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L'entrée de Madame de Montmorency à Montpellier : réimpression de l'édition originale de 1617, précédée d'une notice & accompagnée de notes historiques & littéraires

85 pages
F. Seguin (Montpellier). 1873. 1 vol. (VII-76 p.) ; in-8.
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l
IA w
M DCCC LVCIU
Montpellier^ Imprimerie de Jean Martel aîné.
PUBLICATIONS
SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES
DE MONTPELLIER
%'I.
Tiré à 125 Exemplaires
25 exemplaires sur papier de Hollande, format grand-raisin
joo sur papier de Rives format carri.
<M° 76
L'ENTRÉE
DU
MADAME DE
MONTMORENCY
/̃K. ^\M ONTPELLIER
UtiêintJiressijgi] de l'édition originale de 16l7,
précédée dfune notice ci' accompagnée de voles
& littéraires.
̃M O I PI: I. Lit SI,
FÉLIX SEGUIN, LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ
2j, rae tArgeuterii 2$
MDCCC1.XXIH
ARIE-Félice des Ursins avait quatorze
ans à peine quand on la maria avec
Henri II duc de Montmorency. Issue
d'une des premières familles patri-
ciennes de Rome (i), petite-nièce par sa mère du
pape Sixte -Quint, nièce de la reine Marie de
Médicis elle épousait le plus beau le plus
brave, le plus brillant seigneur de la cour de
France. Tout n'était que prestige, gloire, hé-
roïsme chevaleresque dans la destinée presque
royale qui s'offrait elle & l'on eût dit que le
Ciel, pour rehausser le mérite du sacrifice futur,
avait pris le soin paternellement cruel d'orner la
victime, en l'entourant de toutes les perspectives
enchantées qui pouvaient promettre à. la terre un
modèle de gloire & de grandeur humaine.
(i) Elle était fille de Virginio des Ursins & de Fulvia
Peretti. François Tatti Sansovino s'étend longuement sur
la famille des Ursins & sur ses alliances dans son livre
Dell' origine & fatti delle faniiglù illustri d'Italia. Venise,
iS82,in-4°.
II
A cette époque 'déjà Montmorency avait
atteint ce faîte éminent de fortune, où, pour
un particulier, il est aussi périlleux de s'élever que
difficile de se maintenir. Mais l'orage qui devait
porter la foudre était encore loin & rien ne laissait
présager à l'horizon la tragique catastrophe dans
laquelle devait sombrer plus tard & s'engloutir
toute cette splendeur. Peu de temps après leur
union & tandis que les enchantements des pre-
miers jours duraient encore, le duc fut obligé d'aller
prendre possession de son gouvernement de Lan-
guedoc, devenu vacant par la mort du connétable
son père. Marie des Ursins resta seule a Paris
attristée bientôt par les ennuis de son absence
trop prolongée & aussi par des inconstances
répétées qu'elle avait fini par ne plus ignorer.
Car Montmorency, tout en réservant à la chère
duchesse la meilleure partie de son cœur, tout
en appréciant le charme de ses grâces décentes
la beauté de son âme la délicatesse de son esprit
& le profond amour qu'elle avait pour lui, ne cédait
que trop facilement, à la cour comme en province,
aux entraînements si séduisants & si doux de la vie
à la mode. Elle le savait & renfermait sa
douleur en elle-même, mais sa figure altérée
ne la trahissait que trop. « Le duc luy demanda
un jour fi elle efloit malade, & luy ayant ref-
pondu qu'elle fe portoitbien cependant, Madame,
reprit-il, votre vifage paroift changé. II eft vray,
lit
répondit-elle en rougiffant mais mon cœur ne
l'eft pas & cela vous doit fuffire (i). »
Cette absence qui dura plus d'une année devait
être lourde à supporter pour cette aimable &
vertueuse femme, éprise d'une passion presque
romanesque pour son mari, passion extraordinaire,
dans laquelle se concentra & se consuma toute
son existence. Durant cet intervalle, elle s'était
confinée dans le Louvre languissante & silen-
cieuse, cherchant les galeries les plus reculées
du palais pour y promener sa lente rêverie, &
sourde à toutes les distractions qu'essayait de lui
donner Marie de Médicis. « Nous n'avons plus
que la moitié de Madame de Montmorency
disait la reine son corps est avec nous, son esprit
en Languedoc. »
Les deux époux se rejoignirent un moment à
Bordeaux, lors du voyage que la cour y fit h
l'occasion du mariage du roi avec l'infante d'Es-
pagne, mais pour se séparer encore jusqu'à
l'époque où les fêtes de ce mariage ramenèrent le
duc à Paris. Enfin, quand les devoirs de sa charge
le rappelèrent dans son gouvernement qui jouissait
alors d'une tranquillité parfaite la duchesse
(i) Ducros, Hist. de Henry dernier duc de Montmorency.
