurs, pour vous prouver que je. connais
mon fujet & que je n'en parle pays comme
un aveugle des couleurs.
De retour à Ellivhiul, lieu de ma naiiTancë,
mon cerveau fut continuellement agité d'idées:;
dé gaz & d'aéroftats; je devins maigre, fec,
avec un fang- ardent & point d'appétit. Je fuivis
le confeil de mon bon ami M. C. chirurgien
juré aux rapports je vécus de vin de,
pagne mouïïèux & de macarons au faffrani
pendant quinze jours; c'était jetter de l'huile
fur le feu. • ir
Comme, à chofe malheur e{t boa
ce Régime me rendit d'une pétulance &
d'une légèretë prodigieufes je parvins à
fauter d'un toit à l'autre à travers la .rue:, en;
4
poorfuivant mon chat qui emportait mes maca.
rons c'était ma faute, pourquoi- favais je
accoutumé à cette friandifé ?
Son nom eft Moiuautieli il a le poil. gris
mordoré, de trois pouces de longueur, très-
ferré & très éleûrique. Je lui fuis fort attaché;
il eft de race noble, defcendant en ligne cour-
be de Hpminagrobis, qui eut des autels en Egip-
te. Quoiqu'il en foit je l'atteignis & le ramenai;
cette expédition me l'a rendu fidel &- docile.
Je vous dirai plus loin fon utilité dans mon
projet. (0
Pour me défennuyer pendant la neuvaine de
mon régime, je furetai une cadette antique que,
feu mon père m'avait recommandée &. que je
n'avais pas encore ouverte j'y trouvai un rou-
leau de feuilles de papyrus écrit d'un côté en
Grecs; je me mis à le déchiffrer.
C'était la relation des découvertes pyrotéchni-
qués faues par le Mage Pyrodès, qui, fuivant
que Pattefte encore Dhdore de Sicile, a le pre-
mier tiré du feu d'un caillou; ce qui le condui-
fit à l'invention de l'amadoue & des allumettes.
Un defcendatit de Pyrodès avait apporté ce
manuferit en Italie, lorfqu'il s'y fauva dans un Bal-
lon avec d'autres favans,'au moment de la prife
(x) Dans fon arbre généalogique je trouve le chat que Le.
Dante avait drefle à lui tenir avec.fes pattes une cHaudéll©
pendant qu'il foupait ou qu'il lifait.
de .Conftantinople' par Mahomet IL .enlisa
le Roi François L l'attira, à Paris, l'annoblit &
le maria richement; fon fils cadet s'établit en baffe
Normandie où il bâtit le château du Pirou(i),
fameuxparle grand nombre d'oies Sauvages qui,
tqps les ans, y viennent pondre & couver fami-
lièrement dans des nids qu'on leur prépare ex-
près le long des foffésde ce château. L'ainé mon-
trifayeul, fut l'un des inftituteurs du jeune Duc
de Rtanoie Charles III, qu'il accompagnai fon
retour dans fes Etats. La fàgeiïè de ce .Prince
maintint fes peuples dans_ Paifonce.. & la_,paix,
à côté de l'anarchie qui défolait les contrées: voi-
fines ce qui détermina ce Pyradès à s'y fixer
les troubles du règne de Chartes IV. obligèrent
fon fils de fe réfugier à Metz, d'où mon père
vint s'établir à Ellîvêmd, apportant ce précieux
titre de 'famille échappé à tant de révolutions.
C'eft-là que j'ai appris le fecret important que
je vais vous révéler, moyennant les 1200. li-
vres que -vous avez promifes & que je métrite
certainement.
Bis (1) Dans le Bailliage de Cotentin fes armes font d:fi~
nople à la bande (Cxrgtnt nccojtée Je deux caticcs le m'emc.
Voyez le Diftîonnaire généalogique Héraldique 1761 pagi
i;7. du Tom. VI.
6 L'Art de fe diriger
I.
V
'DE VOYAGER DANS L'AIR,
L PARADOXE.
La nouvelle Lune ejl le tenss le plus favorable au départ;
& la Lune du Solflice d'hiver la plus efficace.
f"L eft inconteftable que la Lune en conjonction
avec la Terre & le Soleil a plus d'influence
fur nous, en étant d'ailleurs plus voifine d'un
foixante neuvième Y que dans les quadratu-
res. Sa puuTarice fe matïifefte affez par le flux
& reflux de la Mer, où elle agit avec fix fois
autant de force que le Soleil ce qui augmente
encore dans les Syzygies. L'air eft plus fec a.
lors que dans l'oppoution. La Lune pompe les
efprits vitaux furabondans on s'en apperçoit par
la diminution fucceflîve de volume dans le cer.
veau & la moële des animaux, qui fe remplif
fent après la pleine Lune.
La période de' dix- neuf ans, qui ramène la
Lune à la même pofition, dans les mêmes jours
de .Vannée, montre bien fon. inHuence fur les
faifons. En 1764, il y eut, comme en 1783,
des brouillards fecs en Juillet, des orages & de
la grêle.
(2) On peut s'en convaincre en lifant les prophéties perpé-
tuelles de Thomas Jofeph Moult, qui annoncent pour l'An J7S3»
un été fec & chaud, un hiver, froid avec de grandes^neiges»
bonne vandange, paix générale dans toute la chrétienté j &
grande invention d'arts dans un grand Royaume.
dans Pair. 7,
La. Lune,- dit Méad, preflfe inégalement l'aie
félon la diverfité de foa cours; fa'plus forte pref-
{ion ett néceflàire pour arrêter I'impétuofité des
efprits qui donnent au fang & aux autres li-
queurs le mouvement néceifaire pour couler,
& aux reffors l'activité qui leur convient. Le rie-
lâchement fuit d'une preffion moindre. Plufiéurs
maladies ont leurs révolutions réglées fur le mou-
vement de la Lune. L'Epilepfie, par exemple,
la Rage, la Folie, la Goute ont leurs criîes re-
latives au cours de cette Planète. Kerkç'mgius par-
le d'une femme dont le vifage changeait fen-
lîblementà chaque changement de la Lune» &
Bariblin cite une autre femme qui variait dans
fes idées & dans fa phifionomie, felon les diver-
fes phafes du même Aftre. Tantum, dit ce rage.
