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L'Entrevue de Salzbourg. Question allemande et question romaine

31 pages
Dentu (Paris). 1867. France (1852-1870, Second Empire). In-8 °. Pièce.
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L'ENTREVUE DE SALZBOURG
QUESTION ALLEMANDE & QUESTION ROMAINE
PARIS
IMPRIMERIE BALITOUT, QUESTROY ET Ce,
Rue de Valois, 18, et rue Baillif, 7
L'ENTREVUE
DE
SALZBOURG
QUESTION ALLEMANDE & QUESTION ROMAINE
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
PALAIS ROYAL, 17 ET 19, GALERIE D'ORLÉANS.
1867
L'ENTREVUE
DE
SALZBOURG
QUESTION ALLEMANDE & QUESTION ROMAINE
L'entrevue dé Salzbourg préoccupe à juste titre l'opinion, mais si
c'est un fait considérable en lui-même et qui peut le devenir plus
encore par ses résultats, il est surtout extraordinaire par les circons-
tances qui l'ont amené.
Le second empire a pris l'Europe par surprise. Personne n'avait
prévu ce grand événement, personne ne s'y attendait. Sous le sys-
tème représentatif, l'épopée du premier empire était devenue un
mythe. Ni les Bourbons de la branche aînée ni ceux de la branche
cadette n'en avaient entravé la glorification. Louis-Philippe avait
presque traité d'enfantillage les tentatives du prince Louis. Il fit
cesser l'exil des cendres de Napoléon, il ne redouta pas leur voisinage,
il ne craignit même pas de venger la mémoire du grand homme de
l'outrage des Cosaques.
Mais pendant que 250,000 électeurs soutenaient le gouvernement
— 6 —
de la branche cadette, la déification du César populaire se conti-
nuait dans les masses, soit par la tradition orale, soit par la presse.
Et un beau jour la France, devenue républicaine une seconde fois, se
réveilla bonapartiste.
Grand et légitime fut l'émoi dans toute l'Europe. L'immense ma-
jorité du peuple français avait conféré à un seul homme un pouvoir
plus grand que jamais souverain n'en avait possédé, soit de par le
droit divin, soit de par l'expression libre, spontanée, du voeu popu-
laire.
Contre qui ce pouvoir sans bornes allait-il se tourner? Évidem-
ment en premier lieu contre les factions intérieures, et leurs or-
ganes. Mais après? l'héritier de Napoléon Ier ne déchirerait-il pas à
la pointe de l'épée les traités de 1815? Ses écrits datés de l'exil ou de
la prison avaient passé inaperçus aussi longtemps que la position du
prétendant était obscure. Aujourd'hui, après une élévation sans pa-
reille, on voulut y chercher le mot de l'énigme qui tenait le monde
en suspens.
Ces écrits révélaient une vaste connaissance des questions politi-
ques et sociales, un coup d'oeil qui embrassait les deux hémisphères.
Les traités de 1815 y étaient rappelés comme une humiliation que la
France devait venger.
On crut que le pouvoir modifierait la pensée du prince Louis. Cette
modification eut lieu en effet, mais l'idée napoléonienne, que son
représentant cherchait à mettre en harmonie avec la situation de
l'Europe, se trouvait maintenue intacte dans son programme.
Les gouvernements de droit divin hésitèrent un instant à s'incliner
devant le voeu du peuple français.
La Russie, l'Autriche et la Prusse se montrèrent les plus hostiles.
Bientôt commença dans la presse étrangère, contre le second em-
pire, cette croisade qui dure encore. Les cabinets qui encourageaient
— 7 —
des feuilles subsidiées à crier haro sur ce qu'ils appelaient le despo-
tisme impérial, réalisaient à l'ombre de cette diversion, les mesures
les plus arbitraires.
On ne saurait le nier, l'opposition au second empire acquit, sous
l'influence des journaux, une popularité extrême en Allemagne.
Pour le comprendre, il faut se rendre compte de l'organisation
toute conservatrice et gouvernementale de la presse allemande. Pres-
que tous les journaux sont rédigés par des professeurs universitaires
qui jouissent d'un immense crédit auprès du public, et qui repré-
sentent l'élite de la nation.
Ces journaux sont édités par des librairies dont la clientèle se com-
pose des fonctionnaires et d'officiers supérieurs, des savants et de la
bourgeoisie très-conservatrice par principe et par goût.
Avec une pareille organisation, le mot d'ordre arrive naturelle-
ment et sans efforts, des gouvernements à la presse.
Courir sus à la France.impériale, tel était, tel est encore ce mot
d'ordre.
