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L'atelier Coqueluchon : folie-vaudeville en un acte / de MM. Baumaine et Marcel

De
12 pages
Matt (Paris). 1872. 12 p. ; gr. in-8.
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PRIX : 50 c.
En vente chez MATT, Editeur, rue des Deux-Gares, 7.
Près la Gare de Strasbourg.
PRIX : 50 C.
L ATELIER
COQUELUCHON
FOLIE-VAUDEVILLE EN UN ACTE
DE
MM. BAUMAINE et MARCEL
REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS SUR LE THÉÂTRE DES - 1
FOLIES-NOUVELLES LE 31 OCTOBRE 1871 f: , r'\, >
FOLIES-NOUVELLES LE 31 OCTOBRE 1871 I ,
i ~.;;, 1 I" /, -
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MMONNAGW : ACTETOS :
COQUELUCHON, marchand
decrinotines. MM. DAILLY.
BÉTINET. son commis.
HAMBURGER.
MUSSAY.
LA VITESSE,garçon pâtissier
(amoureux de Rondinette). AMBROISK.
Ma. COQUELUCHON, femme
de Coqueluchon. Milles VITTIÉ.
ROSE-THÉ, contre-maîtresse
de l'atelier. E. DELACROIX.
RONDINETTE , bonne de
PERSONNAGES :
Coqueluchon (accent pro-
vençal)
JULIE, ouvrière.
MATHILDE, ouvrière.
ADÈLE, id.
MÉLANIE, id
BLANCHETTE, id.
HORTENSIA, id.
MARIA, id.
ACTEURS :
MMES CLAVANDIKR.
LÊONTIHB.
J. BAUMAINK.
CAMILLE.
GRIVOT.
AMÉLIE.
D'ATTIGHT.
A. RJBNAR».
La scène se passe de nos jours.
NOTA. — Pour la musique de cette pièce, s'adresser à l'Éditeur,
Le théâtre représente la salle à manger d'une grande maison de commerce avec six portes au fond et
une à gauche et à droite, une grande armoire, table, chaises, ustensiles de ménage. Une valise est au
milieu du théâtre, un rond de voyageur, parapluie et différents objets de voyage. — Au lever du rideau
on prépare la valise de madame Coqueluchon.
SCÈNE PREMIÈRE
COQUELUCHON, MADAME COQUELUCHON
et RONDINETTE
COQUELUCHON. Voyons, bobonne, dépêche-
toi, tu vas manquer le train.
MADAME COQUELUCHON. Mais, mon ami, ne
me brusque pas, tu vas me faire oublier
une foule de choses.
COQUELUCHON, à Rondinette. A quelle heure
le train?
RONDINETTE. A neuf heures précises.
COQUELUCHON. Oh 1 alors, nous avons le
temps. J
1(n)
2 L'ATELIER COQUELUCHON
MADAME COQUELUCHON.Eh bien, monsieur Co-
queluchon, puisque nous avons le temps, je
vais en profiter pour vous donner mes der-
nières instructions !
COQUELUCHON. Je t'écoute, mon ange adoré.
MADAME COQUELUCHON. D'abord, j'entends
que pendant mon absence on se couche
si tôt après la fermeture du magasin.
COQUELUCHON. Ce sera fait.
MADAME COQUELUCHON- Qu'on s'occupe de
la fameuse commande.
COQUELUCHON. Ah! oui, les vingt-huit mille
polissons que nous devons expédier chez
les.
MADAME COQUELUCHON. Chez les sauvages.
COQUELUCHON. Comme le progrès marche,
on trouve des polissons même chez les
sauvages.
MADAME COQUELUCHON. En un mot qu'on ne
pense qu'au travail,et quand à vous,monsieur
Coqueluchon, vous êtes trop sérieux pour que
je me permette la moindre recommanda-
tion. Je sais par expérience que vous êtes
à cheval sur les principes, et je suis tran-
quille; cependant, quoique vous m'ayez
épousée par amour, je vous avouerai que
j'ai des çr^intes, entouré comme vous l'êtes
de demoiselles de magasin, plus jolies les
unes que les autres, je ne suis pas toujours
unes que les a
sans inquiétude.
COQUELUCHON. (L'embrassant.) Mais , cher
amour, est-ce que tu n'es pas sûre de mon
cœur? Est-ce que tu n'es pas la plus belle
de mes employées ?