Médecin, corparibus noslris crin! Cœlo commerchatt.
Ce n'eft donc pas fans raifon que les Àftrologues,
les Médecins, les Laboureurs & les Jardiniers,
lui attribuaient beaucoup de vertus; une expé-
rience confiante de milliers de Sectes a porté les.
peuples à la regarder comme une divinité & à.
lui établir un culte de reconnaiflahee; il eft vrai
c{u'Arib'jiJie Roi des Suéves, laiua pauer l'occa-
fion favorable de battre les- Romains pareeque
les Prophêteffes qu'il avait à fa fuite lui défendirent
de s'engager dans un combat avant la nouvelle
Lune.
Mais les Péruviens regardaient la Lune com-
me la fœur & la femme du Soleil, & comme
la mère de leurs Incas ou Empereurs. Ils l'ap-
pellaient la mère univerfelle de toutes choies, &
lui témoignaient la plus grande vénération.
Les Hottentots s'aflemblent .dans les nouvelles
Lunes :pour danfer toute la nuit.
8 L'Art de fe diriger
Le Carême des Turcs finit avec la Lune; ils
font tous fi impatiens de voir la nouvelle libé-
ratrice qui doit mettre fin à leur abftinence ri-
goureufe; qu'ils montent fur les toits des mai-
ions & fur les hauteurs pour la voir paraître;
auffitôt qu'elle touche l'horizon, ils la faluentà
différentes fois de la manière la plus refpedueu-
fe dans les châteaux, les plus forts canons annon.
cent fon heureufe apparition par des décharges
réitérées. Les trois jours fuivans fon confacrés à
des Fêtes & à des réjoûiffances.
Les anciens fe mariaient ordinairetnent dans
le mois de Janvier appellé pour cela Gamèlion,
la Lune Mère.
L'Année des Druides commençait au folftice
d'hiver, la fixiéme nuit de la Lune. Ils appel-
laient cette nuit, la mât mère, comme produifant
toutes les autres (3), on comptait encore en
France par nuits dans le douzième fiëcle.
Young enfin, dans ces derniers temps, a ré-
tabli l'honneur de la Lune, dans une invoca-
tion que je fais comme lui. (4)
0 Toi Reine des Nuits & des Etres paifibtes
Dont l'éclat vacillant plait aux âmes fenfibles,
Parais viens m'infpirer, lorfque l'aflre des jours
Du cercle qu'il décrit a terminé le cours.
Déité bienfaifaate, on te voit dans t'espace,
Lever un front modefle & régner à fa- place.
Tu viens dans le filence éclairer l'univers»
Sur ton chrône étoilé qui brille dans les airs
(3) Céfar, de Bello Gallîcc, lib.
Au Japon Peiroug chez les Grecs Pyrra dans l'Inde. le
feu ou Cbirrg, fous la forme d'une flamme échapaient au dé-
fafire du monde & en réparaient bien- tôt les ruines.
C+) Traduction libre de Mr. de Villette. Extraie du 4,
Chant des nuits d'Young.
dans Pair. 9
Les Globes lumineux de la Sphère éternelle,
Suivent avec refpeft ta marche folemnel'.e
Des mondes infinis peuplent le firmament
Et feule tu conduis, tu vois leurs mouvemens;
Tu peux de leurs accords entendre l'harmonie
Daigne la répéter à mon âme attendrie.
Toutes ces circonftances & d'autres me déter-
minèrent non feulement à cboifir pour le tems
de mon départ, celui du folttice, mais encore
à faire les difpofîtions convenables pour arriver
jufqu'à la Lune, & en revenir fein & fauf
c'eft ce qui m'a heureufement réuffi graces à Dieu
&à l'inflammation de mon cerveau qui m'a: fait
imaginer tant de belles chofes. Je ne regrette
point mes dépenfes d'efprit & de bourfe, puil-
qu'elles vont me procurer le fuffrage d'une focié-
té fpirituelle des plus illuminées du Royaume.
Nota Par ccn bazard (tngulier & que fe con-
jeSurai de boa augure, la nouvelle Liait ou Lune
mère commencée lemardy 23. Décembre à ri. heures
50. minutes du foir fe levait le 2.4., veillé de -Noël,
bon jorir, bonne œuvre. Le Soleil était entré au Jîgne
du Capricorne le Dimanche 21. à neuf heures 22,
minutes du. foir 1 moment du folstice.
.11. PARADOXE.
La Ltme efl June dijlance de la Ten-e, moitié plusgran~
de que le$ Aftronomes ne nous le dijeut.
iF' 'Analogie eft le guide des Géomètres je vais
JLa l'employer à redreffer une erieur des telerco.
piftes. C'eft une-obligation de plus que vous m'au-
JO VArt de Je diriger
rez, Mefiîeurs mais je vous quitte pour les 1200
livres, ceci eft un par deffus le marché, tout com-
me les autres épizodes dont je vous gratifierai.
Le Ballon du champ de Mars avait 2. toifes
de Diamètre; à la hauteur de 340. toifes, il.pa-
raiflàit comme la Lune vue de jours, & il était
parvenu à cette élévation en deux minutes. (î)
Le Diamètre de la Terre eft de fix millions,
53 mille, 964. toifes de France, fuivant Picard.
ou 2863 lieues deux tiers de z% au dégré; il
eft au diamètre de la Lune,.à peu près comme
i & i 3, ce qui fait pour celui ci un million
i8i milles, 536 toifes.
