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L'Empire devant le scrutin, par Esprit Privat,...

De
103 pages
Ledoyen (Paris). 1852. In-18, 108 p..
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L EMPIRE
DEVANT LE SCRUTIN
PAR
ESPRIT PRIVAT
Auteur du Doigt de Dieu.
Prix : 1 fr. 95 cent.
PARIS
LE DOYEN, EDITEUR-LIBRAIRE
PALAIS-ROYAL, GALERIE D'ORLÉANS , 81.
1852
L'EMPIRE DEVANT LE SCRUTIN
Paris.—Imprimerie MAULDT et RENOU, rue de Rivoli prolongée
an coin de la rue de l'Arbre-Sec. 6289
L'EMPIRE
DEVANT LE SCRUTIN
PAR
ESPRIT PRIVAT
auteur du DOIGT DE DIEU
PARIS
LEDOYEN, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, GALERIE D'ORLÉANS, Si
1852
I.
Course triomphale.
La France, naguère encore opprimée par
les factions, en proie à tous les déchirements
des partis, vient de donner à la Civilisation
le plus émouvant et le plus grandiose de tous
les spectacles.
Sans doute l'opinion publique s'était mani-
festée solennellement dans deux occasions
différentes : le 10 décembre 1848 et le 20 dé-
cembre 1851 » Mais ce qu'il ne nous avait pas
1.
— 6 —
encore été donné de constater et d'admi-
rer, c'est cet enthousiasme électrique que le
neveu de l'Empereur a partout fait éclater sur
son passage ; ce sont ces acclamations pas-
sionnées de reconnaissance et d'amour qui
viennent de retentir, non plus seulement dans
une province isolée, comme celle de l'Alsace,
où l'on pouvait attribuer les sympathies des
populations aux glorieux souvenirs de l'Em-
pire encore si vivaces dans ces contrées,
mais sur une étendue de territoire de plus
de cinq cents lieues, et à travers des dé-
partements que le parti de l'ancienne mo-
narchie croyait inféodés à jamais à ses vieilles
traditions.
Le voyage du Prince a dû faire tomber bien
des illusions dans le coeur de ces hommes at-
tardés, qui, sans comprendre le sens des révo-
lutions dont notre sol a été labouré depuis
— 7 —
soixante ans, voudraient réédifier l'avenir avec
les ruines du passé !
Nous ne venons pas ici nous livrer à une
amplification des récits du voyage du Prince.
Et pourquoi amplifierions-nous? Cela nous
serait-il même possible ? Nous défions ceux
qui ont vu depuis un mois ce que nous avons
vu, qui ont entendu ce que nous avons enten-
du, de trouver dans le génie de notre langue
une formule qui puisse surpasser en merveil-
leux les ovations dont. Louis-Napoléon a été
l'objet durant sa course triomphale.
Et lorsque nous parlons de ces ovations qui
n'ont aucun précédent dans notre histoire, si
ce n'est l'accueil délirant que reçut l'Empe-
reur à son retour de l'île d'Elbe, il est bien
entendu que nous ne voulons pas faire allu-
sion aux pompes officielles, qui, par elles-
mêmes, ne sauraient avoir aucune significa-
tion. Que sont en effet les pompes officielles,
lorsqu'elles n'ont pas pour échos les acclama-
tions et les sympathies publiques ! Eh bien,
ici les pompes officielles, malgré leur splen-
deur inusitée, ont pâli devant l'éclat et l'i-
vresse de l'enthousiasme populaire.
