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L'esprit du temps, ou L'erreur et la vérité , dialogues politiques sur les assemblées primaires de l'an 4e. Par le C. Guillemin-Courchamp,...

De
56 pages
[s.n.] (Paris). 1796. France -- 1795-1799 (Directoire). 57 p. ; in-8.
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LESPRIT DU TEMS,
ou
L'ERREUR ET LA VERITE.
Lesprit DU tems,
o u
L'ERREUR ET LA VÉRITÉ,
DIALOGUES POLITIQUES
Sur les Assemblées Primaires de l'an 4e.
l'/G-p EMIN-COURCHAMP,
¡ , ":"-::' )
siu^ejùr lfe T-Màf^e\sc aucc ^Républicains
.-. '1
l survie,IDivorce.
A PARIS,
AN IV DE LA RÉPUBLIQUE.
1
(1796.)
Ego sic existimo, quoniam omnia orta intereunt,
quâ,tempestate patrioe fatmn excidii adventârit, cives
cum civibus manus coriserturos; ità defessos et ex.
sangues regi aut nationi prcedce futures : aliter non
orbis terrarum neque cunctce gentes conglobatoe
movere aut contundere queunt hoc imperium. Fir-
manda igitur smzt concordice bona et discordies
mala expellenda.
Epistola secunda Salustii ad Cæsarem.
Je pense que tout ce qui a commencé devant
prendre fin, quand le moment fatal de la ruine de
notre patrie sera venu, les citoyens s'armeront les uns
contre les autres, et qu'ainsi abbatus , épuisés, ils
deviendront la proie d'un roi ou de quelque nation :
autrement l'univers, ni tous les peuples coalisés ne
peuvent ébranler , ni entamer cet Empire.
Seconde lettre de Saluste à César.
3
LESPRIT DU TEMS,
o u
L'ERREUR ET LA VÉPtïTÉ.
DIALOGUES POLITIQUES
Sur les Assemblées Primaires de l'an 4*.
DIALOGUE PREMIER.
.,. ;7
; UN ROYALISTE ET UN MÉCONTENT.
J E m'étais assis dans le Jardin Égalité,
sous la tente où l'on prend des glaces. Au-
tour de moi était une foule de discoureurs ,
tous occupés du grand intérêt des conjec-
tures actuelles , de la tenue des assemblées
primaires. Dans les grouppes où la discussion
( 6 )
s'échauffait le plus, se trouvait, comme de
raison , bon nombre de ces orateurs de nou-
velle fabrique , de ces jeunes gens qui multi-
pliant pour nous les Cicérons et les Démos-
thènes , se croyent appelés à remplir la
tâche des. Rousseau et des Mably, sous un
costume dont ceux-ci ne se seraient pas avi-
sés. Leurs cheveux pendants de chaque côté
en oreilles de barbets, une tresse qui n'avait
été usitée jusqu'ici que dans le militaire de
certaines nations , de grosses cravattes à
triple étage, un habit bien large à taille bien
carrée, contrastant avec l'étroite culotte,
les bottines et le gros bâton noueux, tout en
eux caractérisait le bon air et la connais-
sance du genre de mise à l'ordre du jour.
Ceux qui parlaient avaient auprès d'eux plu-
sieurs de leurs pareils, destinés probablement
à les soutenir en cas de trouble, et en atten-
dant occupés à les applaudir à tous propos.
Un d'eux s'étant détaché dugrouppe, s'ap-
procha d'une table où se trouvait un homme
beaucoup plus simplement vêtu qui buv ait mo-
destement et assez tristement une bouteill'e
de bière. Le politique à tresse, après avoir
demandé pour son rafraîchissement trois ou
quatre sortes de glaces , s'avisa d'adresser la
( 7 )
4
parole à : son voisin de table, et gardant à
travers la fraternité un certain ton de.protec-
tipn et de dédain, qui était la protestation
secrète de l'orglieil, il eut avec son interlo-
cuteur, que je reconnus bientôt pour un
patriote mécontent , la conversation sui-
vante :
L E PL O Y A L il S T E. ; i
Cela va-t-il comme' il 'faut y dans votre
section ? : ,
L .E M É C O Jf T E N T.
Nous avons accepté la constitution ; mais
nous ne sommes pas encore décidés sur le
mode de renouvellement de la législature.
LE ROYALISTE.
Qui a-t-il donc qui vous embarrasse ? Par-
dieu, il faut rejeter les décrets du 5 et du
i5; il n'y a pas de doute à cela. Je m'en
suis expliqué dans ma section ; aussi a-t-on
voté en conséquence.