IV
obtint cette fois de suivre son époux. Ils partirent
accompagnés de Don Cosmc des Ursins, son frère,
qui était venu de Rome pour la voir.
Ce fut une promenade triomphale dans la pro-
vince, à travers toutes ces populations accourues
sur leur passage pour voir de près & acclamer la
gracieuse gouvernante de seize ans qui venait
vivre au milieu d'elles. Son entrée solennelle dans
Montpellier fut le terme de ce voyage merveilleux
dans lequel le duc, s'effaçant complètement lui-
même, avait voulu que tous les honneurs fussent
pour la duchesse & qu'elle seule répondît a tous
les discours & reçût tous les hommages.
C'est la relation de cette entrée, court & radieux
épisode d'une vie destinée à s'éteindre dans la
douleur & dans les larmes (i), que nous publions,
d'après l'imprimé qui parut alors chez Jean Gilet,
à Montpellier.
On connaît l'importance qu'avaient jadis les
cérémonies de ce genre. Elles suffisaient pour
mettre pendant plusieurs jours toute une ville en
liesse. On s'y préparait long-temps à l'avance
(i) La vie de Madame de Montmorency a été écrite par
Ch. Cololendi ( Paris Barbin, 1684, in-8°);' par Ci. Carreau
(Clcrmont-Ferrand, 1769, 2 vol. in-12); & en dernier
lieu par M. AmèiUe Renée ( Didot 1858, in-8» ).
v
on en parlait long-temps après. La cité toutc
entière se mettait en mouvement & rcvftait ses
plus beaux habits de fête. Peintres & décorateurs,
poètes & beaux esprits s'évertuaient a trouver
les dispositions les plus nouvelles, les com-
positions les plus ingénieuses pour surpasser
tout ce qui s'était vu jusqu'alors en pareil cas,
& accueillir aussi magnifiquement que possible
le nouvel arrivant.
Le thème le plus ordinaire était pris des cir-
constances mûmes de sa venue des illustrations
de sa race & de ses alliances, des charges dont il
était revêtu & du blason de ses armes. Tout
l'arsenal mythologique était mis à cet effet à
contribution pour décorer les arcs de triomphe
& les portails élevés sur son passage, & chargés
à profusion d'emblèmes et de légendes, d'ana-
grammes & de devises, écrits en plusieurs langues
& soumis à certaines règles de composition qu'il
fallait rigoureusement observer.
De toutes ces relations si recherchées des biblio-
philes, la nôtre est certainement une des plus
rares elle ne figure ni dans le Manuel de Brunct
ni dans la précieuse collection Ruggieri, qui vient
d'être vendue aux enchères. Nous la donnons
d'après l'exemplaire ayant appartenu aux frères
Sainte-Marthe & possédé maintenant par la
bibliothèque Nationale.
VI
Les comptes de la maison consulaire, pour
l'année 1617, ne fournissent aucun renseignement
sur les artistes qui furent chargés d'exécuter toutes
ces fastueuses décorations mais en rapprochant
les notes des travaux de môme nature faits avant
ou après cette date pour les entrées moins bril-
lantes de Madame de Chatillon ou de Madame de
Ventadour, on voit qu'elles doivent Être principale-
ment attribuées à Pierre Varin, assez bon peintre
de l'époque, le commensal & l'ami de Marin
Bourdon, père de Sébastien, & peut-6trcle premier
maître de son fils.
Quant à l'auteur de la relation clle-mÈme, nous
serions encore à l'ignorer si en parcourant la
précieuse correspondance de Peyresc conservée à
la bibliothèque de la ville de Carpentras nous
n'étions tombé sur la lettre suivante
«Monfieur,
» Il y a long teins que j'ay receu de vos lettres avec
la relation de l'Entrée de Madame de Montmaurenfi
laquelle a ejlê treuvèe fi curieufe & fi gentille, que je
nepenfepas qu'il s'en voye de mieux entendeue & de
mieux devifée que celle-là. J'en envoyai aujfitofi un des
exemplaires que j'avois en Italie, à un grand per-
fonnage qui en a faiâ fort grand cas & m'en a bien
remercié. Aujfy efl-ce le plus joly recueil qui fe puiffe
VII
trouver & le plus honorable choix d'éloges d'honneur
pour deux familles particulières qiwvousrcnde^encore
plus illujlres qu'elles n'efloient.