Ce n'est point dans les salons dorés des
préfectures et des hôtels de ville, ce n'est
point sous l'uniforme galonné des fonction-
naires que nous avons cherché l'expression
du sentiment national. Non, nos regards se
sont tournés ailleurs, là où ce sentiment existe
réellement dans toute sa pureté et son éner-
gie, c'est-à dire dans ces masses loyales, dé-
sintéressées et généreuses dont tes démons-
trations sont toujours un élan du coeur, quand
elles n'agissent point sous la pression des
meneurs révolutionnaires. Et quand nous
avons vu toutes les populations rurales déser-
— 9 —
ter leurs champs, abandonner leurs moissons,
accourir en habits de fête pour saluer Louis-
Napoléon sur son passage ; quand sur nos
grandes routes et dans l'enceinte de nos cités
nous ayons vu se dérouler cet océan de têtes
humaines au-dessus desquelles s'élevait un
formidable cri de : Vive l'Empereur! alors
nous avons eu la confirmation éclatante du
sens que nous avions toujours attaché aux
deux scrutins mémorables auxquels la France
a dû deux fois son salut.
Aujourd'hui les Thomas politiques qui n'a-
vaient pas voulu comprendre la signification
impérialiste de cette double élection napo-
léonienne, ne peuvent plus se méprendre sur
son caractère. Le pays s'est nettement ex-
primé dans ses manifestations enthousiastes :
ce n'est point le Président de la République
qu'il a acclamé avec des frémissements d'al-
— 10 -
légresse ; c'est l'héritier du grand Empereur,
c'est l'Empire, c'est Napoléon III! De la Seine
à l'embouchure du Rhône, du Rhin à la Gi-
ronde, de la Méditerranée à l'Océan, les échos
répètent le même cri; ce n'est pas de l'en-
thousiasme, c'est de l'ivresse, c'est du délire;
et quand la volonté d'un grand peuple se tra-
duit par de pareils entraînements, il faut
qu'elle s'accomplisse, car elle est irrésistible
comme celle de Dieu !
II..
La Stabilité.
Les conseils généraux, les conseils d'arron-
dissement et les conseils municipaux avaient
tous, sans exception, formulé des voeux dans
leur dernière session pour que le chef de
l'Etat, usant des droits que la Constitution lui
donne, introduisît dans nos institutions le
— 12 -
principe de stabilité qui seul peut donner au
pays la sécurité dans le présent et la confiance
dans l'avenir.
Ces voeux indiquaient clairement les ten-
dances du pays ; mais le peuple qui est logi-
que et qui n'aime pas les fictions, ne s'en est
pas tenu à une formule banale dont le tort
était de ne pas dire catégoriquement tout ce
qu'elle voulait exprimer et qu'on pouvait par
cela même accuser de timidité.
Sans doute, dans la pensée des assemblées
locales le mot : Stabilité était synonyme du
mot : Empire. Mais les populations impatien-
tes d'en finir une fois pour toutes avec les
commotions politiques qui les ruinent, ont
voulu mettre les points sur les i pour faire ces-
ser toute équivoque possible, et elles ont ré-
clamé énergiquement l'Empire dans le formi-
dable concert de leurs transports. C'était plus
— 15 -
net, plus franc, et ajoutons aussi plus hon-
nête.
Le mot Stabilité exprime bien une idée de
durée, mais il ne donne pas la forme qui doit
la mettre en pratique. Le mot Empiré, au
contraire, répond à tout, il traduit l'idée et
indique la forme. Sans la forme la stabilité est
une abstraction; or, ce n'est pas avec des
abstractions qu'on gouverne les Etats. Voilà
pourquoi le peuple demande l'Empire; et
l'Empire qui est déjà fait dans l'esprit des
masses ne tardera pas, ne peut pas tarder à
se faire dans le. gouvernement du pays.
Dans leur admirable instinct, les popula-
tions ont compris qu'une grande nation comme
la France ne pouvait pas se résigner à subir
des institutions qui, tous les dix ans, remet-
traient en question ses destinées, et donne-
raient ainsi aux passions démagogiques un
2
— 14 —
perpétuel aliment en entretenant leurs crimi-
nelles espérances.
Dix ans ! Mais qu'est-ce donc que cette
courte période dans la vie d'un peuple? C'est
une halte dans le provisoire, une trêve de
Dieu, pendant laquelle le génie national, pa-
ralysé par l'appréhension de l'avenir, est con-
damné à l'impuissance et à la stérilité !
La France a besoin d'un gouvernement
stable et fort pour accomplir les grandes oeu-
vres que réclame l'intérêt de sa prospérité.