MADAME COQUELUCHON. Oui, je ne suis pas
mal ; mais enfin les hommes sont si chan-
geants, et depuis le jour où vous avez fait
de votre première demoiselle de magasin
votre femme.
COQUELUCHON. A quoi bon te chagriner à
l'avance, je t'aime, et tu peux partir sans
t'inquiéter de ce qui se passera derrière toi;
voyons, as-tu tout ce qu'il te faut? Ta chauf-
ferette, ta poudre de riz, ton cold-cieam, ton
rond, ton parapluie, ton flacon d'éther.
oui, tout y est. Oh 1 n'oublie pas ton papier
Fayard.
MADAME COQUELUCHON. Pourquoi faire ?
COQUELUCHON. Dam t les chemins de fer! un
coup d'air. on peut s'enrhumer, le papier
Fayard, c'est nécessaire !
MADAME COQUELUCHON, poussant un cri. Oh !
et ma tlaneile hygiénique!
COQUELUCHON. Elle y est ! c'est moi qui l'ai
mise. (L'embrassant.) Allons, adieu, mon
trésor 1 (Ils s'embrassent.)
MADAME COQUELUCHON. Rondinette, prenez
la valise et suivez-moi.
RONDINETTE. Ça y est, madame, allons-y.
(Fausse sortie.)
MADAME COQUELUCHON. Adieu, mon loup!
COQUELUCHON. Adieu, ma rate !
MADAME COQUELUCHON, revenant. Je ne sais
pourquoi, Coqueluchou, mais j'ai un pres-
sentiment ; il me semble que je vais m'en-
rhumer.
COQUELUCHON. Que tu es folle!., puisque tu
as ton papier Fayard. adieu, ma petite
chienne en sucre! (Ils s'embrassent, elle sort.)
MADAME COQUELUCHON. Rondinette, suivez-
moi !
RONDINETTE. Voilà ! madame, voilà ! (Elle
sort et Coqueluchon l'embrasse par erreur.)
Mais je ne pars pas, moi. monsieur. Prou.
COQUELUCHON. Va donc, prou. Reste donc
si tQ veux l
MADAME COQUELUCHON, revenant, avec des
larmes dans la voix- Au revoir, mon poulot!
COQUELUCHON. Ah! mon Dieu ! la v'ià en-
core. (Il l'embrasse.) Allons,va-t-en. (La regar-
dant s'en aller.) Que c'est bon de s'aimer
comme ça ; ce n'est pas une femme, c'est un
ange ! (Elle sort.)
SCÈNE II
COQUELUCHON.
COQUELUCHON, seul. Va! ma tuile adorée ,
va! Est-elle contente de partir, et est-elle
triste de me quitter. eh bien ! me voilà
veuf pour plusieurs jours; oui, elle va au
Havre. voir mon dernier. car je ne vous
ai pas dit, je. suis père. et si vous voyiez
mon rejeton. je ne vous dis qu' ça. c'est
un gas. et j'en suis le père, du moins ma
femme me l'a assuré.
SCÈNE III
COQUELUCHON, BÉTINET entrant, un énorme
polisson à la main.
BÉTINET. Patron, on vient d'apporter ça à
titre d'échantillon.
COQUELUCHON. Eh bieq !
BÉTINET. Faut-il faire la commande?
COQUELUCHON. Certainement.
BÉTTNÏT. C'est que je voulais vous deman-
der s'il les faut tous de la même dimension.
COQUELUCHON. Non ! qu'on Les varie !
BÉTINET. Dites donc, patron, à quoi que
ça sert, ça?
L'ATELIER COQUELUCHON 3
COQUELUCHON. (Prenant le polisson.) Ça, mon
garçon, c'est pour faire des sommiers.
BETINET. Hél HS !
COQUELUCHON. Tiques.
COQUELUCHON. Oui! élastiques. Oh t elle est
bonne!.
BÉTINET. Oui! elle est bonne, quelle belle
invention, tout de même!
COQUELUCHON. Ecoute-moi, mon garçon.
BÉTINET. Avec plaisir, patron.
COQUELUCHON. Tu sais combien je suis bon
pour toi. tu m'as été confié par ta mère,
une digne femme, qui n'a jamais lien pu
faire de toi.
BÉTINET. (Il embrasse Coqueluchon.) Ça! c'est
vrai.
COQUELUCHON. (A part.) Ce qu'il est aimant
pour ses patrons! (Haut.) Je me suis chargé
de ton avenir et j'rmends faire de toi un
homme. Tu sais que je suis à cheval.