LE MÉCONTENT.
Vous avez rej eté les décrets ?
( 8;)
LE Roy ALISTEL
Pardieu ! Eh que deviendrait sans cela la
souveraineté du peuple? Vouloir se conti-
nuer sans les pouvoirs qu'il peut seul délé-
guer ; nous forcer à conserver dans l'exer-
cice de l'autorité suprêlue, ceux qui ont
perdu notre confiance, a-t-on jamais rien
vu de pareil à cette convention?
LE M É CONTENT.
Encore si elle faisait le bien.
L E ROYALISTE.
Pardieu oui, le bien! Est-ce là ce qui
l'occupe ? Les uns veulent rester en place
dans l'espoir dé dominer exclusivement ;
les autres, pour conserver leur honoraire
avec le tour du bâton ; les trois-quàrts ont
peur d'être pendus, et c'est bien ce qu'ils
méritent tous.
LE MÉCONTENT.
C'est un peu violent. Mais d;ms le vrai, je
ne sens que trop que tout va mal.
LE ROYALISTE.
Comment, si tout va mal! Tout va de mal
( 9 )
en pis. ( sUi garçon. ) Donnez-moi un sor-
bet? (Au mécontent.) Vous êtes perdu,
si on continue ces gens-là. Vous avez jeûné
pendant six mois, vous jeûnerez pendant
douze , si on garde les deux tiers de la con-
vention. Je vous dis qu'ils ont juré de vous
faire mourir de faim.
L E r M É C O N T E N T.
Cela s'achemine bon train. Quand !es
denrées, quand tous les objets nécessaires
aux premiers besoins, s'élèvent à dix on
quinze fois leur valeur ordinaire, et que les
revenus restent à leur premier, taux, je vous
demande ce que peut devenir un malheu-
, ,(f'
reux rentier.
LE Royaliste.
Rien de plus évident; il faut qu'il pé-
risse de misère ou qu'on chasse la conven-
tion. Voilà donc enfin les rentiers devenus
raisonnables.
LE Mécontent.
Ma foi! je l'ai toujours été.
L E Royaliste.
Peut-être pas autant au commencement
de la révolution qu'à présent.
( 10 )
LE Mécontent.
Moi, je n'ai rien fait, ni rien dit dans Ia-
révolution que je ne fusse prêt à faire et à
dire encore. J'ai voulu le changement d'un
régime vicieux et arbitraire, pour établir un
gouvernement juste et légal, qui, fondé sur
la volonté de tous, conciliât et affermit les
intérêts de tous. N'est-ce pas là ce que les
sages ont toujours indiqué ?
LE R o Y A; L 1 S T 19.
Les prétendus sages déraisonnent quel-
quefois; mais au fond, quravez-vous eu
pour gouvernement ? Des factions et des
intrigans !
s.
Le M É content.
;.. !
� Hélas! iL n'est que trop vrai ; aussi c'est
bien ce .dont nous ne voulons plus.
LE Royaliste. r
Et c'est ce que vous n'éviterez jamais, à
moins d'un autre ordre de choses.
i
LE Mécontent.
Je me flatte bien que nous y arrivons. Ne
( 11 )
voilà - t - il pas une nouvelle constitution?
LE ROYALISTE.
Belle ressource !
L" MÉCONTENT.
Est-ce que vous ne l'avez pas acceptée
dans votre section ?
LE ROYALISTE.
Oh ! une acceptation de plus ou de moins ;
ce n'est pas la une grande affaire, d'autant
que si nous voulons bien nous accommoder,
faute de mieux, de la constitution, qui est
l'ouvrage de la convention, nous ne voulons,
certes, point de ses auteurs. Allez , monsieur
le rentier, laissez-nous faire; nous entendons
vos intérêts plus que vous ne pensez, quand
nous vous parlons d'un autre ordre de
choses.
LE MÉCONTENT.
- Qu'est-ce donc que cet autre ordre de
choses? République ou royauté, je ne vois
que cette alternative; et, tout mécontent
que je suis du discrédit des assignats , je
me flatte que vous ne me regardez pas
( 12 )
comme assez mauvais citoyen, pour qu'on
puisse impunément me proposer d'admettre
un roi, c est-à- dire, de me faire encore
esclave.
N
LE ROYALISTE.
Je ne dis pas cela.
LE MÉCONTENT.