L'achèvement de nos chemins de fer et l'amé-
lioration de nos grandes artères fluviales,
pour offrir à nos produits des moyens de
transports prompts et économiques ; la créa-
tion d'un vaste système d'irrigation pour vi-
vifier notre agriculture; la réforme de notre
tarif douanier, afin d'ouvrir des débouchés à
notre commerce et d'accroître le bien-être du
- 15 —
peuple en résolvant en sa faveur le problème
de la vie à bon marché, tels sont les progrès
à la réalisation desquels est attaché le déve-
loppement du bien public et de notre gran-
deur nationale. Mais ce but ne peut être at-
teint que par un gouvernement sûr du lende-
main. Tant que le fantôme de la République
projettera sur l'avenir son ombre menaçante,
la spéculation qui vit de confiance, se sentira
gênée dans ses allures; le crédit éprouvera, à
des moments donnés, des oscillations pleines
de périls pour la fortune publique ; l'industrie
et le commerce seront enchaînés dans leur
essor. L'ouvrier, l'agriculteur, le négociant,
le manufacturier, le capitaliste, le banquier,
le propriétaire, sont donc tous intéressés au
rétablissement de la stabilité, c'est-à-dire de
l'Empire. Ceux-là seuls qui veulent le désor-
dre, la confusion et l'anarchie, repoussent
— 16 —
cette solution qui est l'objet des plus ardentes
aspirations du pays.
Le régime actuel ne satisfait personne; c'est
là le caractère distinctif des fausses situations.
Les républicains, s'il en reste encore (nous
ne parlons pas, bien entendu, des démagogues
qui ne seraient contents que sur les ruines de
la société), les républicains, disons-nous, se
trouvent mystifiés de n'avoir qu'une républi-
que nominale; c'est-à-dire le mot sans la
chose; tandis que le parti impérialiste, qui
est le véritable parti national, se révolte de
n'avoir de la chose que le simulacre sans même
en avoir le mot.
Eh bien, avons-nous besoin de le dire? la
France est lasse de se payer de fictions. L'Em-
pire est dans ses voeux, comme il est sur ses
lèvres; mais ce n'est pas assez, elle veut en-
core qu'il soit dans ses institutions, nous en
— 17-
attestons ces tressaillements immenses qui
ont, pendant tout un grand mois, si profon-
dément remué les entrailles du pays sous
les pas du prince Louis-Napoléon.
III,
L'Empire devant l'Europe.
La première question que l'esprit se pose
en songeant au rétablissement de l'Empire
est celle-ci :
Comment l'Europe accueillera-t-elle cette
transformation dans le gouvernement de la
France ?
- 20 -
Les intelligences superficielles semblent
redouter de la part des Cours du Nord une
résistance ouverte contre un semblable évé-
nement; mais les hommes sérieux ne sau-
raient concevoir de pareilles craintes qui s'é-
vanouissent devant le plus simple examen.
D'abord, avant toutes choses, nous devons
déclarer pour l'honneur de notre pays, que la
France n'a point à consulter l'Europe dans
les questions de sa constitution intérieure,
pas plus que l'Europe ne consulte la France
quand elle veut modifier ses institutions. S'il
plaît à la France de substituer l'Empire à la
République, elle agira dans sa pleine liberté
sans reconnaître à aucune puissance le droit
de peser sur sa volonté ; une prétention aussi
exorbitante révolterait à juste titre notre di-
gnité nationale, et loin de nous faire reculer
devant la réalisation de nos voeux, elle aurait
- 21 —
pour résultat infaillible de précipiter l'évé-
nement.
Mais sortons de cette hypothèse inadmis-
sible, pour porter la discussion sur son véri-
table terrain.
Pourquoi l'Europe s'effaroucherait-elle du
rétablissement de l'Empire ? Est-ce que l'Em-
pire avec son principe dé stabilité, son esprit
d'ordre, ses instincts de conservation, ses
traditions d'autorité et son génie gouverne-
mental, lui offrirait moins de garanties pour
son repos que la République avec ses institu-
tions mobiles, ses surprises de scrutin, son
origine sanglante et ses agitations révolu-
tionnaires périodiquement ramenées à chaque
renouvellement des grands pouvoirs de l'État?