» Paris, ce 17 janvier 1618. »
Cette lettre est adressée à MeJJire Ranchin,
conseiller dit Roy en fes confeils & advocat gênerai
en la cour des aydes de Montpellier. Il en résulterait,
ce nous semble que l'Entrée de Madame de Mont-
morency est l'oeuvre d'Antoine Rancliin qui
en .1604, avait succédé dans ces fonctions
Guillaume Ranchin fonctions qu'il échangea plus
tard contre celles de conseiller en la môme cour.
Antoine Ranchin mourut au mois de juin 1637,
âgé de soixante-trois ans.
L'ENTRÉE
DE MADAME
DE-MPNTMAVRENSI
/.s m '.A MONTPELIER.
MONTPELIETL
Par IEAN GILET,
Imprimeur du Roy.
M. DC. XVII.
ADVERTISSEMENT
DE L'IMPRIMEVR.
L a f alleu peindre fur le papier ce qu'on
peignit fur le bois pour la réception de
Madame de Montmaurenfi dans Montpelier,
r plein d'honneur & de resjouiffance
qu'elle y' rètâik&iten l'exaltation qu'on y fijl de la
maifon des elle cjl fortie, & de celle de
• Montmaurenfî oit elfcejl entrée, l'affeâion & la
magnificence du Diocèfe'\& de la ville de Montpelier
parujfent à tout le monde & que les ouvrages dreffe^
pour cette pompe, dnraffent encore aprerja defmolition.
C'ejl pourquoy celuy qui en a eu la direction acquief-
çant aux femonces de tartt de perfonnes honorables &
curieufes & notamment de Meffieurs les 'Députe^ du
Diocêfe, a trouvé bon que ma preffe (au lieu de ma
plume) donnât au public ce mémorial de la gloire de
deux tant illufires familles & de la dévotion des
peuples de Languedoc aufervice dit Roy & de ceux qui
le reprefentent. Ce n'efipas qu'il ait creu de contenter
la delicatejfe des efprits de ce tems,.car comment fêle
fufl-il promis puifqu'il ne s'efl jamais peu fatisfaire
àfoy-mefine:1 ce que les peintres ti 'ont que trop,efptouvc
4 ADVERTISSEMENT
par les adjoujîemens effacemens & cbangemns qu'il
leur prefcrivoit à toute heure, prenant leplusfouvmt
fes confeils fur l'arène, & s'injlruifant à la poterie,
fur le pot. Aujfi deftre-t-il fi fon inexperience en cette
forte de befongne n'efcredite celle-ci, que la qualité du
fubjeâ luy donne pajfage, & que les traits, s'ils font
jugez trop plats pour la matière foient excufe^pour
leur reffemblance avec les images qui furent toutes fans
relief. Mais il ne voudroit pas que pour avoir trop
fait entendre fon intention par les figures & les paroles
conceues e% feules langues latine & trois autres vulgaires
dont elleejl la matrice, quelqu'un y fifi par trop de
l'entendu, demandant entr 'autres chofes des énigmes
ou des anagrammes qu'il en a jufiement bannis: les
uns, par leur obfcurité qui donne torture aux leâeurs/
point d'honneur à ceux pour qui on les fait :& moins
à ceux qui les font; & les autres d'autant que pour
heureufement que les noms foient renverfe^, la gloire
en efi pluflofl donnée à la rencontre & favorable confli-
tution du nom qu'à l'induflrie. Et au furplus, il
n'efiime pas que ce corps démembré par l'abattement de
fes machines & defpouillé de fes peintures qui lefor-
moient & l'embellijfoient auparavant, doive, àguife
d'un skelète ou carcajfe disjoinéle efire moins agréable
car les blafons, les deferiptions & autres difcours qui
s'y treuvent parfeme^ pour fervir de ligamens à raj-
femblerfes os, de chair à renfler fes ntufcles & d'efprit
à le ranimer luy donnent un nouveau crédit avec un
nouvel efire. Il efi bien vray qu'il en a retranché le
RECVEIL
DE CE QUI SE FIST A
L'ENTRÉE DE MADAME
DE MONTMAVRENSI
A MONTPELIER
RÉCIT DE CE QUI SE FIST
HORS LA VILLE.