Non, c'est que voyez-vous, quoique j'aye
bien souffert de la révolution , je pense
toujours de même sur l'article de la royauté;
et plus j'ai souffert pour m'en délivrer, plus
je veux que ce ne soit pas en pure perte.
Est-ce que vous n'êtes pas de mon avis ?
LE ROYALISTE.
Je vous rends hommage; je vois que vers
êtes toujours bon patrioie. et cela est sûre-
ment fort respectable. Mais si vous ne vou-
lez pas de royauté, vous ne voulez sûrement
pas de tyrannie démagogique, comme nous
en avons fait une si douce épreuve du tems
de Robespierre.
L E MÉCONTENT.
A dieu ne plaise ! Est- ce là une république?
( >3 )
! 0; L E Royaliste.
,, Voilà pourtant ce qui vous pend à l'oreille,
si par malheur on ne chasse pas la conven-
tion. Ne, voyez-vous pas qu'on relâche en
foule les terroristes ?
LE MÉCONTENT.
J'entends beaucoup parler de terroristes ;
et certes, je hais autant que qui que ce soit
mi système d'oppression fondé sur la ter-
reur, qui, par-tout, et de tout tems, a été
le ressort favori du despotisme. Mais t
comme à ce que j'ai entendu dire à des
gens plus éclairés que moi , rien n'est si
dangereux en tout genre que l'abus des
mots, parce qu'il entraîne des méprises de
pensées, je m'attache, en suivant leur con-
seil , à me faire de chaque terme une idée
claire qui s'adapte avec justesse à son objet.
Qu'entendez-vous par terroristes ? Sont-ce
des gens, qui, pour leur profit et à leur
escient, servaient les attrocités de Robes-
pierre et de ses complices? Ceux-là sont
des scélérats punissables dans toutes socié.és
réglée; mais entreprendriez-vous de prouver
que, dans les poursuites qu'ils ont méritées,
( 14 )
il ne leur ait point été associé d'innocens ,
oseriez-vous affirmer que l'épithète odieuse
de buveurs de sang n'ait pas été injustement
prodiguée; ne pourrais- je pas vous démon-
trer au contraire , que , par une erreur ;
dont notre révolution a déjà fourni tant
d'exemples, les préjugés et les passions ont
encore ici classifié les individus à leur
guise, appliqué et étendu les dénominations
ü,
odieuses beaucoup au-delà des bornes de la
raison et de la justice.
Tenez; ces mots de raison et de justice
ne sont point pour moi, comme pour tant
d'autres, de vains sons vides de sens. Je
trouve qu'on ne s'en éloigne jamais que par
de faux calculs, et que notre intérêt bien
consulté nous y ramène. Je reviens en con-
séquence à l'abus des mots et des dénomi-
nations dont je vous parlais tout-à-l'heure.
Cet abus, ressource familière à toutes les
factions, a singulièrement aggravé les dé-
sastres inséparables de toute révolution, et
malheureusement trop multipliés dans la
nôtre. Quel abus n'a-t-on pas fait du nom
d'aristocrates , et que de suites fatales et
sanglantes n'a-t-il pas entraînées? Je crois
que vous serez sur cela bien de mon avis?
( 15 )
LE ROYALISTE.
Vous croyez ?
LE MÉCONTENT.
Je le crois et assurément je pense à cet
égard comme vous. Eh ! bien je désapprou-
vais fort qu'on traitât d'aristocrates , c'est-
à-dire , d'homme pendable ou guillotinable,
celui qui était mieux vêtu , et qui dînait
mieux que moi , uniquement parce, qu'il
avait sur moi ces avantages. Mais je ne veux
pas plus que l'on confonde avec de vrais
scélérats, ni qu'on voue au même sort, celui
qui n'a de torts réels que de différer avec
moi d'opinion, et si entr'autres points cette
différence tombe sur le vœu d'avoir un roi,
ou de n'en point avoir ; si l'on en vient,
comme je l'ai remarqué plus d'une foia, à
qualifier tout républicain de terroriste , je
vous déclare en ce cas que je suis terroriste
moi-même, et je ne m'en crois pas moins
honnête homme. Ce que je vous dis là peut
ne pas vous plaire., mais je fais profession de
dire en tout tems mon opinion ; c'est en cela
que consiste selon moi le vrai caractère de
l'homme libre, et dans le tems que l'on
( 16 )
proscrivait indistinctement, que l'on guillo-
tinait par douzaines ceux qui dînaient bien,
j' aurais pris à cette même place votre dé
fense, quoique votre ordinaire d'aujourd'hui
ait à coup sûr valu mieux que le mien, et
que vous preniez d'excellent sorbet pendant
que j'achève une bouteille de mauvaise
bière.