BÉTINET. Vous êtes à cheval.
COQUELUCHON. Sur les principes. et à la
moindre infraction au règlement, je te ren-
verrais sans pitié si je ne tenais pas tant à
faire ta position. Seulement, songes-y, tu es
jeune, tu es naïf, tu n'es pas beau.
BÉTINET. Ça dépend des goûts!
COQUELUCHON. Non, tu n'es pas beau,et puis,
tu es faible (mouvement dit Bétinet qui tousse),
non! je dis faible de caractère, et si jamais
j'apprenais la moindre familiarité avec ces
demoiselles.
BÉTINET. Mais, patron,vous ne m'en donnez
pas le temps, chaque fois que je regarde une
demoiselle du magasin, vous ia flanquez à
la porte.
COQUELUCHON. Oui, et il en sera toujours de
même. car il ne sera pas dit que moi qui
suis tant à cheval sur les principes, j'aurai
prêté la main à une intrigue amoureuse.
cela dit, écoutez-moi bien.
BÉTINET. Je vous ouïs, patron.
COQUELUCHON. Ma femme vient de partir
pour le Havre.
BETINET. Tiens! tiens! tiens!
COQUELUCHON. Oui. Je suis obligé de m'ab-
senter aussi cette nuit. (Il lui ôte une tache
sur le collet de son habit. avec intention co-
mique.)
BÉTINET. (Mème jeu que Coqueluchon.) Ah !
pour le Havre.
COQUELUCHON. Oui! c'est pour une impor-
tante affaire.
BÉTINET. Ah! une affaire!
COQUELUCHON. Oui, une affaire de bourse;
ces chos:j;-là, faut pas que ce soit éventé, et
j'ai compté sur toi pour me remp!acer. Ton
dévouement m'est connu, et je suis sans in-
quiétude.
BÉTINET. Patron! vous ne pouviez mieux
placer votre confiance, et je m'en rendrai
digne.
COQUELUCHON. Ainsi, je puis compter sur
toi?
BÉTINET. Comme sur vous-même, patron !
COQUELUCHON. C'est bien, j'y compte, et si
tout se passe comme je l'espère, je double
tes appointements.
BÉTINET. Je n'en ai pas. 1
COQUELUCHON. Raison de plus! ah !. elle
est bonne.
BÉTINiT. Non, elle n'est pas bonne!
COQUELUCHON. Seulement, il est inutile de
dire à personne que je ne serai pas ici cette
nuit!
BÉTINET. Soyez sans inquiétude, patron.
COQUELUCHON. Allons, va, mon garçon, faire
ta commande.
BÉTINET, seul. J'y cours, patron !
coouEu cHON. Tu sais ce que je t'ai dit, je
veux faire de toi un homme.
EÉTINET. Ah ! patron ! Maman y avait déjà
songé avant vous ! (Il sort.)
SCÈNE IV
COQUELUCHON, seul, s'avançant en public.
Vous me croyez pur comme l'agneau dans
ses langes, n'est-ce pas! Erreur! - Je suis
ce qu'on appelle un disciple de la tribu des
follichons. Et pour faire mes escapades, je
vais vous dire quel est mon petit truc amo-
roso. — J'ai sept portes. (Il les montre.) La
première est fermée, la deuxième est con-
damnée, la troisième, la quatrième, la cin-
quième et la sixième, toutes fermées; vous
comprenez, on avait déviné mon secret, et
comme j'ai déjà flanqué six commis à la porte,
cette fois je me tiens sur mes gardes. et
j'en suis à ma septième porte. (Il montre
la porte à droite de l'artiste. ) comme
Barbe-Bleue avec ses femmes. Seulement.
moi, ça n'est pas pour les détruire; au con-
traire ! — Ce soir ma septième porte va me
servir, je me paye une petite follichonnadeau
bal de l'Opéra ! (Il danse.) Léger comme l'oi-
seau ! quoi! Dites donc, ma femme est par-
tie ; je vais profiter de son absence pour vous
raconter une petite aventure galante. J'ai
le temps, je vais vous la narrer. — Figurez-
4 L'ATELIER COQUELUCHON
vousque l'autre jour j'allais au réassortiment
rue Saint-Denis. et je ne sais pas si vous
avez remarqué une chose. mais le matin
sur les huit heures il passe un régiment de
petites miettes toutes plus gentrouillinettes
les unes que les autres. pas de mastic, pas
de coton, pas de fard. et j'aime ça, moi.