Difons à préfent fi un Ballon de deux toifes de
diamètre parait de la grandeur de la Lune à 340
toifes de hauteur, à quelle diftance doit être urr
autre Ballon d'un million 78Z milles 536 toi-
fes, pour avoir la même apparence? il viendra
au quatrième terme 303 millions, trente-un
milles, r2o toifes, ou 13c milles, 135 lieues,
& demie ou près de 93 demi diamètres de la
Terre tandis que la plupart des Aftronomes
ne font cette diftance que de ^9 de ces demi
diamètres, Vmdelme de 60, Copernic de 60 un
tiers; Kirhçr de 60 & demi, Tycho de s 6 &
demi, CaJJtni entre 61, ?6 & f2, Neuton de
6 j à 60. L'erreur des Aftronomes vient de la
difficulté d'avoir avec précifion la paralaxe Neu-
(s) M. Chitrlts, pefanc ris livres. eft monté le i. Décem-
,;bre à ij}4 toifes en 10 minutes, c'ea prefque auffi vice que
le premier Ballon ifolé.
dans Pair: r
ton a fait fon calcul fur le diamètre apparent de
31 minutes un cinquième pour la Lune,, &
de 3 i minutes neuf vingtièmes pour le Soleil
or les vapeurs de fatmofphère groffiflènc à nos
yeux, par la réfraction de.la lumière, l'image
de la Lune &du Soleil, comme on's'en apper-
çoit quand l'un ou l'autre de ces aftres eft à l'ho-
rizon. Vignenl Marville ( mêlanges d'hift. & de
littératures, Tom. I. p. 56.) parle d'un favant
qui étant monté fur le fommet du Pic deTénérif,
dont la hauteur perpendiculaire eft d'environ
une lieuè, le Soleil ne lui avait pas paru plus
grand qu'une groffe étoile, il doit en être de
même de la Lune.
Combien aurait-il fallu de tems au Ballon du
champ de mars pour arriver à la Lune en ligne
droite, avec une vitefle de deux minutes, pour
3 eu toifes, qui etl 6o fois moindre que celle du
fon ordinaire ?
Ou trouvera 1. 782. Î36 minutes ou 3 ans
4. mois deux tiers, en fuppofànt la Lune immo-,
bile, on verra plus loin pourquoi je dis cela.
Un Boulet de canon ferait ce chemin dans
39 jours, en confervant fa v(tefTe première la-
quelle ferait à celle du Ballon comme 3z à r. ôu.
moitié de celle du fon.
En 27 iours, 7 heures, minutes, la Lune
parcourt fon orbite qui eft de 858 milles 430
lieues ce qui, fait vingt une lieues quatre
cinquièmes par minute; viteffe qui eft à celle du
Boulet,- à, peu-près comme neuf à un, & à cel-
le du Balon, comme 294 à 1. indépendament
du tour qu'elle fait fur elle-même pendant ce
mois périodique, mouvement qui eft de 14a
toifes par minute.
J2 VArt de fe diriger
Voilà mon billet d'étape expédié, il ne s'agit
plus que de faire la route bagatelle.
S. I IL
CONSTRUCTION DU TAMBOUR
VOLANT
ET CALCUL DE SA FORCE..
IL était question de remplir mes Ballons d'u-
ne matière a£fez fubtile & affez élastique pour
mettre le poids de ma perfonne.& de men équi-
page en équilibre avec l'air atmofphérique il
fallait encore que cet agent eut une vélocité d'af-
cenfion au moins trois fois plus grande que celle
d'un Boulet de canon (6), pour que je pulfe
arriver dans treize jours au plus à la Lune,
c'eft-à-dire quelque tems avant fon plein, afin
de profiter de la plus grande attra&ion. -qu'elle
,exerce fur nous, jufqu'a ce moment, depuis qu'el-
le a reparu fur notre horifon.
Le Soleil nous-lance le feu par fa préfence la
Lune nous l'arrache pendant la première moitié
de fa période & nous le renvoye pendant l'autre.
Le feu fous toutes les dénominations s'échap-
pe de la terre, dont l'attradion eU: nulle pour
(6) Suivant le fameux Haller (Elémensde Phyliologie) le
fon le plus aigu qu'on puiffe entendre, demande 7510 ofcilla-
tions par féconde. Je monterais donc d'une toife pendant qu'u-
ne corde de violon ferait dans ce cas 30 vibrations c'eft une
marche raifonnablc, qui n'eft pas trop payée à 4. francs par
heure -avec vos 1200 livres, puifque je n'aurai que deux deniers
un huitième par lieue, en ligne droite ou un neuvième de
denier en ligne courbe pour aller feulement & rien pour reve-
nir ni pour le féjour un milicien eft mieux traité quand il va
paflèr la revue.
dans Pair. 1
lni. La Lune le dérobe à l'infçu du Soleil. Ses
effets font plus fenfi6les à l'ombre, la nuit, l'hi-
ver, c'eft donc d'une matière ignée ou éthérée
que j'ai dû m'accompagner la plus légère fera
la plus. attirée.
J'avais d'ailleurs appris â*Ari&ote (liv. i. des
Météores-, th. 3.) que les vapeurs font élévées
dans l'air par un feu qui -n'eft pas du feu; &
j'avais, lû dans une diflertation de Buyle de 1637.
pag. 16, que fi le milieu dans lequel fet fait
le mouvement réfifte plus audeffous du mobile
qu'au-de(fus, cette réôftance pourra non feule-
ment retarder la defcente, mais encore détermine-
ra le mobile à s'éléver, fi fa viteffe eft fort grande.
& fa péfanteur fort petite.
Dans la boëte où était le manufcrit dsPyrodès,
je trouvais auffi un habillement bleu de la fem-
me d'un de mes ayeux, qui était du Japon. Vous
favez, Meffisurs que la foie de ce pays eft la
meilleure du monde; les étoffes en font fi fines
& fi légères, que les femmes en portent quelques
fois en même tems cinquante robes, qui dimi-
nuent de longueur par dégré, de manière qu'on
les puiffe compter, & qui cependant ne péfent
pas toutes erilèmbles plus de cinq livres.
J'en fis deux Ballons de douze pieds de dia-
mètre. fuivant les deux Gyftêmes régnans le pre-
mier de la forme d'un œuf (7), que j'enduifis de
Gomme animale tirée des Limaces, qui eft
impénétrable à l'air & à l'humidité, élaftique
& bien plus légère que les réfines extraites des
(7) Les Druides du Collège d'Aucun avaient pour armoiries
dans leur bannière, d'Ax.nr, l'aaf de ferment d'argent, frlr-
manté cCun grii de Chine garni de fes glands de fynople. ( Reli-
gion des G.iHleis. Tit. 1. pas» zi$-}
i4 L'Art de fe diriger
végétaux d'ailleurs la foie & fon enduit étant
des matières animales, devaient, d'après les ex-
périences des Phificiens les plus acredicés, écar-
ter de moi les funelles effets des météores élec-
triques que je pourrais rencontrer: la couleur
bleue y contribue encore.