LE ROYALISTE.
Garçon, apportez-nous une jatte de punch
au rhum; je prétends bien la partager avec
vous, citoyen. r;
LE MÉCONTENT.
Ce n'est pas là ce que je vous demande,
ni ce qui me fera changer d'avis. Je suis et
serai toujours pour la justice. On l'a souvent
mise à l'ordre du jour, sans la mettre à
l'ordre des faits ; moi, je cherche véritable-
ment à la suivre dans mes pensées et ma
conduite, et je soutiens que les dénomina-
tions d'aristocrates, de fayétistes, de bris-
sotins, de girondins, de sans-culottes, de
modérés , aussi bien que la dénomination de
terroristes, si en vogue aujourd'hui; enfin,
, toutes les qualifications qu'ont pu inventer
les
( 17 )
les différens partis pour se nuire réciproque-
ment, sont un très-grand m il relativement
à la chose publique, parce qu'elles enfantent,
ou du moins constatent, des partis toujours
opposés à ses intérêts ; parce qu'elles de-
viennent des foyers de haine, de vengeance,
de dissention, dont les suites peuvent pro-
duire des malheurs incalculables ; je soutiens
encore qu'elles sont une source de maux
particuliers , parce qu'elles portent trop
souvent à confondre l'innocent avec le cou-
pable. Il suit de-là que toute proscription
indistincte est un outrage à la justice. Dans
la liste que je viens de parcourir je ne vois
véritablement qu"une classe d'êtres qui n'ont
que trop marqué leur existence, c'est la
classe des intrigans. Mais , comme ils se
sont trouvés disséminés dans tous les partis;
comme ils s'employent encore pour des
causes différentes, il serait difficile de les
rassembler sous les mêmes caractères y
d'autant que leur art est d'en changer sans
cesse.
LE Roy ALIS.J:E, pendant que le garçon
sert IciÀatte de punch.
( A parf. ) Le bourjteois a du bon sens.
B
( rô.)
maut.) Citoyen, que j'aye le plaisir de
trinquer avec vous en véritable frère.
LE MECONTENT.
Je ne m'y refuse point. Mais à quelle santé
boirons-nous; je ne veux point du tout de
celle de Louis XVIII. Je ne bois qu'à la
République. -:
L E R O Y A L I S T E.
A la République, soit ; c'est bien ainsi que
je l'entends. Mais au diable la convention.
LE MÉCONTENT.
Un moment. Jamais il ne peut être permis
d'avilir les autorités protectrices de l'ordre
social, encore moins celle qui, dépositaire des
premiers intérêts de la nation, remplit l'au-
guste emploi de la représenter et de faire en
son nom les loix qui doivent la régir. Les dé-
légués du souverain doivent être respectés
sous un pareil titre et dans les fonctions qu'il
leur impose On leur doit librement adres-
ser sa plainte ; on leur doit exposer hardi-
ment la mérité qu'ils sont appelés à écouter;
jamais en public , ni en particulier, on ne
peut leur lancer l'outrage sans se déclarer
( 19 )
a
ennemi de l'ordre établi ; sans se rendre par-
conséquent plus ou moins grièvement cou-
pable du crime de lèze-nation ; or je n'en-
tends point raillerie sur cet article. J'aime
mon pays ; la sûreté de mon pays tient au
respect des loix ; le respect des loix renferme
celui de l'autorité d'où elles émanent. Cet
enchaînement de conséquences est néces-
saire.
LE ROYALISTE.
Vous avez la conscience timorée. Au
reste, buvons sans contester là-dessus; (il
prend son verre. ) à la santé de ceux qui
ont la vue claire.
v
LE MÉCONTENT.
Volontiers, en y ajoutant ceux qui ont le
cœur droit.
LE ROYALISTE, après avoir bu.
Je m'étonne, je vous l'avoue, qu'un
homme sensé comme vous paraissez l'être,
qu'un homme justement mécontent d'un
gouvernement déprédateur, qui ruine l'état
et les particuliers, se montre attaché à ce
même gouvernement, jusqu'à le défendre
( 20 )
lorsqu'il est prêt à succomber sous le poids
de l'animadversion publique.
1 -
LE M É CONTENT.