Et le terrain était bien préparé pour accueillir la semence de la
haine. Dans tous les livres d'histoire à l'usage des écoles allemandes
primaires, secondaires et supérieures, on soufflait depuis de longues
années la haine de la France, on y glorifiait ses désastres.
Nulle part on ne rendait justice à ce que Napoléon Ier avait fait
pour l'Allemagne (1) en médiatisant les petits princes, et en jetant
ainsi la base de son unité.
(1) Pendant que nous revoyons notre manuscrit, il nous arrive le compte-rendu
des séances du Congrès de l'a pais de Genève.
Nous y trouvons, dans le discours de M. Simon, de Trêves, le passage suivant :
« En ma qualité d'Allemand, dit-il, je suis fier de nos grands penseurs
» Mais, hélas, les bras du peuple allemand ont parfois et trop souvent servi la
cause du despotisme.
— 8 —
Par contre, on rappelait les contributions énormes payées par
l'Allemagne à l'empire, les scandales du royaume de Westphalie,
les Allemands servant sous les drapeaux français et allant périr au
loin pour une cause qui n'était pas la leur.
On oubliait que la guerre déclarée à la Russie était la plus gigan-
tesque entreprise de tous les siècles; que cette entreprise devait
affranchir l'Allemagne aussi bien que la France du joug moscovite et
qu'on devra la tenter un jour en commun par les mêmes moyens
gigantesques, si on ne veut pas voir la barbarie asiatique s'asseoir
sur les ruines de l'Occident.
En Autriche et en Russie, le langage de la presse était le même.
qu'en Allemagne. On y descendait aux plus outrageantes personna-
lités.
« Des mercenaires allemands ont combattu contre la république naissante de
l'Amérique.
» L'Italie a été opprimée pendant des siècles par l'Allemagne.
» Et même en 1792 qui est-ce qui a commencé la lutte formidable entre la France et
l'Allemagne ?
» C'est le féodalisme allemand, qui, sous les ordres d'un généralissime prussien, a en-
vahi la France républicaine pour y rétablir la royauté par la grâce de Dieu.)
» Les conquêtes de l'empire n'ont été que le contre-coup de cette agression injuste.
(Bravos.)
» Ah! nous ne ferons plus cela à l'avenir! nous répondent les chefs du parti na-
tional allemand. Mais, mon Dieu! avant Sadowa, vous disiez aussi, et la nation ré-
pétait à satiété, que vous ne vouliez pas d'une guerre fratricide.
» On vous a enrégimentés et vous avez vaillainent combattu. Vous ne savez pas
vous-mêmes ce que vous ferez. Mais moi je vous dis : « Si vous continuez à vous
» prosterner devant la violence et l'arbitraire, et à vous faire encadrer par les
» obus, vous ferez ce qu'on vous commandera! »
» Vraiment, une pareille Allemagne n'est pas une voisine agréable, pas même
pour la France libérale, qui ne rêve ni conquête ni compensation !
» Il me semble donc que l'Allemagne et la France devraient travailler toutes
les deux à leurs libertés intérieures et à l'apaisement des esprits, afin d'éviter
un choc entre leurs gouvernements. »
Gela est parfritement sage et juste, et il y a là des idées qui feront leur chemin
en Allemagne.
— 9 —
A l'époque de la guerre, la Russie dépensa des millions pour atti-
ser le feu.
Il fallait à tout prix empêcher une alliance entre la France et l'Al-
lemagne contre les Cosaques.
L'historien Menzel, que Boerne appelait le Gallophobe, et que per-
sonne ne suspectera de sympathie pour la France, déplore que l'Al-
lemagne n'ait pas marché avec le second empire, lors de la guerre
de la Crimée :
« Les puissances allemandes, dit-il (1), avaient négligé une occa-
sion qui ne se présentera peut-être plus jamais pour l'Allemagne :
c'était de marcher avec leur frère germain d'Angleterre et la grande
puissance latine, la France, contre le colosse slave, la Russie. Si elles
avaient compris. leurs intérêts les plus chers, elles n'eussent pas hé-
sité à délivrer l'Europe occidentale et centrale de ce fantôme qui les
menace. Il est très-probable que l'unité allemande serait sortie
d'une guerre contre la Russie faite en commun avec l'Angleterre, la
France et l'Autriche. »
C'est la haine de la Russie qu'on devait souffler, au lieu de la
haine de la France. On a préféré seconder l'oeuvre de M. de Bismark,
qui a eu, comme tous les audacieux de l'histoire, la fortune pour
complice.