E Dimanche i8m'dumois de juin 1617,
après que Madame la ducheffe de Mont-
maurenfi euft difné dans le chameau de
Boutonnet à une arquebufade de la ville & receu
tous ceux qui ly vindrent faluer, & qu'elle euft
accepté pour fes gardes quinze jeunes gens ha-
billez et armez en amazones, que Mefïieurs les
confuls luy préfenterent & luy en firent raconter
8 L'entrée de Madame
l'adventure par celuy qu'ils avoient commis à
leur conduite elle partit fur les quatre heures du
foir dans une litière defcouverte accompagnée
d'une grande quantité de nobleffe qui faifoit pour
le moins 5oo hommes, & d'environ 200 bour-
geois à cheval, outre une compagnie de 100
cavaliers bien armez; & vid a fon chemin un
combat de la cavalerie contre l'infanterie rangée
en un bataillon compose de mille arquebufiers ou
piquiers commandez & prefentez par leur colonel.
Ce faid tous les gens de pied fe mirent devant
& firent haie depuis l'entrée de la porte Saint-Gély
jufqu'au milieu de la rue de la Cotelerie ou eftoit
le logis de Mr. & Madame de Montmaurenfi, & de
dom Cofme des Urfins fon frère (a). La cavalerie
fuivit & pafTa tout au travers, puis les amazones
& les fix confuls à la queue vertus de leur robe
d'efcarlate qui par la bouche de leur affefleur
la receurent à vingt pas du premier corps de garde
de la porte, & luy prefentèrent le poëfle qu'elle
refufa; & en môme tems elle fuft faluée par les
trompettes logées aux créneaux de la première
porte (b), enfemble par les canons & pétards ou
mortiers qui eftoient fur la muraille.
de Montmaurenfi. 9
SOMMAIRE DE CE Q.VI SE FIST
:DANS LA VILLE.
VANT que paffer plus oultre, il eft à
remarquer qu'il y avoit depuis l'entrée
jufqu'à fon logis fix arcs triomphaux dont
la figure de la porte fe comptoit pour un, & les
autres cinq avoient chafcun fon ordre d'architec-
ture divers, le tofcan, le dorique, l'ionien, le
corinthien & le compofé, avec leurs colonnes,
architraves, frifes, corniches, couronnemens &
autres parties bien proportionnées & bien efla-
bourées. Le fommaire de tous eftoit que
La ville de Montpelier s'offroit à Madame de
Montmaurenfi.
IfTue de l'illuftre famille des Urfins,
Et mariée à Mr. le duc de Montmaurenfi
Iflu d'une des plus illuftres races de France
Et fe resjouïffant de la paix nouvellement acquife
par le Roy & annoncée par cefte Dame,
Se promettant à fon advenement & par cet évé-
nement l'augmentation de la maifon de Montmau-
renfi. en honneurs & commandemens fur la mer
& fur la terre & de la province de Languedoc en
toute forte de profperitcz.
Abrcgé du
premier arc.
Abrcgd du
fécond arc.
Abrcgi du
uoilklme arc
Abrc^6 du
quatriufoii:
rtrc.
Abrcg6 du
cinquicCrm:
arc.
Abrégé du
fixiclmc arc.
io L'entrée de Madame
DV PREMIER PORTAIL, OV LA VILLE
S'OFFRE SOY-MESME A MADAME
DE MONTMAVRENSI.
YANT paffé le pont-levis jufqu'au fécond
ravelin elle vid fur un théâtre couvert
de verdure le Génie de Montpelier repré-
fenté par un jeune garçon bien couvert ayant
rcfpée au cofté; qui luy récita ces vers à fa louange
fe reportant à la figure pein&e fur le front de la
porte pour luy donner loifir de la voir
Le refpeclfur le front le cœur plein de merveille
Madame, me voicy ravy d'eftonnement
Auffy devant les yeux d'une grandeur pareille
Un mortel nefe peut présenter autrement.
Cejle belle cité, nourricière féconde
De tant de beaux cfprits & en armes vainqueurs,
Pour exprimer fa joye à nulle aartre féconde
Ejl bien aife d'avoir un million de coeurs.
Elle aur oit bien mis bas fes fuperbes murailles
De fin humilité tefmoignage ajjuré,
Faifant ce que n'ont fait nifiêges ni batailles,
Mais perfonne au'dedans ne feroit demeuré.
de Montmaurenfi. n
Madame, voye^lafortant hors d'elle-mefme
Comme elle cjlfnfpcnduc cn des raviffemens
Montée au plus haut point defesjoyesfuprefmes,
Commençant jouir de vos embraffemens.