Je remplis ce Ballon d'une matière extrême-
ment fîmple & déliée, & encore animale pour
trente fix raifons.
C'étaient des émanations lumineufes tirées de
mon corps & de celui de mon Chat. J'ai eu
l'honneur de vous dire, Meffieurs, dans ma Prié-
face, que nous fàifions le même ordinaire; 'ce-
qui nous fubtilifait le fang en l'imprégnant d'u-
ne quantité confidérable de fouffre, lequel filtré
par les veines capillaires, s'échappait de 'nous
en longues étincelles au moindre frottement.
Fendant les trois jours & les trois nuits qui
précédèrent mon départ, je fis coucher Mante-
au-ciel dans lé Ballon, & j'y entrai en chemife
chaude chaque deux heures, après avoir bu une'
bouteille de Champagne, & mangé deux maca-
rons là je frottais mon chat à contrepoil, & je
me frottais moi-même. Nous répandions un
nombre infini de petites flammes qui parvinrent
à gonfler le Ballon, je l'aflujettis au plancher
par des cordes & des doux.
J'avais tout à efpérer de la légèreté prodigieu-
fe de ce Globe, plus encore de fon feu animal
impatient de monter. Ce feu approche de la
nature de la lumière du Soleil, dont la denfi-'
té eft à celle de l'eau, fuivant Bofihovic\, dans-
le rapport de la feule unité à l'unité fuivie de,
75 zéros.
Or l'air atmofphézique eft environ mille fois-
dajïs Pair. 1%
plus teger que l'eau & dix fois plus lourd que
l'acide phofphorique donc .mon agent eit plus
léger, cent vingt-trois zillons de fois que l'air
Carlovien (c'eft l'unité fuivie de 73 zéros.)
Il eft démontré que l'Ether ou nagent les
corps céleftes, pour ne pas appofer une réfik
tance fenfible au mouvement annuel de la
Terre, doit être trois cens mille fois plus rare
que l'air & M. Bouguer a prouvé par de célé-
bres expériences, que la lumière de la Lune
était auffi trois cens mille fois plus poreufe
que celle du Soleil; par conféquent je n'avais
pas à craindre les détonations car il me reC
tait encore foixante-huit zéros, pour parer aux
inconvéniens; d'ailleurs un corps qui péfe fur
la Terre 3600 livres, étant transporté à la diftance
moyenne de la Lune, ne péferait qu'une livre;
ainfi mon train dont le poids n'était en tout
que de cent livres, n'y devait plus péfer une
demie once.
Le Globe du champ de mars pelait avec le
gaz vingt-cinq livres; il s'eft élévé avec une
forcé de quarante livres, par neuf cens cinq
pieds cubes d'air inflammable.
La machine de Montgolfier, du dix-neuf Sep-
tembre, péfait fept à huit cens livres, contenait
quarante mille pieds cubes de gaz, & pouvait,
dit on enlever environ douze cens livres fa
charge ne fut que de fix cens.
Si sof pieds de gaz emportent vingt-cinq
livres quarante mille pieds en emporteraient
izos livres. Or l'air Mongolfién a enlevé treize
à quatorze cens livres, il a donc environ un
quart plus de force que l'autre, mais il ne peut
t'éléver auifi haut, ni durer auffi long -teins.
16 VArt_âe fe dirige?
Suivant le premier fyftême, le mobile, d'un
Globe de même capacité que celui deCba.rles
devait pour m'enlever, être on gaz feulemert.
quatre fois plus léger que le fien mais il me
fallait auffi une viteffe 96 fois plus grande
pour arriver à la Lune dans mes-treize jours,
comme je. fai déja dit, ou un gaz $84 fois
plus rare que le Carlovien & capable de fou-
lever un poid de près de dix mille livres.
J'ai fait tous ces calculs pour vérifier la vertu
de l'ingrédient de mon ancêtre car on ne doit
pas fe fier à fes parens & l'exemple de Phaë-
ton me faifait tenir fur mes gardes heureufe-
ment j'ai trouvé bien des zéros de refte, & mon
expérience prouve que le procédé de Pyroâès eft
le feul dont les aéronautes doivent fe fervir. c.
q. f. démontrer/
§ IV.
SULTE DU MÊME SUJET..
TrE fabriquai une caille en forme de tambour de
deux pieds de diamètre & de hauteur, dont
Paflèmblage était de baleines & de cordes de
boyaux; & j'y pratiquai un fiége de même tria-
tières, le tout était revêtu de mon tâffetas.
Une tige de baleine de huit pieds de .hauteur
forée dans toute fa longueur, communiquait par.
le haut aux deux Ballons, & traverfait le milieu
de ma caiflTe fous laquelle une clavette arrêtait
l'autre, bout.
A la tête de ce mât j'attachai une vergue fur
laquelle tournaient à charnières deux aîles de
fix pieds de long & deux .pieds de large, faites
dans Pair. 17
B
de tringles de baleine & de mon étoffe du Ja-
pon.
Six branches & un anneau, comme aux Pa-
rapluies, fervaient à 1cs mouvoir à mon gré le
long du mât, qui paflàit entre mes jambes. Ces
ailes m'enveloppaient en s'appuyant fur le:bord
de ma caiflè quand je montais & devaient me
tenir lieu de Parachute, en les développant quand
je reviendrais; hauflees jufqu'à l'horizontale, el-
les ne laiffaient point de prife aux vents; bail-
fées, fi le vent eft favorable, elles tiennent lieu
de voile, &c.
J'ai dit que j'avais fait deux Ballons avec les
juppes de ma grand'mère; voici le fecond je
lui donnai la figure Mongolfique, j'en avais fait
tremper l'étoffe dans de l'eau d'Alun pour la ren-
dre incombuilible & j'avais enduit le dedans de
Naphte, qui attire le feu; l'ouverture inférieure
avait deux pieds de long fur un pied de large;
vous faurez pourquoi dans le Paragraphe fuivant.
