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L'éloge des éloges, ou encore du Bonaparte ; par M****

15 pages
librairie grecque-latine-française (Paris). 1821. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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L'ÉLOGE DES ÉLOGES,
OU
ENCORE DU BONAPARTE:
PAR M. ****
Morta la besta, , morto il veneno.
Prix 75 centimes.
A PARIS,
A LA LIBRAIRIE GRECQUE-LATINE ET FRANÇOISE,
RUE DE SEINE N. 12.
ET CHEZ. LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
AOUT 1821.
L'ELOGE DES ELOGES
OU
ENCORE DU BONAPARTE.
ON a dit pendant un jour : savez-vous la nou-
velle? Bonaparte est mort. Le lendemain on n'en
parloit déjà plus. Mais cette indifférence générale
blessa profondément l'immense majorité des révo-
lutionnaires; Dans cette occasion importante, cinq
ou six d'entre eux se rendirent en grand deuil au
café L.... pour y déplorer mutuellement la perte
irréparable et européenne du plus grand des héros.
Après cet hommage libéral et solennels vint le
tour de la lithographie. C'étoit une belle occasion
de remettre en scène des braves, et de les faire gri-
macer au moins pour quelque chose de réel. Aussi
avons-nous vu le convoi d'un brave, le tombeau
d'un brave, etc., etc.; huit jours entiers ces images
séditieuses n'ont pas cessé de paroître , malgré ou
peut-être à cause de la police. Bientôt leurs auteurs
ont osé davantage, en parodiant avec perfidie un
trait de bonté de notre auguste monarque envers
le général Rapp. Tout le monde connoît l'anec-
dote. A la nouvelle de la mort de Bonaparte
M. Rapp (ancien aide-de-camp de l'usurpateur),
attaché maintenant à la personne du roi, ayant
donné en sa présence quelques marques d'affliction,
sa majesté voulut bien dire qu'elle auroit moins
d'estime pour M. Rapp s'il ne regrettoit pas son
( 2)
premier bienfaiteur. Ah! je lui dois tout, répliqua
le général, jusqu'à l'honneur de servir votre ma-
jesté.
Dans la représentation lithographique on ne
voit plus ni le maître indulgent ni le serviteur
soumis. Le roi, l'air profondément ému, lève les
yeux au ciel en pressant la main de M. Rapp, qui
se détourne d'une manière choquante : ce sont
deux égaux qui pleurent un ami!.... Le respect
et surtout l'indignation devoient arracher d'abord
cette image odieuse : elle n'a disparu que la der-
nière. Est-ce trahison? est-ce bêtise? agens de l'au-
torité, faites un choix.
Aujourd'hui, aux coupables écarts des crayons
patriotiques succèdent presque sans relâche, tant
en prose qu'en vers, les lamentations des brochu-
riers du parti. Chez eux, par un singulier mélange
de sentimens faux et d'expressions grotesques, le
comique et le ridicule, couvrent toutes les pages de
ces nombreux panégyriques. Et si, dans l'examen
que je me propose d'en faire (par esprit de péni-
tence) j'éprouve un embarras véritable, c'est à
coup sûr l'embarras du choix. Mais pourtant,
comme il faut choisir en définitive, je vais em-
prunter de droite et de gauche , sans m'astreindre
à aucune marche régulière, que repousse d'ailleurs
l'entraînement du sujet.
Honora medicum propter necessitatem. A vous
donc, docteur O Meara. Vous attribuez la fin de
Bonaparte aux petites vexations et mortifications
qu'on lui a fait éprouver? Eh! mon cher docteur,
si tous ceux à qui le héros fit éprouver de grandes
vexations et d'insupporlables mystifications, si
tous ceux-là, dis-je, en étoient morts, la France,
aujourd'hui ne seroit plus qu'un vaste champ du
repos? Croyez-moi, M. O Meara, n'allez pas cher-
cher le diable à tuer touchant votre ancien ma-
(5)
lade, et gardez-vous de contredire à la fois et vos
confrères et vous-même ; car voici une lettre du
19 juin 1819 écrite par vous à lord Bathurst. J'y
vois qu'à cette époque le prisonnier de Sainte-
Hélène étoit, d'après la notoriété publique, atteint
d'une maladie dangereuse. Il en avoit toutefois une
autre dont vous ne parlez pas, maladie bien au-
trement grave selon moi, celle des tyrans déchus.
L'auteur d'Une larme à la mémoire de Napoléon
ne recherche point la cause de sa mort. Il demande,
seulement que la dépouille du grand homme soit
transportée sur un sol français, n'importe où; sur
la place Vendôme, par exemple. « La statue n'est
plus, mais la providence semble avoir à dessein
épargné le piédestal (et les quatre aigles qui le
décorent). Oui, Napoléon, la colonne est le seul
monument digne de recevoir ta cendre. »
Tel est aussi le voeu d'un général. M. Berton
désire, j'allois mettre il ordonne, qu'on dépose les
cendres de Bonaparte sous la colonne, pour y être
pressées sous le poids de ses victoires. Il n'y a pas
un instant à perdre. La dignité de la France, ré-
clame ses restes inanimés; l'estime de l'univers en
sera la récompense.
La colonne, et toujours la colonne ! Ce monument,
à cause de son veuvage, est l'objet particulier des
adorations libérales. On est heureux d'être Fran-
çois quand on regarde la colonne : c'est le refrain
d'une chanson des rues, que la dernière populace
a répété quelque temps sans y rien comprendre.
Voyez ces braves patriotes, ces hommes dépouil-
lés de préjugés absurdes, comme ils sont fiers de
ne point se découvrir en présence de Dieu même!
suivons-les cependant. Quoi! des patriotes, des
esprits forts sont maintenant à genoux ! ils joi-
gnent les mains , poussent des soupirs? Ah !
c'est une prière à la colonne.
(4)
Mais tandis qu'une troupe insensée regrette la
statue et plus encore son modèle, heureux à la vue
d'un bel ouvrage l'ami des arts examine paisible-
ment la colonne, et le royaliste jette un regard d'a-
mour sur le drapeau qui la surmonte, signe glo-
rieux du triomphe de la légitimité. Tel , dans le
tableau d'un grand peintre, l'Archange Michel
foule aux pieds l'ennemi du genre humain et le
perce de sa lance redoutable.
On a retenu ce mot de l'empereur Alexandre,
ce mot qui joint à la raison la modestie et la gaîté:
si j'étois placé aussi haut, je craindrois que la tête,
ne me tournât ! Et peu de jours après la statue de
Bonaparte, couverte d'un voile grossier, descendoit
au milieu d'un peuple immense qui crioit à perdre
haleine : vive le roi! vivent les Bourbons!
Lorsque l'inauguration de cette statue faisoit
éclore mille flatteries nauséabondes , des jeux de
mots, des satires piquantes-, dirigées contre
l'homme du destin, venoient froisser son orgueil,
et de concert avec les remords, troubler peut-être
son sommeil. Les vers suivans , improvisés sur
place et que nous citons de mémoire, ont dû pro-
duire cet effet salutaire :
Tyran orgueilleux et farouche,
Si le sang que tu fis verser
Ici pouvoit se ramasser,
Il monteroit jusqu'à la bouche ,
Et tu boirois sans te baisser.
Tout prêt de la colonne, je retrouve l'auteur
d'Une larme qui m'attend pour me vanter encore
le courage de Bonaparte. « Il a eu la constance
de vivre lorsque la mort paroissoit plus douce. »
Comment accorder cet éloge avec l'aveu suivant?
« Il fut grand ! celui qui ne désespéra point de la
fortune et ne crut point, à son éternelle rigueur, »

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