Jeleç-luy, s'il vousplaijl, itn regard favorable
Et glorieufe entre^fous ces arcs triomphaux
Auxquels fi l'art efloit de fon amour Jemblabk
Fous-mefme mfaurie^nneontrer de défauts.
G. (c)
Ce premier arc mis fur la porte eftoit fans art
bordé d'un cordon de verdure enveloppant l'ou-
verture & fon embelliflement. Il confiffoit en la
demie ilatue d'un Roy couronné pofé fur la clef
de l'arcade tenant un fceptre à la main. De fa
telle fendue par le milieu naiffoit une femme depuis
les genoux, ayant fur foy toutes les marques de la
guerre, de la paix, des fciences & des arts le caf-
que couronné d'olivier fur la tefte une lance la
main droifte, & un livre ouvert à fa gauche ou
par ces mots
ET MARTE ET ARTE
elle fe difoit propre pour Mars le dieu de la guerre
& pour les arts & s'appuyoit du coude gauche à
un efcu planté fur un autel; l'efcu contenoit les
armoiries de la ville, lefquelles font d'argent au
befan de gueules, & l'autel, ces vers
12 L'entrée de Madame
Deffiis cet autel je de/couvre
Mes vœux & defirs plus ardens
Et vous ouvrant mes portes, j'ouvre
Les cœurs de tous ceux dit dedans,
Ravie d'un plaifir extrême
Que me faicl fortir de moy-mefme.
Sur la tefte de ces ftatues eftoient les armes du
Roy, & plus bas celles de Monfieur de Mont-
maurenfi, d'or la croix de gueules feize
alertons ou alélions d'azur; & à cofté celles de
Madame en ovale parti de Montmaurenfi & des
Urfins qui eft d'argent aux trois bandes de gueules,
au chef d'argent chargé d'une rofe de gueules,
fouftenu de Bracciano, qui eft d'or au ferpent de
fable. Et plus bas au coflé droift eftoient pour
Mr. de Chaftillon, gouverneur delaville, celles de
Coligny de gueules à l'aigle efployi d'argent (d)
& au cofté gauche celles de la ville de Montpelier.
Par cefte figure on a vouleu dire que comme
Pallas la dLeffe de la fagetfe des arts & des armes
nafquit de la tefte de Jupiter le roy des dieux,
auffy la ville de Montpelier ornée de tant de
beaux privilèges de tant d'univerfitez & de lièges
de juftice & de finances & remplie d'artifans & de
gens de guerre & de fçavoir, tire l'origine de tous
fes honneurs & de fes avantages de nos Roys qui
font les Jupiters de la guerre.
de Montmaurmfi. 13
G.
L'ARC DÉDIÉ AVX VRSINS.
ES qu'elle fuft dans la ville, elle vid le
fécond arc & fuft accompagnée du fon des
hautbois qui y croient, jufqu'à ce qu'elle
put ouïr deux chanfons qui luy furent chantées
par un Orphée ou muficien enfermé dans un pa-
villon de refeuil, dont la première eftoit françoife
qui l'invitoit de paffer les yeux fur les ornemens
de ce portail, & l'autre italienne à fa louange:
LA FRANÇOISE.
Arrefle un peu ton char, grand foleil, &vijitc
Avec plus de loifir cefle tienne mai/on,
Put/que cette faifon
Gracieufe t'invite
De luire plus long tems deffus noflrehorifon.
Quitte tant feulement s'il te plaijl ta couronne
Qui defes chauds rayons trop ardente nous cuit,
Car ton œil qui reluit
Et de fes feux s'environne
Peut bien faire un beau jour de la plus fombre nuit.
14 JJ mirée de Madame
Heureux oui
vous regarde,
mais plus
heureux qui
foufpirc pour
vous, & tres-
hcurcux cc-
luy qui fou-
fninint vous
fait foufpirer.
Ccluy-lS uaf-
quit fous un
flflre favora-
ble qui peult
pour unu fi
belle dame
rendre égale-
ment Ion
cœur Se Ton
defir content,
«.̃qui peufl en
feurcté dire
ce cœur e(l
mien.
A In venu &
à la liamefle
de la famille
des Vrfins.
L'ITALIENNE EST DE GVARINI
mais fort à -propos chantée pour Madame de
Montmaurenfi qui s'appelle Félice.