Les femmes, c'est comme les beefsteacks,ça
n'est bon qu'au naturel. Je vous disais donc
que j'allais au réassortiment, quand tout à
coup je vois monter en omnibus une petite
créature de dix-huit ans à peine, à l'œil bleu
et à la bottine puce avec un bas de jambe.
sculpté. Cristi ! quelle sculpture. Je ne
sais pas si vous êtes comme moi, mais les bas
'de jambe, ça me monte, à la tête, ça me
pince l'estomac, ça me descend dans le côté
gauche, et puis ça me galoppe en dedans.
On dirait un régiment de petits anges qui
sonnent l'Angelus à la cathédrale de mon
cœur. La tête en feu, il pleuvait, je fais ar-
rêter la voiture, c'était complet. — Je ne sais
pas si vous avez remarqué une chose, mais
quand il pleut, et qu'on suit les femmes, les
omnibus sont toujours complets. Ça ne fait
rien, je suis l'omnibus, un monsieur descend;
je ne perds pas de temps, je m'élance comme
une flèche, et je tombe juste à côté de la
jeune fille dont le bas de jambe était si.
Cristi. v'ià une jambe qui ne me sort pas
de la tête. Je ne sais pas si vous avez remar-
qué une chose, mais à Paris il y a des gens
qui ne sortent que pour lorgner les bot-
tines. décolletées. moi, je n'en fais pas
une habitude, je suis amateur, voilà tout.
Mais je m'enflamme, là. revenons à la réa-
lité. La jeune fille avait oublié son porte-
monnaie, je ne perds pas de temps, je donne
les six sous au conducteur, qui d'un sourire
avait l'air de me dire : vieux farceur, va ! Ça
m'était bien égal. La jeune fille m'avait dit
qu'elle demeurait rue du Cœur-Volant.
Comme un papillon, j'y vole et je m'écrie:
AIR nouveau de M. Champenoili,
Ou air de la Colonne.
Mademoiselle, en admirant,
Vos beaux yeux, votre taille fine,
Mon regard, par hasard vraiment,
Est tombé sur votre bottine !
En voyant sur vof pied charmant
La toile se lever sans cesse,
On trouv' le prologu' si tentant,
Qu'au voudrait connaîtr' tout' la pièce.
Pas mal, pour un fabricant de polissons,
hein f Sur ce, bonsoir; je vais follichonner.
(Il sort.)
SCÈNE V
TOUTES entrent un chandelier à la main.
Les bougies sont allumées.
CHANT.
AIR de la valse de Chilpéric (Hvrvh).
PREMIER COUPLET. 1
La nuit étend ses ailes;
Au dodo, soyùns fidèles.
Allons t mesdemoiselles,
Gaiment allons
Faire ronrons.
Du Faublas qui nous guette,
Craignons la prunelle indiscrète,
Et de notre dortoir
Pour dormir bien tranquilles ce soir.
Fermons les verrous du reposoir.
Car dès demain
De grand matin,
Comme il faudra retravailler enfin,
, Sans hésiter
Il faut aller,
Calment en chœur, faut aller nous coucher.
DEUXIÈME COUPLET.
Quand tout Paris folâtre,
Du plaisir faux idolâtre
Pour des femmes de plâtre;
Quand le gandin
Se ruine! eh bien!
Nous, fidèles abeilles
Du travail, nous sommes les merveilles
Vraies rosièr's d'atelier,
Nos futurs peuvent sans hésiter
Compter sur notre fleur d'oranger!
Nous n'somm's pas da
De ces femm'là
Car à Nanterre on nous couronnera.
Sans hésiter
11 faut aller,
Gaîmen t en chœur, faut aller nous coucher.
SCÈNE VI
LES DEMOISELLES, BÉTlNET.
BÉTINET, accourant. Mesdemoiselles, mes-
demoiselles, écoutez-moi.
JULIE, surprise. Tiens, v'là M. Bétinet 1
ADÈLE. Ah! vous ne me parlez pas; vous
allez me faire congédier.
bétinet. Et qui donc ici a le droit àe vous,
congédier. Je suis le maître de céans.
TOUTES. Vous 1
bétinet. Oui, moi!
juue. Ta, ta, ta. il nous conte des bali-
vernes pour nous enjôler.