Après l'ébranlement général de 1848 qui a
fait chanceler sur leurs vieilles assises tous les
gouvernements de l'Europe; après ce vaste in-
— 22 —
cendie qui avait embrasé tout le continent de-
puis les bords du Tibre jusqu'aux rives du Da-
nube, le premier, le plus pressant besoin des
puissances du Nord, c'est le repos et la sécu-
rité à l'extérieur, afin qu'elles puissent achever
dans leur propre sein leur oeuvre de consoli-
dation et d'apaisement en étouffant les der-
niers germes de l'esprit démagogique.
La France a le triste privilége lorsqu'elle
s'agite, d'imprimer à l'Europe entière ses
propres convulsions. C'est là une des consé-
quences de son prestige et de sa grandeur :
dans le bien comme dans le mal, son influence
se fait sentir d'un bout à l'autre du continent,
toujours jaloux de l'imiter, même dans ses
folies.
Comme son oncle, Louis-Napoléon a été
suscité par la Providence pour sauver la France
de l'anarchie ; mais plus heureux que lui, il
n'aura pas à se défendre contre les agres-
sions aveugles et acharnées des Puissances
qui, ne comprenant pas la mission du grand
Empereur, lui firent une guerre d'extermina-
tion au profit d'un principe dont le triomphe
éphémère leur coûta vingt-cinq milliards et
un million d'hommes !
Depuis lors, ce principe si chèrement res-
tauré est tombé deux fois dans le sang ; et
l'Europe, instruite par les événements, éprou-
vée elle-même par le feu des révolutions, n'est
plus disposée à s'aventurer dans cette politi-
que de sentiment dont elle serait la première
victime.
Aujourd'hui les gouvernements de l'Europe
veulent, non seulement la paix avec la France,
mais encore ils désirent la stabilité dans ses
institutions; c'est pour eux une nécessité de
premier ordre.
- 21 -
Dans les dures conditions qui lui furent
faites par les puissances étrangères, l'Empire
se trouva fatalement poussé dans la politique
conquérante. De nos jours, cette situation est
complétement changée; les, puissances conti-
nentales, reconnaissantes, des immenses ser-
vices que Louis -Napoléon leur a rendus, en
écrasant la démagogie dans Rome et en paci-
fiant la France, se garderont bien de lui sus-
citer le moindre obstacle dans l'achèvement
de son oeuvre réparatrice. L'Empire qui fut
leur cauchemar au commencement de ce siè-
cle, sera aujourd'hui pour elles un bouclier
contre le démon révolutionnaire : au lieu de
le redouter, elles applaudiront à son avène-
ment. ? ...
Matériellement l'Europe, affaiblie par ses
propres déchirements, ne pourrait rien entre-
prendre pour s'opposer au rétablissement de
- 28 -
l'Empire; moralement, tous ses intérêts lui
commandent de l'appeler de ses voeux ; car en
finissant la Révolution en France, il la frap-
pera du même coup dans tous les Etats du
continent.
Au milieu des complications qui l'affaiblis-
sent encore, l'Europe comprend parfaitement
que l'Empire ne se fera pas contre elle, qu'il
se fera seulement contre la Révolution. Les
Puissances ne seront donc pas assez naïves
pour se faire les auxiliaires de la démagogie
européenne, en accueillant avec répugnance
une transformation qui doit délivrer la Civili-
sation du fléau du socialisme, et donnera tous
les gouvernements des garanties d'ordre, de
paix, de sécurité.
Dernièrement, une feuille qui passe pour
être l'organe semi-officiel des Cours du Nord,
le Journal de Francfort déclarait que les
3
puissances signataires des traités de 1818,
considéraient ces traités comme abolis, ex-
cepté sur un seul point, celui des conventions
territoriales. Ainsi les Puissances reconnais-
sent au peuple français le droit de rétablir
l'Empire, seulement elles ne permettraient
pas un remaniement de frontières.