Felice chi vi mira
Ma piu felice chi per voi fofpira
Felicijfimo poi
Chifofpirando fafofpirar voi:
Ben'lmbbe arnica flella
Chiper donna fi bella
Pttofar contento in un l'occhio e'i dejio
E ficuro ptto dir quel cor e inio.
Cet arc bafti fur le haut de la rue de Saint-G6ly
avoit deux arceaux à fes coftés & des baluftres
au-dclTus & portoit fa dédicace en lettres capitales
autour de la voufte pour l'illuftre famille des
Urfins
VIRTUTI ET CELSITUDINI
GENTIS VRSINiE
Et audeflus du frontifpice s'eflevoient deux
hommes armez en Mars, fouftenans de leurs mains
les armes de la ville de Rome qui font ces quatre
lettres mifes en bande, que l'ancienne république
rle Moiihnaurcnji. 15
de Rome mettoit en fes cftendarts & îi la telle ou
a la fin de fes décrets & ordonnances
S. P. a R.
avec une tiare papale d'or, fur l'efcu: Ce qui
marquoit les Urfins originaires & defenfeurs de la
ville de Rome & par conféquent des papes qui y
réfident & en font feigneurs temporels.
Ez pieds de ces deux ftatucs fe lifoient les noms
de quelques Urfins qui en reprefentoient encore
d'autres qu'on fçait avoir dignement leur
pays & les Pape, comme
Et d'autant que les premiers roys des Romains
font feints citre nez de Mars & que les Urfins
peuvent eftre creus en tirer leur origine, ces vers
fe lifoient fur le couronnement
Race de Mcrrs à mille autres féconde
Mère de tant de demi-dieux
Puifqne vosfaicls dignes des deux,
Vont Joujlenant l'einperiere du monde
Vous mérite^ l'empire
De tout ce qui refpire.
Mais parcc que les Urfins ont fervy nos Roys
Le S6nat
& le Peuple
romain.
16 L'entrée de Madame.
S. Marc
de Venifc.
feigneurs de Naples & de Milan, la conquefte
de ce pays, au cofté droit du frontifpice eftoit la
figure bronzée d'un autre Mars annL & veftu à
l'antique portant de fes mains deux efeus joints
l'un des anciens Roys de Naples fortis du fang de
France qui portoient d'azur femé de fleurs de lys
d'or au lambeau de gueules, l'autre des ducs de
Milan qui eftoit d'argent au ferpent d'azur cou-
ronné d'or, vomiflant un enfant de gueules &
aux pieds de la figure eftoient nommés entre plu-
fieurs quelques principaux partifans de la France
Au cofté gauche du couronnement fe voyoit
une ftatue bronzée fouftenant d'une main l'cfcu
de la République de Venife qui eft un lion aiflé
ayant un livre ouvert fous la patte où eft efcrit
S. MARCUS VENETVS.
Et aux pieds de la ftatues, les noms des prin-
cipaux amis des Vénitiens
de Monliuanrenji. 17
2
Au milieu de la frife paroiflbit une dédicace plus
particulière de l'arc à Madame de Montmaurcnfi,
en faveur de la quelle & de fa racc la ville de
Montpelier avoit érigé ce portail
MARIEE FELICI VRSINIE 1
VRBEM FELICISSIMIS AVSPICIIS
INGREDIENTI, MONSPESSVLVS
EREXIT.
En une de fes fafees de la frife faillante fur les
colonnes, fe lifoit:
ET AVOS NVMERAMVS
AVORVM
Parce que ce font les ayeux des ayeux qui ont
rendu ces bons offices à tant de princes & de
Républiques, fouftenans leurs cftats fans ployer
foubs le faix; ce que l'autre fafce difoit en ces
termes
SVSTINENT NEC FATISCVNT.
En une table d'attente pofLe fur l'arceau droidt
& au plus haut, y avoit une tiare papale, envi-
ronnée de chapeaux de cardinaux & de croix
d'archcvefqucs & autres digjottea-ecçlèfiaftiqucs au
deffoubz quelques lanceg^^ftMcs Jetais, enfeignes
Montpelier
l'a drclfc pour
Marie Fdicc
dcs Vrfins y
entrant avec
toute félicite.
Nous
comptuns les
ayeux dcs
nyyux.
lis fauftien-
imut fans
défaillir.