Je le fixai fous ma Caiffe, afin d'être à la fois
tiré & pouffé en haut.
Un cordon de foie attaché au fommet du Bal-
lon fupérieur, venait paffer dans un anneau du
màt & fe nouer à mon poignet, d'où en le ti-
rant je pourrais incliner ce Ballon pour m'en fer-
vir degouvernail, quitter la perpendiculaire quand
je voudrais, & enfiler la diagonale; direction.
dont je prévoyais avoir befoin puifque la route
d'ici -à la Lune eft oblique.
Et il ne faut pas craindre que les vents con-
traires me dévovent dans mon chemin, la vîtef
fe de mon afcenfion ne leur en donne pas le tems;
au refte je m'étais muni de deux rames de mon
Taffetas qui fe pliaient comme un livre, quand
i.8 VArt de ]t dirigr,'
je les avançais contre le vent & fe dévelop-
paient en les retirant; ce qui me faifait avancer
à reculon du côté que je voulais, dans les pre-
miers momens de mon départ, jufqu'à ce que
je fuiïè hors de l'adion des .veuts.
DÉPART.
Toutes mes piéces étant prêtes, le .24 je les
fis- tranfporter fur la Montagne du Lyon après
que mon ami le Chirurgien-juré aux rapports,
dont j'ai parlé, eut fait le tarre de ma perfonne &
de mon train, qui étaient réduits à ioo livres, y
compris mon Chat, une montre, trois douzai-
nes de macarons, deux livres de tabac à fumer,
une pipe, douze bougies phofphoriques de
Majfandi de Milan, pour l'allumer, un manteau
de foie du Japon doublé de peaux de taupes,
avec un grand capuchon de même; j'aurai
l'honneur de vous en produire le certificat, Mef-
lieurs, fi vous l'exigez.
Cette Montagne domine une vafte pleine où
eft la ville d'Ellivérud, bâtie en croiOTant, & dont
les armes font trois nouvelles Lunes. Elle eft
couverte d'un bocage antique confacré jadis à
Diane, c'efe-à-dire à la Lune, dont cette ville
rainée de toutes celles du pays porte le nom.
Sur cette éminénce élévée de 400 pieds au-
deffus de la plaine était la métropole des
Druides du pays ( 8 ) le grand chef y com-
(8) Drrss ou Derit Egni£a:c en Celtique & fignifie encore
aujourd'hui en bretori un chêne, du chêne JJruyJe vient
douce de Dr ta cau:e de la vénération qu'avaient les
dans Pair. 19
Bij
parait l'almanach qu'il diftribuait à Tes fubalter-
nes répandus dans la Province, quard ils ve-
naient y affilier à la cérémonie du Gui C an neuf
au folftice' d'hiver. Les Bénédiétins leurs ont fuc-
cédé, j'en fuis bien aife car le vieux frere qui
les y repréfente ne tirant pas vanité de fa place,
comme aurait fait le grand chef, alla lui même
fans fcrupule me couper plufieurs braffees de Gui
que je lui demandai, & m'aida de tonte fa force.
Son zèle m'a beaucoup fervi; & je prie M. le Pri-
eur de Limm de ne pas lui en vouloir.
J'arborai mon équipage au fommet de la
grande cheminée du fermier, où il s'adaptait
èxdrement ( 9 ) & je le retins par des cordes,
attachées au toit, à l'aide du frere Jacques. Je
jettai mon Gui fur le foyer, & pendant qu'il
brûlait je fus boire à la. fontaine facrée dont je fis
fept fois le tour (10) en fautant fur une jambe,
afin de me rendre propice la planète que j'al-
lais vifter on ne fçaurait trop bien faire fa
cour.
Druides pour les cliênes, on appellait Timyer que nous pro-
nonçons Grreyer celui qui garde & conferve les Forêts ou
qui au moins doit tes conferve.
Les Prêtres des Guerres dit Chardin leur enfeipnenc qu'u-
ne des plus vlrrueufes actions c'eft de planter un arbre. Nous
ferons bientôt obligés d'être aulfi vertueux.
(g) Vous (cavez que les forciers, Meilleurs, partaient aintt
par la cheminée pour aller au {abat. Ils avaient fans doute
quelque connaillàncc de mon fécrer,
(10) Les Nimphes Grecques fe tenant par la main, dan-
[aient au tour d'une fontaine dans la prairie ou dans un bois,
en l'honneur de Diane.
Les Grecs modernes comme les Anciens danfent au
tour .d'un puits ou d'une fontaine la danfe militaire appelles
Les ismmes d'Eleufis avaient inflitui des danfes au tour d'un
xo IJAi't de Je diriger
J'oubliais de vous dire que j'avais fufpendu à
l'orifice de mon Ballon inférieur un cul de vef-
fie rempli d'huile de girofle & de fraxinelle
imprégnée de phofphore liquide tiré d'urine.
Ce mélange, comme vous fçavcz jette conti-
nuellement des rayons de lumière, & devait
fervir avec l'enduit de Naphte, à conferver la
flamme du Gui dans le Bailon, & à l'y entre-
tenir.
Je veillai la Souche avec la famille du fermier
& le frere Jacques j'achevai de boire avec eux
les bouteilles de Champagne qui me reliaient
tout en faisant des contes de forciers & en fu-
mant ma pipe. Le tabac en feuilles étant l'u-
nique aliment dont je me propofais d'ulèr dans
mon voyage ayant lu dans un livre du' Jcïuite
Lajjiteau, que les Iroquois patient quelque fois
trente jours, ne fe nourriiTant que de cette
plante ou de fa fumée.
Je n'emportai point de tablettes à écrire,
parceque j'ai bonne mémoire, ni l'attirail des
inftrumens d'Uranie parceque j'avais un autre
but que celui de leur ufage & je m'en applau-
dis vous n'aurez pas dn moins à me reprocher,
Meilleurs d'avoir été fur vos brifées la gloire
des obfervations vous eft réfervée il me fuffit
de vous en tracer la route, & d'empocher vos
400 Ecus d'aillieurs je tremblais de tomber
dans le même embarras que le précautionné voy-
ageur de Paris à faint Cloud par Terre &
par Mer.
puits nommé Callicbore.