Cette déclaration, tout officieuse qu'elle soit,
indique clairement les intentions pacifiques
de l'Europe. Et d'ailleurs, avions-nous besoin
de ces assurances, en face des faits qui se
sont accomplis sous nos yeux depuis vingt-
deux ans?
Est-ce que les traités de 1815 n'ont pas été
dix fois déchirés, sans que l'Europe soit sortie
de son attitude de paix?
Que fit l'Europe contre la révolution de
1830 qui renversa la dynastie de la branche
— 27 —
aînée des Bourbons, pour fonder celle de la
branche cadette ?
Que fit l'Europe contre la révolution de
Belgique qui détacha cette belle province du
royaume des Pays-Bas, pour l'ériger en une
monarchie constitutionnelle?
Que fit l'Europe contre la révolution d'Es-
pagne qui bannit don Carlos, pour proclamer
la royauté d'Isabelle II ?
Que fit l'Europe contre la révolution de
Portugal qui chassa dom Miguel, pour mettre
la couronne sur le front de dona Maria?
Que fit l'Europe, enfin, contre la révolution
de 1848 qui transforma en république la plus
antique monarchie du continent?
Est-ce que tous ces grands faits historiques
qui changeaient, au mépris des traités de
1815, les bases de l'ordre européen, n'ont
pas été acceptés bon gré mal gré par les Puis-
— 28 —
sances, sans qu'elles aient songé à protester
par les armes?
Les Cours du Nord, à leur tour, n'ont-elles
pas donné plus d'une entorse aux traités
dans les affaires de la Pologne et de la Hon-
grie?
Eh bien, quand l'Empire sera proclamé en
France, les Puissances feront ce qu'elles ont
fait en 1830, en 1831, en 1832, en 1848;
elles subiront le fait accompli ; nous dirons
plus, elles béniront cet événement qui assu-
rera pour longtemps la stabilité dans le gou-
vernement de la France.
Ce que les Cours du Nord redoutent le
plus, c'est la Révolution. Or, dans l'état où
se trouve l'Europe, la guerre, c'est la Révo-
lution, et voilà ce qui rend la guerre impos-
sible.
Chaque puissance a son cancer attaché à
— 29 —
ses flancs : la Russie a la Pologne; l'Autriche
a la Hongrie et la Lombardie ; la Prusse a
les provinces Rhénanes; l'Angleterre a l' Ir-
lande ; et le premier coup de canon qui serait
tiré contre nous irait allumer la guerre de
l'indépendance au coeur de ces nationalités
qui s'enflammeraient comme autant de tou-
ches d'incendie aux quatre coins de l'Europe
Voilà donc ce qui fait notre foi dans la paix,
et nous défions tous les alarmistes de détruit
par leurs subtilités la puissance de ces con-
sidérations.
IV.
Manifeste napoléonien.
Dans le cours du dernier chapitre, nous
avons démontré que les intentions de l'Eu-
rope n'étaient pas, ne pouvaient pas être hos-
tiles au rétablissement du régime impérial.
A l'appui de nos démonstrations, basées
sur la logique des événements, nous avons
cité la déclaration semi-officielle du Journal
— 52 -
de Francfort, qui a eu un si grand retentis-
sement dans le monde politique, et en face de
laquelle le doute n'est plus permis au sujet
dès dispositions pacifiques des Cours du Nord.
La guerre n'est donc pas à redouter de la part
des Puissances ; pour qu'elle devînt possible,
il faudrait que la France la provoquât. Or, ce
danger n'est pas plus à craindre de ce côté que
de l'autre; Louis-Napoléon lui-même a pris soin
de rassurer l'Europe dans le magnifique dis-
cours qu'il a prononcé au banquet de la Cham-
bre de Commerce de Bordeaux. Ce discours
est plus qu'un discours, c'est un acte de
grande politique, c'est le programme de l'Em-
pire, c'est le plus beau manifeste de paix et
de véritables progrès qui soit jamais sorti dé
la bouche d'un monarque, et qui, à ce titre,
a' toute la portée d'un événement européen.