18 L'entrée de Madame
Le Lombard,
le Vénitien
le FmnçoU|le
Spolctan,&
leTofcan
doivent leurs
capitaines
aux Vrfins:
Rome lis Po-
rcs l'Europe
Ton honneur
& la cumpa-
gne de Home
in confervn-
tion.
Il blcn'e
& défend.
& autres trophées militaires fignifiant que les
Urfins ont polfédé toutes fortes de charges & de
commandemens en l'églife catholique romaine &
en la guerre, & au milieu de ces trophées ces
vers:
Infuber Vrfinis, Fcnetufquc & Gailus& Vmber
Geras & Etrufia duees; &facros inclyta debet
Roma patres, Europadecus, Latiumque falutem.
Au frontifpice de l'arceau droict, un collier de
chien de berger avec fes pointes aiguës devife
appropriée h Nicolas des Urfins comte de Peri-
gliano, & rendue commune a ceux de cefte famille,
parce qu'ils fe font défendus en attaquant, comme
il eft dénoté par ces mots
SAVCIAT ET DEFENDIT.
En une autre table mife fur l'arceau gauche &
au haut d'icelle des couronnes de ducs, marquis
& comtes entaffées pour faire voir qu'il y a toute
forte de grands feigneurs parmi les Urfins.
Et au-deflbubz quelques couronnes de viftoire
& de paix faites de chefne d'olivier, de palme &
de lauriers, fignes des effefls de leur courage &
au milieu de ces trophées ces vers de Pétrarque
fervant de proverbe en Italie & tefmoignant que
de Montmaurenfi. i
l'ancienne valeur des Italiens revift en cette
race:
L'antico valore negli Italici cor
Nora e encor morto.
Dans le couronnement de l'arceau gauche, la
rofe efpanouie de leurs armoiries, avec un efearbot
au milieu qui meurt dèfqu'il s'en approche, comme
les méchans dès qu'ils s'en prennent aux Urfins
de mefme qu'on dit que Venus prLferva le corps
d'Hettor de la morfeure des mâtins d'Achille, par-
ce qu'elle l'oignit d'huile faifte de rofes, & ces
mots eftoient à l'entour
TVRPIBVS EXITIVM.
Au revers de ceft arc, pasroiflbient les ftatues
par le derrière.
Et audeflbubz d'icelles dans le frontifpice une
louve allaitant deux enfans, par figure de la ville de
Rome mère des Urfins & de tant de roys
d'empereurs & d'autres grands feigneurs du
monde
HIEC GENERAT QVI CVNCTA
REGVNT
L'ancienne
valeur n'uil
pas encore
morte, cz-
coeurs
Italiens.
Mort aux
choies de
ncant.
Celle-ci
engendre les
dominateurs
du monde.
2O L'entrée de Madame
i
Voicy la fa-
mcufcmairon
ncc pour les
grands empi-
res, 6luc du
ciel & digne
parfonmeritc
dc gouverner J
l'Italie.
Elle ne fe
cache jamais.
Elle fort plus
odorante
d'entre fes
contraires.
La frife contenoit un abrégé des louanges de
cefte maifon digne de l'empire d'Italie:
En magnis nata imper us, domus inclyta, cœlo
Elefict, Italicum merito qua temperet orbem.
Et quelques enrichUTemens à. chafque cofté des
vers.
Au triangle droifl: formé par la vouture & la
colonne, fe voyoit une ourfe avec fes étoiles, &
ces mots
NVNCA SE ESCONDE.
Pour dire que de mefme que l'aftre de l'ourfe
dicte Hélice ne fe cache jamais, roulant tousjours
à l'entour du pofle, aufly la famille des Urfins qui
prend fon nom de cefte animal, a tousjours paru
dans le monde.
En l'autre triangle, un rofier portant une rofe
plantée parmy des ognons & aulx, avec ces paroles
OPPOSITIS FRAGANTIOR EXIT
parceque, comme larofe naiflante parmi les ognons
reftreint tellement fa vertu dans foy-mefme qu'elle
en eft mieux flairante; auffy les Urfins repréfentez
par la rofe de leurs armoiries fe fignalent & fe
dc Montmaurenfu 21
font plus valoir parmy les difficultez & les obftacles
qu'on leur oppofe.
Dans une table d'attente, fous l'arceau droid
un ours tenant d'une patte une bannière eflevée,
où eftoit efcrit
KAROLVS VRSINVS
& foubz fes autres pattes des armes & des trophées
de guerre où eftoient en une enfeigne les armes
du Pape qui font deux clefs d'argent en fautoir &
une mitre papale au-deffus, & en une autre les
armoiries de Borja maifon d'Efpagne dont le pape
d'alors portoit le nom, & à l'entour
VLTOREM ET SERVATOREM
CENSERE Q.VIRITES.