C'eft pour cela que j'ai dû danfer au tour de la fontaine
de la Lune.
dans Voir.. 2.1
A minuit fonnant je grimpe fur le toit, je
monte dans ma Caüie, je-déploie mon manteau,
baiflfe ma capuche & mon Para frère Jacques
coupe les cordes, & je pars comme un éclair, ma
pipe à la bouche & mon Chat fur mes ge-
noux. ( 1 r
§ VI.
ROUTE.
J E voguai au levant fuivant mon intention
j'apperçus un inftant les clartés de la ville £El-
livéuul fur la quelle je paflàis, & j'en entendais
le fou des cloches mais, adieu ma chère pa-
trie je vis bientôt le Soleil qui fut encore ca-
ché longtems pour toi. (12) Comme notre
pauvre terre fe ré.tréciffait elle me faifait pitié
je crus qu'elle fe fondait. Elle ne me parut plus
avoir que deux pieds de diamètre, à mon arrivée
à la Lune qui fut dans fix jours & demi au
lieu de treize: j'estime par l'à que dans la pré-
mière minute je franchis les quinze lieues que
fon attribue au tourbillon ou à Patmofphère
de la Terre qui eft le patrimoine des vents,
( ti ) Un Entonnoir de nieras placé peu de distance au-
delfus de Aioatanciel en recelait les étinceltes que j'excitais
& les communiquait au Ballo» fupérieur par la tice creafe
où étaient adaptés les robinets & les foupapes nëceuaires, a-
fin d'entretenir mon Gaz.
(12; Le Soleil fe levait pour la Terre ce jour là à huie
heures & la Lune à neuf heures & demie au moment de mon
départ je confulni mes inftrumens, le Thermomètre marquait
zéro & le baromètre vingt fept pouces deux lignes le tems
était férein, & il avait neigé la veille. J'avais aufli eboifi la
nuir, parce que le froid y eft plus grand, ce qui favonie
l'Afceuuon.
.12 L'An de fe diriges-
& je faifais 8Go lieues par heure donc j'allais
trois fois aufli vite que le fon ce qui juftifie-
rait l'opinion moderne de M. Cara qui nous
gratifie da deux lunaifons par mois au lieu
d'une., q je nos yeux. nous perfuadaient aupara-
vant m-iis il eit certain que la rapidité de ma
courte était accélérée à mefure que je m'éloi-
gnais de la terre, ielon la raifôn inverfe du
carré de la diitance de forte que ma vîteffe
moyenne fut au moins double de celle que j'avais
premièrement fuppofée, il y a plus.
La Courbe que j'ai parcourue a dû être une.
Hélice de fix volutibns dont le commencement
fut une S, que je traçai en allant d'abord au le-
vant où était la Lune, puis revenant- vers le
couehant pendant les treize première heures,
jufqu'à ce que la Lune fut à fon apogée; après
quoi je marchai fous elle m'en approchant tou-
jours, en faifant fix fois le tour de la Terré;.
ce qui a rendu mon voyage dix-huit fois plus
long que la diftance perpendiculaire de la Terre
à la Lune; mais il ett impoflible d'enfiler droit
le rayon fimple qui d'écrit l'orbite de cette
planêtte vagabonde, il faut courir après elle
comme des fous.
Donc en multipliant par dix- neuf, (nom-
bre qui s'accorde avec celui du cicle lunaire)
les 13 ï milles lieues,« demie trouvées pour
le rayon, on fçaura le chemin que j'aifait: ce
qui revient à feize mille 340 lieues par heure
moyenne, ou vingt-fept pieds par féconde, ou
huit pieds pendant une vibration de corde, pour
le fon le plus aigu.
Telle eft la vraie mefure de la puiflànce de
mon gaz c'ci. encore une preuve de la bonté
doits Pair. zZ
de la recette de Pyrodès, & que j'en avais rem-
pli avec exatlitude toutes les conditions plus
heureux, réuffiflànt du premier coup, que les
Alchymifles, qui la centiéme fois qu'il recom-
mencent le grand oeuvre, ne peuvent parvenir
à changer le plomb en or il eft vrai que
Pyrodès parle plus clairement que leur patron
S^aiiuond Lulle.
Vous voili bien au fait à préfent, Meilleurs
quand vous voudrez donc aller à quelque cen-
taines de lieues de chez vous. en peu de tems,
car ce n'eit pas la peine de fàire de la dépenfe
pour une petite courfe ayez un équipage com-
me le mien prenez un jour depuis la nouvelle
Lune juCqu'au premier quartier, choififiez le tems
que cet aitre elt dans la direction de vôtre route,
& partez'; vous aurez calculé auparavant d'a-
près mes principes & relativement aux révo-
lutions réciproques des deux planètes, com'bien
vous devez étre de tems en l'air & quand vous
croirez approcher du terme laiflez vous def-
cendre comme vous verrez que j'ai fait.
9 VIL
ARRIVÉE.
Rencontre de mon gi'cnid Pere première conve}-fa-
tioîî, touchant la nature & l'office de la Lune
& fiir la Métempjîcofe.
o Uf quelle tape l'attraction fait la pefan-
teur, Meilleurs je l'ai bien fenti. A fix heures
du matin le trente un Décembre fuivant le
calcul de ma montre la Lune étant au pre-
mier quartier, mon Ballon heurta violemment
24 V Art de fe diriger
contre cette planète la fecoufre faillit à me dé-
farçonner mais compreffible & élaftique il para
le coup, fans crever; l'envelope qui forme la
Lune ayant d'ailleurs les mêmes qualités comme
je l'ai reconnu.
Je mis pied à terre, ou plutôt pied à Lune,
mais au lieu de marcher, je v olais pour ainfi-
dire je bondiflàis comme fur un Ballon qui fe
gonfle; je ne pefais pretque rien; des flammes
ibrtaient de ma tête comme jadis à Efsom (13)
mon Chat effraié me griffa je le lâchai. Il
retourna dans fa niche.
Mot, plein d'audace (il n'était plus tems de
reculer), je me laiflài aller au hazard, & je ne
fus pas longtems fans rencontrer une être animé.