Voici ce mémorable document que le pays
33
a accueilli avec des trépignements d'en-
thousiasme et que les puissances étrangères
ont accepté avec reconnaissance et admira-
tion :
« MESSIEURS,
« L'invitation de la Chambre et du Tribunal
« de Commerce de Bordeaux que j'ai acceptée
« avec empressement, me fournit l'occasion
« de remercier votre grande Cité de son ac-
« cueil si cordial, de son hospitalité si pleine
« de magnificence, et je suis bien aise aussi,
« vers la fin de mon voyage, de vous faire
« part des impressions qu'il m'a laissées.
« Le but de ce voyage, vous le savez, était
« de connaître, par moi-même, nos belles
« provinces du Midi, d'approfondir leurs be-
« soins. Il a toutefois donné lieu à un résultat
" beaucoup plus important.
— 34 -
« En effet, je le dis avec une franchise
« aussi éloignée de l'orgueil que d'une fausse
« modestie, jamais peuple n'a témoigné d'une
" manière plus directe, plus spontanée, plus
« unanime, la volonté de s'affranchir des
« préoccupations de l'avenir, en consolidant
" dans la même main un pouvoir qui lui est
« sympathique, C'est qu'il connaît, à cette
" heure, et les trompeuses espérances dont
« on le berçait et les dangers dont il était
« menacé. Il sait qu'en 1852 la société cou-
" rait à sa perte, parce que chaque parti
« se consolait d'avance du naufrage général
« par l'espoir de planter son drapeau sur les
« débris qui pourraient surnager. Il me sait
« gré d'avoir sauvé le vaisseau en arborant
" seulement le drapeau de la France.
« Désabusé d'absurdes théories, le peuple
" a acquis la conviction que les réformateurs
- 35-
« prétendus n'étaient que des rêveurs ; car
« il y avait toujours disproportion, inconsé-
« quence entre leurs moyens et les résultats
« promis.
« Aujourd'hui, la France m'entoure de ses
" sympathies, parce que je ne suis pas de la
« famille des idéologues. Pour faire le bien
« du pays, il n'est pas besoin d'appliquer de
« nouveaux systèmes, mais de donner, avant
« tout, confiance dans le présent, sécurité
« dans l'avenir. Voilà pourquoi la France
a semble vouloir revenir à l'Empire.
« Il est néanmoins une crainte à laquelle je
« dois répondre. Par esprit de défiance, cer-
« taines personnes se disent : l'Empire, c'est
« la guerre. Moi, je dis : l'Empire, c'est la
« paix.
« C'est la paix, car la France la désire et,
« lorsque la France est satisfaite, le monde
- 53 —
" est tranquille La gloire se lègue bien à titre
« d'héritage, mais, non la guerre. Est-ce que
" les princes qui s'honoraient justement d'être
« les petits-fils de Louis XIV ont recommencé
" ses luttes ? La guerre ne se fait pas par
" plaisir; elle se fait par nécessité, et à ces
« époques de transition où partout à côté de
« tant d'éléments de prospérité germent tant
« de causes de mort, on peut dire avec
« vérité
« Malheur à celui qui, le premier, donne-
« rait en Europe le signal d'une collision,
« dont les conséquences seraient incalcu-
« lables.
« J'en conviens, cependant, j'ai, comme
« l'Empereur, bien des conquêtes à faire. Je
« veux, comme lui, conquérir à la conciliation
« les partis dissidents et ramener dans le
« courant du grand fleuve populaire les déri-
— 57 —
« valions hostiles qui vont se perdre sans pro-
« fit pour personne.
« Je veux conquérir à la religion, à la mo-
« rale, à l'aisance, cette partie encore si
" nombreuse de la population qui, au milieu
« d'un pays de foi et de croyance, connaît à
« peine les préceptes du Christ ; qui, au sein
« de la terre la plus fertile du monde, peut à
« peine jouir de ses produits de première né-
« cessité.