Pour monftrer que Charles des Urfins frère
baftard de Robert desfit en une bataille le fils du
pape Alexandre VI qui vouloit defpofféder les
Urfins de leurs terres & les chaffer de Rome & des
environs fi bien que par cefté viftoire ils fe ven-
gèrent des Romains & les confervèrent en liberté.
Et en un carré mis foubz la précédente table, y
avoit une tiare papale d'or, & à l'entour de fon
diadème
NICOL. PP. III.
22 L'euliêc de Madame
]
Lc nicfme eft
roy des Iioni*
mes&preflrc
de Pliccbus.
Cgror a
daigné parler
celle bouche.
& d'elle naiflbient deux fceptres avec ces mots à
l'environ
Rex idem hominum Phœbiqm facerdos
ce qui marque Nicolas III pape de la maifon des
Urfins qui s'appeloit auparavant Jean Cafetan:
créé l'an 1277 qui fuft grand jufticier & amateur
des lettres & des fciences en telle façon qu'il en-
treprit de faire deux rois en Italie de fa race.
En la table du cotlc gauche, eftoit un grand
feel royal contenant un roy couronné affis en fon
lift de jufticc & vetlu d'une robe d'azur fleur de
lifée d'or, tenant à fa droicte un Sceptre, à fa
gauche une main de juftice, & foubz fes pieds
un lion & à Pentour du fcel
KARO. VII. D. G. REX FRANCO.
& le feel environné du manteau & chaperon
d'efcarlate rouge, rebrouffé & fourré d'hermines
& deux paffemens d'or à chaque efpaule avec le
mortier fur le tout de drap d'or, comblé d'or &
de perles orientales & ce nom fur le bord du
mortier
GVILL. JVVEN. VRSI.
Audeuus pour efcriture
Htijus dignatus ab ore
Ccejar iu orbe foqui.
de Monimaurcnji 23
Et toutes ces marques ordinaires aux chanceliers
repréfentoient Guillaume Juvénal des Urfins qui
foubzle roy Charles VII fuft chancelier de France.
En un quarré mis foubz la précédente table, les
armes de Venife dont le lion eftoit attaché par le
col à une chaifne qu'un coutelas tenu par une
main fortante d'une nûe coupoit par le milieu &
dans le livre du lion eftoit efcrit
PERIERAM NISI PERIISSET. j
& l'entour de la niie le nom du comte de
Perigliano
NICOL. VRSI.
qui fuft faicT: prifonnier par le roi Charles VIII,
mais il fe fauva durant la bataille de Fornove ou
deTarro &fe jeta du cofté des Vénitiens qu'il
garantit parce qu'ils s'eftoient auparavant perdus
d'une perte inévitable. Dans le couronnement de
l'un des arceaux il eftoit dit en ce demi-vers
Perfafces numerantur avi
que les Urfins fe comptent plufloft parles dignitez
que par les noms des perfonnes & dans le fécond,
en ceft autre
Etprolemfata fequuntur.
On vouloit tefmoigner que la bonne fortune
l'cftots perdu
s'il ne fc fuft
perdu.
Leurs ayeux
fc compwnt
par dignMs.
Les deftinées
fuivent cette
racc.
24 L'entrée de Madame
accompagne de tout temps cette puiffante & an-
cienne famille. A L'HONNEVR DE LAQUELLE on euft
peu remplir non pas feulement les arcs dreflez
pour ce triomphe, mais les fafciates de toutes les
maifons de la ville fi les 9 livres compofez par
Sanfovin de la famille des Urfins euffent paffé les
monts & s'il n'euft efté néceflaire de limiter &
d'efpartir également l'ouvrage fuivant le projecT:.
Il a fuffi d'effleurer légèrement ce qui s'en treuvc
efpars en diverfes hiftoires de noftre tems & faire
un tableau raccourci des louanges de cefle maifon
conneue par toute l'Europe comme les peintres
& les géographes qui figurent & reprLfentent tout
le monde en une petite carte.
L'ARC DE L'ALLIANCE DES VRSINS
ET DES MONTMAVRENSI.
VANT que d'aborder le fécond arc il
y avoit un théâtre fur lequel fonnèrent
fix fleuteurs, puis un Apollon fift de fon
luth & de fa voix entendre cefte chanfon