L'Autriche eût pu tout gagner à s'associer à la France et à l'An-
gleterre lors de la guerre de Crimée. On a pensé qu'elle l'a voulu un
instant. Il est permis d'en douter. Les Habsbourg étaient foncière-
ment hostiles à la France, et leur système était trop étroit pour
qu'une aussi grande politique pût y entrer. S'ils avaient compris
leurs intérêts, les Habsbourg se fussent mis à la tête d'une croisade
dans laquelle ils eussent inévitablement entraîné l'Allemagne.
(1) Gesuhichte der neeuten zeit. (Supplement-Band, p. 2.)
— 10 —
J'étais à Vienne à cette époque. J'y vis M. de Bruck, avec lequel
me liaient d'anciens rapports. Il m'assura que la position financière
de l'Autriche ne lui permettait pas de dépenser un écu pour la guerre.
Il faut en conclure que la mission du général de Creneville à Paris,
pour concerter des mesures militaires communes contre la Russie,
était une comédie vis-à-vis d'un souverain dont on commençait à
entrevoir la politique et dont on redoutait les ressources.
L'Autriche a payé cher sa faute. Elle aurait pu se mettre à la tête
de l'Allemagne : elle ne l'a pas fait, et de plus elle a perdu ses pos-
sessions italiennes, sans compensation d'aucune espèce.
L'Autriche aurait pu faire ce que la France ne pouvait pas, en ce
moment-là du moins : elle aurait pu reconstituer le royaume de Po-
logne. Que lui importait l'abandon de la Gallicie? Elle a fait depuis
de bien autres pertes. En affranchissant la Gallicie, elle provoquait
la reconstitution immédiate du royaume de Pologne, sans que la
Prusse, séparée désormais de la Russie, eût pu l'en empêcher. La
Russie eût été forcée d'abandonner à son tour sa part de dépouilles
dans le criminel partage de la Pologne.
Mais, encore une fois, une aussi grande politique ne pouvait entrer
dans le système autrichien, et pourtant cette politique eût été récom-
pensée par l'annexion nécessaire des Principautés danubiennes à
l'empire des Habsbourg.
La résurrection de la Pologne eut permis à l'Autriche de ne secon-
der les alliés que dans la modeste mesure de ses embarras financiers.
Cette politique serait encore à suivre s'il éclatait une guerre où la
(1) Depuis que nous avons écrit ces lignes, nous avons eu la satisfaction de voir
partager notre opinion par un des organes les plus importants de la presse autri-
chienne. Nous lisons, en effet, dans le Siècle du 18 septembre :
« On a célébré à Zolkiew, en Gallicie, le cent quatre-vingt-quatrième anniversaire
du jour où les Polonais, ayant à leur tête Jean Sobieski, repoussèrent les Turcs,
— 11 —
Russie se trouvât derrière la Prusse ; mais il est peu probable qu'une
guerre éclate, et le système des Habsbourg est immuable.
Qu'on ne se trompe pas aux concessions faites à la Hongrie. Il ne
se passera pas une année que toute illusion ne tombe à cet égard;
Les difficultés inhérentes au nouvel ordre de choses en Hongrie
sont immenses, et nous ne croyons pas que M. de Beust soit homme
à les surmonter. M. de Beust n'est pas au service d'un principe ou
d'une idée; il est au service du système des Habsbourg.
Les concessions faites à la Hongrie l'ont été en vue de rendre ce
pays plus accessible aux lourds impôts que le gouvernement central
doit obtenir de ses populations s'il veut éviter la banqueroute. Or,
les Hongrois se prêtent de mauvaise grâce à cette combinaison finan-
cière, et les autres nationalités réunies sous le sceptre des Habsbourg
réclament, elles aussi, des concessions, et elles seront tout aussi re-
vêches lorsqu'on leur posera la question de l'impôt, des lourdes
charges à supporter en commun.
qui menaçaient de s'emparer d'une partie de l'Europe. Un journal autrichien, le
Débat, établit historiquement qu'en récompense de sa délivrance l'Autriche a par-
tagé et opprimé la Pologne. Ne serait-il pas juste que le gouvernement autrichien
aujourd'hui plus éclairé, fît reprendre à la patrie de Joan Sobieski la place qu'elle
a perdu parmi les nations, et entreprît de réagir Contre les mesures barbares qui
tendent à la détruire? « Si nous voulons, dit le Débat, fermer la brèche qui a été
» ouverte dans nos flancs; si nous voulons donner à la liberté, eu Autriche, de nou-
» veaux et vaillants défenseurs, il faut que l'Autriche se montre reconnaissante, il
» faut qu'elle se hâte, car elle n'a pas le droit de temporiser, d'acquitter une dette
» ancienne; il faut qu'elle accoure à la délivrance de la nation polonaise, gémissant
» sous le joug qui l'opprime ; il faut qu'elle apparaisse comme son sauveur,comme
» jadis la Pologne lui apporta le salut! La Pologne ressuscitée sera la plus forte et la
» plus fidèle alliée de l'Autriche contre le flot envahissant du panslavisme, qui, clans
» sa vaste et monotone uniformité, menace de noyer toute étincelle de liberté !..