« Nous avons d'immenses territoires in-
« cultes à défricher, des routes à ouvrir, des
« ports à creuser, des rivières à rendre na-
« vigables, des canaux à terminer, notre ré-
" seau de chemin de fer à compléter. Nous
« avons, en face de Marseille, un vaste
« royaume à assimiler à la France. Nous
« avons tous nos grands ports de l'Ouest à
« rapprocher du continent américain par la
4
— 58 -
" rapidité de ces communications qui nous
« manquent encore. Nous avons partout enfin
« des ruines à relever, de faux dieux à abat-
« tre, des vérités à faire triompher.
« Voilà comment je comprendrai l'Empire,
« si l'Empire doit se rétablir. Telles sont les
« conquêtes que je médite, et vous tous qui
« m'entourez, qui voulez comme moi le bien
« de notre patrie, vous êtes mes soldats. »
V.
l'Empire devant le Budget.
Depuis l'acte libérateur du 2 décembre, il
s'est opéré dans le mouvement du revenu in-
direct de la France un accroissement continu
qui a élevé nos recettes au niveau de celles
que nous ont donnés les plus beaux jours de
la monarchie. Les fonds publics et toutes les
valeurs industrielles, tombés après la révolu-
- 40 —
tion de février dans le plus ruineux discrédit,
se sont relevés comme par enchantement ; et
ce n'est que de l'époque du merveilleux coup
d'Etat qui investît Louis-Napoléon d'un pou-
voir dictatorial, que datent le retour de la
confiance, la restauration du crédit, la reprise
des affaires industrielles et commerciales. Ces
améliorations, opérées dans les finances de
l'Etat et dans la situation de la fortune pu-
blique n'ont été que le résultat des événements
qui promettaient au pays un régime d'ordre,
d'autorité et de stabilité. C'est parce que les
populations ont cru, après le 2 décembre, au
prochain rétablissement de l'Empiré, qu'elles
ont oublié si vite leurs cruels déchirements
pour se livrer avec abandon aux rassurantes
promesses de l'avenir. Or, si la seule pers-
pective de l'Empire a eu la puissance de réa-
liser en quelques mois ces prodiges qui, après
— 41 -
nos précédentes révolutions, n'avaient pu être
obtenus qu'à la suite de longues années de
repos et de sécurité, à quels progrès ne de-
vons-nous pas nous attendre lorsque l'Empire
sera devenu la constitution du pays !
L'Empire aura donc pour conséquence iné-
vitable d'imprimer aux affaires un nouvel essor
en dégageant l'avenir de toute éventualité de
perturbation, Et comme le développement des
affaires se traduit nécessairement par le dé-
veloppement du travail, et que le développe-
ment du travail se traduit par l'extension de
la consommation, il en résultera dans les re-
cettes du Trésor de nouveaux excédants qui
délivreront nos finances de la lèpre du déficit.
Ce ne sont pas là des prévisions capricieuses,
dues à un jeu de l'esprit, mais les déductions
logique des faits que nous avons vus déjà s'ac-
complir. Dans l'ordre physique, comme dans
- 42 —
l'ordre moral, les mêmes causes produisent
toujours les mêmes effets.
Jusqu'ici nous n'avons fait qu'indiquer les
avantages que le rétablissement de l'Empire
présente sous le point de vue des recettes du
Trésor; maintenant nous allons démontrer
ceux qu'il offre sous le rapport du budget des
dépenses.
L'effectif de l'armée, coûte par jour près
d'un million à la France. Depuis longtemps
on parle de le réduire ; mais pour entrepren-
dre une oeuvré pareille, il faut des conditions
autres que celles dans lesquelles nous nous
sommes trouvés depuis 1848.
Il n'y a qu'un gouvernement fort, établi
sur le principe de la stabilité, qui puisse réa-
liser ce projet, dont se sont préoccupés avec
raison nos plus illustres financiers. L'ordre
au dedans, la paix au dehors, des institutions

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