Il avait bien la figure humaine mais il était
tranfparent, comme ces mouches éphémères,
qui tombent quelque fois la nuit fur l'eau pen-
dant l'été, & que le peuple appelle manne des
poijJons. Je lui fouhaitai une bonne & heureufe
Année.
Qui eft tu, me dit- il ? je fuis un Pyrodès.
Que cherches tu ? Un de mes ancêtres dont j'ai
hérité l'art de venir ici. Embraifes-le, mon
fils, c'eft-moi; jé fuis le chef des neuf concier-
ges de la Lune, chacun de nous à fon tems
& tu arrives. à propos pour, me voir; car il n'y
(il) La vapeur champenoife done mon cerveau était rem-
Î' )li & qui n'avait pas peu contribue à mon Afcenfion fe di-
atair dans cette réfion des Etprirs, comme on vit dans le
dernier fiécle une flamme la nuit fur la tête de Féi/ourg fé-
crétaire du Roi de Danncmrctt, qui venait d'être pendu ce
qui perfeda le peuple de fon innocence fi l'on en croit
Vigneail Aîarvilte (mélanges d'hiflcire& de titterttrerts Tom.
j. pag. 25 j. ) au refte je penfe avec Saverin que l'homme eft
.une plante dont la tece eft la fleur.
dans Pair. iÇ
a pas un mois que je fuis revenu de Paris. Je
fuis feul ici; c'elt au tour de mes huit confrères
de courir la pretentaine (14) les Efprits vitaux
des animaux terreilres occupent tous nos foins,
& par eux nous favons tout ce qui fe paûTe fur
ta groflfe vilaine planète autour de la quelle
nous fàifons patrouille ( 1 0 c'eft pourquoi j'ai
un reproche à te faire: j'ai découvert l'art d'al-
lumer du feu; & tu a publié celui de l'éteindre;
c'eft manquer d'égards poor la mémoire de ton
grand Père, & tu viens fans doute, lui en de-
mander le pardon. Je te l'accorde en confidé-
ration de ton intrépidité & de ton adreffe à
profiter des leçons que j'ai laiffées à ma feule
famille, & dont perfonne n'a fçu tirer parti
comme toi.
Puifque vous êtes fi généreux, lui repli-
(14.) Ain6l'on ne doit ajourer aucune foi aux fuppofitions
de Huîgens & de Fontenetie ni aux contes de Ciriino de Ber-
gerac qui peuple la Lune d'oifeaux, ni aux rêves du Cb.trvotant
de Miff-Marie IFoicers qui fondait en 1783. cinq Royau-
mes dans .cette planète analogues aux cinq fens de l'homme
& gouvernés par des femmes ni à la relation contraditoire
à la premiere que cette dame a encore publiée la même Année,
dans le Décaméron Anglais des contrecems qu'effuyerent les
fept fages de la gréce dans un voyage de trois iours qu'ils
firent à la Lune où ils ne s'occupèrent qu'à boire manger,
danfer chanter avec des Nimphes fe battre avec leurs rivaux
puis plaider contre'eux en réparation au lieu de faire les cbfer-
vations dont ils s'étaient propofés de repaitre leur curiofité à
l'aide du nuage que Jupiter leur avait accordé pour voiture.
Je fuis perfuadé que les fçayans de Lyon font plus fages &
qu'ils profiteront comme moi de leur féjour dans la Lune
pour s'instruire de ce qu'ils ne favent pas. Je confens encore de
leur donner des lettres de recommandation pour Monfîeur mon.
grand Pere.
(15 ) Vous voyez par là que c'eft la Lune qui tourne & que
M. l'oinfinet à tort de la fuppofer immobile & de lui donner la
terre pour fatellite, ce qui d'ailleurs ne ferait guère* honorable
pour nous.
26 V Art de Je diriger
quai- je, ayez auffi je vous prie, la complaifan-
ce, mon cher ayeul, de me dire un mot fur la
forme & la deftinée de la planète où nous
fommes.
Tout eft organifé tout eft animé dans la
nature, me repondit- il la circulation perpé-
tuelle des efprits forme & entretient le mouve-
ment & la vie. (;O
» Ce que vous appellez l'éledricité le feu, la
lumière, le phlogiftique, le magnétifme, les
affinités chimiques, ne font que les modifica-
tions du même principe, qui compofe & décom-
polè tour à tour qui produit les plus beaux
effets qui décore la nature, qui fait végéter
les plantes & qui dévelope par tout les ger-
mes de l'exiftence.
La Lune eft un grand vuide; fon envelope
fur laquelle tu marches, ett une matière élafti-
que, tranfparente folide & irritable. Les Efprits
vitaux qui émanent de la Terre fe portent ici en
foule, ils dilatent notre aftre fucceffivement
depuis l'inftant qu'on appelle nouvelle Lune,
jufqu'à fon parfait gonflement ou fa plénitude.
Alors fon irritabilité s'éveille par l'abondance
des efprits; fa membrane le contracte & ceux-
ci prefles s'échappent à travers fes pores, avec
la même activité qu'ils y étaient entrés effet qui
dure jufques à l'entier applatùTement de la Lune,
(i<S) Pytagere Cmfucius 2? Platon pen&ient auffi que Dieu a-
yant uni toutes les différentes parties de l'univers en n'en faifanr
pour ainfi dire qu'une feule fubfbnce le doua d'une ame 8c
d'un cfprit, par ce,que tout ce qui eft animé eft bien plus par-
fait eft plus noble que ce qui ne l'eft point. Il lui donna aulfi
une figurç ronde, parce que la forme d'un Globe cilla, plus
parfaite.
dans Vair. 2.7
pour recommencer de même elle reflfemble en
cela au cœur dés animaux dont elle a le mou-
vement pareil de fyftole & de diaftole; cette
propriété fait chez vous la circulation du fang
î & chez nous celle de vos Efprits. (17)
Ton cœur que j'évalue à douze pouces cu-
biques de volume eft à la. maffe de la Lune
pleine, comme un éft à neuf, fuivi de vingt-
deux-zéros. Mais ton fang parcourt deux toi-
fes de ton corps dans une féconde, tandis que
la Lune met. deux million, 160 milles, 700
fecondes pour fe remplir & fe vuider par une
circulation de 6c6, millions 62 milles 240 toiles
entr'elle & la terre. La vîteflfe qu'elle imprime
au fleuve des efprits eft donc de 256 toifes, trois
quarts par féconde ou 128 fois plus grande que
celle du fang d'où il fuit que 128 livres de
bon fang contiennent une livre d'efprits, à l'a-
("17) ^.a plus ancienne do£trine qu'on ait en Europe fur les
âme, admet leur tranfmigration. Elle a été la première en vogue
en Afrique & en Arie. Les Egiptiens en avaient fait un point
eflêntiel de leur théologie.