Voilà le plus bel hommage que l'Autriche reconnaissante puisse rendre à la mé-
» moire de Sobieski, le roi héros. »
» Le moment serait venu de prendre en faveur de la Pologne, de plus en plus
russifiée, d'énergiques résolutions. »
— 12 —
Pour échapper à ces difficultés, le gouvernement central a pu
songer à une guerre au dehors. Mais un instant de réflexion a dû
le faire renoncer à ce dangereux expédient.
L'argent fait défaut même aux nécessités les plus urgentes de l'ad-
ministration.
Aussi nul doute, pour nous, que l'entrevue de Salzbourg ait porté
sur le maintien de la paix plutôt que sur les éventualités d'une
guerre, à laquelle on ne se laisserait entraîner qu'à la dernière
extrémité.
Examinons d'ailleurs ce que l'Autriche pourrait gagner dans une
guerre avec la Prusse, dans une lutte dont l'hégémonie, en Alle-
magne, serait l'enjeu.
L'Autriche n'a jamais rien fait pour conserver un rôle prépondé-
rant en Allemagne. Pendant que la Prusse se mettait à la tête des
idées, fondait des écoles, instruisait le peuple, disciplinait son armée,
faisait de tous ses citoyens des soldats, organisait une excellente
administration, protégeait le commerce et l'industrie, ménageait
sagement ses ressources, l'Autriche se traînait dans les vieilles
ornières. Toutes les mesures de répression à l'égard des aspirations
modernes, des idées nouvelles, trouvaient en elle un fervent propa-
gateur, au sein de la Confédération germanique. Le gouvernement
autrichien gaspillait ses ressources au lieu de les conserver, fermait
les yeux sur la corruption des fonctionnaires publics, payait mal
son armée, négligeait l'instruction du peuple, ne tenait en honneur
ni le commerce, ni l'industrie.
Néanmoins, la Révolution entama la Prusse à l'égal de l'Autriche.
En Prusse, la nation se jeta dans les bras du Gouvernement, après
quelques jours d'anarchie provoqués par un petit nombre de me-
neurs. Ce résultat que le Gouvernement prussien devait à sa sagesse,
il sut en profiter par une conduite habile.
— 13 —
L'échafaud politique ne fut pas dressé.
En Autriche, les Habsbourg furent forcés d'avoir recours à leur
ennemi, à leur rival, le Gzar, pour dompter la Révolution. Non-seu-
lement le sang coula, mais des potences furent dressées pour les
patriotes les plus purs de la Hongrie. On récolte toujours ce que l'on
sème. La Prusse a conquis en Allemagne cette hégémonie à laquelle
l'Autriche n'arrivera plus jamais.
L'auteur de ces pages fut chargé en 1840, par un gouvernement
voisin d'aller étudier l'état de l'instruction publique et des arts en
Allemagne. Il y a donc vingt-sept ans de cela. Il constata, dès-lors,
ce que l'on a dit depuis avec raison de la bataille de Sadowa : c'est
une victoire gagnée par les maîtres d'école. Il dit, lui, que l'état de
son instruction publique assurait à la Prusse la suprématie politique
en Allemagne.
Il trouva en Bavière, dans le Wurtemberg, dans la Saxe, les aspi-
rations de tous les hommes d'élite tournés vers l'ordre de choses
existant en Prusse (1).
L'auteur a assisté à deux grandes solennités nationales allemandes :
à la fête commémorative de la naissance de Schiller et au tir national
de Francfort.
M.Thiers dit dans une circonstance mémorable : « L'Empire est
fait.»
Nous disions, à chaque, fois au sortir de ces deux solennités :
L'unité allemande est faite !
Il y a peu de jours, la Gazette de la Croix de Berlin, organe du
parti fédéral en Prusse, repoussait l'annexion de l'Allemagne du
(1) Au moment d'écrire ces lignes, nous trouvons dans la Presse les procès-ver-
baux d'un Congrès d'instituteurs tenu à Vienne. Tous s'accordent à déclarer détes-
table le système d'instruction publique autrichien.

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