Entendons - nous. D'abord les torts des
gouvernails ne sont point les vices du gou-
vernement. Ne confondons jamais les fautes
des hommes avec la nature des choses ; en
entre, si j'improuve à certains égards l'ad-
ministration de la convention, je- ne puis
indistinctement haïr, ni rejeter tous ses
membres. Voilà encore l'injustice des exclu-
sions générales. -• e ■
L E ROYAL I S T E.
Mais vojez ce qu'ils ont fait avant le 9
thermidor.
LE MÉCONTENT.
Entourés de tous les genres d'intrigues, ils
ont été égarés par l'astuce, puis opprimé par
le crime ; mais enfin ils ont fait le 9 ther-
midor, cela doit racheter quelques fautes.
-m
LE ROYALISTE.
Ils ont fait le 9 thermidor! "à la bonne
heure-, mais pour eux-mêmes, parce qu'ils
( 21 )
3
voyaient le glaive de Damoclès pendu à un
fil sur leurs tètes. :
LE MÉCONTE NT.
Quand ils auraient travaillé pour eux,
au moins pçLt-ils servi avec éclat la chose
publique en abattant la tyrannie la plus
féroce, la plus puissante et: la plus auda
cieuse. Et tous ceux qui par cet événe
ment ont recouvré leur liberté , ont eu la
vie sauve, devraient, .selon moi, en con-
server un souvenir plus affectueux. Je dis
cela pour vous tout le premier ; car je vous
soupçonne bien d'être du nombre des échap-
pés de la proscription déceinvirale.
LE ROYALISTE.
J'en conviens.
LE MÉCONTENT.
C'est en vérité ce qui me fait soutenir 1
thèse avec plus de chaleur contre vous. Je
n'aime point l'ingratitude.
LE ROYALISTE.
Je ne me trouve obligé à aucune recon-
naissance. On m'a rendu justice après m'a-
( 22 )
ivoir laissé long-tems souffrir; j'ai plus à me
plaindre qu'à me louer d'un gouvernement
qui protège si lentement.
LE MÉCONTENT
Si , à , J'époque où vous étiez probablement
renfermé dans une enceinte lugubre, avec
un grand nombre de compagnons de votre
captivité, mangeant comme vous un pain
de douleur, buvant comme vous de mau-
vaise piquette , mê!ée de leurs larmes ,
essuyant sans cesse le despotisme intraitable
et subdivisé du concierge, du greffier, des
porte-clefs, et par-dessus tout, des adminis-
trateurs de la commune robespierriste ; si,
à cette époque, dis-je, on vous eut fait en-
trevoir la possibilité du 9 thermidor, avec
quelle joie n'auriez-vous pas tressailli ; et
combien, lors de la crise mémorable qui a
précédé ce grand jour, tous vos ^œux ap-
pelaient sur la convention la clairvoyance
et la fermeté pour ses membres, le cou-
rage et la fidélité pour ses défenseurs ? Quelle
hommage d'allégresse ne lui avez-vous pas
adressé, quand vous l'avez su victorieuse?
Les suites de la victoire n'ont pas tardé à se
faire sentir; les élargissemens sont devenue
( 23 )
4
-rapides, faciles ; ce qui vous eut pâte si petit
de tems auparavant, un bonheur impossible
et presque miraculeux, vous a trouve toùt
familiarisé avec l'espérance et très-indiffé-
rent envers les bienfaiteurs. De l'état d'op-
pression , de crainte, de vexation de tout
genre où vous aviez vécu, vous avez passé
à la douce sécurité du régime social; vos
droits, qui avaient été violés dans tous les
sens, vous ont été successivement rendus;
vous avez pu aller et venir sans des entraves
odieuses ; vous avez pu fermer l'œil toirs les
soirs, sans avoir, pour dernière pensée, la
crainie d'entendre à votre porte-cochèpe le
coup de marteau de l'arrestation; vous vous
êtes éveillé tous les matins, sans envisager
la perspective cruelle des incertitudes de la
journée. Vous jouissez des douceurs de la
vie et de celles de l'aisance ; ce n'est rien
désormais pour vous, si vous n'y joignez le
succès de toutes vos prétentions renaissantes;
vous avez méconnu le bienfait, vous haïssez
ses auteurs ; vous devenez ingrat, persécu-
teur, implacable ennemi, et voilà l'homme.
Tenez, c'est à vous tous, ci-devant détenus,
que je ne puis pardonner tant d'acharnement
contre la convention. Prenez-vous garde que