Si les âmes ne retournent pas dans d'autres corps, diraient
les feâateurs de la jnetempficofc, il faut que leur nombre foit
infini', ou que la divinité en crée continuellement un nomhre
prodigieux or il ne peut fe faire une création iournalière d'a-
mes par ce que tout ce dans quoi on fait quelque chofe de
nouveau doit être imparfait puifqu'il y avait encore quelque
chofe qui manquait ou qui pouvait y être ajouté. Mais le monde
ne fçaurait être imparfait ayant été crée par une intelligenct
parfaite fouverainement puinante donc la création de nou-
velles âmes eft impofiible donc elles doivent pafler fucceflî-
vement d'an corps dans un autre.
Au refte je m'en tiens là deffus à l'opinion de Voltaire que
toures les bilvefécs methaphifiques ne font qu'un gros Ballon
enflé de vent.
28 L'Art de fe diriger
gilité intrinféque des quels il doit fou mouve-
ment,, (18)
La Lune fe gonfle on s'applatit comme une
veffie à méiùre de l'arrivée ou du renvoi des
efprits; fa tranfparence en:, apperçue des habitans
de la Terre dans les portions qui fe déveloptnt;
la lumière accumulée des efprits qui s'y infi-
nuent, l'éclaire comme une lanterne. Elle le-
devient opaque dans Paffaiflèment graduel de fa
peau voilà l'explication de fes phafes (19)
La connaiffance approchée de ce phénomène
a fait croire aux anciens Druides, que les âmes
(r8) Je n'avais fait qu'environ quatre toifes & demie de
chemin par feconde, à caufe du poids de mon corps & de mon
équipage qui faifaient un alliage de 100. livres d'inertie dé-
truifanc une vîteflë de z$z toifes par féconde. J'étais donc
porteur de vingt huit onces & demie d'efprits furabondans ve-
nanc tant de mon Chat que de moi du vin de Champagne 5e
du Gui, cela doit achever de vous convaincre Meffieurs de
l'exellence de la recette de mon grand pere, & de ma dextérité.
Notczque le poids des efprits eft négatif, c'eft-à-dire quils pé-
fent pour monter comme les corps pèlent pour defeendre.
(19) Cer lumières formées par les efprits dans la Lune &
la rranfparence de cette planète donnent l'interprétation des
accidents que quelques perfonnes ont cru y appercevoir, tels que
la fente qu'un Aftronome difait y avoir vue de Rome en 17:7,
comme il l'avait déja vue en France entre Platon & Ariftote.
Il conjecturait que dans un tremblement de Lune. deux mon-
tagnes qui étaient unies, s'étaient détachées & avaient ainii
laifré entre elles un efpacc qui d'une place noire qu'il était au-
tre fois était alors refpiandifranr d'une lumière très vive. (mem.
de Trévoux. Janvier 1718. p. 17;.) Tel auffi que ce trou qu'un
Capitaine efpagnol dit avoir obfervé à la Lune près du Capverd
lors d'une éc)ip(e, pendant lavant-derniere Guerre le père tenillée
obferva à Marfeille en 1S99 qu'une étoile des Hyades fut cou-
verte par la Lune & parut néanmoins encore quelque fécondes
fur le difque de cette planète. M. de la Pire vit l'étoile d'A!-
debaran fur la furface éclairée de la Lune ( mem. de l'Académie
1715). Il en eft de même de la ville avec les douze grandes
chauffées qui y cond*ifent que H.irtfceker avait apperçue autre
fois dans la Lune & de la montagne brulante que Herfcbell
fameux par fa nouvelle planète, a prétendu dernièrement y avoir
découverte avec un Telefcope de fon invention.
dam Pair. s.<^
circulaient éternellement de ce monde ci dans
l'autre, & de l'autre monde dans celui -ci; c'eft-
à-dire, que ce qu'on appelle la mort était l'en-
trée dans l'autre monde & que ce qu'on nom-
1 me la vie en était la fortie pour revenir dans
ce monde-ci. (20)
Les aurores boréales, les feux follets, les
feux faint Elme, les étoiles tombantes, les Glo.
bes de feu, les comètes même, ne font que des
caravaanes d'efprits qui viennent à la Lune on
qui s'en retournent leur multitude leur
compreffion, & leur vîteffe plus ou moins
grandes, vous les font appercevoir fous ces diffé-
rens afpeâs. La queue des Comètes n'eft autre
chofe que la trace de ces globes dans l'air où
ils fe meuvent avec la rapidité prodigieufe qui
eft propre aux efprits (21). AriEote & tuhire
ont eu une idée de leur nature, en regardant
les comètes comme des corps éphémères, &
Kepler approche encore plus de la vérité. quand
il explique comment elles font engendrées de
l'excrément de l'air par une faculté anima'e.
Enfin BoeUn (22) a rencontré jufte lorfqu'il dit
( :o) Diodore de Sicile rapporte aufü cette opinion des
Druides.
Les Poètes Eerfes croyaient que les âmes des morts erraient
dans les nuages. On peur, voir dans la belle traduction de M..
Litottraeur, leur finguliere Mytologie.
(21 ) La trace des comètes comme celle de; la foudre n'eîl
que dans l'oeil de l'obfervateur ainG qu'on croit voir un ruban
de feu !or(qu'on agite rapidement le bout d'un bâton allumé.
C'effc fi vrai qu'on voit les Etoiles à traveis la queue dos
Comètes.
(xi; Démonomanie